• Contenu principal
  • Menu
OpenEdition Books
  • Accueil
  • Catalogue de 16501 livres
  • Éditeurs
  • Auteurs
  • Facebook
  • X
  • Partager
    • Facebook

    • X

    • Accueil
    • Catalogue de 16501 livres
    • Éditeurs
    • Auteurs
  • Ressources numériques en sciences humaines et sociales

    • OpenEdition
  • Nos plateformes

    • OpenEdition Books
    • OpenEdition Journals
    • Hypothèses
    • Calenda
  • Bibliothèques

    • OpenEdition Freemium
  • Suivez-nous

  • Lettre d’information
OpenEdition Search

Redirection vers OpenEdition Search.

À quel endroit ?
  • Presses universitaires du Septentrion
  • ›
  • Espaces Politiques
  • ›
  • Expérimentations démocratiques
  • ›
  • Première partie. Expérimenter la démocra...
  • ›
  • Faire pousser une alternative à l’aménag...
  • Presses universitaires du Septentrion
  • Presses universitaires du Septentrion
    Presses universitaires du Septentrion
    Informations sur la couverture
    Table des matières
    Liens vers le livre
    Informations sur la couverture
    Table des matières
    Formats de lecture

    Plan

    Plan détaillé Texte intégral Les germes de l’engagement : agrégation de profils et enrôlement autour du jardinage en commun Le pouvoir insoupçonné des salades sur l’enrôlement des jardiniers Une identité hybride : une ZAD partagée Fabrique d’une appartenance et géographie de la résistance L’activité maraîchère entre économie morale et circulation du don Prologue Notes de bas de page Auteurs

    Expérimentations démocratiques

    Ce livre est recensé par

    Précédent Suivant
    Table des matières

    Faire pousser une alternative à l’aménagement de nos vies : le quartier libre des Lentillères à Dijon1

    Sonja Kellenberger et Yannick Sencébé

    p. 93-116

    Texte intégral Les germes de l’engagement : agrégation de profils et enrôlement autour du jardinage en commun Le pouvoir insoupçonné des salades sur l’enrôlement des jardiniers Une identité hybride : une ZAD partagée Fabrique d’une appartenance et géographie de la résistance L’activité maraîchère entre économie morale et circulation du don Prologue Notes de bas de page Auteurs

    Texte intégral

    1L’expérience des Lentillères a débuté en 2010 par l’occupation illégale des dernières terres maraîchères de Dijon. Le Pot’Col’Le (Potager Collectif des Lentillères) fut la première entité organisationnelle, support de revendications et d’expérimentations multidimensionnelles. Ce lieu est le fruit d’un assemblage de liens, de constructions, d’essais, de doutes et de luttes. En s’élargissant, cet assemblage a dépassé le potager collectif des Lentillères pour atteindre la teneur d’un quartier libre dont l’histoire n’est pas achevée. C’est aussi la possibilité d’un autre urbanisme intégrant la nature et l’agriculture, fonctionnant sur une économie non marchande, et d’une ville faite par ses habitant·es qu’opposent, aux différents aménageurs et aménageuses, les parties prenantes de cette aventure.

     

    2Ce quartier est intégré dans un projet de l’agglomération du Grand Dijon (devenue depuis 2017 Dijon Métropole), annoncé en 2010. Ce projet s’accorde à la volonté de cette ville moyenne de devenir une capitale verte. Le nom choisi pour ce nouveau quartier, « l’éco-cité jardin des maraîchers », valorise l’histoire de la partie nord du quartier, qui abritait jusque dans les années 1980 une partie de la ceinture maraîchère, tout en lui substituant un devenir avant tout résidentiel et tertiaire. 1 500 logements sont prévus ainsi que 15 000 m² de bureaux et commerces sur deux phases découpées selon la double identité du lieu. La zone sud s’étale sur les 11 ha d’une friche industrielle composée d’anciens abattoirs et de tanneries, correspondant à la 1re phase du projet, dont les constructions sont à ce jour en cours d’achèvement. Les Lentillères représentent les 9 ha de terres très fertiles qui composaient un ancien quartier maraîcher, et sont concernés par la 2e phase du projet. En décembre 2019 l’annonce inattendue du maire, concernant l’abandon du projet pour sauvegarder ces dernières terres avait nourri les plus vifs espoirs mais aussi des inquiétudes. Les multiples parcelles de propriété composant la zone avaient déjà été préemptées par la mairie2 au terme d’une procédure d’aménagement (Enquête publique, Déclaration d’Utilité Publique, révision du PLU classant les terres en constructible). Les autorités publiques locales détenaient donc le pouvoir de choisir le type d’occupant·es et d’activités sur le lieu. De multiples assemblées générales du quartier ont succédé à cette annonce, afin que le collectif ne soit pas divisé ou expulsé du lieu. Un groupe juridique s’est également formé pour travailler sur le droit et attaquer le PLUi HD (Plan Local d’Urbanisme Intercommunal Habitat et déplacement) amené à être modifié. La publicité de certains documents et le lancement de l’enquête publique ont alors révélé que d’abandon il n’en était pas question, et que le quartier et ses terres étaient toujours promis à la logique de bétonisation et de densification.

     

    3Ce texte est écrit à plusieurs mains selon un mode d’écriture collective particulière. Yannick Sencébé, maître de conférences en sociologie (Agrosup – Cesaer), a suivi l’expérience depuis les débuts et participe au Potager Collectif des Lentillères (Pot’Col’Le). L’engagement ayant été la clé d’entrée sur ce « terrain », nous nous situerons dans ce que Bastien Soulé (2007) classe comme « participation intellectuellement engagée ». Camille Delaplace, étudiante ayant eu un petit jardin sur le quartier, et Sonja Kallenberger, sociologue et Formatrice-chercheure (IRTESS Bourgogne), sont arrivées plus tardivement sur ce terrain par le biais d’un comité de soutien aux Lentillères, initié en 2016 par une des maraîchères du lieu. Ce comité avait pour objectif d’associer des sympathisant·es, des militant·es d’autres structures pour élargir le soutien aux Lentillères, en collectant et diffusant de l’information et en appuyant les luttes et campagnes de défense du quartier.

    4L’écriture collective est un mode fortement valorisé dans les milieux autogérés et zadistes, ainsi qu’en témoignent les ouvrages du Collectif de la Mauvaise Troupe3, en ce sens qu’il s’agit de récits autoproduits par ceux et celles qui font l’histoire actuelle de ces luttes et zones d’occupation. Cette écriture autoproduite par des lieux autogérés interroge la division du travail intellectuel habituel : aux militant·es, l’action ; aux intellectuel·les, les analyses et le récit des luttes. Le présent chapitre s’inscrit dans ce genre d’écriture collective mais avec une posture particulière : l’intellectuelle supposée a occupé la place de la militante investie dans l’action et les deux autres auteures ont rejoint la dynamique depuis une posture de citoyennes sympathisantes. Les écrits déjà publiés de la première auteure ont fait l’objet d’une lecture de la part des deux autres, à partir de leur investissement récent, de leur regard extérieur sur ce que le lieu avait de singulier et de commun avec d’autres luttes ou enjeux. Il en est né un travail d’assemblage et de réécriture en tentant de retracer un peu d’histoire et d’éclairer certaines dimensions de ce collectif territorialisé des Lentillères sans prétendre à l’exhaustivité.

    5Les matériaux qui ont servi de base à cette écriture sont multiples et suivent des lignes méthodologiques souples. On n’enquête pas sur une ZAD comme sur un terrain habituel. L’illégalité de l’occupation, la frilosité de certain·es militant·es à être « objet d’analyse », le rapport d’engagement et de familiarité que l’on porte soi-même avec le lieu et ses occupant·es, interdisent l’usage de certains outils habituels en sociologie ou ethnologie. L’investissement sur le long terme a permis néanmoins d’accumuler et d’archiver les traces de ce lieu en constitution : tracts, affiches, programmes, livrets internes… Le carnet de terrain a fixé certains moments, certaines étapes, et réflexions. Les articles de médias, les études menées par des étudiant·es ont également été recueillis. La participation aux travaux, fêtes et réunions multiples de ce lieu a fourni matière à observation, prises de notes et analyses.

     

    6Le cadre théorique utilisé est pluriel pour rendre compte d’une expérience elle aussi multidimensionnelle et mouvante. Trois axes ont retenu l’attention des auteures, et forment la trame de ce chapitre. Le premier concerne le processus singulier qui a vu s’agréger sur le quartier des profils que rien n’amenait à se côtoyer. Nous verrons que s’y jouent des mécanismes d’enrôlement et d’agrégation de causes élargissant le cadrage de la lutte. Le second axe est centré sur la fabrique d’une appartenance en dehors de la propriété classique à travers le partage d’un lieu à défendre collectivement où se jouent des apprentissages d’engagement collectif et public à partir des engagements dans le proche. Le dernier axe s’intéresse à l’économie de ce quartier qui sort du modèle capitaliste et marchand classique. Un détour historique auprès des émeutier·es du xixe siècle et de leur économie morale et un regard anthropologique à travers l’économie du don sont mobilisés pour rendre compte des pratiques d’échanges au sein des Lentillères.

    Les germes de l’engagement : agrégation de profils et enrôlement autour du jardinage en commun

    7Le propos développé ici vise dans un premier temps à rendre compte de la dynamique collective qui s’est instaurée à partir de la parcelle défrichée du Pot’Col’Le jusqu’à s’étendre sur toute la « friche » et à réanimer un quartier aux allures de village urbain. Il retrace ainsi les premières étapes de l’occupation. Nous abordons ensuite sur les éléments qui ont permis un enrôlement large de profils dans une lutte pourtant illégale, pour questionner, dans un troisième temps, l’identité du lieu.

    Figure 1. Des premiers coups de bêche au quartier libre des Lentillères.

    Image

    Premier défrichage lors de la manifestation d’occupation (2010) à gauche, et petits jardins (2015) à droite.

    Sources : archives personnelles Y. Sencébé.

    8Le slogan choisi pour la première manifestation – « Libérons les terres » – avait pour avantage stratégique de ne pas dévoiler directement l’objectif d’occupation illégale. Mais il s’agissait aussi d’inverser le sens de l’occupation. Ces terres, plongées dans le sommeil spéculatif et transformées en friche au fil des 15 années de projets qui s’y étaient succédé, se trouveraient ainsi libérées par leur remise en culture.

    Figure 2. Affiche de l’appel à manifestation pour l’occupation des terres, mars 2010.

    Image

    Sources : archives personnelles Y. Sencébé.

    9Le récit qui a été fait de la première manifestation d’occupation dans un journal alternatif local4 donne à voir le sens de cette action et le large cadrage opéré au-delà de la simple défense des terres par leur mise en culture. Il s’agit ainsi de libérer la terre de l’emprise des promoteurs et promotrices et des spéculateurs et spéculatrices urbain·es pour la remettre entre les mains de « tou·te·s celles et ceux qui désirent un bout de jardin en ville pour produire une partie de leur nourriture et apprendre. Elles s’ouvrent aussi à des paysans encore “sans-terres” qui voudraient se faire les dents, bénéficier de soutien et partager leur savoir avec d’autres ». Paysan·nes sans terre et urbain·es sans jardin sont ainsi appelé·es à s’unir pour se réapproprier les terres mais aussi les savoirs dans la quête d’une autonomie alimentaire et d’une émancipation collective. La critique écologique est articulée à la critique sociale dans un modèle qui rejette globalement le capitalisme – à travers l’agro-industrie et ses trusts – tenu pour responsable de la destruction de la biosphère et de l’aggravation des inégalités sociales. Un lien étroit est établi entre la disparition de la paysannerie en Europe, à travers les politiques alimentaires et la mise sous dépendance par l’agro-industrie des agriculteurs et agricultrices et des consommateurs et consommatrices : lien que le logo du jardin (une fourche croisant une carotte) illustre bien.

    Figure 3. Logo du quartier.

    Image

    10Le Pot’Col’Le5 fut la première parcelle à être occupée. D’environ 5 000 m² à ses débuts, elle atteint presque 1 ha aujourd’hui. Le Pot’Col’Le a tout d’abord été un lieu d’expérimentation et d’apprentissage pour bon nombre de jardinier·es en herbe qui y ont pris part. La parcelle est cultivée collectivement, des rendez-vous réguliers permettent de planifier les cultures, de conduire les travaux et de récolter. Des repas de soutien dans un café associatif de la ville permettent de financer l’achat de semences et matériels. L’équipe du Pot’Col’Le se renouvelle chaque année avec une réunion permettant de définir à quelle mesure chacun compte s’engager, les membres du Pot’Col’Le étant pour la quasi-majorité des personnes qui n’habitent pas sur place et qui, outre quelques retraité·es, ont des activités professionnelles ou sont en cours d’études en dehors du quartier.

    Figure 4. Détournement d’un panneau publicitaire à l’entrée du quartier pour signaler l’existence du Potager Collectif des Lentillères (Pot’Col’Le), 2012.

    Image

    Sources : archives personnelles Y. Sencébé.

    11Le Pot’Col’Le a rassemblé l’intégralité des membres investis dans la lutte à ses débuts, lorsque le quartier était encore nommé « la friche ». Une certaine diversité de militant·es s’y côtoyaient de ce fait. Les jardinier·es fréquentant le potager se sont peu à peu diversifiés. Au-delà des premier·es militant·es, des voisin·es, des étudiant·es, des jeunes salarié·es, des retraité·es, des déçu·es des jardins familiaux, des chercheurs et chercheures et des enseignant·es, des femmes seules avec enfants, des familles de milieu populaire, des migrant·es sans papier, sont venus chacun·e avec leurs attentes et expériences et leur degré de familiarité avec les pratiques collectives. Cette dynamique d’arrivée a alimenté à partir de 2012 l’essaimage sur la « friche » de petits jardins cultivés entre ami·es, seul·e ou en famille. Au sein de ces petits jardins, une soixantaine environ à l’heure actuelle, on retrouve une forte diversité de profils. En 2012 également, la ferme du jardin des maraîchers, évoquée par la suite, a été installée par des militant·es désirant vivre et cultiver le quartier. Enfin à partir de 2015, de petits hameaux se sont développés, donnant à ce quartier, où vivent une centaine de personnes, les allures d’un village urbain. Le quartier comporte en effet aujourd’hui ses lieux collectifs : « la grange rose », qui accueille des fêtes de grande ampleur et le « snack-friche » qui abrite des activités régulières (repas, bricolage, soirées, réunions, gym, film, etc.). Il se compose aussi d’habitats légers mais permanents (caravanes, yourte et cabanes) et de lieux de vie et d’activité : la ferme du jardin des maraîchers et son marché hebdomadaire, « chez papy », la « bougie noire » et de nouveaux lieux-dits (les hokayeurs, les flots bleus, les nouvelles lentillères…). De multiples supports de diffusion, d’information et de communication ont également vu le jour : deux sites internet (l’un pour le Pot’Col’Le6 et l’autre pour le Jardin des maraîchers), des listes e-mail de diffusion interne ainsi qu’un journal nommé Le Génie du lieu7. Des récits oraux se construisent et se mettent en scène lors des anniversaires ou de fêtes du quartier. Des récits plus médiatisés (articles, mémoire, émissions de radio) portent au-delà de ses limites l’histoire de la « friche ».

    12Tout ce qui fait la substance d’un territoire approprié par l’usage sans être planifié, habité dans la lenteur du défrichage sans être aménagé, est ici présent. Appartenir à un territoire que l’on fabrique est l’exact opposé de ce que Lefebvre décrit comme la « production de l’espace » qui consiste à le planifier, à le fragmenter, à y localiser des fonctions, et à le vendre en autant de parcelles. Dans la lignée de son manifeste pour « le droit à la ville », il plaide pour une appropriation citoyenne de l’espace contre son aménagement : « Il ne s’agit pas de localiser dans un espace préexistant un besoin ou une fonction, mais au contraire de spatialiser une activité sociale, liée à une pratique dans son ensemble, en produisant un espace approprié. » (Lefebvre, 2000, p. 12).

    Le pouvoir insoupçonné des salades sur l’enrôlement des jardiniers

    13La fréquentation originelle de la parcelle du Pot’Col’Le par des personnes étrangères les unes aux autres a constitué un ferment d’interconnaissance qui demeure encore aujourd’hui et s’étend à travers les multiples liens qui relient chaque entité du quartier. En effet, ce qui a marqué les lieux du jardinage, ce sont les liens qui s’y sont créés entre personnes qu’a priori rien n’aurait amenées à se rencontrer ni à œuvrer ensemble. Les « gens des Tanneries8 », apparentés à la culture libertaire par leur mode de vie et d’habitat, sont apparus sous un autre jour. Chaussé·es, comme chacun, de bottes, sachant relever leurs manches et se mettre à l’ouvrage, faisant preuve d’un grand sens de l’organisation, de la planification, ils et elles se révélaient des piliers essentiels dans la construction du lieu. De leurs propres confidences, le Pot’Col’Le a réussi à attirer à l’espace autogéré des Tanneries des personnes qui n’y auraient jamais mis les pieds. De ce point de vue on peut parler d’un processus d’intéressement qui a débouché sur l’enrôlement (Callon, 1986), par les militant·es les plus radicaux et politisé·es, d’autres participant·es, membres d’associations plus légalistes ou qui s’y sont joints à travers la simple défense de terres maraîchères et la pratique du jardinage. On pourrait alors, sous ce jour, parler du « pouvoir insoupçonné des salades » (et autres légumes cultivés localement)9 sur l’engagement dans une lutte localisée mais globale à partir de points de focale que sont la défense des terres et la réappropriation de son alimentation. La fréquentation en commun des lieux autour d’une activité inoffensive comme le jardinage mais impliquant une dimension politique du fait même du statut des terres en sursis sur lesquelles il s’exerce, les discussions le long des rangs de haricots permettant aux militant·es politisé·es d’intéresser à l’importance de l’organisation collective, aux raisons d’agir contre le bétonnage et pour une ville faite avec et par ses habitant·es, les réunions où sont évoqués pèle mêle les aspects pratiques d’organisation et les dimensions stratégiques et politiques du sens de cette lutte ont socialisé les membres les moins aguerris à un univers idéologique et organisationnel relevant de l’autogestion (Assemblée Générale comme lieu décisionnaire, décision au consensus, autonomie financière et vis-à-vis des autorités…) et de la sensibilité libertaire (la réappropriation de savoir-faire et de son alimentation pouvant s’intégrer à la lutte pour l’émancipation, le soin apporté à la terre en dehors de toute économie marchande pouvant être rapporté à la lutte contre le capitalisme destructeur de l’environnement et des liens sociaux…). Ce processus d’enrôlement n’est pas total si l’on considère que certain·es usager·es des petits jardins restent plus éloigné·es d’une politisation et d’une participation aux Assemblées Générales. Néanmoins, ces petits jardins ont commencé à s’auto-organiser – suivant en cela l’orientation souhaitée en Assemblée vis-à-vis de l’autogestion et de la structuration collective des entités du quartier – notamment autour de la gestion de l’irrigation et certains participent aux Assemblées. Et aucun·e de ces jardinier·es n’est choqué·e par l’illégalité de l’occupation à laquelle ils et elles participent, ne fût-ce que par leur bêche.

    14Un second mécanisme expliquant la convergence autour de la défense de ces terres d’une pluralité de profils et d’horizons d’appartenance est la coalition de causes et l’élargissement du cadrage de la lutte. La notion de cadrage emprunte aux travaux d’E. Goffman (1974) et, a été largement appliquée aux mouvements sociaux (Benford, Snow, 2012). Elle permet de rendre compte du travail de cadrage d’un problème – et de son déplacement – dont dépendent pour des acteurs et actrices engagé·es dans une lutte la légitimité de leur action mais aussi les alliances et adversaires impliqué·es (Mormont, 2006). Rappelons tout d’abord que le Collectif Urgence bio 21 et l’espace Autogéré des Tanneries à l’origine de l’occupation comprenaient déjà de multiples structures et couvraient des champs d’intervention divers (AMAP, associations environnementales, culturelles, altermondialistes, syndicat agricole…). Cette source plurielle va alimenter des réseaux de soutiens et les élargir vers des lieux dits amis (autres ZAD, installations collectives agricoles, coopératives…). Si l’argument premier pour l’occupation de ces terres fut leur défense face à l’emprise urbaine, d’autres registres y furent associés dès le début et s’élargirent par la suite à mesure qu’il s’agissait d’affûter les arguments et de monter en généralité contre un projet d’éco-quartier qui s’affichait comme exemplaire au niveau écologique et social.

     

    15La résistance face au projet d’éco-quartier de la mairie va amener à déployer dès 2012 un argumentaire critique vis-à-vis de l’urbanisme10 dans ce qu’il peut avoir de descendant (la ville des architectes et urbanistes sans ses habitant·es), de ségrégationniste (la ville des promoteurs et promotrices) et de concentrationnaire (la ville dense et surveillée). L’accueil de familles Roms puis de migrant·es sur le quartier renvoie à la solidarité du lieu avec d’autres luttes et enjeux que la terre. La proclamation de la « friche » en tant que quartier libre des Lentillères à partir de 2015 fait référence à la Commune de Paris et engage sur une perspective globale de constitution et de gestion collective d’un Commun, comme nous le verrons plus loin. Cette agrégation de causes et cet élargissement du cadrage de la lutte ont contribué à l’intégration de nouveaux membres, en tant qu’habitant·es ou appuis actifs à la lutte – moins dédiés au jardinage. Nombreuses sont les demandes provenant de toutes parts (y compris au-delà des frontières nationales11) pour venir s’installer et faire une expérience de vie « autre » (anticapitaliste, écologique, autonome et collective…) tout en contribuant à la lutte en tenant et peuplant le lieu. Par ailleurs, des réseaux constitués de collectifs d’habitant·es à la campagne, de réseaux d’interconnaissance militante ont rejoint les assemblées et divers groupes de travail pour y prêter main-forte en termes d’organisation d’évènements (fêtes, manifestations, repas de soutien…), de productions écrites et auto-médias et de stratégie de défense.

     

    16Les composantes sociales et idéologiques des Lentillères sont de ce fait diverses et évolutives suivant les logiques d’agrégations qui en tissent la trame élastique. Il y a tout d’abord une logique affinitaire où se mêlent des dimensions générationnelles et idéologiques. La génération « zadiste » est issue, pour partie, d’une classe moyenne pourvue en capital culturel (enseignant·es, travailleuses et travailleurs sociaux…), et a cheminé, pour l’autre partie, dans les réseaux de la débrouille des petits boulots et des squats. Faisant de leur mode de vie une forme de militantisme mise en pratique (autogestion, refus du salariat, engagement dans de multiples luttes, compagnonnage dans les réseaux « alternatifs »), ils sont de véritables entrepreneurs et entrepreneuses de mobilisation (Lipsky, 1981) en ce sens qu’ils et elles disposent d’un certain capital tout en étant sans pouvoir et se trouvent ainsi en mesure de prendre la défense, de parler au nom de ou de mobiliser d’autres groupes sans ressources. Ils et elles sont des piliers de la lutte par le « capital militant » dont ils et elles disposent. Celui-ci articule une culture politique, parfois héritée de leur milieu familial et approfondie par leur pratique assidue de la lecture, un capital social lié à leur forte insertion dans les réseaux alternatifs, et des savoir-faire en matière d’organisation et de bricolage.

    17Dès les premiers moments, la logique militante a agrégé à ce noyau d’autres générations, d’autres horizons plus classiques des mouvements sociaux, où l’on retrouve les planètes de l’altermondialisme et, du point de vue sociologique, des personnes un peu plus âgées, installées dans des emplois de cadres de la santé, de l’éducation et du travail social. Enfin, la logique du voisinage a intégré peu à peu des profils plus populaires et beaucoup moins politisés, venus jardiner ou fréquentant le marché. Enfin les réseaux de lutte ont également permis l’établissement passager ou durable en ce lieu, de populations précarisées, de minorités opprimées (Roms, migrant·es notamment). Finalement, si l’on devait faire la sociologie de ce lieu aujourd’hui, il faudrait la faire en creux : les forces de l’ordre, l’ordre établi des beaux quartiers, l’ordre standardisé des vies et intérieurs Ikea, ne sont pas représentés en ce quartier.

    Une identité hybride : une ZAD partagée

    18L’expérience des Lentillères a débuté par une occupation de terre et un « potager collectif » et la dimension maraîchère du lieu demeure essentielle. À cet égard, elle s’inscrit, dans une certaine mesure, dans la vague des jardins collectifs urbains qui fleurissent un peu partout dans les villes en réponse à un besoin de recréer des liens, de reprendre confiance dans son alimentation et de prendre soin de la nature face à la crise écologique (Den Hartigh, 2013). On connaît la plasticité des finalités, sources et usages de ces jardins au fil du temps (Guyon, 2008). Ceux-ci apparurent avec les jardins ouvriers du xixe siècle comme œuvre philanthropique, hygiéniste et d’encadrement moral des masses laborieuses et paupérisées. Ils se développèrent comme jardins familiaux dans les années 1970 avec un rôle de loisirs tout en étant encadrés et normés par les municipalités (Dubost, 1997) avant d’être intégrés – sous la forme de jardins familiaux ou partagés – dans les décennies suivantes aux enjeux urbanistiques en tant qu’espaces verts des métropoles soucieuses de soigner leur attractivité paysagère et de qualité de vie (Guyon, 2008).

    19Cette expérience s’en distingue car elle n’est pas encadrée par les autorités municipales – le lieu étant occupé illégalement – et s’est inscrite dès le début dans une opposition à la bétonisation des terres par la ville, et dans une critique de l’agro-industrie et du capitalisme, plutôt que dans un palliatif à leurs excès ou défauts. D’emblée la manifestation « fourche en main » inaugurale en a fait un cri de contestations multiples en même temps qu’une invitation plus tranquille à diverses expérimentations. À cet égard les petits jardins, où des familles ou groupes d’ami·es se retrouvent pour cultiver un lopin, profiter d’un petit bout de verdure et y faire des barbecues, pourraient s’apparenter à des jardins familiaux s’il n’était qu’ils sont situés sur une zone d’occupation et de lutte.

    20Le lieu se dresse contre les formes d’aménagement descendantes du territoire, contre l’urbanisme normalisé et gentrificateur, et enfin contre l’agriculture de firmes qui concentre les terres et exploite la nature. En cela il peut s’inscrire dans la jeune histoire des ZAD sans être la réplique exacte de Notre Dame des Landes ou d’autres sites alternatifs, chacun ayant sa trajectoire et ses ingrédients. Ces luttes ont pour point commun de s’enraciner dans l’expérience d’habiter un lieu et de s’y constituer en « commun », autrement dit en communauté d’usages (La Mauvaise Troupe, 2015). L’appropriation de l’espace non seulement comme ressource pour résister et exister mais aussi comme enjeu de lutte symbolique – tout pouvoir prenant corps et assise dans et à travers l’espace, son contrôle et sa production – est un répertoire d’action et un enjeu idéologique marquant les mouvements sociaux contemporains (Ripoll, 2005). Il s’agit par l’habiter et le prendre soin (de la nature, des liens qui s’inscrivent en un lieu) de résister aux injonctions au détachement de la cité connexionniste (Boltanski et Chiapello, 1999) et de s’opposer à l’appropriation des terres et de la Terre par le marché.

    Figure 5. Photo d’une banderole à l’entrée du quartier.

    Image

    Sources : archives personnelles Y. Sencébé.

    Fabrique d’une appartenance et géographie de la résistance

    21L’occupation, l’habiter et le prendre soin d’un lieu en sursis et en lutte posent la question des formes d’appartenance possibles à ce lieu, d’autant que les identités et profils sont pluriels comme nous l’avons vu.

    22L’appartenir se tient ici dans l’illégalité, en dehors de la propriété privée, dans l’usage d’un lieu partagé en commun : mais pour combien de temps ? Comment peut-on s’investir, se sentir partie prenante d’un lieu qui ne nous appartient pas ? Dans l’expérience du quartier libre des Lentillères, appartenir à un lieu, c’est en être partie prenante à travers son usage, sa défense et sa fabrique. Diverses attaques municipales ont constitué une géographie de la résistance tout en renforçant le sentiment d’appartenance commune à ce lieu. Par ailleurs les diverses activités déployées sur le lieu, par leurs dimensions concrètes et situées, ont permis aux divers usagers partie prenante de s’engager dans un régime du proche (Doidy, 2009), au-delà de la figue abstraite du citoyen.

    23Cette dimension concrète passe par le jardinage, l’auto-construction, la récupération et le bricolage autant que par la fabrication de banderoles, l’organisation de festivités, le tag, l’auto-réduction12 ou les manifestations. Ces activités agrègent une diversité de profils à géométrie variable selon la dangerosité ou la dimension subversive des pratiques. Si bien que l’ordre dominant – les autorités municipales, les forces de police, les médias parfois – affronte un mouvement informe et glissant, difficile à cerner totalement et précisément. La référence à l’action collective en faveur d’une cause (Neveu, 2011) se prête peu à la compréhension de ce genre de mouvement tant les bannières se croisent, se mêlent, se renforcent et se heurtent aussi, au fil de la lutte. Outre les militant·es venant de divers horizons (altermondialisme, écologie, auto-gestion…), des personnes (retraité·es, étudiant·es, salarié·es, voisin·es du quartier…), viennent sans bannière si ce n’est la recherche de liens, dans la volonté d’acquérir des savoir-faire, l’expérience d’autre chose, l’accès à ce qu’ils n’ont pas (un bout de verdure, des légumes bio, des fêtes). Ce n’est finalement que de manière rétrospective que l’on peut considérer avoir contribué avec d’autres à quelque chose de commun. C’est ce qui fait l’ambivalence et la force de ces lieux où l’on peut devenir militant·e, élargir ou changer l’horizon de sa lutte, rester simple usager·e, ou rebondir pour concrétiser ailleurs dans un projet familial ou collectif ce que l’on a appris ici. Cet agrégat de postures engagées dans un faire en commun s’articule fortement dans ce qu’E. Doidy (2009) appelle le régime du proche. Le quartier n’est pas seulement occupé, il est investi sur le mode de l’habiter. D’autre part, il offre des arènes d’engagement public (actions, délibérations, lieux collectifs) proposant maintes occasions aux habitant·es, usager·es et militant·es d’apparaître progressivement dans le cours d’une action et au fil des épreuves en sujets politiques. Cette constitution en sujet politique se fait à partir de l’expérience de l’habiter ou de l’attachement aux lieux, en opposition à la figure dominante du citoyen abstrait, intégré au-delà de toutes ses attaches dans une communauté nationale. Au contraire, l’expérience pratique qui renvoie aux lieux et aux usages est valorisée comme une expertise légitime. C’est en cela que le quartier des Lentillères offre la possibilité d’une pluralité d’apprentissages militants et de lutte via une multitude d’occasions de prendre part à une parcelle d’activité, d’expression, de résistance.

     

    24Revenons à présent en arrière dans l’histoire de la fabrique de ce quartier et des moments fondateurs, de construction et de résistance, qui ont favorisé l’identification collective à ce quartier – en désignant un adversaire – et l’attachement au lieu.

    25Les premiers moments furent ceux de la plantation de la vie au sein d’une friche destinée à l’urbanisation. Planter la vie là où le béton devait prendre place, semer maintenant pour récolter dans la durée et imaginer ainsi s’enraciner dans la lutte et à travers le travail de la terre nourricière mais aussi se réapproprier son alimentation contre les empires agroalimentaires furent les éléments mis en avant dans les premiers écrits du quartier.

     

    26Mais assez rapidement (dès 2010) trois types d’attaques municipales, hautement symboliques du pouvoir aménageur, ont marqué une progression dans l’appartenir collectif à ce lieu : les actes de destruction des bâtiments en dur, les actes d’effacement de la figuration du lieu et les actes de déplacement du sol. Ces trois opérations, menées par la municipalité sans doute démunie face à la difficulté à contrôler par des actions ponctuelles et musclées un lieu approprié par l’usage quotidien et durable, ont débouché sur des contre-offensives et des formes de résistance pour « tenir le lieu » tout en le transformant en un véritable quartier.

     

    27De cette lutte est né un commun : une communauté qui s’institue en prenant en charge un lieu, en se donnant des règles pour son usage, son partage et son maintien dans le temps dans la lutte et l’alternative radicale à ce qui lui est interdit et imposé. Nous suivrons en ce sens la perspective du commun oppositionnel développé par Pascal Nicolas-Le Strat (2016). Il s’agit non seulement de lutter contre mais aussi de destituer un ordre (capitaliste) et d’instituer un espace public autogéré, prenant en charge l’ensemble des activités de la vie humaine.

    Figure 6. Tag annonçant la « Communes libre des Lentillères » sur la rue Philippe Guignard longeant le quartier, 2015.

    Image

    Sources : archives personnelles Y. Sencébé.

    28L’acte « fondateur » de destruction/reconstruction concerna une maison squattée qui allait devenir le premier QG du Pot’Col’Le. L’arasement de la « villa », nommée ainsi pour ses allures de maison bourgeoise, a reporté sur un autre lieu la tenue des réunions, tout en élargissant le champ des possibles. En effet, la « Grange », ancien bâtiment d’exploitation des maraîchers, libre de tout autre usage, a été rénovée et transformée en salle polyvalente du quartier.

    29En mai 2010, lorsque la menace se précisa sur la villa, un premier rassemblement devant la mairie « bêche en main » fut organisé. Cette « manifestation interprofessionnelle » témoignait d’un début d’organisation et d’articulation entre divers secteurs militants. « L’appel à défendre la villa » était aussi une invitation lancée à tou·te·s « celles et ceux qui souhaitent partager un bout de potager, apprendre, se réapproprier une partie de leur alimentation et apporter d’autres éclats de vie dans la ville et dans le quartier ». Ce premier rendez-vous urbain en initia d’autres à partir du mois de juin, où des « salades party » furent organisées sur la place principale, occasion de montrer la fertilité des terres menacées et de sensibiliser les Dijonnais·es à l’enjeu de les préserver. La villa fut détruite et ses occupant·es expulsé·es, mais cette phase permit l’élargissement des soutiens et la construction d’un contre-argumentaire face aux projets de la mairie.

    30Le second type d’actes concerne l’effacement de toute figuration du jardin. La figuration d’un lieu se construit à mesure qu’un groupe se projette sur le sol de ce lieu, en arpente les recoins, en délimite les contours et les chemins, s’approprie en un mot un espace pour en faire son territoire. Le premier anniversaire du jardin en mars 2011 laissa ainsi son empreinte sur les murs du jardin à travers la réalisation d’une fresque. L’inscription « Potager des Lentillères », forme de plaque officielle du lieu, fut peinte par une artiste avec l’aide d’enfants, inscrivant ainsi l’expérience du jardin dans le fil des générations. Mais chose plus symbolique encore, elle fut réalisée sur un mur tagué par des membres du jardin puis repeint en gris par les services de la mairie. Cette partie de ping-pong pictural dévoile la dimension subversive de cette activité en affichant à la vue de tous l’existence d’un collectif et en signifiant sa volonté de s’inscrire ici. Le collectif, qui s’est renforcé depuis, colonise aussi les murs extérieurs à la friche. Un article intitulé « Déco quartier contre l’écoquartier13 » explique le sens symbolique et politique de la mise en image du lieu et de la répression qu’exerce la mairie :

    « Fresques, graffitis potagers et messages politiques […] furent régulièrement repeints en gris, comme la couleur des murs abandonnés, afin de nous empêcher de visibiliser l’occupation et de laisser transparaître le moindre contenu politique de cette lutte. […] La municipalité, au travers de sa politique, a mis des années pour que le quartier soit abandonné et pouvoir ainsi brandir la carte de la nécessaire rénovation urbaine. Pour mener à bien ces objectifs, l’abandon apparent du quartier doit rester de mise. […] L’émulation sociale de la friche doit rester cantonnée aux jardins. »

    31Il s’agit aussi de revendiquer un territoire en lui donnant une visibilité hors de ses frontières immédiates et en investissant l’espace public. Signifier que ce lieu nous appartient dans la mesure où nous inscrivons une partie de notre histoire et de notre identité sur les murs qui peuvent le cacher ou au contraire le révéler. Et que, à cet égard, nous lui appartenons.

    32Enfin, le dernier acte, sans doute le plus symbolique au regard de l’histoire du lieu, est le creusement en 2012 de trous béants dans la terre nourricière faisant apparaître la capacité de la puissance publique à transformer la fonction et l’usage des lieux, en l’occurrence, ici, à transformer la valeur agronomique d’un espace en valeur immobilière.

    33Cette nouvelle attaque précéda de quelques jours seulement le second anniversaire du Pot’Col’Le. En effet, alors que l’annonce d’un élargissement à de nouvelles parcelles lors de cet événement avait été lancée, une tractopelle transforma le terrain en champ de bataille. La ferme dite du jardin des maraîchers devait également s’y installer. Ce qui fut vécu comme une provocation renforça la dynamique collective et la mobilisation pour que l’anniversaire puisse avoir lieu. Des concours de rebouchage de trous furent organisés, tournant en dérision les agissements de la mairie. Lors d’une manifestation, les rails du tramway en construction, symbole de la politique d’aménagement de Dijon et de la volonté des élus d’en faire « la ville de l’excellence écologique », furent investis. Les manifestant·es y plantèrent des banderoles (« S’ils expulsent, on labourera le bitume »). Cet anniversaire eut surtout pour effet d’enclencher une véritable dynamique d’installation et de défrichage transformant la « friche » en véritable « quartier libre des Lentillères ».

    L’activité maraîchère entre économie morale et circulation du don

    34Les Lentillères comprennent une part de lutte paysanne, avec une partie du quartier en production maraîchère par des paysan·nes sans terre et la tenue d’un marché hebdomadaire pendant la saison. Le marché s’est étoffé au fil des années, avec d’autres activités qui s’y sont rattachées, puisque du pain peut être proposé, des préparations à base de plantes médicinales et la tenue d’un petit « bar » ainsi que des stands d’informations. La réinvention des échanges économiques, adjectif qui étymologiquement renvoie à la gestion domestique, s’inclut aussi dans cette lutte des Lentillères, parmi la recherche d’émancipation et de réappropriation des facultés d’agir et de décider.

    Figure 7. Un étal du marché hebdomadaire, 2014.

    Image

    Source : Jardin des Maraîchers.

    35La ferme du « jardin des maraîchers » est installée le 26 mai 2012, avec au départ trois maraîcher·es permanents sur 1 ha. L’annonce de l’ouverture de la ferme montre bien la dimension politique du projet solidaire d’autres luttes paysannes en dénonçant l’immoralité du système capitaliste :

    « Comme de nombreux paysans sans-terres nous sommes pour notre part confrontés aux difficultés d’accès au foncier, au bétonnage et à l’impérialisme de l’agro-industrie. Les rares espaces préservés aux périphéries des villes nous semblent des lieux privilégiés pour tisser des liens et partager notre vision d’une agriculture en lutte. » (Tract « Soutien à une installation paysanne à Dijon », juin 2012, archive des auteures).

    36Depuis l’équipe s’est renouvelée (variant de 8 à 5 personnes par saison sur 3 ha aujourd’hui cultivés) : certains des pionnier·es sont partis s’installer en tant qu’agriculteurs ou agricultrices sur d’autres lieux, tout en restant liés au quartier. D’autres sont arrivé·es et chaque année, une nouvelle équipe se met en place pour planifier les cultures, les conduire et approvisionner le marché hebdomadaire qui s’inscrit hors des circuits habituels.

    37En repartant de l’activité déployée par la ferme du jardin des maraîchers, on peut lire le « modèle économique » du quartier à travers deux registres.

    38Cette activité peut se relier au concept d’économie morale développé par l’historien britannique E. P. Thompson (1963). Ce concept désigne les valeurs et pratiques visant à défendre les intérêts d’une communauté face à un ordre considéré comme immoral et injuste. L’économie morale de la foule s’oppose au libre-échange de l’économie capitaliste. C’est-à-dire qu’elle s’oppose au système qui saisit la société comme moyen de la réalisation économique, avec un marché abstrait des échanges objectifs et où chacun n’a plus aucune maîtrise sur les conditions de sa propre vie.

    Figure 8. Affiche annonçant le dernier marché de la saison, 2015.

    Image

    Sources : archives personnelles Y. Sencébé.

    39Dans l’histoire des émeutes populaires en Angleterre relatée par Thompson, l’économie morale « reposait sur un consentement populaire plus organisé et s’appuyait sur des traditions populaires plus complexes que le terme d’“émeute” ne le laisse supposer » (Thompson, 1963, p. 60). Le code de conduite des émeutier·es consistait à ne pas voler le grain dans les fermes mais à l’acheter au prix décidé par la foule. Loin de se résumer à des réactions instinctives provoquées par la faim, ces émeutes constituaient le vecteur d’une politique, d’une culture et des « présupposés d’une ancienne économie morale selon lesquels il était injuste et immoral de s’enrichir sur le dos du peuple en spéculant » (id.).

    40Aux Lentillères, la pratique du prix libre sur le marché hebdomadaire en est la traduction réactualisée et quelque peu inversée par rapport au schéma décrit par Thompson. Cette pratique n’est pas ici instaurée par la « foule » mais par les maraîcher·es, dont on voit bien là la posture d’intéressement à une économie plus morale vis-à-vis des usager·es du marché dont il s’agit de faire des consommatrices et consommateurs actifs et solidaires, tout en permettant à chacun·e, selon ses moyens, d’avoir accès à des produits sains, de qualité et de proximité. Les usager·es, habitué·es du jardin, voisin·es, ou visiteurs et visiteuses d’un peu plus loin, ne sont pas tou·tes militant·es dans l’âme ni averti·es de la dimension politique du prix libre. Il est cependant proposé à chacun·e d’évaluer soi-même ses possibilités de monnayer ce qu’il ou elle prend. La posture politique des maraîcher·es s’est parfois heurtée à la difficulté de faire œuvre de pédagogie concernant le prix libre sur ce lieu de d’échanges erratiques et brefs qu’est le marché14. Face à des périodes où c’était, pour reprendre l’expression d’un des maraîcher·es, « comme le jour de l’ouverture des soldes », des techniques de modération ont été déployées : l’approvisionnement très progressif au fil du marché avec la gestion des quantités disposées sur l’étalage, la mise en place de « quotas indicatifs » pour certains légumes plus rares dans la récolte. Cela s’accompagne aussi d’échanges explicatifs pendant le temps du marché. L’intérêt économique n’est pas ce qui guide dans le choix de la pratique du prix libre : l’objectif pour les maraîcher·es n’est pas d’atteindre un revenu suffisant pour vivre mais au minimum de quoi continuer l’activité, soit l’achat de graines et d’outils et permettre des réparations.

     

    41Le second registre qui soutient l’économie maraîchère et plus largement du quartier est celui de la circulation du don (Mauss, 1925). Il ne s’agit pas seulement de donner mais bien d’instituer un système d’obligations fondé sur les trois règles de la réciprocité : l’obligation de donner, de recevoir, de rendre (pas forcément à celui ou celle qui a donné). Le marché hebdomadaire peut ainsi être décrit comme un lieu de circulation du don. Les acheteurs et acheteuses plus aisé·es étant invité·es à donner plus aux maraîcher·es pour compenser le faible apport des consommateurs et consommatrices plus précaires, le don circule ainsi des premier·es vers les second·es et les dernier·es, et des second·es vers les dernier·es. Les maraîcher·es livrant leur production au marché n’établissent pas un prix couvrant leurs heures de travail : il s’agit ainsi d’un don partiel en temps de travail sachant qu’ils et elles ont institué en échange une journée hebdomadaire où les membres du quartier, notamment les habitant·es, sont appelé·e à venir les aider. La saison 2018 a, de ce point de vue, connu un certain relâchement de ces contre-dons. Cette situation mal vécue par les maraîcher·es les a conduit·es à provoquer une assemblée générale le 18 octobre 2018. Durant ce « rappel à l’ordre de la réciprocité » il a été posé la question : « Est-ce qu’on se dit collectivement que le Jardin Des Maraîchers est toujours un outil qui fait sens pour la défense du Quartier des Lentillères ? Et si oui, quels sont les moyens qu’on peut mettre en œuvre pour qu’il perdure ? ». Il a été rappelé ainsi l’importance du don fait par cette entité en faveur du quartier mais aussi en solidarité à d’autres luttes :

    « Les légumes, produits toute l’année, sont répartis entre les maraîchères, le soutien à des collectifs (squats de migrants, événements, caisse de solidarité, repas de soutien, fêtes du quartier…), le marché du jeudi (de juin à novembre) à la Grange Rose, et des marchés pirates dans la ville. […] En plus de fournir de la nourriture, le JDM est aussi la principale rentrée d’argent du Quartier, ce qui permet d’assurer la prochaine saison mais aussi de financer divers besoins du Quartier et d’autres collectifs. »

    42Suite à cette remobilisation, divers groupes d’appui à la ferme du jardin des maraîchers, intégrant des habitant·es et usager·es du quartier, ont été constitués pour rétablir la circulation du don : groupe « tenue des marchés » ; groupe « écoulement des surplus auprès des lieux et luttes amis » ; groupe « créer du lien avec les mondes paysans autour de nous » ; groupe « grande culture ». Concernant l’obligation de recevoir, les militant·es investi·es sur le quartier dans des activités d’organisation, d’entretien du lieu, des familles précaires y vivant (migrant·es notamment) et des « lieux amis » (collectifs installés à la campagne proche aidant le quartier de diverses manières) sont invité·es à se servir sur le marché et sont livré·es en légumes en dehors des créneaux du marché. Au-delà de cet espace-temps du marché, l’ensemble du quartier fonctionne en grande partie selon cette circulation du don.

    Prologue

    43À l’heure où nous écrivons ces lignes, le quartier n’a pu célébrer ses 10 ans d’existence, et la fête préparée de longue date pour mars 2020 a dû être ajournée face à la crise de la Covid. Mais celle organisée en avril 2019 pour les 9 ans d’occupation avait été un beau succès. La fréquentation importante et très large de cette manifestation populaire alliant ateliers, visites du quartier, concerts et cantine à prix libre a montré que l’expérience s’est enracinée dans la vie des habitant·es de Dijon, en attirant aussi à travers les sentiers du compagnonnage militant de nombreux alternatifs et zadistes (camping sur place et présence de nombreux camions aménagés en ont témoigné). Peu d’entre celles et ceux qui ont participé au défrichage de la première parcelle auraient pensé être toujours là aujourd’hui, non seulement sur un jardin, mais au sein d’un quartier dont l’attrait est tel que des listes d’attente permettent de gérer les candidat·es au jardinage ou à l’installation en habitat léger. Cette lutte s’est territorialisée (Blanchard, 2018) en faisant de la défense du lieu et de son appropriation autogérée et multiforme la preuve en acte qu’habiter l’espace peut se faire en dehors de la planification descendante, de la marchandisation et de la division fonctionnelle de l’espace. La « semaine de la résistance » qui s’est tenue en avril 2018 à travers un séminaire associant militant·es et universitaires, une manifestation carnavalesque de 600 personnes dans le centre-ville de Dijon, a été le point saillant d’un travail au long cours engagé pour produire un contre-discours et une autre vision de la manière de faire cité, face au projet d’éco-quartier. Des assemblées de lutte ont été mises en place depuis 4 ans avec une intensité variant selon le contexte (activisme lié à l’annonce de l’abandon du projet, confinement puis relance avec la découverte du maintien du projet). Différents groupes de travail ont travaillé sur des questions juridiques, de communication, d’organisation de soutien, afin de permettre la pérennisation de l’expérience. Ces groupes ont mobilisé des membres du quartier mais aussi des réseaux de soutien extérieur, des savoir-faire, compétences, et sources d’information diverses qui renvoient aussi à la diversité socioprofessionnelle de ceux qui soutiennent l’expérience.

    44L’écriture du lieu s’est constituée en sujet stratégique. Elle argumente l’existence et la défense du quartier. Elle le met en récit pour la mémoire de la lutte et sa dissémination. Elle relie cette expérience locale à des enjeux globaux (sauvegarde des terres et de la biodiversité, participation et auto-gestion, droit à la ville et lutte contre la gentrification…). De multiples supports éditoriaux autoproduits et une politique d’auto-média ont vu le jour. L’enjeu de l’autonomie dans l’écriture revêt une dimension politique : il s’agit aussi de se réapproprier les moyens d’exprimer le sens de ce que l’on fait et de ne pas « être écrit soi-même » par des expert·es extérieur·es à l’expérience, selon une certaine division du travail.

    45L’écriture de ce texte, collective et impliquant des personnes membres ou amies du lieu, a voulu contribuer à remettre en question certaines divisions et frontières. Nous n’avons pas suivi la ligne de démarcation habituelle entre « expert·e de l’écriture » universitaire et profane puisque les trois mains qui ont rédigé ce texte n’appartenaient pas toutes au monde académique. Cette expérience d’écriture collective n’aurait pas existé sans la mise en place d’un comité de soutien du quartier qui avait pour objet de tisser des liens entre membres et militant·es d’un lieu en lutte d’une part, et simple sympathisant·es du quartier et militant·es venant d’autres organisations locales d’autre part. Ce comité de soutien s’est étiolé et dissout dans l’agenda bien rempli des travaux, fêtes, et luttes du quartier et face aux liens plus affinitaires qui se sont tissés entre les cercles les plus militants du quartier et des réseaux extérieurs appartenant aux mêmes horizons idéologiques.

    46Mais il est intéressant de noter que parmi les groupes de travail nés de l’assemblée de lutte tenue en mai 2019, l’un porte sur les alliances locales. Cela témoigne de la prise de conscience de l’utilité de réintégrer une logique de proximité géographique, de ré-ouvrir le quartier à son environnement local et militant s’il veut susciter des soutiens élargis. Ce texte, si tant est qu’il puisse permettre de saisir un peu de la richesse de l’expérience, pourrait constituer un argument pour cultiver l’ouverture du lieu et les regards croisés qui s’y portent.

    Notes de bas de page

    1 Camille Delaplace a également participé à ce chapitre, mais ayant perdu son contact nous n’avons pu l’intégrer comme auteure. Qu’elle soit remerciée pour sa contribution notamment à l’étude du marché des lentillères.

    2 Via la SPAAD (Société Publique Locale « Aménagement de l’Agglomération Dijonnaise »).

    3 La Mauvaise Troupe se définit comme « un collectif à variables multiples ». L’anonymat des auteur·es est une manière de rendre au collectif toute son importance et de se prémunir de tout vedettariat. La troupe s’est constituée à l’occasion de la rédaction de l’ouvrage Constellation. Trajectoires révolutionnaires du jeune xxie siècle, paru en 2014 aux Éditions de l’Éclat. Ses composantes partagent, au-delà de leurs trajectoires singulières et diverses, des références et des expériences communes à une époque où il devient difficile de parler d’un mouvement révolutionnaire bien délimité, ou d’une génération politique socialisée à un évènement fondateur. L’altermondialisme, les luttes lycéennes, les oppositions aux grands projets inutiles, la vie en squat ou en communauté, l’aide aux migrants, le compagnonnage zadiste sont autant de sources qui alimentent cette zone humide, un peu floue, gorgée de boue et accueillante pour les tritons. Depuis ce collectif a publié d’autres ouvrages à partir de leur expérience de lutte au sein de certaines ZAD : Contrées. Histoires croisées de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, Éditions de l’Éclat, 2016 précédé de Défendre la ZAD et autres textes d’intervention ; Saisons. Nouvelles de la ZAD, paru en 2017 aux Éditions de l’Éclat.

    4 Publié le 31 mars 2010 (http://www.brassicanigra.org/contributions/recit-de-la-liberation-de-terres-du-28-mars-a-dijon-et-appel-a-venir-cultiver.html), ce site est proche du milieu libertaire et de l’espace autogéré des Tanneries. L’article publié reprend les interviews de différents protagonistes ayant organisé « l’ouverture de la friche ».

    5 Voir le site : http://lentilleres.potager.org/.

    6 https://lentilleres.potager.org/.

    7 En référence à l’architecte en charge de l’aménagement de l’éco-quartier qui avait déclaré à la presse locale toujours tenir compte « du génie du lieu » dans ses projets d’aménagement.

    8 Espace auto géré jouxtant la friche. La décision d’occuper la friche est née d’une rencontre entre ce groupe et un collectif Urgence Bio 21. Ce dernier rassemble diverses organisations autour de la défense des terres agricoles et pour le développement de l’agriculture bio.

    9 En référence à la sociologie de la traduction développée par M. Callon (1986), un parallèle peut être fait entre les caractéristiques singulières des coquilles Saint-Jacques sur lesquelles prend appui l’intéressement par quelques chercheurs d’autres acteurs, et les caractéristiques des légumes et de leur culture facilitant l’intéressement et l’enrôlement de jardiniers par des militants dans une lutte plus globale (le travail impliqué par leur culture qui rapproche des profils divers, donne à voir l’engagement dans le travail des militants, rassurant les autres jardiniers), la nécessité de sauvegarder des terres pour les cultiver renvoyant à des luttes urbaines.

    10 Génie du Lieu n° 1, 2012, auto-média du quartier.

    11 Lors des Assemblées générales, des membres bilingues traduisent en arabe, anglais, espagnol… les propos tenus.

    12 Pratique anticapitaliste consistant à imposer une baisse de prix ou la gratuité de certains biens et services considérés comme de première nécessité.

    13 Disponible sur le site internet du jardin des maraîchers, une ferme installée sur le quartier : https://jardindesmaraichers.potager.org/?p=488.

    14 Diverses associations pratiquent le prix libre dans leurs activités ou pour l’adhésion de leur membre. L’association dijonnaise Cric et Co (garage automobile solidaire) le propose ainsi à ses adhérents aux termes d’une formation qui vise à conscientiser sur le sens de ce prix libre et à leur permettre un apprentissage de ses modalités d’application. Le marché des Lentillères ne s’adressant pas à des adhérents mais à des usagers ou consommateurs de passage, cet apprentissage est plus difficile et doit être renouvelé lors de chaque marché.

    Auteurs

    • Sonja Kellenberger
    • Yannick Sencébé
    Précédent Suivant
    Table des matières

    Le texte seul est utilisable sous licence Licence OpenEdition Books. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

    Voir plus de livres
    La citoyenneté locale en Suède

    La citoyenneté locale en Suède

    Marie-Pierre Richard

    2016

    E-révolutions et révolutions

    E-révolutions et révolutions

    Résistances et résiliences

    Jean-Jacques Lavenue (dir.)

    2016

    L’Allemagne change !

    L’Allemagne change !

    Risques et défis d’une mutation

    Hans Stark et Nele Katharina Wissmann (dir.)

    2015

    Le Jeu d’Orchestre

    Le Jeu d’Orchestre

    Recherche-action en art dans les lieux de privation de liberté

    Marie-Pierre Lassus, Marc Le Piouff et Licia Sbattella (dir.)

    2015

    La désobéissance civile

    La désobéissance civile

    Approches politique et juridique

    David Hiez et Bruno Villalba (dir.)

    2008

    L'avenir des partis politiques en France et en Allemagne

    L'avenir des partis politiques en France et en Allemagne

    Claire Demesmay et Manuela Glaab (dir.)

    2009

    L'Allemagne unifiée 20 ans après la chute du Mur

    L'Allemagne unifiée 20 ans après la chute du Mur

    Hans Stark et Michèle Weinachter (dir.)

    2009

    L'Europe et le monde en 2020

    L'Europe et le monde en 2020

    Essai de prospective franco-allemande

    Louis-Marie Clouet et Andreas Marchetti (dir.)

    2011

    Les enjeux démographiques en France et en Allemagne : réalités et conséquences

    Les enjeux démographiques en France et en Allemagne : réalités et conséquences

    Serge Gouazé, Anne Salles et Cécile Prat-Erkert (dir.)

    2011

    Vidéo-surveillance et détection automatique des comportements anormaux

    Vidéo-surveillance et détection automatique des comportements anormaux

    Enjeux techniques et politiques

    Jean-Jacques Lavenue et Bruno Villalba (dir.)

    2011

    La politique internationale de l'Allemagne

    La politique internationale de l'Allemagne

    Une puissance malgré elle

    Hans Stark

    2011

    Les Maires

    Les Maires

    Sociologie d'un rôle

    Christian Le Bart

    2003

    Voir plus de livres
    1 / 12
    La citoyenneté locale en Suède

    La citoyenneté locale en Suède

    Marie-Pierre Richard

    2016

    E-révolutions et révolutions

    E-révolutions et révolutions

    Résistances et résiliences

    Jean-Jacques Lavenue (dir.)

    2016

    L’Allemagne change !

    L’Allemagne change !

    Risques et défis d’une mutation

    Hans Stark et Nele Katharina Wissmann (dir.)

    2015

    Le Jeu d’Orchestre

    Le Jeu d’Orchestre

    Recherche-action en art dans les lieux de privation de liberté

    Marie-Pierre Lassus, Marc Le Piouff et Licia Sbattella (dir.)

    2015

    La désobéissance civile

    La désobéissance civile

    Approches politique et juridique

    David Hiez et Bruno Villalba (dir.)

    2008

    L'avenir des partis politiques en France et en Allemagne

    L'avenir des partis politiques en France et en Allemagne

    Claire Demesmay et Manuela Glaab (dir.)

    2009

    L'Allemagne unifiée 20 ans après la chute du Mur

    L'Allemagne unifiée 20 ans après la chute du Mur

    Hans Stark et Michèle Weinachter (dir.)

    2009

    L'Europe et le monde en 2020

    L'Europe et le monde en 2020

    Essai de prospective franco-allemande

    Louis-Marie Clouet et Andreas Marchetti (dir.)

    2011

    Les enjeux démographiques en France et en Allemagne : réalités et conséquences

    Les enjeux démographiques en France et en Allemagne : réalités et conséquences

    Serge Gouazé, Anne Salles et Cécile Prat-Erkert (dir.)

    2011

    Vidéo-surveillance et détection automatique des comportements anormaux

    Vidéo-surveillance et détection automatique des comportements anormaux

    Enjeux techniques et politiques

    Jean-Jacques Lavenue et Bruno Villalba (dir.)

    2011

    La politique internationale de l'Allemagne

    La politique internationale de l'Allemagne

    Une puissance malgré elle

    Hans Stark

    2011

    Les Maires

    Les Maires

    Sociologie d'un rôle

    Christian Le Bart

    2003

    Voir plus de chapitres

    Chapitre 2. Empaysannement de luttes urbaines : d’un squat urbain au village liber-terre

    L’exemple du Quartier libre des Lentillères

    Yannick Sencébé

    Voir plus de chapitres

    Chapitre 2. Empaysannement de luttes urbaines : d’un squat urbain au village liber-terre

    L’exemple du Quartier libre des Lentillères

    Yannick Sencébé

    Accès ouvert

    Accès ouvert freemium

    ePub

    PDF

    PDF du chapitre

    Suggérer l’acquisition à votre bibliothèque

    Acheter

    Édition imprimée

    Presses universitaires du Septentrion
    • amazon.fr
    • decitre.fr
    • mollat.com
    • leslibraires.fr
    • placedeslibraires.fr
    • lcdpu.fr
    ePub / PDF

    1 Camille Delaplace a également participé à ce chapitre, mais ayant perdu son contact nous n’avons pu l’intégrer comme auteure. Qu’elle soit remerciée pour sa contribution notamment à l’étude du marché des lentillères.

    2 Via la SPAAD (Société Publique Locale « Aménagement de l’Agglomération Dijonnaise »).

    3 La Mauvaise Troupe se définit comme « un collectif à variables multiples ». L’anonymat des auteur·es est une manière de rendre au collectif toute son importance et de se prémunir de tout vedettariat. La troupe s’est constituée à l’occasion de la rédaction de l’ouvrage Constellation. Trajectoires révolutionnaires du jeune xxie siècle, paru en 2014 aux Éditions de l’Éclat. Ses composantes partagent, au-delà de leurs trajectoires singulières et diverses, des références et des expériences communes à une époque où il devient difficile de parler d’un mouvement révolutionnaire bien délimité, ou d’une génération politique socialisée à un évènement fondateur. L’altermondialisme, les luttes lycéennes, les oppositions aux grands projets inutiles, la vie en squat ou en communauté, l’aide aux migrants, le compagnonnage zadiste sont autant de sources qui alimentent cette zone humide, un peu floue, gorgée de boue et accueillante pour les tritons. Depuis ce collectif a publié d’autres ouvrages à partir de leur expérience de lutte au sein de certaines ZAD : Contrées. Histoires croisées de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, Éditions de l’Éclat, 2016 précédé de Défendre la ZAD et autres textes d’intervention ; Saisons. Nouvelles de la ZAD, paru en 2017 aux Éditions de l’Éclat.

    4 Publié le 31 mars 2010 (http://www.brassicanigra.org/contributions/recit-de-la-liberation-de-terres-du-28-mars-a-dijon-et-appel-a-venir-cultiver.html), ce site est proche du milieu libertaire et de l’espace autogéré des Tanneries. L’article publié reprend les interviews de différents protagonistes ayant organisé « l’ouverture de la friche ».

    5 Voir le site : http://lentilleres.potager.org/.

    6 https://lentilleres.potager.org/.

    7 En référence à l’architecte en charge de l’aménagement de l’éco-quartier qui avait déclaré à la presse locale toujours tenir compte « du génie du lieu » dans ses projets d’aménagement.

    8 Espace auto géré jouxtant la friche. La décision d’occuper la friche est née d’une rencontre entre ce groupe et un collectif Urgence Bio 21. Ce dernier rassemble diverses organisations autour de la défense des terres agricoles et pour le développement de l’agriculture bio.

    9 En référence à la sociologie de la traduction développée par M. Callon (1986), un parallèle peut être fait entre les caractéristiques singulières des coquilles Saint-Jacques sur lesquelles prend appui l’intéressement par quelques chercheurs d’autres acteurs, et les caractéristiques des légumes et de leur culture facilitant l’intéressement et l’enrôlement de jardiniers par des militants dans une lutte plus globale (le travail impliqué par leur culture qui rapproche des profils divers, donne à voir l’engagement dans le travail des militants, rassurant les autres jardiniers), la nécessité de sauvegarder des terres pour les cultiver renvoyant à des luttes urbaines.

    10 Génie du Lieu n° 1, 2012, auto-média du quartier.

    11 Lors des Assemblées générales, des membres bilingues traduisent en arabe, anglais, espagnol… les propos tenus.

    12 Pratique anticapitaliste consistant à imposer une baisse de prix ou la gratuité de certains biens et services considérés comme de première nécessité.

    13 Disponible sur le site internet du jardin des maraîchers, une ferme installée sur le quartier : https://jardindesmaraichers.potager.org/?p=488.

    14 Diverses associations pratiquent le prix libre dans leurs activités ou pour l’adhésion de leur membre. L’association dijonnaise Cric et Co (garage automobile solidaire) le propose ainsi à ses adhérents aux termes d’une formation qui vise à conscientiser sur le sens de ce prix libre et à leur permettre un apprentissage de ses modalités d’application. Le marché des Lentillères ne s’adressant pas à des adhérents mais à des usagers ou consommateurs de passage, cet apprentissage est plus difficile et doit être renouvelé lors de chaque marché.

    Expérimentations démocratiques

    X Facebook Email

    Expérimentations démocratiques

    Ce livre est diffusé en accès ouvert freemium. L’accès à la lecture en ligne est disponible. L’accès aux versions PDF et ePub est réservé aux bibliothèques l’ayant acquis. Vous pouvez vous connecter à votre bibliothèque à l’adresse suivante : https://freemium.openedition.org/oebooks

    Suggérer l’acquisition à votre bibliothèque Acheter ce livre aux formats PDF et ePub

    Si vous avez des questions, vous pouvez nous écrire à access[at]openedition.org

    Expérimentations démocratiques

    Vérifiez si votre bibliothèque a déjà acquis ce livre : authentifiez-vous à OpenEdition Freemium for Books.

    Vous pouvez suggérer à votre bibliothèque d’acquérir un ou plusieurs livres publiés sur OpenEdition Books. N’hésitez pas à lui indiquer nos coordonnées : access[at]openedition.org

    Vous pouvez également nous indiquer, à l’aide du formulaire suivant, les coordonnées de votre bibliothèque afin que nous la contactions pour lui suggérer l’achat de ce livre. Les champs suivis de (*) sont obligatoires.

    Veuillez, s’il vous plaît, remplir tous les champs.

    La syntaxe de l’email est incorrecte.

    Référence numérique du chapitre

    Format

    Kellenberger, S., & Sencébé, Y. (2022). Faire pousser une alternative à l’aménagement de nos vies : le quartier libre des Lentillères à Dijon. In C. Neveu (éd.), Expérimentations démocratiques. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.128707
    Kellenberger, Sonja, et Yannick Sencébé. « Faire pousser une alternative à l’aménagement de nos vies : le quartier libre des Lentillères à Dijon ». In Expérimentations démocratiques, édité par Catherine Neveu. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2022. doi:10.4000/books.septentrion.128707.
    Kellenberger, Sonja, et Yannick Sencébé. « Faire pousser une alternative à l’aménagement de nos vies : le quartier libre des Lentillères à Dijon ». Expérimentations démocratiques, édité par Catherine Neveu, Presses universitaires du Septentrion, 2022, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.128707.

    Référence numérique du livre

    Format

    Neveu, C. (éd.). (2022). Expérimentations démocratiques. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.128637
    Neveu, Catherine, éd. Expérimentations démocratiques. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2022. doi:10.4000/books.septentrion.128637.
    Neveu, Catherine, éditeur. Expérimentations démocratiques. Presses universitaires du Septentrion, 2022, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.128637.
    Compatible avec Zotero Zotero

    1 / 3

    Presses universitaires du Septentrion

    Presses universitaires du Septentrion

    • Mentions légales
    • Plan du site
    • Se connecter

    Suivez-nous

    • Facebook
    • LinkedIn
    • Instagram
    • X
    • Bluesky
    • Flux RSS

    URL : http://www.septentrion.com

    Email : contact@septentrion.com

    OpenEdition
    • Candidater à OpenEdition Books
    • Connaître le programme OpenEdition Freemium
    • Commander des livres
    • S’abonner à la lettre d’OpenEdition
    • CGU d’OpenEdition Books
    • Accessibilité : partiellement conforme
    • Données personnelles
    • Gestion des cookies
    • Système de signalement