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    Plan détaillé Texte intégral Les fléchettes traditionnellesFédéralisation et concurrenceFléchettes actuelles et logique interneFléchettes : jeu ou sport ? Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Sport en Nord

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    La sportification des jeux traditionnels : le jeu de fléchettes dans le nord de la France

    Michaël Vigne

    p. 165-192

    Texte intégral Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1L’art culinaire, les costumes, l’architecture ou encore le patois sont autant d’éléments qui témoignent d’une culture propre à un espace géographique particulier. Il en va de même pour le jeu, Huizinga disait en première phrase de son ouvrage Homo ludens que « le jeu est plus vieux que la culture ». Ceci montre qu’en 1951 on étudiait le jeu comme élément à part entière d’une culture. En effet, nous considérons que le jeu est un fait social, c’est-à-dire qu’il se définit par un système de règles mises en place par l’homme lui-même. C’est donc la création d’une communauté. Le jeu est une création culturelle. Dans des caractéristiques locales, les valeurs de chaque culture prennent corps dans les jeux. Elles sont le témoin des gestes du corps. Par la logique interne1 qui est issue du règlement, par leur histoire, les jeux font apparaître un contexte social particulier. En effet, ils traduisent l’état d’esprit ou l’émotion des joueurs à un moment donné de leur pratique. L’analyse des jeux renseigne donc sur la nature propre de ceux-ci par l’étude du rapport à autrui, du rapport à l’espace, au temps ou encore aux objets. Voilà autant de points qui nous permettent d’avoir une nouvelle approche sur l’action ludomotrice2 des joueurs. Celle-ci est imprégnée des valeurs et des normes d’une société. Ainsi la diversité des caractéristiques présentées par les pratiques corporelles en fonction de l’époque, du lieu, et des groupes témoigne de l’influence des normes et des valeurs sociales sur la mise en jeu du corps. Cette imprégnation motrice nous éclaire sur les rapports qu’entretiennent les hommes entre eux. Comme par exemple leur rapport à la violence dans les jeux d’opposition en situation de compétition ou à leur habileté dans les jeux psychomoteurs qui sont des jeux d’habiletés motrices de précision.

    2Le jeu a souvent été jugé comme dérisoire, d’ailleurs Bertrand During formulait l’hypothèse selon laquelle :

    l’essor des gymnastiques et des sports est symétrique du déclin des jeux et autres pratiques traditionnelles. Le développement des gymnastiques qui prépare celui des sports modernes se construit sur la critique des jeux. Les nouvelles pratiques s’opposent aux anciennes. (2000, p. 47)

    3Cette approche permet d’aborder l’évolution du déclin des jeux traditionnels de deux manières possibles : l’une s’explique par l’émergence de nouvelles pratiques qui n’existaient pas naguère comme le surf par exemple et qui attirent beaucoup de jeunes souvent par effet de mode d’ailleurs, et l’autre trouve une interprétation dans la manière actuelle de pratiquer des activités ludiques traditionnelles. C’est à propos de ce dernier point qu’il nous semble important de montrer comment le développement du sport entraîne des bouleversements sur les jeux traditionnels et leur pratique.

    4En effet, l’un des profonds changements que nous pouvons observer sur la pratique des jeux traditionnels est nommé par Pierre Parlebas comme étant « un phénomène de sportification ». Nous tenterons de comprendre l’influence qui s’exerce sur les jeux traditionnels dans les régions Nord-Pas-de-Calais et Picardie en général et plus particulièrement avec le jeu de fléchettes sur cible traditionnelle. Nous tenterons de dégager les causes de cette évolution et surtout les effets produits suite à la transformation du jeu en sport. Nous le verrons, ceci n’est pas sans conséquences car le jeu sportif se caractérise selon nous par l’acceptation d’un système de règles qui peut, de fait, constituer un paradoxe car si l’on joue pour se faire plaisir, cette forme jouée impose un système de contraintes assorti à un régime de punition ou de sanction propre à toutes réglementations sportives strictes. Cette transformation a sans aucun doute des répercussions sur le comportement humain et c’est par le biais original de l’ethnomotricité que nous tenterons de comprendre l’évolution des pratiques culturelles. C’est une vision qui permet de comprendre comment les hommes interagissent dans leur propre structure. C’est ce que Marcel Mauss appelait les techniques du corps. Selon ce dernier, elles définissent :

    les façons dont les hommes, société par société, d’une manière traditionnelle, savent se servir de leur corps. (1999, p. 365)

    5Il est donc possible d’analyser les techniques du corps par l’intermédiaire de la logique interne d’un jeu traditionnel, ce qui nous permet d’avoir un regard très pertinent sur la culture et la tradition.

    6C’est dans cette perspective que nous nous sommes engagés dans un travail de thèse sur l’ensemble des jeux traditionnels du Nord-Pas-de-Calais, Picardie et sud de la Belgique. Il nous semblait important d’adopter une vision originale vis-à-vis d’un des fondements de la culture traditionnelle de cet espace linguistique picard caractérisé par le jeu. Cette civilisation picarde possède des fondements culturels et traditionnels incontournables, la tradition est un peu notre carte d’identité. Selon Edward Tylor en 1871, la culture désigne une « totalité complexe qui comprend les connaissances, les croyances, les arts, la coutume, et toute autre capacité ou habitude acquise par l’homme en tant que membre de la société ». Jean-Pierre Warnier continuera dans ce sens en 1999 en justifiant que cette culture constitue « la boussole d’une société, sans laquelle ses membres ne sauraient ni d’où ils viennent, ni comment il leur convient de se comporter ». Selon l’auteur, la notion de culture se caractérise par son mode de transmission, que l’on désigne comme la tradition. Selon Pouillon en 1991, la tradition est « ce qui d’un passé persiste dans le présent où elle est transmise et demeure agissante et acceptée par ceux qui la reçoivent et qui, à leur tour, au fil des générations, la transmettent ». Le jeu traditionnel en est un élément incontournable dans une région où l’ancrage de la tradition est fondamental, à l’image du carnaval de Dunkerque, de la bourle à Wattrelos, du javelot tir sur cible à Doullens ou d’un événement tel que Lille 2004 « capitale mondiale de la culture ».

    7C’est à travers le jeu de fléchettes traditionnelles que nous trouvions jadis dans les estaminets et celui qui se pratique aujourd’hui sous une forme sportive que nous nous proposons une étude commencée en 2003 et qui nous permet de comprendre le phénomène culturel nouveau dit de sportification donnant naissance à un vrai sport en Nord. Il s’agit de comprendre comment cette sportification peut modifier le paysage ludique traditionnel.

    Les fléchettes traditionnelles

    8L’origine du jeu pourrait venir d’un certain Pellisson. En 1964, Aveline nous indique que cet homme, emprisonné à la Bastille par Louis XIV, jetait sur les murs de sa cellule des « dards » (épingles pour corsage). Et d’ailleurs le jeu de fléchette anglais ne porte-t-il pas le nom de darts à l’heure actuelle ? Par la suite il faudra attendre 1880 pour voir apparaître la fléchette influencée par la javeline ou javelotine lensoise.

    9On trouve à présent de très nombreux jeux de fléchettes dans les fêtes foraines et les kermesses. Ce jeu, tel qu’il se pratiquait au début du XXe siècle ne possédait pas de règles strictes et bien déterminées. Chacun y allait de sa guise pour jouer et lancer les fléchettes. Chaque lieu de pratique possédait sa propre manière de jouer. Les joueurs annonçaient leurs règles selon un commun accord. La circonférence de la cible n’évoluait jamais. Toutes les cibles étaient identiques. Ce qui variaient en revanche, c’était la distance de lancer et le déroulement d’une partie. Les estaminets n’étaient jamais bien grands et les joueurs devaient s’adapter à l’espace. L’obligation d’avoir un couloir de lancer imposait certaines restrictions spatiales pour des raisons de confort et de sécurité vis-à-vis des clients qui ne jouaient pas. Il est difficile et même impossible de connaître le nombre d’estaminets qui accueillaient en leurs murs un jeu de fléchettes mais grâce aux chiffres de fabrication du début du XXe siècle nous pouvons faire une estimation tout à fait sérieuse et proche de la réalité. Avant la dernière guerre, ce jeu se pratiquait dans presque tous les cafés, cabarets ou estaminets, ainsi que chez de nombreux particuliers. Il y a encore une trentaine d’année, la commune d’Hasnon près de Valenciennes, était l’un des seuls centres français de fléchettes en bois. Selon Luc Delporte, trente sept producteurs vendaient dix millions de fléchettes par an autour de l’année 1937. Dans les années quarante, trente ouvriers fabriquaient plus de 7 000 fléchettes par jour tandis qu’au début des années quatre-vingts, il ne restait que 4 ouvriers pour un rendement de 1 000 fléchettes par jour. Depuis ces trente dernières années, la Grande-Bretagne3 a, quant à elle, repris le flambeau de la fabrication pour instaurer un monopole dans notre région et partout en France.

    10Généralement les fléchettes étaient en bouleau, un bois relativement dur qui était facile à travailler. Elles étaient empennées à l’origine avec des plumes de dinde d’U.S.A. ou de Hongrie. La fléchette trouvait son équilibre dans l’espace grâce à ce qu’on appelle le corps : c’est la partie la plus lourde, elle était en plomb coulée dans un moule. La circonférence était de 11 à 13 millimètres. La taille pouvait aller de 9 à 15 centimètres et le poids de la fléchette avoisinait les 20 ou 22 grammes.

    11La fabrication de la cible se faisait avec du bois de peuplier, son diamètre ne dépassait pas les 13 centimètres, elle avait une épaisseur n’excédant pas les 3 centimètres. Elle était divisée en 6 cercles concentriques qui avaient chacun une valeur différente. Plus on se rapproche du centre plus la valeur du cercle est importante, ainsi le centre vaut 50 puis 25, 20, 15, 10 et 5 points. Le centre de la cible devait être placée à 1,50 mètre du sol et à une distance de tir variant de 1m50 à 2m30 du pas de tir. Comme nous l’avons vu plus haut, cette distance était variable en fonction de l’espace que proposait le café ou l’estaminet du village. Ces différences de distance sont certainement l’origine des multiples règlements qui étaient en vigueur dans tous les établissements. Mais la légende veut que la distance d’aujourd’hui est équivalente à l’enfilement de cinq caisses de bière en partant de la cible…

    12En effet, en remontant dans le temps jusqu’à la première guerre mondiale, il est impossible de trouver un règlement tel que nous le concevons aujourd’hui. Les pratiques d’époque à travers les règles n’étaient qu’histoire de famille, de copains. Il n’existait pas de fédération pour structurer tout cet ensemble de pratiques par un règlement. On pouvait jouer un contre un ou deux contre deux. Luc Delporte (1981, p. 91) nous raconte que dans un petit village du nom de Saint-Waast-la-Vallée situé à une vingtaine de kilomètres à l’est de Maubeuge près de la frontière belge, les joueurs tiraient les cartes par la couleur des as pour constituer les équipes. Ce n’étaient donc jamais les mêmes. Les joueurs pouvaient aussi utiliser la technique du pile ou face avec une pièce de monnaie pour déterminer l’équipe qui engageait la partie.

    13Chaque joueur tirait 4 fléchettes consécutivement et chacun leur tour. Le nombre de tours à jouer était variable selon les conventions locales, cela pouvait varier entre 5 et 10 tours. Mais quoiqu’il en soit, le but du jeu était de faire un maximum de points et systématiquement de faire plus que l’adversaire pour remporter la partie. Pour cela il s’agissait donc de viser le plus de fois possible le centre de la cible (l’mouche en patois) qui valait 50 points. Déjà à l’époque, il n’était pas rare de voir des joueurs lancer les 4 fléchettes dans le centre. En cas d’égalité au bout du nombre de tours fixés à l’avance, on jouait alors la pièce qui consistait à tirer une flèche et de faire le plus gros score sur un lancer.

    Fédéralisation et concurrence

    14Il est important de comprendre que les fléchettes ont beaucoup évolué, dans la pratique grâce à l’évolution des règlements imposés par la naissance d’une fédération et dans l’aspect plus technique, du point de vue du matériel utilisé. L’institutionnalisation est incontestablement le fait marquant des vingt dernières années dans le monde des fléchettes. La naissance de règles uniques établies par des instances nationales, la mise en place d’une fédération nationale puis internationale, sont autant d’éléments qui contribuent à un bouleversement des pratiques culturelles. Cela illustre le passage d’un jeu traditionnel (règles existantes non officielles, maintes variantes) à un quasisport (règles établies par des instances régionales ou nationales) puis au sport (règles établies par des instances internationales).

    15La fédération française de darts traditionnelles fut fondée en 1976. C’est une association à vocation sportive régie par la loi du 1er juillet et le décret du 16 août 1901. La FFD est administrée par un Conseil Fédéral et sa gestion est assurée par un bureau élu, formé d’un président, d’un secrétaire, d’un trésorier et de trois vice-présidents. Cette hiérarchie pyramidale est selon Parlebas (1999, p. 379) le signe même de la sportification car à l’origine, il n’existe pas de fédération pour un jeu traditionnel.

    16En 1982 une commission internationale voit le jour, grâce à l’action combinée du président de la ligue Ile de France et du Président fédéral. Selon le président de la ligue d’Ile de France,

    l’essentiel était de participer aux compétitions pour se faire connaître au niveau international et apprendre plus sur le plan sportif.

    17La compétition est un second critère de sportification, elle est gage de spectacle et donc de diffusion à une échelle humaine plus importante. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle l’action de la commission s’orienta par la suite vers l’organisation de compétitions internationales. Le comité a donc accueilli sur le sol français une épreuve réunissant trois nations à Étampes en 1984 et 1987, la Spring Cup à Plestin-les-Grêves en 1988, à Pleurtuit en 1992 et à Épinal en 1997, les test-matchs contre la Suède à la Trinité sur Mer en 1986, l’Irlande à Quimper et la Belgique à Clairefontaine en 2000.

    18Au fil de ces années la commission se structura pour avoir les moyens de ses ambitions. En plus de son directeur, vice-président de la fédération, elle regroupe aujourd’hui : un secrétaire, un sélectionneur, un comité de sélection de cinq personnes et un préparateur physique. Vitrine de la fédération, elle représente un poste financier important. Son rôle est à la hauteur de ce même constat. Elle assiste aux instances internationales, participe aux compétitions internationales, encadre l’équipe nationale, établit et gère le budget de la saison et a participé au programme « Coupe du Monde 2003 ». Mais pour le président il fallait encore faire plus, ainsi le club France est apparu dans les années 90 :

    car le besoin d’une « professionnalisation » de l’action tant sur le plan structurel que sur le plan sportif se fit lourdement sentir. La commission réagit donc en créant ce club France. L’objectif de celui-ci est de mettre en adéquation les moyens avec les ambitions de la fédération.

    19Comme nous pouvons le constater, le jeu de fléchettes traditionnelles a subi de profonds bouleversements par l’instauration d’une structure fédérale nationale puis internationale ainsi que par la naissance de compétitions proposées au public comme étant un véritable spectacle. D’ailleurs à ce propos, un tout premier et récent article paru dans L’Équipe magazine du 29 janvier 2005 évoquait le spectacle comme « véritable show à l’américaine avec un public en délire et une musique digne des pubs du samedi soir ».

    20Partant, cette évolution structurelle et institutionnelle est gage du phénomène de sportification. Au début du siècle, il n’existait pas de fédération, les joueurs s’affrontaient de villages en villages ou bien de cafés en cafés mais il n’y avait pas d’organisme qui fédérait l’ensemble des pratiquants. Aujourd’hui, des comités de passionnés se sont formés pour créer une fédération dans le but d’unifier tous les joueurs et d’acquérir une légitimité. Le statut de sport est donc marqué par l’institutionnalisation à travers des ligues, des fédérations régionales ou nationales et des clubs. Ce changement est d’importance car il transforme la représentation peu sérieuse que beaucoup se font d’un jeu. Une organisation structurée est significative de sérieux.

    21Lorsque la fédération est bien en place, le travail ne s’arrête pas là. Selon son président :

    il faudrait développer d’abord la promotion du sport Darts en France, la création de nouveaux comités et de nouveaux clubs. Développer ensuite l’organisation et la gestion sportive des « Darts » sur le territoire ; et pour terminer, favoriser la représentation internationale de notre pays en tant que membre de la World Darts Federation.4

    22Nous percevons bien ici la logique de légitimation et de prestige.

    23Concrètement sur le terrain, la FFD est représentée par des ligues régionales fédérant des comités départementaux. Ces comités sont chargés, sur leur territoire, des clubs qui leur sont affiliés et de leurs membres licenciés. En 2001, la FFD comptait 6 ligues régionales et 23 comités qui sont répartis sur l’ensemble du territoire français. Au sein des clubs, les joueurs de fléchettes trouvent les structures d’accueil nécessaires à la pratique de leur sport. Les joueurs les plus motivés payent une cotisation pour l’achat d’une licence donnant droit à diverses participations dans des tournois ou championnats qui se déroulent sur une année, organisés par leur club, comité ou ligue. Pour les plus doués, c’est la possibilité de participer aux plus grandes compétitions françaises et aux opens internationaux. Les meilleurs de chaque ligue sont invités à participer aux Masters Nationaux. Les premiers au classement national peuvent également prétendre à une sélection en équipe de France, leur donnant ainsi la possibilité d’accéder à l’élite du sport Darts international qui regroupe 61 pays.

    24En 2003, dans le Nord-Pas-de-Calais, on comptait 1665 licenciés participant aux différentes compétitions, répartis dans 11 clubs et dont près de la moitié sont situés dans la région de Dunkerque comme nous pouvons le voir sur la carte ci-dessous :

    Image 1000000000000292000001C58EA580F6775C0D11.jpg

    25Sur un plan national ceci correspond à 7 % de l’effectif total de France et 6,25 % de tous les clubs nationaux. Comme nous pouvons le constater, ces chiffres sont très faibles. Ils révèlent les craintes du président du Nord de voir disparaître ce sport dans cette région6. Notons que cette survie est jusqu’alors possible grâce à la volonté et l’abnégation de cet habitant de Bray Dunes près de Dunkerque. Sa propre situation géographique explique la forte concentration des clubs que nous retrouvons à la pointe nord du département. C’est un réseau familial et amical, par le bouche à oreilles, qui a permis de préserver la pratique des fléchettes pointes acier. Comme dans bon nombre de jeux traditionnels, la survie est souvent l’œuvre d’un homme. Lorsque ce dernier disparaît ou décide de consacrer sa vie à d’autres tâches, c’est le jeu qui disparaît avec lui. Souvent il n’y a guère d’héritiers, d’ailleurs, la crise du bénévolat est souvent citée par les différents présidents que nous avons pu interroger.

    26La survie de cette pratique traditionnelle à travers sa fédération est d’autant plus difficile qu’une nouvelle concurrence a vu le jour. En effet, la FFD est confrontée à une rivalité venant des deux fédérations nationales de fléchettes sur cibles électroniques que sont Afédarts et France Darts et qui attirent la plupart des joueurs en France. Le modernisme attire semble-t-il beaucoup plus que le traditionnel. À titre de comparaison, l’Afédarts regroupait à elle seule en 2003 environ 3 350 licenciés et la FFD, 2 357 joueurs. Cette différence est significative sur le plan national car le nombre de licenciés France Darts est supérieur à celui de l’Afédarts.

    27Au niveau régional, l’Afédarts compte 377 licenciés, cela représente 11,25 % de la population totale des joueurs de cette fédération. Nous pouvons noter que les chiffres régionaux reflètent les différents résultats nationaux. Ces deux fédérations fonctionnent sur le même principe institutionnel que la fédération plus traditionnelle ; d’ailleurs France Darts possède l’habilitation ministérielle pour participer aux championnats du monde de Las Vegas depuis plusieurs années. Nous pouvons ainsi considérer que l’augmentation du nombre de licenciés est aussi un facteur lié à la sportifification car cela constitue selon Parlebas (1999) une condition forte pour avoir le droit éventuel de participer aux Jeux Olympiques. En effet, le CIO7 exige des quotas minimums pour toutes les fédérations qui souhaitent engager leur sport dans les JO.

    28Face à ces transformations nous essaierons de comprendre la volonté des dirigeants. Se sont-ils adaptés à une demande ou est-ce une politique qu’ils ont imposée aux pratiquants ? La fédéralisation est-elle une évolution positive du jeu ancien ou pourrait-elle mener à sa disparition ? La compétition est-elle un moyen efficace d’attirer de nouvelles générations ? Y a-t-il un enjeu économique face à la survie d’un jeu qui était en déclin et remis au devant de la scène par quelques passionnés ?

    29Pour tenter de répondre à toutes ces questions nous allons nous immiscer dans le monde des pratiquants et tenter de comprendre les raisons qui ont poussé les instances dirigeantes à transformer un jeu traditionnel en véritable sport ; sport que l’on identifie selon les quatre critères de Parlebas, à savoir, la nature motrice de l’activité, la situation codifiée que celle-ci engendre, la compétition et la prise en compte institutionnelle. L’institutionnalisation et la compétition ont sensiblement transformé le jeu et son organisation, les pratiques des joueurs ainsi que leur matériel. C’est donc à travers une analyse de la logique interne du jeu de fléchettes traditionnelles que nous tenterons de mieux comprendre ces multiples transformations.

    Fléchettes actuelles et logique interne

    30Les propriétés de la logique interne se retrouvent dans les différentes situations motrices des jeux ou sports. Elles sont directement en relation avec les contraintes que le règlement impose aux joueurs.

    Dans cet esprit, elles ne renvoient pas à des considérations de type psychologique ou sociologique mais à des manifestations de pertinences praxiques.8

    31C’est-à-dire que les comportements corporels seront induits par la logique interne. À lui seul, le règlement va déterminer une certaine utilisation de l’espace, un rapport à autrui particulier dans des temps et avec des instruments caractéristiques à chaque jeu. L’uniformisation de chaque jeu ou sport permet ainsi de classer chacun d’entre eux dans la classification de Parlebas selon la présence ou l’absence de trois critères que sont : le partenariat, l’adversité et l’incertitude du milieu extérieur. C’est selon ces critères que nous allons tenter de définir les fléchettes d’aujourd’hui.

    32En considérant la présence et/ou l’absence des trois critères nommés ci-dessus, nous obtenons une classification possédant 8 catégories de situations motrices possibles, comme nous l’indique le simplexe9 suivant :

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    33Les fléchettes se situent dans la catégorie « ensemble vide » (celle du bas en gras). Pour ce faire, il faut considérer ce sport avec la pertinence de l’interaction motrice. Ce jeu est dénué de toutes interactions motrices. Lorsqu’un joueur décide de lancer sa flèche, personne ne peut plus rien changer pour lui car nul n’a le droit ni la possibilité d’intervenir physiquement. L’on ajoutera à cela que le jet se réalise dans un milieu stable car aucun élément extérieur ne bouleversera le lancer du joueur. Il y a donc absence d’incertitude. Les trois critères retenus étant absents, l’on peut considérer que les fléchettes se trouvent dans la catégorie « ensemble vide ». Plus encore, ce jeu appartient de fait à la catégorie des jeux qualifiés par Parlebas de « psychomoteurs », c’est à dire ceux qui sont dénués d’interactions motrices, par opposition aux jeux « sociomoteurs ». Il ne constitue pas un cas isolé car 60,9 % des jeux du Nord appartiennent à cette même famille10. En plus d’appartenir aux jeux psychomoteurs, nous ajouterons que les fléchettes mettent en jeu des situations motrices faisant intervenir plusieurs individus en co-présence. C’est-à-dire que ces situations de co-motricité englobent l’accomplissement de gestes moteurs identiques des deux adversaires ou des deux équipes. Une particularité se dégage donc dans ce type de jeu : les adversaires sont indépendants les uns des autres dans la réalisation du geste procédural mais sont associés à une dépendance émotive. Pour avoir participé à des finales nationales, nous pouvons affirmer sur ce point que l’enchaînement de trois gestes parfaits accomplis avant sa propre mise en œuvre provoque des conséquences souvent néfastes dans sa réalisation. D’ailleurs la marque des grands champions se situe dans leur capacité à faire abstraction des coups parfaits de l’adversaire, ainsi ils ne subissent peu ou prou d’influences d’ordre psychologique pour répondre à leur tour par un autre geste parfait.

    34Enfin, étant donné le fait qu’aux fléchettes les joueurs jouent l’un après l’autre, nous dirons qu’ils sont en situations de co-motricité d’alternance. C’est-à-dire que l’issue d’une partie ne s’accomplira pas dans les interactions motrices, puisqu’il n’y en a pas, mais elle sera favorable grâce aux diverses stratégies mises en place par l’observation du résultat de l’adversaire. C’est ici une des particularités des duels de « un contre un » ou des duels d’équipes.

    35Comme nous pouvons le constater, l’analyse praxique des fléchettes nous renseigne parfaitement sur certaines données pertinentes des différents aspects de la motricité des joueurs. Dans un premier temps, nous avons pu constater que la stabilité de la pratique du jeu de fléchettes, caractérisée par une réglementation stricte et liée à une volonté de fédéralisation, pouvait constituer des éléments annonciateurs du cheminement vers la sportification. En effet, la structure fédérale impose une réglementation stricte, homologuée et admise par tous, afin de pouvoir mettre en place des compétitions qui vont faire la promotion de la pratique. Ceci n’était pas possible au début du XXe siècle par exemple puisque dans certains villages on jouait à trois mètres et dans d’autres à deux mètres. La sportification impose une autorité fédérale ainsi que l’homogénéité des règles de jeu, chose qui n’existait pas dans le jeu traditionnel. Mais cette orientation semble être, aux dires des entretiens de bon nombre de présidents de ligues ou d’associations que nous avons menés, une issue inévitable pour éviter la disparition d’une pratique traditionnelle.

    36Pour terminer, nous allons tenter de comprendre si cette orientation vers la sportification trouve d’autres explications dans l’analyse de la logique interne du jeu de fléchettes traditionnelles à travers les quatre critères que sont l’analyse des rapports à autrui, à l’objet, à l’espace et au temps. Pour ce faire nous nous appuierons sur les résultats d’une enquête menée en 2003 sur 77 des 160 joueurs de fléchettes que comptait la FFD cette même année dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais11.

    Le rapport à l’espace

    37Comme nous l’avons déjà abordé plus haut, ce jeu ne présente aucune incertitude spatiale. Les joueurs évoluent dans un milieu stable et standardisé. Nous compléterons en affirmant que cet espace de jeu est complètement « domestiqué » à la vue des heures d’entraînement que peuvent passer les joueurs. Dans le pôle de la domestication, on rassemble les activités qui se déroulent dans un milieu aménagé par l’homme, par opposition à l’espace « sauvage » (riche en incertitude venant du milieu extérieur). Les joueurs sont donc très familiarisés avec cet espace, ils peuvent donc se concentrer sur d’autres paramètres que la distance de tir ou la hauteur de la cible, comme nous l’indique la photo ci-dessous :

    Image 10000000000002640000016F340D8FB6B31AAC0B.jpg

    38Cette officialisation de l’espace de jeu a donc une conséquence majeure car elle permet de simplifier la tâche motrice des joueurs en leur évitant de devoir s’adapter à chaque pas de tir. La standardisation du geste permet d’optimiser l’efficacité motrice, et cette standardisation est possible par la domestication de l’espace. Nous pensons que l’uniformité de l’espace favorise la compétition (et la comparaison) car partout où ce jeu se pratique, il le sera de manière identique. L’homogénéité spatiale simplifie alors la mise en place de compétition, ceci constitue l’un des trois paramètres retenus par Parlebas pour la sportification.

    39Cela dit, un élément évolue dans le rapport à l’espace et il est à mettre en relation directe avec l’image que la population se fait des fléchettes. En effet, les litres de bières, la fumée de cigarettes sont autant d’éléments qui rappellent les soirées du samedi soir dans les pubs, cafés ou estaminets. Cette vision populaire ne fait pas l’unanimité auprès du grand public car tout ce charivari ne fait pas trop sérieux. Cette mauvaise image de marque peut ainsi constituer un frein au développement de l’activité. Le président du comité du Nord, ainsi que d’autres de ses collègues ont donc décidé d’apporter des modifications notoires dans ce domaine : une réponse simple fut apportée en déplaçant le jeu de son lieu de pratique traditionnel. C’est-à-dire qu’aujourd’hui dans la région de Dunkerque, des salles sont spécifiquement réservées à la pratique des fléchettes. Les joueurs de clubs ne pratiquent plus dans les cafés mais dans des salles réservées aux fléchettes. L’atmosphère y est plus détendue et un gage de sérieux se fait à présent valoir. Ceci a pour conséquence de faciliter la venue des jeunes qui peuvent à présent pratiquer les fléchettes dans de saines conditions. Voilà donc une réponse favorable aux critiques négatives que les non pratiquants pouvaient faire de la pratique des fléchettes, qui peut être un élément favorable au développement de cette pratique, notamment chez les plus jeunes.

    Le rapport à autrui

    40N’ayant pas d’interaction motrice essentielle, ce jeu psychomoteur ne permet pas aux joueurs le contact direct ou toute autre forme de relation physique. Le seul trouble (psychologique) qu’un joueur a le droit d’utiliser pour déstabiliser son adversaire est un coup parfait, c’est pourquoi ces jeux demandent une très grande maîtrise de soi, une bonne concentration liées à de très nombreuses heures d’entraînement. Un bon joueur doit savoir faire abstraction du résultat de son adversaire et se concentrer uniquement sur sa prestation.

    41Pour avoir un rapport de supériorité sur son adversaire, plusieurs paramètres entrent en jeu : un calme absolu (qui est souvent très déstabilisant), des milliers d’heures d’entraînement et le goût de l’affrontement compétitif. Pour mieux comprendre ces paramètres, nous allons nous attarder quelque peu sur certains traits caractéristiques de la logique externe12 pour mieux connaître les joueurs. Il s’agit de bien comprendre quels sont les faits qui peuvent pousser les pratiquants à la compétition. Pour ce faire, nous nous limiterons aux paramètres de sexe, d’âge et de profession.

    42Comme nous pouvons l’observer sur le tableau ci-dessous, il y a une très forte proportion d’hommes :

    Image 100000000000021A000001457478CFE7CF4FD319.jpg

    43Cette disproportion nous semble significative au regard de faits historiques : en remontant à la fin du XIXe siècle, nous constatons que la présence des femmes était illégale dans les cafés ou les estaminets. Seuls les hommes et les jeunes hommes étaient autorisés à pénétrer en ces lieux qui abritaient la grande majorité des jeux devenus traditionnels d’aujourd’hui. Ainsi, les femmes confinées dans un espace domestique, jouaient beaucoup moins que les hommes et cela semble encore aujourd’hui avoir des répercussions. La forte présence des hommes dans le monde des fléchettes stimule peut-être davantage leur virilité via le symbolisme de la forme phallique de l’engin qui doit pénétrer dans une cible ?

    44Le plaisir du duel se retrouve dans leur motivation lorsqu’on interroge les joueurs sur leur appétence à la compétition :

    Aime la compétition

    Nb. cit.

    Fréq.

    Non

    13

    16,9 %

    Oui

    64

    83,1 %

    Total obs.

    77

    100 %

    45Parmi les 83,1 % de réponses positives, nous obtenons une proportion de 89,1 % d’hommes pour 10,9 % de femmes. Cela nous montre bien que la pratique des fléchettes possède un caractère très viril. Cela renforce peut-être encore plus la volonté d’affrontement et notamment en compétition. D’ailleurs lorsque l’on pose la question aux pratiquants sur leur volonté d’accéder à un niveau supérieur, plus de 60 % souhaitent évoluer dans leur pratique.

    Niv. supérieur ?

    Nb. cit.

    Fréq.

    Oui

    47

    61,0 %

    Non

    30

    39,0 %

    Total obs.

    77

    100 %

    46Les joueurs semblent trouver dans les fléchettes un moyen d’être reconnus par d’autres, chose qui semble être plus difficile au travail notamment pour les classes populaires majoritaires dans cette pratique.

    47Nous observons bien que le sentiment de valorisation personnelle est très fort dans la plupart des cas et que ceci constitue un élément social incontournable dans le cheminement vers la sportification. Face à cet engouement pour l’affrontement et compte tenu du statut social de la plupart des joueurs, nous pouvons considérer que la volonté de structurer une fédération n’était que la réponse logique d’une demande presque sociale. Un peu plus de 80 % des joueurs cherchent une valorisation personnelle dans la compétition, ce qui tend une fois de plus à favoriser la sportification.

    Tableau représentatif des pratiquants voulant atteindre un niveau plus élevé parmi ceux qui pratiquent la compétition.

    Pratique de la compétition

    Nb. cit.

    Fréq.

    Non

    15

    19,5 %

    Oui

    62

    80,5 %

    Total obs.

    77

    100 %

    48Intéressons nous à présent à l’âge des pratiquants :

    Âge

    Nb. cit.

    Fréq.

    Moins de 16 ans

    0

    0,0 %

    Entre 16 et 18 ans

    4

    5,2 %

    Entre 19 et 25 ans

    10

    13,0 %

    Entre 26 et 40 ans

    34

    44,2 %

    Entre 41 et 60 ans

    8

    10,4 %

    Plus de 60 ans

    21

    27,3 %

    Total obs.

    77

    100 %

    49La tranche des 26-40 ans est la plus importante et elle est la plus représentative des salariés. Si l’on porte une attention plus particulière à celle des plus de 60 ans, on se rend compte que passé le stress du monde du travail, la motivation de la pratique prend un autre sens. En effet, les plus de 60 ans représentent la deuxième catégorie la plus importante des pratiquants et si l’on croise la variable âge avec celle qui correspond aux goûts des joueurs, on se rend compte que la préservation d’une pratique traditionnelle est l’élément le plus représentatif de cette tranche d’âge. Les plus anciens jouent pour le plaisir du souvenir et le respect d’une pratique traditionnelle ainsi que l’atteste le tableau suivant :

    Observations telles que : Ce qui plaît = ‘L’aspect traditionnel de cette pratique’.

    Ce qui plaît

    Nb. cit.

    Fréq.

    L’endroit où cela se joue

    27

    35,1 %

    La technique que cela demande

    34

    44,2 %

    L’aspect psychologique que l’on y trouve

    17

    22,1 %

    L’aspect traditionnel de cette pratique

    49

    63,6 %

    La compétition que cette pratique engage

    37

    48,1 %

    Total obs.

    77

    100 %

    5063,6 % des répondants ont un intérêt pour la survie traditionnelle de la pratique et parmi eux, 42,9 % ont plus de 60 ans, ce qui tend à prouver a contrario que la compétition satisfait de manière plus importante les plus jeunes. Ceci semble intéressant car nous nous situons alors à un carrefour entre compétition et tradition. Ces deux formes de pratique ne semblent donc pas contradictoires, mieux encore, nous pouvons dire qu’elles sont complémentaires car elles permettent dans ce cas le brassage des générations. Ce mélange constitue alors le meilleur moyen de préserver et de transmettre les valeurs et pratiques culturelles les plus fondamentales. Comme semble nous indiquer la carte ci-dessous en croisant les données âge et plaisir de la pratique, les plus jeunes optent pour la compétition et les plus anciens pour la tradition, l’osmose de l’ensemble permet la préservation d’une pratique traditionnelle tout en y instaurant un mode compétitif. La tradition est donc sauve.

    Résultats de l’analyse factorielle à travers le croisement de la variable ‘Ce qui plait’ et la variable ‘âge’.

    Image 10000000000002EE000000C615ADA9E95CE52318.jpg

    51Finalement, la convivialité des fléchettes permet le mélange des générations ce qui permet l’union de deux mondes qui a priori étaient aux antipodes : celui de la tradition et de la compétition. Partant, nous avons pu nous rendre compte qu’au-delà d’éléments de la logique interne il y a des traits caractéristiques de la logique externe qui sont autant, voire plus déterminants dans le cheminement vers la sportification. À première vue, nous aurions pu croire que le rapport à autrui, favorisé par l’affrontement, constituerait un frein voire la mort d’une pratique traditionnelle. Par l’analyse d’aspects se rapportant à la logique externe nous avons pu constater le contraire, c’est-à-dire que la recherche du duel compétitif des pratiquants dans le but d’être le plus fort ou le plus reconnu constitue un élément unificateur. C’est dans cette union que la pratique traditionnelle du jeu de fléchettes joue sa survie, et c’est bien là, la motivation première des passionnés qui, un jour ont décidé de créer une fédération. Fédérer c’est préserver la pratique.

    52Pour avoir eu l’occasion de rencontrer une vingtaine de présidents de ligue, nous sommes en mesure de confirmer que c’est un sentiment qui fait l’unanimité auprès de ces responsables : la fédéralisation permet la survie d’une pratique traditionnelle.

    Le rapport à l’objet

    53Le rapport entretenu par les joueurs à l’objet est en adéquation avec l’évolution du jeu au niveau compétitif. En ce sens où plus il y a de compétitions plus le niveau de technicité augmente, à force d’intense pratique et de répétitions multiples. D’une certaine manière, et pour reprendre les propos du professeur Warnier (1999, p. 10),

    le joueur fait corps avec l’objet dans la mesure où il s’agit d’une incorporation de la dynamique de l’objet à titre de prothèse dans une conduite motrice.

    54En somme, l’objet et le joueur ne font qu’un. Nous ne parlons pas de l’incorporation de l’objet mais de sa dynamique car celle-ci est intériorisée par la prise que le sujet exerce sur l’objet. La prise est réalisée par tous les points de contacts qui permettent les sensations. C’est ainsi que le corps parvient à effectuer la mise au point des conduites motrices qu’il mémorise. Ces conduites se manifestent par des stéréotypes moteurs qui, à force de répétitions, permettent l’exécution du geste sans réflexion particulière mais avec efficacité. C’est ainsi que Warnier définit le schéma corporel caractérisé par

    la perception synthétique et dynamique qu’un sujet a de lui-même, de ses conduites motrices, et de sa position dans l’espace-temps. Elle mobilise l’ensemble des sens dans leur rapport au corps et à la culture matérielle. Cette synthèse est le résultat d’apprentissages qui se poursuivent et s’entretiennent au cours de l’existence. (1999, p. 27)

    55Nous comprenons ainsi l’importance de l’entraînement et les raisons pour lesquelles les joueurs passent un très grand nombre d’heures devant une cible : la résolution opératoire de la tâche impose aux joueurs une répétition quotidienne car il s’agit d’acquérir une habileté motrice efficace dans la résolution de gestes moteurs très fins.

    56C’est pourquoi l’objet revêt aujourd’hui une importance de premier ordre. Il devient le cinquième membre du joueur et donc fait l’objet de toutes ses attentions. La fléchette a donc subi une modernisation technique de manière à être optimisée au maximum, notamment pour les compétitions. La qualité matérielle de l’objet a évolué parallèlement à l’élévation du niveau technique des joueurs résultant du nombre croissant de compétitions. On est ainsi passé de fléchettes en bois à la fabrication de flèches en carbone et tungstène. Des études de pénétration dans l’air des fléchettes sont même réalisées pour les plus grands joueurs professionnels. Les fléchettes ne sont plus fabriquées d’un bloc, à présent chaque joueur personnalise à sa guise son lot de flèches qu’il monte en kit. Il peut ainsi jouer sur l’esthétique et le poids des flèches, une manière de plus qui rappelle l’appropriation de l’objet. Chaque joueur donne une identité à ses fléchettes, il se reconnaît à travers elles, sa personnalité ressort parfois dans l’esthétisme façonné de son matériel.

    57De même que les fléchettes, les cibles ont aussi subi une évolution technique puisque les principales fédérations nationales jouent sur des cibles électroniques. Il semble que tout soit fait pour que le joueur soit dans les meilleures conditions de jeu. Le matériel doit aider sa propre technique dans l’approche de la perfection gestuelle. Seule la fédération FFD a maintenu un aspect matériel traditionnel en conservant la pratique sur cible en sisal13 et donc un décompte des points qui se fait encore mentalement.

    58En conclusion, nous pouvons alors affirmer que l’évolution technique du matériel dans le jeu de fléchettes n’est pas un facteur déclenchant dans la course à la sportification mais qu’il en est plutôt une conséquence. Le matériel a évolué parce que le niveau de jeu a progressé du fait du nombre croissant de compétitions, et non l’inverse.

    Le rapport au temps

    59Le rapport au temps est quasi identique pour l’ensemble du corpus des jeux traditionnels du domaine linguistique picard. En effet, dans le recensement des jeux14 auquel nous avons procédé, nous avons remarqué que 96 % d’entre eux n’avaient pas de limite de temps pour gagner une partie. La plupart des jeux sont des jeux d’habileté motrice qui nécessitent de viser une aire de jeu, un objet ou une cible comme aux fléchettes. La logique interne de ces jeux traditionnels en général et du jeu de fléchettes en particulier, permet une adaptation aux contraintes que le règlement impose. Comme ces jeux nécessitent une habileté motrice particulière dûe au fait de devoir viser il convient de prendre son temps. C’est la raison pour laquelle la grande majorité des parties de jeu ne possède pas de contrainte temporelle. Un joueur donc, ne gagne pas ou on ne perd pas à cause de la fin du temps fixé par le règlement. Bien souvent il faut atteindre un objectif avant l’adversaire, atteindre un total de points fixé d’un commun accord le premier, réussir avant l’adversaire l’objectif exigé ou encore terminer en un minimum de coups. Voilà ce qui peut résumer le système de gain dans les pratiques ludiques traditionnelles de la région.

    60Il serait certainement très intéressant d’étudier cette particularité temporelle. Outre le fait d’être en harmonie avec la logique interne des jeux, il y aurait peut être des caractéristiques ethnomotrices15 à découvrir et à mettre en relation avec la logique externe ?

    61Ainsi le temps ne semble pas favoriser la voie de la sportification. Cependant, l’attrait du spectacle exige bien souvent certaines notions comme l’enchaînement ou la rapidité, valeurs qui exaltent les foules et favorisent la spectacularité. Nous pourrions donc penser que le fait qu’un joueur soit autonome temporellement, c’est-à-dire qu’il puisse exécuter une tâche lorsqu’il le désire, aille à l’opposé du principe de la mise en scène du sport. Le rapport au temps dans les jeux traditionnels est peut-être donc le seul des quatre aspects mis en évidence à ne pas favoriser la sportification et nous ne dirons pas qu’il la freine mais au moins la régule.

    62Notons toutefois que nous avons découvert l’année dernière sur la chaîne Eurosport des compétitions de fléchettes qui se pratiquent avec une limite de temps. Les joueurs lancent leurs trois flèches sur la cible, se dépêchent de les récupérer, de venir se repositionner sur le pas de tir pour relancer et ainsi de suite jusqu’à ce qu’ils arrivent à zéro en partant de 30116. De deux choses l’une : soit la partie est chronométrée et le vainqueur est le plus rapide à atteindre 0, soit les jugent attribuent une limite de temps d’une minute trente et le vainqueur est celui qui a le score le plus faible. Cette évolution des règlements est significative et n’est pas rare dans le milieu sportif (tie-break en tennis, en volley…) Il s’agit de préserver le potentiel de spectateurs acquis et pour cela une seule solution, rendre le jeu attractif, intense. Le jeu doit revêtir un caractère spectaculaire pour que le spectateur ressente quelque part la montée de l’adrénaline, qu’il puisse vibrer émotionnellement.

    Fléchettes : jeu ou sport ?

    63Les fléchettes ne constituent pas un exemple isolé du corpus de l’ensemble des jeux traditionnels. Bon nombre d’entre eux subissent la même politique de développement. Les présidents de ligues, d’associations ou de corporations s’accordent tous à dire qu’il faut défendre le jeu traditionnel en le structurant selon le modèle de l’institution sportive. D’ailleurs beaucoup recherchent et obtiennent l’agrément ministériel de la Jeunesse et des Sports. C’est le cas du jeu de l’assiette, du javelot tir sur cible ou de la bourle par exemple. Alors la transformation d’un jeu traditionnel en sport est-elle une évolution ou une révolution culturelle ?

    64Tout d’abord, il semble que cette évolution soit nécessaire pour la survie des jeux qui ne sont pratiqués que par un nombre restreint de joueurs en général. La mise en place d’une institution hiérarchisée est gage d’organisation et de cohérence. C’est dans cet mise en ordre que la survie est possible. Nous nous rendons bien compte alors de l’importance de l’engagement de quelques passionnés (cas des présidents). La survie de beaucoup de jeux traditionnels dépend essentiellement de leur implication personnelle. Mais les choses ne sont pas simples car ces hommes là ont aussi un travail et une famille, ils éprouvent donc parfois des difficultés à assumer ces différents temps sociaux. Les volontaires sont pour cela les bienvenus pour les soulager dans leurs tâches obscures mais l’ensemble des associations ressent la crise du bénévolat. Les jeunes notamment ne veulent pratiquement plus s’investir gratuitement. Ceci est certainement en relation avec le contexte social actuel difficile de notre société et la montée de l’individualisme contemporain. Les faits sont là : beaucoup d’associations témoignent de leur crainte de disparaître, soit par manque de financement, soit par manque d’effectif d’encadrement et de renouvellement des dirigeants. Les jeux traditionnels n’échappent pas à ce phénomène, et ils sont peut-être encore plus en danger dans la mesure où bien souvent les présidents sont des gens à la retraite, ce qui effraie encore plus ces passionnés.

    C’est le combat de toute une vie qui peut partir en fumée à chaque instant juste parce qu’il n’y a pas de relève. Celui qui meurt d’un accident fait mourir son jeu avec. C’est triste !17

    65Dans ce contexte, il devient moins important de donner une réponse à la question de savoir si certains jeux traditionnels comme celui des fléchettes sont des jeux ou des sports. Les uns, puristes ou traditionalistes, maintiendront le jeu comme élément du patrimoine culturel local, faisant donc appel au bon vieux souvenir de la tradition et de la nostalgie ; les autres parleront d’évolution ou de progrès, donc de l’absolue nécessité d’un cheminement vers la sportification et le modernisme. Mais nous serions tentés de dire oui aux deux points de vue, pourvue que la pratique survive. Patrimoine et innovation peuvent coexister !

    66Du point de vue de la praxéologie motrice, l’analyse que nous avons tentée d’apporter nous incite en revanche à exposer les fléchettes comme un sport. En effet, les caractéristiques qui définissent le sport selon Parlebas sont réunies, à savoir : l’institutionnalisation, la compétition et la situation motrice codifiée. Dès lors qu’un jeu possède ces trois aspects il se définit comme sport. Nous savons qu’avec la situation motrice c’était déjà le cas. En ce qui concerne la compétition, nous avons pu nous rendre compte qu’elle était favorisée par la recherche du spectacle. La compétition est présente dans les jeux traditionnels et les sports mais elle ne s’exprime pas de la même manière de part et d’autre. C’est-à-dire qu’elle ne repose pas sur les mêmes principes de base. Ce qu’il y de commun, c’est l’affrontement : il s’agit d’un dispositif sélectif imposé par la règle qui permet de déboucher dans le cas des fléchettes sur la définition d’un vainqueur et d’un vaincu. Dans le jeu ancien, il n’existe pas de compétition telle que nous la concevons aujourd’hui. Dans la plupart des affrontements traditionnels, le vainqueur finissait avec une bière à la main ; il avait fini premier de son estaminet, de son café ou du concours annuel de la ducasse. C’était là le plus haut degré d’intensité ressenti par le meilleur. Cela se limitait à une petite partie d’une petite localité géographique. Autrement dit, le spectacle à grande échelle n’existait quasiment pas. Le plaisir n’était pas dans le spectacle mais dans le moment partagé ensemble. Nous pensons que cet aspect est un caractère ethnomoteur fort des gens du Nord de la France : le sens de la fête et du partage dans un affrontement loyal de convivialité.

    67Si l’on considère le jeu de fléchettes d’aujourd’hui, nous avons bien remarqué qu’il était réglé de manière stricte et uniforme dans ses compétitions par une institution reconnue. C’est-à-dire qu’une commission internationale a instauré un règlement unique. Tous les joueurs pratiquent de la même manière. Ils n’ont pas besoin de parler la même langue pour s’affronter, ils se comprennent par le biais de la règle. L’uniformisation par la réglementation favorise le spectacle, notamment grâce aux systèmes des scores compris par tous. Il faut que le jeu soit agréable et provoque de fortes sensations à tous, joueurs et spectateurs. Plus un jeu et sa compétition sont attrayants plus la convoitise des plus jeunes devient forte et les chances de pérennisation sont grandes. C’est donc peut-être par manque de compétitions dépassant le cadre local que certains jeux traditionnels ont disparu ou tendent à disparaître ?

    68Parlebas dit à propos de l’institution que :

    c’est le point aveugle du sport. Rarement pris en compte, le critère institutionnel est pourtant crucial. (1999, p. 362)

    69C’est cet aspect qui permet de différencier un jeu d’un sport. Nous ne trouverons jamais un jeu traditionnel régi par une fédération nationale ou une ligue et existant par la convention d’un règlement unique. Il n’y a que le sport, incarné par les Jeux Olympiques, qui possède la caractéristique de sceller une forme d’uniformisation, autrement dit une mondialisation. De cette manière, toutes les pratiques motrices sont identiques. Elles sont définies par les règles institutionnelles. Le sport est un fait social comme le jeu, mais institutionnalisé. Roger Caillois (1958) a montré qu’il existait une certaine complicité entre chaque société et les jeux dont elle favorise l’épanouissement. En 1973, Norbert Élias montre quant à lui que le jeu est le modèle de la vie sociale. Le jeu et le sport sont les miroirs de la société. Il parle de « sportization » : le sport met en relation les différences sociales au profit de l’égalité des chances vis-à-vis des compétences sportives dans des espaces et des temps réservés à cet effet pour des moments biens spécifiques tel un championnat. C’est ainsi qu’il évoque une certaine euphémisation de la violence en partie dûe à la standardisation des règles, celles-ci équilibrant les chances de ceux qui s’affrontent.

    70Tel le monde du travail de nos sociétés capitalistes, le sport exige compétition et réglementation stricte. Telle la culture du folklore et de la tradition, le jeu traditionnel du patrimoine demande plaisir et partage, deux notions basées sur l’entente et le compromis. C’est de cette manière que ces différents auteurs exposent le courant « ethnoludique » qui revendique la place capitale des jeux ou sports au sein des phénomènes sociaux. En reprenant cette idée nous avons pu mettre en évidence, à travers le jeu de fléchettes, que les contenus et les structures de ce jeu sont en partie le reflet des modes de relation avec l’environnement et avec autrui que réclame chaque époque. C’est en cela que l’analyse des traits fondamentaux de l’action motrice et de la logique interne confère une portée hautement sociologique aux jeux et sports en société.

    71En tous les cas, il y a présence de compétition, il y a une institution officielle et nous ne doutons pas de la pertinence motrice du jeu de fléchettes. Ainsi selon les critères de la praxéologie motrice nous pouvons affirmer que le jeu de fléchettes est devenu un sport. Mais le plus important, c’est qu’il continue d’exister pour participer à cet effort de patrimonialisation qui constitue un obstacle à la mondialisation grandissante.

    72Sa pérennisation est importante pour la survie du patrimoine culturel, ce qui renforce d’autant plus le rôle de l’école qui doit constituer un lieu idéal pour la transmission des valeurs qui caractérisent l’identité d’une région. Beaucoup de présidents de clubs ou d’associations semblent être conscients cette possibilité en proposant régulièrement des interventions auprès des enfants et des instituteurs. L’IUFM18 pourrait donc avoir un rôle à jouer dans la sauvegarde de l’identité régionale.

    73Des associations d’éducation populaire comme les CEMEA19 ont aussi pris la mesure de l’importance de la formation par le jeu d’un point de vue général et par le jeu traditionnel plus particulièrement dans les stages consacrés au BAFA20 par exemple. Toutes ces initiatives semblent présager un avenir certain pour les jeux traditionnels et donc pour la transmission de certaines valeurs fondamentales qui contribuent à l’unité et l’identité de la culture du Nord de la France.

    Bibliographie

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    10.3917/puf.warni.1999.01 :

    Notes de bas de page

    1 La logique interne est définie selon Parlebas comme « un système de traits pertinents d’une situation motrice et des conséquences qu’il entraîne dans l’accomplissement de l’action motrice correspondante ». C’est-à-dire que les propriétés de la logique interne sont directement liées au système de contraintes imposé par les règles du jeu sportif. C’est ainsi, parce que ce sont les hommes qui créent les règlements, que les jeux et la manière dont on les pratique deviennent révélateurs d’une identité culturelle.

    2 Ce terme fait référence au concept de ludomotricité c’est-à-dire qu’il connote le plaisir du jeu, de l’appétit d’une action jouée. Le plaisir du jeu dépend des situations motrices qui se développent selon des conditions qui varient en fonction du contexte social et du vécu de chacun. C’est pourquoi, la joie ludique n’échappe pas à l’influence de l’habitus et de l’ethnomotricité. Celle-ci étant définie dans ce contexte comme le champ et la nature des pratiques motrices envisagées sous l’angle de leur rapport à la culture et au milieu social au sein desquels elles se sont développées.

    3 La marque la plus représentée sur le marché actuel est « Harrow’s » de Grande-Bretagne.

    4 C’est en 1976, à l’initiative de la British Darts Organisation (BDO) qu’une fédération mondiale a pu être créée. La World Dart Federation regroupe les fédérations de 61 pays.

    5 Les statistiques sont issues directement des bureaux nationaux des différentes fédérations.

    6 Le recensement des licenciés en 2005 indique un effectif total de 160, ce qui traduit une nouvelle baisse.

    7 Comité International Olympique.

    8 Parlebas (P.), Jeux, sports et société : lexique de praxéologie motrice, INSEP, 1999, Paris, p. 216.

    9 Ibid., p. 52.

    10 Ces résultats sont le fruit des collectes des jeux du Nord et de leur étude dans le cadre de notre doctorat.

    11 Cf. la répartition géographique des clubs de la région vue précédemment.

    12 La logique interne d’une pratique motrice peut s’interpréter de l’extérieur, par une logique externe lui attribuant des significations symboliques fortes (une logique individuelle comme son histoire personnelle à travers sa propre éducation ou selon une logique de groupes sociaux via les PCS par exemple).

    13 Le sisal est une fibre végétale qui a la particularité de se refermer suite à l’impact de la pointe d’une fléchette, ce qui permet à la cible de durer plus longtemps.

    14 Nous avons recensé 99 jeux traditionnels dans tout le domaine linguistique picard, c’est une liste qui est la plus exhaustive possible.

    15 La définition de l’ehtnomotricité se trouve au début du texte.

    16 Le jeu débute à 301 et le joueur doit arriver le plus vite possible à 0. La somme des 3 flèches se soustrait à chaque dernier score retenu.

    17 Propos recueillis auprès du président du jeu de l’assiette, dans le Vimeu près d’Abbeville (080).

    18 Institut universitaire de formation des maîtres.

    19 Centre d’Entraînement aux Méthodes d’Éducation Nouvelle.

    20 Brevet d’Aptitude aux Fonctions d’Animateur.

    Auteur

    • Michaël Vigne

      Doctorant en sociologie, membre du GEPECS, université Paris 5, chercheur associé au SIC.

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    1 La logique interne est définie selon Parlebas comme « un système de traits pertinents d’une situation motrice et des conséquences qu’il entraîne dans l’accomplissement de l’action motrice correspondante ». C’est-à-dire que les propriétés de la logique interne sont directement liées au système de contraintes imposé par les règles du jeu sportif. C’est ainsi, parce que ce sont les hommes qui créent les règlements, que les jeux et la manière dont on les pratique deviennent révélateurs d’une identité culturelle.

    2 Ce terme fait référence au concept de ludomotricité c’est-à-dire qu’il connote le plaisir du jeu, de l’appétit d’une action jouée. Le plaisir du jeu dépend des situations motrices qui se développent selon des conditions qui varient en fonction du contexte social et du vécu de chacun. C’est pourquoi, la joie ludique n’échappe pas à l’influence de l’habitus et de l’ethnomotricité. Celle-ci étant définie dans ce contexte comme le champ et la nature des pratiques motrices envisagées sous l’angle de leur rapport à la culture et au milieu social au sein desquels elles se sont développées.

    3 La marque la plus représentée sur le marché actuel est « Harrow’s » de Grande-Bretagne.

    4 C’est en 1976, à l’initiative de la British Darts Organisation (BDO) qu’une fédération mondiale a pu être créée. La World Dart Federation regroupe les fédérations de 61 pays.

    5 Les statistiques sont issues directement des bureaux nationaux des différentes fédérations.

    6 Le recensement des licenciés en 2005 indique un effectif total de 160, ce qui traduit une nouvelle baisse.

    7 Comité International Olympique.

    8 Parlebas (P.), Jeux, sports et société : lexique de praxéologie motrice, INSEP, 1999, Paris, p. 216.

    9 Ibid., p. 52.

    10 Ces résultats sont le fruit des collectes des jeux du Nord et de leur étude dans le cadre de notre doctorat.

    11 Cf. la répartition géographique des clubs de la région vue précédemment.

    12 La logique interne d’une pratique motrice peut s’interpréter de l’extérieur, par une logique externe lui attribuant des significations symboliques fortes (une logique individuelle comme son histoire personnelle à travers sa propre éducation ou selon une logique de groupes sociaux via les PCS par exemple).

    13 Le sisal est une fibre végétale qui a la particularité de se refermer suite à l’impact de la pointe d’une fléchette, ce qui permet à la cible de durer plus longtemps.

    14 Nous avons recensé 99 jeux traditionnels dans tout le domaine linguistique picard, c’est une liste qui est la plus exhaustive possible.

    15 La définition de l’ehtnomotricité se trouve au début du texte.

    16 Le jeu débute à 301 et le joueur doit arriver le plus vite possible à 0. La somme des 3 flèches se soustrait à chaque dernier score retenu.

    17 Propos recueillis auprès du président du jeu de l’assiette, dans le Vimeu près d’Abbeville (080).

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    • Lequarré, Michel. (2006) Actualité de l'édition. Staps, n o 74. DOI: 10.3917/sta.074.0141
    • Scol, Jean. (2006) Kalymnos : un paradis de l’escalade au pays des pêcheurs d’éponges. Territoire en mouvement. DOI: 10.4000/tem.364
    • Dorvillé, Christian. (2010) Grandes figures sportives du Nord-Pas de Calais. DOI: 10.4000/books.septentrion.117975

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    • Lassalle, Geoffrey. Recours, Robin. Griffet, Jean. (2017) Éthique postmoderne et situations de compétitions : la pratique de l’athlétisme chez les jeunes. Sociétés, n° 134. DOI: 10.3917/soc.134.0101
    • Vigne, Mickaël. Dorvillé, Christian. (2009) Les jeux traditionnels du Nord, entre tradition ludique culturelle et modernité sportive. Socio-logos, 4. DOI: 10.4000/socio-logos.2332
    • L'athlétisme en mouvement : un état de la pratique. DOI: 10.70675/e6db81cdzf014z49e7z9631z957685cdd5b4

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    Vigne, M. (2006). La sportification des jeux traditionnels : le jeu de fléchettes dans le nord de la France. In C. Dorvillé (éd.), Sport en Nord. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.117855
    Vigne, Michaël. « La sportification des jeux traditionnels : le jeu de fléchettes dans le nord de la France ». In Sport en Nord, édité par Christian Dorvillé. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2006. doi:10.4000/books.septentrion.117855.
    Vigne, Michaël. « La sportification des jeux traditionnels : le jeu de fléchettes dans le nord de la France ». Sport en Nord, édité par Christian Dorvillé, Presses universitaires du Septentrion, 2006, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.117855.

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    Dorvillé, C. (éd.). (2006). Sport en Nord. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.117715
    Dorvillé, Christian, éd. Sport en Nord. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2006. doi:10.4000/books.septentrion.117715.
    Dorvillé, Christian, éditeur. Sport en Nord. Presses universitaires du Septentrion, 2006, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.117715.
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