La révolte des morisques du Royaume de Grenade (1568-1571) : caractéristiques d’une guerre civile au sein de la monarchie catholique
p. 89-102
Texte intégral
1Noël 1568 connut le début de la rébellion de la population morisque du Royaume de Grenade au cours du règne de Philippe II. Cet événement marque le début d’un long conflit sanglant, qui prit fin en mars 1571. Les conséquences les plus importantes en furent la destruction d’une grande partie du royaume, ainsi que la répression et l’expulsion d’une part importante de la population d’origine musulmane, qui habitait cette région depuis des siècles. Il ne s’agit pas de décrire en détail le conflit et ses différentes phases, ce que font trois œuvres classiques, à savoir celles de Luis del Mármol Carvajal, de Diego Hurtado de Mendoza et de Ginés Pérez de Hita1, dont les chroniques de guerre traitent les faits de façon méthodique et les exposent fidèlement grâce à leur travail d’historien2.
2Notre objectif est d’exposer et d’analyser les causes, le déroulement et les conséquences de la rébellion, en traitant en profondeur ses aspects les plus notables qui, selon nous, caractérisent et définissent le conflit comme une véritable « guerre civile ». Car s’il est certain que la rébellion de 1568-70 représenta le soulèvement d’un nombre substantiel de vassaux contre celui qui se considérait comme leur « seigneur naturel », le conflit doit aussi être analysé comme un affrontement entre les chrétiens et les morisques. Ces derniers étaient perçus par les autorités castillanes comme de faux chrétiens qui, en dépit du baptême qu’ils avaient reçu, continuaient de pratiquer les rites et les coutumes musulmans et, par conséquent, les dirigeants les plus radicaux de l’administration ecclésiastique et royale répétaient que les morisques restaient musulmans dans leur cœur et que leur intégration au royaume du Roi catholique n’était pas optimale.
Un conflit d’essence religieuse
3Nous savons qu’à l’origine, la révolte fut une vive réaction de la population contre les décrets d’acculturation adoptés à l’assemblée de Madrid en 1566 contre les rites et coutumes des morisques. Cependant, le processus d’acculturation et d’assimilation sociale, religieuse et idéologique, imposé par la monarchie espagnole, a une origine bien plus ancienne. Les accords de capitulation des musulmans du Royaume de Grenade envisageaient la possibilité de conserver leur doctrine, leurs mosquées, ainsi que les institutions qu’ils avaient mises en place pendant la période mauresque. Cependant, des facteurs comme l’augmentation de la pression fiscale et la politique radicale d’évangélisation du cardinal Cisneros eurent pour effet de provoquer une première révolte à la fin de l’année 1499. La répression de celle-ci eut pour conséquences la conversion forcée des musulmans du royaume, ainsi que l’établissement d’un nouvel ordre politique3. Celui-ci s’établit à travers diverses institutions telles la Chancellerie royale4 et le Haut commandement général du Royaume de Grenade, contrôlé depuis son instauration par une famille de nobles, les Mendoza, qui jouèrent un rôle décisif en tant qu’intermédiaires politiques entre la communauté morisque et la Couronne5.
4Dès lors, la période qui s’étend entre 1492 et 1568 n’est pas celle du règne de la paix, car elle se caractérise par une pression constante de la part des autorités civiles, militaires et religieuses sur les morisques. On sait qu’en dépit de l’existence de marques de sociabilité, de collaboration et de coexistence entre les deux communautés, la cohabitation entre morisques et chrétiens était de plus en plus difficile et qu’une distance de plus en plus grande se créait entre eux6. C’est la « frontière intérieure » dont parle Bernard Vincent7. Cependant, il convient de bien prendre en compte que la cohabitation entre morisques et l’administration royale fut une réalité beaucoup plus compliquée et nuancée qu’il n’y paraît. Par exemple, Charles Quint et Philippe II s’appuyèrent sur l’étroite collaboration de quelques membres haut placés de l’élite maure, parfaitement intégrés dans le nouveau système politique et social, et dont la participation fut absolument indispensable, dans le but d’assurer un pacte fiscal rentable pour la Couronne8. Ce dernier reposait sur une série d’impôts, « las fardas » de la côte de la mer et les services morisques9, dont le montant principal devait être destiné à financer le système défensif et militaire, qui avait pour rôle de prévenir d’éventuelles attaques des musulmans venus du nord de l’Afrique et de contrôler les éventuels contacts des morisques avec eux10.
5La politique répressive des autorités était pour beaucoup dans cette tentation de rapprochement, spécialement depuis l’arrivée de Charles Quint à Grenade en 1526, quand une assemblée de théologiens essaya de convaincre l’empereur de l’échec de la politique d’endoctrinement des morisques et de la nécessité de supprimer tous les signes de l’identité musulmane. Les moyens d’acculturation ne furent pas appliqués et un report de quarante années fut obtenu, en grande partie grâce au fait que Luis Hurtado de Mendoza, marquis de Mondéjar et capitaine général du Royaume de Grenade, réussit à négocier avec les élites morisques la mise en place d’un nouvel impôt spécial de 90 000 ducats, payable en huit ans. À partir de 1533, ce dernier devint une taxe annuelle de 10 000 ducats11, destinée à financer les œuvres du magnifique palais Renaissance de Grenade et qui peuvent être aujourd’hui contemplées au palais de l’Alhambra12. Ce dernier point est essentiel, car les Mendoza menèrent à bien un intéressant processus d’intermédiation entre les morisques et la Couronne, qui essayait de favoriser le maintien d’une paix sociale extrêmement profitable, étant donné que ses clients et les membres de l’organigramme militaire grenadin étaient les grands bénéficiaires du système fiscal morisque13. Dès 1540, où l’Inquisition augmenta sa pression sur les morisques, le capitaine général avertit le roi de ne pas agir avec tant de rigueur, étant donné qu’il courrait le risque, surtout dans la région des Alpujarras et de Ronda, d’un soulèvement armé, qui serait très difficile à étouffer, étant donné que les Turcs pouvaient « perturber les Morisques, peuple à la fois nombreux, inconstant et guerrier, très mécontents et sous la pression de l’Inquisition »14.
6D’autres facteurs contribuèrent à augmenter le niveau de tension entre morisques et chrétiens, à l’instar de l’application progressive, depuis 1554, en vertu des décrets du Synode de Guadix15, des dispositions prises par le Concile de Trente et de l’augmentation notable des poursuites et des confiscations de biens entreprises par le tribunal de l’Inquisition contre les morisques du royaume, accusés d’hérésie16. Ces dispositions rigoureuses entraînèrent l’exil vers le nord de l’Afrique d’un bon nombre de morisques, mécontents de leurs conditions de vie, de même qu’elles ravivèrent les manifestations de résistance active, comme ce fut le cas des groupes de bandits morisques, appelés monfíes, qui se retranchèrent dans les montagnes de la région de Grenade et qui se révélèrent l’un des groupes les plus radicaux et violents de la rébellion17. Par exemple, en 1555 le capitaine général avertit :
La côte de Barbarie est si proche qu’ils peuvent venir en moins d’un jour et d’une nuit et même dans quelques endroits en trois ou quatre heures. La majorité de la population de ce royaume est morisque, ils sont par nature velléitaires et amis de la nouveauté, mais aussi très mécontents car sous la pression de l’Inquisition. On peut donc craindre un soulèvement à n’importe quel moment, comme cela a déjà eu lieu. Et encore plus si une importante armée venait leur prêter main-forte sur la côte de ce royaume ou de celui d’Afrique. À mon avis, ceci doit être craint par le royaume, autant que les dommages que pourraient causer les ennemis, car même si ceux qui se révoltaient n’étaient pas suffisamment forts pour se défendre, réprimer toute altération éventuelle coûterait beaucoup d’argent à Sa Majesté18.
7Ces avertissements, qui se répétèrent à plusieurs reprises pendant des années, apparaissent comme la prophétie de ce qui allait se passer à la fin de 1568. C’est pourquoi aussi bien les Mendoza que les morisques se battirent souvent sous la devise « más farda que fe », c’est-à-dire, accepter la mise en place de nouveaux impôts en échange de pouvoir respecter les coutumes et rites musulmans, malgré le fait d’être baptisés et d’être, en apparence, chrétiens. Cependant, à ce moment-là, la pression devint insupportable pour la communauté morisque. Juste avant la révolte, les impôts pesant exclusivement sur ses membres les obligèrent à payer trois fois plus que n’importe quel chrétien. À la pression fiscale venait s’ajouter le préjudice que causa le logement des troupes militaires, qui constitua un moyen de pression fiscal indirect et discriminatoire envers eux19. N’oublions pas non plus l’augmentation des impôts associés à la commercialisation de la soie, dont l’industrie, vitale pour l’économie mauresque, entra en crise à cette époque, ce qui eut pour effet d’augmenter le mécontentement parmi la population20. D’autres mesures, encore plus draconiennes, affectèrent spécialement les représentants des principales lignées mauresques, à qui Philippe II interdit d’avoir des esclaves noirs21, tout en leur retirant le permis de port d’armes, privilèges qui, en plus de l’acquisition de postes dans l’administration municipale et fiscale du royaume, représentaient un solide pilier soutenant le système de pacte entre la Couronne et les élites morisques22. La rupture de ce pacte porta un rude coup au maintien de l’équilibre et de la paix sociale dans le royaume, comme Núñez Muley se charge le rappelle dans son célèbre Memorial contre Philippe II23.
8Le processus fut parachevé par l’adoption par l’assemblée de théologiens de Madrid en 1566 des décrets contre les rites et les coutumes des morisques (vêtements, bains, parfums, danses et utilisation de la langue arabe parlée et écrite, etc.), ainsi que contre toutes les traditions et caractéristiques qui montraient une claire identification avec l’Islam. Ces décrets furent promulgués dans le contexte politique et religieux du triomphe de la politique contre-réformiste et du confessionnalisme, concrétisé par l’ascension politique de Don Diego d’Espinosa, président du Conseil de Castille24. L’application immédiate de ces décrets dans le Royaume fut l’élément déclencheur de la révolte de la Noël 1568.
Un cruel affrontement
9La rébellion de 1568 fut un conflit de longue durée, pendant lequel les autorités castillanes se révélèrent incapables d’assurer la paix sociale, contribuant par là même à ce que la guerre éclate au cœur même de la monarchie catholique, contre laquelle la haine accumulée pendant plus de soixante ans se radicalisa jusqu’à atteindre des proportions insoupçonnées, dans la mesure où les chrétiens, pourtant majoritaires, mais constituant une population marginale et économiquement exploitée, en vinrent à se dresser contre leurs voisins maures, accusés d’être de faux chrétiens et d’être la cinquième colonne du sultan turc25. C’est un des nombreux facteurs et caractéristiques qui permettent de parler de véritable guerre civile, comme le montre le chroniqueur Ginés Pérez de Hita, dans son récit du conflit, intitulé Seconde partie des guerres civiles de Grenade26 et comme cela a été démontré récemment par Rafael Pérez García et Manuel Fernandez Chaves27.
10L’analyse des phases du conflit révèle que, malgré le fait que la révolte n’était pas généralisée pendant les premières semaines du conflit, mais surtout localisée autour de la région des montagnes des Alpujarras, la sensation d’instabilité et de danger se propagea rapidement parmi la population civile. C’est pourquoi de nombreuses communautés de morisques demandèrent aux autorités d’être mises en sécurité. Très rapidement, la paix sociale fut mise à mal : autant les morisques que les chrétiens cherchèrent des endroits sûrs, où leur communauté respective était plus importante que sa rivale, dans le but d’éviter de possibles représailles et lynchages. En très peu de temps, le conflit passa d’une campagne destinée à étouffer un groupe isolé de rebelles musulmans contre Philippe II à une guerre ouverte. En février 1569, le roi décida, après consultation d’un conseil de théologiens, de légaliser l’esclavage de chaque morisque, homme et femme, qui s’était rebellé, malgré le fait qu’ils avaient été baptisés, à l’exception des garçons de moins de dix ans et des filles de moins de neuf ans et demi28. C’est en octobre 1569 que le souverain déclara, comme nous le rappelle Mármol de Carvajal, « la guerre à feu et à sang » aux rebelles et qu’il accorda campo franco et la dispense de payer le quinto real à tous les chrétiens qui voulaient contribuer à réprimer la révolte29. Ce point est essentiel, car l’utilisation de la récompense pour la capture de morisques, afin de motiver les troupes chrétiennes, ouvrit la porte à une authentique guerre de pillage et contribua à augmenter encore plus la violence.
11À ce sujet, il convient de rappeler que les troupes professionnelles, commandées par Don Juan d’Autriche, n’arrivèrent dans le Royaume qu’une fois le conflit déjà bien avancé30. Lors des premières phases de la révolte, la répression avait été confiée aux compagnies de milices non professionnelles, composées de civils non rémunérés et sans entraînement militaire, dont la motivation principale était la récompense qu’ils pouvaient obtenir grâce au pillage des petits villages. Ces compagnies furent durement critiquées par Mármol de Carvajal et Diego Hurtado de Mendoza dans leurs chroniques, tant pour leur manque de discipline que pour leurs déprédations31. Il est certain que les autorités politiques et militaires essayèrent de limiter ces abus, en infligeant des châtiments exemplaires aux déserteurs et aux indisciplinés, ainsi qu’en essayant d’éviter la capture d’enfants morisques en vue de s’enrichir en les vendant comme esclaves. Cependant, les autorités furent débordées, incapables de maintenir l’ordre. C’est là l’une des caractéristiques les plus importantes de ce conflit civil, à savoir la perte de contrôle de la violence par le pouvoir établi dans certaines parties du royaume32, ainsi que la participation importante des civils, à la fois morisques et chrétiens, à la violence, qui atteignit des niveaux inusités, comparables à ceux que pouvaient infliger des troupes professionnelles.
12Les témoignages souvent peu étudiés par les chroniqueurs et la documentation de l’époque mettent en évidence de nombreux d’atrocités commises par les deux camps opposés. Les massacres de chrétiens dans la ville de Ugíjar illustrent la haine des morisques envers leurs voisins. Comme l’a raconté Mármol, ils firent sortir les chrétiens de l’église : « dos à dos, les mains attachées dans le dos, complètement nus, et les tuèrent cruellement à coup de lances et d’épées »33. Les morisques s’acharnèrent tout particulièrement sur l’abbé supérieur : « […] lui donna un coup de poing dans le visage tellement fort qu’il en perdit un œil. Un autre le tua avec une épée, puis lui ouvrit la poitrine avec un poignard, lui arracha le cœur, et tout en portant sa main au ciel cria : “Rendons grâce à Mohamed, car il m’a laissé empoigner le cœur de ce chien de chrétien” […] »34. Les chroniqueurs de la guerre mettent l’accent sur les expressions d’allégresse de la part des morisques à l’occasion de ces massacres à l’encontre de religieux et de vieux chrétiens. Cependant, un tel comportement n’est pas l’apanage de la communauté morisque. Des auteurs comme Javier Castillo ont montré que ce type de manifestations fut également fréquent chez les chrétiens. On en veut pour preuve le témoignage laissé par un prêtre, Francisco de Torrijos, concernant les exécutions perpétrées par les soldats de Don Luis de Requesens à la fin de la guerre35. Ces massacres, comme on en a vu aussi en Andarax36, alimentèrent la soif de vengeance des soldats et des civils chrétiens contre les morisques et fournirent le prétexte du massacre des morisques depuis le début de la révolte. On pense notamment à la mise à mort de cent dix morisques emprisonnés dans les cellules de la Chancellerie royale, le 17 mars 1569, ce qui constitue l’un des épisodes les plus obscurs du conflit et sur lequel il existe toujours des doutes sur les véritables initiateurs de la tuerie37. Au Peñón de las Guájaras, le marquis de Mondéjar, catholique traditionaliste et médiateur entre les morisques et l’administration royale, n’hésita pas à tuer au couteau les morisques qui s’étaient rendus, sans distinction de sexe ou d’âge, afin que la rumeur du châtiment exemplaire se répande parmi les personnes qui seraient tentées de soutenir la révolte38. Un autre épisode d’extrême violence fut le rôle joué par les troupes de Don Luis Fajardo dans la conquête de la ville de Félix, où elles commirent toutes sortes de saccages, pillages et tuèrent des civils aveuglément39. On peut signaler aussi le massacre au rocher d’Inox, un lieu que de nombreuses compagnies militaires envahirent et où elles capturèrent environ 2 700 femmes et enfants, qui furent réduits en esclavage40. Lors de la conquête de la ville de Galera, les troupes de Don Juan d’Autriche laissèrent derrière elles des milliers de morts. Peu de temps avant son entrée dans la ville, ce dernier avait averti : « Je vais détruire Galera, je vais la dévaster et la recouvrir de sel ; et le rigoureux tranchant de nos épées passera sur les enfants et les adultes, pour punir leur impertinence et pour venger le sang qu’ils ont fait couler »41. Don Juan a tenu sa promesse car, une fois ses troupes dans la ville de Galera, elles commirent un véritable massacre. Hommes, femmes et enfants de plus de douze ans furent assassinés, comme le raconte Mármol de Carvajal :
[...] Ils furent tous tués, car même si aucun d’eux ne voulait se rendre, don Juan d’Autriche ne laissa la vie à personne. Chaque rue, chaque maison et chaque grande place étaient recouvertes de corps de maures, plus de deux mile quatre cents hommes furent tués au combat ce jour-là [...] et quelques soldats, laissant leurs collègues se battre, allèrent s’occuper des femmes maures qui avaient été capturées, et il ordonna à ses écuyers de les tuer. Ils tuèrent plus de 400 femmes et enfants [...] Il ne voulait pas pardonner les hommes de plus de 12 ans42.
13La ville fut totalement rasée de la carte et beaucoup de femmes et d’enfants capturés furent vendus comme esclaves.
14Les massacres furent l’expression maximale de la radicalisation de la haine et du ressentiment qui se manifestèrent à l’occasion de scènes de réjouissance de la part des deux camps. Ces scènes de joie révèlent, d’autre part, l’importante composante idéologique de cette violence et, plus globalement, de ce conflit. On entend par là l’importance de la propagande, de la guerre idéologique et du contrôle de l’opinion publique, patente dès le début du conflit et destinée à mobiliser les uns et les autres en alimentant leur haine de l’autre. La manipulation des esprits fut encore plus marquée dans le camp chrétien que dans celui des morisques. Les premiers massacres de chrétiens dans les Alpujarras, présentés comme de véritables martyrs, furent montés en épingle par l’Église et les autorités chrétiennes et encouragèrent la violence contre les rebelles, justifiée comme la répression contre des impies et des criminels. Les autorités ecclésiastiques parvinrent même à créer un courant d’opinion capable d’influencer la prise de décision des autorités politiques et militaires. Ce courant d’opinion très radical fut celui qui orchestra l’accueil de Don Juan d’Autriche à Grenade, lors d’une manifestation impressionnante, réunissant plus de 400 veufs et veuves de martyres des Alpujarras, pleurant et le suppliant de les venger43.
15Ce dernier point permet de constater qu’il existait dans chacun des camps des positions diverses, ainsi que des affrontements, et qu’il n’y avait pas de groupes monolithiques. Dans le camp chrétien, des désaccords internes existaient. Le marquis de Mondéjar défendait une politique de négociation et de châtiments sélectifs contre les rebelles les plus violents, dans le but de revenir à une situation semblable à celle d’avant la révolte. La défense du statu quo antérieur par le capitaine général du royaume était logique, puisque les Mendoza avaient fondé une bonne partie de leur pouvoir dans le Royaume sur leur rôle d’intermédiaires entre les morisques et la Couronne44. Cependant, la majeure partie des autorités politiques et militaires (Don Juan d’Autriche, le président de la Chancellerie, le duc de Sesa, etc.) considéraient qu’un retour en arrière était impossible et ils réclamaient une politique répressive, ainsi que la déportation massive de tous les morisques. En définitive, cette dernière option l’emporta sur la politique de négociation soutenue par Mondéjar, qui avait été écarté de la vie politique, ainsi que du poste de capitaine général du royaume et, par conséquent, de la prise de décision45.
16Dans le camp morisque, les différences furent plus importantes et constituent probablement l’une des causes principales de l’échec de la révolte. Il est vrai que, comme l’a démontré Bernard Vincent, il faut absolument prendre en compte l’importance de la solidarité de nation et de lignée (de clan) au sein de la communauté mauresque, par-dessus tous les autres critères de solidarité de classe, afin de comprendre son attitude tout au long du conflit46. Toutefois, Valeriano Sánchez Ramos47 et Javier Castillo Fernández48 ont établi que la société et la nation morisques étaient beaucoup plus complexes qu’on pourrait le penser, avec des divisions très marquées et que, depuis le début de la révolte, deux camps bien définis se faisaient face. D’un côté, il y avait les morisques les plus pauvres et les plus rebelles, dans leur majeure partie des habitants des Alpujarras et des montagnes de Ronda, qui cherchaient à créer un État musulman avec l’appui du sultan turc49. D’un autre côté, il y avait l’élite des morisques, issue de lignées traditionnellement assimilées et beaucoup plus proches de l’administration royale et qui étaient particulièrement intéressée au maintien du statu quo. Aux yeux de cette élite, il n’était pas étonnant de voir les morisques de certaines zones se rebeller, non pas de leur propre initiative, mais poussés par l’arrivée de monfíes et de radicaux. De même, dans quelques petits villages, certains riches morisques et des collaborateurs de l’administration royale furent assassinés par leurs coreligionnaires.
17Quoi qu’il en soit, les autorités chrétiennes ne voulaient pas prendre en compte ces aspects, ni l’existence d’un important groupe de « morisques pacifiques », qui ne s’étaient pas rebellés. Depuis Madrid, la rébellion fut qualifiée de crime de lèse-majesté divine et humaine et les rebelles furent considérés comme autant de traîtres et d’infidèles, ce qui justifia légalement leur esclavage, bien qu’ils fussent baptisés. Toutefois, cette répression affecta tous les morisques. À l’exception de quelques grâces et privilèges concédés à un petit groupe d’entre eux, Philippe II prit la décision de décréter un châtiment général pour tous les morisques du Royaume, sans exception50. Ainsi, en février 1571, ceux-ci furent déportés en masse, répartis en Castille et leurs biens saisis51. Comme le raconte Diego Hurtado de Mendoza, « beaucoup perdirent la vie sur le chemin du travail, de fatigue, de chagrin, de faim, par l’épée, assassinés par ceux qui devaient les protéger, volés, vendus comme prisonniers »52.
Conclusion
18L’expulsion des morisques de Grenade par le Roi catholique a marqué l’échec de la politique d’assimilation entreprise par la monarchie depuis le début du siècle et a ouvert la voie à la future expulsion de tous les morisques d’Espagne, décrétée en 1609 par Philippe III53. Plus important encore, cela entraîna un grave processus de dépeuplement dans certaines régions, ainsi que le début d’une période de crise économique dans le royaume, dont les terres, comme l’a rappelé Hurtado de Mendoza, avaient été laissées « dépeuplées et détruites ». Le territoire mit beaucoup de temps à se relever des dommages sociaux, économiques, religieux et culturels de la guerre la plus importante que la monarchie catholique ait connue au xvie siècle et qu’on peut considérer comme une véritable guerre civile.
Notes de bas de page
1 Il existe de nombreuses éditions de l’œuvre de Mármol Carvajal. J’ai consulté l’édition publiée en 1946 par la Biblioteca de Autores Españoles (BAE) : Luis del Mármol Carvajal, Historia del rebelión y castigo de los moriscos del Reino de Granada, BAE, vol. XXI, Madrid, 1946, p. 123-365 ; Diego Hurtado de Mendoza, Guerra de Granada, Madrid, 1994, Globus, 1 996 ; Ginés Pérez de Hita, Guerra de los moriscos (Segunda parte de las Guerras civiles de Granada (édition fac-similé), Granada, Universidad de Granada, 1998.
2 Javier Castillo Fernández, La historiografía española del siglo xvi : Luis del Mármol Carvajal y su historia del Rebelión y Castigo de los moriscos del Reino de Granada. Análisis histórico y estudio crítico, Granada, Universidad de Granada, 2013. Cette thèse est consultable en ligne : http://0-hera.ugr.es.adrastea.ugr.es/tesisugr/22080120.pdf.
3 Cette question a été récemment étudiée dans le contexte politique castillan et européen par Ángel Galán Sánchez, Una sociedad en transición : los granadinos de mudéjares a moriscos, Granada, Universidad de Granada, 2010.
4 Le rôle de la Chancellerie a été étudié par Ines Gómez González, La justicia, el gobierno y sus hacedores. La Real Chancillería de Granada en el Antiguo Régimen, Granada, Comares, 2003.
5 J’ai abordé l’évolution historique de la Capitainerie Générale, en tant qu’institution politique et militaire et le rôle politique joué par les Mendoza et leur réseau de clients et d’agents dans le royaume dans Poder, ejército y gobierno en el siglo xvi. La Capitanía General del Reino de Granada y sus agentes, Granada, Universidad de Granada, 2004 et dans « Nobleza y servicio político a la Monarquía en el siglo xvi : Los Mendoza y su vinculación al Reino de Granada », Obradoiro de Historia Moderna, nº 18, 2009, p. 211-232.
6 Manuel Barrios Aguilera a analysé les caractéristiques essentielles qui caractérisent la difficile coexistence entre morisques et vieux chrétiens dans le royaume dans Granada morisca, la convivencia negada : historia y textos, Granada, Comares, 2002.
7 Bernard Vincent, « Les morisques grenadins : une frontière intérieure ? », Castrum 4. Frontière et peuplement dans le monde méditerranéen au Moyen Âge, Rome-Madrid, 1992, p. 109-126.
8 Sur ce sujet, voir Enrique Soria Mesa, « De la conquista a la asimilación. La integración de la aristocracia nazarí en la oligarquía castellana. Siglos xv-xvii », Áreas, nº 14, 1992, p. 51-64 ; Amalia García Pedraza, « La asimilación del morisco Don Gonzalo Fernández el Zegrí : edición y análisis de su testamento », Al-Qantara, 16, 1995, p. 39-58 ; Carlos Javier Garrido García, « Un ejemplo de integración y colaboracionismo morisco : la familia Valle-Palacios de Guadix (1489-1598) », Miscelánea de Estudios Árabes y Hebráicos, nº 56, 2007, p. 105-132.
9 Bernard Vincent, « Las rentas particulares del reino de Granada en el siglo xvi : fardas, habices y agüela », Andalucía en la Edad Moderna : Economía y Sociedad, Granada, Diputación Provincial, 1985, p. 81-122 ; Javier Castillo Fernández, « Administración y recaudación de los impuestos para la defensa del reino de Granada : la farda de la mar y el servicio ordinario (1501-1516) », Áreas, nº 14, 1992, p. 67-90 ; Ángel Galán Sánchez, « La consolidación de una fiscalidad diferencial : los servicios moriscos al inicio del reinado de Carlos V », Chronica Nova, nº 31, 2005, p. 99-146.
10 Sur cette question, voir Andrew C. Hess, The forgotten frontier. A History of the Sixteenth-Century Ibero-African frontier, Chicago, University of Chicago Press, 1978.
11 Antonio Gallego Burín et Alonso Gámir Sandoval, Los moriscos del reino de Granada según el sínodo de Guadix de 1544, Granada, Universidad de Granada, 1996, p. 198-205. Sur la participation du marquis de Mondéjar au processus de négociation des accords et de nouvelles taxes à payer par les morisques, voir Antonio Jiménez Estrella, Poder, ejército y gobierno, op. cit., p. 98-101.
12 Earl E. Rosenthal, El palacio de Carlos V en Granada, Madrid, Alianza, 1988.
13 Antonio Jiménez Estrella, « Hacienda y ejército en el siglo xvi : los Mendoza y su papel en el cargo y data de la fiscalidad morisca », dans J.-P. Diáz López, F. Andujar Castillo et A. Galán Sánchez (dir.), Casas, Familias y Rentas. La nobleza del Reino de Granada entre los siglos xv-xviii, Granada, Universidad de Granada, 2010, p. 259-282.
14 Archivo General de Simancas, Guerra Antigua, leg. 17, fº. 29.
15 Antonio Gallego Burín et Alonso Gámir Sandoval, Los moriscos del reino de Granada, op. cit.
16 Sur cette question, voir Keneth Garrad, « La Inquisición y los moriscos granadinos (1526-1580) », Miscelánea de Estudios Árabes y Hebraicos, vol. IX, 1960, p. 55-73.
17 La fuite vers l’Afrique du Nord a été l’un des mécanismes de résistance utilisés par les morisques qui habitaient les régions côtières et les Alpujarras. Sur ce sujet, voir Ángel Galán Sanchez et Rafael G. Peinado Santaella, Hacienda regia y población en el Reino de Granada. La geografía morisca a comienzos del siglo xvi, Granada, Universidad de Granada, 1997. Dans un article plus récent, j’ai fait une étude détaillée de la question, à partir des comptes des trésoriers des biens confisqués : « Los bienes confiscados a moriscos huidos al Norte de África. Datos sobre su cobro y administración en el Reino de Granada », Homenaje a don Antonio Domínguez Ortiz, Granada, Universidad de Granada y Consejería de Innovación, Ciencia y Empresa, 2008, vol. I, p. 517-545.
18 Archivo General de Simancas, Guerra Antigua, leg. 60, fº. 41.
19 Antonio Jiménez Estrella, « El problema de los alojamientos de la tropa en el Reino de Granada (1503-1568) », Chronica Nova, nº 26, 1999, p. 191-214 ; « La otra violencia. Presencia militar, tensión y conflictos con la población civil en Castilla (siglo xvi) », dans J.J. Lozano Navarro et J.L. Castellano (dir.), Violencia y conflictividad en el Universo Barroco, Granada, Comares, 2010, p. 95-117 et « Violence et conflits dans l’armée de la Monarchie hispanique en Castille : quelques propositions de recherche et de méthodologie », Les Cahiers de Framespa. Nouveaux champs de l’histoire sociale, nº 12, 2013, http://framespa.revues.org/2138.
20 Keneth Garrad, « La industria de seda granadina en el siglo xvi y su conexión con el levantamiento de las Alpujarras », Miscelánea de Estudios Árabes y Hebraicos, nº 5, 1956, p. 73-98.
21 Luis del Mármol Carvajal, Historia del rebelión, op. cit., p. 159-160 ; Aurelia Martín Casares, « Moriscos propietarios de personas esclavizadas en Granada a lo largo del siglo xvi », Chronica Nova, nº 24, 1997, p. 213-236.
22 Antonio Jiménez Estrella, Poder, ejército y gobierno, op. cit., p. 151-154.
23 Raymond Foulché-Delbosc, « Memoria de Francisco Núñez Muley », Revue Hispanique, nº 6, 1899, p. 205-239.
24 José Martínez Millán, « En busca de la ortodoxia : el Inquisidor General Diego de Espinosa », dans José Martínez Millán (dir.), La corte de Felipe II, Madrid, Universidad Autónoma de Madrid, 1994, p. 189-228.
25 Andrew C. Hess, « The Moriscos : an Ottoman fifth column in sixteenth-century Spain », American Historical Review, nº 74, 1968, p. 1-25.
26 Ginés Pérez de Hita, Guerra de los moriscos, op. cit. Il est à noter que Pérez de Hita est beaucoup plus proche des morisques que les autres chroniqueurs de la guerre.
27 Rafael Pérez García et Manuel Fernández Chaves, « La guerra de Granada entre guerra civil y “guerra justa” », dans M. L. López-Guadalupe Muñoz et J. J. Iglesias Rodríguez (dir.), Realidades conflictivas. Andalucía y América en la España del barroco, Sevilla, Universidad de Sevilla, 2012, p. 229-247.
28 Luis Mármol de Carvajal, op. cit., p. 247, avertit que Philippe II a établi une limite de dix ans pour les garçons et de onze pour les filles. Cependant, nous savons que le décret du roi fixe cette limite à dix et neuf ans et demi. Ces enfants seraient soumis à la protection des vieux chrétiens, afin d’être éduqués dans la foi et dans la culture castillane jusqu’à l’âge de vingt ans : voir Carlos Javier Garrido Garcia, La esclavitud en el Reino de Granada en el último tercio del siglo xvi : el caso de Guadix y su tierra, Granada, Universidad de Granada, p. 4. Voir http://0-hera.ugr.es.adrastea.ugr.es/tesisugr/20354009.pdf.
29 Luis del Mármol Carvajal, Historia del rebelión, op. cit., p. 292. L’octroi de campo franco et l’extension du paiement du quinto real (un impôt), revenaient à donner aux soldats une licence spéciale leur permettant de piller sans donner la part qui revenait au roi et aux commandants, représentant 25 % du butin.
30 Valeriano Sánchez Ramos, « Los tercios de Italia y la guerra de los moriscos », dans Manuel Barrios Aguilera et Ángel Galán Sánchez, La Historia del Reino de Granada a debate, Málaga, 2003, p. 77-112.
31 Diego Hurtado de Mendoza considère que ces troupes étaient indisciplinées par nature, faiblement armées et uniquement guidées par la cupidité. De la même manière, il accuse les officiers d’être incapables de maintenir la discipline et de donner l’exemple à leurs subordonnés cf. Guerra de Granada, op. cit., p. 147-148.
32 Sur l’importance du contrôle de la violence légitimée et de la coercition militaire dans la formation des États modernes, voir Charles Tilly, Coerción, capital y los Estados europeos, 990-1990, Madrid, Alianza, 1992.
33 Luis del Mármol Carvajal, Historia del rebelión, op. cit., p. 198.
34 Ibid., p. 198.
35 Javier Castillo Fernández, « El sacerdote morisco Francisco de Torrijos : un testigo de excepción en la rebelión de las Alpujarras », Chronica Nova, nº 23, 1996, p. 465-492, p. 478-479.
36 Nous possédons une description complète des abus et des actes de violence perpétrés par les morisques de la tahá de Andarax : voir Luis del Mármol Carvajal, Historia del rebelión, op. cit., p. 202.
37 Ibid., p. 252-253.
38 Ibid., p. 245 ; Diego Hurtado de Mendoza, Guerra de Granada, op. cit., p. 65-66.
39 Gines Pérez de Hita, Guerra de los moriscos, op. cit., p. 96-99.
40 Luis del Mármol Carvajal, Historia del rebelión, op. cit., p. 242-244.
41 Ibid., p. 312.
42 Ibid., p. 314.
43 Les martyrs de Las Alpujarras ont été décrits par les historiens Diego Hurtado de Mendoza, Luis Mármol de Carvajal et Ginés Pérez de Hita. Par la suite s’est développé tout un genre littéraire, qui exploita sous forme de propagande le thème des martyrs des chrétiens de la région des Alpujarras. Un exemple en est F. A. Hitos, Mártires de la Alpujarra en la rebelión de los moriscos (1568), Granada, Universidad de Granada, 1994. La question fut abordée par Manuel Barrios Aguilera et Valeriano Sànchez Ramos dans Martirios y mentalidad martirial en las Alpujarras : de la rebelión morisca a las Actas de Ugíjar, Granada, Universidad de Granada, 2001.
44 J’ai analysé en profondeur les causes de l’effondrement politique des Mendozas dans Poder, ejército y gobierno, op. cit., p. 168-189.
45 Le marquis de Mondéjar présenta un mémoire devant Philippe II en septembre 1569. Il y critiqua durement les erreurs commises par l’administration espagnole et par ceux qu’il considérait comme ses ennemis politiques dans le royaume : voir Alfred Morel Fatio, « Mémoire présenté au roi Philippe II par Íñigo López de Mendoza, marquis de Mondéjar et capitaine général du Royaume de Grenade, pour justifier sa conduite pendant la compagne quíl dirigea contre les Morisques en 1569 », L’Espagne aux xvie et xviie siècles. Documents historiques et littéraires, Heilbron, 1878, p. 13-56.
46 Bernard Vincent, « Los elementos de la solidaridad en el seno de la minoría morisca (siglo xvi) », dans B. Vincent, Andalucía en la Edad Moderna : economía y sociedad, Granada, Diputación Provincial de Granada, 1985, p. 203-214.
47 Valeriano Sánchez Ramos, « Los moriscos que ganaron la guerra », Mélanges Louis Cardaillac, Zaghouan, Fondation Temimi, 1995, vol. II, p. 613-627 et « La guerra dentro de la guerra : los bandos moriscos en el alzamiento de las Alpujarras », Actas del VII Simposio Internacional de mudejarismo, Teruel, Centro de Estudios Mudéjares, 1999, p. 507-522.
48 Javier Castillo Fernández, « Las estructuras sociales », dans M. Barrios Aguilera (dir.), Historia del Reino de Granada, II. La época morisca y la repoblación (1502-1630), Granada, Universidad de Granada, 2000, p. 179-230.
49 Sur cette question, voir Andrew C. Hess, « The Moriscos », art. cit. ; Ángel Galán Sánchez, « Turcos y moriscos en la rebelión de las Alpujarras : algunas notas sobre la guerra de Granada de 1568-1570 », La organización militar en los siglos xv y xvi (Actas de las II Jornadas Nacionales de Historia Militar), Málaga, Cátedra General Castaños, 1993, p. 129-136.
50 Il s’agissait d’un groupe restreint de morisques, choisis pour avoir démontré leur fidélité et leur loyauté au roi. Cette politique de l’octroi de privilèges a été étudiée par Rafael M. Pérez Garcia dans « Moriscos, razones y mercedes ante el poder del rey en el Reino de Granada después de 1570 », Ámbitos. Revista de Estudios de Ciencias Sociales y Humanidades, nº 22, 2009, p. 35-50.
51 Concernant la décision de bannir les morisques du royaume, ainsi que les bases idéologiques et juridiques de cet ordre, voir Bernard Vincent, « L’expulsion des morisques du royaume de Grenade et leur répartition en Castille (1570-1571) », Mélanges de la Casa de Velázquez, nº 6 1970, p. 211-246. Sur le sort des Maures en dehors du Royaume de Grenade, voir Rafael Benitez Sanchez Blanco, « El destino de los moriscos vencidos », dans M. Barrios Aguilera (dir.), Historia del Reino, op. cit., p. 584-607 ; Manuel Fernandez Chaves et Rafael Perez Garcia, En los márgenes de la Ciudad de Dios : moriscos en Sevilla, Valencia, Universitad de Valencia, 2009.
52 Diego Hurtado de Mendoza, Guerra de Granada, op. cit., p. 97.
53 Sur cette question, voir Manuel Lomas Cortés, El proceso de expulsión de los moriscos de España (1609-1914), Valencia, Universitad de Valencia, 2012.
Auteur
-
Antonio Jiménez Estrella
Université de Grenade
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