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    Plan détaillé Texte intégral La collapsologie, variante des mobilisations effondristes La collapsologie sous le feu des critiques médiatiques et académiques Conclusion Notes de bas de page Auteur

    Questionner l’effondrement

    Ce livre est recensé par

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    Chapitre 2. La collapsologie, variante de l’écologie catastrophiste, et son analyse

    Paul Cary

    p. 55-70

    Texte intégral La collapsologie, variante des mobilisations effondristes Comment la caractériser ? Une galaxie hétérogène La collapsologie sous le feu des critiques médiatiques et académiques Des critiques tous azimuts Une reproduction de débats antérieurs Effondrement, histoire, définition Controverses Conclusion Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1De nombreux auteurs ont mis en évidence, au sein de la galaxie de l’écologie politique une tendance catastrophiste ou effondriste. Elle renvoie d’abord pour Dominique Bourg et Kerry Whiteside (2017) à « ceux pour qui elle (la catastrophe [ndlr]) est l’objet premier d’intérêt et d’études » et ce, au moins depuis l’émergence de l’écologie comme discipline au xixe siècle. Ensuite, pour Luc Semal (2019a), la pensée catastrophiste doit s’interpréter de façon dialectique avec celle de la transition, qui offre un cadre rassurant, celui d’un atterrissage en douceur, maîtrisé, planifié. Or, l’effondrement pointe la possibilité que ce scénario ne se réalise pas. Troisièmement, comme le souligne L. Semal, « si le scénario d’effondrement est fréquemment brandi comme avertissement, son contenu concret n’est que rarement détaillé » (ibid.). C’est précisément cette lacune que de nombreux ouvrages ont tenté de combler à partir des années 1980 (Tainter, 1988 ; Diamond, 2006) en détaillant les mécanismes du processus. Notons enfin que si la pensée effondriste a toujours été opérante au sein de l’écologie politique, sa légitimité se renforce d’autant plus quand la possibilité d’une transition s’éloigne. Si cela fut temporairement le cas dans les années 1970, la tendance semble être plus forte depuis la décennie 2010. Au sein du monde académique francophone, cette perspective s’est trouvée incarnée par plusieurs ouvrages dans les années 2010, avec une prédominance philosophique d’ailleurs (Bourg, 2013 ; Lesourt, 2018 ; Afeissa, 2014).

    2Si la mise à l’agenda universitaire de la notion d’effondrement est aujourd’hui importante, c’est en partie à cause de la croissance de la thématique au sein des milieux militants. L’écologie politique des années 1970 mettait l’accent – à propos principalement du nucléaire – sur le lien indissociable entre la possibilité de la catastrophe et des formes sociales technocratiques, soit un héritage de la critique de la Modernité (déjà déployée à propos des catastrophes de la seconde guerre mondiale) re-problématisé par la montée des enjeux liés à l’environnement (Touraine, 1980). Cette perspective n’a jamais disparu des mobilisations mais elle a perdu en vigueur au début des années 1980. Dans les années 1980-1990, on la retrouve dans des milieux confidentiels comme les Éditions de l’Encyclopédie des nuisances : cette pensée critique croise alors le fer avec l’illusion néotechnologique (Mandosio, 2000 ; Riesel, 2000). À partir des années 2000, si les réflexions sur la fin du pétrole émergent (Cochet, 2005), on voit aussi naître des mobilisations inédites autour de la conception de la transition de Rob Hopkins, laquelle insiste sur l’importance du faire.

    3La publication en 2015 de l’ouvrage de P. Servigne et R. Stevens, Comment tout peut s’effondrer, et l’invention du terme de collapsologie provoque alors un emballement en France, que ce soit dans au sein des mobilisations, dans les médias et dans le monde académique. Nous montrerons dans ce chapitre que la collapsologie apparaît comme une variante de l’« écologie effondriste ». Après avoir tenté de la caractériser (1) ; nous soulignerons que les fortes critiques qui lui ont été adressées dupliquent très largement celles qui traversent les débats sur l’anthropocène et l’effondrement (2) ; nous conclurons sur les apports d’une sociologie des émergences dans une perspective d’analyse de la collapsologie (3).

    Encadré 1. La sociologie face à ces questions : une approche par le déni et les mobilisations

    Depuis une vingtaine d’années, un certain nombre de travaux (Norgaard, 2006 ; Dunlap et McCright, 2015 ; Aykut et Dahan, 2014 ; Diamond, 2006 ; Cary et al., 2018) s’interrogent sur l’absence de mobilisations des populations ou responsables politiques face à la catastrophe en cours, que ce soit dans des enquêtes localisées sur un territoire, à un niveau national ou du point de vue des négociations internationales. Comme l’introduction de l’ouvrage l’a souligné, les travaux des sociologues (entre autres) ont réussi à appréhender les mobilisations écologistes sous deux angles importants : le déni et les mobilisations. Ces deux approches se révèlent complémentaires : d’un côté analyser les conditions de production du déni ; de l’autre, scruter les dynamiques permettant de sortir des impasses contemporaines.
    Dans cette perspective, le déni et sa production est en effet essentiel pour que la marche des sociétés ne soit pas infléchie. Sont ainsi mis en évidence des mécanismes « actifs » de production du déni, qui renvoient par exemple à la production de contre-vérités, de « fausse science », notamment par les industriels. Certains travaux ont mis en évidence le poids des lobbies et des firmes dans la production de contre-discours, par exemple à propos du réchauffement climatique. En outre, cette production du déni a été démontrée au quotidien par l’analyse de tout un ensemble de récits, d’attitudes d’évitement qui lient une position sociale avec un contexte politique et économique singulier. Ainsi, pour Kari M. Norgaard (2006), les Norvégiens, qui bénéficient directement des gisements de gaz de la mer du Nord, tendent à développer de multiples stratégies de minimisation de leur responsabilité dans le réchauffement climatique, qui prennent des formes allant des discours quotidiens aux récits nationaux, et qui constituent une mécanique structurelle du déni. J. Diamond (2006) a également bien illustré qu’un certain nombre de mécanismes de type psychologique ne favorisent pas l’analyse des transformations en cours. En particulier, les transformations de l’environnement sont souvent incrémentales et peu visibles d’une année sur l’autre. Ainsi, entre une approche institutionnelle et des mécanismes psychologiques, il existe toute une gamme de pratiques qui conduisent à un déni actif ou un aveuglement.
    On peut également appréhender le problème par une autre voie : pour qu’un discours fasse sens, il faut que le contexte social puisse s’y prêter. J. Chamel (2019) a bien souligné que l’absence d’un contexte social favorable à l’explication par les faits ou la science – qui voudrait, par exemple, que les émissions de GES étant responsables du réchauffement, il serait nécessaire de prendre des mesures politiques et individuelles pour les limiter – devrait faire l’objet de davantage d’attention. Les errements de la gouvernance climatique internationale ont également bien été analysés par des chercheurs qui ont pris au sérieux les dynamiques (géo)politiques et nationales en son sein (Aykut et Dahan, 2014 ; Dahan et Guillemot, 2015). Pourtant à l’heure où émerge une forme de consensus, certes souvent dépolitisé, autour de l’urgence écologique, les mesures politiques restent déconnectées des enjeux et les pratiques citoyennes évoluent peu. Ainsi, plusieurs travaux (Semal, 2019a ; Chamel, 2019) vont plutôt se focaliser sur les valeurs et les pratiques de ceux qui s’engagent face à la catastrophe – groupes décroissants, initiatives de transition, etc. – dans l’espoir de mettre en évidence des facteurs favorables (et reproductibles) à ce type de dynamiques. Ces approches débordent les approches classiques des mobilisations qui tentent principalement d’assimiler les écologistes à un groupe social particulier, doté de dispositions favorables à un type d’action.

    La collapsologie, variante des mobilisations effondristes

    Comment la caractériser ?

    4Depuis quelques années, de nombreux ouvrages ont été publiés autour du thème de l’effondrement et ont contribué à amplifier les débats et leur audience. Sans nul doute, l’ouvrage de P. Servigne et R. Stevens (2015), Comment tout peut s’effondrer, a eu une influence majeure dans la structuration des débats en France1. Ces deux auteurs sont à l’origine du néologisme « collapsologie », « choisi avec une certaine autodérision » (2015, p. 20), par lequel ils souhaitent appliquer à l’effondrement une rigueur de type scientifique. Notons d’ailleurs que P. Servigne avait auparavant travaillé sur les systèmes alimentaires (Comment nourrir l’Europe en temps de crise) et développe avec Gauthier Chapelle une réflexion sur l’entraide comme représentation alternative du monde, notamment en revisitant les travaux d’éthologie animale, de théorie des systèmes complexes ou de sociobiologie (Servigne et Chapelle, 2019). Pour les auteurs, l’effondrement ne relève pas « de la fin du monde ni de l’apocalypse » (Servigne et Stevens, 2015, p. 15) mais d’un moment où la civilisation thermo-industrielle ne peut plus fonctionner, entraînant des chocs économiques, politiques et démographiques. Yves Cochet l’a défini de façon plus précise comme « le processus à l’issue duquel les besoins de base (eau, alimentation, logement, habillement, énergie, etc.) ne sont plus satisfaits pour une majorité de la population par des services encadrés par la loi. Ce processus concerne tous les pays et tous les domaines des activités humaines, individuelles et collectives » (Cochet, 2020, p. 33-34). Il a d’ailleurs défini un calendrier en trois étapes qu’il a décliné dans plusieurs ouvrages ou tribunes : « la fin du monde tel que nous le connaissons (2020-2030), l’intervalle de survie (2030-2040), le début d’une renaissance (2040-2050) ». L’effondrement mondial « dû au triple crunch énergétique, climatique, alimentaire » (Cochet, 2017) est considéré comme certain avant 2030 par l’analyse des ruptures irréversibles décrites par de multiples publications. L’idéologie productiviste lui paraît si fortement ancrée qu’elle crée des dissonances cognitives, de manière à ce qu’aucune inflexion ne soit possible : « le système-Terre se comportant comme un automate qu’aucune force humaine ne peut contrôler » (ibid.) nous conduit à la fin de la civilisation actuelle.

    5La collapsologie présente ainsi deux versants. Le premier est de recenser les connaissances sur l’effondrement et de compiler les preuves montrant que nos sociétés sont entrées dans un tel processus. En particulier, les auteurs mobilisent les indicateurs écologiques et mettent l’accent sur la question énergétique. Il s’agit ainsi de mener une analyse systémique pour visualiser ce que pourrait être un effondrement. De ce fait, les auteurs font référence à de nombreuses publications scientifiques, notamment autour des questions de seuils ou de production énergétique. Le second versant consiste à recenser un certain nombre de connaissances à même de nous aider à y faire face. En ce sens, au-delà d’un « best of des mauvaises nouvelles du siècle », les auteurs entendent donc proposer « un cadre théorique pour entendre, comprendre et accueillir toutes les petites initiatives qui vivent déjà dans le monde “post-carbone” et qui émergent à une vitesse folle » (Servigne et Stevens, op. cit., p. 22). Dans un essai de synthèse, Bruno Villalba considère que si « les filiations théoriques de la collapsologie sont encore à établir solidement » (2021, p. 15) quelques convergences apparaissent entre les auteurs de ce courant : accent mis sur les irréversibilités environnementales ; dépassement du dualisme nature/culture ; critique du productivisme et mise en lumière de temps douloureux à venir.

    Une galaxie hétérogène

    6Les premières analyses des « mobilisations » des collapsologues demeurent éparses, la plupart se focalisant davantage sur la littérature produite que sur les pratiques (Citton et Rasmi, 2020). Je ne ferai ici état que de quelques éléments.

    7Au-delà de la face visible et quantifiable du succès éditorial des ouvrages (plus de 70 000 exemplaires pour Comment tout peut s’effondrer fin 2019), on pourra d’abord noter l’importance des mobilisations sur les réseaux sociaux, en particulier les forums et groupes Facebook (« Transition 2030 » ; « La collapso heureuse », etc.). Les adhérents à ces groupes, aux tendances variées, se comptent en milliers voire dizaines de milliers. Cette mobilisation favorise l’émergence de groupes locaux de petite taille et autonomes.

    8Ensuite, la pédagogie y est omniprésente. Les collaspologues ont multiplié les conférences physiques ou sur Internet – conférences qui présentent bien souvent un diagnostic vulgarisant les grands articles sur l’anthropocène ou les limites planétaires. Des figures tutélaires sont très souvent mentionnées, comme Pablo Servigne, Vincent Mignerot ou Jean-Marc Jancovici. Pour ces exposants, le souci de rigueur scientifique apparaît comme un moyen de légitimation important. Cependant, les différences ne sauraient être sous-estimées entre les tenants d’une approche très rationnelle et scientifique et ceux qui ont fortement mis l’accent sur l’importance des intuitions et de la mise en procès de la science occidentale comme unique mode de connaissance (Servigne et al., 2018). À ces « grands discours » font écho de multiples conseils disponibles en ligne ou dans des revues spécialisées (pour réaliser un jardin en permaculture, acheter un terrain, etc.).

    9Troisièmement, bien davantage qu’une mouvance homogène, on peut également noter l’existence d’une galaxie collaspologiste, avec beaucoup d’organisations écologistes qui gravitent autour, bien souvent davantage par des implications locales personnelles qu’à cause d’une ligne de l’organisation (par exemple des membres de groupes locaux de Greenpeace). De même, au sein de cette galaxie on peut repérer des groupes militants de création récente : en particulier, on mentionnera Extinction Rebellion mais également les deep ecologists à la ligne beaucoup plus radicale de Deep Green Resistance, ces deux groupes pouvant apparaître en concurrence pour recruter de nouveaux membres dans les réseaux de collapsologues (Célié, 2019).

    10Enfin, la question des émotions me semble être tout à fait centrale. Ce point n’est pas nouveau dans les groupes écologistes. Rob Hopkins (2010, 2017), en particulier, a beaucoup insisté sur l’accueil des émotions négatives et l’importance, pour les groupes, de ne pas sous-estimer les conflits internes et de tenter de les surmonter notamment par la célébration des réalisations concrètes. Dans le cas de la collaspologie, le « choc émotionnel » s’avère parfois rude pour certains participants aux conférences. Si ce choc favorise une prise de conscience, nombre d’écrits soulignent les risques de tristesse ou de dépression qui y sont associés (Célié, 2019). Cette question des émotions, son lien avec le développement personnel, occupe une place importante dans la revue Yggdrasil, dont P. Servigne est un des moteurs (ainsi 9 pages sur Strahawk dans le n° 3 ; de nombreux articles comme « L’énergie sexuelle, une énergie propre, disponible et gratuite » ou le thème « Effondrement et sacré » dans le n° 4).

    11Pour conclure de façon provisoire, la collapsologie apparaît comme un « champ de forces » au sens de Pierre Bourdieu, où émergent des références spécifiques, figures tutélaires, lectures, revues, films, séries, forums, organisations qui permettent de dégager certaines lignes de fracture. Au sein de ce champ naviguent des militants à l’implication très variable. La collapsologie a suscité un emballement médiatique tout à fait considérable et une couverture importante des grands médias nationaux (presse écrite, télévision, etc.). Ce traitement médiatique présente la question de façon binaire – « Les collapsologues en font-ils trop ? », demande par exemple le titre d’une double page du Monde2 – quand il ne se moque pas des collapsologues – « Les prophètes de l’Apocalypse » dans Le Journal du dimanche3. Ce processus de « normalisation » pourrait entraîner la collapsologie à rejoindre, dans sa trajectoire, les thèmes du développement durable ou de la transition, au sens de notions dont la vertu critique, si tant est qu’elle ait jamais existé, disparaît peu à peu. Pour P. Servigne, ainsi, la lassitude de passer pour l’oiseau de mauvais augure l’avait conduit à « tempérer (ses [ndlr]) propos4 ».

    12Finalement, on peut s’interroger sur la consistance effective de la collapsologie. S’il existe indéniablement des « collapsonautes » (Citton et Rasmi, 2020) qui s’en revendiquent, le spectre apparaît particulièrement large. Doit-on ainsi inclure les survivalistes, qui se caractérisent par le fait que leur préparation au monde d’après prend moins en compte les dimensions collectives ? B. Vidal (2018) a bien souligné que les diagnostics des survivalistes se révélaient finalement très proches de ceux des collapsonautes. En outre, un certain nombre de pratiques les rapprochent (disposer d’une base, à la campagne, maîtriser les techniques de jardinage ou de permaculture, anticiper l’absence d’énergie, etc.). La revue Yggdrasil ouvre d’ailleurs ses lignes à des survivalistes et leur consacre des reportages. Néanmoins, alors que les premiers envisagent avant tout la question de la survie dans un monde hostile, les seconds tentent plutôt de réfléchir à des solutions plus collectives et plus solidaires.

    La collapsologie sous le feu des critiques médiatiques et académiques

    Des critiques tous azimuts

    13Les collapsologues se sont attiré les foudres de nombreux universitaires. Infantilisation, fatalisme, « ton impérieux » ou « aveuglement » (Larrère et Larrère, 2020), nouvelle eschatologie, pensée réactionnaire, la liste des critiques s’avère particulièrement longue. Les universitaires ne se privent pas pour fustiger leur non-académisme : « Les auteurs ont beaucoup lu mais pas forcément les bonnes sources, ou bien ils ne les ont pas bien comprises » (Dupuy, 2019) ; ni « rigueur » ni « profondeur » (Charbonnier, 2019, p. 90). B. Villalba a d’ailleurs tenté un travail de classification des critiques, en trois registres – « épistémologique, spirituel et politique » (p. 27) – eux-mêmes subdivisés en 10 groupes (irrationalité, illégitimité, minimisation ; psychologisation, religiosité ; incapacitante, réactionnaire, dépolitisée, occidentalocentrée, anthropocentrée). De telles critiques apparaissent comme disproportionnées pour des ouvrages grand public, d’autant plus que les collapsologues tentent – chose rare dans le monde universitaire – de présenter simultanément les différents enjeux contemporains. Nous reviendrons ici sur un texte critique et pionnier, celui de Pierre Charbonnier, assez représentatif des critiques redondantes adressées aux collapsologues – son propos est ainsi très proche du propos de l’ouvrage de Larrère et Larrère (2020).

    14Dans La Revue du Crieur, P. Charbonnier souligne dans un premier temps son accord sur les grands constats dressés par les collapsologues (en l’occurrence, il part de la lecture des deux ouvrages les plus connus en France). Cependant, il leur oppose plusieurs objections. Sa première critique est de considérer que la collapsologie revient à « lâcher prise », à « abandonner tout espoir » (2019, p. 90). Telle perspective lui semble inacceptable car elle revient à négliger les luttes sociales, à abandonner le présent. Il reprend l’argument de Benedikte Zitouni et François Thoreau (2018) considérant que le scénario de l’effondrement, qui considère l’Histoire sous le prisme d’une rupture totale et globalisante, empêche de penser les continuités et affaiblit encore davantage les luttes contemporaines5. Surtout, et c’est sa deuxième critique, un tel récit permet aux collapsologues de « tirer un profit maximal de la sidération » (p. 91) qu’ils décrivent, en proposant d’accueillir les naufragés de l’effondrement, en leur proposant un récit « au croisement du développement personnel et de la promotion de la vie simple » (ibid.). Cette accusation de « nouveaux prophètes » (ibid.) apparaît d’ailleurs au diapason des approches médiatiques. Or, une telle critique résiste difficilement à l’analyse de ce que les collapsologues suggèrent et proposent comme pratiques dans les multiples forums ou vidéos en ligne liés à la question. On ne manque pas d’être surpris du fait qu’abandonner un certain nombre de pratiques de consommation ou tenter de devenir autonome en matière énergétique ou alimentaire constitue une nouvelle hérésie pour la gauche anticapitaliste.

    15Cependant, au-delà de cette critique de la dépolitisation et du fatalisme, aux yeux de P. Charbonnier, le crime suprême des collapsologues est de nous faire passer, dans leur projection sur un monde post-effondrement « de l’univers de Mad Max à celui de la Petite Maison dans la prairie » (p. 92), vision à laquelle il oppose deux grandes objections. D’abord, les nouveaux élus (ceux qui survivront) ne seront qu’une minorité, « communautés de cultivateurs capables d’autosubsistance » (ibid.), ceux qui auront pu se (re)convertir rapidement. Or, telle perspective est pour P. Charbonnier inacceptable car elle revient à un choix binaire : « la conversion ou la mort » (p. 93). Ainsi, tous ceux qui « ne peuvent accéder au luxe que constitue trop souvent un mode de vie écologique » (p. 95), en particulier tous ceux, notamment au Sud, qui ont déjà été frappés par les catastrophes climatiques, se verraient exclus. Telle vision serait un renoncement à un idéal de justice. Ensuite, et c’est la conséquence de la première objection, la « philosophie politique » d’un tel projet serait une « néolithisation des humains » (p. 94). En d’autres termes, les collapsologues révéraient de l’état de nature décrit par Rousseau (avant l’instauration de la propriété) mais en oubliant la thèse rousseauiste fondamentale, à savoir qu’un tel retour est impossible. Impossible, pour P. Charbonnier de revenir « à un stade où la rareté et la compétition seront éliminées à la racine ». La seule solution serait ainsi de réfléchir à de « nouvelles demandes de justice » allant de pair avec « une nouvelle conflictualité sociale » (p. 95).

    16Le raisonnement de P. Charbonnier repose sur deux postulats. D’un côté les collapsologues (en fait Servigne) auraient « la responsabilité », face à leurs annonces, de proposer un scénario politique autrement plus consistant. Or, telle objection ne va pas de soi : à ce qu’on sache, P. Servigne ne prétend pas aux responsabilités exécutives ; il ne prétend pas non plus sauver le monde. Et les collapsologues ne sont pas les seuls, au sein de l’écologie politique, à considérer que la catastrophe est imminente. De l’autre, il projette sur les collapsologues une analyse les faisant adhérer à un idéal de type rousseauiste. On pourrait lui objecter que la critique anarchiste contemporaine est également une critique en règle des formes de propriété et de l’organisation par l’État des sociétés contemporaines – et qu’elle n’entend pas, au Chiapas ou ailleurs, revenir au Néolithique et abdiquer les idéaux de justice. Quant à la figure du cultivateur et de la petite propriété paysanne, elle fait l’objet de relectures théoriques ambitieuses comme pilier d’un régime démocratique (Zask, 2016). Notons d’ailleurs que cette projection « rousseauiste » est l’exact inverse du procès que J.-B. Fressoz (2018) ou B. Zitouni et F. Thoreau (2018) leur font, à savoir que les collapsologues valideraient un scénario « anthropocènique », proche du GIEC et du Club de Rome, qui viserait à mettre la planète sous coupe réglée.

    17Au fond, les collapsologues apparaissent comme des cibles faciles pour la pensée critique. Ils proposent des analyses à la croisée de plusieurs champs (ce que l’université peine à faire) et prêtent le flanc aux critiques disciplinaires ; ils évitent de considérer qu’un scénario politique (de type révolutionnaire) nous sortira de l’ornière ; ils considèrent que la lutte contre le capitalisme est insuffisante s’il s’agit de sauver les grands équilibres du système-Terre. Pour la gauche anticapitaliste s’appliquent ainsi à la collapsologie les mêmes critiques qu’à l’effondrement : « ils naturalisent les rapports sociaux et font planer sur nos têtes une menace aux accents bibliques. À partir de là, toutes les dérives idéologiques sont possibles, et Une autre fin du monde, hélas, n’en manque pas… » (Tanuro, 2019).

    18On peut certes émettre l’hypothèse que les collaspologues, à l’instar des mouvements des « transition towns » (Hopkins, 2017) apparaissent aux yeux des mouvements plus contestataires comme le symbole d’une approche plus individuelle de la résistance aux processus collectifs (Chatterton et Cutler, 2013). Cette lecture comporte certainement une part de vérité puisque les collapsologues pensent à préparer leur survie dans un monde en voie d’effondrement, et de façon pratique, cette survie est conçue à un niveau plutôt familial ou amical. En outre, nos propres travaux de terrain sur les mobilisations écologistes dans la région Hauts-de-France tendent à se faire écho d’une problématique proche, à savoir le peu d’entrain des militants effondristes, notamment d’Extinction Rebellion, à reprendre les répertoires de mobilisation plus classiques. De ce fait, les militants des organisations plus anciennes (comme les Amis de la Terre) leur reprochent de sous-estimer les rapports de force réels. Cependant, on peine à comprendre en quoi la « conversion » de franges variées de la population à des formes de vie et de production plus autonomes et plus résilientes pose tant problème à la gauche anticapitaliste et aux universitaires qui s’en veulent les représentants légitimes. Pour ces derniers, leurs pratiques les détourneraient de la lutte centrale, celle qui doit être menée contre le capitalisme : bref, il s’agirait d’une nouvelle idéologie, dissimulant les rapports d’opposition réels. La seule pratique valable, pour ces critiques, serait celle de l’organisation collective des luttes. Un tel raisonnement assimile la dégradation de la planète au capitalisme. Or, si le capitalisme est déterminant dans la destruction de la planète, des collectifs et des subjectivités, son renversement n’offre pas les garanties d’une réorientation du projet développementiste.

    19B. Villlalba pointe à juste titre « trois causes d’incompréhension » qui rendent compte du décalage « entre ce que disent les collapsologues et ce qu’en interprètent les critiques » (op. cit., p. 172), lesquelles préfèrent demeurer en terrain connu plutôt que d’entamer un dialogue effectif. La première renvoie selon lui à l’enracinement du concept de domination en sciences sociales, qui permet, pour le mainstream, d’expliquer les conflits politiques dans les luttes de redistribution ou de reconnaissance (« eux » vs « nous »). Or, les collapsologues récusent cette opposition entre dominants et dominés car les uns et les autres doivent affronter un défi commun, celui de la dégradation de notre environnement. Ainsi, et c’est la deuxième cause d’incompréhension, la collapsologie soutient que « la dimension relationnelle est centrale » (p. 182) et suppose de se démarquer du naturalisme, qui sépare nature et culture : les effondrements et crises écologiques ne sont pas un décor duquel on pourrait s’arracher, mais le destin commun que nous partageons avec le vivant. En ce sens, la question sociale, sans s’effacer, doit être a minima complétée. Enfin, B. Villalba rappelle que l’idée de limites, déterminante pour les collapsologues, a été évacuée des sciences sociales issues de la modernité, tant l’horizon démocratique s’est accompagné de la promesse de l’abondance, via la consommation de masse.

    Une reproduction de débats antérieurs

    20Les débats autour de la collapsologie sont finalement une extension de ceux qui, au sein du monde académique, se sont déroulés autour des notions d’effondrement et d’anthropocène. La charge contre la collapsologie, en ce sens, n’apparaît que comme une duplication des critiques récurrentes adressées à ceux qui souhaitent élargir les débats politiques à l’environnement, ou de façon plus précise, au vivant. Reprenons-les rapidement à propos du terme d’effondrement.

    Effondrement, histoire, définition

    21La réflexion sur la fin des civilisations n’est pas nouvelle et les risques de la civilisation industrielle ont été pointés de longue date, dans des contextes divers. Comme le soulignent C. Bonneuil et J.-B. Fressoz (2016), les militaires et les industriels ont développé de nombreux scénarios catastrophistes – notamment dans le cadre de stratégies destinées à détruire l’ennemi ou anticiper des attaques. Cependant, pour le grand public, on considère que c’est un contexte plus spécifique, celui de la recomposition du système économique mondial au début des années 1970, dans un contexte de tensions géopolitiques et économiques sur le pétrole et de forte croissance démographique, accompagné par des mouvements sociaux « post-matérialistes », qui introduit la perspective d’un effondrement. Le rapport Meadows (1972) est célèbre pour avoir pointé, si les tendances des années 1970 n’étaient pas jugulées, un risque d’effondrement autour de 2030.

    22Ces publications subissent cependant une forme d’oubli dans les décennies 1980 et 1990, notamment sous l’impulsion – optimiste – des débats autour du développement durable, notion qui tend à faire croire qu’une synthèse vertueuse entre économie, social et environnement serait envisageable. La reprise par de multiples institutions, de l’ONU aux ONG, en passant par les entreprises, de ce discours, va déboucher sur une forme de mystification (Godard, 2005), tendant à masquer la dégradation écologique en cours.

    23En parallèle cependant, les travaux de J. A. Tainter (1988) sur les liens entre complexité des sociétés, énergies disponibles et effondrement, puis ceux de J. Diamond (2006) mettant en évidence le caractère primordial de la façon dont les sociétés réagissent aux défis des transformations de leur environnement, vont connaître un retentissement important, en particulier les seconds. Si on reprend la définition donnée par J. Diamond (2006, p. 15) – « j’entends par effondrement une réduction drastique de la population humaine et/ou de la complexité politique/économique/sociale sur une zone étendue et une durée importante » – l’effondrement peut être considéré, en reprenant les termes de M. Mauss (1968) comme un « fait social total », c’est-à-dire un phénomène mettant en branle la majorité ou la totalité des institutions d’une société. Cette réflexion provoque des conséquences en ce qui concerne son appréhension : l’effondrement imbrique de multiples dimensions – politiques, économiques, sociales, culturelles, religieuses, psychologiques – tout comme il réinterroge notre rapport à l’espace (où aller si le monde s’effondre ?) et au temps (c’est une nouvelle eschatologie).

    Controverses

    24La notion d’effondrement apparaît comme par trop monolithique. Nombre d’auteurs ont pointé le fait que ce sont plutôt « des » effondrements qui sont aujourd’hui en cours. D’abord, du point de vue écologique, les effondrements renvoient à des diminutions massives ou des disparitions complètes de populations (mammifères, insectes, oiseaux, etc.). Ainsi, Y. Bar-On et ses co-auteurs (2018) soulignent que la biomasse des mammifères sauvages ne représente aujourd’hui qu’un poids infime par rapport à celui des humains et de leur bétail et que les humains sont à l’origine de la disparition de la moitié de biomasse de la flore terrestre6. Pour rendre compte du caractère processuel du phénomène, L. Semal (2019a) utilise par exemple le terme d’« effritement », ce qui intègre mieux l’échelle d’une vie humaine pour qualifier le phénomène. Ensuite, les effondrements sont très différenciés selon les pays, régions ou peuples qui les subissent ou les ont déjà subis (comme les populations qui peuplaient l’Amérique latine avant la colonisation). Sans trop s’avancer, on peut considérer que pour une partie de sa population, le Venezuela contemporain s’est effondré. De même, l’effondrement a déjà eu lieu pour nombre de « réfugiés climatiques ». Dans cet ouvrage, A. Le Marchand défend également la thèse d’un effondrement autour de la ville de Hull au Royaume-Uni, lié au déclin des industries et de la pêche. Enfin, bien entendu, du point de vue sociologique, les populations d’un même territoire ne sont pas exposées de la même manière. Ainsi, lorsque le système d’approvisionnement public en eau subit de graves crises – qui évoquent un effondrement, avec un rationnement très sévère – les populations aisées peuvent compter sur leurs puits privés et autres sources d’approvisionnement alternatives, alors que les plus pauvres se révèlent beaucoup plus vulnérables (Cary et al., 2018). Ces analyses sont utilisées par J.-B. Fressoz (2018) pour considérer que l’effondrement serait anthropocentrique et représentatif d’une « écologie de riches », lesquels peuvent s’en extraire. En ce sens, le terme, qui nomme mal la réalité, nous égarerait dans l’interprétation des processus en cours.

    25Au fond, pour ses détracteurs, le terme d’effondrement éluderait la spécificité de la situation contemporaine, en tant qu’il renvoie au récit classique de la fin d’une civilisation (l’Empire romain, les Aztèques, les Incas, etc.). Or, pour J.-B. Fressoz (2018), de tels récits, qui opposent civilisation et barbarie, font fi de la complexité historique et nous projettent dans une forme de représentation binaire : notre civilisation ou le chaos. Réfléchir comme J. Diamond le fait, sur de multiples exemples historiques, tendrait ainsi à masquer le caractère inédit des transformations de l’âge contemporain et de ses défis qui sont d’une ampleur considérable car globaux. Cette critique en amène une autre, qui est liée à la question du capitalisme. On distingue clairement des enjeux d’ordre politique : la question environnementale ne doit pas être, pour de nombreux auteurs, le prétexte à un recul de la lutte ou de la critique anticapitaliste. C’est ainsi le cas de F. Lordon (2019), qui affirme : « Pour moi la question première, ça a toujours été “ce qu’on fait aux hommes”. “Ce qu’on fait à la Terre” est une question seconde, j’entends : qui ne fait sens que comme déclinaison de la question première – oui, à force de bousiller la Terre, ça va faire quelque chose aux hommes7 ». Ce prisme se retrouve dans une grande partie de la littérature académique critique.

    26Il est marquant que les débats sur l’effondrement apparaissent également comme un décalque de ceux autour du concept d’anthropocène. L’historien indien D. Chakrabarty (2009), qui avait défendu l’intérêt du concept d’anthropocène, en soulignant que le capitalisme disparaîtrait avant la planète, s’est notamment vu reprocher une tendance à l’essentialisation du capitalisme. En effet, le concept d’anthropocène semble a priori permettre de « déconstruire les phénomènes naturels », puisque l’anthropocène fait de l’humain une force de la nature. Dans ce cadre, la dimension résolument anthropique des rapides transformations actuelles contraste avec le temps long des ères géologiques. Pourtant, certains auteurs ont vu dans ce plaidoyer une forme de re-naturalisation, les processus de l’anthropocène étant assimilés à « un trait humain inné » (Malm, 2017, p. 9). Pour le dire autrement, la rhétorique de l’Anthropocène substituerait aux groupes sociaux en lutte un groupe humain homogène (homo sapiens), empêchant une analyse différenciée des responsabilités de la catastrophe en cours. De ce fait, le terme d’anthropocène tendrait à recouvrir les processus historiques concrets – en mettant un peu vite l’éleveur Sami et le financier britannique d’un groupe pétrolier sur le même plan : il serait une négation des responsabilités différenciées des groupes sociaux.

    27De notre point de vue, un certain nombre de mobilisations contemporaines, autour de la décroissance, des transitions towns ou de la justice environnementale s’opposent avant tout aux objectifs de croissance, ce qui inclue et dépasse la question du capitalisme. En particulier, dans le cadre de la collapsologie, c’est bien la préparation d’un monde post-croissance à laquelle s’attellent les collapsonautes.

    Conclusion

    28L’effondrement (la catastrophe) dans le monde contemporain est indissociablement lié à la critique de la société industrielle et des dégâts environnementaux qu’elle produit. Souvent reléguée aux oubliettes de l’histoire8, la pensée écologique qui en rend compte connaît un regain d’intérêt. Après la parenthèse des années 1970, les années 2000 et 2010 marquent une nette accélération. Au sein des mobilisations écologistes contemporaines, les effondristes ne participent guère d’une lecture de l’histoire comme progrès et prennent leurs distances avec les pensées de l’utopie qui promettent un avenir meilleur. Dans le sillage d’H. Jonas (1979) et d’une heuristique de la peur, les collapsologues dressent un tableau noir de notre futur proche et ne cachent pas leur pessimisme. Ils opposent aux évolutions contemporaines, non pas des grands récits, non pas des organisations collectives top-down, mais des théories bricolées et un ensemble hétéroclite de pratiques.

    29Assumer une sociologie des émergences (Santos, 2006) revient ainsi à considérer que les mobilisations des collapsologues, pour imparfaites et imprécises qu’elles soient, ne méritent pas le travail de dénigrement réalisé par la majorité des universitaires ayant pignon sur rue9 (Charbonnier, 2019 ; Larrère et Larrère, 2020). Si leurs ouvrages, revues ou conférences ont obtenu un tel succès, c’est probablement parce que le déni sur ces questions écologiques a été remis en cause à deux niveaux. D’une part, le débat public ne saurait désormais les ignorer suite au long travail, notamment des scientifiques du GIEC, pour les faire émerger : à cet égard, les positions négationnistes de D. Trump ou J. Bolsonaro ne peuvent plus faire mine de s’appuyer sur des travaux scientifiques crédibles. Or, il y a 20 ans, les termes du débat étaient différents. D’autre part, les collapsologues et collapsonautes participent à remettre en cause un autre « déni », celui qui consiste à faire croire qu’une transition pourra se faire ceteris paribus, c’est-à-dire sans transformations socio-économiques majeures. En soulignant que la sobriété va s’imposer à nous, la collapsologie réactive des débats anciens – mais qui sont aujourd’hui portés par d’autres publics que ceux des années 1970 par exemple.

    30Leurs critiques, pour la plupart, n’ont d’ailleurs pas daigné se pencher sur les pratiques et les participants. Or, ce que montrent les travaux sur la collapsologie (Tasset, 2019), c’est notamment que la découverte de cette littérature entraîne des bifurcations individuelles, qui sont loin d’être homogènes. Si certains se découvrent un goût pour le survivalisme, bien d’autres se dirigeront vers des actions collectives (dans le voisinage, dans des réseaux de transition), iront manifester pour le climat ou s’impliqueront dans des organisations militantes. En ce sens, ils manifestent un libre arbitre qui leur est trop rapidement dénié par ceux qui, par leur passé militant ou leurs diplômes universitaires, se font les défenseurs de la « bonne » écologie.

    Notes de bas de page

    1 Outre l’ouvrage de Servigne et Stevens (2015), on peut également mentionner dans la catégorie des ouvrages grand public celui de Pablo Servigne, Raphaël Stevens et Gauthier Chapelle, 2018, Une autre fin du monde est possible, Paris, Seuil ; Yves Cochet, 2020, Devant l’effondrement. Essai de collapsologie, Paris, Les liens qui libèrent ; Fred Vargas, 2019, L’Humanité en péril. Virons de bord, toute, Paris, Flammarion ; Aurélien Barrau, 2019, Le plus grand défi de l’humanité, Paris, Michel Lafon ; Dmitry Orlov, 2016, Les cinq stades de l’effondrement : manuel du survivant, Paris, Le retour aux sources. Néanmoins ces productions d’ouvrages ne forment que la partie immergée de l’iceberg car les conférences, souvent en ligne, de personnalités comme Vincent Mignerot sont très regardées dans la galaxie collapsonaute.

    2 Daté du 29 novembre 2019.

    3 Daté du 27 octobre 2019.

    4 Audrey Garric, entretien avec Pablo Servigne, Le Monde, 10 avril 2020.

    5 Cet argument revient sous de nombreuses plumes ; comme si le recrutement de nouveaux militants affaiblissait les luttes antérieures.

    6 Avec des données de référence il y a 50 000 ans.

    7 Frédéric Lordon, « Le capitalisme ne rendra pas les clés gentiment », blog Le Monde Diplomatique, le 22 novembre 2019. Disponible sur https://blog.mondediplo.net/le-capitalisme-ne-rendra-pas-les-cles-gentiment.

    8 L’histoire des idées démontre (Audier, 2016) que les critiques de la Modernité ont fait l’objet de déconsidérations multiples, soulignant tantôt leur conservatisme social, tantôt leur naïveté, leur impuissance ou leur irréalisme. L’association des écologistes à une forme de retrait du monde leur a également valu d’être considérés comme égoïstes. La figure de Heidegger, penseur majeur de l’autonomie de la technique et de ses menaces, dont le retrait du monde est allé de pair avec une position particulièrement ambiguë face au nazisme, a desservi la cause. De même, dans les combats de la Modernité, pour la grande majorité des sociologues, la question sociale apparaissait prioritaire. Ainsi, les travaux sociologiques sur la question écologique se sont principalement intéressés aux déterminants sociaux de l’engagement, tendant assimiler les pratiques écologiques des acteurs à la recherche de distinction propre aux classes moyennes, quand les écologistes ne sont pas, sous la plume de M. Gauchet les « hypocrites du système » (1990) ou, sous celle d’U. Beck (1986), parmi les principaux émetteurs de polluants. Dans cette optique, pour B. Vidal (2018), les survivalistes ne seraient que des Occidentaux aisés qui jouent à se faire peur. En somme, la dégradation perçue de l’environnement fournirait à toutes ces populations l’occasion d’une attitude sociale distinguée face à une masse consumériste.

    9 Au sein du milieu militant, les approches critiques peuvent d’ailleurs être plus subtiles. Cf. Jérémie Cravatte, 2019, L’effondrement, parlons-en… Les limites de la collapsologie, Barricade, Liège. Dans un propos final intitulé Perspectives pour Effondré·e·s, il indique notamment : « Pour revenir sur les discours collapsos, il est très important de parler collectivement de ces constats, si possible en s’émancipant un peu de l’imaginaire et du récit de l’effondrement » (p. 39). En quelque sorte, si la collaspologie offre une entrée puissante sur les problématiques écologiques, sa perspective prête trop à confusion, autour d’un effondrement généralisé qu’il juge improbable.

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    • Paul Cary
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    2015

    Des restructurations du travail à l’accompagnement vers l’emploi

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    Rachid Bouchareb et Martin Thibault (dir.)

    2015

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    Perspectives internationales

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    2013

    Appartenances multiples, opinion plurielle

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    2011

    Reconfigurations de l'État social en pratique

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    L'institution plurielle

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    2012

    Aller mieux

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    Approches sociologiques

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    2016

    Filles et garçons des cités aujourd’hui

    Filles et garçons des cités aujourd’hui

    Carine Guérandel et Éric Marlière (dir.)

    2017

    Nos vies, nos objets

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    Enquêtes sur la vie quotidienne

    Valérie Sacriste (dir.)

    2018

    Affronter le manque d’eau dans une métropole

    Affronter le manque d’eau dans une métropole

    Le cas de Recife – Brésil

    Paul Cary, Armelle Giglio et Ana Maria Melo (dir.)

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    Reconfigurations à l’œuvre dans les espaces publics métropolitains au Brésil

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    Dynamiques de l’économie solidaire à Lille et Belo Horizonte

    Paul Cary, Sibelle Diniz et Roberto Luís de Melo Monte-Mór

    Conclusion. Les défis de la mise en place d’une gestion vertueuse d’une ressource commune

    Paul Cary

    Chapitre 11. La gouvernance de l’eau à Recife. Des transformations sans révolution

    Paul Cary et Ana Maria Melo

    Chapitre 10. La gouvernance de l’eau : enjeux locaux et globaux

    Paul Cary et Ana Maria Melo

    Chapitre 9. Une offre en eau diversifiée

    Paul Cary

    Chapitre 8. Des mobilisations sociales en retrait

    Paul Cary

    Chapitre 7. Un déni public

    Paul Cary

    Chapitre 1. Recife, métropole régionale aux contrastes socio-spatiaux importants

    Paul Cary et Ana Maria Melo

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    1 Outre l’ouvrage de Servigne et Stevens (2015), on peut également mentionner dans la catégorie des ouvrages grand public celui de Pablo Servigne, Raphaël Stevens et Gauthier Chapelle, 2018, Une autre fin du monde est possible, Paris, Seuil ; Yves Cochet, 2020, Devant l’effondrement. Essai de collapsologie, Paris, Les liens qui libèrent ; Fred Vargas, 2019, L’Humanité en péril. Virons de bord, toute, Paris, Flammarion ; Aurélien Barrau, 2019, Le plus grand défi de l’humanité, Paris, Michel Lafon ; Dmitry Orlov, 2016, Les cinq stades de l’effondrement : manuel du survivant, Paris, Le retour aux sources. Néanmoins ces productions d’ouvrages ne forment que la partie immergée de l’iceberg car les conférences, souvent en ligne, de personnalités comme Vincent Mignerot sont très regardées dans la galaxie collapsonaute.

    2 Daté du 29 novembre 2019.

    3 Daté du 27 octobre 2019.

    4 Audrey Garric, entretien avec Pablo Servigne, Le Monde, 10 avril 2020.

    5 Cet argument revient sous de nombreuses plumes ; comme si le recrutement de nouveaux militants affaiblissait les luttes antérieures.

    6 Avec des données de référence il y a 50 000 ans.

    7 Frédéric Lordon, « Le capitalisme ne rendra pas les clés gentiment », blog Le Monde Diplomatique, le 22 novembre 2019. Disponible sur https://blog.mondediplo.net/le-capitalisme-ne-rendra-pas-les-cles-gentiment.

    8 L’histoire des idées démontre (Audier, 2016) que les critiques de la Modernité ont fait l’objet de déconsidérations multiples, soulignant tantôt leur conservatisme social, tantôt leur naïveté, leur impuissance ou leur irréalisme. L’association des écologistes à une forme de retrait du monde leur a également valu d’être considérés comme égoïstes. La figure de Heidegger, penseur majeur de l’autonomie de la technique et de ses menaces, dont le retrait du monde est allé de pair avec une position particulièrement ambiguë face au nazisme, a desservi la cause. De même, dans les combats de la Modernité, pour la grande majorité des sociologues, la question sociale apparaissait prioritaire. Ainsi, les travaux sociologiques sur la question écologique se sont principalement intéressés aux déterminants sociaux de l’engagement, tendant assimiler les pratiques écologiques des acteurs à la recherche de distinction propre aux classes moyennes, quand les écologistes ne sont pas, sous la plume de M. Gauchet les « hypocrites du système » (1990) ou, sous celle d’U. Beck (1986), parmi les principaux émetteurs de polluants. Dans cette optique, pour B. Vidal (2018), les survivalistes ne seraient que des Occidentaux aisés qui jouent à se faire peur. En somme, la dégradation perçue de l’environnement fournirait à toutes ces populations l’occasion d’une attitude sociale distinguée face à une masse consumériste.

    9 Au sein du milieu militant, les approches critiques peuvent d’ailleurs être plus subtiles. Cf. Jérémie Cravatte, 2019, L’effondrement, parlons-en… Les limites de la collapsologie, Barricade, Liège. Dans un propos final intitulé Perspectives pour Effondré·e·s, il indique notamment : « Pour revenir sur les discours collapsos, il est très important de parler collectivement de ces constats, si possible en s’émancipant un peu de l’imaginaire et du récit de l’effondrement » (p. 39). En quelque sorte, si la collaspologie offre une entrée puissante sur les problématiques écologiques, sa perspective prête trop à confusion, autour d’un effondrement généralisé qu’il juge improbable.

    Questionner l’effondrement

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    Cary, P. (2022). Chapitre 2. La collapsologie, variante de l’écologie catastrophiste, et son analyse. In P. Cary, N. Garnoussi, & Y. Le Lann (éds.), Questionner l’effondrement. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.129520
    Cary, Paul. « Chapitre 2. La collapsologie, variante de l’écologie catastrophiste, et son analyse ». In Questionner l’effondrement, édité par Paul Cary, Nadia Garnoussi, et Yann Le Lann. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2022. doi:10.4000/books.septentrion.129520.
    Cary, Paul. « Chapitre 2. La collapsologie, variante de l’écologie catastrophiste, et son analyse ». Questionner l’effondrement, édité par Paul Cary et al., Presses universitaires du Septentrion, 2022, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.129520.

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    Cary, P., Garnoussi, N., & Le Lann, Y. (éds.). (2022). Questionner l’effondrement. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.129460
    Cary, Paul, Nadia Garnoussi, et Yann Le Lann, éd. Questionner l’effondrement. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2022. doi:10.4000/books.septentrion.129460.
    Cary, Paul, et al., éditeurs. Questionner l’effondrement. Presses universitaires du Septentrion, 2022, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.129460.
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