Introduction
p. 11-28
Texte intégral
1Le 26 février 2017, dans un communiqué relayé sur les réseaux sociaux, le candidat à l’élection présidentielle François Fillon « a accusé solennellement » le gouvernement français de « laisser se développer dans le pays un climat de quasi guerre civile »1. Certes, dès le lendemain, face aux vives réactions qu’elle a suscitées dans les médias et de la part du gouvernement, François Fillon a renoncé à employer cette expression. Paraphrasant François Mitterrand, le garde des Sceaux Jean-Jacques Urvoas a alors déclaré que parler de « guerre civile » fait partie de « ces excès de langage qui sont les processus coutumiers de ceux qui veulent faire diversion »2. De fait, les commentateurs n’ont pas manqué de souligner qu’il s’agissait, de la part de François Fillon, d’une manœuvre destinée à détourner l’attention du public de ses ennuis judiciaires et, peut-être aussi, à tenter de capter une partie de l’électorat de sa rivale, Marine Le Pen, étant donné que, depuis au moins 2012 et a fortiori depuis les attentats terroristes de 2015, plusieurs représentants ou proches de ce courant de l’extrême droite ne cessent de dénoncer le laxisme voire le défaitisme du gouvernement face à la guerre civile dont, selon eux, la France serait déjà la proie, à l’initiative des tenants de l’islamisme radical3. Ainsi, le 13 mars 2017, la candidate du Front National n’a pas hésité à affirmer que « la perspective de la guerre civile en France n’est plus un fantasme » en raison de l’enchaînement « depuis environ quarante ans » des « intimidations, des agressions et des actes terroristes », imputables à « une partie des migrants et de leurs enfants »4. Le candidat socialiste Benoît Hamon a répondu à ces propos en les qualifiant de « formule-choc, éloignée de la réalité » et son rival, Emmanuel Macron a reproché à François Fillon et à Marine Le Pen une volonté d’« inquiéter les concitoyens », qui aurait pour finalité de faire venir à eux des électeurs en se posant comme les garants de l’ordre5. Cependant, le journaliste Christophe Barbier note qu’indépendamment du caractère politicien de ces prises de position, l’usage de l’expression « guerre civile » par le candidat du parti « Les Républicains » demeure « une erreur de fond car nous n’avons plus été en situation de risque de guerre civile depuis les émeutes de novembre 2005 »6.
2On ne pourrait voir dans cet épisode qu’une des nombreuses péripéties d’un feuilleton politique à rebondissements. Néanmoins, il est également très révélateur de l’ambiguïté persistante qui entoure ce terme de « guerre civile », de l’usage polémique ou émotionnel qu’on en fait largement dans le discours public depuis quelque temps et de la résonance qu’il peut avoir dans la société française. On constate, tout d’abord, le flou qui entoure le contenu de la notion même de « guerre civile », puisque, dans les déclarations précédemment citées, on désigne par les mêmes mots à la fois des manifestations visant à perturber ou à empêcher de se tenir les meetings politiques de certains candidats à l’élection présidentielle, mais aussi des attentats terroristes meurtriers, perpétrés par des individus affiliés à Daech, ainsi qu’une vague d’émeutes urbaines, sans équivalent en Europe avant celles de 2011 en Angleterre, ayant touché de nombreuses villes de banlieue entre le 8 et le 17 novembre 2005, entraîné l’affrontement de milliers de jeunes avec les forces de l’ordre, fait six morts, de nombreux blessés des deux côtés et d’importants dégâts matériels et ayant nécessité, tout comme les attentats terroristes d’ailleurs, la proclamation de l’état d’urgence7.
3Se pose donc un premier problème de définition de la « guerre civile », dont on ne retient, au fond, que la seule dimension générique de violence, délictueuse voire criminelle ou extrême. Cette absence de caractérisation est d’autant plus gênante que « guerre civile » font partie de « ces mots qui font peur » et qu’utilisent volontiers aussi bien les dirigeants et les hommes politiques que les journalistes ou les intellectuels, par conviction ou dans une perspective d’instrumentalisation, « la guerre civile ayant trouvé refuge aux extrêmes de la palette idéologique, avec toutefois une différence de taille entre l’extrême gauche, par qui elle est envisagée comme une guerre civile de classes et l’extrême droite, où elle apparaît comme la vitrine davantage respectable d’un racisme ordinaire »8. Or, ces rodomontades médiatiques sur la guerre civile alimentent une crainte bien réelle, pour ne pas dire une hantise, chez beaucoup de Français, celle d’un embrasement général de l’Hexagone. Cette conviction (cet espoir ?) que « ça va péter ! », procède d’une conscience aigüe des tensions régnant dans une société fracturée par une crise économique prolongée et par le déclin des formes traditionnelles, réelles ou imaginaires, d’appartenance, mais aussi fragilisée par les effets d’une mondialisation pas toujours « heureuse » et héritière d’un lourd passé, d’« une sorte de « fatum national », marqué, depuis au moins le xvie siècle, par de terribles convulsions religieuses, politiques et sociales, qui auraient été, en même temps qu’une source de souffrances, le creuset d’une certaine modernité9.
4Étant donné les enjeux sociétaux et idéologiques que recouvre cette notion de « guerre civile », si galvaudée parce que tellement approximative dans l’esprit de la plupart des gens, même de ceux qui la dénoncent, la prophétisent ou l’appellent de leurs vœux, il ne semble pas inutile de faire porter sur elle le regard distancié des praticiens des sciences humaines et sociales, qui ne sont pas les derniers non plus à en parler et, surtout, à se questionner sur la signification de ce concept et sur les expériences, fort variées, dans lesquelles il se concrétise. Tel est en grande partie l’objet de cet ouvrage, issu d’une rencontre scientifique, qui se proposait de faire dialoguer sur ce thème des chercheurs confirmés ou débutants, des historiens des mondes anciens et contemporains, une philosophe, deux littéraires et une psychologue clinicienne10. Certes, la démarche n’est pas tout à fait originale, elle s’inscrit plutôt dans l’air du temps scientifique, qu’il s’agisse du caractère pluridisciplinaire et trans-périodes de ces travaux ou de leur sujet.
5Plus que jamais, la guerre civile est présente à l’esprit des chercheurs relevant de la sphère des humanités au sens large, sous l’effet d’une actualité, qui, depuis le 11 septembre 2001, serait celle du développement d’une nouvelle « guerre civile mondiale », celle du djihad international contre les « mauvais musulmans » et les « mécréants », qui aurait elle-même pris la suite du grand affrontement entre capitalisme occidental et socialisme, entre totalitarisme et démocratie, qui se serait déroulé entre la fin du xixe siècle et celle de la Guerre froide11. Cet intérêt pour la thématique de la guerre civile peut être vu également comme la résultante de la multiplicité de conflits intérieurs régionaux, qui, loin de décliner, même si certains se sont clos en Irlande, dans les Balkans, en Afrique du Sud ou au Rwanda depuis la fin des années 1990, sévissent plus que jamais en Afrique, en Asie, au Proche et au Moyen-Orient, défraient régulièrement la chronique par les massacres et les famines qu’ils provoquent et font ressurgir le spectre d’une déstabilisation du monde, en raison de la crise des mécanismes classiques de régulation par les grandes puissances et de l’intervention des grandes ou moyennes puissances voisines12. Enfin, il faut prendre la mesure du sentiment, plus ou moins fondé, d’une généralisation en France d’« états de violence » disparates et anarchiques, de « violences sporadiques, sans discours, parfois sans idéologie, parfois sans conscience (telles que délinquance, grande criminalité, émeutes de rue ou de stades, attaques de casseurs contre des établissements scolaires, des hôpitaux ou des banques, gestes dits « fous » d’individus instables qui s’en prennent à des camarades ou à des représentants de l’autorité), qui mettent à mal le monopole de la violence légitime des États » et à l’origine d’une « menace permanente de terreur qui traverse la paix publique »13.
6De cette préoccupation des scientifiques pour la question témoigne notamment la parution en 2014 et 2015 des deux tomes d’un ouvrage collectif, issu des travaux menés depuis 2008 par un groupe d’enseignants-chercheurs spécialistes des langues et des sociétés anglophones, germanophones, romanes, de latin et de grec anciens, d’histoire, de géographie, de philosophie et de psychologie, sur la guerre civile en tant que notion paradoxale, appréhendée sous l’angle de la typologie, des représentations des camps en lutte et des idéalisations, c’est-à-dire des affects sous-jacents aux représentations, qui sont liés aux identifications et au choix que fait chacun dans le conflit et, enfin, sous l’angle des réconciliations comme processus de métabolisation de ces affects violents ou de remploi de représentations attachées à la guerre civile, auxquelles s’associent parfois de nouveaux affects14. De même, le 12 mai 2015 a eu lieu la journée d’études de l’École doctorale « Pratiques et théories du sens » de l’Université Paris VIII sur La notion de guerre civile entre débats historiographiques et usages politiques, où se sont exprimés aussi bien des philosophes que des historiens et des littéraires. Enfin, s’est tenu les 9 et 10 juin 2016 le colloque international, interdisciplinaire et trans-périodes sur Les épreuves de la guerre civile (xvie-xxie siècle), qui se proposait d’interroger le fonctionnement social pendant la guerre civile, synonyme d’éclipse dramatique de l’implicite et de la nécessité d’une explicitation du social, ou, pour le dire autrement, les diverses manières dont les individus s’identifient dans l’espace social en situation de guerre civile ou, au contraire, prennent soin de ne pas être reconnus, au risque d’y laisser la vie.
7La manifestation qui s’est déroulée à Amiens les 21 et 22 novembre 2013 se distingue de celles-ci, non pas dans l’esprit, mais du point de vue de l’axe problématique qui a été choisi. Il s’agissait, en effet, de se pencher sur la nature de deux états antinomiques, mais complémentaires, indissociables, ambivalents et incertains, ceux de guerre et de paix civiles, qui correspondent aux deux conditions alternatives de la vie des peuples, forment « l’envers et l’endroit du tissu même de la nature humaine » et, surtout, de questionner la relation dialectique qu’ils entretiennent15. Cette enquête, menée selon des approches méthodologiques différentes et sur des exemples très variés, concernant aussi bien l’Antiquité grecque et romaine que le haut et le bas Moyen Âge, les temps modernes, Révolution française incluse, la période contemporaine, la France, mais aussi la Grèce, l’Italie, l’Espagne, la Suède et l’Algérie, ambitionnait de mieux comprendre les modalités et l’issue du passage d’une société stable, soudée, normalisée, ordonnée, tranquille, pacifique et solide à une société perturbée, divisée, dérégulée voire anomique, tendue, agitée, violente, fragilisée et inversement, en vertu d’un principe fondamental de réversibilité de ces deux états et de leur porosité effective. In fine, le but assigné était de repérer, à travers la confrontation des cas d’espèces, l’existence de constantes voire d’invariants anthropologiques dans les comportements et les représentations à l’œuvre dans cette dynamique fondatrice ou délétère de toute collectivité politiquement organisée et qui semble se décliner à l’infini dans le temps vécu et dans l’espace habité.
8De prime abord, il n’apparaît pas très original de placer la réflexion sous l’angle de « cette infernale dichotomie », ces fausses jumelles comme on les appelle parfois et qui s’imposent depuis les origines comme un topos des sciences humaines, en philosophie notamment, mais aussi en histoire, comme l’attestent certaines productions et manifestations scientifiques récentes, s’inscrivant, pour certaines, dans le cadre de la commémoration de grands évènements comme le centenaire de la Grande guerre, le 500e anniversaire de l’avènement de François Ier et de la bataille de Marignan ou le 800e anniversaire de la naissance de Saint Louis et le 750e anniversaire de la Mise d’Amiens16.
9Toutefois, force est de constater que, si la recherche sur la guerre ou, plutôt, sur le phénomène ou le fait guerrier comme phénomène culturel ou comme fait social global a connu un important renouveau depuis au moins un quart de siècle, sous l’effet, notamment, de l’intégration des apports de la sociologie et de l’anthropologie, sous l’influence des War and Peace Studies anglo-saxonnes et sous l’impulsion, essentiellement quoique pas exclusivement, des spécialistes des deux conflits mondiaux du xxe siècle, ces efforts se sont majoritairement portés sur l’époque contemporaine17. Il est vrai que la situation est en train d’évoluer et que, de plus en plus, désormais, on s’intéresse en histoire médiévale ou en histoire moderne au phénomène guerrier, à son impact sur la société, l’économie, l’État, les corps et les esprits. Aux antipodes de l’histoire-bataille traditionnelle, complètement revisitée, on parle dorénavant, pour ces périodes également, de culture de guerre, d’expérience de guerre ou du combat, de violence de guerre, d’identité combattante, de sortie de guerre, de traces de guerre et de mémoire de guerre18.
10Cependant, ces études sur le phénomène guerrier privilégient le plus souvent ce qu’on appelait autrefois « les guerres étrangères », par opposition aux « guerres domestiques ou intestines », qui ne sont d’ailleurs pas considérées comme de vraies guerres par le théoricien de la guerre Clausewitz. Lui « les désigne sous les termes bénins de dissensions civiles ou discordes intérieures », ne valorisant que la « guérilla ou petite guerre », parce qu’elle est celle du soulèvement libérateur du peuple contre l’envahisseur, ce qui revient à dénier toute existence autonome à la guerre civile, qui participerait toujours d’une lutte entre États19. Il en va de même pour les doctrinaires de la stratégie et les juristes, à cause du caractère « irrégulier » des conflits considérés comme guerres civiles, en raison de leur non-conformité avec le modèle de la « guerre classique », censée obéir à des normes. De même, selon Ninon Grangé, la guerre civile est la grande absente de la théorisation philosophique, « qui exclut d’une réflexion raisonnable ce phénomène considéré comme trop irrationnel » et qui se concentre essentiellement sur « l’élaboration des limites normatives assignables à la guerre (étrangère) »20. En fait, depuis l’époque romaine, où on a volontairement enterré le concept grec de « stasis », la guerre civile ou guerre intérieure serait devenue le grand impensé de la philosophie politique et la « stasis » la manifestation d’un agresseur extérieur déguisé ou d’un monstre n’ayant pas sa place dans la cité policée21.
11Les mêmes scrupules animent les historiens envers les guerres civiles, qu’ils perçoivent, à bien des égards, comme une « anomalie », « une discontinuité dans un temps politique qui se grippe » or, « s’intéresser à la guerre civile fait sortir du seul temps de l’histoire pour entrer dans une temporalité qui est faite de la durée d’une unité politique cohérente »22. Même quand ils accordent leur attention à la guerre civile et bien qu’ils admettent qu’il y en a eu précédemment et dûment identifiées comme telles, à l’instar des guerres civiles romaines ou des guerres civiles anglaises du Moyen Âge ou du xviie siècle, les historiens se focalisent plutôt sur les guerres civiles dites modernes. On entend par là celles qui remontent à la fin du xviiie siècle et au xixe siècle, comprises comme des guerres d’indépendance, qui consacrent le principe de l’État-nation. L’intérêt est encore plus net pour les guerres civiles de l’époque contemporaine, celles qui résultent de la réorganisation du monde après la Seconde guerre mondiale et la décolonisation ou de l’instabilité croissante des États, consécutive à la fragmentation des anciens blocs à l’orée des années 1990.
12L’explication de cette tendance réside, tout d’abord, dans un problème de définition de la guerre civile, qui diffère sensiblement selon les disciplines académiques et sur laquelle les chercheurs peinent, par conséquent, à s’entendre ou, alors, seulement au risque d’une euphémisation ou d’un gauchissement de la notion. De fait, l’historien, l’historien du droit, le philosophe ou le littéraire ne peut guère considérer comme opératoire dans son champ propre la définition de la guerre civile donnée par le droit international. Il s’agit, en l’occurrence, d’un « conflit armé non international qui se déroule sur le territoire d’une haute partie contractante entre ses forces armées et des forces armées dissidentes ou des groupes armés organisés » selon le Protocole II additionnel de 1977 aux Conventions de Genève. Ceux-ci ne reconnaissent pas un statut particulier à ce type de combattants, mais protègent les personnes ne participant pas au conflit, interdisent les attaques contre la population civile ou les biens indispensables à sa survie, donnent des droits aux détenus en relation avec le conflit et interdisent les déplacements forcés de population, la violation de ces règles étant assimilée à un crime de guerre selon l’article 8 des Statuts de la Cour pénale internationale23.
13Le constat de ses limites opératoires vaut également pour la définition géopolitique de la guerre civile comme « lutte armée qui, de par son ampleur, se distingue d’une révolte ou d’une insurrection, lesquelles ont un caractère plus ponctuel et qui oppose, à l’intérieur d’un État, des groupes importants (classes sociales, ethnies, ou groupes religieux) et dont l’enjeu est généralement le contrôle de cet État, ayant perdu pendant cette période, le monopole des moyens de coercition »24. La sociologie ne nous aide guère non plus si on retient la définition que donne, par exemple, Jean-Pierre Derriennic, disciple de Raymond Aron, de la guerre civile comme d’un « conflit violent opposant entre eux les membres d’une même société, mais de statut inégal » et qui se déclinerait en trois types idéaux : « les guerres partisanes, les guerres socio-économiques et les guerres identitaires ». Ces dernières seraient les plus terribles puisque « chacun y est sommé de participer à la lutte sous peine de se voir exclu définitivement du groupe d’appartenance qui s’impose à lui dès sa naissance ». L’inconvénient majeur de cette définition, c’est qu’elle est le fruit d’une « volonté de dégager des modèles structurels qui vaillent au-delà des contraintes de temps et d’espace que respecte habituellement l’historien ou le spécialiste des relations internationales »25.
14Non dénuées de pertinence, ces classifications s’avèrent pourtant trop limitatives et trop tributaires de leur ancrage dans un temps, en l’occurrence récent et culturellement spécifique, pour être appliquées à des séquences historiques complexes et lointaines. D’un autre côté, donner de la guerre civile une définition trop impressionniste en prétendant à l’universalité est l’autre écueil dans lequel il ne faut pas tomber. C’est pourquoi, on pourrait peut-être s’accorder sur une acception relativement consensuelle de la guerre civile, au sens étymologique du terme, c’est-à-dire un affrontement collectif et organisé, mettant aux prises les membres d’une même collectivité, d’un même groupe humain socialement structuré, d’une même communauté politiquement organisée et partageant la même culture, mais qui se sont divisés en deux camps hostiles l’un à l’autre, pour des motifs divers (politiques, idéologiques, religieux, socio-économiques, ethniques, territoriaux) et déterminés à en découdre jusqu’à éliminer ou du moins soumettre l’autre, devenu l’ennemi. Pour ce faire, les protagonistes du conflit seraient prêts à user de toutes les armes à leur disposition, pas exclusivement militaires, ce qui serait à l’origine de violences multiformes et d’intensité variable, pas forcément sanglantes, visant aussi bien les corps que les esprits et les biens, matériels ou symboliques et provoquant des préjudices de toute nature.
15Nul arrière-plan éthique ou idéologique dans cette définition de la guerre civile, qui, en tant qu’objet historique, a longtemps pâti d’une délégitimation systématique et, partant, d’un déficit de scientificité, parce que rejeté en quelque sorte dans l’enfer de la mémoire humaine. Elle serait, en effet, « le plus grand des maux », que dénoncent à l’envi les Anciens et, après eux, les philosophes comme Hobbes ou Pascal, parce qu’elle conduit ses acteurs à commettre « l’illicite absolu : tuer son frère », à régresser pour retomber dans l’état de nature, synonyme d’anarchie et de barbarie26. Cependant, la stigmatisation de la guerre civile, ayant pour corollaire son occultation dans le champ intellectuel, ne relève pas uniquement de considérations morales. Ainsi, « les raisons de ce manque de réflexion sur la guerre civile sont multiples, mais toutes réductibles, en définitive, à une difficulté à la reconnaître, à laquelle concoure, de manière complémentaire, d’un côté, le besoin d’ennoblir les conflits, ou tout du moins de les réassumer dans une motivation ennoblissante, de l’autre, l’horreur que la guerre civile suscite »27. Ainsi, on préférera parler de guerre patriotique, de libération ou d’indépendance, en rejetant la faute sur un ennemi extérieur plutôt que de reconnaître la dimension fratricide du conflit. Car « accepter de nommer le conflit, c’est le juger et prendre parti », c’est pourquoi « guerre civile » est « un syntagme honni », « jugé indigne, inexact, tendancieux, anachronique voire blessant : on désignerait ainsi pour faire vite des conflits trop honteux ou trop rudimentaires pour mériter qu’on s’y penchât afin de les comprendre »28. C’est la raison pour laquelle, à la différence des Civil Wars anglaises et américaines ou de celles qui ont marqué l’Espagne des carlistes ou de Franco29, les guerres civiles ont longtemps été taboues dans le domaine historiographique français, parce que leur évocation ne coïncidait pas avec un récit national fédérateur ou réconciliateur, reposant sur « un évitement ou une édulcoration du passé » et s’escrimant à « oblitérer toute conflictualité autre que celle tournée vers l’extérieur »30.
16Toutefois, depuis les années 1990, sous le coup d’une actualité marquée par la clôture ou l’éclatement de graves conflits intérieurs un peu partout dans le monde et à la faveur de la commémoration du Bicentenaire de la Révolution française et de la possibilité, après cinquante ans, pour les historiens, d’ouvrir les dossiers que nous ont légués « les années sombres » de la Deuxième guerre mondiale, la guerre civile est devenue « un outil d’analyse utile pour comprendre comment peut fonctionner le politique »31. Néanmoins, il reste encore beaucoup à faire, notamment en ce qui concerne les conflits domestiques antérieurs au xixe siècle, autres que les seules « guerres franco-françaises », mais aussi pour mettre en exergue les « complications sociales et les dimensions anthropologique, historique et idéologique qui composent la guerre civile », au-delà de l’interrogation sur « la place de la guerre civile entre droit et histoire » et sur le rapport de l’individu à l’État ou la question de la souveraineté, de son usage et de ses limites32.
17Dès lors, le premier objectif de cet ouvrage consiste à scruter la notion de guerre civile, à tenter de cerner, derrière l’ambiguïté et la charge passionnelle des mots, ainsi qu’au-delà de la diversité d’expériences humaines concrètes, irréductibles les unes aux autres, non pas l’essence même de la guerre civile, pas plus qu’un modèle, mais une réalité d’un genre spécifique, repérable à travers les accidents historiques où elle prend forme. Il s’agit là d’un préalable indispensable, dans la mesure où c’est surtout sur la paix civile que cet ouvrage se propose de mettre l’accent ou, plus précisément, sur la pacification civile, dans une perspective praxéologique, comprise dans le sens d’une analyse de l’action humaine efficace, en fonction du contexte de son déroulement et des contraintes qu’il présente33. Or, se pencher sur la manière effective de faire ou de refaire la paix suppose impérativement d’établir, au préalable, comment elle a été brisée, de comprendre en vertu de quels mécanismes et à l’initiative de quels protagonistes une société donnée s’est abîmée dans la guerre et s’y est maintenue, ce qui revient à mettre au jour les logiques politiques, économiques, sociales à inverser, les représentations et les discours à déconstruire, invalider ou recycler, les affects à exprimer ou refouler, les atteintes matérielles, symboliques, physiques et psychiques à réparer, les traumatismes à surmonter, les souvenirs à cultiver, exorciser ou oblitérer.
18La volonté de privilégier l’étude de ce processus littéralement vital que constitue la pacification civile s’inscrit, en premier lieu, dans le constat que, « face à l’emphase mise sur la guerre », l’histoire de la paix, « qui chemine en même temps que celle des guerres, celle des pensées, des projets sociaux et des combats pour la paix », « a du mal à faire sa place dans les travaux actuels des historiens » et des autres chercheurs en sciences humaines34. Certes, là encore sous l’influence indéniable des War and Peace Studies anglo-saxonnes, des progrès importants ont été accomplis dans la connaissance des processus de stabilisation et de recomposition des sociétés affectées par une conflictualité exogène ou endogène et la thématique de la résolution de conflit est devenue incontournable, ces dernières années, en sciences humaines et en particulier en histoire35. Cependant, à quelques notables exceptions près, relatives, par exemple, au principat d’Auguste et aux guerres de Religion françaises du xvie siècle, c’est plus vrai pour les périodes postérieures à la fin du xviiie siècle que pour celles qui ont précédé, pour les guerres interétatiques que pour les guerres intra-étatiques36. Par ailleurs, cette curiosité scientifique s’attache plus à certains aspects de la résolution de conflits qu’à d’autres, en raison, notamment, de l’audience très forte de certains auteurs tels que Paul Ricœur ou Maurice Halbwachs et de l’existence d’exemples directement observables à l’époque contemporaine, que ce soit en Irlande, en Afrique du Sud ou en Irlande37. Ainsi, l’oubli et le pardon, l’amnistie-amnésie, ainsi que la réconciliation se sont imposés comme des thèmes historiographiques importants depuis une petite vingtaine d’années38. Néanmoins, ils sont loin d’épuiser la question de la pacification.
19La deuxième raison qui explique cette valorisation de la pacification civile réside dans le constat que quasiment tous ceux qui évoquent la guerre civile la décrivent comme une véritable « pathologie », une sorte de maladie auto-immune du corps social, extrêmement invalidante et potentiellement fatale, voire comme une sorte de pulsion suicidaire, toujours présente dans la psyché collective39. Pourtant, c’est davantage aux symptômes qu’aux actions thérapeutiques que l’on porte attention, en vertu d’une certaine fascination pour la violence, mais aussi de la conviction bien ancrée, tout hobbesienne et, semble-t-il, confortée par les faits, que l’homme serait foncièrement de nature belliqueuse. Partant, la paix ne serait qu’une illusion, fréquemment démentie par la réalité qui ne connaît que les rapports de force, ou tout du moins un état transitoire et précaire. De même, la guerre civile serait une sorte de malédiction, à laquelle on ne peut échapper, sauf à s’en remettre aveuglément à l’État, seul capable d’en prémunir les citoyens ou de les en sortir, quitte à les violenter à son tour, en usant de la répression sous toutes ses formes ou, à tout le moins, en limitant leur liberté et en normalisant leur comportement, dans l’espace public du moins, au nom de la promotion du bien commun40.
20Or, bien qu’il en apparaisse comme le principal artisan et le garant, l’État n’est pas le seul à pouvoir œuvrer à la paix civile, qui ne se résume pas non plus à la sécurisation de la communauté, c’est-à-dire à l’amortissement de la violence et au maintien de l’ordre, en vue de prévenir le surgissement de celle-ci. La paix demeure une aspiration profonde des individus, qui induit la quête, par divers moyens, d’un état de tranquillité voire de sérénité ou d’harmonie, qui ne soit pas qu’intérieur et spirituel, mais valable également à l’échelle de la cité terrestre, pas seulement céleste. Ainsi, dans la France du xvie siècle, par exemple, au temps des guerres de Religion, on lit, dans les textes de l’époque, littéraires ou juridiques, l’expression récurrente du souci de faire régner « le repos ou tranquillité publics », ainsi que la « concorde », voire l’« union » entre les contemporains, de « les faire vivre ensemble comme frères, amis et concitoyens », si possible dans toute l’étendue du royaume ou du moins au sein des communautés locales. Cette volonté n’est pas que celle du roi : elle est aussi celles des dirigeants locaux, des édiles notamment, qui poursuivent leur propre agenda, indépendamment de l’obéissance aux prescriptions monarchiques41.
21Afin de contribuer à corriger le déséquilibre patent qui affecte ce couple heuristique de guerre et paix en général, de guerre et paix civiles en particulier, il nous a donc paru utile de mettre en vedette, dans cet ouvrage, ce que nous appelons la pacification civile, c’est-à-dire, littéralement, l’opération qui consiste à rétablir la paix publique et, plus précisément, à faire cesser les différends entre les citoyens, à restaurer entre eux, dans la sphère politique et sociale (et non intime ou privée), l’amitié, qui ne se concevrait pas comme la simple antithèse de l’hostilité et même de la haine, mais comme une relation de confiance, de solidarité et de collaboration dans la mise en œuvre de l’intérêt collectif.
22La pacification civile ne doit donc pas être confondue avec la pacification sociale, à laquelle se dévouent les sociologues disciples de Norbert Elias, de Michel Foucauld, de Max Weber ou de Jürgen Habermas, ou bien encore les spécialistes des relations internationales et des études de sécurité ou les adeptes de l’irénologie et de la Peace Research42. Fondamentale, certes, la pacification sociale n’est jamais qu’un aspect de la pacification civile. Car la pacification sociale recouvre essentiellement l’action de l’État, au sein de ses frontières ou à l’extérieur, en son nom propre ou dans le cadre d’interventions de puissances de coalition ou d’organisations internationales telles que l’Union Européenne ou l’Organisation des Nations Unies. L’objectif de cette action est de réguler ou de résoudre des conflits internes, déclarés ou larvés, pas forcément dirigés contre cet État, mais possiblement attentatoires à ses intérêts. Il s’agit donc de mettre un terme à la violence ou de la canaliser, de consolider ou de restaurer le lien social par une gouvernance associant l’usage de prérogatives régaliennes telles que la législation, l’exercice de la justice ou l’usage de la force, policière et/ou militaire et l’application de procédés d’intégration politique, économique ou culturelle, tels que la promotion de la citoyenneté ou de la démocratie, l’implication de la société civile et l’encouragement au développement. Au fond, cela revient toujours à faire prévaloir avec plus ou moins de force l’autorité et la légitimité de cet État.
23Aussi, après une première partie dévolue à l’identification d’un mal rétif aux modélisations, difficile à diagnostiquer et tributaire de dénominations abusives, trompeuses ou flétrissantes, qui ajoutent à la confusion qui l’entoure, mais un mal peut être nécessaire, la guerre civile donc, les auteurs de cet ouvrage ont fait porter leur attention, dans un deuxième temps, sur la pacification civile. Elle est à comprendre comme l’effort, imposé ou consenti, mobilisant, au même titre que la guerre elle-même, sur le mode de la coopération ou de la concurrence voire de l’antagonisme, des acteurs très différents par leur nature et leur degré d’efficience. Individus ou corps constitués, indigènes ou étrangers, physiques ou institutionnels, hommes et femmes, jeunes et plus âgés, civils ou militaires, laïcs ou clercs, élites ou masses populaires, on verra que tous ont recours à la gamme très variée d’instruments dont ils disposent, qu’ils soient juridiques, judiciaires, politiques, militaires, artistiques, littéraires, symboliques ou rituels. On tâchera également de montrer que ces outils sont utilisés en fonction de valeurs ou de systèmes de représentations et selon des modalités très diverses, synonymes de dialogue, de négociation, de compromis ou de contrainte, de coercition, en vue de soigner et (pourquoi pas ?) de tâcher de guérir une société malade d’elle-même et en passe de s’auto-anéantir. On se demandera, enfin, à quels facteurs dirimants ou circonstances aggravantes cette entreprise de pacification peut se heurter et quelles peuvent en être les véritables résultats, durables ou éphémères, partiels ou satisfaisants, ainsi que ses limites et ses éventuels effets pervers.
Notes de bas de page
1 « Fillon accuse le gouvernement d’un climat de quasi guerre civile, en pleine campagne », Le Parisien, 26 février 2017, http://www.leparisien.fr/elections/presidentielle/candidats-et-programmes/fillon-accuse-le-gouvernement-d-un-climat-de-quasi-guerre-civile-en-pleine-campagne-26-02-2017-6714480.php, consulté le 10 mars 2017.
2 « Présidentielle : la gauche ironise sur les propos de François Fillon et la quasi guerre civile », Le Parisien, 27 février 2017, http://www.leparisien.fr/elections/presidentielle/presidentielle-la-gauche-denonce-les-propos-de-fillon-sur-la-quasi-guerre-civile-27-02-2017-6716217.php, consulté le 10 mars 2017.
3 Ivan Rioufol, La guerre civile qui vient, Paris, PGDR éditions, 2016 ; Philippe Gourmet, Marine Le Pen 2017 : la France en état de guerre civile, 2017.
4 « Marine Le Pen : l’immigration a engendré la perspective de la guerre civile », Le Point, le 14 mars 2017, http://www.lepoint.fr/presidentielle/marine-le-pen-l-immigration-a-engendre-la-perspective-de-la-guerre-civile-14-03-2017-2111614_3121.php, consulté le 14 mars 2017.
5 « Pour Marine Le Pen, la perspective d’une guerre civile n’est plus un fantasme en France », France Info, 14 mars 2017, http://www.francetvinfo.fr/politique/marine-le-pen/pour-marine-le-pen-la-perspective-d-une-guerre-civile-n-est-plus-un-fantasme-en-france_2097153.html, consulté le 14 mars 2017.
6 « En parlant de guerre civile, Fillon fait une erreur. L’édito de Christophe Barbier », L’Express, 27 février 2017, http://www.lexpress.fr/actualite/politique/elections/en-parlant-de-guerre-civile-fillon-fait-une-erreur-l-edito-de-christophe-babier_1883794.html, consulté le 10 mars 2017.
7 Christophe Cazelles, Bernard Morel, Sebastian Roché, Les « violences urbaines » de l’automne 2005. Événements, acteurs : dynamiques et interactions. Essai de synthèse, Centre d’analyse stratégique, 2007, en ligne : http://archives.strategie.gouv.fr/cas/content/violences-urbaines-de-l’automne-2005.html, consulté le 7 mars 2016 ; Véronique Le Goaziou et Laurent Mucchielli (dir.), Quand les banlieues brûlent… Retour sur les émeutes de novembre 2005, Paris, La Découverte, 2006 ; Raphaël Draï et Jean-François Mattéi (dir.), La république brûle-t-elle ? : Essai sur les violences urbaines françaises, Paris, Éditions Michalon, 2006.
8 « La guerre civile comme ils disent… », Conflits. Revue de géopolitique, n° 9, avril-mai-juin 2016, Dossier « La guerre civile », p. 47 ; Pierre-Yves Cusset, « Demain la guerre civile ? », Conflits, op. cit., p. 70-71 ; Jean-Claude Caron, « Indépassable fratricide. Réflexions sur la guerre civile en France et ailleurs », Cités. Philosophie. Politique. Histoire, n° 50, 2012, p. 47.
9 Pascal Gauchon, « La guerre civile n’aura pas lieu, si… », Conflits, op. cit., p. 5 et « Guerre civile. La guerre de la mondialisation », ibid., p. 42-46 ; Jacques Marseille, Du bon usage de la guerre civile en France, Paris, Perrin, 2006 ; J.-C. Caron, « Indépassable fratricide… », art. cit., p. 44.
10 Il s’agit du colloque international organisé par le Centre d’Histoire des Sociétés, des Sciences et des Conflits de l’Université de Picardie-Jules Verne (EA 4289) et qui s’est déroulé à Amiens, les 21 et 22 novembre 2013.
11 Giorgio Agamben, La guerre civile. Pour une théorie politique de la « stasis », Paris, Seuil, 2015 ; Carl Schmitt, La guerre civile mondiale. Essais, 1953-1973, Éditions Ère, 2007 ; Enzo Traverso, 1914-1945. La guerre civile européenne, Paris, Hachette, 2009 ; J.-C. Caron, art. cit., p. 46.
12 « Les guerres civiles dans le monde », Conflits, op. cit., p. 49 ; Bertrand Badie et Dominique Vidal, Nouvelles guerres. L’état du monde 2015, Paris, La Découverte, 2014 ; Bertrand Badie, « Les guerres civiles sont malheureusement des guerres d’avenir », Le Monde, 19 juin 2013, http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/06/19/les-guerres-civiles-sont-malheureusement-des-guerres-d-avenir_3432883_3232.html, consulté le 10 mars 2017.
13 Éric Werner, L’Avant-guerre civile, Paris, L’Âge de l’homme, 1999 (réédité en 2015) ; Frédéric Gros, États de violence. Essai sur la fin de la guerre, Paris, Gallimard, 2006 ; Marc Crépon et Frédéric Worms, La Philosophie face à la violence, Paris, Éditions des Équateurs, 2015 ; Laurent Muchielli, « Violence : de quoi parle-t-on ? », Sciences humaines, n° 247 : numéro spécial « Violence : les paradoxes d’un monde pacifié », avril 2013, https://www.scienceshumaines.com/violence-de-quoi-parle-t-on_fr_30395.html, consulté le 16 mars 2017 et L'Invention de la violence. Des peurs, des chiffres, des faits, Paris, Fayard, 2011 et Vous avez dit sécurité, Paris, Champ social, 2012 ; citation tirée de Christina Ion, « Présentation », Cités, op. cit., p. 12.
14 Emmanuel Dupraz, Claire Gheeraert-Graffeuille (dir.), La guerre civile : représentations, idéalisations, identifications, Publications de l’Université de Rouen et du Havre, Cahiers de l’ERIAC n° 6, 2014 et Emmanuel Dupraz, Claire Gheeraert-Graffeuille, Esther Martin (dir.), La guerre civile : idéalisations et réconciliations, Publications de l’Université de Rouen et du Havre, Cahiers de l’ERIAC n° 7, 2015.
15 Simone Goyard-Fabre, La construction de la paix ou le travail de Sisyphe, Paris, Vrin, 1994, p. 7.
16 Ibid. ; Michel Porret, Jean-François Fayet et Carine Fluckiger, Guerres et paix : mélanges offerts à Jean-Claude Favez, Genève, Georg, 2000 ; Heinz Duchhardt et Patrice Veit, Krieg und Frieden im Übergang vom Mittelalter zur Neuzeit. Theorie, Praxis, Bilder. Guerre et paix au Moyen Âge aux Temps modernes. Théories, pratiques, représentations, Mayence, Verlag Philipp von Zabern, 2000 ; Sylvie Caucanas, Rémy Cazals et Nicolas Offenstadt (dir.), Paroles de paix en temps de guerre. De l’Antiquité au monde contemporain, Toulouse, Privat, 2006 ; Jean-Paul Cahn, Françoise Knopper, Anne-Marie Saint-Gille (dir.), De la guerre juste à la paix juste. Aspects confessionnels de la construction de la paix dans l’espace franco-allemand (xvie-xxe siècles), Villeneuve d’Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, 2008 ; Hélène Duccini, Guerre et paix dans la France du Grand siècle. Abel Servien, diplomate et serviteur de l’État (1593-1659), Seyssel, Champ Vallon, 2012 ; Isabelle Chave (dir.), Faire la guerre, faire la paix : approches sémantiques et ambiguïtés terminologiques, éditions électroniques du CTHS, 2012 ; Xavier Boniface et Bruno Bethouart, Les Chrétiens, la guerre et la paix. De la paix de Dieu à l’esprit d’Assise, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2012 ; Gisela Naegle, Friden schaffen und sich verteidigen im Spätmittelalter. Faire la paix et se défendre à la fin du Moyen Âge, Munich, Oldenbourg Verlag, 2012 ; Guy Saupin et Éric Schnakenbourg (dir.), Expériences de la guerre et pratiques de la paix, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2013 ; Éric Schnakenbourg, Entre la guerre et la paix. Neutralités et relations internationales, xviie-xviiie siècles, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2013 ; Monica Güell et Georges Martin, La paix des dames. Femmes, paix et pacification en péninsule ibérique au Moyen Âge, Paris, 2015 ; colloque « Enseigner la guerre, écrire la paix, hier et aujourd’hui, ici et ailleurs » organisé par Marie-Christine Mengès-Le Pape (Montauban, 17 au 18 novembre 2014) ; colloque international « Saint Louis, roi de guerre, roi de paix » organisé par Xavier Hélary et Pascal Montaubin (Amiens, 11 au 12 septembre 2014) ; colloque « Imaginaires et pratiques de paix en temps de guerre en Europe (1914-1918) » organisé par Jean-Michel Guleu et Stéphane Tison (Paris, 14 au 16 octobre 2015) ; colloque annuel du Centre d’études supérieur de la Renaissance « François Ier, roi de guerre, roi de paix » (Tours, 30 juin-3 juillet 2015).
17 Anne Jollet, « Introduction », Cahiers d’Histoire. Revue d’histoire critique, n° 127 : dossier « Penser et lutter contre la guerre (xixe-xxe siècles), 2015, p. 11-21 ; Ludovic Frobert (dir.), Guerres, conflits, violence. L’état de la recherche française en sciences humaines, Le Mook autrement/ANR, Paris, autrement, 2010 ; « La société, la guerre et la paix », Histoire, Économie et Société, avril-juin 2004, 23e année.
18 Jean Chagniot, Guerre et société à l’époque moderne, Paris, PUF, 2001 ; Hervé Drévillon, L’impôt du sang. Le métier des armes sous Louis XIV, Paris, Tallandier, 2005 et Batailles. Scènes de guerre de la Table ronde aux tranchées, Paris, Le Seuil, 2009 ; Benjamin Deruelle et Bernard Gainot, Combattre à l’époque moderne, éditions électroniques du CTHS, 2013 ; Ariane Blotanski, Yann Lagadec et Franck Mercier (dir.), La bataille. Du fait d’armes au combat idéologique (xie-xixe siècles), Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2015 et La construction du militaire. Savoirs et savoir-faire militaires à l’époque moderne, Paris, Presses Universitaires de la Sorbonne, 2013 ; Arnaud Guinier, L’honneur du soldat : éthique martiale et discipline guerrière dans la France des lumières, Seyssel, Champ Vallon, 2014 ; Benjamin Deruelle, De papier, de fer et de sang. Chevaliers et chevalerie à l’épreuve de la modernité, Paris, Presses Universitaires de la Sorbonne, 2015 ; Bernard Fonck et Nathalie Genet-Rouffiac (dir.), Combattre et gouverner. Dynamiques de l’histoire militaire à l’époque moderne, Rennes, Presses Universitaires de Rennes 2015 ; Françoise Hildesheimer et Stéphane Blond, « Quand la guerre se retire… », Presses Universitaires de l’Institut Catholique d’Études Supérieures/Paris, Publisud, 2012 ; Valérie Toureille et François Pernot, Lendemains de guerre. De l’Antiquité au xxe siècle, Bruxelles, Peter Lang éd., 2010 et Valérie Toureille et alii (dir.), Guerre et société (1270-1480), Paris, Atlande, 2012 ; colloque « Combattre (comme) au Moyen Âge : formes et expériences de la guerre médiévale (Lille, 26 au 27 janvier 2017).
19 Marie-Danielle Demélas-Bohy, « La notion de guerre civile en question », Clio. Femmes, Genre, Histoire, n° 5, 1997, https://clio.revues.org/412, mis en ligne le 1er janvier 2005 et consulté le 17 mars 2017 ; Delphine Thivet, Une pensée hétérodoxe de la guerre, de Hobbes à Clausewitz, Paris, PUF, 2010.
20 Ninon Grangé, De la guerre civile, Paris, A. Colin, 2009, p. 4 et 6.
21 Ninon Grangé, Oublier la guerre civile. Stasis, chronique d’une disparition, Paris, Vrin, 2015.
22 Ibid., p. 4.
23 Gérard Aivo, « Le statut de combattant dans les conflits armés non internationaux », Cahiers de droit international, Primento, 2013 ; Antoine Rougier, Les guerres civiles et le droit des gens, Paris, Larose, 1903.
24 « Guerre civile, brève définition », Perspective Monde, http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMDictionnaire?iddictionnaire=1593, consulté le 17 mars 2017.
25 Derriennic Jean-Pierre, Les guerres civiles, Paris, Presses de Sciences po, 2001 ; François Gresle, Compte rendu de cet ouvrage dans la Revue française de sociologie, n° 43, 2002, p. 600-601.
26 Ninon Grangé, De la guerre civile, op. cit., p. 5 ; voir aussi Ninon Grangé, « L’état de nature, modèle et miroir de la guerre civile », Astérion, n° 2, 2004, http://asterion.revues.org/102, mis en ligne le 5 avril 2005, consulté le 20 mars 2017 et « La cité en guerre. Violence naturelle ou violence politique ? Un aspect de la guerre civile chez Hobbes », Cahiers d’Études italiennes, n° 1, 2004, http://cei.revues.org/229, mis en ligne le 15 mai 2006, consulté le 20 mars 2017 ; Nicolas Dubos, Le mal extrême. La guerre civile vue par les philosophes des origines à nos jours, Paris, CNRS Éditions, 2010.
27 Citation de Gabriele Ranzato dans Jordi Canal, « Quand la lutte politique devient guerre civile : les représentations littéraires des luttes fratricides dans l’Espagne contemporaine », Institutions et représentations du politique (Espagne, France, Italie, xviie-xxe siècles), Presses Universitaires Blaise Pascal, 2006, p. 251 ; Gabriele Ranzato (dir.), Guerre fratricide, le guerre civili in età contemporanea, Turin, Bollati Borhigienri, 1994.
28 Catherine Marand-Fouquet, « Ce que guerre civile veut dire », Espaces Temps, n° 87-88, 2005, p. 96.
29 Paul Murray Kendall, L’Angleterre au temps de la guerre des Deux-Roses, Paris, Fayard, 1984 ; David C. Wallace, Twenty-Two Turbulent Years 1639-1661, Fast-Print Publishing, 2013 ; Christopher Hill (trad. J.-P. Barrois), La Révolution anglaise, 1640, Paris, éditions de la Passion, 1993 ; David C. Wallace, Twenty-Two Turbulent Years 1639-1661, Fast-Print Publishing, 2013 ; Jordi Canal, « La longue survivance du carlisme en Espagne : proposition pour une interprétation », J.-C. Martin dir., La Contre-Révolution en Europe, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2001, p. 291-301 ; Farid Ameur, La Guerre de Sécession, Paris, PUF., 2013 ; John Keegan, La Guerre de Sécession, Paris, Perrin, 2011 ; Bartolomé Bennassar, La guerre d’Espagne et ses lendemains, Paris, Perrin, 2004 ; Antony Beevor, La Guerre d’Espagne, Paris, Le Livre de poche, 2008.
30 J.-C. Caron, « Indépassable fratricide… », art. cit., p. 40 et 42.
31 Catherine Marand-Fouquet, « Des guerres innommables », Clio. Histoire, femmes et sociétés, 1997, http://clio.revues.org/406, mis en ligne le 1er janvier 2005 et consulté le 20 mars 2017 ; J.-C. Martin, « La guerre civile… », art. cit. et La Guerre civile entre histoire et mémoire, Nantes, Ouest éditions, 1995 ; Olivier Wieviorka, « Guerre civile à la française ? Le cas des années sombres (1940-1945) », Vingtième Siècle. Revue d’Histoire, n° 85, 2005, p. 5-19, en ligne : https://www.cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-d-histoire-2005-1-page-5.htm, consulté le 20 mars 2017 ; Jean-Claude Caron, Frères de sang. La guerre civile en France au xixe siècle, Seyssel, Champ Vallon, 2009.
32 J.C. Martin, « La guerre civile… », art. cit., p. 87 et 99 ; Jean-Pierre Azéma, Jean-Pierre Rioux, Henry Rousso, « Les guerres franco-françaises », Vingtième Siècle. Revue d’Histoire, n° 5, janvier-mars 1985, p. 3-6.
33 Victor Alexandre, Éléments de praxéologie. Contribution à une science des actes, Paris-Montréal, L’Harmattan, 2003.
34 A. Jollet, « Penser et lutter contre la guerre », art. cit., p. 4.
35 Jean-Claude Caron, Frédéric Chauvaud, Emmanuel Fureix et Jean-Noël Luc (dir.), Entre violence et conciliation. La résolution des conflits socio-politiques en Europe au xixe siècle, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2008 ; Jean-Paul Cahn, François Knopper et Anne-Marie Saint-Gille (dir.), De la guerre juste à la paix juste, op. cit. ; Stephen Martens et Michel de Waele (dir.), Vivre ensemble, vivre avec les autres. Conflits et résolution de conflits à travers les âges, Villeneuve d’Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, 2012.
36 Frédéric Hurlet et Bernard Minéo, Res publica restituta. Le pouvoir et ses représentations à Rome durant le principat d’Auguste, Actes du colloque organisé à Nantes, juin 2007, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2009 et Frédéric Hurlet, Auguste, les ambiguïtés du pouvoir, Paris, A. Colin, 2015 ; Olivier Christin, La paix de religion, Paris, Le Seuil, 1997 ; Claire Gantet, La paix de Westphalie (1648), une histoire sociale, xviie-xviiie siècles, Paris, Belin, 2001 ; Corrado Vivanti, Guerre civile et paix religieuse dans la France d’Henri IV, Paris, Desjonquères, 2006 ; Nicolas Offenstadt, Faire la paix au Moyen Âge : discours et gestes de paix pendant la guerre de Cent ans, Paris, Odile Jacob, 2007 ; Michel de Waele, « Conflict Resolution under the First Bourbons », Alison Forrestal et Eric Nelson (dir.), Politics and Religion in Early Modern France, New York, Palgrave-Mac Millan, 2009, p. 132-153 ; François-Xavier Petit, « Faire la guerre et faire la paix. Surmonter, prolonger et déplacer la guerre civile entre Ligue et Fronde », Faire la guerre…, op. cit. ; Jérémie Foa, Le tombeau de la paix. Une histoire des édits de pacification (1560-1572), Limoges, Pulim, 2015.
37 Olivier Poncet, « Oublier les guerres de Religion, Histoire et mémoire des guerres civiles en France, xvie-xviie siècles », Revue d’Histoire de l’Église de France, tome 95, 2009, p. 313-317 ; Paul Ricœur, La mémoire, l’histoire, l’oubli, Paris, Le Seuil, 2000 ; Maurice Halbwachs, La mémoire collective, Paris, PUF, 1950 ; « Après les dictatures, faire la justice et la paix civile », La Revue nouvelle, n° 11, 2003.
38 Marc Greengrass, « Amnistie et oubliance : un discours politique autour des édits de pacification pendant les guerres de Religion », Paix des armes, paix des âmes, Paul Mironneau et Isabelle Pébay-Clottes (dir.), Paris, Imprimerie nationale, 2000, p. 113-121 ; John Horne, « Guerres et réconciliations européennes au xxe siècle », Vingtième Siècle. Revue d’Histoire, n° 104, octobre-décembre 2009, p. 3-15 ; Reiner Marcowitz et Werner Paravicini (dir.), Vergeben und Vergessen ? Pardonner et oublier ? Les discours sur le passé après l’occupation, la guerre civile et la révolution, Münich, Oldenbourg, 2009 ; Évelyne Scheid et Thierry Rentet, Figures politiques du pardon de l’Antiquité à la Renaissance, Paris, Nolin, 2011 ; Georges Mink et Laure Neumayer (dir.), L’Europe et ses passés douloureux, Paris, La Découverte, 2007 ; David El Kenz et François-Xavier Nérard, Commémorer les victimes en Europe (xvie-xxie siècles), Seyssel, Champ Vallon, 2011 ; Franck Collard et Monique Cottret (dir.), Conciliation, réconciliation aux temps médiévaux et modernes, Nanterre, Presses Universitaires de Paris-Nanterre, 2012 ; Michel de Waele et Stephen Martens (dir.), Mémoire et oubli. Controverses de la Rome antique à nos jours, Villeneuve d’Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, 2015 ; J. Foa et A. Mellet, « Une politique de l’oubliance ? Mémoire et oubli pendant les guerres de Religion (1550-1600) », Astérion, n° 15, 2016, mis en ligne le 8 novembre 2016 : http://journals.openedition.org/asterion/2829, consulté le 2 février 2018.
39 N. Grangé, De la guerre civile…, op. cit., p. 4-5 ; C. Ion, « une violence sans politique ? », art. cit…, p. 9-10.
40 N. Grangé, De la guerre civile, op. cit. ; Luc Foisneau, Hobbes, la vie inquiète, Paris, Gallimard, 2016.
41 Mark W. Konnert, Civic Agendas and Religious Passion. Châlons-sur-Marne during the French Wars of Religion (1560-1594), Kirksville, 1997 ; Olivia Carpi, « Élites citadines et sortie de guerre civile en France. Le cas des anciennes villes ligueuses (1594-ca 1620) », dans Laurent Coste et Sylvie Guillaume (dir.), Élites et crises du xvie au xxie siècle, Paris, A. Colin, 2014, p. 363-375 et « Henri Drouot et la notion de république : réflexion sur l’expérience politique des villes ligueuses du nord-est de la France », Annales de Bourgogne, tome 87, fascicule 4 et tome 88, fascicule 1, 2015, p. 83-100.
42 Max Weber, Sociologie du droit, préface de Philippe Raynaud, traduction Jacques Grosclaude, Paris, PUF-Quadrige, 2013 (rééd.) ; Norbert Élias, La civilisation des mœurs, Paris, Calman-Lévy, 1973 ; Michel Foucauld, Il faut défendre la société, Cours au Collège de France, 1975-1976, Paris, Gallimard-Le Seuil, 1997 ; John Crowley (dir.), « Pacifications. Réconciliations (1) », Cultures et Conflits, n° 40, hiver 2000 et « Pacifications. Réconciliations (2) », Cultures et Conflits, n° 41, printemps 2001 ; Fadia Kiwan, « Consolidation ou recomposition de la société civile d’après guerre ? », Confluences Méditerranée, n° 47, automne 2003, p. 67-78 ; Rabeh Sebaa, « De la réconciliation transitionnelle à la pacification consensuelle », Confluences Méditerranée, n° 62, 2007/3, p. 77-85 ; Paul Haéri, De la guerre à la paix. Pacification et stabilisation post-conflit, Paris, Économica, 2008 ; François Cochet et Olivier Dard (dir.), Subversion, anti-subversion, contre-subversion, Paris, Riveneuve éditions, 2009 ; John D. Brewer, Peace Processes : a sociological Approch, Cambridge, Polity Presse, 2010 ; Charles-Philippe David, La guerre et la paix. Approches et enjeux de la sécurité et de la stratégie, Paris, Presses de Sciences Po, 2013 ; Samia El Mechat (dir.), Coloniser, pacifier, administrer (xixe-xxie siècles), Paris, CNRS, 2014 ; Antoine Coppolani, Charles-Philippe David, Jean-François Thomas, La fabrique de la paix. Acteurs, processus, mémoires, Presses de l’Université de Laval, 2015 ; « Histoire et cité. Les rencontres de Genève », mai 2015 : « L’État pacificateur entre ordre public et paix civile (16e-19e siècle) » ; Luis P. Martin, « Du pacifisme à la culture de paix. Les apports des Peace Studies à la construction de la paix », Cahiers de la Méditerranée, n° 91, décembre 2015.
Auteur
-
Olivia Carpi
Université de Picardie-Jules Verne (Amiens)
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