Chapitre 9. La lgv levier de Bordeaux Euratlantique, quartier d’affaires et d’innovation de nouvelle génération
p. 183-188
Texte intégral
1Chaque territoire développe une attractivité résidentielle et une attractivité économique. Parmi les atouts de Bordeaux Métropole figurent la démographie (elle se situe au cœur de l’arc de croissance démographique français1), le cadre de vie, une économie diversifiée et surtout l’économie de l’innovation. Bordeaux Métropole est déjà classée, pour ce qui concerne l’innovation, au 54e rang mondial, au 25e européen et au cinquième français2. L’enjeu exposé ici est l’émergence d’un pôle-relais (hub, en anglais) autour du carrefour Tgv Paris-Bordeaux-Bilbao-Toulouse. C’est l’occasion de faire de Bordeaux un nouveau et puissant pôle-relais ferroviaire3 d’ici 2030. Ce pôle d’échanges multimodal est déjà et sera beaucoup plus encore un levier de l’attractivité globale de l’agglomération.
2Selon la Communauté urbaine de Bordeaux, l’objectif est de créer 75 000 emplois d’ici 2030, dont 25 000 à Bordeaux Euratlantique. La priorité y est donnée au tertiaire supérieur, au numérique et aux tic. D’autres grands projets économiques sont lancés sur le reste du territoire dans les domaines de la chimie, de la logistique, des filières aérospatial et défense, et lasers, ainsi que dans les éco-activités. Le projet Campus est au cœur de tout ce qui concerne l’économie de l’innovation. L’ambition est de faire émerger une « métropole européenne » à l’échelle du grand Sud-Ouest franco-espagnol, exemplaire pour l’innovation et le développement durable, dont Bordeaux Euratlantique serait un composant essentiel.
Des priorités d’action
3Des priorités d’action ont été déterminées et explicitées pour Bordeaux Métropole. Il faut désenclaver un territoire en périphérie de l’Europe (Tgv, avion et très haut débit), préserver l’attractivité liée au cadre de vie par une exemplarité en matière de développement durable ; valoriser les principaux atouts économiques : l’innovation, l’aérospatial, le tertiaire supérieur, le vin, qui représente 15 % de l’activité économique sont ainsi les priorités du développement de la métropole bordelaise.
4L’enjeu de Bordeaux Euratlantique est la valorisation du pôle-relais Tgv, avec un transit prévu de vingt millions de voyageurs. L’objectif est de renforcer les fonctions de métropole européenne, sur les registres de la décision, de l’innovation et des échanges, par le biais d’un quartier d’affaires européen et de 25 000 emplois métropolitains supérieurs. Il doit aussi accueillir 8 % de la population nouvelle, soit 25 000 habitants tout en devenant un site urbain exemplaire pour le développement durable, muni du label français Ecocité.
5Ces objectifs donnés au projet Bordeaux Euratlantique sont mis en œuvre grâce à une gouvernance associant des décideurs publics et des acteurs privés, et grâce à une organisation appuyée sur un partenariat public-privé initié, garanti et piloté par les acteurs publics à travers l’Établissement public d’aménagement Bordeaux Euratlantique. Un protocole et un plan d’affaires signé par les fondateurs, partage risques et apports en fonds propres entre l’État (pour 35 %), la Communauté urbaine de Bordeaux (aujourd’hui, Bordeaux Métropole) (pour 35 %), la Ville de Bordeaux (pour 20 %), la Ville de Bègles (pour 7 %) et la Ville de Floirac (pour 3 %). Un conseil d’administration de dix membres est constitué pour 50 % par l’État et 50 % par les collectivités territoriales, rejoints par le Conseil régional d’Aquitaine. Rff et la Sncf (et leurs successeurs Sncf Réseau et Sncf, après la mise en œuvre de la récente loi ferroviaire de juillet 2014) y siègent en tant qu’observateurs.
6Une équipe de développement réunit de 25 à 30 personnes, dont le directeur général est nommé par l’État. Elle s’appuie sur trois équipes d’urbanistes : Reichen & associés, TVK et Alexandre Chemetov. Un puissant levier financier doit être activé, puisque 810 millions d’euros d’investissements sont prévus en provenance de l’EPA Bordeaux Euratlantique lui-même, alimentés par 710 millions de recettes commerciales et 100 millions de participations publiques. Au total, ce sont cinq milliards d’investissements publics et privés qui seront mobilisés !
La configuration du projet
7Le site du projet englobe 738 hectares dont 250 mutables, sur des friches ferroviaires, industrielles et logistiques. Il inclut en fait quatre projets concrets : Saint-Jean-Belcier (avec comme urbaniste Bernard Reichen), Garonne Eiffel (avec TVK), Bègles Garonne et Bègles Faisceau (avec comme urbaniste Alexandre Chemetoff). Un programme mixte de 2,4 millions de m² comprendra :
- 1 200 000 m² shon de logements, 15 à 20 000 logements,
- 80 000 m² de résidences (personnes âgées, étudiants, artistes …),
- 450 000 m² shon de bureaux dont 300 000 à Saint-Jean-Belcier,
- 150 000 m² shon de locaux d’activités,
- 40 000 m² shon de commerces,
- 170 000 m² shon d’équipements publics,
- 50 000 m² shon d’hôtels et de para-hôtels,
- 300 000 m² encore non affectés, et
- 50 hectares d’espaces publics nouveaux.
8Au sein du quartier d’affaires, une priorité est donnée à la « mixité », avec notamment un « cluster tertiaire supérieur ». Le cœur économique est un parc de bureaux ; si, aujourd’hui, 2 millions de m² sont disponibles sur Bordeaux Métropole avec une prévision pour 2030, au rythme actuel, de 3 millions de m², l’objectif pour le seul site de Bordeaux Euratlantique (450 000 m²), devrait peser 12 à 15 % du parc total à cet horizon. Le volume de transaction annuel tourne actuellement autour de 80 000 à 100 000 m² par an pour Bordeaux Métropole ; on nourrit une prévision de part de marché pour Bordeaux Euratlantique de quelque 25 % ; la répartition géographique envisagée est de 300 000 m², sur Saint-Jean-Belcier et la Cité numérique de Bègles, de 150 000 m² sur Garonne-Eiffel. Une première tranche de 100 000 m² doit livrée dans la période de démarrage de la lgv Paris Bordeaux en 2h00 (2017-2019). En ce qui concerne les utilisateurs finaux, l’objectif est d’équilibrer un emploi en croissance locale par un emploi en provenance de l’extérieur.
9Le profil actuel des utilisateurs finaux4 de bureaux à Bordeaux métropole est le suivant : 36 % pour les services aux entreprises, 11 % pour l’informatique et les TIC, 17 % pour les administrations publiques, 12 % pour les services aux particuliers, 7 % pour l’immobilier-construction pour 7 %. Les premières réservations sur Bordeaux Euratlantique concernent les services aux entreprises et l’informatique et les tic.
10Bordeaux Euratlantique est perçu comme devant devenir le site tertiaire supérieur de référence de Bordeaux Métropole, au cœur par conséquent de la dynamique économique de toute une métropole et de sa grande région, et l’un des projets phares avec le campus et les pôles lasers, green tech et aérospatial. Ce serait le « technopôle » du tertiaire supérieur et du numérique avec l’appui de Bordeaux Place financière & tertiaire et le projet World Trade Center, et la Cité numérique, qui accueillera le « cluster Digital Aquitaine ». Les atouts de localisation sont évidents ! La proximité de la gare, pôle-relais pour voyageurs multimodal Tgv Paris Toulouse Bilbao, est complétée par la future qualité du cadre de vie et de travail, le charme du bord de Garonne, etc.
11À propos du quartier d’affaires, la tâche est rude car il faut en « vendre » les atouts. Des tout premiers clients ont déjà pris leur décisions de rejoindre le site, avec, notamment, la Caisse d’épargne Aquitaine-Poitou-Charente, les diverses entités girondines du groupe Gdf Suez, les directions régionales de la Société générale, de l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), de Pôle Emploi, de Millesima-Alcools Bernard (vins et alcools), d’Orange, de la Sncf, de Vinci et de Clairsienne/Logevie (logement social). Plusieurs utilisateurs finaux ont également exprimé des marques d’intérêt, tels des cabinets d’audit, des banques, des SSII, des groupes immobiliers, des groupes de btp ou des agences d’architectes et des bureaux d’études.
12Le concept de « ville intelligente » a pris corps, autour du projet de « Cité numérique », qui veut accueillir « une grappe » d’entités des tic, du web et des activités créatives dans un ancien centre de tri postal de 27 000 m². Ce doit être une vitrine des savoir-faire numériques régionaux, un site de démonstration et d’expérimentation de la ville intelligente, un lieu de maturation d’innovations avec des chercheurs, des entreprises et des usagers :
- mobilité (télétravail, électro-mobilité, interfaçage Desc, différents modes de transport) ;
- énergie et bâtiment : smart grids et open data ;
- SIG (système d’information géographique : système d’information permettant de créer, d’organiser et de présenter des données alphanumériques)5 et 3D ;
- concertation et relations entre les habitants-usagers-citoyens et les décideurs de la Ville.
13Bordeaux Euratlantique s’est imposé un devoir d’exemplarité, en obtenant le label Ecocité, pour lequel elle est l’un des douze sites sélectionnés en France. Les premières expérimentations ont eu lieu, avec un immeuble de bureaux en bois de la Région et un îlot démonstrateur « smart grids » pour la gestion de l’énergie. Une charte du développement durable impliquant l’ensemble des intervenants du projet a été rédigée. Un système de mobilité privilégiant les transports en commun et les circulations douces mais permettant l’accès voiture à la gare pour les hommes d’affaires a été conçu. Une démarche « living lab smart city » autour de la mobilité, des smarts grids, des systèmes d’information géographiques et de la concertation avec les usagers ont été mis au point. Le cluster se veut un pôle de l’intelligence environnementale autour du groupe Valorem, déjà implanté.
Le déploiement dans le temps et dans l’espace d’aménagement
14Le calendrier du projet mêle deux dates, la première étant liée à la finalisation de la lgv en 2017 et la seconde orientée vers l’horizon 2030, d’où la chronologie suivante :
- 2008 : fin des études stratégiques, décision des élus locaux,
- 2009 : décision de l’État, études urbaines,
- 2010 : création de l’Établissement public, choix du premier urbaniste,
- 2011 : début des achats fonciers, concertation/habitants,
- 2012 : négociations/promoteurs-investisseurs, choix du 2e urbaniste, premières décisions d’implantations
- 2013 : signature accords promoteurs investisseurs,
- 2014/15 : vote des procédures publiques, lancement des premiers chantiers,
- 2016 : premières livraisons,
- 2017 : Bordeaux-Paris en deux heures
- 2018 : un nouveau pont sur la Garonne
15Entre 2024 et 2027 sont prévues d’autres liaisons par lgv, vers Toulouse et Dax avec en vue en 2030 la gare de Bilbao, mais sans plus de certitudes calendaires dans l’attente des négociations sur le financement.
16Sur le terrain, le développement du projet se fait par étapes et de façon pragmatique. Le phasage du projet est établi en fonction des mutabilités des terrains et du rythme d’écoulement des produits immobiliers. La phase 1 correspond à la préfiguration du VIP (espace public piéton vélo), qui permet ainsi la liaison des « domaines ». La phase 2 marque l’achèvement des Jardins de l’Ars et du domaine Amédée Saint-Germain. La phase 3 est marquée par l’aménagement des domaines d’Armagnac Sud et de Brienne-Gattebourse, et la restructuration de la tête de pont Saint-Jean. La répartition des programmes comprend des résidences et des équipements de santé.
17La première phase opérationnelle se déploie sur plusieurs espaces particuliers. Le domaine de Paludate doit offrir 1 175 emplois, un parking, la MECA (Maison de l’économie créative et de la culture en Aquitaine, avec notamment le Frac-Fonds régional d’art contemporain), le grand pôle culturel de la région, des bureaux, des commerces, des hôtels et des résidences, et le siège des alcools Bernard, grand nom du négoce de vin. Les premières opérations portent sur des bureaux (avec le siège de la Caisse d’épargne pour 2016, après transfert depuis le quartier de Mériadeck) et la rénovation de la halle aux moutons de l’ancien abattoir.
18Les domaines de l’Ars et Brienne-Gattebourse englobent le MIN (Marché d’intérêt national) actuel, des équipements tertiaires, des logements (boulevard des Frères Moga), un ehpad (une résidence pour personnes âgées et dépendantes), une école, un parking en silo, des commerces. Les jardins de l’Ars comprendront des logements, une clinique, un groupe scolaire, des maisons déjà en place, des activités tertiaires, l’actuel garage BMW, un parking, 2,3 ha d’espace public dont 60 % de jardins, 315 arbres. L’ensemble doit procurer 1 375 emplois et accueillir quelque 1 950 habitants.
19Le domaine Armagnac est conçu comme un pôle d’affaires et de commerces, avec notamment un passage commercial, un hôtel, des bureaux, une résidence/hôtel, mais aussi avec une promenade plantée jusqu’à la gare, des jardins de détente ombragés et ensoleillés, avec aussi des terrasses de cafés et restaurants, des commerces, les bureaux de la Sncf. Rue Carle-Vernet sera aménagé un accès à la gare en transport collectif et en voiture, complété par des parcours en béton pour la circulation des piétons et vélos, ainsi qu’un arrêt du futur transport en commun en site propre (tcsp). Ce site comprendra 1,7 hectare d’espace public dont 40 % d’espaces plantés et 410 arbres. Il procurera 1 590 emplois, mais n’abritera qu’une centaine d’habitants.
20Le domaine Amédée Saint-Germain, quant à lui, sera consacré à des immeubles de logement, mais il hébergera aussi des activités tertiaires et des commerces, une « Maison relais », un parking podium. Le square Amédée Saint-Germain (Place des Citernes et Sente Amédée, vers la gare) offrira un hectare d’espace public, avec 35 % d’espaces plantés et 172 arbres. Sont prévus environ 855 emplois et 561 habitants. Une « halle » recréée doit y constituer un « ruban multifonctionnel », en vue d’une plate-forme événementielle et de « salons urbains ». Un enjeu patrimonial vise à préserver l’héritage ferroviaire, tant de la Compagnie du Midi puis de la Sncf, autour de la place des Citernes, avec la réhabilitation de l’atelier des roues, de l’atelier des forges, de l’atelier de réparation et des citernes.
21Sur la rive droite de la Garonne s’esquisse déjà le projet urbain Garonne-Eiffel entre le fleuve et les coteaux. La programmation urbaine y porte sur 870 000 m² de shon, avec 600 000 m² de logements, 150 000 m² de bureaux, 50 000 m² de locaux d’activités, 20 000 m² de commerces, 30 000 m² d’équipements publics et 28 hectares d’espaces publics et paysagers, le tout sur un périmètre de 154 hectares, dont 126 hectares opérationnels.
Notes de bas de page
1 Cf. le lien [www.lesechos.fr/medias/2011/10/04/227980_0201674034023_web.jpg].
2 “Innovation Cities Top 100. Index 2012-13 : City Rankings”, Source : “2thinknow Innovation Cities™ Global 256 Index” [www.2thinknow.com].
3 [\\Eura-srv1\dossiers\Espace de libre échange\ALEXANDRE\borloo\panneau 4 _ gare\gare_plaquette.jpg].
4 Statistiques des transactions annuelles en volume. Cumul 2009-2010-2011. Source A’Urba.
5 Cf. le site [sig.ville.gouv.fr].
Auteur
-
André Delpont
Expert conseil Économie-Europe au Pôle stratégie, innovation & développement économique, Euratlantique
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