Introduction
p. 23-38
Note de l’éditeur
Avec la collaboration de : Joëlle Petit, Docteure en histoire des techniques, Laboratoire HTTP-HT2S (Histoire, Technique, Technologie, Patrimoine – Histoire des technosciences en société), EA 3716 – École doctorale Abbé Grégoire (ED 546), Conservatoire national des arts et métiers (contributeur), Gersende Piernas, Chargée d’études documentaires, responsable du Pôle Archives d’entreprises, Archives nationales du monde du travail, Roubaix (contributeur).
Texte intégral
Un programme pluridisciplinaire
12012 voit les prémices du programme Gestes techniques – Techniques du geste soutenu par la SACDHTE1 et conclu par le colloque roubaisien. Ces recherches sont portées au Conservatoire national des arts et métiers par André Guillerme et Didier Bouillon ; ainsi de la journée d’études Transmettre les valeurs et les cultures, comment se réapproprier les savoirs techniques (France, Belgique, Terre de Feu, XIXe-XXIe siècles) sur la transmission par la pédagogie via la muséologie des savoirs et des gestes dans les métiers d’art (fonderie de cloches, art verrier, création de masques pour le théâtre, bijouterie) organisée par Martine Mille2 et Joëlle Petit3 (Biennale Éducation, Formation, Pratiques professionnelles Transmission des valeurs, expériences et culture, Cnam, 5 juillet 2012). Déjà, en 2010, André Guillerme initie la formation doctorale Mémoire des métiers vivants, au laboratoire Histoire, Techniques, Technologie, Patrimoine du Centre d’histoire des techniques et de l’environnement au Conservatoire national des arts et métiers (HTTP-CDHTE-Cnam). Les thèses en cours, portant sur l’art campanaire (Françoise Bergamo) ou les techniques des masques de cuir (Claude Dessimond), sous la direction entre autres d’André Guillerme procèdent de cette impulsion. Celles de Fabiola Lozano (2013) Innovations des techniques verrières au XIXe siècle et leurs applications dans la réalisation de vitraux, dirigée par Laurence Lestel (CNRS, UMR 7619 METIS, Université Pierre et Marie Curie) ou de Joëlle Petit (2014) Le rayonnement des marbriers wallons (1800-1920), sous la direction d’André Guillerme, ressortent également de ce mouvement.
2Jusqu’en 2012, le CDHTE-Cnam regroupe des historiens des techniques et des chercheurs d’institutions reconnues, valorisant l’histoire des techniques4. Des colloques internationaux fondateurs y sont organisés, qui ont établi durant les quinze dernières années la réputation de cette unité de recherche5.
3Membre jusqu’en 2009, Liliane Hilaire-Pérez contribue ainsi largement au renouvellement des recherches sur l’invention et la circulation des savoirs techniques et plus largement au renouvellement du champ de l’histoire culturelle des techniques en France6. La SACDHTE, aux côtés des axes du laboratoire de recherche, y participe par des publications et des journées d’études7.
4En septembre 2012, le séminaire doctoral Gestes techniques : du geste à la machine, de la dextérité au doigté (XVIIIe-XXIe siècles), du laboratoire Histoire, Techniques, Technologie, Patrimoine (HTTP-Cnam) et du programme du LABEX Histoire et anthropologie des savoirs, des techniques et des croyances, Pres héSam, Cnam, est confié à Martine Mille et Joëlle Petit. Il propose de comprendre le geste technique dès le XVIIIe siècle, la mécanisation aux XIXe et XXe siècles et la digitalisation dans l’espace de l’atelier ou de l’usine. La pédagogie du geste inscrit dans la chaîne opératoire est abordée comme vecteur de la promotion technique, par l’écrit technique, les maquettes d’enseignement, les formations techniques ou les musées d’arts industriels.
5En avril 2013, le séminaire Mémoire des métiers vivants : Transcrire et vivre le geste technique est organisé par le laboratoire Histoire des techniques du Cnam au laboratoire de recherche de l’École nationale supérieure du paysage (Versailles) avec le soutien de Didier Bouillon, professeur (LAREP-ENSP) et de Vincent Piveteau, directeur de l’ENSP de Versailles. Ces recherches ont permis de constituer une équipe pluridisciplinaire de chercheurs et de praticiens du geste, qui sont venus rejoindre l’équipe initiale et enrichir les débats, apportant leurs grilles de lecture, leurs décryptages et leurs langages, tous confrontés aux documents et témoignages visuels ou sonores, pour comprendre a posteriori ces actes de la pratique grâce aux travaux en anthropologie, en sociologie, en archéologie8.
Roubaix – 2013 : le colloque Gestes techniques – Techniques du geste9
6Le 14 décembre 2013, le colloque pluridisciplinaire Gestes techniques et techniques du geste. Approches pluridisciplinaires. Hommage à François Sigaut (1940-2012), organisé conjointement par la Société des amis du CDHTE et les ANMT, est accueilli par Gersende Piernas et les Archives nationales du monde du travail, dirigées par Louis Le Roc’h Morgère. Ce colloque est né d’une collaboration avec André Guillerme, professeur d’histoire des techniques au laboratoire HT2S-Cnam10, Martine Mille, doctorante au laboratoire SAPRAT – ÉPHÉ – Paris Sciences et Lettres (PSL) Research University et présidente de la SACDHTE, et le groupe de recherche Gestes techniques – Mémoire des métiers vivants, en lien avec les Archives nationales du monde du travail (ANMT) en 2013 pour l’organiser et l’accueillir à Roubaix. Ainsi, ce colloque émane dans une triple lignée.
7Il constitue d’abord le second projet en commun avec le Cnam et la SACDHTE. Le premier fut une journée d’études intitulée Ponts d’ici-Ponts d’ailleurs : constructions, archives et mémoires, qui s’est tenue le 9 mars 2009 aux ANMT, organisée par la SECDHTE et l’axe Architecture, Techniques et Territoire du CDHTE-Cnam, dirigé par Valérie Nègre. Elle avait pour contexte l’exposition des ANMT, L’art du vide. Les ponts du génie français, en métropole et dans le monde, qui s’est déroulée du 21 novembre 2008 au 17 juillet 2009. Cette journée d’études et cette exposition se sont enrichies mutuellement et ont depuis été publiées et les contributions de la journée d’études réunies par Martine Mille et Guy Lambert (ENSA Paris-Belleville-IPRAUS-UMR AUSer)11.
8Ce premier pont jeté entre archivistes et historiens des techniques a ensuite trouvé écho le 18 avril 2013 à Versailles, lorsque les ANMT ont été invitées à intervenir dans le cadre du séminaire Mémoires des métiers vivants : transcrire et vivre le geste technique, organisé par le programme de recherche Gestes techniques – Mémoire des métiers vivants déjà évoqué. Gersende Piernas présentait, en lien avec le programme, les collections d’archives minières conservées aux ANMT12.
9Enfin, cette conjonction d’énergie, entre la clôture de ce programme de recherches sur le geste technique, commencé au Cnam-Paris dès 2011 et le vingtième anniversaire des ANMT, a trouvé son point d’orgue en 2013 sous la forme d’un colloque en hommage à François Sigaut (10 novembre 1940-2 novembre 2012), directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (ÉHÉSS) et chercheur émérite au CDHTE – Cnam, spécialiste entre autres de l’histoire des techniques agraires. Il était organisé par la SACDHTE, ses anciens élèves et ses collègues, qui appréciaient beaucoup son esprit lettré et son égale belle humeur. Le colloque de Roubaix invitait à réfléchir sur le geste, toutes techniques confondues, grâce aux langages, connaissances et perceptions des participants. Les deux sessions du colloque Gestes et postures et Vie du geste ont permis à plus de vingt chercheurs intervenants de présenter leurs recherches récentes sur ces gestes éphémères et fragiles par un rare et précieux dialogue entre sciences, techniques et sciences sociales. La clôture du colloque a vu la projection de films documentaires tirés des fonds des Archives nationales du monde du travail et en particulier des archives minières, restituant ainsi les gestes techniques.
Gestes techniques, techniques du geste. Approches pluridisciplinaires
10Gestes techniques, techniques du Geste. Approches pluridisciplinaires propose de réunir certaines contributions du colloque pluridisciplinaire Gestes techniques – Technique du geste, organisé le 14 décembre 2013 à Roubaix. Il met en perspective les pistes de travail et les voies de la recherche empruntées depuis 2011 par les participants au programme Gestes techniques – Mémoire des métiers vivants, enrichi par une pluridisciplinarité en sciences sociales. D’autres contributions de chercheurs du programme Gestes techniques sont venues enrichir ce volume, tout comme les bilans et perspectives en 2016 sur ces thématiques, amplifiant donc par d’autres travaux originaux les premiers résultats du colloque roubaisien.
11Son édition en partenariat avec les Presses universitaires du Septentrion bénéficie également du soutien financier du Prix 2013 de l’Académie des sciences, arts et belles lettres de Dijon, pour Vivre, transmettre, transcrire le geste technique. Textes inédits, hommage à Denis Diderot, par André Guillerme, Martine Mille, Joëlle Petit (dir.) en collaboration avec Brune Boyer-Pellerej, Françoise Bergamo, Fabiola Lozano, édité par la SACDHTE, en juin 2013. Le prix, dans le cadre des manifestations du tricentenaire de la naissance de Denis Diderot (Langres, 1713) récompense ce mémoire en réponse à la question : Faut-il garder la mémoire du geste au siècle de l’informatique ?
12Le groupe des chercheurs lauréats au concours a souhaité que la récompense en soutien à la recherche contribue au partenariat éditorial. La SACDHTE également intervient au financement de cette édition.
13Les auteurs et lauréats adressent leurs plus vifs remerciements à Madame Christine Lamarre, Présidente du Conseil d’administration de l’Académie des sciences, arts et belles lettres de Dijon, à Monsieur Christian Tavernier, Président de la Commission des Sciences, à Monsieur Michel Pauty, Secrétaire de la Commission des sciences et aux membres de l’Académie, pour avoir distingué leurs travaux et pour leur soutien à cette édition et pour l’aimable autorisation de l’utilisation des droits d’image de l’institution.
Le geste technique au miroir de la pluridisciplinarité
14L’ouvrage Gestes techniques – Techniques du geste revient sur les réflexions menées dès 2011 par Martine Mille et Joëlle Petit, sur la Vie du Geste et restituées en 201413. Elles se sont appuyées sur les travaux d’anthropologues des techniques, de sociologues et d’ethnologues, comme Marcel Mauss, André Leroi-Gourhan, André-Georges Haudricourt, François Sigaut, Richard Sennett ou Blandine Bril14 ; aussi bien que sur ceux d’historiens ou préhistoriens comme Maurice Daumas, Robert Halleux, Sophie Archambault de Beaune, Anne-Françoise Garçon, André Guillerme et Liliane Hilaire-Pérez15. Cependant en 2010-2012, nulle synthèse n’apparaissait mobilisable, d’où l’idée d’initier ce programme pluridisciplinaire Gestes techniques – Mémoire des métiers vivants, dont le colloque roubaisien constituait le prolongement, proposant une lecture croisée d’une histoire des techniques matérielle, culturelle et intellectuelle, s’appuyant sur les sources manuscrites ou iconographiques, des témoignages ou des enquêtes anthropologiques et ethnologiques in situ. Cet ouvrage renouvelle donc les échanges entre historiens des techniques, archivistes, sociologues, anthropologues, ethnologues et archéologues.
15Le comité scientifique est ici composé de Jean-François Belhoste (SAPRAT-École pratique des hautes études Paris, (PSL) University Research), Didier Bouillon (†) (École nationale supérieure du paysage Versailles), Blandine Bril (Groupe de recherche Apprentissage et contexte – École des Hautes Études en Sciences Sociales (ÉHÉSS) – Laboratoire Education, Discours et Apprentissage (EDA) – Université Paris Descartes), Christiane Demeulenaere-Douyère16 (Centre Alexandre Koyré, Paris), Judith Rainhorn (Université Valenciennes Hainaut Cambrésis), Robert Halleux (Université de Liège, Centre d’histoire des sciences et des techniques), Joëlle Petit (HT2S-Cnam), Martine Mille (SAPRAT-ÉPHÉ, Paris Sciences et Lettres (PSL) Research University), Gersende Piernas et Louis Le Roc’h Morgère (ANMT-Roubaix), et Denis Woronoff, professeur émérite (Université Paris I Panthéon Sorbonne-IDHES-UMR 8533-CNRS HeSam).
16La participation de la communauté scientifique à ce programme de recherche est importante, soutenant un certain courant de l’histoire des techniques en France, promu au Cnam par Maurice Daumas et ses suiveurs, depuis les années 1960.
17Au XIXe siècle, le geste s’émancipe de l’atelier, compose avec la machine et abandonne progressivement l’outillage traditionnel. Au XXe siècle, la robotique intègre, dissèque, digère le geste, reconnu comme partie intégrante d’un « patrimoine immatériel », primant sur les mots, valorisant l’individu inscrit dans une communauté d’expériences et d’acquis. Quelle part de ruse dans le savoir-faire transmis, de cette intelligence qui allie sagacité, combine, sens de l’opportunité, adaptabilité aux aléas, habiletés et expériences acquises, peut-on alors saisir ? Quels outils sont maniés, quelles matières transformées et quels transferts sont ici convoqués ? Comment artistes et artisans transmettent-ils les gestes ? Que font ou disent les maîtres et par quels tours de main et postures, manières ou coups d’œil, se définit la culture de l’artisan ? Quelle définition de l’art, de l’excellence se dessine alors ? Quelle mémoire du geste est restituée par les médias dans l’atelier (films d’entreprises, scénographie, muséographie, préservation) ? Autant de problématiques qui sont ici abordées : de la transmission d’un geste à transcrire pour produire et transformer, aux systèmes techniques et au geste artificiel, du spectacle du geste à la mise en scène de la technique enfin.
18La préface de Denis Woronoff, également président d’honneur de la SACDHTE, ouvre sur les immenses territoires de la physiologie historique du travail d’où l’histoire sociale n’est jamais très loin, montrant la diversité des gestes techniques, des contextes opératoires, saisis entre postures et positions, où toutes les parties du corps sont mobilisées, de l’outil à la machine. Est alors illustré un geste technique, individuel ou collectif, incorporé ou perfectionné, tout comme le genre du geste. Suivent les hommages à François Sigaut, par André Guillerme et Didier Bouillon à leur collègue, ami et ceux de la SACDHTE, et ses élèves, par Martine Mille. Après l’introduction par Martine Mille, Joëlle Petit et Gersende Piernas, l’ouvrage se développe en trois parties : I. Gestes et postures, II. Vie du geste, III. L’art et la manière. Bilans et perspectives sur le geste technique. La première partie propose deux chapitres : Apprendre le geste et Le geste pour produire et transformer. La seconde partie comporte également deux chapitres : Dextérité, doigté et geste artificiel et Vivre le geste. Les introductions de Béatrice Touchelay, Michel Cotte et André Guillerme éclairent les contributions de chacun des chapitres.
19Dans un premier chapitre, intitulé Apprendre le geste, introduit par Béatrice Touchelay, la contribution de l’anthropologue Blandine Bril propose une conception de l’action technique opposée à celle des historiens, grâce à une approche fonctionnelle de l’outil, en se référant à des successions d’actions et de mouvements fondés sur les postures de base du corps, insistant sur la difficulté à « dire » le geste technique17. Elle relève leurs enchaînements dans le temps et dans l’espace, « la recherche d’un geste minimisant l’effort fourni, ou optimisant l’efficacité fonctionnelle » et considère les hanches, mains et pieds comme autant d’outils ancestraux de l’homme : tout est mobilisé, tendant vers le bon geste, induisant postures, mouvements, mutations et translations. Gersende Piernas puis Jordan Bal présentent, à partir des fonds conservés aux Archives nationales du monde du travail, l’une, le geste technique minier, l’autre, le geste textile. La contribution de Gersende Piernas présente la formation des ouvriers mineurs, la transmission des savoirs, et notamment du geste technique minier, mais aussi l’évolution de ce dernier face à la mécanisation, à l’électrification et à l’apparition de la nouvelle préoccupation liée au bien-être des travailleurs, la sécurité et l’ergonomie, en prémices déjà à l’hygiène industrielle18. La diversité des sources des Charbonnages de France, du catalogue aux manuels de sécurité, aux cours et aux films d’entreprise, réalisés après la nationalisation en 1946 et au-delà de la propagande qu’ils véhiculent, lui permet de comprendre autant la prise en charge des ouvriers mineurs que la vie du geste, tout comme les travaux de Nicolas Hatzfeld ou d’Alain P. Michel l’ont déjà montré pour les chaînes de montage des usines Renault ou Peugeot19. Quant à la contribution de Jordan Bal, elle restitue le geste technique textile du tissage et de la filature (self acting), à partir des archives roubaisiennes de DMC (Dollfus Mieg et Compagnie), il s’agit ici de comprendre l’impact et les conséquences de la mécanisation et de la rationalisation du travail sur le geste de l’ouvrier textile.
20Dans un deuxième chapitre intitulé Le geste pour produire et transformer, introduit par André Guillerme, Joëlle Petit présente les bilans et perspectives pour les métiers de la pierre, précisant comment retrouver les gestes des métiers de la pierre ou les reconstituer notamment par la tracéologie en carrière et sur les pièces ouvrées. L’iconographie mobilisée – geste témoin – permet de visualiser l’outil et la manière de s’en servir, et d’anticiper le résultat, tout comme les restaurations permettent de découvrir et suivre cet art lapidaire au gré des chantiers. Les traces d’outils, sur l’objet ouvré et en carrière, permettent des hypothèses quant au traitement mécanique du matériau (percussion lancée, percussion posée, percussion posée sans percuteur) et aux méthodes de travail appliquées, qui varient selon les époques20. Patrick Féron présente le calfatage – qu’aucune machine ne remplace – et le geste du maître calfat21. Il s’inspire des travaux de Blandine Bril et Éric Rieth et précise le milieu, les outils, et la technique qu’il visualise dans le port du fer, les postures, comme autant de signes du synchronisme et de la décomposition des gestes22. Eva Halasz présente la succession des opérations et des gestes afférents du travail du cuir par les mégissiers, tels qu’ils apparaissent dans l’Encyclodédie de Denis Diderot et Jean Le Rond d’Alembert. Cette source demeure incontournable, entre autres, pour les études sur la chaîne opératoire au XVIIIe siècle qu’elle permet d’établir. Elle aborde ainsi les savoirs à partir des mots, des taxinomies, des vignettes et des planches23. La contribution de Claude Dessimond invitant à « Suivre l’os II. », présente l’usage moderne et contemporain du lissoir en os et constitue le second volet de ses réflexions d’une pratique anthropologique de la technique, évoquée en un premier volet lors du séminaire versaillais : la proposition « Suivre l’os I. », visait alors à comprendre la chaîne opératoire d’une copie d’astic de cordonnier (lissoir) à concevoir soi-même, à partir du seul type d’os efficace pour obtenir l’outil et former le cuir du masque de théâtre24. Il envisage ici l’usage moderne et contemporain du lissoir, recherchant l’os adéquat pour retrouver l’astic. Claude Dessimond aborde ainsi via l’analogie la longue durée, en s’appuyant sur les recherches menées au CNRS en collaboration avec l’Institut d’anthropologie évolutive Max-Planck, selon lesquelles les lissoirs inventés par l’homme de Néandertal auraient pu constituer une étape significative vers la connaissance chez l’homme moderne. Il précise, contrairement à ces chercheurs, que faute de pouvoir de nos jours « re-trouver » ce lissoir, il convient pour lui de travailler et de « rechercher » l’os adéquat, pour parvenir à « re-créer » un astic de cordonnier. L’os, comme l’outil, ramène donc toujours à l’anthropologie des techniques, à l’outil simple si bien appréhendé par François Sigaut puis Sophie Archambault de Beaune25.
21Le troisième chapitre, intitulé Dextérité, doigté et geste artificiel, présenté par Michel Cotte, propose, avec Fabiola Lozano, de réapprendre le geste technique de la peinture sur verre en France au XIXe siècle. Ce nouvel apprentissage met en évidence les savoir-faire des maîtres verriers. L’art du vitrail, pratiqué depuis le Moyen Âge, est abandonné aux XVIIe et XVIIIe siècles et les secrets de la peinture sur verre sont perdus. Elle dessine les contours d’une renaissance de cet art qui suppose au préalable la réappropriation des gestes techniques et des tours de mains particuliers au métier. Pour y parvenir, certains empruntent les procédés et les gestes des savoir-faire proches, comme la peinture sur porcelaine et l’art verrier ; d’autres essaient d’importer les techniques d’exécution employées ailleurs. Nombreux sont ceux qui s’efforcent de retrouver les authentiques procédés de la fabrication de vitraux en consultant les textes anciens et les manuels techniques. Le XIXe siècle apparaît donc comme celui de la redécouverte d’un savoir-faire oublié, enrichi de nouveaux procédés issus des progrès scientifiques et industriels26. Martine Mille propose de transcrire le geste à façon du « potier de terre » et précise l’influence de l’Encyclopédie de Diderot et Le Rond d’Alembert tant sur le Traité des arts céramiques (1844) d’Alexandre Brongniart (1770-1847) que sur la production peinte de la Manufacture de porcelaine de Sèvres, par un va-et-vient entre les vignettes et leur interprétation. Le savant minéralogiste, administrateur de cette manufacture majeure s’inscrit également dans des visées anthropologiques, restituant par exemple par son Traité la gestuelle ancestrale du potier chinois au tour, que les gravures de Charles Develly ont heureusement conservé, et que de nos jours le céramiste suisse Pierre-Alain Capt retrouve également dans son atelier27. Quant à Françoise Bergamo, elle aborde la fabrication des cloches, passant du « trait de l’échantillon » à la pratique actuelle en FAO28. Elle souligne que l’Encyclopédie, (seule trace écrite, même avec ses lacunes, du savoir des maîtres saintiers), les tracés manuels des gabarits en bois, les maquettes numériques, tout comme les essais validés des ingénieurs de la fonderie de Villedieu-les-Poêles, ont permis une production contemporaine renouvelée et enrichie. Elle précise que la projection vers le numérique permet de comprendre la mémoire du tracé manuel des gabarits en bois, tels qu’il est décrit par l’Encyclopédie ou pratiqué dans l’entreprise29. Les adaptations sont validées, en particulier, la coulée de la cloche dans le moule retourné à l’envers, alors que les autres fondeurs continuent de procéder à la coulée par le sommet de la cloche, avec des traces de coulure au démoulage, imperfections qui semblaient jusqu’alors inévitables. L’informatique s’intègre donc dans le processus de fabrication, obligeant à une analyse systématique des gestes et de la chaîne opératoire, avec la planification de la conduite du four, sa charge, la consommation en combustible. La FAO, redynamisant le métier de fondeur de cloches, a ainsi permis l’intervention lors de la restauration des cloches de la cathédrale Notre-Dame-de-Paris par la fonderie Cornille-Havard (2012). La 3D30 restitue en effet les plans, outils ou machines selon des descriptions que Michel Cotte présente déjà comme une « réalité virtuelle parfaite », en « partant de données physiques des objets et cherchant à retrouver la logique de leur conception et de leur usage […] Elle se fixe pour but initial de réaliser une maquette numérique fonctionnelle des objets techniques et des machines »31. L’outil numérique est ainsi d’un apport significatif pour comprendre la transformation des gestes, par la numérisation de textes, iconographie ou autres archives à sauvegarder, tout comme le DAO32, la CAO33, l’imagerie ou la robotique, validant la chaîne opératoire restituée d’un métier d’art à sauvegarder. La restitution ou plutôt la reconstitution quasi-réelle en 3D constitue donc une avancée décisive pour la compréhension par les archéologues des gestes retrouvés, des métiers et de leur transmission, ou des ateliers des usines pour la période contemporaine, comme la chaîne de montage des usines Renault au début du XXe siècle restituée par Alain P. Michel34. Benjamin Ravier-Mazzocco présente La topique et ses avatars, s’interrogeant sur la manière de concevoir le mouvement dans une machine. À partir d’exemples de réduction en art, il précise ainsi que les machines, à l’exception des automates et des robots, n’ont pas été pensées sur le modèle du corps humain. Distinguant des types de machines imitatives (celle de l’horlogerie, par exemple), les machines-outils, des machines de chantiers aux machines de métiers, il s’interroge sur la théorisation des mouvements et les théâtres des machines qui permettent de concentrer les raisonnements, identifiant les façons de déployer les machines35. Le chapitre se termine par la contribution du designer Pierre Charrié avec le cas pratique des boutons-interrupteurs décryptant une certaine beauté du geste et à la machine, et les hologrammes, où déjà se profile l’éthique en lien avec l’intelligence artificielle.
22Le quatrième chapitre, Vivre le geste, qui est présenté par André Guillerme, aborde, avec Jean-Louis Escudier, les techniques agricoles et la division du travail selon le genre par le greffage de la vigne (1870-1950). Il s’inscrit dans le renouvellement des recherches sur le genre en histoire. L’adresse et la dextérité des femmes pour la greffe du vignoble est reconnue et renseigne sur la place des ouvrières montpelliéraines dans ces chantiers saisonniers de grande ampleur, où est précisée une « féminisation » induite des outils avant l’adoption de la machine à greffer36. Nicole Rodda, déjà présente au séminaire versaillais, propose de réfléchir à la pratique par l’expertise technique, à partir de l’apprentissage en Asie centrale de la fabrication des pâtes étirées. Cette enquête ethnographique aborde l’expertise de l’activité technique, les outils et l’environnement social des Ouighourz et des Kirghiz37. Ses interrogations, dans la lignée de Blandine Bril, portent sur le geste à transcrire et les motivations voulues ou induites des femmes. Elle aborde l’activité technique de fabrication en tant que technique dans le cadre d’un apprentissage. Son analyse permet de comprendre la transmission et l’organisation de la transmission d’un même savoir-faire dans des groupes socio-culturels différents. Elle insiste sur les mouvements du corps ou de parties du corps et la mémoire de la chaîne opératoire dans le processus manuel d’étirement de la pâte, sorte de rite culturel, comme une mise en scène entre femmes. Quant à Baptiste Buob, il s’interroge : Un geste filmé : est-il un geste comme un autre ? Sa contribution permet de saisir le geste du luthier de Mirecourt et la réception par l’artisan lui-même de cette mise en scène dans l’atelier et, consciente ou non, une mise en scène du geste lui-même, alors que chacun souhaiterait une objectivité des actions captées38. Baptiste Buob revient également sur le rôle du spectateur, son appréhension et sa compréhension des gestes de l’artisan, soulignant la réticence de certains luthiers à se dévoiler, l’œil de la caméra livrant alors des secrets qui auraient vocation à ne pas quitter l’atelier. Enfin, la contribution en primeur de Brune Boyer-Pellerej complète cette partie ; elle s’intéresse à l’apprentissage et aux relations maîtres-apprenants, révélée dans l’atelier d’un maître d’art de bijouterie contemporaine39. Elle précise diverses formes de transmission des gestes à partir d’une même « boîte à outil » qu’elle donne aux élèves. Là encore, les gestes perdurent, simples. Le métal est travaillé, rendu souple, des formes et des assemblages naissent à partir des mêmes outils, des mêmes matières premières, matériaux, perles ou pierres fines. Création et technique (ciselage, modelage, fusion) s’allient ainsi au savoir-être en atelier durant l’apprentissage, il s’agit de faire prendre corps, matière et manières à leurs idées par des projets tous différents. Un acte de création pure qui, par l’outil et le bon geste, dompte la matière.
23Dans L’art et la manière. Bilans et perspectives des recherches pluridisciplinaires sur le geste technique, Martine Mille, en collaboration avec Joëlle Petit pour cette troisième partie, revient entre autres sur la définition des gestes et outils en archéologie, la transmission du geste, les modes opératoires de la technique et la robotique, la mise en scène de la technique et donc des gestes, le genre du geste et l’apport de l’archéologie expérimentale pour le retrouver. Elles présentent des domaines que les récents travaux, séminaires, thèses de doctorat en cours et soutenues, venus de tous les horizons interrogent, proposant à certains jeunes chercheurs de présenter le geste technique en lien avec leurs problématiques, tel un nouveau volet du programme Mémoire des Métiers vivants.
24Il revient à André Guillerme de conclure De Diderot à Taylor : exprimer le geste technique, par un texte inédit, livrant sa propre compréhension du geste, suivi d’un Ad mémoriam Didier Bouillon, disparu en octobre 2014, en cours d’édition de l’ouvrage. La bibliographie générale propose une sélection des ouvrages de François Signaut sur les gestes et celle des contributions des auteur(e)s. Un index couvrant trois principaux champs thématiques se développe, conçu comme un outil à qui voudra aborder le geste technique dans toute sa variété. Sont ainsi proposés : « L’acteur dans son milieu », déclinant le métier, les lieux d’exercice ainsi que l’environnement (capacité, comportement…) de l’acteur ; « La portée du geste » qui propose le geste lui-même et ses variantes ainsi que le geste en actions ; enfin « Les matières à l’usage » telles que les éléments et énergies, les matières d’origine animale et végétale, les matériaux, métaux et minéraux, enfin les substances et produits chimiques. Gestes techniques, techniques du geste promeut la pluridisciplinarité en action, pour comprendre le geste technique, partout présent, sans cesse renouvelé et enrichi.
Notes de bas de page
1 Crée en 2003, affiliée à la Société française d’histoire des sciences et des techniques (SFHST), l’association Société des élèves du CDHTE (SECDHTE) est forte de la mémoire des promotions d’élèves du CDHTE-Cnam, réunis par des journées d’études, en un réseau d’histoire des sciences et des techniques. Elle devient, en 2012, la Société des amis du CDHTE (SACDHTE), regroupant les anciens élèves mais plus largement les chercheurs de la communauté de l’histoire des techniques.
2 Martine Mille intègre en 2013 le SAPRAT (Savoirs et pratiques du Moyen-Âge au XIXe siècle) – EA 4116 de l’École pratique des hautes études et prépare une thèse de doctorat en Histoire, Texte et Documents, dirigée par Jean-François Belhoste, Alexandre Brongniart (1770-1847) : une nouvelle lecture entre biographie du savant-notable au XIXe siècle et prosopographie d’un réseau technicien de luxe.
Depuis 2007, elle est présidente de l’association Société des Amis du CDHTE (SACDHTE), partenaire avec les ANMT (Roubaix) de l’organisation du colloque pluridisciplinaire Gestes techniques – Techniques du geste. Hommage à François Sigaut (14 décembre 2013).
3 Joëlle Petit (HT2S-Cnam), vice-présidente de la SACDHTE de 2013 à 2016, a coordonné avec Martine Mille le programme Gestes techniques – Mémoire des métiers vivants au CDHTE-Cnam de 2011 à 2013.
Ses travaux portent sur Le rayonnement des marbriers wallons (1800-1920), thèse de doctorat en histoire des techniques sous la direction d’André Guillerme, HT2S-Cnam, 2014.
4 Fondé en 1967 par Maurice Daumas, René Taton et Fernand Braudel, le Centre d’histoire des techniques du Cnam investit les champs de la technique et de la science, la chaire fondée et dirigée par André Guillerme en 1996 vaut reconnaissance universitaire : Liliane Hilaire-Pérez et Anne-Françoise Garçon à l’époque, respectivement maîtres de conférences des universités de Dijon et de Rennes, développent l’axe Histoire de l’innovation et des savoirs techniques, l’axe Muséologie des techniques est confié à Dominique Ferriot. Didier Bouillon prend la suite de Liliane Hilaire-Pérez, élue professeur dès 2009 de l’Université Denis Diderot-Paris VII et depuis directrice d’études de l’ÉHÉSS. Le CDHTE devient en 2010 l’équipe d’accueil 3716, HTTP, Histoire, Techniques, Technologie et Territoire. L’axe Environnement, techniques, conflits est confié à Laurence Lestel, chargée de recherche en chimie au CNRS, puis à Michel Letté ; l’axe Techniques, territoire, architecture est confié à Valérie Nègre de l’École d’architecture de Paris-La Villette.
5 Il s’agit entre autres des colloques : Les archives de l’invention. Écrits, objets et images de l’activité inventive des origines à nos jours (2003), organisé par Patrice Bret, Marie-Sophie Corcy, Christiane Demeulenaere-Douyère et Liliane Hilaire-Pérez ; Les échanges techniques entre la France et l’Angleterre. Réseaux, comparaisons, représentations (2006), par Patrice Bret, Irina Gouzévitch et Liliane Hilaire-Pérez ; Les expositions universelles en France au XIXe siècle. Techniques, publics, patrimoines (2010), organisé par Anne-Laure Carré, Marie-Sophie Corcy, Christiane Demeulenaere-Douyère et Liliane Hilaire-Pérez ; Débordements industriels dans la cité et leurs conflits, XVIIIe-XXe siècles (2011), par Michel Letté ; le 4e Congrès international d’histoire de la construction, par André Guillerme, Valérie Nègre, Robert Carvais (2012).
6 Liliane Hilaire-Pérez, « L’histoire intellectuelle des techniques au Centre d’histoire des techniques et de l’environnement au Conservatoire national des arts et métiers (CDHTE-Cnam) », Revue de synthèse, 130, 6, 1, 2009, p. 147-164.
Les recherches sont réunies dans : Liliane Hilaire-Pérez, L’invention technique au siècle des Lumières, Paris, Albin Michel, 2000. Voir également : Natacha Coquery, Liliane Hilaire-Pérez, Line Salmann, Catherine Verna (dir.), Artisans, industrie. Nouvelles révolutions du Moyen Âge à nos jours, Paris, ENS Édition, 2004 ; Marie-Sophie Corcy, Christiane Douyère-Demeulenaere, Liliane Hilaire-Pérez (dir.), Les archives de l’invention. Écrits, objets et images de l’activité inventive, Toulouse, CNRS/Université de Toulouse Le Mirail, 2006 ; Patrice Bret, Konstantinos Chatzis, Liliane Pérez (dir.), La presse et les périodiques techniques en Europe (1750-1950), Paris, L’Harmattan, 2008.
Liliane Hilaire-Pérez a récemment publié : La pièce et le geste. Artisans, marchands et savoir technique à Londres au XVIIIe siècle, Paris, Albin Michel, 2013 ; avec Fabien Simon et Marie Thébaud-Sorger, L’Europe des sciences et des techniques. Un dialogue des savoirs, XVe – XVIIIe siècle, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2016 ; avec Guillaume Carnino et Aleksandra Kobiljski, Histoire des techniques. Mondes, sociétés, cultures (XVIe – XVIIIe siècle), Paris, PUF, 2016.
7 La SECDHTE édite, de 2007 à 2011, la nouvelle série de la revue Documents pour l’histoire des techniques, dirigée par Liliane Hilaire-Pérez, disponible à l’adresse : [http://dht.revues.org].
L’association organise des journées d’études, comme en février 2008 : Autour de la Société d’encouragement pour l’industrie nationale : collections, publics, réseaux de sociabilité ; en mars 2009, Ponts d’ici, ponts d’ailleurs : constructions, archives et mémoires, avec l’axe Techniques, territoire, architecture du CDHTE, et avec Valérie Nègre et Guy Lambert ; en décembre 2013, Gestes techniques, techniques du geste. Approches pluridisciplinaires. Hommage à François Sigaut. Elle propose également des « Escapades – voyages d’études », comme en avril 2008 à Rombas, autour des machines de Léonard de Vinci, avec le concours du Centre d’histoire supérieur de la Renaissance (Tours) et Pascal Brioist ; en mai 2008, à Guise au Familistère Godin, en mai 2012, à Villedieu-les-Poëles, sur la trace des dinandiers et fondeurs de cloches.
Dès l’origine en 2011, le programme Gestes techniques – Mémoire des métiers vivants (séminaire, journées d’études, colloque, édition) bénéficie du soutien financier de la SACDHTE.
8 L’équipe de doctorants du laboratoire HTTP-Cnam est lauréate du prix 2013 de l’Académie des sciences, des arts et belles lettres de Dijon, en réponse à la question : Faut-il garder la mémoire du geste au siècle de l’informatique ?, dans le cadre du tricentenaire de la naissance de Denis Diderot, avec André Guillerme (dir.), Martine Mille, Joëlle Petit (coord.), Vivre, transmettre, transcrire le geste technique. Textes inédits. Hommage à Denis Diderot, Paris, SACDHTE, juin 2013 ; avec les auteures Françoise Bergamo, Brune Boyer-Pellerej et Fabiola Lozano.
9 Nous remercions Gersende Piernas, également membre de la SACDHTE, pour sa contribution avec ce texte sur la genèse du colloque roubaisien, et pour l’accueil que les équipes des ANMT avaient réservé aux chercheurs sous son impulsion. Son soutien lors de la préparation scientifique du colloque et lors de l’édition de l’ouvrage doit également être salué.
10 Laboratoire Histoire des technosciences en société du Cnam-Paris. Ce laboratoire du Conservatoire national des arts et métiers [EA 3716], est l’héritier de l’ancien Centre d’histoire des techniques du Cnam (CDHT), du Centre Sciences Technologie Société (STS) et du laboratoire HTTP (Histoire, Techniques, Technologie, Patrimoine). Au travers de l’analyse socio-historique, les recherches du laboratoire visent à éclairer les évolutions des techniques et des techno-sciences des derniers siècles, les enjeux qu’elles posent et les débats qu’elles suscitent dans nos sociétés contemporaines, disponible à l’adresse : [http://technique-societe.cnam.fr/].
11 Bosman Françoise, Mille Martine, Piernas (dir.), L’art du vide. Ponts d’ici et d’ailleurs. Trois siècles de génie français, XVIIIe-XIXe siècle, Paris, Somogy, 2010.
12 Gersende Piernas, « L’apprentissage du geste technique minier à partir des fonds des Charbonnages de France conservés aux ANMT ».
13 Martine Mille, Joëlle Petit, « La vie du geste. Approche pluridisciplinaire », e-Phaïstos, III, 1, 2014, p. 43-58.
14 Marcel Mauss, « Les techniques du corps », Sociologie et anthropologie, Paris, PUF, 1950, rééd. 2009 ; André Leroi-Gourhan, L’homme et la matière, Paris, Albin Michel, 1943, rééd. 1971 ; André-Georges Haudricourt, Mariel Jean-Brunhes Delamare, L’homme et la charrue à travers le monde, Paris, Gallimard, 1955 ; François Sigaut : « Ethnoscience et technologie : les tâches de la technologie. Un exemple, l’identification des formes de consommation des céréales », Techniques & culture, 5, 1985, p. 1-18 ; id., « Les outils et le corps », dans Le Corps et les techniques, Communications, 81, 2009, p. 9-30 ; id., « Retour sur “La formule de Mauss” », rééd., Techniques & culture, 54-55, 2010, p. 354-367 ; Richard Sennett, Ce que sait la main. La culture de l’artisanat, Paris, Albin Michel, 2010 ; Blandine Bril, « Description du geste technique : quelles méthodes ? » Techniques & culture, 54-55, 2010, p. 245-259 ; p. 521-529 ; Valentine Roux, Blandine Bril (éd.), « Le geste technique. Réflexions méthodologiques et anthropologiques », Revue d’Anthropologie des connaissances, Technologies /Idéologies /Pratiques, 14, 2, 2002 ; Blandine Bril, Rémi Goasdoué, « Du mouvement sans sens au sens sans mouvement. Rôle des finalités et des contextes dans l’étude des comportements moteurs », Intellectica, 51, 1, 2009, p. 273-293.
Voir également : Marie-Noëlle Chamoux, « La transmission des savoir-faire, un objet pour l’ethnologie des techniques ? », Techniques & culture, 191, 1978, p. 46-83 ; Marcelle Stroobants, « Dénouer les ficelles du métier pour connecter les savoirs formels et informels », Techniques & culture, 2008 ; id., Savoir-faire et compétences au travail. Une sociologie de la fabrication des aptitudes, Bruxelles, éd. de l’Université libre de Bruxelles, 1993.
15 Maurice Daumas, Histoire générale des techniques, Paris, Presses universitaires de France, rééd. 1996 ; Robert Halleux, Le savoir de la main. Savants et artisans dans l’Europe pré-industrielle, Paris, Colin, 2009 ; André Guillerme, « La fabuleuse histoire du geste technique au temps des Lumières », dans A. Guillerme (dir), M. Mille, J. Petit (coord.), Vivre, transmettre, transcrire le geste technique, op. cit. ; Anne-Françoise Garçon, L’imaginaire et la pensée technique. Une approche historique, XVIe-XXe siècles, Paris, Garnier, 2012 ; id., « Mais d’où vient la technologie ? Ce qu’en apprennent les écrits des philosophes européens entre le XVIe et le XVIIIe siècle », e-Phaïstos, II, 1, 2013, p. 16-21 ; id., « The three states of technology : an historical approach to a thought regime, 16th – 20th centuries », in : M. Faucheux, J. Forest, New Elements of Technology, Belfort, UTBM, 2012, p. 11-26 ; Liliane Hilaire-Pérez, La pièce et le geste. Artisans, marchands et savoir technique à Londres au XVIIIe siècle, Paris, Albin Michel, 2013 ; Sophie A. de Beaune, Pour une archéologie du geste. Broyer, moudre, piler, des premiers chasseurs aux premiers agriculteurs, Paris, CNRS Éditions, 2000 ; id. (dir.), L’homme et l’outil. L’invention technique durant la Préhistoire, Paris, CNRS Éditions, 2008 ; id., L’homme et l’outil, Paris, CNRS Éditions, 2015.
Voir également : Didier Schwint, « La routine dans le travail de l’artisan », Ethnologie française, 3, 35, 2005, p. 521-529 ; Jacques Guillerme, Jan Sebestik, « Les commencements de la technologie », Thalès, t. 12, 1966, p. 1-72 ; reprint Documents pour l’histoire des techniques, 14, 2007.
16 Christiane Demeulenaere-Douyère est présente par ses conseils dès les prémices du colloque ; nous la remercions, tout comme Luisa Dolza (Politecnico Turin) pour ses relectures érudites et amicales, au terme de cette édition, et Joëlle Petit (HT2S-Cnam).
17 Blandine Bril, « Description du geste technique : quelles méthodes ? », Techniques & culture, 54-55, 2010, p. 245-259.
18 Gersende Piernas, « Le Centre national de perfectionnement des cadres des Charbonnages de France et la mise en place d’une formation professionnelle du mineur », Des machines et des hommes. Émergence et mise en œuvre des innovations techniques dans les mines de charbon, Lewarde, CHM, 2014, p. 156-161.
19 Alain P. Michel, « La reconstitution virtuelle d’un atelier de Renault-Billancourt : sources, méthodologie et perspectives », Documents pour l’histoire des techniques, 2e semestre 2009, 18, disponible à l’adresse : [http://dht.revues.org/198] ; Alain Michel, Nicolas Hatzfeld, Gwenaële Rot, « L’ouvrier en personne, une irruption dans le cinéma documentaire (1961-1974) », Le Mouvement social, 2009, p. 67-78 ; Jean-Pierre Durand, Nicolas Hatzfeld, La chaîne et le réseau. Peugeot-Sochaux, ambiances d’intérieur, Lausanne, Page deux, 2002.
20 Joëlle Petit, « De l’outil au geste : une représentation des métiers de la pierre », dans A. Guillerme (dir.), M. Mille, J. Petit (coord.), Vivre, transmettre, transcrire le geste technique…, op. cit., p. 98-115 ; id., « Private Archives from the 18th and 19th Centuries : Sources for the History of Marble-Working in Belgium », dans R. Carvais, A. Guillerme, V. Nègre, J. Sakarovitch, Nuts & Bolts of Construction History, Culture, Technology and Society, Paris, Picard, 2012, p. 73-79.
21 Patrick Féron, Le métissage de la tradition d’architecture nautique européenne en Afrique de l’ouest et centrale entre le XIXe et le XXe siècle. Histoire, technique, enjeux, modernité, thèse de doctorat en histoire, sous la direction d’Éric Rieth (Université Paris Panthéon Sorbonne), en cours, 2017 ; « Le geste du maître calfat, milieux, outils, technique », séminaire Mémoire des métiers vivants : Transcrire et vivre le geste technique, École nationale supérieure du paysage de Versailles, avril 2013.
22 Eric Rieth, Navires et constructions navales du Moyen Âge. Archéologie nautique de la Baltique à la Méditerranée, Paris, Picard, 2016 ; id., Tous les bateaux du monde, Grenoble, Glénat, 2010 ; id., « Traditional Oceanic Canoes as seen by Admiral Pâris », dans A. Di Piazza, E. Pearthree (éd.), Canoes of the Great Ocean, Oxford, Archeopress, 2008, p. 47-67 ; id., « Les « carnets manuscrits » d’Étienne Sigaut : jonques et campans chinois », Techniques & culture, 35-36, 2001, p. 141-174 ; id., Le maître-gabarit, la tablette et le trébuchet. Essai sur la conception non graphique des carènes du Moyen Âge au XXe siècle, Paris, CTHS éd., 1998.
23 Eva Halasz, Arts et savoirs des tanneurs. Enquête méthodologique sur le savoir technique et analyse de la structure de la production du secteur des « cuirs et peaux » (2de moitié du XVIIIe siècle – France), thèse de doctorat d’histoire des techniques, sous la direction d’André Guillerme, École doctorale Abbé Grégoire, Conservatoire national des arts et métiers, HT2S-Cnam, en cours, 2017 ; id., « Le Tan et le Temps. Changements techniques et dimension historique du tannage en France (XIVe-XVIIIe siècles) », Techniques & culture, 38, 2002, disponible à l’adresse : [http://tc.revues.org/1585].
24 Claude Dessimond, Les « masques de théâtre », du créateur de masques Erhard Stiefel, thèse de doctorat d’histoire des techniques, sous la direction d’André Guillerme, École doctorale Abbé Grégoire, Conservatoire national des arts et métiers, HT2S-Cnam, en cours, 2017 ; id., « Apprentissage des valeurs chez le créateur de masque pour le théâtre au XXe siècle. Suivre l’os. I. Comprendre la chaîne opératoire d’une copie d’astic de cordonnier », Biennale, Cnam, juillet 2012.
25 François Sigaut (dir.), L’homme et l’outil. L’invention technique durant la Préhistoire, Paris, CNRS, 2008 ; id., « Le savoir des couteaux », Dire le savoir-faire, Cahiers d’anthropologie sociale, 01, 2006, p. 133-139 ; id. (dir.), Chasseurs-cueilleurs. Comment vivaient nos ancêtres du Paléolithique supérieur. Méthodes d’analyse et d’interprétation en Préhistoire, Paris, CNRS Éditions, 2007 ; id. (dir.), L’homme et l’outil. L’invention technique durant la Préhistoire, Paris, CNRS Éditions, 2008 ; Sophie A. de Beaune, L’homme et l’outil, op. cit. ; id., Pour une archéologie du geste. Broyer, moudre, piler, op. cit.
26 Fabiola Lozano, Innovations des techniques verrières au XIXe siècle et leurs applications dans la réalisation de vitraux, thèse de doctorat en histoire des techniques, École doctorale Abbé Grégoire, Conservatoire national des arts et métiers, sous la direction de Laurence Lestel, 2013 ; id., « Le dilemme de la renaissance du vitrail au XIXe siècle en France : entre redécouverte des techniques ancestrales et développement de techniques nouvelles », Les innovations verrières et leur devenir, Actes du deuxième colloque international de l’association Verre & Histoire, Nancy, 26-28 mars 2009, Paris, Verre & Histoire, 2013, p. 181-188.
27 Le céramiste suisse Pierre-Alain Capt, propose de suivre ses expériences d’archéologie expérimentale mais également de comprendre les gestes du potier sur le site dédié, disponible à l’adresse : [http://arscretariae-archeoceramique.blogspot.fr/].
28 FAO : fabrication assistée par ordinateur.
29 Françoise Bergamo, Mémoire d’un savoir ancestral rare : l’art campanaire, thèse de doctorat en histoire des techniques, sous la direction de Didier Bouillon (†) puis André Guillerme, (HT2S-Cnam), en cours, 2017 ; id., « De la mémoire du geste à la FAO dans l’art campanaire », dans A. Guillerme (dir.), M. Mille, J. Petit (coord.), Vivre, transmettre, transcrire le geste technique…, op. cit., p. 157-174.
30 3D : trois dimensions, caractérisent l’espace qui nous entoure, tel que perçu par notre vision en terme de largeur, de longueur et de profondeur.
31 Michel Cotte, « Les outils numériques au service de l’histoire des techniques », e-Phaïstos, I, 2, 2012, p. 12-27.
32 Dessin assisté par ordinateur.
33 Conception assistée par ordinateur.
34 Alain P. Michel, « La reconstitution virtuelle d’un atelier de Renault-Billancourt : sources, méthodologie et perspectives », Documents pour l’histoire des techniques, 18, 2009, p. 23-38.
35 Benjamin Ravier-Mazzocco, « Lire les images de machines. Essai pour une typologie analytique des images techniques (XVe-début XIXe) », e-Phaïstos, II, 2, 2012, p. 54-70 ; Pascal Dubourg-Glatigny, Hélène Vérin, Réduire en art. La technologie de la Renaissance aux Lumières, Paris, Éd. MSH, 2008.
36 Jean-Louis Escudier, « Entre rapport salarial et rapports de genre : les viticultrices salariées dans l’Aude, 1860-1914 », Bulletin de la Société d’études scientifiques de l’Aude, 2011 ; id., Les femmes et la vigne. Une histoire économique et sociale (1850-2010), Toulouse, Presses universitaires du Midi, 2016.
37 Nicole Rodda, Variations culturelles dans la transmission et l’apprentissage des techniques du corps en Asie Centrale. Le cas de l’apprentissage des techniques de fabrication des pâtes alimentaires chez les Ouighourz et les Kirghiz, thèse de doctorat en anthropologie sociale et ethnologie, sous la direction de Blandine Bril et Vincent Fourniau, (ÉHÉSS), en cours, 2017 ; id., « Identifier le « geste » et « transcrire » l’activité technique sur un terrain ethnographique. Réflexions sur l’exemple de la fabrication des lagmans, pâtes étirées en Asie centrale », séminaire Mémoire des métiers vivants : Transcrire et vivre le geste technique, Cnam-École nationale supérieure du paysage de Versailles, avril 2013. Voir également Nicole Rodda, Blandine Bril, Anne-Lise Goujon, Kyung-Eun Shim, « Ethnographier le “tour de main”. Une proposition méthodologique pour un défi toujours actuel », 2015, disponible à l’adresse : [http://www.ethnographiques.org/2015/Rodda,Bril,Goujon,Shim].
38 Baptiste Buob, Luthiers, de la main à la main, film documentaire, Palaviré Productions, 2013. Le cinéaste propose une plongée dans l’univers de la fabrication d’instruments à cordes, à Mirecourt (Vosges) : actes de fabrication, situations d’apprentissage, échanges entre luthiers éclairent la transmission du métier.
39 Brune Boyer-Pellerej, Les ateliers de bijouterie-joaillerie : de la technique à l’objet, thèse de doctorat en anthropologie, sous la direction de Sophie Houdart (Université Paris La Défense Nanterre, École doctorale Milieux, cultures et sociétés du passé et du présent), en cours, 2017 ; « De la technique à l’objet, de la transmission du métier de bijoutier », dans A. Guillerme (dir.), M. Mille, J. Petit (coord.), Vivre, transmettre, transcrire le geste technique…, op. cit., p. 175-185.
Nous remercions vivement Brune Boyer-Pellerej de cet article, venu compléter ce volume.
Auteur
-
Martine Mille
Doctorante, École pratique des hautes études (ÉPHÉ-Paris), EA 4116, SAPRAT (Savoirs et Pratiques du Moyen Âge au XIXe siècle), ED 472 (Section Histoire, Textes, Documents HTD), Paris Sciences et Lettres (PSL) Research University
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