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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral L’aimant berlinois attire depuis des siècles Les cicatrices du passé, objets de fascination d’aujourd’hui L’aimant Berlin s’épuise-t-il ? Notes de bas de page Auteur

    L’Allemagne change !

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Berlin, l’aimant tant aimé

    Sébastien Vannier

    p. 213-230

    Texte intégral L’aimant berlinois attire depuis des siècles Berlin, terre d’immigration Berlin l’industrielle, berceau de toutes les ambitions L’essor des années 1920 relance les ambitions berlinoises Les cicatrices du passé, objets de fascination d’aujourd’hui Des gravats du Mur surgit… un joyeux fouillis Coupe du monde 2006 : et le monde redécouvrit Berlin Des visiteurs partis pour rester Berlin a-t-il atteint le rang de « ville mondiale » ? L’aimant Berlin s’épuise-t-il ? La rançon du succès Trop de touristes tue-t-il le tourisme ? La banlieue, c’est pas rose La caravane va-t-elle continuer à voyager ? Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1« Du bist verrückt mein Kind! Du musst nach Berlin! » (« Tu es fou mon gamin, rends-toi à Berlin ! ») : aujourd’hui encore, ce refrain populaire accolé à la musique d’une opérette de la fin du xixe siècle1 sied à merveille à l’image de la capitale allemande. Dédaigné par les prospères régions du sud du pays, Berlin agit de nouveau, ces dernières années, comme un aimant sur la jeunesse, non seulement allemande mais aussi européenne. Avec sa population largement plus jeune que la moyenne nationale2, la capitale retrouvée apparaît comme un îlot alternatif, créatif, ouvert à toutes les modes, à toutes les idées, même les plus incongrues. Les Berlinois eux-mêmes se méfient de cette réputation car, comme les chercheurs d’or, ils craignent que les nouveaux venus qui arrivent en masse changent à leur tour le visage de leur ville bien-aimée. Si Berlin occupe aujourd’hui le devant de la scène, peut-il néanmoins vraiment prétendre au rang de métropole mondiale, au même titre que Paris ou Londres ? Et ne risque-t-il pas, en poursuivant cette ambition, de scier la branche sur laquelle il prospérait jusqu’ici paisiblement ?

    2Le pouvoir d’attraction de Berlin se prête à une approche chronologique. Cette ville a en effet toujours été une cité ouverte sur l’extérieur, et elle porte aujourd’hui encore l’empreinte des vagues d’immigration successives qui ont jalonné son histoire. La période faste qu’elle connaît actuellement peut donc être vue comme une nouvelle phase d’un mouvement cyclique, et aussi comme l’expression renouvelée de sa volonté de faire partie du gotha des métropoles mondiales. Ce succès s’accompagne toutefois d’une série de changements qui remodèlent la ville et pourraient engendrer un relâchement de son pouvoir d’attraction. Autant de défis inédits que Berlin va devoir relever3.

    L’aimant berlinois attire depuis des siècles

    Berlin, terre d’immigration

    3Berlin n’est pas Athènes, Rome, ni même Paris. Face aux grandes capitales traditionnelles d’Europe, la ville est désavantagée car elle fait figure de jeunette : Berlin n’apparaît véritablement en tant que ville qu’au milieu du xiiie siècle4 et ne devient la capitale de l’Empire qu’en 1871. Du haut du bâtiment du Reichstag, construit quelques années plus tard (1894), ce n’est donc qu’un peu plus d’un siècle qui nous contemple. Avant même cette date, Berlin jouissait néanmoins déjà d’une réputation bien particulière. Daniel Vernet, dans son livre Le Roman de Berlin5, cite Johannes Trithemius, auteur de l’un des plus anciens récits de voyage sur Berlin (1505) : « On peut dire des habitants de la Marche qu’ils ont été conduits à la pauvreté par les nombreux jours de fêtes et par leur paresse et qu’ils ont rapproché le jour de leur mort par ces festivités et la boisson, ce en quoi ils dépassent tous les autres Teutons. Ils ont par nature tendance à la paresse. » Ce portrait des Berlinois obtiendrait sans doute encore l’adhésion de plus d’un Allemand, en particulier dans le Sud. Raillée, la ville de Berlin n’en attire pas moins depuis des siècles des populations venues d’ailleurs ; ce fut notamment le cas sous le règne de Frédéric-Guillaume, Grand Électeur du Brandebourg, qui avait lui-même passé sa jeunesse aux Pays-Bas. Sous son règne, durant la deuxième moitié du xviie siècle, Berlin grandit à vue d’œil grâce à l’apport de vagues d’immigration successives : d’abord celle des juifs venus de Vienne ou de Russie, puis celle des fameux Huguenots. En effet, suite à la révocation de l’Édit de Nantes, Frédéric-Guillaume émet lui-même l’Édit de Potsdam et accueille ainsi de nombreux protestants à Berlin6. Ils seront environ 20 000 à faire le voyage et contribueront de manière décisive à façonner le visage de la ville. Aujourd’hui encore, certains noms rappellent cette ascendance huguenote, tel celui de l’actuel ministre de l’Intérieur allemand, Thomas de Maizière. Comme dans de nombreuses cours d’Europe, c’est le français qui est parlé sous le règne du très francophile Frédéric II, et dès le milieu du xviiie siècle, plusieurs artistes français, au premier rang desquels Voltaire, se rendent à Berlin. D. Vernet, toujours dans Le Roman de Berlin7, rapporte les propos du chargé d’affaires français en Prusse, eux aussi d’une étonnante actualité : « La Prusse est le seul pays en Europe où la tolérance est générale et illimitée. On peut se réclamer de n’importe quelle religion, voire d’aucune, on peut même proclamer son athéisme. Chaque communauté est libre de s’organiser. »

    4« Berlin s’est ouvert aux Français, aux Hollandais », explique Christian Tänzler, attaché de presse de l’institution de promotion touristique « VisitBerlin ». « Pas par simple altruisme, mais aussi parce qu’ils apportaient avec eux de vraies compétences utiles à la ville. Les Hollandais, par exemple, étaient des spécialistes de l’assèchement des marécages, qui était une nécessité dans la région de Berlin. Quant aux Huguenots, ils étaient d’excellents artisans. La politique menée à l’époque était très libérale, ce qui a permis à la ville d’avoir très tôt une population mixte. Autrement dit, à Berlin, nous sommes habitués depuis des siècles à avoir des gens qui parlent et qui pensent autrement. »

    Berlin l’industrielle, berceau de toutes les ambitions

    5Portée par son nouveau statut de capitale de l’Empire allemand (1871), la ville de Berlin nourrit de grandes ambitions et connaît une industrialisation galopante tout au long du xixe siècle. « C’est à ce moment-là qu’apparaît véritablement la volonté de devenir une Weltstadt, une ville mondiale », selon l’historien Daniel Schönpflug. « Et cette ambition n’est pas sans fondement. Entre la création du Reich et la Première Guerre mondiale, la population mais aussi la superficie de Berlin explosent. La ville elle-même change complètement de visage. Sur le plan architectural, les fameuses Mietkasernen8 fleurissent dans les quartiers ouvriers. Dans le centre de la ville sont érigés le Reichstag, la Colonne de la Victoire, le Dom. À cette époque, Berlin est très vivant au niveau politique. C’est la naissance de la social-démocratie et la mobilisation de la gauche, également dans la rue. Dans le domaine culturel, il y a un important mouvement de théâtre populaire ; le réalisme et surtout l’expressionnisme jouent un rôle de premier plan. Tout cela fait que Berlin exerce déjà à l’époque une très forte attraction sur toute l’Europe. Les échanges culturels avec Vienne ou avec les artistes français sont bel et bien présents. Du fait de cet essor à la fois démographique, culturel, économique et politique, Berlin nourrit le rêve de devenir une métropole mondiale. Mais son ambition est toujours considérée avec circonspection, voire avec ironie par les observateurs étrangers. Berlin fait figure de nouveau riche, de parvenu parmi les métropoles historiques. Si la presse étrangère d’alors se fait l’écho du poids économique de la capitale allemande, il n’est nullement question d’en faire l’égale de Paris9. »

    6À la fin du xixe siècle, Berlin apparaît aussi comme l’un des lieux les plus dynamiques du cinéma international – une distinction que la ville arbore de nouveau aujourd’hui, et qui contribue à son statut de grande place culturelle. En effet, les homologues berlinois des frères Lumière, les frères Skladanowsky, présentent dès 1895 plusieurs courts-métrages à Berlin10. L’industrie cinématographique se développe à toute allure dans la capitale allemande. Les studios de Babelsberg y sont créés juste avant la guerre, des stars internationales viennent y tourner : ainsi, l’une des grandes figures des débuts du cinéma allemand, la Danoise Asta Nielsen, effectuera une grande partie de sa carrière à Berlin11. À l’aube de la Première Guerre mondiale, la ville compte déjà plus de 200 salles de cinéma12. Mais ce ne sont là que les prémices de l’« âge d’or du cinéma allemand », qui débutera juste après la Première Guerre mondiale.

    L’essor des années 1920 relance les ambitions berlinoises

    7Les années 1914-1918 marquent évidemment une césure radicale dans le développement de Berlin. La ville est exsangue au sortir de la guerre. Elle est aussi le théâtre d’une vive agitation sociale et politique, si bien que c’est Weimar, bien plus calme, qui accueille d’abord l’Assemblée qui votera la Constitution, et qui donnera son nom au régime politique mis en place en Allemagne dans l’entre-deux-guerres – la fameuse « République de Weimar ». Berlin, qui a déjà la réputation d’être bien trop agité13, se lance alors dans la réalisation de nouvelles grandes ambitions : en 1920, la ville s’agrandit en intégrant de nombreux arrondissements de la proche banlieue pour créer le « Grand-Berlin » et, sur le plan culturel, le Berlin des années 1920 agit de nouveau comme un aimant sur tout le continent.

    8« Le plus intéressant est la forte continuité observée entre l’avant et l’après-Première Guerre mondiale », souligne D. Schönpflug. « Certes, la Grande Guerre a marqué une césure, Berlin en est sorti appauvri, les hommes sont partis, l’industrie est chancelante, beaucoup d’usines ferment. Sur le plan économique, la ville ne retrouvera plus la dynamique industrielle qu’elle a connue. Cependant, à partir de 1918, la dynamique culturelle née durant la période précédente se poursuit. Les grands noms de la peinture, du théâtre, de la littérature qui étaient connus avant la guerre continuent de faire parler d’eux. »

    9Berlin revêt alors les apparences du Metropolis que Fritz Lang tourne dans les studios de l’UFA à Babelsberg. Le « Moloch » urbain semble en effet engloutir les masses qui s’y précipitent14. Deux ans plus tard sort Berlin Alexanderplatz d’Alfred Döblin, mais aussi le documentaire Berlin, Symphonie d’une grande ville de Walter Ruttmann. Monika Bellan écrit dans son livre 100 ans de cinéma allemand qu’« en 1928, 60 millions de spectateurs fréquentent le cinéma, rien qu’à Berlin. La formation des métropoles va de pair avec l’évolution du cinéma comme moyen de distraction des masses. Et en même temps, ce sont ces grandes villes qui nourrissent l’imagination des réalisateurs, qui leur livrent le décor15 ». Dans le domaine culturel, et surtout cinématographique, le Berlin des années 1920 veut concurrencer les grandes métropoles du 7e art et l’industrie hollywoodienne en particulier. Boris Grésillon estime même qu’à cette époque « Berlin, plus que Londres, Moscou, Paris ou Vienne, est la capitale de la modernité16 ». Les artistes européens figurent au générique des grands classiques du cinéma allemand tournés à cette époque. Si l’industrie cinématographique continuera de se développer dans les années 1930 et 1940, elle suivra une tout autre direction : sous le régime national-socialiste, Berlin inspirera d’autres rêves de grandeur tels que le projet architectural démesuré « Germania », mais cette ambition-là est à l’opposé d’une vision cosmopolite17 de la capitale du régime.

    Les cicatrices du passé, objets de fascination d’aujourd’hui

    Des gravats du Mur surgit… un joyeux fouillis

    10Durant les décennies qui suivent la Seconde Guerre mondiale, la ville de Berlin se retrouve totalement isolée. Le régime de la République démocratique allemande (RDA) veut faire de Berlin-Est une vitrine ; si la vie culturelle s’y développe, ce n’est pas au public européen ou mondial qu’elle s’adresse. Berlin-Ouest vit aux crochets de la République fédérale d’Allemagne (RFA) et l’industrie y a quasiment disparu. Cette enclave n’attire de l’extérieur que de petits groupes bien déterminés : les soldats alliés, d’abord, dont la présence va tout de même marquer la ville et qui reviendront ensuite découvrir le nouveau visage de leur ancien lieu de stationnement ; mais aussi toute une scène alternative, attirée par le statut particulier de Berlin-Ouest, où le service militaire par exemple est proscrit. Les mouvements punk et homosexuel se développent alors dans le Berlin divisé, et cette image de capitale alternative participera évidemment du pouvoir de fascination exercé par la ville allemande. Comme l’ensemble du territoire de la République fédérale, Berlin-Ouest accueille également de nombreux travailleurs immigrés (Gastarbeiter), venus pour la plupart de Turquie. Plusieurs quartiers, dont Kreuzberg, Neukölln ou Wedding, portent aujourd’hui encore l’empreinte de cette présence turque et confèrent à Berlin un caractère multikulti18. Toutefois, le Berlin divisé ne suscite aucun tourisme de masse, ni d’un côté, ni de l’autre.

    11« Berlin n’existait tout simplement pas comme destination touristique », explique C. Tänzler. « Tout du moins au niveau international. Certains Allemands rendaient visite à leur famille, des voyages scolaires étaient organisés, et des hommes politiques lançaient des invitations. Au niveau touristique, 1989 marque la fin d’un très long sommeil, dont témoigne l’insuffisance des infrastructures. À l’Est, il y avait très peu d’hôtels, sans parler des restaurants. Sans réservation, il était impensable de trouver à l’extérieur un endroit où manger. Tout a évidemment changé avec la chute du Mur. »

    12Cet événement historique change la donne pour Berlin. La guerre froide avait interrompu la dynamique touristique, mais elle a aussi contribué à rendre plus fascinante encore cette ville pas comme les autres. Berlin renaît avec une énorme cicatrice au milieu du visage. Un « no man’s land » qui passe du statut de symbole politique et militaire à celui de plus grande aire de jeu urbaine d’Europe, champ de tous les possibles pour une scène alternative et créative. Et les curieux, bien entendu, veulent observer de plus près ce phénomène de développement unique : « L’Est était une terre inconnue et chacun voulait le découvrir de ses propres yeux », raconte C. Tänzler. « Mais cet afflux de visiteurs n’apparaît pas dans les statistiques car il n’y avait tout simplement pas d’hôtels à l’époque. Jusqu’au milieu des années 1990, l’atmosphère qui régnait à Berlin évoquait une sorte de ruée vers l’or. Il y avait un manque évident d’hébergements et les grandes chaînes d’hôtel ont pris le train en marche. Les gens voulaient voir comment la ville se développait, à quoi ressemblait le chantier. Les Allemands voulaient tout simplement découvrir leur nouvelle capitale et l’information du public a été très bien assurée à l’époque, notamment dans le cadre du suivi des travaux de la Potsdamer Platz. Comme tout était en mouvement, il y avait toujours une raison de revenir à Berlin. Puis le gouvernement a quitté Bonn pour Berlin, et c’est une tout autre clientèle qui est arrivée : le personnel des ministères, des ambassades, etc. »

    13D. Schönpflug insiste lui aussi sur cette période très particulière des années 1990 : « Cette image du nouveau Berlin fascinait le monde entier et les touristes ont très vite commencé à affluer après la réunification. L’ambiance était plus vivante, plus authentique qu’aujourd’hui. Sur le plan culturel, l’attractivité internationale de Berlin était phénoménale. En tant que Berlinois de l’Ouest, j’ai très vite senti le changement au milieu des années 1990. Dans la rue, beaucoup de gens parlaient déjà anglais ou français. Il faut imaginer l’ambiance qui régnait alors : les infrastructures, les rues étaient encore dans un état catastrophique comme si l’on venait tout juste de sortir de la guerre, et à côté de cela, les fêtes les plus folles étaient organisées, les gens étaient habillés n’importe comment. Et on venait de partout pour assister à ce spectacle unique. Les protagonistes de l’époque faisaient partie de l’avant-garde. »

    Coupe du monde 2006 : et le monde redécouvrit Berlin

    14Ce soir de juillet 2006, Zinedine Zidane quitte l’univers du football sur un coup de tête. Il sort du terrain, les yeux baissés, passe à quelques mètres à peine de cette coupe dorée qu’il ne soulèvera pas une seconde fois, et s’enfonce dans les couloirs du stade olympique de Berlin. Ce drame sportif est ancré dans la mémoire collective de la nation française, mais il marque aussi l’achèvement d’une Coupe du monde de football qui a changé l’image de la capitale allemande aux yeux du monde entier. Pendant quatre semaines, Berlin et l’Allemagne tout entière ont été synonymes de soleil, de fête et de beau jeu. Une image assez éloignée des clichés qui dominaient jusqu’alors, les Allemands ayant même eu l’intelligence de laisser gagner une autre nation (l’Italie), tout en remportant leur dernier match (celui pour la troisième place) pour terminer le tournoi avec les honneurs.

    15« La Coupe du monde nous a réellement donné un nouvel élan », confirme C. Tänzler. « Et ce phénomène a encore gagné en puissance avec les festivités organisées en 2009 pour les vingt ans de la chute du Mur. Le Mondial a changé l’image des Allemands à l’étranger. Nous n’étions plus perçus comme traditionnels et ultra-disciplinés. Nous avons montré que nous pouvions aussi être relax, avoir de l’humour, et du soleil ! Personne ne pouvait douter de notre capacité à organiser une Coupe du monde, mais que les festivités autour de l’événement marchent aussi bien, ça, ce fut une surprise ! Car il n’y a pas de recette magique dans ce domaine. D’ailleurs, il n’y a jamais vraiment de planification pour le développement de cette ville, c’est ce qui fait à la fois son charme et son problème. Pour cette Coupe du monde, la fameuse Fanmeile19 a été un élément clé du succès. Mais là encore, ce n’est pas le fruit du hasard. Nous étions habitués à une telle organisation avec la Gay Pride et les fêtes du Nouvel An qui se déroulent exactement au même endroit. Le succès de la Coupe du monde de 2006 a eu des répercussions directes sur l’évolution du tourisme. Par exemple, le nombre de visiteurs originaires de pays comme la Grande-Bretagne ou le Brésil, deux berceaux historiques du football, a considérablement augmenté depuis. »

    16Forte de sa nouvelle image de ville cool, libre et ouverte, la capitale allemande attire donc de nouveau la jeunesse du monde entier, sa renommée étant désormais internationale. « En nombre de touristes, Berlin a rattrapé un retard considérable et enregistre aujourd’hui 27 millions de nuitées par an20 », poursuit C. Tänzler. « La capitale allemande reste néanmoins très loin derrière Paris (37 millions de nuitées par an) et surtout Londres (50 millions) qui profite des voyages professionnels, dont nous bénéficions beaucoup moins. En 2010, nous avons dépassé Rome dans ce classement, ce qui n’est pas anodin. Berlin fait désormais partie des villes européennes qu’il faut absolument voir. La Porte de Brandebourg a désormais rejoint la Tour Eiffel, Big Ben et le Colisée. Soyons clairs : c’est un phénomène nouveau. »

    17Berlin a cependant connu plusieurs vagues de touristes. Si ce sont principalement les Allemands eux-mêmes qui ont voulu découvrir leur capitale retrouvée dans les années 1990, les voyageurs étrangers sont de plus en plus nombreux à visiter Berlin. « Les premiers à être venus à Berlin sont les anciens Alliés : Américains, Anglais, Français21. Le nombre de touristes originaires des pays voisins, comme la Suisse ou le Danemark, dont on pourrait penser que toute la population est déjà venue à Berlin, continue à augmenter de manière régulière. Et puis il y a le cas intéressant des touristes espagnols, qui ont découvert Berlin au milieu des années 2000 et dont le nombre a connu une hausse fulgurante, de 20 à 30 % par an. Ces chiffres ont chuté avec la crise économique mais repartent désormais de l’avant. Sur un plan plus symbolique, nous assistons aussi à une nette augmentation du nombre de touristes venus de Pologne et d’Israël. C’est intéressant car ces deux pays ont une histoire très difficile avec Berlin. Mais les jeunes générations n’ont plus cette appréhension de venir à Berlin, et il existe actuellement des échanges très forts entre les villes de Berlin et de Tel-Aviv notamment. »

    18Party-Bier-Döner ? Est-ce vraiment là ce qui attire les touristes à Berlin ? « Nos visiteurs ont en moyenne 43 ans. Ils sont certes plus jeunes que la moyenne des touristes des autres villes allemandes, mais on ne les imagine pas pour autant passer leurs week-ends dans les clubs techno. Les touristes viennent principalement pour la culture. Ils veulent voir le Mur. Et surtout, ils reviennent. Berlin est l’une des villes les plus vivantes du continent car elle est en perpétuel mouvement : une nouvelle gare centrale est construite, l’aéroport de Tempelhof est ouvert au public, la Potsdamer Platz change. Quelle autre capitale européenne affiche ce changement permanent en plein cœur de la ville ? Cela tient bien sûr au Mur, qui a divisé la ville pendant des décennies. Ce Mur qui a causé tant de souffrances aux Berlinois se transforme désormais parfois en aubaine car de nombreux espaces du centre-ville qui étaient en friche se métamorphosent. »

    Des visiteurs partis pour rester

    19Berlin n’attire pas que des touristes venus (re)découvrir la capitale allemande. Si la population de la ville est à de larges encablures de ce qu’elle était au début du xxe siècle, elle connaît toutefois une nouvelle phase de croissance. Depuis le début des années 2000, la population berlinoise augmente lentement mais sûrement22, et, depuis 2011, le phénomène a même pris de l’ampleur23. Cette croissance est certes en partie due à un regain du taux de natalité, mais aussi et surtout à un solde migratoire positif. Les raisons de ce succès sont passées en revue dans le livre Die Hauptstädter qui se base sur la « Hertie Berlin-Studie 2014 ». Le directeur de la Hertie School of Governance, Helmut K. Anheier, qui a codirigé cet ouvrage, nous livre son analyse : « Différents groupes de population viennent s’installer à Berlin. Il s’agit majoritairement de jeunes diplômés au profil international. La question principale est de savoir s’ils restent à Berlin. Jusqu’alors, la ville exerçait une forte attraction sans toutefois parvenir à retenir les nouveaux venus. Beaucoup de jeunes venaient dans un premier temps pour leurs études car Berlin fournit une offre universitaire très vaste. Passé 30-35 ans, ces jeunes, ambitieux, voyaient bien qu’ils ne pouvaient pas gagner d’argent à Berlin et allaient donc à l’étranger ou bien à Munich ou Stuttgart. Munich est un exemple de ville qui arrive à attirer les gens et à les garder. Cette situation a néanmoins changé ces dernières années. Berlin propose en effet une offre de qualité plus vaste à ceux qui veulent rester. Le retour du gouvernement à Berlin, et tout ce que cela entraîne en termes de médias, de lobbies, etc., a généré des créations de postes relativement bien payés et offrant de bonnes perspectives. Une nouvelle classe moyenne, qui ne ressemble en rien à celle d’il y a vingt ans, s’établit dans la capitale. Pour les jeunes diplômés originaires d’Europe de l’Est ou du Sud, le schéma est un peu différent. Ils sont d’abord disposés à accepter une large palette d’emplois et sont plus nombreux parmi les rangs du précariat. Mais ce sont précisément eux qui alimentent la scène créative, celle des start-up24. La scène créative berlinoise est largement internationale et pas seulement allemande. »

    Berlin a-t-il atteint le rang de « ville mondiale » ?

    20Walter Benjamin avait annoncé que Berlin serait « l’épicentre du xxe siècle25 ». Actuellement, Berlin concentre toute l’attention politique du continent et a la réputation d’avoir la scène créative la plus vivante, comme le titrait en 2014 le journal Die Zeit : « Berlin, die Weltstadt der Kreativität26 ». Ce regain de popularité signifie-t-il que Berlin peut enfin prétendre au titre de ville mondiale27 ou de Weltstadt, son équivalent allemand, soit une métropole urbaine d’envergure internationale comparable à Paris ou Londres ? Sur ce point, les avis divergent28.

    21« Berlin a toujours cherché à devenir une Weltstadt », explique C. Tänzler. « Dans les années 1920, la ville a été l’une des capitales mondiales du divertissement, avec Paris. Hitler aussi rêvait de faire de Berlin une capitale mondiale, comme en témoigne Germania, son projet architectural démesuré. Selon moi, cette énergie positive qui anime Berlin depuis la chute du Mur fait de la capitale allemande une Weltstadt. Comment définir ce terme ? Pour moi, il est lié au cosmopolitisme, et celui-ci a réellement évolué ces dernières années. Parmi les Berlinois, pas moins de 187 nations différentes sont représentées. Certes, Berlin n’est pas Paris ni Londres, qui, du fait de leur histoire coloniale, attirent encore aujourd’hui des populations venues des quatre coins du monde. Nous accueillons moins de personnes originaires d’Asie ou d’Afrique, nous sommes la porte vers l’Europe de l’Est. Mais par sa libéralité, son ouverture d’esprit, par son histoire aussi, indéniablement liée à l’histoire mondiale, oui, Berlin est une Weltstadt. »

    22L’historien D. Schönpflug adopte quant à lui une autre perspective : « Dans l’histoire de Berlin, il y a toujours eu un grand écart entre l’ambition affichée par la ville – sa volonté de devenir une grande métropole mondiale – et l’appréciation dont elle était l’objet à l’extérieur. Selon moi, c’est toujours vrai aujourd’hui. De nombreux observateurs trouvent que Berlin est une ville impressionnante, intéressante, et même passionnante, mais elle est loin d’être aussi prestigieuse que Londres ou New York, qui appartiennent à la catégorie supérieure. » Même constat chez H.K. Anheier : « Berlin se surestime en tant que ville. Elle ne joue pas dans la même division que Paris ou Londres qui sont, selon moi, les deux seules grandes villes d’envergure internationale en Europe. »

    23Les deux hommes se rejoignent sur un autre point : à leurs yeux, l’élément qui empêche Berlin de jouer dans la catégorie supérieure est sa taille. « La ville est tout simplement trop vide », constate H.K. Anheier. « Elle a besoin d’une forte croissance démographique. Les infrastructures sont suffisamment développées pour accueillir 4,5 millions d’habitants, or la ville n’en compte que 3,5 millions. Et il faudrait aussi que la population se diversifie. Berlin a beaucoup de retard sur ce plan, même par rapport à d’autres villes du pays. Francfort ou Munich ont un taux d’étrangers plus élevé que Berlin29. » La capitale allemande manque aussi d’envergure économique, selon D. Schönpflug : « Une métropole mondiale doit avoir une aura internationale dans toutes les sphères de la société, et pas seulement dans le domaine culturel. Ce n’est pas le cas de Berlin. La ville vient à peine de retrouver son statut politique. Son rayonnement économique, et à plus forte raison industriel, est extrêmement faible. Berlin est encore en pleine évolution. »

    24C. Tänzler propose une autre analyse en forme de compromis : « Quand on regarde la situation de l’Allemagne, il est évident que l’industrie automobile est plutôt présente dans le Sud ; les banques sont à Francfort, le commerce à Hambourg, et les médias sont répartis dans tout le pays. Sur le plan du capital, nous ne sommes ni Shanghai, ni Hongkong, ni Londres, ni New York. Mais peut-être faut-il faire la distinction entre une métropole mondiale et une ville mondiale. Car Berlin a indubitablement une dimension mondiale dans certains domaines, que ce soit au niveau des libertés, de la culture et des subcultures. Où se développent la scène créative, les start-up, la musique ? Où prennent forme les idées, les modes de demain ? Sur ces questions-là, Berlin est sans aucun doute l’une des places incontournables de la scène internationale. »

    L’aimant Berlin s’épuise-t-il ?

    La rançon du succès

    25« Berlin doesn’t love you! » : ce slogan, imprimé sur des autocollants disséminés un peu partout dans le quartier très populaire de Kreuzberg, avait beaucoup fait parler de lui dans la capitale, il y a quelques années. S’adressant aux touristes, il était devenu le symbole d’un ras-le-bol grandissant face au bruit, mais surtout à la gentrification du quartier de Kreuzberg. Ce phénomène de gentrification est évidemment, encore et toujours, l’un des sujets de débat les plus brûlants à Berlin, et reste étroitement lié à la question de l’attractivité de la ville. La réputation d’îlot alternatif, ouvert et tolérant dont jouit Berlin a attiré du monde, beaucoup de monde dans la capitale. La loi de l’offre et de la demande a entraîné une hausse rapide des loyers, qui étaient extrêmement bas après la chute du Mur30, laissant de moins en moins d’espace à ceux qui, justement, ont fait la réputation de la ville, à savoir les groupes alternatifs, souvent peu aisés, et les artistes, qui ont besoin de grands ateliers31. Les touristes, mais aussi les Souabes, les investisseurs, etc., sont la cible des protestataires car l’augmentation du tourisme a fait exploser le nombre de locations d’appartements particuliers, souvent situés dans des immeubles résidentiels.

    Trop de touristes tue-t-il le tourisme ?

    26C. Tänzler reconnaît que la situation actuelle peut poser problème : « Nous avons assisté à une augmentation extrêmement rapide du nombre de touristes. Personne n’aurait pu prédire une telle évolution, si bien que nous n’avions pas de plan précis pour faire face à cette nouvelle donne. Bien sûr, d’un côté, c’est une très bonne chose que Berlin attire autant de visiteurs. Mais de l’autre, nous ne nions pas que cela peut entraîner certaines difficultés, c’est pourquoi nous devons trouver un équilibre entre les intérêts de chacun. Plusieurs facteurs expliquent le problème que nous rencontrons aujourd’hui, lequel est, selon moi, non pas lié au tourisme mais au développement urbain. Et une fois encore, nous retombons sur le Mur. Kreuzberg, pour reprendre l’exemple le plus connu, était situé au pied du Mur ; de ce fait, il présentait très peu d’intérêt sur le plan immobilier, et beaucoup de travailleurs immigrés s’y sont installés. Du jour au lendemain, avec la chute du Mur, ce quartier s’est retrouvé en plein centre de Berlin. À partir de là, tout est allé très vite : l’immobilier a explosé, tout comme le tourisme et, par conséquent, le prix des loyers, et ce dans un laps de temps extrêmement court. On comprend donc qu’il y ait des tensions. Il revient aux responsables politiques de réagir, mais en veillant à trouver un équilibre. Berlin offre beaucoup d’espace à ses habitants, mais il y a là un risque car il est vrai que les loyers augmentent. Toutefois, cette flambée ne peut pas continuer indéfiniment, car les salaires demeurent relativement modestes à Berlin. Nous sommes donc face à un problème complexe, avant tout lié au développement urbain. Dans un passé récent, nous avons eu des expériences heureuses et d’autres moins satisfaisantes en matière de développement de la ville. Parmi les réussites, citons à titre d’exemple la mobilisation couronnée de succès des Berlinois en faveur du maintien en l’état de l’ancien aéroport de Tempelhof. Aujourd’hui, c’est une nouvelle attraction que les touristes viennent voir à Berlin. »

    La banlieue, c’est pas rose

    27Ce phénomène de gentrification a également des conséquences sur l’ensemble de la structure urbaine de Berlin, pourtant si particulière, surtout si on la compare à Paris. Berlin est en effet une agglomération de villages, puis de villes. La capitale allemande n’abrite donc pas un centre unique, mais plusieurs centres ; chaque quartier, chaque Kiez possède son identité propre. Les distances à parcourir pour se rendre d’un point à un autre de la ville sont d’ailleurs si grandes que les Berlinois préfèrent rester dans leur Kiez. Le livre Die Hauptstädter montre bien que chaque quartier correspond à un milieu social particulier : par exemple, Steglitz-Zehlendorf, Neukölln et Marzahn-Hellesdorf sont trois quartiers aux antipodes les uns des autres, qui ont chacun une identité très marquée. Cette étude sociologique de Berlin révèle aussi un phénomène que nombre de Berlinois ressentent déjà : les quartiers du centre-ville deviennent de plus en plus chers, si bien que les populations les moins favorisées se trouvent reléguées à la périphérie. Faut-il en conclure que la ville évolue dangereusement vers un modèle plus parisien ? Une fois de plus, c’est l’histoire bien particulière de Berlin et de son Mur qui, d’après H. K. Anheier, apporte un élément de réponse : « Berlin a énormément de retard à rattraper en matière de développement urbain. Non seulement le Mur scindait la ville en deux, mais il la délimitait aussi sur sa partie Ouest. Autrement dit, pendant des décennies, Berlin n’a pas eu un mais (au moins) deux centres, et toutes les infrastructures culturelles étaient elles aussi dédoublées. Berlin est un enchevêtrement désordonné sur le plan architectural. Il y a des quartiers ouvriers qui sont très proches du centre, comme Wedding. Le centre actuel de Berlin voit arriver de nouvelles populations : des créatifs venus notamment de l’Est. Mais ces derniers ne s’installent pas dans les quartiers plus riches de l’Ouest. Je vois mal comment Berlin pourrait se mettre à ressembler à Paris, qui est un cas extrême, car nous n’avons pas ces mêmes banlieues coupées du centre. Prenons l’exemple de Marzahn, qui pourrait être considéré comme une banlieue de Berlin : notre étude montre bien que la population qui y vit est désormais très âgée. Cette réalité ne correspond pas au modèle parisien. »

    La caravane va-t-elle continuer à voyager ?

    28« Berlin n’est plus la ville la plus cool du monde32 », titrait début 2014 le quotidien berlinois Der Tagesspiegel. Comme par le passé, les articles négatifs parus dans la presse étrangère, et notamment celui, retentissant, du magazine américain Rolling Stone33 sur le déclin du célèbre club Berghain, ont instillé le doute dans les milieux culturels berlinois, qui se demandent si leur pouvoir d’attraction est toujours intact. Si la capitale allemande venait à perdre son aura, cette avant-garde artistique pourrait mettre le cap sur une autre grande ville européenne, reléguant Berlin au second plan. Ce développement cyclique des métropoles n’a rien d’inhabituel, comme le rappelle D. Schönpflug : « Regardez Paris. Très à la mode dans les années 1920, la capitale française a attiré des artistes du monde entier comme Hemingway ou Joyce. Cela a quelque peu continué après la Seconde Guerre mondiale, puis Paris est devenu trop cher et trop bondé. La ville a perdu de son pouvoir d’attraction. New York aussi était beaucoup plus attrayant au niveau artistique dans les années 1980. Il se produit un phénomène naturel de saturation. Pour l’instant, Berlin n’en a pas encore fait l’expérience, car ses précédentes phases de développement ont été interrompues par les deux guerres mondiales. Toutefois, de mon point de vue, on sent aujourd’hui que l’ambiance n’est plus la même. Dans les années 1990, Berlin était le symbole de la culture trash, avec ses fêtes organisées dans des caves où une caisse en bois faisait office de bar. Aujourd’hui, les clubs sont très proprets et il faut débourser 10 euros pour y entrer. Les trous laissés par le Mur se referment petit à petit, les quartiers intéressants sont complètement rénovés, les loyers montent en flèche. Pour moi, ce sont les signes que la saturation est là. La question majeure qui agite Berlin depuis un certain temps est la suivante : où nous mène la suite du voyage ? Quelle sera la prochaine ville à la mode ? La plus prometteuse sur le plan culturel ? Chacun y va de son petit pronostic : Budapest, Bucarest, Varsovie sont des villes à suivre, car une avant-garde culturelle pourrait bien y prendre forme. »

    29En Allemagne aussi, plusieurs villes ambitionnent de devenir le « prochain Berlin ». C’est le cas notamment de Leipzig, ville de culture par tradition, qui renaît de ses cendres ces dernières années34. Même Dortmund, pourtant plus connu pour le foot, l’acier et la bière que pour son offre culturelle, s’amuse à vouloir jouer le rôle d’aimant pour la nouvelle avant-garde culturelle35. Ce petit jeu fait sourire C. Tänzler : « Cette mode est en fait le meilleur compliment que l’on puisse nous faire. Si tout le monde veut imiter Berlin, cela veut dire que nous faisons du bon travail. Berlin n’a pas perdu son aura de ville la plus cool d’Europe, et je trouve très positif que d’autres villes cherchent à nous faire concurrence dans ce domaine, car cela nous empêche de nous reposer sur nos lauriers. Mais, de notre côté, il faut voir plus loin : quelle direction souhaite prendre Berlin ? Quels sont les critères que nous voulons désormais remplir pour que la capitale demeure attrayante ? Un jour viendra où la caravane reprendra la route et où nous ne serons peut-être plus les plus “cool” d’Europe, mais est-ce là le plus important ? Peut-être le moment est-il venu pour Berlin de passer à l’âge adulte ! Ma vision personnelle est de faire de Berlin la ville du futur, tournée vers l’innovation technologique et surtout écologique. Quand l’espace de l’aéroport de Tegel sera enfin disponible, nous pourrons y implanter un laboratoire pour mieux aborder ces nouvelles technologies. Si les autres ne trouvent plus notre ville cool, ce sera à nous, Berlinois, de concevoir de nouvelles idées. Nous avons l’habitude de rebondir après les crises. »

    30Il y a plus d’un siècle déjà, bien avant les deux guerres mondiales, l’édification du Mur, la crise économique et la Coupe du monde, Karl Scheffler avait voulu sceller le destin de Berlin, « condamné à toujours devenir et à n’être jamais36 ». Maintes fois reprise depuis, cette maxime continue de décrire les métamorphoses de Berlin, qui ne semble ni pouvoir ni vouloir se contenter d’une sereine normalité. Du fait de son destin historique hors du commun et du long chemin qui lui reste à parcourir, la ville continuera d’attirer des populations venues d’ailleurs. Rien dans les chiffres ne semble annoncer un essoufflement de l’engouement touristique suscité par Berlin ou une baisse de la croissance démographique. Toute la difficulté pour Berlin consiste désormais à préserver son expansion tout en veillant à ne pas laisser sur le bord de la route ceux qui peinent à suivre le rythme ultrarapide de développement que connaît actuellement la capitale. Berlin, paradis des éternels adolescents, doit relever ce défi colossal mais non moins passionnant pour construire son avenir, tirer le meilleur parti de ses influences multiculturelles et développer davantage son identité cosmopolite. Grâce à ses forces vives, ses idées novatrices, ses espaces, mais aussi son modernisme, sa position stratégique entre l’Ouest et l’Est et sa conscience écologique, Berlin a toutes les cartes en main pour devenir un laboratoire des métropoles du futur.

    Notes de bas de page

    1 La musique originale est tirée de l’opérette Fatinitza (1876) du compositeur autrichien Franz von Suppé, sur laquelle ont ensuite été ajoutées ces paroles populaires. L. Richer, Der Berliner Gassenhauer: Darstellung - Dokumente - Sammlung, Munster, Waxmann, « Volksliedstudien », vol. 4, 2004.

    2 La moyenne d’âge est de 42,9 ans dans la capitale, contre 44,1 ans au niveau national ; elle a ainsi baissé à Berlin depuis 2009, à l’inverse de la moyenne nationale. Voir H.K. Anheier et K. Hurrelmann (dir.), Die Hauptstädter - Berlin 25 Jahre nach dem Mauerfall, Die Hertie Berlin Studie 2014, Hambourg, Hoffmann und Campe, 2014, p. 111.

    3 Pour aborder ces questions, rien ne vaut la parole de spécialistes. Nous nous sommes entretenu avec trois d’entre eux : l’historien Daniel Schönpflug connaît Berlin depuis sa plus tendre enfance. Ancien directeur adjoint du Centre de recherche franco-allemand Marc-Bloch, il est désormais coordinateur scientifique du Wissenschaftskolleg de Berlin. Christian Tänzler est, quant à lui, responsable de la communication au sein de la structure berlinoise « VisitBerlin », officiellement chargée de la promotion touristique de la ville. Enfin, Helmut K. Anheier est directeur de la Hertie School of Governance et a codirigé l’ouvrage Die Hauptstädter (H.K. Anheier et K. Hurrelmann (dir.), op. cit.), qui propose l’une des approches sociologiques les plus actuelles de la capitale allemande, fondée sur la « Hertie Berlin-Studie 2014 ». Leurs propos, recueillis lors des entretiens menés par l’auteur du présent chapitre, sont retranscrits en italique dans le texte.

    4 C. Buffet, « Des origines au Grand-Berlin », in D. Sanson (dir.), Berlin. Histoire, promenades, anthologie et dictionnaire, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2014, p. 32.

    5 D. Vernet, Le Roman de Berlin, Monaco, Éditions du Rocher, 2005, p. 15.

    6 C. Buffet, op. cit., p. 38.

    7 D. Vernet, op. cit., p. 19.

    8 Les Mietkasernen tirent leur nom du confort spartiate de ces logements ouvriers qui se sont développés avec l’industrialisation de la ville, et qui se caractérisent par un enchevêtrement de plusieurs cours (Höfe). Voir K. Strohmeyer sur le site du Deutsches Histotisches Museum : <www.dhm.de/lemo/kapitel/kaiserreich/alltagsleben/mietskaserne.html>.

    9 Sur ce sujet, voir notamment D.C. Large, Berlin, Biographie einer Stadt, Munich, C.H. Beck, 2002.

    10 M. Bellan, 100 ans de cinéma allemand, Paris, Ellipses, 2001, p. 19.

    11 M. Bellan, op. cit., p. 21.

    12 M. Bellan, op. cit., p. 23.

    13 L. Richard, « Rayonnement et déchéance d’une métropole 1918-1945 », in D. Sanson (dir.), op. cit., p. 66.

    14 C. Buffet, « Berlin au miroir du cinéma », in D. Sanson (dir.), op. cit., p. 406.

    15 M. Bellan, op. cit., p. 36.

    16 B. Grésillon, « Carrefour de la création », in D. Sanson (dir.), op. cit., p. 34.

    17 Voir D. Bocquet, « La Diversité à l’épreuve », in D. Sanson (dir.), op. cit., p. 320.

    18 Voir D. Bocquet, op. cit., p. 337.

    19 La rue du 17-Juin, artère centrale berlinoise, a servi de décor à la retransmission des matches sur écran géant.

    20 Le nombre total de nuitées est passé de 11,4 millions en 2003 à 26,9 millions en 2013. Pour l’année 2014, Berlin a enregistré un record avec 28,7 millions de nuitées, soit une nouvelle augmentation de 6,5 % par rapport à l’année précédente (source : Amt für Statistik Berlin-Brandenburg, rapport annuel de février 2015 disponible sur : <www.statistik-berlin-brandenburg.de/pms/2015/15-02-18.pdf>).

    21 Alors qu’ils ne totalisaient que 164 110 nuitées en 2003, les Français sont passés à 626 320 nuitées dans la capitale allemande en 2013, se plaçant ainsi derrière les Anglais, les Italiens, les Américains, les Néerlandais et les Danois, mais devant les Espagnols, les Suisses et les Russes (source : Amt für Statistik Berlin-Brandenburg).

    22 H.K. Anheier et K. Hurrelmann (dir.), op. cit., p. 108 : Berlin a connu un solde migratoire négatif entre 1996 et 2000. La tendance est devenue largement positive depuis 2005.

    23 Le nombre de personnes qui s’installent à Berlin est en constante augmentation depuis dix ans. En 2013, il a atteint 169 466 – dont plus de la moitié étaient des étrangers (87 758) –, un record depuis 1996. Avec 127 574 départs de la ville enregistrés cette même année, le solde migratoire a atteint + 41 892 (source : Amt für Statistik Berlin-Brandenburg : <www.statistik-berlin-brandenburg.de/basiszeitreihegrafik/Zeit-Wanderungen.asp?Ptyp=400&Sageb=12035&creg=BBB&anzwer=10>).

    24 Berlin est vraiment considéré comme la capitale allemande des start-up, et même comme l’une des métropoles les plus dynamiques du monde. Selon le « Deutsche Start-Up Monitor » de 2014 (disponible sur : <deutscherstartupmonitor.de/fileadmin/dsm/dsm-14/DSM_2014.pdf>), 39 % des start-up allemandes ont leur siège social à Berlin. Munich et la région de la Ruhr, qui arrivent derrière Berlin au classement, n’accueillent que 8 % d’entre elles.

    25 D. Vernet, op. cit.

    26 T.E. Schmidt, « Die Weltstadt der Kreativität », Zeit.de, 4 septembre 2014, disponible sur : <www.zeit.de/2014/37/berlin-innovation-wowereit-start-up>.

    27 Dans son livre Les villes mondiales (1966), Peter Hall définit celles-ci comme des lieux où « est menée une part tout à fait disproportionnée des affaires les plus importantes du monde ».

    28 Un classement des villes d’envergure mondiale a été établi par le GaWC en 2012 (« The World According to GaWC 2012 », disponible sur : <www.lboro.ac.uk/gawc/world2012t.html>) : Berlin n’apparaît que dans la cinquième catégorie (sur 12) et se place donc à peu près au 30e rang du classement, derrière notamment Francfort et Munich. Londres et New York constituent à elles seules la première catégorie du classement.

    29 L’institut BBSR a publié une étude en janvier 2015 sur le taux d’étrangers dans les grandes villes allemandes. Berlin arrive bien loin derrière Francfort, Munich, Stuttgart, Mannheim ou encore Nuremberg (étude disponible sur : <www.bbsr.bund.de/BBSR/DE/Stadtentwicklung/StadtentwicklungDeutschland/Tendenzen/Projekte/EinwanderungslandDeutschland/FB1_EinwanderungslandDeutschland.html?nn=442182>).

    30 Selon le rapport 2014 sur l’immobilier à Berlin, les prix augmentent continuellement depuis 2008 dans la capitale allemande : fin 2013, le prix médian (net, sans les charges) atteignait 8,36 euros par m2, ce qui correspond à une augmentation de 10 % en un an seulement (voir le rapport sur : <www.ibb.de/PortalData/1/Resources/content/download/ibb_service/publikationen/IBB_Wohnungsmarktbericht_2013.pdf>, p. 55). Le quotidien Die Welt, se basant sur des chiffres d’Immonet, estime qu’à Berlin les loyers ont augmenté de 56 % entre 2009 et 2014, ce qui fait de la capitale la ville allemande ayant le plus augmenté ses prix au cours des cinq dernières années (« Mietpreise in Berlin um 56 Prozent gestiegen », Welt.de, 3 mai 2014, disponible sur : <www.welt.de/finanzen/immobilien/article127581058/Mietpreise-in-Berlin-um-56-Prozent-gestiegen.html>).

    31 Voir le reportage de Nathalie Daiber daté du 13 avril 2015, « Ces chers ateliers d’artistes », disponible sur : <info.arte.tv/fr/les-chers-ateliers-dartistes-de-berlin>.

    32 Th. Loy, « Berlin ist nicht mehr die coolste Stadt der Welt », Tagesspiegel.de, 6 mars 2014, disponible sur : <www.tagesspiegel.de/berlin/ende-eines-trends-berlin-ist-nicht-mehr-die-coolste-stadt-der-welt/9575586.html>.

    33 Th. Rogers, « Berghain: The Secretive, Sex-Fueled World of Techno’s Coolest Club », Rollingstone.com, 6 février 2014, disponible sur : <www.rollingstone.com/music/news/berghain-the-secretive-sex-fueled-world-of-technos-coolest-club-20140206>.

    34 M. Burkhardt, « “Natürlich ist Leipzig das bessere Berlin” », Berliner-zeitung.de, 7 mai 2013, disponible sur : <www.berliner-zeitung.de/berlin/leipzig-vs--berlin--natuerlich-ist-leipzig-das-bessere-berlin-,10809148,22704586.html>, et « Party-Logbuch Leipzig: Wie Berlin, nur besser », Spiegel.de, 14 décembre 2012, disponible sur : <www.spiegel.de/unispiegel/wunderbar/party-in-leipzig-wie-berlin-nur-besser-a-871973.html>.

    35 La carte postale émise par l’association « HartWare Verein » (disponible sur : <www.hmkv.de/_grafik/bildgalerien/2014_Jahrespostkarte_Dortmund_Sammelmotive/HMKV_Jahreskarte_Sammelbild_4.jpg>) joue en effet sur l’idée d’une avant-garde culturelle déjà présente à Dortmund.

    36 K. Scheffler, Berlin. Eine Schicksalstadt, Berlin, E. Reiss, 1910.

    Auteur

    • Sébastien Vannier

      Correspondant en Allemagne pour le quotidien Ouest-France et responsable de la communication au centre franco-allemand de recherche en sciences sociales Marc-Bloch

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    1 La musique originale est tirée de l’opérette Fatinitza (1876) du compositeur autrichien Franz von Suppé, sur laquelle ont ensuite été ajoutées ces paroles populaires. L. Richer, Der Berliner Gassenhauer: Darstellung - Dokumente - Sammlung, Munster, Waxmann, « Volksliedstudien », vol. 4, 2004.

    2 La moyenne d’âge est de 42,9 ans dans la capitale, contre 44,1 ans au niveau national ; elle a ainsi baissé à Berlin depuis 2009, à l’inverse de la moyenne nationale. Voir H.K. Anheier et K. Hurrelmann (dir.), Die Hauptstädter - Berlin 25 Jahre nach dem Mauerfall, Die Hertie Berlin Studie 2014, Hambourg, Hoffmann und Campe, 2014, p. 111.

    3 Pour aborder ces questions, rien ne vaut la parole de spécialistes. Nous nous sommes entretenu avec trois d’entre eux : l’historien Daniel Schönpflug connaît Berlin depuis sa plus tendre enfance. Ancien directeur adjoint du Centre de recherche franco-allemand Marc-Bloch, il est désormais coordinateur scientifique du Wissenschaftskolleg de Berlin. Christian Tänzler est, quant à lui, responsable de la communication au sein de la structure berlinoise « VisitBerlin », officiellement chargée de la promotion touristique de la ville. Enfin, Helmut K. Anheier est directeur de la Hertie School of Governance et a codirigé l’ouvrage Die Hauptstädter (H.K. Anheier et K. Hurrelmann (dir.), op. cit.), qui propose l’une des approches sociologiques les plus actuelles de la capitale allemande, fondée sur la « Hertie Berlin-Studie 2014 ». Leurs propos, recueillis lors des entretiens menés par l’auteur du présent chapitre, sont retranscrits en italique dans le texte.

    4 C. Buffet, « Des origines au Grand-Berlin », in D. Sanson (dir.), Berlin. Histoire, promenades, anthologie et dictionnaire, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2014, p. 32.

    5 D. Vernet, Le Roman de Berlin, Monaco, Éditions du Rocher, 2005, p. 15.

    6 C. Buffet, op. cit., p. 38.

    7 D. Vernet, op. cit., p. 19.

    8 Les Mietkasernen tirent leur nom du confort spartiate de ces logements ouvriers qui se sont développés avec l’industrialisation de la ville, et qui se caractérisent par un enchevêtrement de plusieurs cours (Höfe). Voir K. Strohmeyer sur le site du Deutsches Histotisches Museum : <www.dhm.de/lemo/kapitel/kaiserreich/alltagsleben/mietskaserne.html>.

    9 Sur ce sujet, voir notamment D.C. Large, Berlin, Biographie einer Stadt, Munich, C.H. Beck, 2002.

    10 M. Bellan, 100 ans de cinéma allemand, Paris, Ellipses, 2001, p. 19.

    11 M. Bellan, op. cit., p. 21.

    12 M. Bellan, op. cit., p. 23.

    13 L. Richard, « Rayonnement et déchéance d’une métropole 1918-1945 », in D. Sanson (dir.), op. cit., p. 66.

    14 C. Buffet, « Berlin au miroir du cinéma », in D. Sanson (dir.), op. cit., p. 406.

    15 M. Bellan, op. cit., p. 36.

    16 B. Grésillon, « Carrefour de la création », in D. Sanson (dir.), op. cit., p. 34.

    17 Voir D. Bocquet, « La Diversité à l’épreuve », in D. Sanson (dir.), op. cit., p. 320.

    18 Voir D. Bocquet, op. cit., p. 337.

    19 La rue du 17-Juin, artère centrale berlinoise, a servi de décor à la retransmission des matches sur écran géant.

    20 Le nombre total de nuitées est passé de 11,4 millions en 2003 à 26,9 millions en 2013. Pour l’année 2014, Berlin a enregistré un record avec 28,7 millions de nuitées, soit une nouvelle augmentation de 6,5 % par rapport à l’année précédente (source : Amt für Statistik Berlin-Brandenburg, rapport annuel de février 2015 disponible sur : <www.statistik-berlin-brandenburg.de/pms/2015/15-02-18.pdf>).

    21 Alors qu’ils ne totalisaient que 164 110 nuitées en 2003, les Français sont passés à 626 320 nuitées dans la capitale allemande en 2013, se plaçant ainsi derrière les Anglais, les Italiens, les Américains, les Néerlandais et les Danois, mais devant les Espagnols, les Suisses et les Russes (source : Amt für Statistik Berlin-Brandenburg).

    22 H.K. Anheier et K. Hurrelmann (dir.), op. cit., p. 108 : Berlin a connu un solde migratoire négatif entre 1996 et 2000. La tendance est devenue largement positive depuis 2005.

    23 Le nombre de personnes qui s’installent à Berlin est en constante augmentation depuis dix ans. En 2013, il a atteint 169 466 – dont plus de la moitié étaient des étrangers (87 758) –, un record depuis 1996. Avec 127 574 départs de la ville enregistrés cette même année, le solde migratoire a atteint + 41 892 (source : Amt für Statistik Berlin-Brandenburg : <www.statistik-berlin-brandenburg.de/basiszeitreihegrafik/Zeit-Wanderungen.asp?Ptyp=400&Sageb=12035&creg=BBB&anzwer=10>).

    24 Berlin est vraiment considéré comme la capitale allemande des start-up, et même comme l’une des métropoles les plus dynamiques du monde. Selon le « Deutsche Start-Up Monitor » de 2014 (disponible sur : <deutscherstartupmonitor.de/fileadmin/dsm/dsm-14/DSM_2014.pdf>), 39 % des start-up allemandes ont leur siège social à Berlin. Munich et la région de la Ruhr, qui arrivent derrière Berlin au classement, n’accueillent que 8 % d’entre elles.

    25 D. Vernet, op. cit.

    26 T.E. Schmidt, « Die Weltstadt der Kreativität », Zeit.de, 4 septembre 2014, disponible sur : <www.zeit.de/2014/37/berlin-innovation-wowereit-start-up>.

    27 Dans son livre Les villes mondiales (1966), Peter Hall définit celles-ci comme des lieux où « est menée une part tout à fait disproportionnée des affaires les plus importantes du monde ».

    28 Un classement des villes d’envergure mondiale a été établi par le GaWC en 2012 (« The World According to GaWC 2012 », disponible sur : <www.lboro.ac.uk/gawc/world2012t.html>) : Berlin n’apparaît que dans la cinquième catégorie (sur 12) et se place donc à peu près au 30e rang du classement, derrière notamment Francfort et Munich. Londres et New York constituent à elles seules la première catégorie du classement.

    29 L’institut BBSR a publié une étude en janvier 2015 sur le taux d’étrangers dans les grandes villes allemandes. Berlin arrive bien loin derrière Francfort, Munich, Stuttgart, Mannheim ou encore Nuremberg (étude disponible sur : <www.bbsr.bund.de/BBSR/DE/Stadtentwicklung/StadtentwicklungDeutschland/Tendenzen/Projekte/EinwanderungslandDeutschland/FB1_EinwanderungslandDeutschland.html?nn=442182>).

    30 Selon le rapport 2014 sur l’immobilier à Berlin, les prix augmentent continuellement depuis 2008 dans la capitale allemande : fin 2013, le prix médian (net, sans les charges) atteignait 8,36 euros par m2, ce qui correspond à une augmentation de 10 % en un an seulement (voir le rapport sur : <www.ibb.de/PortalData/1/Resources/content/download/ibb_service/publikationen/IBB_Wohnungsmarktbericht_2013.pdf>, p. 55). Le quotidien Die Welt, se basant sur des chiffres d’Immonet, estime qu’à Berlin les loyers ont augmenté de 56 % entre 2009 et 2014, ce qui fait de la capitale la ville allemande ayant le plus augmenté ses prix au cours des cinq dernières années (« Mietpreise in Berlin um 56 Prozent gestiegen », Welt.de, 3 mai 2014, disponible sur : <www.welt.de/finanzen/immobilien/article127581058/Mietpreise-in-Berlin-um-56-Prozent-gestiegen.html>).

    31 Voir le reportage de Nathalie Daiber daté du 13 avril 2015, « Ces chers ateliers d’artistes », disponible sur : <info.arte.tv/fr/les-chers-ateliers-dartistes-de-berlin>.

    32 Th. Loy, « Berlin ist nicht mehr die coolste Stadt der Welt », Tagesspiegel.de, 6 mars 2014, disponible sur : <www.tagesspiegel.de/berlin/ende-eines-trends-berlin-ist-nicht-mehr-die-coolste-stadt-der-welt/9575586.html>.

    33 Th. Rogers, « Berghain: The Secretive, Sex-Fueled World of Techno’s Coolest Club », Rollingstone.com, 6 février 2014, disponible sur : <www.rollingstone.com/music/news/berghain-the-secretive-sex-fueled-world-of-technos-coolest-club-20140206>.

    34 M. Burkhardt, « “Natürlich ist Leipzig das bessere Berlin” », Berliner-zeitung.de, 7 mai 2013, disponible sur : <www.berliner-zeitung.de/berlin/leipzig-vs--berlin--natuerlich-ist-leipzig-das-bessere-berlin-,10809148,22704586.html>, et « Party-Logbuch Leipzig: Wie Berlin, nur besser », Spiegel.de, 14 décembre 2012, disponible sur : <www.spiegel.de/unispiegel/wunderbar/party-in-leipzig-wie-berlin-nur-besser-a-871973.html>.

    35 La carte postale émise par l’association « HartWare Verein » (disponible sur : <www.hmkv.de/_grafik/bildgalerien/2014_Jahrespostkarte_Dortmund_Sammelmotive/HMKV_Jahreskarte_Sammelbild_4.jpg>) joue en effet sur l’idée d’une avant-garde culturelle déjà présente à Dortmund.

    36 K. Scheffler, Berlin. Eine Schicksalstadt, Berlin, E. Reiss, 1910.

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    • Deshaies, Michel. (2016) Conclusion générale. Bulletin de l'Association de géographes français, 93. DOI: 10.4000/bagf.904

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    • Picaud, Myrtille. (2019) Pop Music, Culture and Identity Nocturnes: Popular Music and the Night. DOI: 10.1007/978-3-319-99786-5_3

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    Vannier, Sébastien. « Berlin, l’aimant tant aimé ». In L’Allemagne change !, édité par Hans Stark et Nele Katharina Wissmann. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2015. doi:10.4000/books.septentrion.12290.
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    Stark, H., & Wissmann, N. K. (éds.). (2015). L’Allemagne change !. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.12250
    Stark, Hans, et Nele Katharina Wissmann, éd. L’Allemagne change !. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2015. doi:10.4000/books.septentrion.12250.
    Stark, Hans, et Nele Katharina Wissmann, éditeurs. L’Allemagne change !. Presses universitaires du Septentrion, 2015, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.12250.
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