Réflexion autour des limites des villes médiévales : l’exemple de la basse Bretagne
p. 123-146
Texte intégral
1Depuis l’article que lui a consacré Anne Jourdan-Lombard, le problème de la dimension du territoire urbain est devenu un sujet récurrent chez les médiévistes1. Plusieurs spécialistes des villes ont traité de près ou de loin de ce thème. Pour la Bretagne, il convient de citer le nom de Jean-Pierre Leguay qui a consacré un article et un chapitre de sa thèse à ce qu’il a appelé le « paysage péri-urbain »2. C’est dans la lignée de ses travaux que nous souhaitons nous inscrire en traitant du problème de la réalité « matérielle » des limites de la ville. Notre principale originalité sera d’appliquer nos réflexions à un territoire encore insuffisamment étudié : la Basse-Bretagne et plus exactement le Léon, la Cornouaille et le Trégor3 (figure 1). Dans un premier temps, nous présenterons quelques rapides remarques sur les enceintes urbaines car on peut s’interroger sur leur rôle dans la délimitation de la ville. Nous travaillerons ensuite sur les frontières des agglomérations proprement dites en essayant de déterminer le moment où sont apparus les premiers bornages et la façon dont ces derniers furent mis en place4.
L’enceinte et la délimitation des villes
2Plusieurs travaux ont démontré que l’enceinte était aux yeux des hommes du Moyen Âge le symbole du monde urbain. Dans l’iconographie, la ville, qu’elle soit réelle ou imaginaire était toujours figurée fortifiée. Il n’existe pas de telles représentations pour les cités bretonnes5, mais certains documents montrent que les gens du pays associaient aussi agglomération et muraille. Pour le haut Moyen Âge, l’exemple du chef-lieu épiscopal du Léon est édifiant. La cité est appelée dans les années 870-880 oppidum sancti Pauli (ou Paulinani), une dénomination qui fait référence à l’enceinte qui la clôturait6. Pour le Moyen Âge central, on peut évoquer le cas de Guingamp dont les églises étaient situées in castro dans une bulle écrite le 1er juillet 11857. Au prix d’une généralisation excessive – puisque certains sanctuaires en étaient éloignés –, l’auteur du document associait la ville à sa partie fortifiée8. Pour une période plus tardive encore, on peut citer l’acte pontifical du 18 août 1355 autorisant l’installation des ermites de saint Augustin in castello de Kerahes9. Le terme castellum désignait l’agglomération de Carhaix dans son ensemble puisque le couvent mendiant fut construit à l’écart du système de défense de la ville10.
3Hormis Concarneau, Quimper, Guingamp, Brest et Morlaix aucune ville de notre zone d’étude ne présente de vestiges notables de fortifications. On oublie donc souvent qu’un nombre non négligeable de localités étaient protégées au Moyen Âge. L’examen des sources écrites et des plans anciens permet de recenser une dizaine de sites fortifiés11. Il est toujours délicat de définir les raisons qui ont déterminé le tracé d’une enceinte. La topographie a évidemment compté. On le comprend facilement lorsque l’on étudie un cas comme celui de Quimperlé dont les murailles attestées depuis 123812 reprenaient les contours d’un l’îlot déterminé par les cours de l’Isole et de l’Ellé (figure 2). L’analyse des parcellaires laissent toutefois supposer que dans la mise en place d’une enceinte, il y avait parfois la volonté originelle d’englober une large partie de l’espace urbain.
4Cette ambition transparaît bien aux xie-xiie siècles. L’étude des bourgs castraux protégés par ce genre de construction l’atteste13. Citons l’exemple, un peu documenté, de la Roche-Derrien (figure 3). La clôture qui enserrait la localité née au pied du château est attestée depuis 126914 mais son existence est vraisemblablement plus ancienne. L’observation du cadastre napoléonien laisse penser que sa présence fut prise en compte lors de l’édification de la principale église de l’agglomération (puisqu’elle se situe juste à sa périphérie). Cette dernière existe depuis au moins le dernier tiers du xiie siècle. C’est elle qu’il faut reconnaître derrière la capella de Rocha évoquée parmi les biens de Saint-Melaine de Rennes dans le Trégor en 117015. On peut mentionner aussi l’exemple de la cité épiscopale de Quimper (figure 4). J.-P. L’empreinte d’une grande structure englobante s’observe encore dans le parcellaire de la ville16. Par les fouilles, nous savons que la cité médiévale naquit vers le xe siècle à l’intérieur de cet enclos qui suit le parcours des rues Verdelet, du Salé, des Étaux et des Frères mineurs et ceinture le quartier cathédral. L’ensemble paraît bien avoir été mis en place afin de clore ce qui fut la première agglomération17.
5Dans les constructions de murailles des xiiie-xive siècles transparaît aussi ce désir d’enserrer la majeure partie des villes. Nous sommes à l’époque des « enceintes de réunion ». Dans de nombreuses régions furent édifiés des ouvrages souvent plus vastes que les cités elles-mêmes. Les bâtisseurs prévoyaient l’expansion future des agglomérations qu’ils espéraient contenir entre les murailles. Il n’a pas été étudié jusqu’à présent mais le phénomène se retrouve bien en Basse-Bretagne. Les conditions de la construction de la « seconde » enceinte de Quimper celle dont les ruines sont encore visibles le prouvent. Contrairement à ce que l’on pourrait croire à la lecture de certains travaux, il est impossible de préciser le moment exact où elle fut élevée. On la sait seulement antérieure au début du xive siècle18. Cette fortification enserrait un territoire important (environ 12,5 ha) que nous pensons avoir été occupés progressivement. Les résultats des fouilles menées sur le collège de la Tour d’Auvergne, au 2 bis de la rue Brizieux et dans la prison de Mesgloaguen19, près de la muraille nord, tendent à le démontrer car aucune trace d’occupation des xie-xiie siècles n’y a été identifiée20. Au xiiie siècle l’enceinte devait être une coquille en partie vide. On peut citer aussi le cas de Pont-l’Abbé (figure 5)21. Sur le cadastre napoléonien de cette cité s’observe l’empreinte d’une clôture dont une grande partie de l’intérieur était encore non-lotie au xixe siècle. L’ouvrage n’est malheureusement pas daté mais nous aurions tendance à placer sa construction avant l’installation des Jacobins en 138322 puisque l’établissement semble avoir été volontairement établi à l’extérieur de l’enclos. De toute évidence, le seigneur du lieu a surestimé la croissance future de son agglomération.
6De par sa monumentalité, l’enceinte constituait un élément marquant dans le paysage des agglomérations. Il n’est pas surprenant que les gens de l’époque lui associaient l’image de la ville. Ce rôle symbolique est manifeste dans les cérémonies d’intronisation des évêques au xve siècle. Les prélats de Quimper et Saint-Pol devaient stationner un temps devant l’une des portes de « leurs » villes avant de faire leur entrée officielle23. Mais si elle a pu être bâtie afin d’enserrer un premier noyau d’habitat ou contenir l’expansion future d’une cité, la muraille ne constituait pas pour autant une vraie limite. Ce n’est pas parce qu’un établissement était construit à sa périphérie qu’il se trouvait exclu de l’espace urbain. Les églises de Saint-Sauveur, la Trinité et Saint-Michel de Guingamp se tenaient à l’extérieur de l’enceinte mais étaient bien situées dans la ville24. Le tracé des fortifications ne correspondait pas forcément non plus à celui d’une juridiction ou d’une circonscription religieuse. Nombre de paroisses urbaines dépassaient le cadre de la ville-close. Saint-Martin de Morlaix intégrait le faubourg du même nom, la ville-forte et une partie de la campagne des alentours. Est-il également besoin de rappeler que toutes les agglomérations n’étaient pas fortifiées ? Il nous faut donc se demander comment, au-delà des enceintes, les Bretons du Moyen Âge définissaient, ce qui appartenait ou n’appartenait pas au territoire des villes.
Déterminer l’espace urbain : une préoccupation apparue tardivement
7Dans notre zone d’étude le concept d’un espace urbain déterminé ne semble être apparu qu’à la fin de la période médiévale. L’absence d’indication à ce sujet dans les documents les plus anciens et la mention d’une opération de bornage à Morlaix au xve siècle nous semblent en apporter la preuve. Pour se forger des certitudes, les données à notre disposition ne sont pas nombreuses mais les quelques indices que nous sommes parvenus à rassembler nous semblent éloquents.
8Dans les textes du Moyen Âge central, on ne trouve jamais de référence claire aux limites des agglomérations. Les deux chartes de fondation de bourgs que nous possédons pour la région décrivent des espaces bornés mais ces frontières ne correspondent pas à celles des établissements. Dans l’acte du 3 mars 1128 qui rapporte l’érection de Saint-Martin de Morlaix, le vicomte de Léon Hervé Ier indiquait que pour édifier « une église, un cimetière et un bourg », il confiait une terre qui s’étendait depuis l’endroit où son propre bourg était séparé de celui de son vassal Rehalardr « jusqu’à l’étang, puis à partir de l’étang, toute la forêt avec la chapelle Saint-Augustin, jusqu’à la route du haut et toute la terre à droite et à gauche de ce chemin jusqu’à la chaussée Fedgar »25. Le territoire en question n’était pas celui du burgus des religieux mais le domaine foncier et le ressort paroissial qui leur étaient confiés. Le document par lequel l’évêque de Léon Galon confirma la création la même année le démontre puisqu’il résume le contenu du legs en indiquant que les hommes habitant entre le Queffleut et le chemin de Fedgar étaient donnés comme paroissiens à Saint-Martin26. Les indications de la charte de fondation du bourg Sainte-Croix à la Roche-Derrien en 1184-1202 sont beaucoup plus vagues27. Le seigneur châtelain signalait seulement donner aux chanoines de Guingamp un domaine situé entre la rivière et la forêt28. Une telle imprécision est révélatrice. Le maître de la forteresse ne délimitait pas avec exactitude le futur bourg, il confiait seulement aux religieux un espace suffisant pour permettre à l’habitat de se développer (une espace dont les contours n’avaient sans doute pas besoin d’être clairement définis)29.
9Pour le reste, on ne peut guère recenser dans les textes des xie, xiie et xiiie siècles que des indications de proximité d’un bien ou d’un domaine particulier par rapport aux cités. Les rédacteurs des sources diplomatiques usaient fréquemment d’adverbes comme juxta ou prope (qui signifient « près de ») pour situer une terre. Ces informations permettent de mieux percevoir ce qui, aux yeux des gens de l’époque, n’appartenait pas à la ville. Si les rédacteurs situaient une terre près d’une agglomération c’est qu’il excluait cette dernière du territoire de la localité en question. On peut citer l’exemple d’une notice de 1081-1084, contenue dans le cartulaire de Quimperlé, enregistrant le legs d’une villa juxta Caer Ahes, in qua est Sancti Kigavi ecclesia30. Le territoire en question est celui de l’église Saint-Quigeau, un édifice qui se tenait à l’est de Carhaix. Lorsque l’on connaît sa situation, on n’est pas étonné qu’il ait pu être perçu comme extérieur à l’espace urbain (figure 6). Aux xviiie-xixe siècles, il était isolé en périphérie de l’agglomération. Il y a fort à parier qu’il en était de même au Moyen Âge central31.
10De ces indices, on peut déduire que l’éloignement était le principal et sans doute même le seul critère utilisé pour juger de l’appartenance ou non d’un lieu à une agglomération. Une telle référence est évidemment très imprécise. La perception de l’étendue de l’espace urbain apparaît très subjective. La comparaison entre les indications données pour un même site le prouve. Citons le cas l’abbaye de Sainte-Croix qui se tenait à 1,5 km du cœur de l’agglomération guingampaise (figure 7). Dans l’acte de 1166-1171 relatant la concession des revenus des moulins de Rochefort à l’établissement, le sanctuaire est dit ecclesia S. Crucis prope Wingamp32. Pour le rédacteur du texte, il se tenait à côté de l’agglomération et n’en faisait, par conséquent, pas parti. Dans le document par lequel l’évêque confirma la donation, l’église est par contre appelée claustrum S. Crucis de Guingampo ce qui laisse supposer que son auteur la considérait comme partie intégrante du territoire de la ville trégoroise33. En consultant deux documents différents, nous disposons de deux visions différentes. La situation est la même pour le prieuré de Locmaria localisé à 800 m du centre-ville quimpérois. Dans une notice de 1192, l’établissement est dit beatus Marie de Kemper (« Sainte-Marie de Quimper ») et donc associé à l’agglomération34 alors que dans une charte de 1233 il est désigné comme beatus Marie sub Kempercorentinum (« Sainte-Marie sous Quimper-Corentin ») et par conséquent exclu35.
11Pendant longtemps, il dût donc exister un certain flou sur le ressort exact des villes. Il faut attendre le xve siècle pour découvrir les premières allusions aux « mettes »36. La contestation nous donc amène à croire, nous l’avons dit, que les premières délimitations de l’espace urbain datent de cette époque. Pour notre territoire, les documents à notre disposition ne sont pas nombreux mais la lecture du rentier de la châtellenie de Morlaix-Lanmeur, composé en 1455, semble confirmer cette intuition (voir l’édition de ce texte en annexe).
12La rédaction du document en question a été faite dans le cadre de la réformation du domaine ducal entreprise par Pierre II. Au milieu du xve siècle, le duc envoya des commissaires dans plusieurs de ses territoires afin d’enquêter sur la gestion de ses biens. Le rentier qui nous intéresse fut composé à la suite de l’une de ces missions. Il recense les taxes et les revenus que le prince percevait dans ce qui était certainement l’une de ses châtellenies les plus riches. Pour nous, le principal intérêt de ce document est de contenir, entre le f°62 r° le f° 64 r°, « la descripcion et confronta con des bournes de la ville de Mourlaix »37.
13Ce texte, déjà édité par Joseph Daumesnil et Jean-Pierre Leguay38, présente de façon très détaillée, les frontières de l’agglomération. Nous reviendrons sur ses informations. Le plus important pour le moment est de remarquer est que ces « bornes » furent fixées par les enquêteurs et les 18 témoins réunis par ses derniers. Les premiers mots du texte le démontre clairement : « Selon les desposicion et recort de […] tesmoigns dignes de foy, jurez et enquis par lesd. Commissaires et mesmes par levidence des lieux, lesd(its) bournes a les prandre et commancer à Tuoublouchou … »39. Le côté « décisionel » sous entendu par la formule « a les prendre et commancer » prouve que la délimitation de l’espace urbain est le résultat du travail des commissaires. Il n’existait pas de ressort défini auparavant40.
14Cette description des bornes occupe une place à part dans le manuscrit. Elle est isolée, et par conséquent mise en valeur°: une feuille blanche (f° 61 v°) la sépare du recensement des revenus du duc à Morlaix (le rentier de Morlaix proprement dit) et trois (f° 65 v° à f° 66 v°) de ceux Lanmeur (qui commence au f° 67 r°). Dans la partie consacrée à Morlaix, les commissaires citaient plusieurs fois les bornes en parlant des « devoirs de poids et balances »41, ou des droits que prenaient le prince hors des limites42. Par ces références, ils renvoyaient à la présentation du district donnée plus loin ce qui souligne encore une fois l’importance de l’opération. Ce n’est cependant pas le seul intérêt de ces allusions. Elles démontrent aussi que les enquêteurs définirent le territoire de la ville pour fixer la zone de prélèvement du duc. La délimitation est née d’une préoccupation fiscale. Nous la considérons comme le résultat des réformes de l’administration domaniale. L’amélioration de la gestion des biens du duc passait par une définition plus claire des territoires qui lui appartenaient. Il est logique que cette préoccupation se soit fait jour à Morlaix. L’agglomération était en pleine croissance au xve siècle43. Le duc et ses représentants voulurent profiter au mieux de cet essor en perfectionnant le système de perception des taxes.
15Dans le même document on trouve mention des limites de Lanmeur44. Nous pourrions les croire antérieures à la composition du rentier puisqu’on ne trouve dans ce texte aucune précision sur leur emplacement (en supposant que si elles ne sont pas mentionnées c’est qu’elles étaient déjà fixées). Avant de trop s’avancer, il conviendrait cependant de déterminer si les frontières en question étaient bien réelles. En parlant des « bornes » de la ville l’auteur du rentier ne faisaient peut être que répéter une formule stéréotypée. Pour se forger des certitudes, Il faudrait pouvoir réaliser un inventaire plus vaste de ce genre mentions. Renvoyaient-elles toujours à quelque chose de précis ?
16Dans notre zone on rencontre en tout cas une autre référence claire aux limites d’une agglomération dans le compte rendu d’une enquête de 1493-1494 sur la perception de la « taille commune » à Quimperlé45. Jean-Pierre Leguay a déjà souligné l’intérêt de ce témoignage46. Sa lecture et le recours à d’autres documents concernant cette ville invite à croire que l’origine du bornage est ici antérieure au xve siècle ce qui remettrait en cause les conclusions de notre étude du rentier de Morlaix. Une analyse plus attentive s’impose.
17Le document en question nous apprend que habitants de Quimperlé qui résidaient dans le territoire appelé « le communal » étaient soumis chaque année au paiement d’un impôt dont le fruit était partagé entre le roi (successeur du duc) et l’abbé de Sainte-Croix47. En raison de nombreuses exemptions, une définition plus claire du district s’imposait. C’est pour cette raison qu’une dizaine de personnes fut auditionnée devant la cour de l’agglomération. Comme à Morlaix, la délimitation de la zone était née d’une préoccupation fiscale. Dans le document, chaque témoin fait le point sur ce qu’il sait de l’aire de prélèvement. Leurs indications permettent de restituer une partie du tracé48. Ce sont des informations précieuses mais pour notre sujet le plus important à souligner est l’ancienneté vraisemblable du territoire. Si le ressort fut redéfini à la fin du xve siècle, c’est forcément que son existence était antérieure. Plusieurs documents nous le confirment. Dans un mandement de juin 1421 le duc Jean V affirmait la légitimité des perceptions dans la « communaulté »49. Quelques comptes de l’abbaye conservés pour les années 1398 et 1411 font aussi référence à la taille commune du duc et de l’abbé50 mais on peut remonter plus loin puisque dans une enquête de 1238 un témoin évoquait cet impôt et essayait d’énumérer les maisons qui devaient l’acquitter51. L’origine de la circonscription daterait donc au moins de cette époque52. Comme nous l’avons dit, le constat fragilise nos affirmations précédentes mais nous pensons que le cas de Quimperlé est particulier.
18Les différents témoignages recueillis au cours de l’enquête de 1493-1494 nous apprennent que plusieurs rues étaient exonérées. Contrairement aux bornes de l’agglomération trégoroise précédemment étudiée, le communal n’intégrait pas tout l’espace urbanisé. La détermination de son ressort ressemblait donc plus à la définition de la zone d’administration commune au duc et à l’abbé qu’à une vraie opération de délimitation de la ville. Le fait a son importance car il souligne le statut original de cette agglomération partagée entre deux grands personnages. Cette situation a une origine ancienne. Joëlle Quaghebeur a démontré que la villa où le monastère Sainte-Croix fut implanté au milieu du xie siècle était un domaine fiscal et que les comtes de Cornouaille (et leurs successeurs les ducs) n’abandonnèrent jamais leurs droits sur ce territoire53. Une sorte de co-gestion se mit donc en place. Les nombreux conflits dont elle fut à l’origine imposèrent une définition plus claire des prérogatives de chaque parti54. L’enquête menée en 1238 afin de déterminer leur pouvoir respectif dans la ville ou l’acte de 1271 par lequel le duc s’engagea à partager avec l’abbé plusieurs de ses droits55 témoignent des nombreux arrangements que conclurent le prince et le responsable de Sainte-Croix. Le territoire du « communal » est certainement né de ce besoin de clarifications.
19Puisque les mentions des mettes des villes sont loin d’être systématiques dans les sources à notre disposition, on comprend que la nécessité de délimiter le ressort des agglomérations ne se fit pas ressentir partout. Si la situation particulière de Quimperlé amena sans doute assez tôt les autorités à fixer une zone précise de prélèvement, il est vraisemblable que ce genre de préoccupation se fit surtout jour au bas Moyen Âge. Nous n’avons pas recensé ici de nombreux exemples mais le cas de Morlaix nous semble édifiant. Reste à s’interroger sur la façon dont étaient matérialisées ces limites.
Délimiter une ville au Moyen Âge : l’exemple de Morlaix en 1455
20De nombreux documents des xve-xvie siècles montrent que les villes médiévales, avaient un aspect champêtre. Le nombre de jardins et des parcelles cultivées, déjà conséquent au cœur même des cités, ne faisaient que s’accroître à mesure que l’on s’éloignait du centre56. Il n’y avait donc pas de démarcation franche entre la ville et la campagne, plutôt une lente transition. Dans ces conditions il était évidemment difficile de fixer les frontières. La « descripcion et confrontacion des bournes de la ville de Mourlaix » montre la manière dont les autorités durent procéder. La méthode est comparable au système de délimitation des domaines qui transparaît dans les actes de la période antérieure. Le document pourrait être rapproché de la notice décrivant le territoire confié à l’abbaye de Quimperlé lors de sa fondation57 ou de la charte rapportant la création du prieuré Saint-Martin de Morlaix et du ressort paroissial qui lui était lié en 112858. Pour fixer les frontières, les décideurs s’appuyaient sur des éléments marquant du paysage :
21Il pouvait s’agir d’obstacles naturels. Le texte de 1455 parle d’affleurements rocheux comme le « rochier an lan Rochou » et la « roche Corollères » mais fait surtout référence aux cours d’eau. Les bornes de Morlaix suivaient un temps la « riviere Quefflet, », « un russel nommé rusel Tinins » (dont la source se situe au village nommé Rondouz an nesen), « le rusel Henri Tuoumelin et Hervé de Coatgougar » et traversaient « la rivière Jarlau ». Facilement repérables, les rivières et les ruisseaux étaient connus de tous les habitants des environs. Ils constituaient des limites fortes dans le paysage.
22Les édifices remarquables des environs étaient également pris en compte. Le document cite plusieurs fois des moulins. Ce type de construction avait évidemment une importance particulière pour le duc puisqu’il pouvait en tirer de confortables revenus mais tous les moulins cités ne lui appartenaient pas. On trouve également mention de deux croix : « une croix noumée anciennement la croix map an magueres laquelle croix a fait rediffier Yvon Ploegoumen de Mourlaix » et la « croix appellé la croix de la villeneuffve ». Ce genre de monuments fut élevé tout au cours du Moyen Âge. Plusieurs raisons justifiaient à leur installation : commémoration d’un événement, délimitation d’un domaine, témoignage de piété59, etc. Dans le cas présent on ne sait pas qu’elle était leur fonction originelle (le nom de la première qui signifie « croix du fils de la nourrice » obscurcit même le mystère), mais on constate que ce type de monument pouvait été affecté à un autre usage que celui qui était le sien au départ. Ils constituaient des points facilement repérables.
23Les chemins étaient également des marqueurs importants. Au travers ce texte de 1455, c’est une grande partie du réseau viaire qui entourait la ville qui apparaît. On trouve cité des grands axes comme le « grant chemin menant de Mourlaix à Botgast et à Ploegonven », le « veill chemin qui va de Mourlaix à Ploerin », le « grant chemin menant de Mourlaix à Landiviziau », « grant chemin de Pensez », « le grant chemin qui mene de Mourlaix à Lanmeur », « le grant chemin qui va de Mourlaix à Lannion » et de petits itinéraires locaux souvent difficiles voire impossibles à identifier aujourd’hui comme ce « veill chemin en lendroit de la dite maison nommé hent toul au parc ». Les raisons qui poussaient à reprendre le tracé de ces routes sont les mêmes que celles qui expliquent le choix des rivières. Les voies étaient des éléments structurant du territoire et leur tracé pouvait facilement être repris.
24Les contours de l’espace urbain étaient également déterminés par les champs qui entouraient la ville. Le texte de 1455 évoque à plusieurs reprises les terres cultivées traversées par la limite de Morlaix. Ces territoires sont nommés selon le nom de leurs possesseurs et sont par conséquent difficilement identifiables aujourd’hui. Les témoins appelés par les commissaires aidèrent certainement à fixer les limites en leur faisant profiter de leur connaissance précise du terrain. Les champs étaient bien distingués entre eux. Un passage du texte parle « du fossé du parc (terme synonyme de terre cultivée en breton) tirans vers la roche corollères » et d’un « petit parc appartenant aux hoirs Yvon Tangin qui est cerné de fossés ». De telles limites pouvaient aisément être reprises.
25Le bornage était aussi déterminé par les possessions des seigneurs féodaux voisins. Le texte parle ainsi du « veill chemin qui est entre la terre dudit sire de Locmaria d’un costé et la terre du sire de Coetelent », du « grant chemin tirent a ung rochier nommé le rochier lan an Rochou au long du parc dudit sire de Locmaria qui est appartenances de son manoir de Kerbizien », ou encore du « bois revenant dudit Coatgougar et la forest de Cuburien appartenant au viconte de Rohan »60. La délimitation de l’espace urbain prenait ici tout son sens. Il s’agissait de distinguer les territoires relevant du duc de ceux qui ne lui appartenaient pas. Pour des raisons que nous peinons expliquées, on remarque toutefois qu’unun manoir était intégré au district. Le texte situe en effet « dedans lesd(ites) bournes […] lostel de Bellisall et leurs appartenances ». Le parc au duc, la grande réserve de chasse que le prince de Bretagne possédait près de Morlaix61 était évidemment exclue de l’espace urbain. Sa taille et son statut particulier l’explique aisément mais l’enclos qui l’entourait constituait un point de repère62.
26Afin de matérialiser le tracé de la limite, les enquêteurs mirent aussi en place des bornes de pierres. On l’apprend dès le début du texte « : bournes a les prandre et commancer à Tuoublouchou devers le Marcheiz dudit lieu de Mourlaix au coign dun vergier et jardin clos de mur […] siert sur le grant chemin menant de Mourlaix à Botgast et Ploegonven où il y a certaines bournes de pierres que lesdits commissaires y font mectre ». Nous ne savons pas à quoi ces dernières pouvaient ressembler mais leur installation était très utile. Elle permettait de repérer facilement l’emplacement de la limite. Les bornes ne se retrouvaient cependant pas sur tout le parcours. Elle était apparemment réservée au début du circuit.
27Il est délicat de restituer très précisément le tracé décrit par les commissaires. Comme Jean-Pierre Leguay l’a déjà indiqué, on comprend qu’il partait du marché du faubourg Saint-Mathieu, remontait les collines jusqu’au chemin de Plourin, redescendait en contournant le parc au duc, gagnait le Queffleut qu’il suivait quelques instant avant de le quitter au niveau de sa confluence avec le Roudour pour rejoindre le chemin de Landivisiau. De ses environs, il redescendait en suivant le chemin de Penzé (soit la route de Saint-Pol), empruntait la rue de la Ville-Neuve jusqu’au port où il traversait la rivière. De là il suivait le cours du ruisseau du Troudousten, le chemin qui mène à Saint-Nicolas, puis la route de Lanmeur, avant d’épouser les contours du chemin de Porz-Bihan, de la route de Lannion et du moulin Ansquer. Arrivé au niveau du Jarlot, il franchissait la rivière et gagnait le point de départ situé près de la voie de Plougonven63.
28Autant que l’on puisse en juger, ce district présentait une certaine cohérence géographique puisqu’en épousant les contours des cours d’eaux ou des chemins dont les tracés étaient eux-mêmes influencés par la topographie, il respectait les lignes fortes du paysage. La circonscription s’affranchissait du découpage paroissial. Des documents postérieurs nous apprennent qu’il avait une correspondance entre le ressort du prieuré Saint-Melaine et le début du tracé des bornes de la ville mais elle n’était que passagère64. Les autres paroisses de la ville n’avaient aucun lien avec ces frontières. On sait que Saint-Martin se développait bien au-delà de l’agglomération. Sa partie rurale donna même naissance à une commune au nom révélateur à la Révolution : Saint-Martin-des-Champs65. Mais le plus important à remarquer est l’évidente pérennité de la zone ainsi définie. Elle resta un cadre de référence au cours de la période moderne. Comme toutes les autres indications du rentier, les agents continuèrent à s’y reporter. Le document fut recopié au début du xvie siècle et lorsqu’il s’agissait de présenter le ressort paroissial de Saint-Melaine, le rédacteur de l’aveu présenté pour le prieuré en avril 1679 se rapportait aux bornes de pierres qui délimitaient l’espace urbain66. Selon Joseph Daumesnil, ses frontières furent même reprises lorsque fut mise en place la commune de Morlaix à la fin du xviiie siècle67. Le communal de Quimperlé connut la même longévité puisque les documents du procès en 1493-1494 furent recopiés en 1680. On continuait donc vraisemblablement à effectuer des prélèvements dans la zone décrite.
29Le présent article tente de rassembler quelques réflexions générales. Le problème des frontières des villes est un vaste champ de recherche qui amène à explorer des sujets de nature différente. C’est très logiquement, qu’il nous a conduit à aborder la question de l’enceinte urbaine mais les murailles, nous l’avons vu, n’ont jamais constitué une vraie limite pour les cités. Nos sources prouvent que la ville médiévale bretonne était indissociable de ses faubourgs et de leurs proches environs et qu’il n’était pas toujours facile de distinguer son territoire de la campagne qui l’entourait. Les quelques indices que nous avons pu réunir semblent démontrer que la conception d’un espace urbain délimité n’est apparue que tardivement mais même au xve siècle les allusions aux « mettes » demeuraient rares. On serait tenté d’en déduire que la définition du ressort d’une ville était encore exceptionnelle à cette époque. Restons néanmoins prudents car avant de présenter des conclusions qui se voudraient définitives bien d’autres travaux doivent menés68.
Annexe
Les limites de la ville Morlaix en 145569
La descripc(i)on et confrontac(i)on des bournes de la ville de Mourlaix
30Selon les desposicion et recort de H(er)vé de Coatgongar aaigé de IIIxx ans. Selvestre clerc aiigée de IIIIxx IIII ans, Henri Lannore aage de LX ans. Jehan le Harnois aaigé de LXX ans, Jehan le Harnois le jeune aaige de LXX ans, Pierres le Manant aaigé de L ans. Maistre Guillaume le Manant aaige de LXX ans. Jehan Porzsal aaige de XXL ans. Thomas Mahe aaige de LXX ans. Jehan Moruan aaige de L ans. Jean Moel aaige de LXX ans. Guemioloy Goff aaige de LXX ans. Jehan Gourmelon aaige de LXXV ans. Jouhan Bihan aaige de LXX ans. Yvon Guegou aaige de LXX ans. Jehant Bougeant aaige de LXXV ans. Alain Quiniou aaige de LXX ans. Yvon le Suhant aaige de LXX ans. Jehan Corve aaige de LX ans tesmoigns dignes de foy, jurez et enquis par lesd. Commissaires et mesmes par levidence des lieux, lesd(its) bournes a les prandre et commancer à Tuoublouchou devers le Marcheiz dudit lieu de Mourlaix au coign dun vergier et jardin clos de mur appartenant à Yvon le Gall et à Morice labbé à cause de sa femme quel coign siert sur le grant chemin menant de Mourlaix à Botgast et Ploegonven où il y a certaines bournes de pierres que lesdits commissaires y font mectre. Et vont contre mont au long des vergiers courtill et boys Yvon le Pinart par ung veill chemin qui va de Mourlaix à Ploerin. Et de la vont par ledit grant chemin contre bas au long du mur du parc au duc jucques au coign dun jardin clos de mur que aultreffois fut a Yvon le Pontou appartenant à présent à Yvon Brollet entre lequel et le parc au duc y a ung veill chemin qui mene contre bas au rusell de la fontaine dudit parc au duc. Et passent oultre ledit russel dedans ledit parc, en montant res à res de la maison, par cet courtill Yvon le Harnoys et cheent en ung veill chemin en landroit de ladite maison nommé hent toul au parc. Et de la montent contre mont au long du / [62v] coign du mur dudit parc au duc d’un costé et la maison par et vergier maistre Phillippes Coetquis daultre tirans au long dudit parc au duc et lessans les(dites) bournes lad(ite) maison parcs et clostures dudit maistre Philippes. Et de la tirent touzjours au bout dudit mur au coign des parcs appartenans à Jehan de Coetgoureden seigneur de Locmaria nomméz les parcs maistre Even ferans en ung chemin qui mène a une croix noumée anciennement la croix map an magueres laquelle croix a fait rediffier Yvon Ploegoumen de Mourlaix. Et est assuse sur le grant chemin qui mene de Mourlaix à Saint Fiacre. Et dudit chemin a landroit de lad(ite) croix vont lesdites bournes tirans a ung veill chemin qui est entre la terre dudit sire de Locmaria d’un costé et la terre du sire de Coetelent daultre, quelle terre dudit de Coetelent demeure dedans lesdites bournes ferans en ung aultre grant chemin qui vient de Mourlaix et va au pont Paul. Et dud(it) grant chemin tirent a ung rochier nommé le rochier lan an Rochou au long du parc dudit sire de Locmaria qui est appartenances de son manoir de Kerbizien. Et dudit rochier tirent auc rochiers qui sont vis-à-vis en devalant au coign des moulins foulerez et a tan du duc assus sur la riviere Quefflet, lessans dedans lesd(ites) bournes lesd(its) moulins, la rue aux berbiz, lostel de Bellisall et leurs appartenances. Et dillecques tirent au long de lad. rivière contre val entre le parc de Guion de Kergoet que est esdits bournes d’un costé et le pré jehan Morvan qui est hors lesd(ites) bournes daultre. Et de lad(ite) rivière vont et montent icelles bournes contre mont devers le pays de Leon au long du russel nommé rusel Tinins, quel russel commance au village nommé Rondouz an nesen entre le pré dudit Jehan Morvan et le pré Yvon Perrot continuant et alant contre mont au long dudit russel entre le pré Yvon Perrot et le parc appelé par an bretonne. Et dillecques par les prez / [63r] Yvon le Soult a cause de sa fam(m)e et les enffans feu Jehan Even, ainxin que ledit rusel avoit son cours enciennement. Et du bout susain dudit pré desd(its) hoirs Jehan Even montant contre mont ledit rusel et le chemin au long du pré aux hoirs Guiont Perrot se rendans audit Rondouz an Nesen ferans sur le grant (chemin) menant de Mourlaix a Landiviziau et traversans ledit chemin et alans au long du chemin qui va dudit villaige de Rondouz an nesen au villaige de Kerjourdan entre les deux terres Hervé de Coatgougar passans ledit chemin entre une piece de terre appelée la lande aux malades et les parcs dudit Coetgougar, tirans au grant chemin qui mene de Mourlaix à Pensez jucques au coign du mur du parc dudit Coetgougar qui est des appartenances de son hostel de Kerjourdan, lesquels hostel et parc sont hors desd(its) bournes. Et dudit coign devallent contre bas devers Mourlaix au long dudit grant chemin de Pensez costeans le bois revenant dudit Coatgougar et la forest de Cuburien appartenant au viconte de Rohan en continuans jucques au coign du parc nommé parc Fistill appartenant à Yvon Simon, lequel par est dedans lesdictes bournes. Et dudit coign alans au long du fossé dudit parc tirans vers le roche Corollères au long des fossés des parcs appartenant à Nicholas le Mingnot. Guennolay Goff, les hoirs Volliet. Jehan Gourmelon. Jehan fils Hervé Olivier et le parc appelé parc mab miz appartenant à présent à Guillaume Menez et le parc Loys Gourhaut quelx parcs sont dedans lesdictes bournes et costeans au long de lad(ite) forest de Cuburien qui est hors desdictes bournes juques a ung petit parc appartenant aux hoirs Yvon Tangin qui est cerné de fossé contenant ung arpant de terre ou environ quel parc est hors desdites bournes. Et du coign dudit parc tirans droit a la lingne au long de ladicte forest jucques a lendroit dun petit parc qui fut aultreffois a Hamon Aunnoez, appartenant à present a la chappelle Notre Damme du Mur dudit lieu de Mourlaix. Et dudit petit parc lesd(ites) bournes devalent contre bas a la croix appellé la croix du bout de la ville neuffve joignant au coign du mur du jardin qui fut aultreffois à Jehan Kerguilliau / [63v ] et a pr(esen)t à Jehan de Kerloeguen. Et de lad.croix devalans au havre jucques a lestanc qui fut jadis a Hervé Jouhan. Et dudit estanc tirans contre mont au long du russel jucques a Tuou Gousten tirans au long du rusel Henri Tuoumelin et Hervé de Coatgougar. Et desditz parcs, treversans ung grant chemin qui vient de la chapelle de Saint Nicolas à la fontaine appellée la fontaine an barguet poursuivans touziours led(it) rusel par le parc nomme par an tuou, treversans parmi le pré Jehan Perrot jucques a la source dudit rusel qui commance a la fontaine nommée la fontaine nommé la fontaine Guerbihan. Et de lad(ite) fontaine au long dun chemin siert devant la maison dudit Jehan Perrot qui est esd(ites) bournes. Et de lad(ite) maisons au long du chemin qui se rend sur le grand chemin qui mene de Mourlaix à Lanmeur. Et dudit grant chemin treversant a ung aultre chemin au coign de la maison qui fut aultrefoiz a Jouhan Courtois et Jehannete Saliou sa femme a cause delle. Et dudit coign tirans au long dun chemin qui vient de Kerangliffien et qui se rent audit grant chemin qui va de Mourlaix a Lanmeur jucques a ung carfoul nommé Paul map Even qui est joignant audit chemin. Et dudit poul map Even tirans au long dun chemin nommé le chemin an porz Bihan costeant lostel Pares et courtilz maistre Philippes Coetquis et Aliecte sa sœur appelé Kerjoir. Et la terre de la maladerie dun costé qui sont esd(ites) bournes et de lautre à la terre de Jehan Perrot qui fut aultreffoiz a Jehannete Saliou et siert ledit chemin au carfoul et sur le grant chemin qui vient du moulin Ansquer à moulin Fraval de Coetquis nommé la Ville Neuve. Et dudit carfoul au long dudit grant chemin costeant le boys du mannoir de Coetgougar qui est hors desdictes bournes jucques a ung aultre carfoul qui arrive en ung aultre grant chemin qui va de Mourlaix à Lannyon. Et dicellui carfoul devalans au long dudit chemin qui vient du mouli Ansquer costeans / [64r] les parcs dudit Coetgougar jucques a ung aultre carfoul qui est sur le grant chemin qui mene de Mourlaix a Ploegatgallon en lessant esd(ites) bournes toute la terre devers la maladerie et le maison Jehan le Maliou son fils. Et dudit carfoul tirans contre bas vers ledit moulin Hansquer au long dudit chemin en lessant esdictes bournes la maison Yvon Bealec a cause de sa fam(m)e avecques ses parcs et clostures et les maisons Jehan Lemarant et Hervé Le Breton a cause de sa femme. Et dudit moulin Ansque qui est hors desd(ites) bournes treversant lesd(ites) bournes la rivière Jarlau et entre le par cet pré Pierres le Braer et le par et pré les enffans Jehan du Val se rendans audit grant chemin qui mene de Mourlaix a Ploegouven a la corniere du vergier et jardin Yvon Le Gal et Morice Labbé a cause de sa fam(m)e ou lesd(ites) commancent ou quel lesdiz commissaires ont fait mettre lesd(ites) bournes de pierre dont cy devant est fait mencion.
Plan des villes de la basse Bretagne
Fig. 1. Carte de localisation. Réalisation : R. Le Gall-Tanguy.

Fig. 2. Plan de Quimperlé (Finistère). Réalisation : R. Le Gall-Tanguy.

Fig. 3. Plan de la Roche-Derrien (Côtes d’Armor). Réalisation : R. Le Gall-Tanguy.

Fig. 4. Plan de Quimper (Finistère). Réalisation : R. Le Gall-Tanguy.

Fig. 5. Plan de Pont-l’Abbé (Finistère). Réalisation : R. Le Gall-Tanguy.

Fig. 6. Plan de Carhaix (Finistère). Réalisation : R. Le Gall-Tanguy.

Fig. 7. Plan de Guingamp (Côtes d’Armor). Réalisation : R. Le Gall-Tanguy.

Notes de bas de page
1 Anne Jourdan-Lombard, « Oppidum et banlieue : sur l’origine et les dimensions du territoire urbain », Annales, Histoire, Science sociales, 27/2 (1972), pp. 373-395.
2 Jean-Pierre Leguay, Un réseau urbain au Moyen Âge : les villes du duché de Bretagne aux xive et xve siècles (Paris : Maloine, 1981), pp. 231-251 ; Jean-Pierre Leguay, « Le paysage péri-urbain au xve siècle : l’aspect et le rôle de la campagne voisine dans la vie des cités bretonnes au Moyen Âge », Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, 57 (1980), pp. 63-127.
3 Sur la genèse de ces territoires voir : Régis Le Gall-Tanguy, « La formation des espaces diocésains en Léon, Cornouaille et Trégor (ve-xiiie siècle) », Limites et frontières. Ériger et borner diocèses et principautés, Nacima Baron, Stéphane Boissellier, François Clément et Flocel Sabaté, eds. (Lile : Septentrion, sous presse).
4 Nous remercions Philippe Kernévez qui a relu ce travail.
5 Martine Fabre nous a toutefois rappelé qu’il existait des représentations stéréotypées de portes de ville sur les sceaux des châtellenies de Conq-Fouesnant-Rosporden et Morlaix-Lanmeur à la fin du Moyen Âge. Sur ce sujet voir : Martine Fabre, « Les sceaux de villes bretons », Bulletin de la Société archéologique et historique de Nantes et de Loire-Atlantique, 135 (2000), pp. 113-162.
6 Gwenaël Le Duc, Vie de saint Malo, évêque d’Alet (Rennes-Saint-Malo : Centre régional d’Archéologie d’Alet, 1979), vol. 2-17, pp. 254-255. En 884 Wrmonoc, l’auteur de la vita Pauli Aureliani décrit l’oppidum « entouré sur tout son pourtour de remparts construites en un temps ancien, et d’une hauteur étonnante » et que l’on voyait de son temps « fortifié en grande partie de murailles de pierres élevées à une plus grande hauteur », Charles Cuissard, « Vie de saint Paul de Léon, en Bretagne », Revue celtique, 5 (1883), pp. 413-460 ; 2/15, pp. 442-443. Le nom de Saint-Pol-de-Léon s’imposa ensuite peu à peu, mais l’agglomération était encore appelée castrum Pauli dans une bulle de 1387, Paul Peyron, « Actes du Saint-Siège concernant les évêchés de Quimper et de Léon du XIIIe au XVe siècle », Bulletin diocésain d’histoire et d’archéologie, 13 (1913), pp. 61-63 (p. 62), doc. nº 574. Albert Deshayes a même relevé une mention tardive (en 1600) de l’agglomération sous le nom de « Chasteau-Pol », Albert Deshayes, Dictionnaire topographique du Finistère (Morlaix : Coop Breizh, 2003), p. 12.
7 Jacques Levron, « Les possessions de l’abbaye Saint-Melaine de Rennes en Basse-Bretagne », Mémoires de la société d’Histoire et d’Archéologie de Bretagne, 10 (1929), pp. 67-102 ; 2, pp. 88-91 ; Johannes Ramackers, Papsturkunden in Franckreich, Touraine Anjou, Maine und Bretagne, (Gœttingue : Vandenhoek und Ruprecht, 1956), vol. 5, pp. 306-307, doc. nº 216 : In episcopatu Trecorensis, cella sancti Salvatoris apud Guingempe, cum eclesiis, decimis et possessionibus suis, ecclesiam Sancte Trinitatis et quod habet in ecclesia Sancte Marie et ecclesiam Sancti Leonardi in ipso castro sitas.
8 Nous savons que la localité disposait d’un rempart à cette époque. Une bulle de 1190 cite la porta Redonensis, « la porte de Rennes » : Hyacinthe Morice, Mémoires pour servir de preuves à l’histoire ecclésiastique et civile de la Bretagne (Paris : Charles Osmont, 1974), vol. 1, col. 717-719.
9 Peyron, « Actes du Saint-Siège concernant les évêchés de Quimper et de Léon du XIIIe au XVe siècle », p.127, doc. n° 291.
10 Sur cette ville et ses fortifications : Régis Le Gall-Tanguy, « Morphogenèse de la ville de Carhaix au Moyen Âge », Bulletin de la Société archéologique du Finistère, 135 (2006), pp. 71-91.
11 Cornouaille : Callac (m), Carhaix, Concarneau, Corlay (m), Quimper, Quimperlé, Rostrenen (m) et Rosporden, Léon : Brest, Saint-Pol-de Léon, Trégor : Châtelaudren (m), Guingamp, Lannion et Morlaix. Par l’indication « m » nous signalons les fortifications uniquement repérées par l’analyse morphologique des plans anciens (et donc mal datées).
12 L’enquête menée sur les droits respectifs du duc et de l’abbé de Sainte-Croix à Quimperlé mentionnait une porte nommée Haëlcune, Placide Le Duc, Histoire de l’abbaye de Sainte-Croix de Quimperlé (Quimperlé : T. Clairet, 1881), p. 257.
13 Sur l’origine de ce type d’agglomération voir : Patrick Kernévez et Régis Le Gall-Tanguy, « Les châteaux et le peuplement en Basse-Bretagne : l’exemple des bourgs castraux de Léon, Cornouaille et Trégor », Des villes à l’ombre de châteaux. Naissance et essor des agglomérations castrales en France au Moyen Âge. Actes du colloque de Vitré (16-17 octobre 2008), éd. par André Chédeville et Daniel Pichot (Rennes : Presses Universitaires de Rennes, 2010), pp. 43-64.
14 Auguste Beugnot, Olim ou registres des arrêts rendus par la cour du roi sous les règnes de saint Louis, de Philippe Le Hardi, de Philippe le Bel, de Louis Le Huttin et de Philippe le Long, 4 vols. (Paris : Imprimerie royale, 1863-1867), vol. 1, p. 313, doc. nº 16 : turrim et fortalicias castri et ville de Rocha-Dariani.
15 Jules Geslin de Bourgogne et Anatole de Barthelemy, Anciens évêchés de Bretagne, 6 vols. (Paris : Dumoulin, 1855-1879), vol. 6, pp. 134-135, doc. nº 23. Le sanctuaire fut donné aux chanoines de Sainte-Croix de Guingamp vers 1184-1202 mais il appartenait auparavant aux moines rennais puisque les religieux trégorois durent négocier auprès de l’abbé de Saint-Melaine pour l’obtenir, Hyacinthe Morice, Mémoires pour servir de preuves à l’histoire ecclésiastique et civile de la Bretagne, vol. 1, col. 639-640 et 965-966.
16 Archéologie de Quimper, matériaux pour servir l’Histoire, éd. par Jean-Paul Le Bihan et Jean-François Villard, (Quimper : Éditions Cloître, 2005), vol. 1, pp. 155-156.
17 Nous sommes malheureusement très mal renseignés sur l’histoire de cet ouvrage. On peut seulement supposer qu’il était désaffecté au début du xiiie siècle puisque la chapelle Notre-Dame du Guéodet fut construite sur son parcours vers 1209, Cartulaire de Quimper, éd. par Paul Peyron (Quimper : A. de Kerangal, 1909), p. 55, doc. n° 21. Le souvenir de cette enceinte fut conservé dans la toponymie au travers les noms de castrum beati Corentini et circuitus castri (le « Tour du Chastel ») donnés au centre-ville au bas Moyen Âge, c’est certainement cette appellation, mal comprise par les hagiographes, qui fut à l’origine du mythe de la naissance de la cité cornouaillaise à l’emplacement d’un palais fortifiée. On en trouve l’écho chez l’auteur d’un martyrologue résumant la vita Chorentini (donc postérieur aux années 1225-1236) ; Ethel-C. Fawtier-Jones, « La vita ancienne de saint Corentin », Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, 6 (1925), pp. 6-56 (p. 41), doc. nº 8.
18 Le 16 août 1313 Adelice, femme de Daniel Strabo, verse à la cathédrale une rente sur « sa maison […] située entre la muraille et la maison d’Ancred fils d’Alain Ancred sur la rivière appelée Frout » (desuper domo sua […] inter murum una parte et domum Ancredi Alani ex alia super aquam vocatur an Frout), Cartulaire de Quimper, pp. 231-232, doc. nº 174. La construction de l’enceinte est donc antérieure à cette date.
19 Ce toponyme, attesté pour la première fois en 1296, devient en latin campus Gloagueni, Cartulaire de Quimper, p. 206, doc. nº 149. L’utilisation du mot campus (« champ ») en dit, à notre sens, beaucoup sur la fonction originelle du lieu.
20 Archéologie de Quimper, matériaux pour servir l’Histoire, pp. 232-235 et 318 ; François Le Boulanger, « Évolution d’un îlot urbain du xiiie au xviiie siècle. Quimper, Collège de la Tour d’Auvergne (Finistère) », Archéologie médiévale, 34 (2004), pp. 1-44.
21 Gérard Le Moigne, « Le château de Pont-l’Abbé », Bulletin de la Société archéologique du Finistère, 131 (2002), pp. 185-215.
22 Morice, Mémoires pour servir de preuves à l’histoire ecclésiastique et civile de la Bretagne, 2, col. 441.
23 Un texte de 1422 décrit l’entrée solennelle des évêques de Léon à Saint-Pol et un autre de 1480 celle du prélat de Cornouaille à Quimper, Mémoires pour servir de preuves à l’histoire ecclésiastique et civile de la Bretagne, 2, col. 1132-1134 et 3, col. 373-376.
24 Levron, « Les possessions de l’abbaye Saint-Melaine de Rennes en Basse-Bretagne », pp. 88-91, doc. nº 2.
25 Hubert Guillotel, « Les vicomtes de Léon aux XIe et XIIe siècles », Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, 49 (1971), pp. 29-51 (pp. 47-48), doc. nº 1 : ego Herveus, Leonensis vicecomes, […] dedi Deo et Sancto Martino […] juxta castrum meum, quod vocatur Mons Relaxus terram ad construendum monasterium, cimiterium etiam et burgum a loco illo ubi separator burgus cujusdam Rehalardri a meo burgo. Idem meum burgum do ego cum omnibus hominibus qui ibi sunt et quos monachi deinceps hospitari poterunt usque ad stagnum et a stagno totum nemus cum capella sancti Augustini usque ad superiorem viam tam a dextra quam a leva ejusdem viae superioris totam terram usque ad calceatem Fedgar,
26 Guillotel, « Les vicomtes de Léon aux XIe et XIIe siècles », vol. 2, pp. 48-50 : ego Galo, Leonensis episcopus […] concessi homines habitantes inter Cheuleth et Phegar esse parochianos sancti Martini et beatae Mariae
27 Sur la datation de ce document voir : André-Yves Bourgès, « Aux origines de la Roche-Derrien », Trégor, mémoire vivante, 5 (1993), pp. 3-8 (p. 3).
28 Morice, Mémoires pour servir de preuves à l’histoire ecclésiastique et civile de la Bretagne, 1, col. 639-640 : ego Derianus et Eudo filius meus, et Amicia uxor mea […] donavimus et concessimus terram juxta Rupem inter forestam et aquam ecclesiae Sanctae Crucis […] servientibus ad aedificandam ibi quandam ecclesiam in honorem ejusdem Sanctae Crucis et burgum.
29 Ces espoirs furent déçus puisque le burgus ne semble pas s’être développé. Voir : Kernévez et Le Gall-Tanguy, « Les châteaux et le peuplement en Basse-Bretagne : l’exemple des bourgs castraux de Léon, Cornouaille et Trégor », pp. 43-64.
30 Cartulaire de l’abbaye de Sainte-Croix de Quimperlé, éd. par Léon Maître et Paul de Berthou, (Rennes : Faculté des lettres de Rennes, 1904), p. 175, doc. n° 28 : Addidit pretera predictus comes Hoel […] quandam villa juxta Caer Ahes, in qua est Sancti Kigavi ecclesia.
31 Les rédacteurs des actes usent parfois aussi du terme extra pour désigner ce qui est extérieur à l’agglomération. L’indication reste toujours très vague comme dans l’acte de vente de Brest en 1240 dans lequel le vicomte de Léon précisait conserver, avec ses vassaux, tout ce qu’il possédait « en dehors de la ville », Morice, Mémoires pour servir de preuves à l’histoire ecclésiastique et civile de la Bretagne, 1, col. 911 : feoda sua que habent in terra mea et hominum meorum extra villam de Brest, de me et haeredibus meis tenebuntur, sicut antea tenebant, legitimos redditus suos mihi et hominibus meis persolvendo ; et homines qui extra villam de Brest ante guerram manebunt in feodis meis et hominum meorum. Dans une charte de 1214 rapportant un conflit entre le duc Pierre de Dreux et l’abbé de Quimperlé sur la terre du vetus castrum située extra villam, on comprend que le terme désignait la proche périphérie de la localité, mais, là encore, l’indication, reste très imprécise, Le Duc, Histoire de l’abbaye de Sainte-Croix de Quimperlé, p. 605, doc. nº 26 : contentio quae vertebatur inter nos ex una parte et abbatem et conventum Kimperelegienses ex altera super quadam platea extra villam de Kemperelle quae dicitur vetus castrum.
32 Morice, Mémoires pour servir de preuves à l’histoire ecclésiastique et civile de la Bretagne, 1, col. 636.
33 Morice, Mémoires pour servir de preuves à l’histoire ecclésiastique et civile de la Bretagne, 1, col. 636.
34 Cartulaire de l’abbaye Saint-Sulpice de Rennes, éd. par Pierre Anger, Bulletin et mémoires de la Société archéologique d’Ille-et-Vilaine, 35 (1906), pp. 325-388 (p. 380), doc. 72.
35 Cartulaire de l’abbaye Saint-Sulpice de Rennes, p. 30, doc. nº 112.
36 Pour la Haute-Bretagne, Jean-Pierre Leguay cite les exemples de Rennes et Redon, Leguay, « Le paysage péri-urbain au xve siècle : l’aspect et le rôle de la campagne voisine dans la vie des cités bretonnes au Moyen Âge », pp. 73-74.
37 Archives Départementales Loire-Atlantique, B 1800, rentier de Morlaix-Lanmeur (1455), f° 62r.
38 Joseph Daumesnil, Histoire de Morlaix (Morlaix : Imprimerie Lédan, 1879), pp. 523-525 ; Leguay, « Le paysage péri-urbain au xve siècle : l’aspect et le rôle de la campagne voisine dans la vie des cités bretonnes au Moyen Âge », pp. 68-70.
39 B 1800, rentier de Morlaix-Lanmeur (1455), f° 62r.
40 La procédure suivie pour le bornage est révélatrice d’une époque. Il n’y a rien surprenant à ce que les agents du duc aient fait appel à des Morlaisiens pour mener à bien leur tâche. Depuis le début du xve siècle, la ville trégoroise avait acquis quelques libertés (La mention d’un « contrerolle » dans un mandement du duc Jean V en 1414 prouve qu’il existait un conseil des bourgeois : René Blanchard, Lettres et mandements de Jean V, duc de Bretagne, 5 vols. (Nantes : Société des Bibliophiles bretons, 1889-1895), vol. 2, pp. 177-178, doc n° 1169). Les habitants choisis pour notre action ne disposaient d’aucune responsabilité mais leur présence montre que les autorités se souciaient de l’avis des citadins. Notons de plus que si les personnes choisies avaient entre 50 et 84 ans (11 d’entre-eux avaient plus de 70 ans) ce n’était pas sans raison. Leur âge leur donnait une certaine honorabilité et donc une légitimité vis-à-vis de leurs concitoyens. Il en faisait également les informateurs parfaits pour les commissaires qui souhaitaient s’informer sur l’état des propriétés.
41 B 1800, f° 16r : « Et prenne(n)t de devoir a cause desd(ites) balances sav(oir) sur ch(acu)n cent de fer, plom, estain, suiff et aultres danrées et marchandis(es) q(ui) sont poy(es) esd(ites) balances des demourans en la ville et bournes dudit lieu de Mourlaix dix deniers par cent et des m(a)rchans forains et aultres demourans hors desd(ites) bournes quat(re) deniers par cent ».
42 B 1800, f° 61r : « Et si le sire de Lescoulouarn le prieur de saint Martin et Salmon du parc prennent les ventes es faubourgs de Bourret en ce qui est es dites bournes de Mourlaix. Et ailleurs hors les bournes et mettes de ladite ville de Mourlaix le duc prant ou fie prochement tenu de lin à cause des dites ventes le VIIIe denier ».
43 Les informations que nous possédons sur sa démographie sont parlantes. À partir des données des comptes tenus pour le recouvrement d’une taxe paroissiale appelée « viande de carème », Georges Minois estime la population de la ville à environ 3 000 personnes vers 1426-1427, Georges Minois, « La démographie du Trégor au xve siècle », Annales de Bretagne, 82/3 (1976), pp. 407-424. Selon Jean-Pierre Leguay, elle passe à 4 000-5 000 vers 1482, Jean-Pierre Leguay, « Le Léon, ses villes et Morlaix au Moyen Âge », Bulletin de la Société archéologique du Finistère, 107 (1979), p. 129-181 (pp. 129-130).
44 B 1800, rentier de Morlaix-Lanmeur (1455), fº 69r : « les heritage de la dite Katherine et ceulx dudit prevost de Coetgrall père dicelle Katherine estanz en icelle chastellenie tant es bournes que hors des bournes de Lanmeur » ; fº 78r : « Le duc prant et lui es deu à cause de la dite ancienne coustume sur chacune charge de pain vandue ou dit lieu de Lanmeur par les boulangiers demourans hord les bournes dudit lieu ung denier. Et sur les boulangiers demourans es bournes dudit cens exposans pain en vente en place le vendredi que est jour de marché en ladite ville ou au dimanche ou aultre jour sur sepmaine chacun deulx par sepmaine ung denier », fº 81r :« Touz les demourans et habitanz en la dite ville de Lanmeur et es bournes dicelle sont destraingnables venir cuire leur paste au dit four », etc.
45 On en conserve l’original et une copie de 1680, Archives Départementale du Finistère, 5 H 41, Enquête sur la perception de la taille commune à Quimperlé (1493-1494).
46 Leguay, « Le paysage péri-urbain au xve siècle : l’aspect et le rôle de la campagne voisine dans la vie des cités bretonnes au Moyen Âge », pp. 65-67 ; Jean-Pierre Leguay, « La ville de Quimperlé du xiie au début du xvie siècle », L’abbaye Sainte-Croix de Quimperlé des origines à la Révolution (Quimperlé : Centre de Recherche bretonne et celtique, 1999), pp. 101-140 (pp. 108-111).
47 Voici les premiers mots du document, (5 H 41), Enquête sur la perception de la taille commune à Quimperlé (1493-1494), fº 1v : « Enqueste faicte a l’instance du procureur de la cour de Quemperlé et des abbé et couvent dud(it) lieu, po(ur) et contre des manantz et habitans des ville et forsbourgs dud(it) lieu subgetz [ …] a la taille (com)mune que lesd(its) procureur abbé et couvent disent estre doubs aud(it) lieu de Quemperllé tant au roy not(re) souzerrain s(eigneu)r que ausd(its) abbé et couvent moytyé par moytyé ».
48 Sur ce parcours voir par exemple, le témoignage de Guillaume Riou, un homme de 55 ans originaire de la ville (3 H 51, fº 4r-5r) : « le(com)munal on le dit debvoir est deu il y avoit ung cerne et apparoissance de veille muraille et cainture de mur q(ui) (com)mance au coing de la closture dud(it) monastère cy l’endroict ou lesd(ites) rivières de elé et de Ysol assemblent assembles en ensuyvant led(it) mur au long de lad(ite) ryvyere de Elé et jouxte icelle jusques à lapparoissance dune porte et pans de mur q(ue) ce tesmoign ouit autreffoiz nommer Pont an Plonen a lendroit et pres de la maison ou a present demeure Pierres Jestin quelle maison est dedans icelle closture en la rue de Gorekaer situé entre lesd(ites) ryvyères ainsy que led(it) pan de mur se conduyt de la d(ite) ryvyère de Elé a lad(ite) ryvyere de Ysol et dicelle a veu ce tesmoing et encore a p(rese)nt vieille muraille joignant a lad(ite) ryvyere de Ysol jusques a la muraille a p(rese)nt estante sur lad(ite) ville de Kemperllé fors quil y a vu donssé entre deux et oultre lad(ite) ryvyere de Ysol et jouxte un jardin a p(rese)nt appartenant aux héritiers de feu Guillaume Loheac et sa fam(m)e et au d(e)hors du jardin quel jardin est de la maison ou demeura led(it) feu Guillaume Loheac et en laquelle ce tesmoing vist demourer Guyste fam(m)e de feu Guillaume Cohart et ya une veille apparoissance de muraille quelle es temps pass(és). Ce tesmoing a veu estre de plus grande aparoisance q(ue) a p(rese)nt elle mest sur lesquel mur pres dud(it) jardin y a une porte ancienne nom(m)ée Porz Rozmadec quel mur se poursuilt jusques à une veille tour q(ui) est pres un moulin fouleret appartenant au roy et ausd(its) abbé et couvent et jusques au ruisseau estant sur led(it) moulin et en ensuyvant led(it) ruisseau estant devers la place Sainct-Michel jusque a lospital nommé lospital de Langroas. Et dicelui hospital a ouy dire notoirem(en)t que led(it) (com)munal et ou lad(ite) taille est deue se poursuilt par la rue nom(m)ée la rue de Fromeur d’un costé (et) d’aultre jusques à lendroict de la maison ou au(tre)ffoiz demoura feu Pierres Le But et dillecques en ensuyvant certaine ( ?) place en laquelle ne sauroit à certain certifier les bonnes jusques à vue maison ou autreffoiz demoura Guillaume Le Dauffin ainsi q(ue) mieulx semble a ce tesmoign et recorde ce tesmoign q(ui)l vit aud(it) Dauffin autreffoiz lever et cueillir la taille dud(it) (com)munal nest membré en quel an quelle maison est situé sur une place et rue nommée Place an Moch et dillecque lesd(ites) mettes dud(it) (com)munal ou led(it) debvoir est deu ainsi q(ue) a ouy dire se poursuyvent jusques à la ryvyere de Elé tirant au long dicelle jusque a dentrée que y fait lad(ite) ryvyere de Ysol ». Sur la fin du parcours du communal, Bertrand de Kercalon, un prêtre de Trégunc âgé alors de 34 ans, indiquait : « droit a lhospital ainsi que semble a ce tesmoign fait borne et coint led(it) (com)munal par celui endroict et illecques la rue Fromeur tirant à la rue Place an Moch. En venant de lad(ite) rue Place an Moch a la rue le Roustic et de lad(ite) rue le Roustic a la rue a cost(e). Et dicelle rue a la rue aux vessaulx en et (com)prins lesd(ites) rues et de lad(ite) rue des vesseaulx longeant lad(ite) ryvyere delé jusques à lentrée q(ui) y fait lad(ite) ryvyere de Ysol jusques a lendroict dud(it) vieulx mur q(ui) commance près dud(it) jardin de lad(ite) maison dud(it) Loheac » (3 H 51, fº 7v). De ces indications on comprend que les bornes longeaient vers le nord la rive droite de l’Ellé en suivant l’enceinte de la ville-close, se poursuivaient du côté de l’Isole où elles s’affranchissaient des vieilles murailles pour remonter un ruisseau alimentant un moulin appartenant au roi. Par celui-ci, elles gagnaient la place Saint-Michel puis poursuivaient en direction de l’hôpital de Langroas, la rue Frout Meur, la place an Moch, la rue du Broustic et la rue des Vaisseaux par laquelle elles rejoignaient la rivière.
49 Blanchard, Lettres et mandements de Jean V, duc de Bretagne, vol. 3, pp. 70-71, doc. n° 1499.
50 Le Duc, Histoire de l’abbaye de Sainte-Croix de Quimperlé, p. 624, doc. nº 29 : « l’an M III c. IIII xx XVIII […] Item se charge ledit receveur de la moitié de la taille commune de Quimperlé […] Item compte du taux communal de Quimperlé ; p. 628 : « l’an M IIII c XI […] Et il y a de coustume ancienne par chacun thonneau de froment des gens demourant au communal de Quimperlé IX d […] et de chacun thonneau froment hors les mettes de communal XVIII d. ».
51 Ce document est connu par une traduction partielle contenue dans le manuscrit original de Dom le Duc (5 H 12, pp. 55-56). Elle a été établie (au xviie siècle) à partir d’un cartulaire aujourd’hui disparu, qui était conservé à l’abbaye de Quimperlé. Voir l’édition et la retranscription latine du texte dans : Le Duc, Histoire de l’abbaye de Sainte-Croix de Quimperlé, pp. 253-257 et 605-607, doc. nº 28.
52 Dans une autre charte, datée de 1210, le prince de Bretagne s’engageait à ne jamais construire de résidence infra ambitum villae Kemperllegiensis L’indication en question nous semble pouvoir être traduit par : « à l’intérieur des limites de la ville de Quimperlé » (littéralement on pourrait dire « en dessous du circuit de la ville »). On pourrait croire que nous disposons ici une première référence au district du communal mais nous ne pouvons avoir de certitude. Cette indication reste unique dans notre documentation et on ne trouve dans le texte en question aucun renseignement sur ces frontières supposées. Il s’agit peut-être d’une formule stéréotypée. En l’employant, le duc semble vouloir avant tout indiquer qu’il respectait le domaine des moines, Le Duc, Histoire de l’abbaye de Sainte-Croix de Quimperlé, pp. 604-605, doc. nº 26.
53 Joëlle Quaghebeur, « Possessio et Villa à Sainte-Croix de Quimperlé au XIe siècle », L’abbaye Sainte-Croix de Quimperlé des origines à la Révolution (Quimperlé : Centre de recherche Bretagne et pays celtiques, 1999), pp. 35-83 (p. 46).
54 Une notice des années 1088-1113 atteste déjà d’un conflit entre de le duc et l’abbé au sujet de la gestion du burgus de Quimperlé, Cartulaire de l’abbaye Sainte-Croix de Quimperlé, pp. 220-221, doc. nº 74. Sur la datation de ce document voir Régis Le Gall-Tanguy, « Réflexions autour de premiers seigneurs de Pont-Croix », Bulletin de la Société archéologique du Finistère, 138 (2010), pp. 233-242.
55 Le Duc, Histoire de l’abbaye de Sainte-Croix de Quimperlé, pp. 616-619, doc. nº 33.
56 À suivre les indications d’un rentier, 31 maisons de Carhaix étaient pourvues d’un courtil en 1539-1541 (sur les 85 cités dans le document), mais il existait aussi dans cette agglomération des terres sans habitat, Arnaud Le Mével, « Le domaine royal de Carhaix d’après le rôle-rentier 1539-1541 » 2 vols. (Brest: Université de Bretagne Occidentale [mémoire de maîtrise], 1999), vol. 1, p. 116.
57 Cartulaire de l’abbaye Sainte-Croix de Quimperlé, pp. 134-136, doc. n° 2.
58 Guillotel, « Les vicomtes de Léon aux XIe et XIIe siècles », pp. 47-48, doc. nº 1.
59 Sur le sujet voir : Hervé Martin et Louis Martin « Croix rurales et sacralisation de l’espace. Le cas de la Bretagne au Moyen Âge », Archives des sciences sociales des religions, 43/1 (1977), pp. 23-38.
60 La possession de Cuburien est certainement un héritage des vicomtes de Léon, les premiers maîtres de la localité. Dans l’acte de 1149-1157 par lequel il confirma la fondation de Sainte-Melaine de Morlaix, Hervé II de Léon indiquait que son père avait permis aux moines de prendre tout le bois dont ils avaient besoin dans la forêt de Cuburien, Levron, « Les possessions de l’abbaye Saint-Melaine de Rennes en Basse-Bretagne », pp. 87-88, doc. nº 1.
61 On trouve une première référence au parc dans le Chronicon Briocense qui indique que le duc Jean IV vint chasser à Morlaix en 1394, Morice, Mémoires pour servir de preuves à l’histoire ecclésiastique et civile de la Bretagne, 1, col. 71. Comme nombre d’installations de ce type (Châteaulin, Carnoët, Lesneven ou Duault) il semble que cette réserve soit née au sein d’une ancienne terre fiscale. La charte de fondation du prieuré de Saint-Martin de Morlaix en 1128 prouve qu’il existait une foresta à proximité de l’agglomération. Le parc au duc en est certainement l’héritier.
62 Archives Départementales Loire-Atlantique, B 1800, f° 62 r-62v. « Et de la vont par ledit grant chemin contre bas au long du mur du parc au duc jucques au coign dun jardin clos […] Et de la montent contre mont au long du Coign du mur dudit parc au duc ». De cette indication on comprend que le parc était clos ce que confirme la lecture du f° 4 v° du rentier où il est évoqué « ung parc estant dedans la closture du parc du duc ent(re) la terre dudit parc au duc et le mur dicellui dun coste et des deux boutz et le parch maitre Ph(i)l(ipp)es Coetquis ».
63 Leguay, « Le paysage péri-urbain au xve siècle : l’aspect et le rôle de la campagne voisine dans la vie des cités bretonnes au Moyen Âge », pp. 71-73.
64 Archives Départementales Ille-et-Vilaine, 4 H 74, Aveu rendu au roi par l’abbé de Saint-Melaine de Rennes pour le prieuré de Morlaix (24 avril 1679), fº 1r-1v.
65 Bernard Tanguy, Dictionnaire des noms de communes trèves et paroisses du Finistère (Douarnenez : Ar men-Le Chasse-Marée, 1990), pp. 200-201.
66 Archives Départementales Ille-et-Vilaine, 4 H 74, Aveu rendu au roi par l’abbé de Saint-Melaine de Rennes pour le prieuré de Morlaix (24 avril 1679), fº 1r-1v : « prieuré de Sainct Melainne s’estend dans toutte la paroisse appellée de Saint Melaine aux fauxbourgs et os environs dud(it) Morlaix laquelle […] va midy et occident de la rivière de Marliau qui sépare lesdict fauxbourgs et prieuré de Saint Melainne des anciennes murailles de la ville close dud(it) Morlaix du costé du septentrion, ect de l’orient, va menen bornes et limites attribuées aux bornes partables dudit Morlaix du costé du(dit) faubourg de Sainct Melainne par […] la reforma(ti)on du domainne de l’an mil quatre cent cinq(uan)te cinq ».
67 Daumesnil, Histoire de Morlaix, p. 525.
68 Dans son article sur le paysage péri-urbain, Jean-Pierre Leguay évoque des documents relatifs aux limites de Quimper et Guingamp mais oublie d’en donner les références. Nous ne les avons malheureusement pas retrouvés : Leguay, « Le paysage péri-urbain au xve siècle : l’aspect et le rôle de la campagne voisine dans la vie des cités bretonnes au Moyen Âge », p. 74.
69 Archives Départementales Loire Atlantique, B 1800, fº 62r-64r. Éditions : Joseph Daumesnil, Histoire de Morlaix (Morlaix : Imprimerie A. Ledan, 1879), pp. 523-525 ; Jean-Pierre Leguay, « Le paysage péri-urbain au XVe siècle : l’aspect et le rôle de la campagne voisine dans la vie des cités bretonnes au Moyen Âge », Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, 57 (1980), pp. 68-70 (fº 62r).
Auteur
-
Régis Le Gall-Tanguy
Université de Bretagne Occidentale. Centre de Recherche bretonne et celtique (CRBC)
Le texte seul est utilisable sous licence Licence OpenEdition Books. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.
Les entrepreneurs du coton
Innovation et développement économique (France du Nord, 1700-1830)
Mohamed Kasdi
2014
Les Houillères entre l’État, le marché et la société
Les territoires de la résilience (xviiie - xxie siècles)
Sylvie Aprile, Matthieu de Oliveira, Béatrice Touchelay et al. (dir.)
2015
Les Écoles dans la guerre
Acteurs et institutions éducatives dans les tourmentes guerrières (xviie-xxe siècles)
Jean-François Condette (dir.)
2014
Europe de papier
Projets européens au xixe siècle
Sylvie Aprile, Cristina Cassina, Philippe Darriulat et al. (dir.)
2015
