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    Plan détaillé Texte intégral Une ligne nettement identifiée Une composante territoriale fondamentale Notes de bas de page Auteur

    Reconnaître et délimiter l’espace localement au Moyen-Âge

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    Table des matières

    Les frontières des territoires locaux dans l’espace gaulois de Sidoine Apollinaire à Grégoire de Tours

    Pierre-Eric Poble

    p. 19-34

    Texte intégral Une ligne nettement identifiée Les mots désignant les frontières locales Le marquage au sol des limites territoriales Les espaces situés entre deux frontières locales Une composante territoriale fondamentale Des frontières qui permettent la désignation des territoires Les frontières territoriales, bornes spatiales d’un pouvoir Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Qui veut franchir les portes d’entrée du haut Moyen Âge gaulois, ne peut manquer sur sa route les deux colosses littéraires qui se dressent chacun, de part et d’autre. Sidoine Apollinaire est installé sur le seuil qu’il ne souhaite pas franchir, il emploie même tout son génie pour repousser au maximum l’inévitable arrivée des temps médiévaux. Grégoire de Tours se tient quant à lui dans le vestibule où il participe aux fondations des premiers temps médiévaux. L’un et l’autre sont évêques, tous deux disposent de liens avec la cité des Arvernes qu’ils connaissent bien et offrent aux historiens le plus riche corpus documentaire de leur temps, la seconde moitié du Ve siècle pour Sidoine Apollinaire et celle du siècle suivant pour Grégoire de Tours.

    2La formation juridique de ces deux auteurs suggère que la connaissance qu’ils ont du système territorial de leur époque est tout à fait bonne et de ce fait, la précision de leurs propos sur ces questions est certainement d’une grande qualité. Bien évidemment quand l’un ou l’autre rédige un texte très littéraire, le niveau de précision des données tend à s’atténuer. Cependant, leur haute culture juridique leur interdit tout contresens fondamental et toute confusion importante. Aussi les informations livrées par ces auteurs sur la question des frontières territoriales sont-elles à mon sens d’une grande fiabilité, dès lors qu’elles peuvent être précises.

    3Dans ce cadre, la réflexion sur ces limites territoriales locales se heurte d’un côté à la notion de parcelles et de l’autre à celle de royaume. Il va sans dire que les simples parcelles ne sont pas des territoires, pourtant rien dans les écrits de Sidoine Apollinaire ou de Grégoire de Tours ne permet de considérer que les limites de parcelles fonctionnent d’une manière fondamentalement différente de celles des territoires, seule l’échelle change1. Nombre de territoires, en particulier les plus petits, semblent avoir comme frontières des limites de parcelles. Néanmoins, comme les parcelles ne sont pas des territoires, elles ne seront pas systématiquement intégrées dans le champ de cette réflexion. La question des royaumes se pose en d’autres termes. Ces entités sont sans conteste des territoires, seul le caractère local peut être contestable. Cependant, comme l’espace gaulois se trouve divisé entre plusieurs royaumes aux époques de cette étude et que ces territoires se définissent par des regroupements de cités dont ils partagent les frontières, il me semble possible d’intégrer ces entités parmi les territoires locaux dont il sera question dans cet article.

    4Qu’est-ce qu’une frontière de territoire local entre la fin de l’antiquité et le début du Moyen Âge ? C’est ce que cette réflexion se propose de mettre en lumière à l’aide des écrits de Sidoine Apollinaire et de Grégoire de Tours principalement. La vision que ces auteurs rapportent donne d’abord une image matérielle caractérisée par une certaine linéarité et une identification assurée. Elle offre ensuite une représentation plus structurelle où ces frontières forment une composante territoriale fondamentale.

    Une ligne nettement identifiée

    5Ces frontières apparaissent dans les textes de trois façons différentes. L’emploi d’une terminologie spécifique désignant la frontière forme l’une d’elles. La référence faite à un certain marquage au sol de cette limite et la mention d’espaces situés entre deux frontières constituent deux autres manières de signaler leur présence.

    Les mots désignant les frontières locales

    6On rencontre seulement deux termes explicitement employés pour désigner les frontières locales : terminus et finis. Si Grégoire de Tours affiche une nette préférence pour le premier (90 % de ses mentions de frontières utilisent le terme terminus), Sidoine Apollinaire n’en montre aucune (les deux termes sont employés presque autant de fois l’un et l’autre). Formant l’un des nombreux legs du vaste héritage de la culture gallo-romaine, ces mots ne sont aucunement spécifiques de la période étudiée. Aussi, leur persistance jusque dans les désignations de la fin du VIe siècle témoigne d’une certaine continuité entre ce qui était qualifié de la sorte à la fin des temps antiques et ce qui l’est alors, aux premiers siècles des temps médiévaux. Qu’il s’agisse du sens fondamental associé à ces termes ou de la conception même des frontières locales, ces aspects n’ont pas été beaucoup transformés par la chute de l’Empire romain. Le pouvoir change de mains, mais les pratiques territoriales persistent. Ce phénomène n’est d’ailleurs pas une spécificité de la Gaule méridionale comme en témoigne notamment les propos de Venance Fortunat qui, à l’image de Grégoire de Tours, présente les limites territoriales à l’aide du seul mot terminus.

    7Utilisée de manière continue, des temps antiques aux premiers temps médiévaux, cette terminologie souligne l’importance des pratiques gallo-romaines dans la réalité des frontières territoriales étudiées ici. On ne peut donc pas s’intéresser à cette réalité sans examiner auparavant le sens que ces termes de la frontière ont en latin classique.

    8Le mot terminus trouve son origine dans le nom du dieu Terme qui préside aux bornes. Espace associé à ce dieu, il correspond très logiquement à l’emplacement des bornes, c’est-à-dire à la limite, à une extrémité, à une frontière. Le choix de ce mot pour qualifier cette limite insiste sur la présence de bornes dans le lieu ainsi désigné. Les sens figurés qui lui sont associés dès les temps classiques et jusqu’au latin le plus récent, mettent en relief la nature d’achèvement d’un espace à cet endroit, l’identification d’une clôture de distinction spatiale.

    9Le mot finis semble pour sa part issu du verbe figere qui signifie ficher, enfoncer, planter, fixer. Espace où des objets sont enfoncés, plantés et fixés pour former des bornes, il désigne lui aussi une limite, une frontière. Comme pour terminus, ce mot insiste sur l’importance des bornes. Ici ce n’est pas le dieu qui les protège qui est mis en avant, mais l’action qui permet de les ancrer solidement dans le sol, de les poser à demeure. L’importance que revêt la pérennité de cet endroit est sans doute soulignée ici de manière très concrète. Elle l’est aussi avec le nom terminus par la présence d’un dieu protecteur.

    10La proximité du sens premier des deux mots employés pour désigner ces frontières est aisément perceptible. Tous deux sont finalement liés aux bornes, à leur emplacement, à une idée d’installation dans la durée qu’il faut préserver du danger et à une idée de clôture. Suivant ces éléments, l’espace correspondant aux frontières forme inévitablement une ligne, tracée par une suite de bornes, qui signale la fin d’un espace donné, l’endroit où il se termine.

    11Cette perception de la frontière locale au travers des mots qui la désignent offre l’image d’un espace tout à fait particulier dans lequel l’identification d’un certain marquage au sol est essentielle.

    Le marquage au sol des limites territoriales

    12Déjà au Ier siècle Siculus Flaccus écrivait que les territoires des cités sont délimités, les uns par des cours d’eau, les autres par des lignes de crête et par la ligne de partage des eaux, d’autres par des pierres posées comme pré-signaux qui différent de la forme des bornes privées2. Le corpus agrimensorum romanorum3 mis en forme au IVe siècle présente une réalité tout à fait similaire en reconnaissant comme limite territoriale, des voies, des rives, des tranchées (fossés), des canaux, des alignements de remblais ou d’amoncellements de pierres, des murs, des monuments remarquables (tombes notamment), des arbres qui ne sont pas du pays, des puits, le sommet de montagnes, la ligne de partage des eaux, des rochers particuliers ou de simples bornes. Les textes de Sidoine Apollinaire comme ceux de Grégoire de Tours ne sont pas aussi riches en détails de ce type, n’étant pas aussi techniques que les précédents. Cependant, les quelques références présentes n’associent pas les limites territoriales à d’autres éléments que ceux inventoriés par les auteurs antiques.

    13Plusieurs passages présentent notamment l’utilisation de nombreux fleuves et rivières comme limite territoriale. Grégoire de Tours explique ainsi, dans son Histoire des Francs4, qu’au temps du roi Clodion (1re moitié du Ve siècle), le territoire des romains se trouvait au sud de la Gaule et se terminait au fleuve Loire et au fleuve Rhône. Au-delà de la Loire c’est l’espace territorial des Goths. De l’autre côté du Rhône qui coule près de la cité de Lyon (il faut entendre ici qu’il forme une limite de la cité de Lyon au Sud), c’est le territoire des Burgondes. Plus loin, dans le même passage, quand Grégoire de Tours relate l’entrée de la cité de Cambrai dans le royaume des Francs suite à la victoire de Clodion, il précise que ce nouveau territoire se termine alors au fleuve de la Somme. Ailleurs, on apprend que le vicus d’Amboise (le territoire et non pas le bourg centre de celui-ci5) trouve l’une de ses limites avec la rive de la Loire6. De même Venance Fortunat présente plusieurs territoires qualifiés de villae7 qui semblent être limités par la Garonne8 et signale que le castrum Mediolanum de son ami Nicétius : Mosella suis terminus extet aquis9. Sidoine Apollinaire lui aussi témoigne de cet usage quand il dit sans détour que Théodoric voulait étendre ses frontières jusqu’au Rhône10. Ne s’en fait-il pas aussi l’écho d’une manière plus littéraire en situant un territoire plus vaste qu’une simple « villa », l’ager Octavianus, dans le voisinage11 de la cité (Narbonne), de la mer et du fleuve (l’Aude)12 ?

    14Une autre manière de mentionner la présence d’une frontière dans un récit consiste à situer un espace particulier en référence directe à celle-ci, comme Grégoire de Tours le fait dans un passage de son ouvrage sur les miracles de saint Martin. Il raconte ainsi qu’à une époque ancienne (sans doute du temps de sa jeunesse où il était en Auvergne), il allait rendre visite à sa mère en Burgondie. Sur le trajet le conduisant, probablement de Clermont d’Auvergne en Burgondie, il devait traverser les bois quae trans Berberensem fluvium sitae sunt13. Les bois en question n’ont pas de nom véritable, ils abritent des brigands et sont localisés en référence au fluvium Barberensem, au-delà duquel ils se placent. Cette rivière franchie, il ne semble plus y avoir d’autres repères territoriaux disponibles pour situer ces bois dangereux. Nul doute alors que cette rivière forme une frontière territoriale dont le franchissement (le terme trans est employé) conduit dans un espace au-delà de tout territoire. L’identification de ce fluvium Barberensem avec la Besbre, affluent de la Loire qui coule dans le département de l’Allier vers Lapalisse et Dampierre-sur-Besbre permet de mieux comprendre la situation que Grégoire de Tours rapporte par ces mots. La rivière Besbre forme certainement au VIe siècle l’une des limites nord-est de la cité des Arvernes qui croise justement la route allant alors de Clermont-Ferrand en Bourgogne. Cette frontière n’est cependant pas uniquement celle de la cité des Arvernes, elle est aussi celle d’un territoire local plus petit. Le fait que le nom de cette rivière soit aussi celui d’un vicus arverne mentionné à plusieurs reprises par Grégoire de Tours (le vicus Berberensim14) le confirme. Le village de Lubillé (commune de Lapalisse) qui forme le centre probable de ce vicus est d’ailleurs sans doute le dernier bourg arverne que Grégoire de Tours a dû traverser avant de franchir la Besbre, quand il quitte la cité des Arvernes en direction du royaume de Burgondie.

    15Au temps où ce dernier territoire est gouverné par le roi Gontran, une autre frontière de ce royaume est aussi constituée par une rivière désignée de manière littéraire à l’aide du mot torrent15. Grégoire de Tours raconte en effet comment, le patrice Mummole en a interdit le passage à un groupe de saxons. Ceux-ci veulent quitter le royaume de Gontran qu’ils avaient largement pillé en pleine période de moissons. En traversant ce torrent ils souhaitent quitter le royaume de Gontran pour entrer ensuite dans celui de Sigebert. Ce n’est cependant qu’après avoir racheté leur faute en donnant de nombreuses pièces d’or à Mummole, qu’ils traversent finalement et se retrouvent peu de temps ensuite dans la cité des Arvernes16.

    16Tous ces exemples montrent l’importance des rivières et cours d’eau dans la définition des frontières locales. Ce type d’élément est de loin le plus fréquemment mentionné par les auteurs des Ve et VIe siècles comme une limite territoriale. Il n’est cependant pas le seul présent comme en témoignent d’autres références, même si celles-ci sont beaucoup plus rares.

    17Parmi elles on relève la mention d’un territoire qualifié de « villa » qui est situé viae proximam17, c’est-à-dire dans le voisinage immédiat d’une route. À l’image de Sidoine Apollinaire employant le terme proximus dans un contexte similaire, cette référence rapporte certainement l’une des caractéristiques importantes de ce petit territoire, qui est ici sa limitation par une voie publique. Cet exemple suggère qu’au VIe siècle, des territoires locaux peuvent connaître pour limite un chemin ou une voie comme aux temps antiques.

    18Un autre cas indique sans doute l’utilisation nouvelle d’un oratoire, au VIe siècle, pour marquer ponctuellement une frontière locale. En effet, comment ne pas se poser la question quand Grégoire de Tours raconte qu’un oratoire en planches avait été bâti par quelques clercs ad locum quendam Lemovicini termini18 et que les porteurs de reliques ayant trouvé l’hospitalité en ce lieu durent y laisser un fragment de l’une d’elles pour poursuivre leur route ? Dans ce récit tout suggère que ce monument fonctionne à l’image des édifices antiques utilisés comme bornes territoriales (tombes ou autels). Bien que s’inscrivant dans une certaine tradition antique, l’utilisation d’un oratoire participe peut-être à un marquage plus médiéval de la frontière de la cité Lémovice au VIe siècle.

    19On note enfin, avec une certaine surprise, qu’il n’est fait aucune référence à l’emploi de véritables bornes pour marquer les limites locales. Cette absence, comme celle de nombreuses autres situations mentionnées par les agrimensores ne signifie cependant pas l’abandon de telles pratiques au VIe siècle. La meilleure preuve en est que la présence de simples bornes formées par des poteaux peints est explicitement mentionnée par Venance Fortunat pour délimiter des parcelles de vignes19. Leur usage à la fin du VIe siècle pour marquer certaines parties des frontières territoriales locales est donc fort probable.

    20Cette présentation des références faites au marquage matériel des limites territoriales souligne avant tout l’importance de l’héritage antique dans ces pratiques même si la possible utilisation des oratoires dans ce bornage peut apparaître comme une forme plus médiévale. Parfois explicites, souvent implicites, les mentions de frontières locales apparaissent généralement en second plan dans les écrits de Sidoine Apollinaire et de Grégoire de Tours. Leur caractère matériel et leur positionnement fréquents au contact d’une zone anonyme située au-delà de la frontière, offrent des indices importants pour les identifier. Cet espace particulier s’ouvrant de l’autre côté d’une frontière est également une zone située en-deçà d’une autre limite formant ainsi un espace entre-deux frontières.

    Les espaces situés entre deux frontières locales

    21Grégoire de Tours est dans ce cas aussi une source très précieuse. Un premier passage de son Histoire des Francs rapporte la tenue d’un synode rassemblant plusieurs évêques pour juger une épineuse affaire dont les enjeux concernent plusieurs cités voisines. L’auteur précise alors que cette réunion se déroule in confinio vero termini Arverni, Gabalitani atque Ruteni20, c’est-à-dire aux confins des limites de trois cités. Une telle précision et le contexte particulier de l’affaire jugée suggèrent que l’endroit où se tient cette réunion ne peut être situé sur le territoire d’aucune des trois cités mentionnées. Il se place donc probablement dans un espace localisé entre les limites de ces trois cités, comme le signale sans doute à sa manière Grégoire de Tours dans sa localisation21. Plusieurs autres passages rédigés par cet auteur signalent d’ailleurs sans détour l’existence de telles zones d’entre-deux à l’aide du terme non équivoque d’« inter »22.

    22Ainsi, quand cet auteur relate la création d’un ermitage par Lupicin et Romain23, il précise que ceux-ci arrivèrent inter illa Jurentis deserti secreta. Faut-il alors comprendre qu’ils arrivèrent au milieu du désert de Jura (ou Joux) ou dans un espace secret situé dans l’entre-deux désertique du territoire de Jura (ou Joux) ? La suite des propos de Grégoire de Tours offre quelques précisions utiles pour trancher cette question. Il signale en effet qu’ils fixent leur ermitage dans ce lieu quae inter Burgundiam Alemanniamque sita, Aventicae adjacent24. Cette localisation complémentaire et immédiatement consécutive à la précédente souligne que cet espace est placé entre le territoire Burgundie et celui d’Alémanie, mais aussi contigu au territoire de la cité d’Avenches. Il ne peut donc s’agir ici que d’une zone d’entre deux frontières. L’emploi du terme inter, fréquemment employé en latin classique pour désigner un entre-deux, le confirme. On comprend aisément que ces deux personnages soient allés dans un tel espace, situé au-delà des frontières, pour fonder leur ermitage25.

    23Il convient sans doute aussi de comprendre en ce sens l’emploi du terme inter dans un autre passage rédigé par Grégoire de Tours. Il fait ici référence à la conclusion d’une paix dont le but est qu’aucun acte d’hostilité ni de pillage ne soit réalisé inter terminum utriusque regni26. Cette interprétation permet d’entendre ces termes définissant comme zone de paix l’espace situé entre les frontières de chacun de ces royaumes, c’est-à-dire dans une zone d’entre-deux. On peut sans doute également percevoir les choses d’une manière comparable, quand Grégoire de Tours retrace les déplacements de l’armée de Clovis après qu’il soit arrivé à Tours. Il précise en effet qui congregato exercitu, inter terminum Toronicum et Andecavum usque Sanctonas transiit eamque persavit27. Ce qui, suivant notre interprétation, signifie que, selon cet auteur, l’armée de Clovis s’est déplacée dans l’espace situé entre les cités de Tours et d’Angers, qui sont justement limitrophes, et a poursuivi son chemin ensuite jusqu’à la cité de Saintes qu’il a conquise.

    24D’autres passages suggèrent aussi la présence de vastes zones d’entre-deux en signalant seulement la présence de forêts situées au-delà des frontières d’un territoire local. Tel est certainement le cas des forêts où saint Emilien se retire aux confins de la cité des Arvernes et du territoire inférieur de « Ponticiac »28. Cela ne fait par contre aucun doute pour les forêts qui se trouvent au-delà de la Besbre, aux confins orientaux de la cité des Arvernes29.

    25La présence d’un tel « entre-deux » semble davantage correspondre au cas le plus fréquent qu’à une situation exceptionnelle. Elle n’est pas réservée aux territoires locaux les plus vastes (de type cité) comme l’attitude de l’évêque Cautin en témoigne d’une belle manière. Grégoire de Tours raconte que ce personnage était si avare qu’il cherchait toujours à étendre les limites de ses possessions30. Quelles que soient les limites des possessions voisines des siennes, il intégrait systématiquement l’entre-deux de son côté, quand cela ne réduisait pas sa possession31. Si une telle action est possible c’est qu’une zone d’entre deux se trouvait presque systématiquement entre les limites de deux possessions, qu’il soit question ici de villae ou de simples parcelles. On apprend alors que cet espace pouvait être une source d’extension de son patrimoine foncier mais aussi que cette zone est associée à la propriété de chacune des deux possessions limitrophes. Il semble donc que certaines zones « d’entre deux », celles composant les limites de parcelles et de petits territoires de type villae au moins32 peuvent être associées aux territoires dont elles forment la frontière.

    26Le statut juridique de cet « entre-deux » semble alors tout à fait différent selon que cet espace se trouve à l’intérieur du territoire d’une cité ou entre deux cités. Dans le premier cas tout porte à penser que cette zone, bien que matériellement placée hors des territoires subdivisions de la cité, se partage entre l’influence des entités dont elle forme la limite. Dans le second cas, le positionnement au-delà des limites d’une cité semble installer ces espaces hors de toute domination territoriale. On comprend que ces zones forment des repères naturels de brigands et qu’elles offrent des opportunités pour la mise en place de nouveaux territoires qui sont généralement d’origine ecclésiastique.

    27Tous ces éléments montrent que les frontières locales forment dans tous les cas une ligne nettement identifiée au-delà de laquelle on sort d’un territoire pour pénétrer dans une zone d’entre-deux. La présence même de cette dernière souligne encore davantage la forme linéaire et nettement définie de la frontière. Il ressort de tous les passages présentés, qu’au temps de Sidoine Apollinaire comme à celui de Grégoire de Tours, nul n’ignorait à quel moment il franchissait cette frontière et sortait ainsi du territoire. On est là bien loin d’une perception vague et floue de cette zone. Même si le tracé de celle-ci peut sensiblement varier avec le temps (l’omniprésence d’un espace « entre-deux » au-delà des frontières offrant souvent d’intéressantes perspectives dynamiques) elle n’en reste pas moins toujours nettement définie. L’importance d’une bonne connaissance de l’endroit où se trouve cette frontière prend toute sa dimension dès lors que cet élément apparaît comme une composante essentielle de la construction spatiale politique et juridique qu’est le territoire.

    Une composante territoriale fondamentale

    28Les frontières locales ne sont pas seulement une ligne nettement identifiée dans l’espace, elles apparaissent aussi, dans les propos de Sidoine Apollinaire ou ceux de Grégoire de Tours, comme une composante essentielle de tout territoire local. Il suffit de constater pour s’en convaincre que, non seulement la désignation de ces frontières permet à elle seule de définir une entité territoriale, mais aussi que la construction de nouveaux territoires ecclésiastiques s’appuie sur la définition nette de frontières.

    Des frontières qui permettent la désignation des territoires

    29La plupart des références faites à une frontière locale dans les écrits de Grégoire de Tours permettent de repérer un lieu à l’intérieur d’une structure territoriale qui est généralement une cité33. Si les éléments ainsi localisés sont très souvent des entités territoriales plus petites (une villa34, une domus35, un vicus36, ou un pagus37 par exemple), ils peuvent aussi correspondre à des installations ecclésiastiques (une église38, un monastère39, l’habitat d’un reclus40 notamment). Plus rarement, ce sont des lieux particuliers qui sont ainsi localisés. Parmi eux on pense à celui où Sigismond et sa famille sont gardés en captivité sur ordre de Clodomir41. On peut également citer ici l’endroit où travaille Attale. Fils de sénateur, neveu de Grégoire évêque de Langres, il a été livré comme otage à la suite d’un accord entre Thierry et Childebert, puis il est devenu garde d’écurie d’un barbare dans le territoire de Trèves (intra Trevirici termini territurio)42. Enfin, on ne peut manquer de mentionner parmi ces exemples, la localisation qui peut être faite de prodiges ou de miracles. Pour n’en citer qu’un on peut parler du cas de cette pluie de sang véritable qui coule d’un nuage dans plusieurs lieux de la cité parisienne (in termino civitatis illius)43.

    30En pratique, les frontières d’un territoire permettent à cette époque de définir un espace territorial, en précisant quelles sont les bornes de son emprise spatiale. Dès lors, on perçoit aisément que pour les contemporains de Grégoire de Tours, l’action visant à chasser d’un territoire une personne puisse être assimilable au fait de « l’éjecter hors des frontières de ce territoire », que cette entité soit une cité44 ou une simple « villa45 ». Leur nature d’extrémités territoriales confère à ces frontières un statut tout à fait spécifique, toujours en lien avec l’entité qu’elles bornent. Elles forment pour le voyageur qui quitte un territoire, les derniers espaces de cette entité qu’il traverse, une fin de cet ensemble politico-juridique. Pour celui qui arrive, c’est à l’inverse l’endroit du premier contact avec ce territoire, un vestibule dont le franchissement ouvre toutes les perspectives sur cette entité. Cette seconde perception est aussi très présente dans les écrits de Grégoire de Tours qui se font là l’écho des mentalités alti-médiévales. Franchir une frontière pour une armée belliqueuse c’est porter atteinte à l’intégrité d’un territoire et l’agresser dans sa totalité. Que les exactions commises par les soldats soient mentionnées ou non46, elles forment la manifestation la plus évidente de l’hostilité d’une armée envers un territoire dans son ensemble. Toutes ces références suggèrent que si une armée hostile parvient à franchir la frontière d’un territoire, c’est cette entité presque entière (sa capitale l’urbs et quelques places fortes peuvent être sauves) qui tombe aux mains de l’ennemi. Dans ces conditions il apparaît plus qu’essentiel d’empêcher les armées hostiles de franchir ces frontières. Grégoire de Tours souligne l’importance de cette question à plusieurs reprises. Il mentionne pour les cités du royaume de Chilpéric47, pour la cité arverne48 ou encore pour celle de Tours49, l’installation de troupes aux frontières de ces entités, par les comtes ou ducs locaux chargés d’organiser la défense de ces territoires. Cette même pratique est évoquée par Venance Fortunat quand il présente ce qu’est alors la fonction d’un duc50. Elle consiste selon lui à défendre les capitales des cités (urbes)51 et les frontières des patries, c’est-à-dire celles des territoires.

    31Ces limites forment à l’évidence un élément essentiel de l’organisation politico-spatiale de l’époque, elles sont une composante des territoires à l’instar des espaces urbains centraux52. Comme ces derniers, elles permettent à elles seules de désigner l’ensemble du territoire avec lequel elles tendent à se confondre. Leur importance dans la construction d’une réalité territoriale peut aisément se comprendre quand on perçoit leurs limites comme les bornes spatiales d’un pouvoir.

    Les frontières territoriales, bornes spatiales d’un pouvoir

    32À la fin des temps antiques comme au tout début des temps médiévaux, une entité territoriale (territoire) correspond en définitive à un espace délimité soumis à un pouvoir central53. Or, la nécessaire délimitation spatiale de tout territoire implique l’existence de frontières. Ces bornes jouent alors un rôle fondamental puisqu’elles participent directement à la construction de tout territoire. Aucune entité dépourvue de frontières ne peut être qualifiée de territoire. Pour autant, ces limites ne suffisent pas à elles seules à fonder une telle structure, un centre et un pouvoir se diffusant à partir de celui-ci sont aussi nécessaires. Pourtant, seule la présence de véritables frontières offre au pouvoir et à son centre, la qualité territoriale qui permet à moyen terme de les rendre légitimes.

    33L’importance des frontières territoriales tient donc dans leur rôle de bornes spatiales de tout pouvoir légitime. Pour les gens de l’époque, ce fonctionnement est imposé par la nature, comme en témoigne Sidoine Apollinaire quand il souligne que, contrairement à tous les pouvoirs légitimes, « la nature n’impose pas à la renommée les bornes étroites des territoires »54. Aussi quand la puissance d’un personnage vient à s’étendre à la suite de conquêtes, ce sont les frontières de son territoire qui se « dilatent ». Tel est notamment le cas quand Buccelin conquiert l’Italie au service de Théodebert55. Les frontières territoriales se déplacent toujours jusqu’à l’endroit où le pouvoir associé à cette entité prétend s’exercer. Leur pérennité confirme ou infirme leur légitimité. On peut ainsi librement envisager la mise en place de nouvelles frontières à l’image du roi Wisigoth Théodoric Ier qui trouve que les rives du Rhône conviendraient bien pour y placer ses frontières56. Il reste ensuite à inscrire ces vœux dans la réalité, sans que les moyens utilisés pour y parvenir n’aient d’importance véritable. On retrouve la même logique à une échelle plus locale, comme en témoignent les pratiques de l’évêque Cautin qui déplace systématiquement les limites de ces possessions. Cela se réalise évidemment au détriment de ses voisins et toujours par la force57. Les frontières territoriales étant les bornes spatiales d’un pouvoir, il est tout à fait normal que leur déplacement résulte de l’affrontement de pouvoirs opposés.

    34Cependant, une fois ces limites installées, elles forment une véritable barrière au-delà de laquelle les pouvoirs territoriaux ne s’exercent pas et à l’intérieur de laquelle ils sont tout-puissants. L’histoire des ambassadeurs envoyés par le roi de Galice Mir au roi Gontran en témoigne parfaitement. Quand ces personnes franchissent les frontières du territoire de Poitiers58 où s’exerce alors le pouvoir du roi Chilpéric, ce dernier peut les faire arrêter et conduire en prison à Paris. L’exercice des prérogatives de la res publica par son détenteur dans son territoire est une pratique des plus banales, héritée des temps antiques.

    35Avec l’arrivée des premiers temps médiévaux, on assiste à la construction d’un autre type de pouvoir qui tend lui aussi à s’exercer dans le cadre d’un territoire. Les écrits de Grégoire de Tours fourmillent d’anecdotes dans lesquelles il met en scène le pouvoir des saints personnages pour mettre en garde ses lecteurs contre tout manque de respect à l’égard de ces hommes défunts. Plusieurs passages présentent nettement le pouvoir de ces saints inscrit dans les limites d’un territoire. Ainsi est-il amené à se manifester quand les officiers du roi Charibert tentent de faire manger leurs chevaux indûment dans un petit territoire de type « villa » dépendant de la basilique saint Martin de Tours. Ces animaux deviennent fous, sanctionnés par le pouvoir de saint Martin nous dit Grégoire de Tours59. Seuls ceux qui parviennent à être chassés au-delà des limites de ce territoire (extra terminum loci) rentrent sains et saufs chez le roi60. Une histoire similaire met en scène Sigivald, le tout puissant représentant dans la cité arverne de Thierry, le fils aîné de Clovis face au pouvoir de saint Julien de Brioude. Grégoire de Tours raconte comment Sigivald tente de prendre possession avec audace d’un petit territoire, la villa Bulciatensis, jadis offert par l’évêque Tetradius à la basilique Saint-Julien de Brioude. Il vient en personne s’accaparer cette entité, mais à peine en franchit-il les limites qu’il devient fou et doit s’aliter. Ce n’est que l’intervention de son épouse qui le sauve. Elle le fait enlever du territoire de cette « villa » sur un brancard et le fait transporter dans un autre territoire où il est guéri quand elle arrive pour le retrouver61. Dans ces deux exemples, la puissance du saint personnage s’exerce seulement dans les limites du territoire qu’il détient, à l’image des « potentes » traditionnels dont les prérogatives ne s’exercent que dans les bornes de leurs territoires. Grégoire de Tours met donc en scène les saints hommes défunts comme de véritables « potentes » dont les armes pour faire respecter leurs droits sont implacables et irrésistibles. Il tend à faire des villae appartenant à des établissements ecclésiastiques, des entités placées entre les mains des saints personnages dont les reliques sont conservées par ces sanctuaires. Ces entités ne sont plus alors de banales entités territoriales rurales comparables à toutes les autres villae, elles deviennent les territoires d’un saint et par leur intermédiaire, celles de Dieu lui-même.

    36Grégoire de Tours va plus loin dans le développement de ce schéma puisqu’il ne se limite pas à mettre en scène le pouvoir de saints personnages dans le cadre des territoires ruraux de droit commun les plus petits. Reprenant à son compte la formule de Sidoine Apollinaire62, il l’applique au pouvoir des saints en soulignant pour saint Illide que sa renommée ne se borne pas aux limites territoriales des subdivisions de la cité des Arvernes, mais qu’elle s’étend bien au-delà de celles des cités voisines63. On l’aura compris, la puissance des saints est sans comparaison avec celle de l’antique res publica, puisqu’elle se hisse au niveau de la renommée. Pourtant, à l’image de ce pouvoir traditionnel, cette puissance des saints tend à prendre une certaine forme territoriale en définissant ses propres bornes et ses centres. Ainsi, quand est organisée dans la cité de Reims une procession des reliques de saint Rémi pour lutter contre l’arrivée d’une peste annoncée, les saints restes sont amenés à parcourir les principaux territoires urbains de cette cité (circumeunt urbem cum vicis64). Grégoire de Tours explique ensuite que le fléau franchit les frontières de la cité (fines hujus civitatis), mais que ce n’est qu’en s’approchant des lieux où étaient venues les reliques de saint Rémi que la peste s’arrête nette. L’auteur précise « qu’elle reconnaît là comme une limite (terminum) qu’elle n’ose franchir et qui par sa force répulsive, l’oblige à s’éloigner65 ». Tout est limpide dans cet épisode, les saintes reliques peuvent par leur présence définir une véritable limite spatiale de leur pouvoir. Ce dernier est selon Grégoire de Tours beaucoup plus efficace que celui associé aux limites d’une simple cité, notamment pour lutter contre la peste. À l’image du roi qui parcourt les limites de son territoire pour réactiver sa puissance territoriale66, les reliques d’un saint personnage peuvent définir elles aussi une certaine forme de territoire en parcourant ses limites. On retrouve la même idée avec le cas de la tombe de saint Servais, évêque de Tongres. Grégoire de Tours raconte que « la neige tombe en vain autour de son sépulcre », jamais elle ne parvient à l’atteindre. Il précise que « l’on peut voir tout autour la neige s’élever dans les montagnes, sans qu’elle atteigne cependant la limite du monument (tamen attingere terminum monumenti)67 ». Là encore, le pouvoir du saint semble s’exprimer de manière spatiale à partir d’un centre (le tombeau) et jusqu’à une limite nettement marquée sur le sol. Pour Grégoire de Tours, le pouvoir des saints ne se contente donc pas de s’installer dans les limites territoriales traditionnelles, comme c’est le cas pour de nombreuses villae placées entre les mains d’établissements monastiques. Il tend également à inscrire dans l’espace ses propres bornes, c’est-à-dire à fonder ses frontières territoriales particulières. On comprend ainsi qu’un nouveau type de territoire local, une structure très médiévale, est en train de naître.

    37Pour Sidoine Apollinaire comme pour Grégoire de Tours, les frontières des territoires locaux sont une réalité matérielle qui marque l’espace territorial par une zone linéaire nettement identifiée. Telle une clôture, elles distinguent une zone située à l’intérieur de leur tracé qui correspond à l’espace territorial et une zone située au-delà qui forme un « entre-deux » qui, dans le cas des cités peut être placé hors de toute domination territoriale. Ces limites sont naturellement un élément fondamental du territoire dont elles participent. Leur dénomination et leur marquage au sol restent le plus souvent profondément ancrés dans les pratiques issues de la tradition romaine classique. Cependant, Grégoire de Tours laisse percevoir dans ses écrits, le développement d’un nouveau type de frontières locales lié à l’expression spatiale du pouvoir des saints. Les territoires qui en résultent définissent alors une pratique territoriale un peu plus médiévale. Les frontières territoriales locales ne seront plus seulement celles de l’expression spatiale de l’antique res publica, mais celles de l’inscription spatiale des pouvoirs locaux dans toute leur diversité.

    Notes de bas de page

    1 Pour s’en convaincre il suffit de s’intéresser aux travaux des agrimensores qui montrent que la définition des limites de parcelles ne diffère pas vraiment de celle des territoires (Jean-Yves Guillaumin, « Sur quelques marqueurs de limite dans les Libri colonianum », Dialogues d’histoire ancienne, 30 (2004), pp. 101-113).

    2 Siculus Flaccus, De condicionibus agrorum, 163, 20 à 166, 2.

    3 Friedrich Bluhme, Karl Konrad Friedrich Wilhelm Lachmann et Adolf August Friedrich Rudorff, Die Schriften der römischen Feldmesser, 2 vols. (Hildesheim : Olm, 1848-1852) ; Carl Thulin, Corpus Agrimensorum Romanorum (Leipzig : Teubner, 1913) ; Claude Brunet, Danièle Conso, Antonio Gonzales, Thomas Guard, Jean-Yves Guillaumin et Catherine Sensal, Libri Coloniarum, Corpus Agrimensorum Romanorum VII (Besançon : Presses Universitaires de Franche-Comté, 2008) ; Guillaumin, « Sur quelques marqueurs de limite dans les Libri colonianum », pp. 101-113.

    4 Grégoire de Tours, Hist. Fran., II, 9.

    5 Pierre-Eric Poble, Les entités spatiales politiques en Gaule centrale (Auvergne, Limousin, Gévaudan, Velay) du VIe siècle au milieu du XIe siècle : Du « territorium » aux territoires (Paris : Paris-Sorbonne [thèse de doctorat dirigée par Yves Sassier], 2008), vol. 1.

    6 Grégoire de Tours, Hist. Fran., II, 17.

    7 Pierre-Eric Poble, Les entités spatiales politiques en Gaule centrale (Auvergne, Limousin, Gévaudan, Velay) du VIe siècle au milieu du XIe siècle, vol. 1.

    8 Cas de la villa Vérégine près de Bordeaux (Venance Fortunat, Carmina, I, 19) ou celui de la villa Proemiacum aussi près de Bordeaux (Venance Fortunat, Carmina, I, 20).

    9 Venance Fortunat, Carmina, III, 12.

    10 Litorio in Rhodanum proprios producere finis, Sidoine Apollinaire, Carmina, VII.

    11 Qui civitati, fluvio, mari proximus hospites epulis, te pascit hospitibus…, Sidoine Apollinaire, Epistolae, VIII, 4, 1.

    12 Le terme proximus ne correspond pas en latin classique à notre notion contemporaine de proximité toute relative, il désigne avant tout le lieu le plus proche, le plus voisin d’un autre (Félix Gaffiot, Dictionnaire Latin-Français (Paris : Hachette, 2000) art : proximus, p. 1285), c’est-à-dire une proximité immédiate. Or, quand on parle d’un territoire, son voisin le plus proche n’est-il pas celui avec lequel il partage une limite ? Aussi quand Sidoine Apollinaire dit que le territoire Octavien est proximus de la cité de Narbonne (c’est-à-dire des limites de la ville capitale), de la mer méditerranée et du fleuve l’Aude, cela veut probablement dire que ce territoire est limité par ces trois éléments géographiques.

    13 Grégoire de Tours, De virtutibus sancti Martini, XXXVI.

    14 Ce territoire qui est plus fréquemment mentionné sous son nouveau nom de Lipidiacus dès l’époque de Grégoire de Tours (Ad vicum Berberensim qui nunc Lipidiaco dicitur, Grégoire de Tours, Liber de vitae patrum, XIII, 1) semble être centré sur le terroir de Lubillé commune de Lapalisse. Concernant cette localisation voir la discussion dans la notice Berberensis (Pierre-Eric Poble, Les entités spatiales politiques en Gaule centrale (Auvergne, Limousin, Gévaudan, Velay) du VIe siècle au milieu du XIe siècle : Du « territorium » aux territoires, vol. 2, notice correspondante.

    15 Il semble en effet que cette rivière ne soit en réalité rien de moins que le Rhône !

    16 Grégoire de Tours, Hist. Fran., IV, 42.

    17 Veniens autem ad villam viae proximam…, Grégoire de Tours, Liber de passio sancti Juliani, 45.

    18 Sed, cum portitores ad locum quemdam Lemovicini termini advenissent, ubi jam pauci clerici, conserto ligneis tabulis oratorio, Dominum assidue precabantur, mansionem postulant, Grégoire de Tours, Liber de gloria martyrum, 100.

    19 Venance Fortunat, Carmina, X, 9.

    20 Grégoire de Tours, Hist. Fran., X, 8.

    21 On note d’ailleurs qu’en 1238, une croix est érigée au Puy de Gudette (endroit où se serait tenu le synode). Ce site se trouve à l’extrémité sud de la commune actuelle de Saint-Urzice et au nord de celle d’Aubrac, non loin de l’endroit où aujourd’hui encore, les frontières du Cantal, de la Lozère et de l’Aveyron se rencontrent. Cette croix dite des trois évêques a été ensuite déplacée sur la route (aujourd’hui la départementale 15) où une réplique moderne de cette croix s’élève encore à présent.

    22 L’emploi du terme confinium et non de celui d’« inter » dans ce passage est certainement seulement lié au fait que cet espace n’est pas seulement situé entre deux frontières, mais entre celles de trois cités.

    23 Grégoire de Tours, Liber de vitae patrum, I, 1.

    24 Grégoire de Tours, Liber de vitae patrum, I, 1.

    25 Le site correspondant à cette fondation est sans doute aujourd’hui Saint-Lupicin, chef-lieu de commune du canton de Saint-Claude en Franche-Comté, dans le Jura (parc du Haut-Jura). Sa localisation au sud du château de Joux (commune de Châtel-de-Joux) dont les origines peuvent être très anciennes, rend tout à fait possible l’existence d’un territoire mérovingien qualifié de castellum centré sur ce site et qualifié de Jurentis. Le désert montagneux homonyme ne serait alors que l’expression de l’espace boisé et montagneux installé au-delà de la frontière de ce territoire, dans l’entre-deux qui sépare le royaume des Burgondes de celui des Alamans.

    26 Grégoire de Tours, Hist. Fran., IX, 9.

    27 Grégoire de Tours, Hist. Fran., V, 13.

    28 Grégoire de Tours, Liber de vitae patrum, XII, 1.

    29 Grégoire de Tours, Liber de virtutibus sancti Martini, XXXVI.

    30 La question traitée par Grégoire de Tours dans ce passage étant relative au droit de propriété, c’est l’aspect patrimonial de l’espace considéré qui est mis en avant et non l’aspect territorial. Cependant, nombre de vastes possessions de cette période se confondant avec les plus petits territoires que sont alors les villae ( Pierre-Eric Poble, Les entités spatiales politiques en Gaule centrale (Auvergne, Limousin, Gévaudan, Velay) du VIe siècle au milieu du XIe siècle : Du « territorium » aux territoires, vol. 1), il est difficile d’être assuré qu’il n’est pas ici question d’entités territoriales de ce type. On ne peut également pas exclure qu’il ne soit ici question que de simples parcelles foncières, si vastes soient-elles. Aussi conserverons-nous le terme de « possessions » pour traduire les propos de Grégoire de Tours tour en connaissant l’ambiguïté de ce mot.

    31 ut cuiuscumque possessionis fines eius termino adhaesissent, inter cum sibi putaret, si ab eisdem non minuisset…, Grégoire de Tours, Hist. Fran., IV, 12.

    32 Rien ne permet de penser que ces zones ne peuvent pas aussi correspondre aux limites situées entre deux territoires plus vastes de type ager, vicus ou castellum. On peut seulement considérer qu’il ne s’agit là que de limites internes aux cités, elles peuvent donc se trouver entre tous les territoires subdivisant celui d’une cité.

    33 On note que cette pratique se décline pour les territoires inférieurs subdivisions de la cité comme en témoigne notamment ce passage où Grégoire de Tours raconte comment Promotus obtient du roi la restitution de ses biens propres localisés in ipsius castri termino (dans ce territoire de type castrum) où il demeurait avec sa mère (Grégoire de Tours, Hist. Fran., VII, 17).

    34 ad villa Rodoialensim, quae in Rhodomagensie termino sita est, Grégoire de Tours, Hist. Fran., VII, 19 ; villa…. infra Pictavo termino erat, Grégoire de Tours, Hist. Fran., IX, 35.

    35 Biturigum quoque comes misit pueros suos, ut in domo beati Martini, quae in hoc termino sita est, huiusmodi homines spoliare deberent, Grégoire de Tours, Hist. Fran., VII, 42 ; domum quam infra territuri Biturigi termino habere dinuscitur, Grégoire de Tours, Hist. Fran., VIII, 43.

    36 … apud terminum vero Pictavum vicus est in Arbatilico nomine Becciaco…, Grégoire de Tours, Liber in gloria martyrum, 89.

    37 ut Brivatensis pagi situm in Arverno territurio terminum, Grégoire de Tours, Liber in gloria martyrum, 47.

    38 Tunc Meroialensim aeclesiam termini Toronici in quo sancti Martini reliquiae habibantur, incendio concremarant, Grégoire de Tours, Hist. Fran., VII, 12 ; Quibus properantibus, venerunt ad basilicam sancti Vincenti, quae est infra terminum Agenninsis urbis, Grégoire de Tours, Hist. Fran., VII, 35.

    39 Erat in his diebus vir laudabilis sanctitatis Maxentius abba, reclausus in monastyrio suo ob Dei timore infra terminum Pictavensim, Grégoire de Tours, Hist. Fran., II, 37 ; apud monasterium Melitensim termini Arverni conversus, Grégoire de Tours, Hist. Fran., V, 9 ; Devectique ad monasterium ejus in Lemovicino termino…, Grégoire de Tours, Hist. Fran., VIII, 15.

    40 In Biturigo termino reclausus nomine Patroclus…, Grégoire de Tours, Hist. Fran., V, 10.

    41 infra terminum Aurilianensim urbis in costodia positus, detenetur, Grégoire de Tours, Hist. Fran, III, 6.

    42 Erat enim intra Treverici termini territurio cuidam barbaro serviens, Grégoire de Tours, Hist. Fran, III, 15.

    43 Tribus enim locis in termino civitatis illius (Parisiaco) hoc prodigum apparuit, Grégoire de Tours, Hist. Fran., VI, 14.

    44 C’est ce qui arrive à Didier, l’un des faux prophètes dénoncés par Grégoire de Tours. Ce domestique en cavale de l’évêque de Bigorre Amelius se faisait passer pour un saint homme faiseur de miracles. Arrêté et convaincu de sorcellerie par l’évêque de Paris, il est banni du territoire de cette cité (extra urbis terminum eiectus est, Grégoire de Tours, Hist. Fran., IX, 6).

    45 Le roi Charibert revendiquant pour son fisc un petit territoire nommé Nazelles envoie sur place ses hommes pour qu’ils y nourrissent leurs chevaux. Cette entité de type « villa » se trouve alors dans le patrimoine de la basilique de saint Martin à Tours. Donc, quand les hommes du roi arrivent sur place, alors que leurs chevaux commencent à manger le foin, ils sont saisis par la rage. Les hommes du roi ayant compris que ce phénomène témoignait d’une colère divine, les biens de saint Martin ayant été spoliés par ces chevaux, ils chassent hors du territoire ceux qu’ils retrouvent (paucos extra terminum loci, Grégoire de Tours, Liber de virtutibus sancti Martini, I, 29).

    46 Grégoire de Tours mentionne à plusieurs reprises le fait que d’importantes déprédations (pillages, incendies…) sont commises sur les territoires des cités dès qu’une armée hostile a traversé les frontières de l’une d’elles (Grégoire de Tours, Hist. Fran., VII, 24 par exemple). Plus fréquemment encore, cette même idée est simplement rendue par la mention du franchissement d’une frontière territoriale par une armée, à l’aide du verbe irruptere, se précipiter dans, faire invasion (Grégoire de Tours, Hist. Fran., IX, 18 ; Grégoire de Tours, Hist. Fran., X, 5 ; Grégoire de Tours, Hist. Fran., X, 24), ou de l’expression est ingressus, être entré dans (Grégoire de Tours, Hist. Fran., VI, 12 ; Grégoire de Tours, Hist. Fran., X, 25 ; His diebus Theodoricus ingressus Arvernum terminum, omnia exterminabat, Grégoire de Tours, Liber de vitae patrum, V, 2).

    47 Quand le roi Chilpéric découvre que son frère Gontran et son neveu Childebert ont fait la paix et se sont entendus pour lui prendre par la force plusieurs cités, il en organise la défense en mobilisant notamment des troupes armées auxquelles il donne l’ordre de se tenir au repos à l’intérieur des frontières (…infra terminum requiescere iobet, Grégoire de Tours, Hist. Fran., VI, 41).

    48 Pour faire face au péril d’une attaque de l’armée de Reccared qui vient de prendre le territoire de Beaucaire et se trouve dans celui de Nîmes, le duc Leudégisèle chargé de défendre le territoire d’Arles installe plus de 4000 hommes aux frontières pour les garder. Dans le même temps, le duc d’Auvergne Nicétius part avec des sentinelles et entoure les frontières de son territoire (Grégoire de Tours, Hist. Fran., VIII, 30).

    49 Pour faire face à la menace potentielle d’une armée berrichonne souhaitant rentrer dans la cité de Tours (quod Toronicum terminum ingrederentur), le duc Béroul mobilise une armée et se poste avec elle aux frontières de ce territoire (exercitos commoret et se in ipsos fines statuit, Hist. Fran., VI, 12)

    50 ut patriae fines sapiens tuearis et urbes, Venance Fortunat, Carmina, X, 19.

    51 Cet aspect est d’ailleurs rappelé aussi par Grégoire de Tours quand il explique l’organisation de la défense des cités de Chilpéric (Grégoire de Tours, Hist. Fran., VI, 41).

    52 Pierre-Eric Poble, Les entités spatiales politiques en Gaule centrale (Auvergne, Limousin, Gévaudan, Velay) du VIe siècle au milieu du XIe siècle : Du « territorium » aux territoires, vol. 1.

    53 Pierre-Eric Poble, Les entités spatiales politiques en Gaule centrale (Auvergne, Limousin, Gévaudan, Velay) du VIe siècle au milieu du XIe siècle : Du « territorium » aux territoires, vol. 1.

    54 Sidoine Apollinaire, Carmina, IX.

    55 captam omnem Italiam, usque in mare terminum dilatavit, Grégoire de Tours, Hist. Fran., III, 32.

    56 Litorio in Rhodanum proprios producere fines, Sidoine Apollinaire, Carmina, VII.

    57 Grégoire de Tours, Hist. Fran., IV, 12.

    58 Cumque per Pectavum terminum praeterirent…, Grégoire de Tours, Hist. Fran., V, 41.

    59 Grégoire de Tours, Miracles de saint Martin, I, 29.

    60 Grégoire de Tours, Miracles de saint Martin, I, 29.

    61 Grégoire de Tours, Hist. Fran., III, 16.

    62 « La nature n’impose pas à la renommée les bornes étroites des territoires », Sidoine Apollinaire, Carmina, IX.

    63 Grégoire de Tours, Liber de vitae patrum, II, 1.

    64 Grégoire de Tours, Liber in gloria confessorum, 78.

    65 Grégoire de Tours, Liber in gloria confessorum, 78.

    66 C’est notamment le cas de Clotaire qui, après la mort de Théodebald, vient d’arriver sur le trône de France et qui parcourt (ad eum circuiret) les frontières de son royaume pour affirmer sa puissance. Lors de son itinéraire il parvient notamment à écraser une révolte des saxons affirmant ainsi son pouvoir (Grégoire de Tours, Hist. Fran., IV, 14).

    67 Grégoire de Tours, Liber in gloria confessorum, 71.

    Auteur

    • Pierre-Eric Poble

      Université Paris-Sorbonne

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    1 Pour s’en convaincre il suffit de s’intéresser aux travaux des agrimensores qui montrent que la définition des limites de parcelles ne diffère pas vraiment de celle des territoires (Jean-Yves Guillaumin, « Sur quelques marqueurs de limite dans les Libri colonianum », Dialogues d’histoire ancienne, 30 (2004), pp. 101-113).

    2 Siculus Flaccus, De condicionibus agrorum, 163, 20 à 166, 2.

    3 Friedrich Bluhme, Karl Konrad Friedrich Wilhelm Lachmann et Adolf August Friedrich Rudorff, Die Schriften der römischen Feldmesser, 2 vols. (Hildesheim : Olm, 1848-1852) ; Carl Thulin, Corpus Agrimensorum Romanorum (Leipzig : Teubner, 1913) ; Claude Brunet, Danièle Conso, Antonio Gonzales, Thomas Guard, Jean-Yves Guillaumin et Catherine Sensal, Libri Coloniarum, Corpus Agrimensorum Romanorum VII (Besançon : Presses Universitaires de Franche-Comté, 2008) ; Guillaumin, « Sur quelques marqueurs de limite dans les Libri colonianum », pp. 101-113.

    4 Grégoire de Tours, Hist. Fran., II, 9.

    5 Pierre-Eric Poble, Les entités spatiales politiques en Gaule centrale (Auvergne, Limousin, Gévaudan, Velay) du VIe siècle au milieu du XIe siècle : Du « territorium » aux territoires (Paris : Paris-Sorbonne [thèse de doctorat dirigée par Yves Sassier], 2008), vol. 1.

    6 Grégoire de Tours, Hist. Fran., II, 17.

    7 Pierre-Eric Poble, Les entités spatiales politiques en Gaule centrale (Auvergne, Limousin, Gévaudan, Velay) du VIe siècle au milieu du XIe siècle, vol. 1.

    8 Cas de la villa Vérégine près de Bordeaux (Venance Fortunat, Carmina, I, 19) ou celui de la villa Proemiacum aussi près de Bordeaux (Venance Fortunat, Carmina, I, 20).

    9 Venance Fortunat, Carmina, III, 12.

    10 Litorio in Rhodanum proprios producere finis, Sidoine Apollinaire, Carmina, VII.

    11 Qui civitati, fluvio, mari proximus hospites epulis, te pascit hospitibus…, Sidoine Apollinaire, Epistolae, VIII, 4, 1.

    12 Le terme proximus ne correspond pas en latin classique à notre notion contemporaine de proximité toute relative, il désigne avant tout le lieu le plus proche, le plus voisin d’un autre (Félix Gaffiot, Dictionnaire Latin-Français (Paris : Hachette, 2000) art : proximus, p. 1285), c’est-à-dire une proximité immédiate. Or, quand on parle d’un territoire, son voisin le plus proche n’est-il pas celui avec lequel il partage une limite ? Aussi quand Sidoine Apollinaire dit que le territoire Octavien est proximus de la cité de Narbonne (c’est-à-dire des limites de la ville capitale), de la mer méditerranée et du fleuve l’Aude, cela veut probablement dire que ce territoire est limité par ces trois éléments géographiques.

    13 Grégoire de Tours, De virtutibus sancti Martini, XXXVI.

    14 Ce territoire qui est plus fréquemment mentionné sous son nouveau nom de Lipidiacus dès l’époque de Grégoire de Tours (Ad vicum Berberensim qui nunc Lipidiaco dicitur, Grégoire de Tours, Liber de vitae patrum, XIII, 1) semble être centré sur le terroir de Lubillé commune de Lapalisse. Concernant cette localisation voir la discussion dans la notice Berberensis (Pierre-Eric Poble, Les entités spatiales politiques en Gaule centrale (Auvergne, Limousin, Gévaudan, Velay) du VIe siècle au milieu du XIe siècle : Du « territorium » aux territoires, vol. 2, notice correspondante.

    15 Il semble en effet que cette rivière ne soit en réalité rien de moins que le Rhône !

    16 Grégoire de Tours, Hist. Fran., IV, 42.

    17 Veniens autem ad villam viae proximam…, Grégoire de Tours, Liber de passio sancti Juliani, 45.

    18 Sed, cum portitores ad locum quemdam Lemovicini termini advenissent, ubi jam pauci clerici, conserto ligneis tabulis oratorio, Dominum assidue precabantur, mansionem postulant, Grégoire de Tours, Liber de gloria martyrum, 100.

    19 Venance Fortunat, Carmina, X, 9.

    20 Grégoire de Tours, Hist. Fran., X, 8.

    21 On note d’ailleurs qu’en 1238, une croix est érigée au Puy de Gudette (endroit où se serait tenu le synode). Ce site se trouve à l’extrémité sud de la commune actuelle de Saint-Urzice et au nord de celle d’Aubrac, non loin de l’endroit où aujourd’hui encore, les frontières du Cantal, de la Lozère et de l’Aveyron se rencontrent. Cette croix dite des trois évêques a été ensuite déplacée sur la route (aujourd’hui la départementale 15) où une réplique moderne de cette croix s’élève encore à présent.

    22 L’emploi du terme confinium et non de celui d’« inter » dans ce passage est certainement seulement lié au fait que cet espace n’est pas seulement situé entre deux frontières, mais entre celles de trois cités.

    23 Grégoire de Tours, Liber de vitae patrum, I, 1.

    24 Grégoire de Tours, Liber de vitae patrum, I, 1.

    25 Le site correspondant à cette fondation est sans doute aujourd’hui Saint-Lupicin, chef-lieu de commune du canton de Saint-Claude en Franche-Comté, dans le Jura (parc du Haut-Jura). Sa localisation au sud du château de Joux (commune de Châtel-de-Joux) dont les origines peuvent être très anciennes, rend tout à fait possible l’existence d’un territoire mérovingien qualifié de castellum centré sur ce site et qualifié de Jurentis. Le désert montagneux homonyme ne serait alors que l’expression de l’espace boisé et montagneux installé au-delà de la frontière de ce territoire, dans l’entre-deux qui sépare le royaume des Burgondes de celui des Alamans.

    26 Grégoire de Tours, Hist. Fran., IX, 9.

    27 Grégoire de Tours, Hist. Fran., V, 13.

    28 Grégoire de Tours, Liber de vitae patrum, XII, 1.

    29 Grégoire de Tours, Liber de virtutibus sancti Martini, XXXVI.

    30 La question traitée par Grégoire de Tours dans ce passage étant relative au droit de propriété, c’est l’aspect patrimonial de l’espace considéré qui est mis en avant et non l’aspect territorial. Cependant, nombre de vastes possessions de cette période se confondant avec les plus petits territoires que sont alors les villae ( Pierre-Eric Poble, Les entités spatiales politiques en Gaule centrale (Auvergne, Limousin, Gévaudan, Velay) du VIe siècle au milieu du XIe siècle : Du « territorium » aux territoires, vol. 1), il est difficile d’être assuré qu’il n’est pas ici question d’entités territoriales de ce type. On ne peut également pas exclure qu’il ne soit ici question que de simples parcelles foncières, si vastes soient-elles. Aussi conserverons-nous le terme de « possessions » pour traduire les propos de Grégoire de Tours tour en connaissant l’ambiguïté de ce mot.

    31 ut cuiuscumque possessionis fines eius termino adhaesissent, inter cum sibi putaret, si ab eisdem non minuisset…, Grégoire de Tours, Hist. Fran., IV, 12.

    32 Rien ne permet de penser que ces zones ne peuvent pas aussi correspondre aux limites situées entre deux territoires plus vastes de type ager, vicus ou castellum. On peut seulement considérer qu’il ne s’agit là que de limites internes aux cités, elles peuvent donc se trouver entre tous les territoires subdivisant celui d’une cité.

    33 On note que cette pratique se décline pour les territoires inférieurs subdivisions de la cité comme en témoigne notamment ce passage où Grégoire de Tours raconte comment Promotus obtient du roi la restitution de ses biens propres localisés in ipsius castri termino (dans ce territoire de type castrum) où il demeurait avec sa mère (Grégoire de Tours, Hist. Fran., VII, 17).

    34 ad villa Rodoialensim, quae in Rhodomagensie termino sita est, Grégoire de Tours, Hist. Fran., VII, 19 ; villa…. infra Pictavo termino erat, Grégoire de Tours, Hist. Fran., IX, 35.

    35 Biturigum quoque comes misit pueros suos, ut in domo beati Martini, quae in hoc termino sita est, huiusmodi homines spoliare deberent, Grégoire de Tours, Hist. Fran., VII, 42 ; domum quam infra territuri Biturigi termino habere dinuscitur, Grégoire de Tours, Hist. Fran., VIII, 43.

    36 … apud terminum vero Pictavum vicus est in Arbatilico nomine Becciaco…, Grégoire de Tours, Liber in gloria martyrum, 89.

    37 ut Brivatensis pagi situm in Arverno territurio terminum, Grégoire de Tours, Liber in gloria martyrum, 47.

    38 Tunc Meroialensim aeclesiam termini Toronici in quo sancti Martini reliquiae habibantur, incendio concremarant, Grégoire de Tours, Hist. Fran., VII, 12 ; Quibus properantibus, venerunt ad basilicam sancti Vincenti, quae est infra terminum Agenninsis urbis, Grégoire de Tours, Hist. Fran., VII, 35.

    39 Erat in his diebus vir laudabilis sanctitatis Maxentius abba, reclausus in monastyrio suo ob Dei timore infra terminum Pictavensim, Grégoire de Tours, Hist. Fran., II, 37 ; apud monasterium Melitensim termini Arverni conversus, Grégoire de Tours, Hist. Fran., V, 9 ; Devectique ad monasterium ejus in Lemovicino termino…, Grégoire de Tours, Hist. Fran., VIII, 15.

    40 In Biturigo termino reclausus nomine Patroclus…, Grégoire de Tours, Hist. Fran., V, 10.

    41 infra terminum Aurilianensim urbis in costodia positus, detenetur, Grégoire de Tours, Hist. Fran, III, 6.

    42 Erat enim intra Treverici termini territurio cuidam barbaro serviens, Grégoire de Tours, Hist. Fran, III, 15.

    43 Tribus enim locis in termino civitatis illius (Parisiaco) hoc prodigum apparuit, Grégoire de Tours, Hist. Fran., VI, 14.

    44 C’est ce qui arrive à Didier, l’un des faux prophètes dénoncés par Grégoire de Tours. Ce domestique en cavale de l’évêque de Bigorre Amelius se faisait passer pour un saint homme faiseur de miracles. Arrêté et convaincu de sorcellerie par l’évêque de Paris, il est banni du territoire de cette cité (extra urbis terminum eiectus est, Grégoire de Tours, Hist. Fran., IX, 6).

    45 Le roi Charibert revendiquant pour son fisc un petit territoire nommé Nazelles envoie sur place ses hommes pour qu’ils y nourrissent leurs chevaux. Cette entité de type « villa » se trouve alors dans le patrimoine de la basilique de saint Martin à Tours. Donc, quand les hommes du roi arrivent sur place, alors que leurs chevaux commencent à manger le foin, ils sont saisis par la rage. Les hommes du roi ayant compris que ce phénomène témoignait d’une colère divine, les biens de saint Martin ayant été spoliés par ces chevaux, ils chassent hors du territoire ceux qu’ils retrouvent (paucos extra terminum loci, Grégoire de Tours, Liber de virtutibus sancti Martini, I, 29).

    46 Grégoire de Tours mentionne à plusieurs reprises le fait que d’importantes déprédations (pillages, incendies…) sont commises sur les territoires des cités dès qu’une armée hostile a traversé les frontières de l’une d’elles (Grégoire de Tours, Hist. Fran., VII, 24 par exemple). Plus fréquemment encore, cette même idée est simplement rendue par la mention du franchissement d’une frontière territoriale par une armée, à l’aide du verbe irruptere, se précipiter dans, faire invasion (Grégoire de Tours, Hist. Fran., IX, 18 ; Grégoire de Tours, Hist. Fran., X, 5 ; Grégoire de Tours, Hist. Fran., X, 24), ou de l’expression est ingressus, être entré dans (Grégoire de Tours, Hist. Fran., VI, 12 ; Grégoire de Tours, Hist. Fran., X, 25 ; His diebus Theodoricus ingressus Arvernum terminum, omnia exterminabat, Grégoire de Tours, Liber de vitae patrum, V, 2).

    47 Quand le roi Chilpéric découvre que son frère Gontran et son neveu Childebert ont fait la paix et se sont entendus pour lui prendre par la force plusieurs cités, il en organise la défense en mobilisant notamment des troupes armées auxquelles il donne l’ordre de se tenir au repos à l’intérieur des frontières (…infra terminum requiescere iobet, Grégoire de Tours, Hist. Fran., VI, 41).

    48 Pour faire face au péril d’une attaque de l’armée de Reccared qui vient de prendre le territoire de Beaucaire et se trouve dans celui de Nîmes, le duc Leudégisèle chargé de défendre le territoire d’Arles installe plus de 4000 hommes aux frontières pour les garder. Dans le même temps, le duc d’Auvergne Nicétius part avec des sentinelles et entoure les frontières de son territoire (Grégoire de Tours, Hist. Fran., VIII, 30).

    49 Pour faire face à la menace potentielle d’une armée berrichonne souhaitant rentrer dans la cité de Tours (quod Toronicum terminum ingrederentur), le duc Béroul mobilise une armée et se poste avec elle aux frontières de ce territoire (exercitos commoret et se in ipsos fines statuit, Hist. Fran., VI, 12)

    50 ut patriae fines sapiens tuearis et urbes, Venance Fortunat, Carmina, X, 19.

    51 Cet aspect est d’ailleurs rappelé aussi par Grégoire de Tours quand il explique l’organisation de la défense des cités de Chilpéric (Grégoire de Tours, Hist. Fran., VI, 41).

    52 Pierre-Eric Poble, Les entités spatiales politiques en Gaule centrale (Auvergne, Limousin, Gévaudan, Velay) du VIe siècle au milieu du XIe siècle : Du « territorium » aux territoires, vol. 1.

    53 Pierre-Eric Poble, Les entités spatiales politiques en Gaule centrale (Auvergne, Limousin, Gévaudan, Velay) du VIe siècle au milieu du XIe siècle : Du « territorium » aux territoires, vol. 1.

    54 Sidoine Apollinaire, Carmina, IX.

    55 captam omnem Italiam, usque in mare terminum dilatavit, Grégoire de Tours, Hist. Fran., III, 32.

    56 Litorio in Rhodanum proprios producere fines, Sidoine Apollinaire, Carmina, VII.

    57 Grégoire de Tours, Hist. Fran., IV, 12.

    58 Cumque per Pectavum terminum praeterirent…, Grégoire de Tours, Hist. Fran., V, 41.

    59 Grégoire de Tours, Miracles de saint Martin, I, 29.

    60 Grégoire de Tours, Miracles de saint Martin, I, 29.

    61 Grégoire de Tours, Hist. Fran., III, 16.

    62 « La nature n’impose pas à la renommée les bornes étroites des territoires », Sidoine Apollinaire, Carmina, IX.

    63 Grégoire de Tours, Liber de vitae patrum, II, 1.

    64 Grégoire de Tours, Liber in gloria confessorum, 78.

    65 Grégoire de Tours, Liber in gloria confessorum, 78.

    66 C’est notamment le cas de Clotaire qui, après la mort de Théodebald, vient d’arriver sur le trône de France et qui parcourt (ad eum circuiret) les frontières de son royaume pour affirmer sa puissance. Lors de son itinéraire il parvient notamment à écraser une révolte des saxons affirmant ainsi son pouvoir (Grégoire de Tours, Hist. Fran., IV, 14).

    67 Grégoire de Tours, Liber in gloria confessorum, 71.

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    Poble, P.-E. (2016). Les frontières des territoires locaux dans l’espace gaulois de Sidoine Apollinaire à Grégoire de Tours. In N. Baron-Yelles, S. Boisselier, C. François, & F. Sabaté (éds.), Reconnaître et délimiter l’espace localement au Moyen-Âge. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.12414
    Poble, Pierre-Eric. « Les frontières des territoires locaux dans l’espace gaulois de Sidoine Apollinaire à Grégoire de Tours ». In Reconnaître et délimiter l’espace localement au Moyen-Âge, édité par Nacima Baron-Yelles, Stéphane Boisselier, Clément François, et Flocel Sabaté. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2016. doi:10.4000/books.septentrion.12414.
    Poble, Pierre-Eric. « Les frontières des territoires locaux dans l’espace gaulois de Sidoine Apollinaire à Grégoire de Tours ». Reconnaître et délimiter l’espace localement au Moyen-Âge, édité par Nacima Baron-Yelles et al., Presses universitaires du Septentrion, 2016, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.12414.

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    Baron-Yelles, N., Boisselier, S., François, C., & Sabaté, F. (éds.). (2016). Reconnaître et délimiter l’espace localement au Moyen-Âge. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.12406
    Baron-Yelles, Nacima, Stéphane Boisselier, Clément François, et Flocel Sabaté, éd. Reconnaître et délimiter l’espace localement au Moyen-Âge. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2016. doi:10.4000/books.septentrion.12406.
    Baron-Yelles, Nacima, et al., éditeurs. Reconnaître et délimiter l’espace localement au Moyen-Âge. Presses universitaires du Septentrion, 2016, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.12406.
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