Chapitre X. Les Français et le confinement : un consensus paradoxal ?
p. 185-202
Texte intégral
L’adhésion au confinement : une inconnue majeure
1En France, si le confinement était une option prévue de longue date dans l’arsenal des mesures conçues pour lutter contre une éventuelle pandémie, sa mise en place sur tout le territoire au printemps 2020 n’en restait pas moins inédite, et même si ce confinement était obligatoire et non incitatif, son efficacité, comme celle des gestes barrières et de la distanciation sociale, dépendait étroitement de l’adhésion de la population à une mesure somme toute extrêmement contraignante. Cette adhésion constituait donc une inconnue majeure dans l’équation de gestion de la crise. Une enquête menée dès le mois d’avril dans sept pays européens (Allemagne, Danemark, France, Grande-Bretagne, Italie, Pays-Bas, Portugal) observait une forte adhésion des populations aux diverses mesures prises pour contenir l’épidémie (fermeture des frontières et des écoles, couvre-feu, amendes en cas de violation de la quarantaine…), avec un gradient Nord-Sud, ce soutien étant plus marqué en Italie, en France et au Portugal1.
2En France, le contexte social rendait pourtant l’adhésion au confinement très incertaine. D’abord, dès le mois de mars, les médias mettaient en cause la gestion du stock de masques, ainsi que la capacité à réaliser des tests de dépistage. Ensuite, le confinement était explicitement présenté comme un moyen « d’aplatir la courbe » de l’épidémie, pour éviter qu’elle ne submerge les capacités hospitalières françaises. Or l’année 2019 avait été le théâtre d’un conflit social intense dans le secteur hospitalier, avec notamment une grève très suivie dans les services d’urgence, et les nombreuses fermetures de lits à l’hôpital planifiées ces dernières années étaient au cœur du conflit. Enfin, la France avait connu de nombreuses manifestations depuis 2018, avec le mouvement des gilets jaunes, relayé ensuite par la mobilisation contre la réforme des retraites. Le mécontentement durable exprimé lors de ces mouvements semblait peu propice à une adhésion forte à des mesures qui restreignaient les libertés publiques, le confinement impliquant l’interdiction de fait des manifestations, et ces restrictions pouvaient paraître d’autant plus sensibles que les partis d’opposition dénonçaient « une dérive autoritaire du régime » depuis plusieurs mois, tandis que des experts de l’Organisation des Nations Unies s’étaient émus d’un usage disproportionné de la force lors des manifestations, et des atteintes portées à la liberté de manifester.
3Si l’enquête précitée observait une forte adhésion des Français aux mesures prises pour endiguer l’épidémie, s’agissant cette fois non plus des attitudes mais des comportements quotidiens déclarés par la population française, les enquêtes hebdomadaires réalisées par Santé Publique France pendant le confinement montraient également une forte adhésion des Français aux gestes préventifs individuels (saluer sans serrer la main et arrêter les embrassades, éviter les regroupements et réunions en face-à-face, garder une distance d’au moins un mètre…)2. L’enquête Coconel n’étudiait pas ces comportements, même si elle renseignait les sorties du domicile la veille du recueil (cf. Chapitre II). Elle permet en revanche de suivre et d’étudier les attitudes à l’égard du confinement, de mars à mai.
4Dans ce chapitre, nous verrons que les Français ont largement soutenu le confinement, et nous étudierons de plus près les diverses nuances de ce consensus. Il s’agira ensuite d’examiner la dynamique de ces attitudes jusqu’à la fin du confinement, en s’intéressant aussi à ces Français qui, début mai, auraient souhaité que ce confinement se poursuive. Nous reviendrons enfin sur les facteurs associés à ce consensus un peu paradoxal, en nous intéressant à la politisation des opinions exprimées, à l’impact de la crainte de l’infection et au rôle des médias.
Un consensus en faveur du confinement, mais…
Les opinions à l’égard du confinement après dix jours
5La Figure 10.1 détaille les opinions exprimées par les Français à l’égard du confinement et de ses conséquences, entre le 27 et le 29 mars. Les items sont classés par ordre décroissant du niveau d’assentiment, en sommant les réponses « tout à fait d’accord » et « plutôt d’accord ».
6Après dix jours de confinement, il apparaît d’abord qu’une très large majorité des personnes interrogées soutenait cette mesure. En effet, 88 % d’entre elles estimaient que c’était le seul moyen efficace pour lutter contre l’épidémie, 93 % jugeaient qu’il devra durer encore plusieurs semaines pour être efficace, et 80 % pensaient de même qu’il devrait être durci pour être efficace. Ces trois opinions faisaient consensus, quel que soit le milieu social : par exemple, 88 % des cadres supérieurs et des professions libérales et 85 % des ouvriers considéraient le confinement comme le moyen de lutte le plus efficace contre l’épidémie.
Figure 10.1. Opinions des Français sur le confinement et ses conséquences.

Enquête Coconel (27-29 mars-2020, N=1012).
7Inversement, seuls 20 % des enquêtés étaient d’accord avec l’assertion selon laquelle cette mesure était excessive par rapport à la gravité réelle de l’épidémie, et 22 % soutenaient que le confinement devrait être assoupli pour être supporté. Ces deux opinions-ci étaient nettement plus différenciées : un tiers des ouvriers les soutenait, contre moins d’un enquêté sur dix parmi les cadres supérieurs et les professions libérales.
8Si une très large majorité de Français soutenait le confinement, les deux tiers d’entre eux n’en étaient pas moins critiques à l’égard de la gestion de l’épidémie, en particulier en milieu populaire. Ainsi, 66 % des enquêtés jugeaient que le confinement était la conséquence du manque de moyens hospitaliers, et 50 % estimaient qu’il aurait pu être évité par le port du masque généralisé. En outre, 66 % pensaient qu’il pourrait être remplacé par des tests de dépistage à grande échelle. Ces opinions étaient très contrastées selon le milieu social : ainsi, 82 % des ouvriers mettaient en cause le manque de moyens hospitaliers, contre seulement 49 % des cadres supérieurs et des professions libérales.
9Enfin, les Français n’ignoraient pas les conséquences délétères du confinement : pour 93 % d’entre eux, il avait déjà des conséquences économiques désastreuses, pour 76 % il allait provoquer des drames familiaux, et pour 41 % il restreignait excessivement les libertés individuelles. En revanche, 91 % reconnaissaient que c’était l’occasion de mettre en place des solidarités locales. Ces opinions variaient assez peu selon la catégorie socioprofessionnelle, hormis celle relative aux libertés individuelles : 65 % des ouvriers la soutenaient, contre 30 % des cadres supérieurs et des professions libérales.
Trois nuances de soutien
10Comment se combinent ces diverses opinions relatives au confinement ? Une analyse statistique par classification hiérarchique permet ici de dégager trois profils-types, détaillés dans le Tableau 10.13. Notons d’abord que trois opinions faisaient consensus, puisqu’elles étaient soutenues par au moins 80 % des enquêtés au sein de chacun des trois profils : le confinement devra durer encore plusieurs semaines pour être efficace, il a déjà des conséquences économiques désastreuses, enfin il est l’occasion de mettre en place des solidarités à l’échelle locale.
11Le premier profil réunit 38 % des enquêtés, caractérisés par un fort soutien au confinement. En effet, presque tous estimaient que c’était le seul moyen de lutter contre l’épidémie, et qu’il devrait être durci pour être efficace. Les deux tiers considéraient aussi que ce confinement allait provoquer des drames familiaux, et la majorité se déclaraient en désaccord avec les autres assertions proposées.
12Les personnes du second profil (31 % de l’échantillon) partageaient ce soutien, puisque presque toutes soutenaient le confinement et son durcissement. En revanche, elles étaient aussi beaucoup plus enclines à souligner ses effets délétères : la plupart estimaient qu’il avait déjà des conséquences économiques désastreuses et qu’il allait causer des drames familiaux, la moitié jugeait qu’il restreignait trop les libertés individuelles. En outre, une large majorité soutenait les opinions suivantes : le confinement est la conséquence du manque de moyens hospitaliers, il pourrait être remplacé par des tests généralisés, il aurait pu être évité par le port du masque généralisé. Ces opinions n’étaient pas contradictoires avec le soutien exprimé à l’égard du confinement, puisqu’au moment de l’enquête les masques comme les tests manquaient encore. Il s’agissait donc d’un soutien fort mais critique.
13Enfin, le dernier profil (31 % des enquêtés) se distingue par un moindre soutien : « seuls » 69 % jugeaient que le confinement était le seul moyen efficace de lutter contre l’épidémie, et 56 % qu’il faudrait le durcir pour qu’il soit efficace. Ce moindre soutien s’illustrait aussi par une adhésion plus fréquente avec deux autres assertions : le confinement devra être assoupli pour être supporté (47 % soutenaient cette opinion), et il est excessif par rapport à la gravité réelle de l’épidémie (41 % étaient d’accord). Concernant ses effets délétères, ou les mesures alternatives possibles (port du masque ou test généralisés), ce profil avait des opinions nettement plus critiques que le premier profil, mais moins que le second, si ce n’est que les deux tiers considéraient que le confinement restreignait trop les libertés individuelles. Ce dernier profil affiche donc plutôt un soutien limité à l’égard du confinement.
Tableau 10.1. Profils d’opinions à l’égard du confinement (classification ascendante hiérarchique).
| Tout à fait/plutôt d’accord : | Fort soutien 38 % | Soutien fort mais critique 31 % | Soutien limité 31 % |
| Le confinement… | (% en colonne) | ||
| … devra durer encore plusieurs semaines pour être efficace | 100 % | 99 % | 80 % b |
| … a déjà des conséquences économiques désastreuses | 88 % b | 99 % # | 93 % |
| … est l’occasion de mettre en place des solidarités à l’échelle locale | 91 % | 98 % # | 84 % b |
| … est le seul moyen efficace de lutter contre l’épidémie de coronavirus | 98 % # | 97 % # | 69 % b |
| … devra être durci pour être efficace | 87 % | 96 % # | 56 % b |
| … va provoquer des drames familiaux | 67 % b | 86 % # | 79 % |
| … devra être assoupli pour être supporté | 4 % b | 19 % | 47 % # |
| … est excessif par rapport à la gravité réelle de l’épidémie | 1 % b | 21 % | 41 % # |
| … est la conséquence du manque de moyens hospitaliers | 39 % b | 90 % # | 75 % |
| … pourrait être remplacé par des tests généralisés | 39 % b | 87 % # | 76 % |
| … aurait pu être évité par le port du masque généralisé | 23 % b | 76 % # | 59 % |
| … restreint trop les libertés individuelles | 10 % b | 52 % | 69 % # |
| # proportion significativement plus élevée (p<0.05) que dans le reste de l’échantillon. b proportion significativement plus faible (p<0.05) que dans le reste de l’échantillon. | |||
Enquête Coconel (27-29 mars 2020, N=1012).
Des soutiens socialement très contrastés
14Le Tableau 10.2 détaille le profil sociodémographique associé à ces trois nuances de soutien au confinement, en prenant également en compte les conséquences matérielles de cette mesure sur leur quotidien, ainsi que l’impact de l’épidémie sur leurs proches.
Tableau 10.2. Descriptif sociodémographique des profils d’opinions à l’égard du confinement.
| Fort soutien 38 % | Soutien fort mais critique 31 % | Soutien limité 31 % | |
| % en ligne | |||
| Sexe : - homme - femme | 40 % 36 % | 28 % 33 % | 32 % 31 % ns |
| Âge : - 18-25 ans - 26-45 ans - 46-65 ans - > 65 ans | 31 % 41 % 38 % 39 % | 21 % 27 % 32 % 37 % | 48 % 32 % 30 % 24 %*** |
| Niveau d’éducation : - < bac - baccalauréat, premier cycle universitaire - deuxième cycle universitaire ou + | 32 % 40 % 51 % | 38 % 28 % 15 % | 30 % 32 % 34 %*** |
| Niveau de revenus du ménage : ⁑ - ménage modeste - ménage intermédiaire - ménage aisé | 18 % 39 % 55 % | 37 % 31 % 24 % | 45 % 30 % 21 %*** |
| Difficultés financières du ménage : - pas aggravées par le confinement - aggravées par le confinement | 43 % 19 % | 29 % 38 % | 28 % 43 %*** |
| Occupation du logement : - logement surpeuplé ⁂ - logement non surpeuplé | 25 % 39 % | 29 % 31 % | 46 % 30 %** |
| Situation professionnelle actuelle : - travail à l’extérieur du domicile - télétravail - en arrêt de travail suite au confinement - pas en emploi avant le confinement | 38 % 58 % 36 % 35 % | 29 % 14 % 33 % 34 % | 33 % 28 % 31 % 31 %*** |
| Cas de Covid-19 dans le foyer ou parmi les proches : - non - oui | 38 % 40 % | 31 % 27 % | 31 % 33 % ns |
| ⁑ : l’ensemble des revenus de chaque ménage a été divisé par le nombre d’unités de consommation dans le ménage. La catégorie « modeste » correspond au premier quartile de la distribution des revenus, la catégorie « intermédiaire » aux deux quartiles suivants et aux valeurs manquantes, la catégorie « aisé » au dernier quartile. ***, **, ns : statistiquement significatif aux seuils p<0.001, p<0.01 et non significatif, pour le test d’indépendance entre chaque variable en ligne et les profils d’opinion. Exemple de lecture : 40 % des hommes (contre 36 % des femmes) appartiennent au premier profil, 28 % au second (contre 33 %) et 32 % au troisième (contre 31 %). Les écarts entre hommes et femmes ne sont ici pas significatifs. | |||
Enquête Coconel (27-29 mars 2020, N=1012).
15Les trois nuances de soutien distinguées précédemment n’étaient pas genrées, hommes et femmes se répartissant entre eux de manière similaire. En revanche, elles étaient âgées : plus les enquêtés étaient âgés, plus ils exprimaient un soutien fort mais critique, et inversement moins leur soutien était limité. En outre, les plus diplômés étaient plus enclins à un fort soutien en faveur du confinement, tandis que les moins diplômés manifestaient plus souvent un soutien fort mais critique. S’agissant cette fois du niveau de revenus du ménage, il s’avérait très corrélé au degré de soutien : 55 % des personnes issues d’un ménage aisé exprimaient un fort soutien (contre seulement 18 % de celles issues d’un ménage modeste), et inversement seules 21 % manifestaient un soutien limité (contre 45 % pour les ménages modestes).
16S’agissant des conséquences du confinement sur la vie quotidienne, parmi les personnes qui ont vu s’aggraver les difficultés financières de leur ménage, le soutien limité et le soutien critique étaient de loin les nuances dominantes, et de même le soutien limité prévalait largement parmi les enquêtés confinés dans un logement surpeuplé. En revanche, les personnes qui ont télé-travaillé pendant le confinement étaient plus enclines à soutenir fortement celui-ci. Quant au fait de rapporter un cas de Covid-19 dans son foyer ou parmi ses proches, il était statistiquement indépendant des profils d’opinions à l’égard du confinement.
17Des analyses multivariées (régressons logistiques) permettent ici d’identifier les principaux facteurs associés à ces trois nuances de soutien : toutes choses égales par ailleurs, les plus âgés et les moins diplômés manifestaient plus souvent un soutien fort mais critique, tandis que les personnes issues d’un ménage modeste, ou confrontés à des difficultés financières aggravées par le confinement, exprimaient un soutien limité ou critique, plutôt qu’un soutien fort.
18Si, fin mars, une large majorité de Français se prononçait en faveur du confinement, ce soutien se déclinait donc en diverses nuances, entre fort soutien, soutien fort mais critique, et soutien limité. Ces nuances étaient socialement très contrastées, et étroitement corrélées à l’impact matériel du confinement sur la vie quotidienne.
Quelles évolutions jusqu’en mai ?
Un consensus persistant, malgré des signes de lassitude
19Comment les opinions relatives au confinement ont-elles évolué au fil des semaines ? La Figure 10.2 montre que le consensus en sa faveur s’est certes érodé au fil du temps, mais a tout de même largement persisté : la veille du déconfinement, 78 % des adultes interrogés estimaient encore que le confinement était le seul moyen efficace de lutter contre l’épidémie. De même, courant avril, entre 73 % et 84 % des Français se disaient d’accord avec l’assertion selon laquelle le confinement commençait à montrer son efficacité. Inversement, la proportion jugeant qu’il s’agissait d’une mesure excessive au regard de la gravité réelle de l’épidémie n’a jamais dépassé la vingtaine de pourcents jusqu’au 11 mai.
20En revanche, d’autres évolutions suggèrent une forme de lassitude de la population à l’égard du confinement : la proportion d’enquêtés estimant qu’il restreignait trop les libertés individuelles a lentement augmenté, de 41 % fin mars à 57 % début mai, et surtout l’opinion selon laquelle il faudrait l’assouplir pour qu’il soit supportable a crû en l’espace d’un mois de 20 % à 56 %. Ajoutons qu’au cours du mois d’avril, le remplacement du confinement par des tests de dépistage généralisé ou son assouplissement grâce au port du masque étaient deux options qui ont recueilli une part croissante d’opinions favorables4.
Figure 10.2. Opinions des Français sur le confinement, de mars à mai 2020.

Enquêtes Coconel (27 mars-10 mai-2020, N=8035).
Une différenciation sociale qui s’estompe
21Si, fin mars, les opinions critiques à l’égard du confinement étaient très contrastées, en particulier selon l’âge et le niveau socioéconomique des enquêtés, ce gradient s’est sensiblement tassé au fil des semaines, à mesure que ces opinions progressaient.
22Par exemple, fin mars la moitié des 18-25 ans jugeaient que le confinement restreignait trop les libertés individuelles, contre un tiers des plus de 65 ans, tandis que début mai cette proportion était comprise entre 50 et 60 % pour toutes les tranches d’âge. De même, fin mars, les enquêtés peu diplômés, issus d’un ménage modeste, ou confronté à des difficultés financières aggravées par le confinement, étaient plus enclins à considérer que le confinement restreignait trop les libertés individuelles ou devrait être assoupli pour être supporté, mais ces écarts s’étaient estompés quelques semaines plus tard. C’est ce qu’illustre la Figure 10.3 : fin mars, 33 % des enquêtés issus d’un ménage aux revenus modestes estimaient qu’il faudrait assouplir le confinement, contre seulement 13 % de ceux issus d’un ménage aisé, mais cet écart s’est ensuite progressivement résorbé, et fin avril cette proportion était supérieure à 50 % et quasi identique pour les trois catégories de revenus.
23Quant à l’assertion selon laquelle le confinement serait une mesure excessive au regard de la gravité réelle de l’épidémie, le gradient social observé fin mars est resté significatif, même s’il s’est sensiblement réduit.
Figure 10.3. Évolution de l’accord avec l’assertion « le confinement devra être assoupli pour être supporté » par niveau de revenus du ménage.

Enquêtes Coconel (27 mars-26 avril 2020, N=4029).
24S’agissant des opinions critiques exprimées par les Français à l’égard du confinement (excessif, liberticide, nécessitant un assouplissement…), leur progression au fil des semaines s’est donc accompagnée d’un recul de leur polarisation sociodémographique initiale.
Fin mai : se déconfiner ou pas ?
25Dans son allocution du 13 avril, le Président de la République avait annoncé un déconfinement progressif à partir du 11 mai. Interrogés à ce sujet lors de la vague des 24-26 avril, 62 % des Français adultes se prononçaient pourtant en faveur d’un maintien du confinement au-delà de cette date, cette proportion reculant à 56 % la semaine suivante, puis à 49 % lors de la vague réalisée entre les 7 et 10 mai. La veille du déconfinement, la moitié des adultes soutenaient donc encore son maintien. De même, lors de cette dernière vague, trois enquêtés sur quatre se disaient d’accord avec l’assertion « malgré le déconfinement annoncé, après le 11 mai je continuerai à appliquer des mesures strictes de confinement ».
26Les opinions en faveur d’un maintien du confinement au-delà du 11 mai n’étaient pas genrées (cf. Tableau 10.3). En revanche, paradoxalement, elles étaient plus fréquentes parmi les catégories qui souffraient sans doute le plus de cette mesure : les 18-25 ans, les personnes issues d’un ménage dont les difficultés financières avaient été aggravées par le confinement et celles confinées dans un logement surpeuplé. S’agissant de la distance au virus, cette opinion ne variait pas selon qu’un membre du foyer ait été ou non infecté, tandis qu’elle était plus fréquente lorsqu’un proche avait été atteint d’une forme grave. Une analyse statistique multivariée (régression logistique) permet ici de prendre en compte simultanément toutes ces variables, et elle montre que les facteurs les plus fortement associés à cette opinion sont le niveau de revenus et les difficultés financières éventuelles du ménage, devant l’hospitalisation d’un proche et l’âge de l’enquêté.
27S’agissant cette fois d’afficher le choix de continuer à se confiner soi-même après le 11 mai, les facteurs associés n’étaient pas les mêmes. Les femmes et surtout les personnes âgées de plus de 65 ans adhéraient plus souvent à cette opinion, et les réponses recueillies ne variaient pas significativement selon le niveau de revenus du ménage, ses difficultés financières éventuelles, ou les conditions de logement. Enfin, cette opinion ne variait pas non quand un membre du foyer avait été infecté, mais elle était davantage partagée si un proche avait été atteint d’une forme grave (84 %). La même analyse multivariée montre par ailleurs que les facteurs les plus étroitement corrélés à cette opinion étaient l’âge et le sexe, suivis de l’hospitalisation d’un proche.
Tableau 10.3. Descriptif sociodémographique des opinions relatives au déconfinement.
| Il faudrait maintenir le confinement… | Je continuerai à appliquer des mesures strictes de confinement… | |
| Tout à fait/plutôt d’accord : | % en ligne | |
| Sexe : - homme - femme | ns 48 % 50 % | *** 69 % 78 % |
| Âge : - 18-25 ans - 26-45 ans - 46-65 ans - > 65 ans | *** 63 % 53 % 43 % 46 % | *** 70 % 71 % 71 % 84 % |
| Niveau de revenus du ménage : ⁑ - ménage modeste - ménage intermédiaire - ménage aisé | *** 59 % 50 % 64 % | ns 78 % 72 % 74 % |
| Difficultés financières du ménage : - pas aggravées par le confinement - aggravées par le confinement | *** 46 % 61 % | ns 73 % 76 % |
| Occupation du logement : - logement surpeuplé ⁂ - logement non surpeuplé | * 57 % 48 % | ns 75 % 74 % |
| Cas de Covid-19 dans le foyer : - non - oui | ns 49 % 50 % | ns 74 % 70 % |
| Proche atteint et hospitalisé en réanimation : - non - oui | ** 48 % 63 % | ** 73 % 84 % |
| ⁑ : l’ensemble des revenus de chaque ménage a été divisé par le nombre d’unités de consommation dans le ménage. La catégorie « modeste » correspond au premier quartile de la distribution des revenus, la catégorie « intermédiaire » aux deux quartiles suivants et aux valeurs manquantes, la catégorie « aisé » au dernier quartile. ⁂ : surface habitable par occupant inférieure à 18 m² (25 m² pour une personne seule). ***, **, **, ns : statistiquement significatif aux seuils p<0.001, p<0.01, p<0.05 et non significatif, pour le test d’indépendance entre chaque variable en ligne et chaque opinion en colonne. Exemple de lecture : 48 % des hommes et 50 % des femmes sont tout à fait ou plutôt d’accord avec l’assertion selon laquelle il faudrait maintenir le confinement au-delà du 11 mai, l’écart entre les deux sexes n’étant pas statistiquement significatif. | ||
Enquête Coconel (7-10 mai 2020, N=2003).
28À la veille de la levée du confinement, la moitié des Français soutenait donc son maintien, et les trois quarts disaient vouloir le poursuivre pour eux-mêmes. S’il est compréhensible que les plus âgés, donc les plus vulnérables face à l’infection, aient plus souvent déclaré vouloir rester eux-mêmes confinés, il peut sembler paradoxal que les personnes les plus impactées par le confinement (difficultés financières, logement surpeuplé) soient les plus nombreuses à se déclarer en faveur de son prolongement, et même qu’elles soient autant enclines que les autres à prévoir de rester confinées au-delà du 11 mai. Un cas éventuel de Covid-19 dans le foyer ne faisait pas varier ces deux opinions, au contraire d’un proche atteint d’une forme grave, mais cette dernière situation ne correspondait qu’à 7 % des enquêtés.
Un consensus paradoxal ?
Confinement et politisation
29Au-delà des opinions relatives à la levée du confinement, le consensus observé fin mars peut également sembler paradoxal, dans la mesure où cette mesure a fortement dégradé la vie quotidienne des Français (cf. la première partie de cet ouvrage), et ce alors même que l’épidémie restait à distance de la plus grande partie de la population (cf. Chapitre IV). En outre, le confinement avait bien sûr une dimension politique, tout spécialement en France où il succédait à des conflits sociaux durs, y compris en lien avec la crise hospitalière. Plus généralement, les enjeux de santé étant aujourd’hui souvent politisés, comme d’ailleurs les enjeux scientifiques5, on pouvait s’attendre dans ce cas particulier à ce que la gestion de l’épidémie de coronavirus soit appréciée par les individus au prisme de leur orientation partisane, et qu’une grande partie d’entre eux se montrent hostiles au confinement. Sur ce point, une étude en cours de publication, menée en avril 2020 aux États-Unis, suggère que l’orientation partisane (Républicain, ou Démocrate) y était le principal prédicteur de l’adhésion aux gestes barrières6.
30Dans le cas français, on observe bien une telle politisation. Par exemple, les nuances de soutien à l’égard du confinement étudiées infra étaient bien corrélées au vote lors des élections présidentielles de 2017, comme le montre la Figure 10.4. Les enquêtés qui avaient voté en 2017 pour le candidat d’un parti de gouvernement (Hamon, Macron, Fillon) étaient de loin ceux qui manifestaient le plus souvent un fort soutien au confinement (50 % d’entre eux). Parmi les personnes ayant voté pour un candidat de droite se présentant comme « anti-système » (Le Pen, Dupont-Aignan, Asselineau), et parmi celles qui avaient voté blanc ou nul, le soutien fort mais critique était majoritaire. Enfin, le soutien limité était le plus fréquent parmi les Français qui avaient voté pour un candidat « anti-système » de gauche (Mélenchon, Arthaud, Poutou, 36 %), et plus encore parmi ceux qui s’étaient abstenus, n’étaient pas inscrits sur les listes électorales ou n’avaient pas voulu révéler leur vote (45 %). Ces variations sont statistiquement significatives, mais au final le soutien fort au confinement, critique ou pas, était largement majoritaire quel que soit le vote de 2017, hormis pour les abstentionnistes (parmi lesquels ce soutien cumule tout de même 55 %). D’ailleurs, lorsque l’on ajoute ce comportement électoral à l’analyse multivariée réalisée à partir des variables présentées dans le Tableau 10.2 (cf. infra), son effet sur l’adhésion à telle ou telle nuance de soutien est significatif, mais moins que ceux du diplôme, du revenu, des difficultés financières, ou encore de l’âge.
Figure 10.4. Nuances de soutien à l’égard du confinement et vote lors des présidentielles de 2017.

Enquête Coconel (27-29 mars 2020, N=1012).
31De même, début mai, l’adhésion au confinement variait peu selon l’orientation partisane : la proportion d’enquêtés jugeant que c’était le seul moyen efficace pour lutter contre l’épidémie variait de 70 % pour les électeurs de la gauche « anti-système » à 82 % pour ceux des candidats Hamon, Macron et Fillon. Ces variations étaient encore plus faibles pour les attitudes à l’égard du déconfinement, et elles n’étaient plus élevées que pour l’assertion la plus politique, en l’occurrence estimer que le confinement restreignait trop les libertés individuelles (avec cette fois près de vingt points d’écart entre les mêmes électeurs : 66 % contre 48 %).
32Cette politisation limitée des attitudes à l’égard du confinement illustre sans doute une forme « d’union sacrée » face à l’épidémie, le confinement recueillant un large consensus transcendant partiellement les oppositions partisanes.
Crainte du virus, médias et confinement
33Bien sûr, ce consensus cesse d’être paradoxal si l’on considère la forte crainte suscitée par l’épidémie, longuement examinée au Chapitre V. La crainte éprouvée pour soi-même est une facette essentielle de la perception d’un risque, elle en constitue la dimension affective, et elle joue un rôle crucial dans l’adoption de mesures préventives. La Figure 10.5 illustre la relation étroite entre crainte d’être infecté (crainte mesurée par une note de 0 à 10, 0 si cela n’inquiète pas du tout l’enquêté, 10 si ça l’inquiète énormément) et opinions à l’égard du confinement et de sa levée prochaine, lors de la vague des 7-10 mai (toutes les relations statistiques présentées dans ce graphique sont statistiquement significatives au seuil p<0,001). Plus les enquêtés se disaient d’accord pour continuer à s’auto-confiner après le 11 mai, pour soutenir une prolongation du confinement au-delà de cette date, ou pour considérer que c’était le seul moyen de lutter efficacement contre l’épidémie, plus leurs craintes étaient élevées (et inversement, pour l’adhésion à l’assertion selon laquelle le confinement restreindrait trop les libertés individuelles).
Figure 10.5. Crainte d’être soi-même infecté par le coronavirus (note moyenne de 0 à 10) et opinions sur le confinement et sa levée prochaine.

Enquête Coconel (7-10 mai 2020, N=2003).
34Pour chacune de ces quatre assertions, les réponses ont été regroupées en deux modalités (d’accord ou pas), et des analyses multivariées ont été réalisées pour sélectionner les facteurs les plus explicatifs, parmi les caractéristiques sociodémographiques, l’impact matériel du confinement, la distance au virus, l’orientation partisane et la crainte d’être infecté. S’agissant de soutenir le maintien de cette mesure au-delà du 11 mai ou de continuer à l’appliquer pour soi-même après cette date, le premier facteur sélectionné est la crainte perçue, l’orientation partisane n’ayant pas d’effet significatif. Concernant l’opinion selon laquelle le confinement était le seul moyen efficace de lutter contre l’épidémie, la crainte pour soi est également le premier facteur explicatif, suivie des difficultés financières du ménage et de l’orientation partisane. Enfin, cette orientation est le premier facteur explicatif de l’adhésion à l’assertion « le confinement restreint trop les libertés individuelles », l’effet de la crainte ressentie étant également significatif, mais moindre.
35Ces résultats soulignent donc l’impact déterminant de la crainte ressentie sur l’adhésion au confinement, et la politisation limitée de cette adhésion, surtout marquée lorsqu’il s’agit de souligner les restrictions des libertés individuelles.
36Au Chapitre IV, les facteurs associés à cette crainte ont eux-aussi été étudiés : cette analyse avait été l’occasion de souligner le rôle essentiel du recours aux médias pour s’informer sur l’épidémie, dans une situation où le virus était resté à distance de la grande majorité de la population. Ce recours aux médias était le premier prédicteur de la crainte ressentie, laquelle était particulièrement élevée parmi les enquêtés qui avaient cumulé les temps d’écrans (télévision, internet, réseaux sociaux, pour rappel ces enquêtés étaient plus jeunes que les autres, et plus souvent issus d’un ménage modeste). Dans le même chapitre, l’impact des attitudes face au traitement médiatique de l’épidémie sur la crainte ressentie avait également été modélisé : cette crainte était plus forte parmi ceux qui jugeaient effrayants les témoignages ou les images de l’épidémie dans les médias, comme parmi ceux qui suivaient le décompte quotidien des victimes de la Covid-19.
37Rien d’étonnant, donc, à ce que ces attitudes soient elles-mêmes associées aux opinions exprimées à l’égard du confinement. Par exemple, lors de la vague réalisée entre les 15 et 17 avril, les enquêtés qui jugeaient les images de l’épidémie souvent effrayantes estimaient plus souvent que le confinement était le seul moyen efficace de lutter contre l’épidémie, de même que ceux qui trouvaient les témoignages dans les médias effrayants. Inversement, ceux qui répondaient préférer ignorer le nombre de décès quotidien considéraient plus fréquemment que le confinement devrait être assoupli pour être supporté, ou que c’était une mesure excessive au vu de la gravité réelle de l’épidémie.
La rançon de la peur ?
38En résumé, le consensus massif et durable en faveur du confinement observé durant le printemps 2020 cesse de sembler paradoxal si l’on prend en compte les fortes craintes suscitées par l’épidémie. Rappelons qu’au tout début de l’année 2020, jusqu’à début mars, le risque épidémique avait été presque unanimement minimisé par les autorités et dans les médias. Dès lors, la décision de confiner tout le territoire pouvait sembler extrêmement brutale, et il était d’autant plus difficile de mobiliser la population pour qu’elle y adhère que l’épidémie restait à distance de la plus grande partie des Français (ce qui était encore le cas à la fin du confinement, cf. Chapitre IV). Dans ce contexte, l’omniprésence et la mise en scène de l’épidémie dans les médias (mise en scène, au sens propre et non péjoratif) ont certainement contribué de manière décisive à susciter la crainte de la population, et donc son adhésion au confinement.
39Sur ce point, une étude britannique, réalisée fin mars 2020, certes sur un échantillon restreint et non représentatif, soulignait le rôle de la peur dans l’adoption des gestes barrières, et discutait le caractère fonctionnel de la peur dans un contexte pandémique7. Une autre étude, réalisée en Chine fin février, sur un échantillon plus fourni mais pas représentatif non plus, utilisait un modèle médiationnel pour montrer comment le recours aux médias pour s’informer sur l’épidémie avait nourri l’inquiétude des enquêtés, qui elle-même avait ensuite suscité leur adhésion aux mesures préventives8. Enfin, une revue de littérature plus ancienne, consacrée aux facteurs associés à l’adoption des gestes préventifs dans un contexte épidémique, listait plusieurs études concluant que des symptômes anxieux avaient favorisé l’adhésion aux gestes préventifs contre l’épidémie de SRAS9.
40Or dans la troisième partie de cet ouvrage nous avons vu que le recours aux médias pour s’informer sur l’épidémie était l’un des principaux facteurs associés à la survenue de difficultés psychologiques (symptômes anxieux et dépressifs, signes de « coronaphobie »…) parmi nos enquêtés, et cette relation entre médiatisation de l’épidémie et dégradation de la santé mentale a également été observée dans plusieurs études menées à l’étranger. Si cette médiatisation, nourrie par les autorités, mais qui leur échappait très largement, a produit et entretenu une peur « fonctionnelle », c’est-à-dire une peur qui a suscité l’adhésion au confinement et aux gestes barrières, elle a donc très certainement aussi contribué, avec le confinement justement, à abîmer la santé mentale des Français.
Synthèse
En France, peut-être un peu plus qu’ailleurs, l’adhésion de la population à une mesure aussi radicale et inédite qu’un confinement national constituait une inconnue majeure de la gestion de la crise sanitaire.
Pourtant, le confinement a suscité en France un très large consensus : après dix jours de confinement, 88 % des Français estimaient que c’était le seul moyen efficace pour lutter contre l’épidémie. Ce soutien massif se déclinait toutefois en plusieurs nuances : un fort soutien, un soutien fort mais critique, qui soulignait les effets délétères du confinement sur les plans économique, social et politique, ou qui y voyait la conséquence du manque de moyens hospitaliers, de masques ou de capacités de test, enfin un soutien plus limité. Ces nuances étaient aussi socialement très contrastées, le soutien limité étant par exemple plus fréquent parmi les ménages modestes ou en difficulté financière, et parmi les 18-25 ans.
Ce consensus a largement persisté : début mai, 78 % des adultes interrogés estimaient encore que le confinement était le seul moyen efficace de lutter contre l’épidémie. En revanche, d’autres évolutions suggèrent une forme de lassitude de la population à l’égard du confinement, s’agissant en particulier de la nécessité de l’assouplir, ou de son impact sur les libertés individuelles. La progression de ces opinions critiques au fil des semaines s’est accompagnée d’un recul de leur polarisation sociodémographique initiale. Enfin, la veille du 11 mai, la moitié des adultes se prononçait pour le maintien du confinement au-delà de cette date (en particulier les personnes issues d’un ménage modeste ou confronté à des difficultés financières), et les trois quarts prévoyaient de continuer à se confiner eux-mêmes (en particulier les femmes et les personnes de plus de 65 ans).
Ce consensus peut sembler paradoxal, au vu de l’impact du confinement sur le quotidien des Français, et étant donné leur distance au virus. Il était d’ailleurs également peu politisé, le confinement recueillant un large consensus transcendant partiellement les oppositions partisanes.
Ce consensus cesse d’être paradoxal si l’on considère la forte crainte suscitée par l’épidémie, crainte qui s’avère un puissant prédicteur des attitudes à l’égard du confinement, et qui elle-même est étroitement associée au recours aux médias pour s’informer sur l’épidémie. L’omniprésence de celle-ci dans les médias a certainement contribué de manière décisive à susciter la crainte de la population, et donc son adhésion au confinement.
Notes de bas de page
1 Sabat I., Neuman-Böhme S., Varghese N.E., Barros P.P., Brouwer W., van Exel J., Schreyögg J., Stargardt T. United but divided: Policy responses and people’s perceptions in the EU during the COVID-19 outbreak. Health Policy, 2020, 124, pp. 909-918.
2 Cf. https://www.santepubliquefrance.fr/var/site/storage/images/5/5/9/2/2622955-11-fre-FR/Fig2_MP_01022021.JPG (enquête CoviPrev).
3 Nous reprenons ici des analyses présentées dans Peretti-Watel P., Verger P., Launay O. COCONEL Study Group. The French general population’s attitudes toward lockdown against COVID-19: a fragile consensus. BMC Public Health, 2020, 20(1) : 1920. https://doi.org/10.1186/s12889-020-10048-1.
4 Cf. note de synthèse COCONEL n° 8. http://www.orspaca.org/covid19/projets-recherche/coconel.
5 Blank J.M., Shaw D. Does Partisanship Shape Attitudes toward Science and Public Policy? The Case for Ideology and Religion. The Annals of the American Academy of Political and Social Science, 2015, 658, 1, pp. 18‑35 ; Gauchat G. Politicization of Science in the Public Sphere A Study of Public Trust in the United States, 1974 to 2010. American Sociological Review, 2012, 77, 2, pp. 167‑187 ; Gostin L.O. Language, Science, and Politics: The Politicization of Public Health. JAMA, 2018, 319(6), pp. 541-542.
6 Rothgerber H., Wilson T., Whaley D., Rosenfeld D., Humphrey M., Moore A., Bihl A. Politicizing the COVID-19 Pandemic - Ideological Differences in Adherence to Social Distancing. PsyArXiv Preprints. https://doi.org/10.31234/osf.io/k23cv.
7 Harper C.A., Satchell L.P., Fido D., Latzman R.D. Functional Fear Predicts Public Health Compliance in the COVID-19 Pandemic. International Journal of Mental Health and Addiction, 2020. https://doi.org/10.1007/s11469-020-00281-5.
8 Liao H.P., Wang J.L. The impact of epidemic information on the public’s worries and attitude toward epidemic prevention measures during the COVID-19 outbreak. Current Psychology, 2021. https://doi.org/10.1007/s12144-021-01364-9.
9 Bish A., Michie S. Demographic and attitudinal determinants of protective behaviours during a pandemic: a review. British journal of health psychology, 2010, 15(4), pp. 797-824.
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