L’engagement militant par les loisirs et le sport : Les clubs Léo Lagrange dans le Nord-Pas-de-Calais
p. 13-44
Texte intégral
1Tôt et très présent dans le Nord et le Pas-de-Calais, le mouvement Léo Lagrange, fondé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, constitue une organisation de jeunesse et d’éducation populaire particulièrement intéressante pour qui étudie les activités périscolaires et sportives dans la région. Inversement, l’on ne peut interroger l’organisation de ce mouvement, ses objectifs, ses caractéristiques, les particularités d’un engagement militant par les loisirs et le sport, sans prendre en compte la dimension septentrionale de l’ambition fondatrice – promouvoir un socialisme « au sens le plus élevé du terme »1 –, de l’implantation, de l’encadrement, des prises de position et des orientations (dont la promotion du secteur sportif) de la Fédération Léo Lagrange (FLL).
Un socialisme « au sens le plus élevé et le plus ouvert du terme »
2Le contexte d’après-guerre dans lequel s’inscrit le développement des clubs Léo Lagrange, contexte des Trente Glorieuses marqué par le baby-boom, le développement des loisirs et la création d’une direction de l’Éducation populaire au ministère de l’Éducation nationale chargée de favoriser et coordonner les œuvres périscolaires, les mouvements et institutions de jeunes, est favorable au développement et à la constitution de mouvements de jeunesse et d’éducation populaire. Les organisations de jeunesse déjà existantes, créées pour la plupart avant la guerre2, participent à ce mouvement général. Le contexte d’après-guerre est également favorable à la promotion du sport qui s’intègre « dans un vaste programme de démocratie culturelle, porté par l’euphorie des beaux jours : la santé, le développement physique et intellectuel deviennent des droits inaliénables, consacrés par la constitution de 1946 » et les héritiers du Front Populaire sont prêts à prendre la relève et à préparer l’avènement d’un « homme nouveau, plus complet, plus proche de l’idéal antique – corps, culture perfection »3. La structure de la direction générale de la Jeunesse et des Sports en 1946 et la mise en place d’un sous-secrétariat à la Jeunesse et aux Sports, à la tête duquel est nommée Andrée Vienot, député des Ardennes, le 17 décembre 1946, concrétisent sur le plan institutionnel ces ambitions4. L’heure est ainsi à la double promotion du sport et de l’éducation populaire, même si l’impuissance politique domine en la matière sous la IVe République5 et si « l’inscription du sport sur l’agenda politique est pour plus tard »6.
3La création de la FLL, organisation de jeunesse et d’éducation populaire « amie » de la SFIO et des Jeunesses Socialistes (JS), si elle s’explique par ce contexte, a également partie liée à la situation de ce parti et du mouvement des JS au lendemain de la guerre.
4Les JS, réorganisées sur le modèle d’avant-guerre avec pour ambition de constituer l’avant-garde de la SFIO, s’opposent aux membres du Parti sur la question de l’Indochine lors de leur Congrès de Montrouge en 1946 et doivent être réorganisées et relancées après la dissolution, le 4 juin 1947, de leur bureau national, qui a entraîné de nombreux départs de militants. C’est à Pierre Mauroy, remarqué au Congrès de Montrouge pour son rôle d’opposant à l’ancienne équipe dirigeante des JS, qu’est confiée cette tâche. Lors de la Conférence nationale des JS de Bagneux, en 1948, de nouveaux statuts sont adoptés, qui restreignent considérablement la marge de manœuvre du mouvement. Ainsi, celui-ci « ne constitue pas un parti élaborant une doctrine d’action politique mais a pour mission de répercuter dans la jeunesse l’action politique décidée par le Parti lors de ses assises régulières »7.
5Pierre Mauroy décide de créer une organisation parallèle, la Fédération nationale des clubs de loisirs Léo Lagrange. Cette création, placée sous le patronage du sous-secrétaire d’État aux sports et aux loisirs du Front Populaire dont les JS commémorent alors le dixième anniversaire de la mort, répond à l’appel à « fonder des foyers Léo Lagrange dont les activités seraient inspirées par ce testament (de Léo Lagrange) »8, lancé par les auteurs – Eugène Raude et Gilbert Prouteau – de l’ouvrage Message de Léo Lagrange qui fait connaître l’action de Léo Lagrange et que les JS présentent comme une exposition fouillée de la doctrine de celui-ci, en matière d’organisation des sports et loisirs de la jeunesse.
6La création de ces foyers et de la FLL obéirait, de fait, à plusieurs objectifs : relancer les JS qui ne représentent pas alors un grand mouvement de jeunesse9 et contribuer au renouvellement des générations au sein d’une SFIO vieillissante10 en ralliant des jeunes qui ne souhaitent pas s’investir dans un mouvement politique, mais participeraient volontiers à une organisation de jeunesse permettant de « servir le socialisme d’une autre manière »11. Ce mouvement peut également être analysé comme congruent à la dépolitisation des JS souhaitée par le parti ; celles-ci doivent désormais être d’abord une courroie de transmission de la SFIO et la jeunesse est invitée à s’investir dans le ludique, le sport, les loisirs, à la fois modes de ralliement au socialisme particulièrement efficaces, formes de militantisme et moyens de cantonnement des JS. Comme le souligne Jacques Kergoat, « la conception des Jeunesses qui est affirmée est celle que les adultes du Parti n’avaient pu faire prévaloir lors de l’exercice précédent : un mouvement bien plus tourné vers le sport, la culture et de manière générale l’organisation des loisirs, que vers la discussion et l’action politiques. Cette conception entre en pratique dès l’arrivée de Pierre Mauroy en 1951, avec la création de la Fédération Léo Lagrange »12.
7L’interprétation que donne de la création et de l’évolution de la FLL son fondateur Pierre Mauroy a elle-même varié. Dans l’ouvrage qu’il consacre à Léo Lagrange, c’est le parrainage de celui-ci et l’idée d’un « héritage si naturel » qui est mis en avant à propos de « cette « fédération à caractère éducatif, sportif, touristique » (qui) devait attirer mais aussi retenir tous ceux que nous ne savions plus séduire par nos seules positions politiques. Il s’agissait pour nous de rassembler des jeunes à partir des activités qui leur plaisaient. D’abord les intéresser et ensuite les éveiller à un idéal de liberté et de solidarité »13. L’ambition plus strictement politique de cette fédération s’inscrivant dans un idéal de partage du savoir alors également porté par « Peuple et culture » et avant celui-ci par le mouvement ouvrier et certaines formes de l’action culturelle (auberges de jeunesse, camarades de la route… )14, est davantage mise en avant dans ses récents mémoires : « J’avais conscience qu’il fallait trouver un nouveau cadre de vie associative pour élargir notre audience et mieux servir notre idéal. De là est née l’idée de créer la Fédération Léo Lagrange. Ma décision fut prise dès 1950 et les statuts vite rédigés. [...] Quant à son nom, celui de Léo Lagrange s’imposait naturellement. Il m’accompagnait depuis mon enfance [...] J’ajoute qu’après guerre, Léo Lagrange était auréolé d’un prestige légendaire »15. Le rôle de vivier pour le parti socialiste est par ailleurs souligné : « La fédération attira des milliers de jeunes qui n’auraient jamais franchi la porte d’un parti. Finalement, elle contribua à l’émergence d’une nouvelle génération politique »16. L’expérience de la FLL atteste au fond du rôle déterminant des institutions éducatives dans la constitution des réseaux militants et de l’importance de l’appartenance à des mouvements de jeunesse dans la constitution d’un habitus militant17. Pierre Mauroy peut ainsi souligner : « L’élan [...] vers le loisir et la culture a soudé de nombreuses équipes qui ont trouvé là l’expression d’un nouveau militantisme. Avec la renaissance socialiste, ces équipes sont maintenant revenues ou venues à l’engagement dans le parti. C’est ainsi qu’une aventure collective de jeunesse [...] s’épanouit dans le PS aujourd’hui »18. La FLL peut également être perçue comme s’inscrivant dans un mouvement plus large, initié par Pierre Mauroy, de constitution de structures socioculturelles, de savoir et d’expertise socialistes, anticipant ainsi par exemple la création en 1966 du « Centre National d’Études et de Promotion » (CEDEP) – « mouvement d’éducation populaire, à caractère civique, social et politique »19 – et des Clubs départementaux de la Démocratie socialiste ou, plus tard, de la Fondation Jean Jaurès. Car, comme le souligne le document constitutif de la Fédération de la Gauche Démocrate et Socialiste (FGDS), « le bon fonctionnement et la sauvegarde de la démocratie impliquent l’existence de puissantes formations politiques, disposant de moyens modernes d’étude, d’éducation et d’information, susceptibles d’atteindre tous les individus d’une même nation afin de les aider à jouer pleinement leur rôle de citoyennes et de citoyens [...] (d’où la) création d’une formation puissante et dynamique de démocrates à vocation socialiste. Cette formation faciliterait la réintégration dans la vie politique française des forces sous l’influence du Parti communiste qui sont actuellement stérilisées et elle pourrait contribuer à l’évolution démocratique de ce parti »20.
8Proche de l’Union de la jeunesse républicaine de la France (UJRF) dans ce souci de militantisme politique par les loisirs, la FLL s’en éloigne par une autonomie affichée et revendiquée à l’égard de la SFIO et des JS, par opposition de l’UJRF, émanation du Parti communiste et « manière de camouflage pour l’ancienne Jeunesse communiste ». La FLL se démarque également du mouvement de l’enfance ouvrière (MEO), en particulier des faucons rouges, dans sa volonté affichée de modernisme. « Les mouvements politiques de jeunes ne correspondaient plus à la réalité du moment. Le défilé de militants en chemise bleue et cravates rouges nous paraissaient anachroniques, presque folkloriques. Ils appartenaient à l’imagerie du passé, à juin 1936, au Front populaire. Pas aux années cinquante »21. C’est aussi et plus largement vis-à-vis de l’ensemble des mouvements de jeunesse et d’éducation populaire créés avant-guerre que la FLL entend se démarquer. Témoin ces remarques de Georges Fournet, secrétaire général de la FLL au nom du Comité exécutif, dans le cadre du rapport général d’activités de 1957, à propos de la Fédération nationale des Auberges de Jeunesse et des Éclaireurs de France : « Ces deux organisations sont les héritières d’une tradition remontant à plusieurs décades, tradition propre à une époque, à une jeunesse, à un style de vie. La Ligue [française de l’enseignement] n’imagine pas pour le moment, qu’une évolution radicale s’est opérée depuis la guerre et que les structures héritées d’hier ne sont plus celles d’aujourd’hui. Le succès de notre Fédération tient à cet effort d’adaptation que l’ensemble du mouvement a su opérer sans aliéner d’ailleurs l’esprit laïque et le caractère d’émancipation qui doit s’attacher à toute mission culturelle. La Fédération se réclame donc du même idéal mais n’emploie pas les mêmes méthodes d’action »22.
9Les statuts de la FLL, déposés le 6 novembre 1950, précisent sa mission : « étendre la culture et [...] organiser les loisirs des jeunes, particulièrement par la création de clubs de loisirs ». Ceci implique la création, l’acquisition et la gestion de clubs de loisirs dont la FLL forme et recrute les animateurs chargés de développer la pratique sportive et l’éducation artistique de ses adhérents, ainsi que l’organisation de voyages, échanges et stages en France et à l’étranger. Il s’agit de concrétiser le « droit au loisir » par un « club de loisirs (qui) sera bientôt, à notre sens, aussi nécessaire aux travailleurs, que le syndicat lui-même dont il doit devenir le complément ». Et, par opposition à une « sorte de patronage pour adultes », « c’est aux travailleurs eux-mêmes qu’il appartient de le créer, de le diriger, de le faire vivre sans contrainte, sinon sans appui [...] La joie ne s’impose pas. Elle s’acquiert et elle se mérite. Le Club de Loisirs sera pour l’ouvrier, le paysan et le chômeur un moyen nouveau d’acquérir la joie de vivre et de conquérir la dignité »23.
10La volonté d’une éducation populaire adaptée au contexte d’après-guerre et le souci d’une autonomie à l’égard du parti sont affichés au sein d’une « Fédération (qui) s’est toujours abstenue de prendre position sur les problèmes politiques »24, quand bien même elle s’attache à promouvoir et défendre les « valeurs que, souligne son secrétaire général, nous tenons pour fondamentales : la liberté, la justice sociale, la démocratie. C’est que nous avons tous le même engagement : nous sommes attachés au socialisme, au sens le plus élevé et le plus ouvert du terme »25.
11Toutefois, l’aide de la SFIO est nécessaire pour créer le mouvement, « pour lui donner vie » et les relations de ce dernier avec celui-ci et les JS sont étroites, cette création signant une forme de division du travail militant entre les JS et la FLL. « Pratiquement, cela conduisait dans un premier temps à la transformation des groupes JS en clubs Léo Lagrange. Le mouvement prenait deux visages ; politique, il restait JS ; axé sur les loisirs, il devenait foyer Léo Lagrange »26. Les liens étroits devant unir les JS à la FLL sont par ailleurs continuellement rappelés au sein de la SFIO et des JS, en particulier dans le cadre des motions adoptées lors de leurs congrès nationaux. Le Bulletin intérieur de la SFIO ainsi que l’organe des JS (le journal Luttes) présentent régulièrement les activités de la FLL, dont la page du bulletin technique paraît d’ailleurs à partir de 1955 – jusqu’à sa parution autonome à partir de 1958 sous la forme d’une revue, Jeunesse, culture, loisirs –, d’une manière irrégulière, dans les quatre feuillets de Luttes. Pierre Mauroy peut, rétrospectivement, affirmer : « À la tête, sous la présidence d’honneur de Madeleine Léo Lagrange [...] l’amalgame fut sans histoire entre les JS et les dirigeants de la SFIO qui nous soutenaient dans le parti et auprès des ministères »27.
12De fait, comme on l’a souligné, les foyers Léo Lagrange peuvent jouer un rôle de propagande politique indéniable. Ainsi le foyer Léo Lagrange de Cambrai, regroupant le quart des effectifs du Nord est perçu par la section comme « un élément précieux de propagande dans cette ville bourgeoise où les adhésions doivent être arrachées au prix d’efforts acharnés »28. Presque tous les dirigeants du comité départemental du Nord de la FLL sont membres du Parti, à l’instar des dirigeants et fondateurs de la fédération nationale. Citons Leblanc, Lefebvre, Debesson, Bertrand ou Lussiez, tous membres de la commission administrative socialiste de Lille. Les rapports sont si étroits qu’ils amènent Émile Dubois, secrétaire administratif de la fédération socialiste, à renoncer à publier dans les rapports de la commission administrative l’étude sur la FLL, considérant qu’« il n’est pas opportun de montrer de l’extérieur l’étroite relation entre les deux mouvements »29.
13La FLL peut plus largement être perçue comme une ressource pour le socialisme, et particulièrement pour le socialisme nordiste dans son affirmation face au concurrent communiste « dans une région où les deux partis avaient des caractéristiques sociologiques identiques et une même tendance à s’appuyer sur des matrices communautaires et un fond culturel communs »30. Se comprendrait ainsi la stratégie, propre à la fédération socialiste du Nord, « de mise en scène des intérêts sociaux », et « la tradition socialiste du Nord (qui) s’est évertuée à nier la distinction entre la sphère du politique et la sphère du social »31.
14C’est dans cette configuration que s’inscrit la création des foyers Léo Lagrange et de la FLL, modes d’« extraversion »32 parmi d’autres pour la SFIO dans le Nord, permettant à celle-ci de s’ouvrir au social, pouvant également être perçus comme des éléments de social-démocratie particulièrement congruents aux caractéristiques de la Fédération du Nord présentée parfois comme un modèle « belge » ou « social-démocrate »33. L’influence des social-démocraties nordiques sur cette fondation est d’ailleurs soulignée par Pierre Mauroy : « Je voulais faire comme le SPD, surtout, parce que je suis allé en Suède, comme le parti socialiste suédois, c’est-à-dire une grande organisation des loisirs. On voulait faire le triptyque : le parti politique, la coopérative, la mutualité. On voulait au fond créer un grand parti social-démocrate estimant qu’on n’aurait plus les gens seulement avec des slogans politiques, mais que le parti socialiste devait toucher leur vie quotidienne : on devait partir en voyages avec le parti socialiste, on devait partir en vacances avec le parti socialiste »34. Et cette forme d’organisation se distingue « de la rigueur du guesdisme organisationnel consacrant le primat du parti »35. Et, souligne P. Mauroy : « Partir, découvrir d’autres horizons, voilà qui séduisait les jeunes. Nous connaissions les étonnantes réussites dans ce domaine de nos camarades socialistes et syndicalistes allemands, belges ou scandinaves. Elles nous servaient d’exemples »36.
15La Fédération entretient d’ailleurs des relations privilégiées avec ces social-démocraties nordiques, en particulier avec l’Allemagne, la Belgique – le fondateur de la FFL étant d’ailleurs en liaison avec la mutualité des jeunes travailleurs de Belgique –, et la Suède (voyages organisés à destination de ces pays, institutionnalisation de relations de coopération franco-allemandes…)
16Le développement et l’ambition fédératrice de la FLL ne feront que confirmer ce tropisme septentrional. La fédération se développe en effet, à la faveur du volontarisme de ses dirigeants, s’appuyant notamment sur une politique d’emprunt, sur un développement des adhésions, sur des prestations « vacances » laissant « une marge financière qui alimentait le budget général »37, et sur des subventions ministérielles. Elle bénéficie par ailleurs de l’apport, à la fin des années 50, dans un contexte marqué par des rejets par certains militants des options de Guy Mollet et du Parti à l’égard du nouveau régime, et par la création du PSA puis du PSU, de « bon nombre de militants, mal à l’aise au sein de la SFIO (qui) pour des raisons politiques, ont choisi de s’investir dans des activités sportives ou culturelles »38.
17Plusieurs signes attestent de ce volontarisme et de ce développement. Une revue bimestrielle, Jeunesse, Culture et Loisirs, succède aux bulletins techniques de la Fédération, à partir de 1958. Et les dirigeants de la SFIO peuvent présenter en 1967 cette revue, qui s’appelle désormais Jeunesse an 2000, comme « une revue qui grimpe [...] (qui) touche à présent 25000 lecteurs [...] une des revues de jeunes qui a su le mieux concilier le souci de plaire et de distraire avec celui d’informer et d’éduquer. Jeunesse an 2000 est de plus en plus fréquemment citée dans les revues de presse de jeunes »39. La FFL multiplie par ailleurs ses activités à partir de la fin des années 50, améliore ses prestations tandis que son budget ne cesse d’augmenter40.
18L’intensification de ce développement, qui se justifie aussi pour contrer le succès des associations confessionnelles (JOC, JAC, JEC) ayant contribué à la réussite du MRP, a pour contrepartie une autonomisation (relative) à l’égard des JS avec lesquelles cependant des liens « excellents » (pour reprendre les termes systématiquement utilisés dans les bulletins intérieurs de la SFIO et dans Luttes) sont maintenus. « Alors qu’à l’origine, les groupes JS étaient les créateurs des foyers, bientôt de nouveaux foyers naîtront sans intervention des JS : à Perpignan, à Malakoff par exemple, ils ont pris leur essor à l’initiative d’animateurs qui cherchaient les moyens de s’exprimer »41.
19Ce souci de se développer a pour envers celui de se confédérer avec d’autres mouvements de jeunesse et d’éducation populaire. « Notre ambition va plus loin encore, est-il ainsi précisé dans le rapport général du quatrième congrès national de la FFL qui se tient en 1959 à Paris. Elle va jusqu’à espérer que nos liens se resserrent avec les organisations amies, certaines d’entre elles pourraient souhaiter établir avec nous des relations organiques – c’est effectivement ce qui nous a été demandé de plusieurs côtés déjà – en sorte que notre fédération pourrait un jour devenir une vaste confédération de mouvements de loisirs et de culture populaire. Quand on pense que la jeunesse est actuellement répartie entre 300 associations différentes, il faut savoir qu’il n’est guère de tâche plus urgente que d’introduire un peu d’ordre dans ces choix »42. Ce renforcement des liens prendra la forme de diverses structures mises en place progressivement au sein desquelles la FLL sera représentée voire occupera une place prééminente (GEROGEP, CGTL…), regroupements d’associations et organismes de cogestion permettant d’instaurer un dialogue entre les associations et les départements ministériels (COGEDEP, association de cogestion pour les déplacements à but lucratif des jeunes, COTRAVAUX, spécialisée dans l’organisation des chantiers internationaux…).
20Ce développement de la FLL va cependant également de pair, au plan interne et concernant ses activités, avec le passage d’activités d’éducation populaire au socioculturel, ce qui caractérise plus largement l’ensemble des mouvements d’éducation populaire. L’idéal du citoyen est au principe même de l’éducation populaire (si l’on excepte dans une certaine mesure les mouvements confessionnels), largement imprégnée de valeurs telles que l’humanisme, l’éthique de la responsabilité et de l’engagement, et animée d’une volonté de démocratisation. Mais le tournant des années 1960 marque une inflexion de l’éducation populaire vers l’animation socioculturelle, i.e. vers une conception plus sociale que politique de sa mission (préparer à la vie notamment urbaine par l’éducation permanente plus que former un bon citoyen), certains auteurs allant jusqu’à dire que « le dernier mouvement social d’éducation populaire s’est épuisé dans les années 45-50 »43. Cette inflexion s’inscrit dans un contexte social marqué par une urbanisation, un monde qui paraît en crise et des « problèmes de la jeunesse » jugés alarmants par l’observateur inquiet de son temps Émile Copferman44. Cette évolution s’insère également dans un contexte social et culturel marqué par d’importants changements structurels du système éducatif (réforme Berthoin), la montée du phénomène sportif, la concurrence entre sport et mouvements de jeunesse45. Cette évolution s’explique enfin par le contexte politique et la politique de démocratisation culturelle menée par un André Malraux qui donne ainsi pour mission à son ministère ce qui relevait auparavant de l’éducation populaire, tout en rejetant le didactisme et l’amateurisme qui caractérisaient les associations d’éducation populaire46.
21Comme le rappelle P. Mauroy, « progressivement, la Fédération Léo Lagrange se spécialisa dans la formation des animateurs socioculturels, et alimentera avec d’autres groupes la naissance d’un large mouvement de développement social des quartiers, officialisé par mon gouvernement en 1982-1983 »47. Cette réorientation des activités de la FLL est en partie motivée par la perte d’une part de ses subventions sous François Missoffe avec lequel « les rapports ont vite tourné à l’aigre »48. Et cette étape est particulièrement importante au regard de la restructuration du mouvement sportif et associatif avec la mise en place des centres d’animation sportive (CAS) puis des services d’animation sportive (SAS) et l’institutionnalisation de diplômes Jeunesse et Sport comme les brevets d’État49. « Nous avons poussé les municipalités à créer des foyers dont nous formions les directeurs et les animateurs. Un centre de formation a été mis en place. [...] Pour aider, d’ailleurs, les municipalités à mettre en place un réseau de foyers, nous nous sommes battus pour la création du FONJEP. Le FONJEP était un fonds d’aide à la jeunesse et à l’éducation populaire. Chaque fois qu’une municipalité consacrait une certaine somme à rémunérer un animateur, l’État, par l’intermédiaire du FONJEP, s’engageait à doubler la somme »50. L’appui des conseils généraux est également sollicité et particulièrement encouragé par le parti51.
22Cette évolution de l’éducation populaire au socioculturel, de l’éducatif au social, prend un relief particulier dans la Région du Nord-Pas-de-Calais qui s’investit particulièrement en direction des jeunes par l’intermédiaire de la lutte contre l’exclusion sociale, alors que les politiques qui concernent la jeunesse ne relèvent pourtant pas vraiment des compétences attribuées par les lois de décentralisation aux Conseils régionaux. La position particulière de la Région du Nord-Pas-de-Calais s’expliquent par l’importance du fait urbain, de la crise économique, de l’orientation politique d’une Région de gauche s’estimant héritière de la tradition de solidarité de ce territoire, par le poids politique de ses présidents (Pierre Mauroy et Michel Delebarre) et leur importance dans l’élaboration nationale de ces politiques. La Fédération régionale Léo Lagrange va ainsi s’investir dans la lutte contre l’exclusion sociale, par le biais de l’INSTEP (Institut d’Éducation Permanente), qui développe des formations pré-qualifiantes auprès de jeunes en difficultés d’insertion, par les chantiers d’insertion jeune, les régies de quartier, des travaux de valorisation de jardins ouvriers…
Un mouvement fortement implanté dans le Nord et le Pas-de-Calais
23L’implantation septentrionale de ses clubs (créations précoces et nombreuses dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais) et la place de membres issus des JS du Nord au sein de la FLL s’expliquent par des facteurs tant socioculturels et économiques que politiques. Cette implantation, marquée du sceau de la diversité (des clubs par leur taille, leur recrutement, leurs activités…) est également révélatrice de l’importance de la trajectoire des militants, de l’orientation politique et de l’histoire de la municipalité dans laquelle ils s’inscrivent.
24Le mouvement Léo Lagrange, dont l’implantation correspond, pour reprendre l’expression de Pierre Mauroy, à la carte de la bière et du vin52, est particulièrement implanté dans le Nord et le Pas-de-Calais ainsi que, dans une moindre mesure, dans le Sud-Ouest. Cette carte épouse, de fait, en partie la carte partisane (poids des sections socialistes, couleur politique des municipalités…). Les raisons sont également socioculturelles et économiques. Il faut bien sûr citer la configuration sociale et politique très spécifique du Nord dont les relations de la fédération socialiste du Nord au parti communiste et le souci de s’affirmer sur le terrain social face à ce concurrent, comme face aux organisations confessionnelles très présentes et au paternalisme patronal, le souci de soustraire la population locale à l’emprise patronale étant ancien chez les socialistes comme en atteste l’exemple de Roubaix où la SFIO s’implique fortement par le biais du SOR (sport ouvrier roubaisien) ou Paris-Roubaix travailliste et où la municipalité subventionne les sociétés, les finançant également par l’organisation de fêtes et concours53. Il faut citer aussi les configurations socio-économique et politique du Pas-de-Calais qui pèsent sur la définition du rôle du maire dans ce département et contribuent à expliquer l’importance du municipalisme, la perpétuation par les maires socialistes, surtout après la Grande guerre, d’une culture de prise en charge des besoins, « l’action municipale des premiers maires socialistes, tous anciens délégués-mineurs, (prolongeant) l’action sociale menée par les compagnies »54, les élus n’hésitant pas à intervenir sur le terrain éducatif et sportif (les aides gouvernementales à partir de 1936 permettant de s’attaquer à ce secteur), et à promouvoir une politique municipale d’éducation populaire. Les clubs Léo Lagrange figurent par ailleurs en bonne place au sein des réseaux laïques, aux côtés de la Fédération des Œuvres Laïques (FOL), qui « fondent […] la pérennité de l’influence socialiste dans le département »55. Il faut aussi rappeler l’ouverture précoce aux sports d’une région voisine de l’Angleterre, l’influence de pratiques festives et ludiques populaires anciennes, le poids de la tradition des colonies de vacances dans la région (nonobstant leurs diversités idéologiques), tandis que certaines localités du Pas-de-Calais vont progressivement constituer des lieux privilégiés de vacances et tourisme.
25Cette forte dimension septentrionale est déjà perceptible au niveau symbolique et institutionnel, s’agissant d’un organisme placé sous le patronage de Léo Lagrange, député du Nord avant de devenir ministre, et dont les fondateurs et les membres du bureau sont pour la plupart membres des JS du Nord. Ainsi de Pierre Mauroy, secrétaire général, puis, à partir de 1972, président de la Fédération, de Bernard Derosier, qui lui succède en 1981, conseiller général du Nord depuis 1973, président du Conseil général, maire d’Hellemmes depuis 1983 où il succède à Arthur Cornette, député du Nord depuis 1978 ; de Christian Cailleret, trésorier de la FLL à ses débuts, normalien de l’école normale d’Arras, secrétaire administratif des Jeunesses socialistes, membre adulte de ces dernières ; d’Étienne Bécart, nordiste, professeur d’Avesnes-sur-Helpe, résistant, chef du secrétariat particulier de Léo Lagrange en 1936. Il « nous apportait la consécration officielle de l’inspecteur général des colonies de vacances »56. En septembre 1949, il est également nommé membre adulte des JS. On pourrait convoquer également l’engagement dans la FLL d’autres nordistes dont : Robert Foucard, ami intime de P. Mauroy, devenu son directeur de cabinet après avoir exercé de longues années à la préfecture d’Arras, Georges Brutelle, Pierre Herbaut, membre fondateur de la FLL et membre du CA…
26L’implantation des clubs est pour sa part révélatrice du poids de la région du Nord-Pas-de-Calais où la FLL se développe précocement. Le décompte des clubs Léo Lagrange, effectué à partir d’un dépouillement des Annuaires Léo Lagrange et des Guides Léo Lagrange, qui fournissent pour chaque département les adresses des clubs et centres de vacances affiliés à la Fédération, montre ainsi que le département du Nord constitue véritablement le bastion des clubs Léo Lagrange ; déjà doté en 1962 du nombre le plus élevé de clubs avec 20 centres, ce nombre passe à 33 en 1969, 34 en 1970. Aujourd’hui, l’on peut recenser 33 clubs implantés dans le département du Nord (41 si on prend en compte les sites d’activités), auxquels il faut ajouter les 27 clubs affiliés à la FLL implantés dans le département du Pas-de-Calais (36, si on intègre les sites d’activités). C’est ainsi près du quart des clubs et foyers Léo Lagrange qui se situent dans la région du Nord-Pas-de-Calais57.
27Certains de ces clubs du Nord, en particulier celui de Cambrai, ont un nombre élevé d’adhérents et sont présentés comme pilotes. La revue Jeunesse, Culture, Loisirs, qui présente l’activité des clubs et foyers Léo Lagrange, fait souvent référence aux clubs et foyers septentrionaux, dont, en 1962, ceux : de Boulogne, présenté comme « pilote »58, de Loisons-sous-Lens, dont on présente les voyages en car des mineurs du Pas-de-Calais, organisés par Raoul Duhamel, « ouvrier mineur », « militant politique et syndicaliste », comme « une réussite éclatante »59, le foyer de Wattrelos qui vient d’être inauguré60, et qui, avec celui de Douai, est salué pour ses activités d’animation et de propagande, en particulier la diffusion des bulletins de la FFL61...
28De fait, l’implantation de ces clubs est révélatrice : peu implantés à Lille – où il faut attendre 1961 pour qu’un foyer Léo Lagrange soit constitué, qui plus est un foyer peu important et peu dynamique –, alors que la section socialiste de Lille est la plus importante du département, ils sont en revanche nombreux et souvent importants dans les communes limitrophes. Ainsi, comme le souligne Laurent Olivier, « le développement des effectifs et de l’implantation de la fédération Léo Lagrange dans le Nord ne coïncide pas exactement avec la configuration partisane »62. Ces différenciations peuvent s’expliquer par la trajectoire des militants qui s’engagent au sein de la FLL, au premier rang desquels Pierre Mauroy, qui commence son engagement militant à Cambrai où il prend en charge la responsabilité des jeunesses socialistes, ce qui peut expliquer l’importance, le dynamisme et la précocité du club Léo Lagrange de cette ville. Laurent Olivier souligne par ailleurs la variabilité de la mobilisation des jeunes militants qui sont les premiers à s’investir dans cette nouvelle organisation « et la tradition d’un militantisme d’abord attaché à la structure partisane, (qui) peut susciter des réactions négatives »63. Ajoutons que si, politiquement, la ville de Lille était tenue par les socialistes depuis 1919, les élections de 1947 amènent un basculement aux mains du RPF, avec le soutien du plus important quotidien régional, la Voix du Nord64. Enfin, le poids des organisations traditionnelles (amicales laïques, patronages…), particulièrement du militantisme chrétien à son apogée dans les années 1945-1960, et leur audience renforcée par les nombreuses difficultés économiques dont le Nord est déjà frappé65, sont un autre facteur explicatif des difficultés d’implantation à Lille des clubs Léo Lagrange qui, bien que bénéficiant de la faveur des élus locaux (la municipalité leur prêtant d’ailleurs ses locaux pour se réunir), se heurtent aux résistances des structures traditionnelles en place66, d’autant que, si la FFL possède des atouts (soutien de la municipalité, dimension nationale), elle n’est pas issue du réseau local de la jeunesse.
29Les clubs s’implantent en revanche plus facilement dans la métropole lilloise, dans les communes de Lomme, Tourcoing, Ronchin, Hellemmes, et plus tard Armentières.
30Ces clubs, nombreux, se caractérisent par une grande diversité (par leur taille, leur organisation, leur dynamisme, le nombre d’adhérents, les activités…), des liens inter-clubs limités, et, sur le plan diachronique, la relative stabilité de certains d’entre eux ainsi qu’une tendance à une plus grande concentration de clubs dans un nombre plus limité de communes. Ainsi, alors que les trente-trois clubs, foyers et maisons de jeunes recensés en 1969 sont implantés dans 32 communes du département – 20 d’entre eux n’ayant toutefois pas de local fixe –, les 41 actuels le sont dans 25 communes67. Les activités sont variables. Les clubs, foyers ou maisons de jeunes proposent des activités (dont des activités sportives68) plus ou moins nombreuses et diversifiées.
31Ce développement différentiel peut s’expliquer non seulement par l’histoire et la trajectoire de leurs membres, par l’orientation politique et l’histoire des municipalités, mais aussi par le maillage associatif et sportif de ces villes, la présence de clubs de gymnastique et l’absence ou l’émergence de clubs sportifs créant les conditions de développement ou non de ces centres. Par exemple, sur le Littoral se crée la République des sports à Calais, en 1964, pouvant constituer une structure concurrente à la maison de jeunes de Gravelines et contribuer à expliquer l’écart important que l’on peut constater en 1969 entre cette dernière et la maison de jeunes de Lomme, ouverte depuis quatre mois, comptant 330 adhérents dont 70 viennent régulièrement, avec un noyau de 40 jeunes. La maison de jeunes de Lomme est « très bien conçue », proposant comme activités physiques et sportives des danses folkloriques et ballets modernes, du ping-pong, ayant en projet la construction de canoë et l’aménagement du terrain de sport (à côté d’activités comme la photographie, le bricolage, les jeux d’échecs etc.), « maison de jeunes […] incontestablement très animée, très vivante », se caractérisant par de « bonnes relations et contacts entre les jeunes » qui prennent en partie en charge les ateliers et techniques. La maison de jeunes de Gravelines, ouverte depuis six mois, compte 130 inscrits. 80 la fréquentent régulièrement dont un noyau de 30 assidûment. Elle propose comme activités sportives et ludiques le ping-pong, les « jeux », a en projet notamment la pratique du judo. Les jeunes (scolaires techniques à 80 %, à côté de quelques jeunes travailleurs) y « semblent plus attirés par le côté utilisation de la maison de jeunes que par sa prise en charge. Le Conseil de maison ne s’impose pas faute d’animateurs et de leaders. La masse semble suivre irrégulièrement et passivement ». Seul point commun de taille cependant entre ces maisons de jeunes : leurs relations avec les municipalités, jugées « excellentes » (« directeur très libre de son travail », « subventions municipales importantes ») pour la première, « très bons » pour la seconde à laquelle la municipalité accorde « d’importants avantages en nature ». Il n’en est pas de même pour la maison de Jeunes d’Armentières et son directeur Christian Silvert qui sont alors « face à un problème énorme : en effet, la municipalité impose ses volontés dans la gestion de la maison de jeunes à tous les niveaux [...] D’autre part, les subventions sont réparties directement selon l’importance des « sections » existantes, d’où l’impossibilité d’une gestion globale et d’une prise en charge directe. Cette situation paternaliste contre laquelle le directeur s’insurge empêche toute conception pédagogique valable [...] le jeune en est réduit à un rôle de consommateur de loisirs. [...] (C. Silvert) se verra très rapidement réduit au rôle d’employé municipal, ce dont il a conscience »69.
32Les caractéristiques socio-démographiques de la commune influent par ailleurs évidemment sur la composition, le fonctionnement et les activités de ces clubs. Ainsi, la maison de jeunes de Cambrai, ville « bourgeoise » entourée de banlieues ouvrières, tranche par sa population socialement moyenne voire relativement élevée (la moitié est lycéenne, l’autre moitié est constituée de jeunes travailleurs, la moyenne d’âge étant assez basse, de 18 ans), par ses locaux (trois localisations dont l’une, le foyer de lycéens, en centre-ville), et la gamme de ses activités (plusieurs activités sportives dont le ping-pong, le judo, l’équitation, aux côtés de nombreuses autres activités comme les jeux, photo, radio-amateur, modélisme, section franco-allemande, musique, archéologie).
33L’expérience des clubs Léo Lagrange du Cateau, dirigés par Jacques Lefebvre, présente la particularité, pour sa part, d’avoir démarré à partir d’un club intercantonnal et d’amener ces foyers à se prendre en charge. Et J. Lefebvre « s’est attelé à une lourde tâche, démarrer des clubs à partir de rien : pas d’équipements, pas de subvention. Le « système D » doit pallier à tout. Il a sur ce point pris contact avec les « COOP » qui l’aident de leur mieux ». Le club implanté au Cateau propose comme activités sportives et ludiques le volley, le ping-pong, l’athlétisme, celui de Viesly ne dispose pas d’équipements et est d’abord un lieu de réunions pour les jeunes, celui de Saulzoir « fonctionne apparemment mais les activités sont contrôlées par les adultes », tandis que plusieurs clubs sont en projet (à Neuvilly et Bussigny)70.
34Enfin, les difficultés nombreuses que rencontrent les clubs Léo Lagrange de Lille, dirigés par Robert Verheuge sans doute explicables donc par la configuration politique et associative de cette ville sont largement soulignées : « Robert Verheuge est dans une situation difficile de travail : pas de club véritable, pas de matériel, pas de moyens financiers. Pourtant, il a réussi à implanter un noyau apparemment solide à Vauban en organisant des stages par voie de presse »71.
35À la fin des années soixante, dans un contexte marqué par des tensions avec le gouvernement72 et une crise de croissance pour la FLL (problèmes organisationnels inhérents au développement de l’organisation, insuffisance des comités départementaux, difficultés financières, problèmes soulevés par le développement d’un personnel permanent, diversité des clubs et manque de relations inter-clubs…), l’heure est, au plan externe, aux regroupements privilégiés avec d’autres associations dont « Culture et Liberté » et « Peuple et Culture »73, et au plan interne, à la régionalisation et la création de structures fédérales décentralisées. Les fédérations du Nord sont parmi les premières – aux côtés de celles des Bouches-du-Rhône et de l’Ile-de-France – à s’engager dans cette voie de la régionalisation74. La Fédération régionale Léo Lagrange Nord-Pas-de-Calais est ainsi créée lors de congrès constitutif à Hellemmes du 11 avril 1976. Forte de soixante-huit clubs (56 affiliées par les fédérations départementales et douze clubs nouveaux), de 5118 adhérents en 1977, 6655 en 1978, et de l’appui, toujours, des collectivités locales, la Fédération régionale du Nord-Pas-de-Calais marque dès ses débuts, le souci de permettre le développement particulièrement de trois secteurs : l’union de clubs, l’INSTEP et le tourisme (avec l’idée d’implanter des bureaux locaux de tourisme et de s’orienter vers un Institut régional de tourisme)75.
Une orientation sportive marquée par la dimension septentrionale
36Les thèmes mobilisateurs (dont la grève des mineurs en 196376) et les orientations de la FLL sont également marqués par la dimension septentrionale de la Fédération. Parmi ces orientations, l’on peut particulièrement citer le souci constant de développer le secteur sportif. Certes, les clubs moteurs en la matière sont situés dans le Sud et le Sud-Ouest (particulièrement dans le Tarn et à Perpignan et Narbonne) et le rôle de Robert Jésus-Prêt, président du Foyer Léo Lagrange de Perpignan qu’il avait fondé en 1948 (club dont les activités sont essentiellement sportives et multisports et qui montre l’attrait des sections sportives dans les foyers), responsable national de la branche sportive, chantre du développement des activités sportives au sein des foyers et clubs Léo Lagrange, est déterminante en la matière. Mais la place et le rôle des clubs et foyers septentrionaux, des responsables nordistes de la FLL et des comités départementaux du Nord et du Pas-de-Calais ne doivent pas être négligés. Comme le souligne Georges Fournet, dans le rapport précité de 1957 : « Nous nous devons de préciser qu’outre Perpignan, Narbonne, etc. les clubs du Nord ont trouvé de grandes satisfactions dans ces activités (sportives) »77. Après les clubs de Perpignan et de Narbonne, de Graulhet et de Marseille (son ski-club), ce sont ainsi ceux d’Onnaing et de Cambrai qui sont cités au palmarès des clubs sportifs « qui donnent à nos couleurs de nombreux succès » lors du 7e Congrès National des foyers Léo Lagrange de 196578.
37Les arguments apportés à l’appui du développement des activités sportives sont multiples : sanitaires – « il ne saurait y avoir de santé de l’esprit et de développement de la culture populaire sans une jeunesse physiquement saine et forte » –, tactiques et stratégiques – « le sport est aussi un excellent moyen de recrutement auprès des jeunes en même temps qu’il permet un contact permanent des clubs avec cette jeunesse »79 –.
38Lors du 4e Congrès de la FLL, qui se tient à Paris, les 1er et 2 novembre 1959, à la maison de l’UNESCO, des résolutions sont prises sur le sport qui prévoient : la mise en place, pour chaque foyer, d’une section sportive, la création de centres d’initiation sportive, avec le concours de la DDJS, l’organisation de challenges entre les équipes des différents foyers, si possible dès 1960, l’organisation en 1960 d’un cycle de vacances en Italie, permettant aux participants d’assister aux JO. À Douai, une section sportive prend le départ80. S’inscrivant dans une période marquée par le volontarisme ministériel d’un Maurice Herzog en matière sportive, volontarisme politique dont la FLL rend compte dans sa revue Jeunesse, Culture, Loisirs, les dirigeants de la FLL ne cessent à partir de 1959 d’insister sur le nécessaire développement de la branche sportive81.
39P. Mauroy peut souligner en 1963, dans le rapport présenté en AG ordinaire : « L’objectif est d’amorcer un mouvement afin que de nombreux Foyers comprennent l’attrait du sport et l’ajoutent à leur programme d’activités et que, dans le même temps, les clubs sportifs accentuent leurs efforts sur le plan de l’éducation populaire. [...] au stade où nous en sommes, il est clair que le 6e Congrès doit donner le départ à une expansion généralisée de notre secteur sportif »82. Ce développement va passer par des subventions fédérales de 500 à 1 000 francs versées à plusieurs clubs dont celui d’Onnaing pour le Nord, le souci d’instaurer des liaisons inter-clubs, de centraliser les résultats et de les exploiter dans un bulletin spécialisé et dans la revue, qui va laisser une place de plus en plus importante au sport, l’organisation d’un challenge national… En revanche, la volonté de bénéficier du concours d’un permanent pour ce secteur ne parvient pas alors à se concrétiser faute de moyens.
40Le développement de la branche sport se double de la réaffirmation de l’idéal d’un sport amateur pour tous et d’un sport diversifié (non limité au football). La FLL est de tous les débats concernant alors le sport, tels la professionnalisation83 et le « doping » ; « Guerre au doping », souligne ainsi Pierre Thibault, qui invite en 1964, dans Jeunesse, Culture et Loisirs, à un moment où le sujet du dopage est particulièrement débattu et à la veille du vote de la loi anti-doping de 1965, à « repenser l’ensemble du sport dans le monde moderne »84.
41La Fédération se mobilise également sur le front de l’EPS, demandant par exemple à l’issu de son 11e Congrès, tenu à Marseille en novembre 1974, « une meilleure organisation du sport à l’école par une multiplication des postes d’enseignants d’éducation physique et sportive », et sur celui, la même année, à l’heure des restrictions budgétaires, de « la prise en charge effective des budgets des associations et fédérations sportives au plan des subventions annuelles » et « des aides techniques matériels et équipements sportifs, les associations conservant leur entière indépendance »85.
42Le terme de ce développement sera la création par la FLL d’une Union sportive dont le projet se dessine dès le milieu des années soixante-dix, la question de savoir s’il faut « rechercher à devenir une Fédération omnisport et impulser dans ce sens » étant posée lors du 12e Congrès, tenu à Mérignac en novembre 197686. Cette évolution s’explique par l’histoire des relations de la FLL avec les fédérations sportives affinitaires et non affinitaires, par le souci ancien de développer le secteur sportif, par le développement de celui-ci inhérent à une politique volontariste de la FLL et au développement de la pratique sportive dans la société, par un débat ancien au sein de la FLL sur l’orientation en matière d’action sportive (acceptation de la compétition), par des facteurs plus exogènes également dont l’évolution du contexte politique et l’alternance politique de 1981.
43S’agissant de l’histoire des relations de la FLL avec les fédérations sportives, affinitaires ou non, depuis sa création, au début des années 1950, l’on peut rappeler qu’après une rupture avec la Fédération Sportive et Gymnique du Travail (FSGT) désormais dominée par les communistes, certains socialistes rejoignent l’Union Française des Œuvres laïques d’éducation physique (UFOLEP), d’autres fondent l’Union Sportive Travailliste (UST) avec laquelle la FLL conclut un accord prévoyant que « tout membre (des foyers Léo Lagrange) est automatiquement membre de l’UST et vice-versa »87. De fait, les équipes sont majoritairement affiliées à de grandes fédérations sportives, pour une grosse minorité à l’UST et à l’UFOLEP88.
44En 1958, le secteur sportif est le moins développé de la FLL. Les accords passés avec l’UST, alors dans une période de stagnation, ne sont pas jugés concluants à un moment où la FLL manifeste donc une volonté d’expansion et tente de développer sa branche sportive.
45Le terme logique de cette évolution est la création de l’Union nationale sportive Léo Lagrange (UNSLL), agréée en janvier 1982 en tant que fédération multisports par le ministère de la Jeunesse et des Sports, membre depuis 1984 du CNOSF au sein du collège des fédérations affinitaires et multisports. Regroupant 500 clubs pratiquant une centaine de sports, composante de la FLL, elle se revendique comme une fédération sportive d’éducation populaire.
46Le contexte politique est favorable à une telle création : arrivée au pouvoir d’une gauche et d’un parti socialiste qui avait inscrit la pratique sportive et l’éducation physique dans son programme, Jean Glavany, en charge du dossier au sein du parti, ayant travaillé en collaboration avec la FLL ; politique sportive conciliant promotion du « sport pour tous » et d’un sport d’élite menée par la ministre de la Jeunesse et des Sports du gouvernement Mauroy, Edwige Avice (à laquelle s’associe activement la FLL, qui participe au challenge national « sport pour tous », signe en 1983 une convention pour l’emploi de cinq athlètes de haut niveau avec Edwige Avice, dont elle rend par ailleurs compte élogieusement de la politique dans sa revue89) et que traduit la loi du 16 juillet 1984. Bernard Derosier, lors de la signature d’une convention pour l’emploi d’athlètes de haut niveau en 1983 avec la ministre de la Jeunesse et des Sports, pense « que notre fédération fera la démonstration qu’une association peut permettre à des sportifs de bénéficier d’un statut plus sûr, de s’entraîner pour la compétition, tout en servant d’exemple et en stimulant les autres » tandis que pour Edwige Avice, « il est stupide d’opposer sport de masse et sport de haut niveau. Au sein de Léo Lagrange, les cinq athlètes pourront, tout en poursuivant leur carrière, participer à des manifestations sportives de masse et réveiller des jeunes talents. La politique sportive a tout à gagner à ouvrir ce champ de possibilités »90.
47La création de l’UNSLL s’inscrit dans ce contexte et la volonté corrélative, exprimée lors du Congrès de Pau, « de prendre en compte différemment les activités sportives pratiquées au sein de la Fédération Léo Lagrange, ce qui devait déboucher sur une structuration différente », ce qu’ont entériné les clubs Léo Lagrange réunis en AG à Paris le 28 mai 1983, « l’essentiel » étant selon eux « d’amener les adhérents des clubs – qu’ils aient été attirés par les activités sportives ou non – à faire de la pratique sportive une composante durable de leur vie, qu’ils y trouvent la possibilité de s’exprimer. Une telle conception suppose un éventail important de propositions, afin que chacun y trouve celle qui lui convient. Elle implique que l’attention des responsables ne porte pas tant sur le type de pratique (compétitive ou non) que sur la manière dont elle est vécue. Ceci impose un mode de fonctionnement fédéral nouveau et des cadres compétents ». C’est pourquoi le débat se conclut sur la nécessité : « de mettre en place des structures nationales, régionales et départementales ; de développer la collaboration avec l’ensemble du mouvement sportif ; de considérer comme une priorité la formation de cadres spécialisés ; de multiplier les rencontres sportives régionales, nationales et internationales »91. Des unions régionales sont ainsi mises en place sur l’ensemble du territoire et regroupent en 1984 cent-cinquante clubs « spécifiquement sportifs », la restructuration entamée devant « permettre de mieux suivre les actions locales et surtout d’impulser les rencontres, à tous les niveaux, avec les grandes fédérations spécialisées »92. Acceptant la compétition, reposant sur un prosélytisme sportif et une diversification de l’offre sportive, se distinguant du loisir et des autres activités socioculturelles proposées par la FLL, l’UNSLL affirme sa dimension affinitaire et sa spécificité en tant que telle, que concrétiseraient sa participation à des évènements tels que la « semaine sport pour tous » qui « cherche à promouvoir une approche non restrictive de la pratique sportive » ou « faites du sport pendant vos vacances » en proposant aux adolescents ne partant pas en vacances pendant l’été l’infrastructure nécessaire à la pratique du sport, ou la création dans le cadre des régions de stages d’animateurs et de techniciens sportifs93.
48On peut donc parler de la dimension septentrionale de la Fédération Léo Lagrange au double sens géographique et culturel : poids du nord de la France dont sont issus une large partie des cadres et promoteurs du mouvement et où sont installés tôt de nombreux clubs Léo Lagrange et où existe une forte et ancienne culture sportive, nord de l’Europe et influence des social-démocraties nordiques dont s’inspirent les promoteurs de la FLL.
49L’étude de ce mouvement et de son implantation dans le Nord et le Pas-de-Calais peut contribuer à remettre en cause le stéréotype d’un Nord marqué par la seule image d’une industrie déchue et des handicaps sociaux94 tout en prenant en compte l’importance des spécificités politiques et sociales de ces régions qui permettent de comprendre l’émergence et les caractéristiques du mouvement d’éducation populaire Léo Lagrange.
50La promotion du sport par ce mouvement d’éducation populaire s’explique également en partie par cette dimension septentrionale, par le poids dans cette région d’une tradition sportive et d’une logique agonistique à laquelle obéissent pour la plupart les pratique ludiques « et ce sont des scènes de compétition qui définissent aussi la communauté régionale »95.
51L’histoire de la FLL s’inscrit enfin dans l’histoire des relations faites de complémentarité et de conflit entre le sport et de mouvements de jeunesse ayant contribué à la promotion de celui-ci (dans sa triple dimension : sport de masse, mais aussi sport d’élite et sport scolaire) et d’un esprit compétitif pouvant pourtant être a priori perçu comme difficilement conciliable avec les objectifs et fondements de l’éducation populaire.
Bibliographie
Sources et bibliographie
Archives
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Archives du club Léo Lagrange d’Armentières.
Archives et chiffres de l’ADRA, Association pour le développement du rugby à Armentières.
Archives municipales de la mairie d’Armentières.
Fonds Maurice Deixonne, OURS (Office universitaire de recherche socialiste), 1 APO 61-69 (Fédération Léo Lagrange, 1950-1984), APO 70 (Fédérations départementales Léo Lagrange, divers).
Bulletins, périodiques
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Sites internet
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Leolagrange.org : Site de la FLL
Leolagrange-sport.org : Site de l’UNSLL
Notes de bas de page
1 Formule de Madeleine Léo Lagrange - qui sera membre d’honneur de la FLL –, reprise notamment au Congrès de la Fédération de 1959. La formule est constamment reprise par les publications de la FLL, dont sa revue, Jeunesse, Culture, Loisirs.
2 Ou au cours de celle-ci. L’on peut citer en particulier le rassemblement en juillet 1940 des responsables de mouvements éducatifs de la jeunesse autour de Dunoyer de Segonzac pour fonder à Uriage une École nationale des cadres qui passe dans la Résistance fin 1942. L’on peut alors distinguer, comme le souligne Antoine Léon (Histoire de l’éducation populaire en France, Nathan, Paris, 1983, p. 181), entre deux tendances, une tendance « aristocratique » soucieuse de fonder un « ordre » propre à sauvegarder les valeurs mises en péril par Vichy et une tendance promouvant un idéal démocratique de lutte pour le partage du savoir.
3 Marianne Amar, Nés pour courir. Sports, pouvoirs et rébellions (1944-1958), Presses universitaires de Grenoble, Grenoble, 1987, p. 43.
4 La Direction Générale Jeunesse et Sports en 1946 se décompose en une sous direction technique en charge de l’organisation sportive, de l’enseignement sportif et de l’éducation physique, une sous direction administrative, en charge du personnel, de l’administration des écoles et des centres, des affaires générales, du budget et du matériel, et d’un secrétariat chapeautant les services études et informations, contrôle médical et équipement sportif, et dont relèvent les colonies de vacance et l’éducation populaire, cf. M. Amar, Nés pour courir…, op. cit., p. 46.
5 Ainsi les services extérieurs des deux directions générales fusionnent-ils le 20 décembre 1946, le sport et l’éducation populaire étant intégrés dans une administration unique dirigée par Gaston Roux, ce qui pourra être perçu comme le sacrifice du sport à la raison d’État. Le vaste et généreux programme de démocratie culturelle dans lequel s’inscrit la double promotion du sport et de l’éducation populaire s’enlise par ailleurs, comme le souligne Marianne Amar (Nés pour courir…, op. cit., p. 45) dans la troisième force.
6 Jean-Paul Callède, Les politiques sportives en France. Éléments de sociologie historique, Economica, Paris, 2000, p. 126.
7 Bulletin intérieur du Parti socialiste SFIO, n° 37, décembre 1948.
8 Eugène Raude, Gilbert Prouteau, Le Message de Léo Lagrange, La Compagnie du Livre, Paris, 1950, p. 127.
9 2955 adhérents officiels en 1950 selon Mathieu Bisson, Les JS en France de 1948 à 1968, p. 61, cité par Sophie Léron, La Fédération nationale des Clubs de loisirs Léo Lagrange : une organisation socialiste ?, 1950-1970, Jeunesse an 2000, avril 2000, p. 7.
10 Cf. Marc Sadoun, « Sociologie des militants et sociologie du parti. Le cas de la SFIO sous Guy Mollet », Revue française de science politique, vol. 38, n° 3, juin 1988, p. 348-369.
11 Pierre Mauroy, interview avec S. Léron, 27 mai 1999, cité in S. Léron, La Fédération…, op. cit., p. 4.
12 Jacques Kergoat, « Sur le mouvement de la Jeunesse socialiste », Recherches socialistes, 24, septembre 2003, p. 56 (article initialement publié dans le Monde, 22 avril 1987 et par la revue République).
13 Pierre Mauroy, Léo Lagrange, Denoël, Paris, 1996, p. 209.
14 Cf. Bénigno Cacérès, Histoire de l’éducation populaire, Seuil, Paris, 1964 ; Antoine Léon, Histoire de l’éducation populaire en France, F. Nathan, Paris, 1983.
15 Pierre Mauroy, Mémoires. « Vous mettrez du bleu au ciel », Plon, Paris, 2003, p. 48.
16 Pierre Mauroy, Mémoires…, p. 49.
17 Ceci particulièrement pour cette première génération des militants s’engageant dans les clubs Léo Lagrange. Sur ce rôle déterminant, surtout frappant pour les militants nés entre 1904 et 1929, cf. Geneviève Poujol, Madeline Romer (dir.), Dictionnaire biographique XIXe-XXe siècle. De l’éducation populaire à l’action culturelle, L’Harmattan, Paris, 1996, p. 4.
18 P. Mauroy, Héritiers…, op. cit., p. 98.
19 Article 1 des statuts du CEDEP. Sur les rapports que la FFL entretient avec le CEDEP, membre de la FGDS qui fédère dans chaque département les Clubs de la Démocratie socialiste ou Clubs d’études et de promotion, voir carton 1 APO 63 (OURS).
20 Préambule du document constitutif de la FGDS, OURS, 1 APO 63.
21 Pierre Mauroy, Héritiers de l’avenir, Stock, Paris, 1977, p. 90. Sur la position de P. Mauroy sur les faucons rouges, sa volonté d’endiguer les risques de débordement « gauchistes » dont il avait fait l’expérience au Congrès de Montrouge, son refus d’enrôler des enfants, voir aussi l’entretien avec S. Léron, du 27 mai 1999, in S. Léron, La Fédération nationale…, op. cit., p. 60 : « J’ai participé au Congrès de Montrouge en 1947 [...] En affichant mes convictions, j’ai été traité de blumiste, de réformiste. Je considérais qu’on ne pouvait pas reconstituer les Jeunesses socialistes sur l’ancien modèle des chemises bleues et cravates rouges, vociférant contre les blumistes. [...] À cette époque, ils (les responsables de la SFIO dont Guy Mollet) étaient surpris qu’on éprouve le besoin de créer une association d’Éducation populaire pour servir le socialisme. Ils restaient sur le schéma d’organisations socialistes comme les JS ou les Faucons rouges. Sur ce plan là, nous avions un désaccord que l’on peut qualifier de doctrinal. Pour nous, il n’était pas question d’enrôler des enfants. »
22 IVe Congrès National, Fédération nationale des clubs de loisirs Léo Lagrange, Marseille, 1er, 2 et 3 novembre 1957, Rapport général d’activités, p. 3, OURS, 1 APO 61. La citation fait référence aux difficultés à se faire reconnaître par la Ligue de l’Enseignement, « ligue solidement charpentée (qui) ne considère pas comme nécessaire de créer une nouvelle organisation de jeunesse et d’éducation populaire. Elle soutient, protège et conseille la Fédération nationale des Auberges de jeunesse (dont les membres sont maintenant intégrés au sein de la FUAJ), elle offre la même aide aux Éclaireurs de France, organisme de scoutisme laïc. » (ibid.)
23 Pierre Mauroy, secrétaire général de la FLL, « Les clubs de loisirs Léo Lagrange », Jeunesse, Culture et Loisirs, n° 1, avril 1958, p. 2.
24 Pierre Mauroy, secrétaire général de la FLL, « Fidélité », Jeunesse, Culture et Loisir, 2 juillet 1958, p. 4.
25 Ve Congrès national de la FLL, Pierre Mauroy, « Bilan de quatre années », in Jeunesse, Culture, Loisirs, n° 17, janv-févr. 1962, p. 16. Ces formules sont constamment reprises.
26 Pierre Mauroy, Héritiers…, op. cit., p. 91.
27 Pierre Mauroy, Héritiers…, op. cit., p. 93.
28 Lettre du secrétaire de section à la Fédération, 7/02/1954, citée par Laurent Olivier, « Un parti dans le parti : singularités de la Fédération du Nord », in Ménager, Bernard, Sirinelli, Jean-François, Vavasseur-Desperriers éd., Cent ans de socialisme septentrional, Septentrion, Villeneuve d’Ascq, 1993, p. 251.
29 Lettre de Dubois à Derique, président de la FFL pour le Nord, du 3 janvier 1958, citée par L. Olivier, (Un exemple de social-démocratie dans le socialisme français : la Fédération du Nord de la SFIO de 1944 à 1958, thèse de doctorat, Université de Lille 2, 1992, p. 197) auquel l’on renverra plus largement, sur cette question des relations entre la fédération socialiste du Nord et le comité départemental de la FLL.
30 L. Olivier, « Un parti dans le parti… », op. cit., p. 245.
31 L. Olivier, « Un parti dans le parti… », op. cit., p. 247.
32 Pour reprendre l’expression de Laurent Olivier, faisant référence, à propos de la SFIO dans le Nord, de « parti sociétal d’extraversion » (op. cit., p. 244).
33 Cf. L. Olivier, « Un parti dans le parti… », op. cit. ; plus largement, L. Olivier, Un exemple de social-démocratie…, op. cit. Pour la présentation de la fédération du Nord comme un modèle « belge », voir : F. Lafon, « Des principes du mollétisme », in Guy Mollet, un camarade en République, Lille, PUL, p. 59-93. Pour une analyse de la fédération du Nord comme un modèle « social-démocrate », voir M. Sadoun, « Sociologie des militants… », op. cit.
34 Entretien de Pierre Mauroy avec Laurent Olivier, in L. Olivier, Un exemple…, op. cit., p. 194.
35 L. Olivier, « Un parti dans le parti… », op. cit., p. 250.
36 Pierre Mauroy, Héritiers…, op. cit., p. 91.
37 P. Mauroy, Mémoires…, op. cit., p. 49.
38 Pierre Mauroy, Léo Lagrange, Denoël, Paris, 1996, p. 211.
39 Rapports du 56e Congrès national, Suresnes, 29-30 juin, 1er et 2 juillet 1967, Bulletin intérieur du Parti socialiste SFIO, n° 148, 1967, p. 202.
40 Cf. Pierre Mauroy, « Bilan de quatre années », Ve Congrès de la FLL, in Jeunesse, Culture, Loisirs, n° 17, janvier-février 1962, p. 15-16. Le budget passerait ainsi de 98850836 francs en 1958, à 143493861 en 1959, 140110936 en 1960 pour se chiffrer entre 150 et 160 millions de francs en 1961. 1964 est particulièrement présentée par P. Mauroy comme « une année de reconquête du budget », avec une croissance de 125 % par rapport à 1963 (Rapport général d’activités, 7e Congrès national des Foyers Léo Lagrange, 11-19 avril 1965, 1 APO 63). Pour les données comptables et budgétaires de la fédération, l’on se reportera également aux bilans annuels établis par le trésorier (in fonds M. Deixonne, 1 APO 61 à 69). P. Mauroy conclut sur la « volonté d’expansion » de la fédération, et sur un nouveau programme d’investissement pour 1962 et surtout 1963.
41 P. Mauroy, Héritiers…, op. cit., p. 93.
42 Rapport général d’activités, IVe Congrès national, Paris, 1er et 2 novembre 1959, p. 6, OURS, 1 APO 61.
43 Raymond Labouric, « Éducation populaire et animation socio-culturelle », Cahiers de l’animation, n° 30, 1980, p. 5 (article, p. 3-14), cité par Guy Saez, « Modernisation politique et culturelle, équipements et animation », in Geneviève Poujol (dir.), L’éducation populaire au tournant des années 60. État, mouvements, sciences sociales, documents de l’INJEP, mai 1993, n° 10, p. 19. Voir aussi, sur l’inachèvement du projet de la Libération, Joffre Dumazedier, « L’ambition de culture populaire : un projet inachevé », Cahiers de l’animation, n° 55, p. 109-130.
44 Cf. Émile Copferman, La génération des blousons noirs. Problèmes de la jeunesse française, La Découverte, Paris, 2003 (première édition : 1962).
45 Sur ces évolutions, cette concurrence, à propos plus spécifiquement de l’éducation physique et de leur « sportivisation », voir Jean-Luc Martin, La politique de l’éducation physique sous la Ve République, thèse, IEP Paris, 1998, publiée en deux volumes : La politique de l’éducation physique sous la Ve République : 1. L’élan gaullien, 1958-1969, PUF, Paris, 1999 ; 2 : La conquête de l’éducation nationale, P. Vuibert, 2002. Sur les changements structurels du système éducatif, voir Antoine Prost, Histoire de l’éducation en France depuis 1930 (tome 3 de la série « Histoire de l’éducation »), Paris, 2003.
46 Sur le sujet, voir : Philippe Urfalino, L’invention de la politique culturelle, Hachette, Paris, 2004 (rééd.), chapitre 1 (« La culture contre l’éducation »)
47 P. Mauroy, Mémoires…, op. cit., p. 49.
48 P. Mauroy, Héritiers…, op. cit., p. 97. Les rapports empirent avec Comiti. Voir Fonds Deixonne, OURS, 1 APO 64-65. François Missoffe, qui succède à Maurice Herzog au ministère de la Jeunesse et des Sports, ne partage pas la passion de son prédécesseur pour le sport tandis que son action en matière de politique de la jeunesse, en particulier la vaste consultation de la jeunesse sous forme d’un questionnaire, suscite des critiques dont celle de faire peu de cas des organisations et mouvements de jeunesse.
49 Cf. sur le sujet : Yves Gougeon, « Le sport aux portes de l’école », in Thierry Terret, Éducation physique, sport et loisir, AFRAPS, Paris, 2000, p. 185-202.
50 Ibid. Le thème du congrès national de 1963 est déjà de « construire des foyers et des maisons de jeunes [...] avec les municipalités ». Cf. Jeunesse, Culture, Loisirs, n° 22, avril 1963.
51 Cf. Supplément au Bulletin Intérieur SFIO, Élections cantonales juin 1961, L’action socialiste dans les conseils généraux, chapitre 6 : l’enseignement, la jeunesse et les sports (p. 51 sq.), « C’est en donnant à la Jeunesse des distractions saines que l’on fait une Jeunesse saine. Il importe donc que l’Assemblée départementale s’attache à favoriser le développement des activités post-scolaires et de plein air et apporte toute sa sollicitude à l’organisation de maisons de jeunes. En particulier, les Conseils Généraux devraient aider au maximum les Foyers Léo Lagrange dont la Fédération nationale est présidée par Maurice Deixonne et dont l’action stimulante en faveur de la Jeunesse doit être mise spécialement en relief. Une mention toute spéciale doit être faite des colonies et camps de vacances, car l’évolution du coût de la vie risque de faire réserver à des catégories sociales aisées le bénéfice d’une œuvre essentiellement conçue dans l’intérêt des masses laborieuses qui ne sauraient, par leurs propres moyens, envoyer leurs enfants à la mer ou à la montagne ». Dans le supplément au bulletin intérieur n° 151 de juillet 1967, l’on peut également lire à propos de « l’élu socialiste au Conseil général » : « un vœu à réaliser : le droit aux loisirs », et le département, pour les « loisirs temporaires de week-end ou de fin de journée » doit « faciliter la création des Foyers Léo Lagrange, de maisons de jeunes (municipales ou associées, de préférence, à la Fédération Léo Lagrange), de maisons de la culture, de centres internationaux, de subventionner avec les équipements sportifs collectifs et les sociétés sportives toutes les associations à but culturel [...] Il est indispensable d’accélérer la construction de ces maisons (de jeunes) et de multiplier les postes de directeurs permanents et semi-permanents. À cet égard, il est essentiel de souligner que dans le cadre du FONJEP, pour le financement des directeurs permanents pris en charge conjointement par l’État et les collectivités, la Fédération Léo Lagrange est habilitée à former et à fournir à celles-ci des directeurs permanents pour leurs maisons de jeunes et que des animateurs sont à la disposition des élus cantonaux et locaux pour les informer sur ces problèmes. » (p. 47-48). Dans le supplément au Bulletin intérieur n° 7 de 1970, sur l’élu socialiste au Conseil général, on souligne l’importance de préserver un « secteur témoin » i.e. non commercial, animé et dirigé en cogestion par l’État, la collectivité locale, le secteur associatif, « pour faire obstacle au mercantilisme » dans le domaine de la culture et des loisirs, et l’on souligne le caractère probant des « expériences menées par les associations – en particulier la Fédération Nationale Léo Lagrange – en liaison avec les élus » (p. 39-41).
52 Cf. P. Mauroy, Héritiers…, op. cit.
53 Sur le cas roubaisien et sur l’importance de « la force et à la densité des relations sociales (familiales, associatives, etc.) tissées au niveau de ses municipalités » pour la capacité mobilisatrice du socialisme, Cf. Rémi Lefebvre, « Le socialisme soluble dans l’institution municipale ? », Revue française de science politique, n° 54, avril 2004, n° 2, p. 237-260.
54 Frédéric Sawicki, Les réseaux du Parti socialiste, Belin, Paris, 1993, p. 94-95.
55 F. Sawicki, Les réseaux du Parti socialiste, op. cit., p. 115. Sur la configuration socio-économique et politique du Pas-de-Calais expliquant l’importance dans ce département du municipalisme, mais aussi « l’invention d’une sphère d’activités proprement partisanes » et sur la « collusion » qui s’est progressivement instaurée entre le parti socialiste et les enseignants dans le Pas-de-Calais et l’importance des réseaux laïques (aux côtés des réseaux force ouvrière et des réseaux municipaux) pour le parti socialiste dans ce département, voir : F. Sawicki, Les réseaux du Parti socialiste, op. cit., chapitre 2.
56 P. Mauroy, Héritiers…, op. cit., p. 94.
57 45 clubs et foyers sur 200 pour 1969, la région d’Ile-de-France en comptant 29, le Centre 7, le Limousin, 18, l’Auvergne 1, la Bourgogne 14, la Champagne 2, la Picardie 10, la Haute Normandie, 4, la Basse-Normandie 2, la Bretagne 7, les Pays de Loire 4, le Poitou-Charentes 6, l’Aquitaine 15, Midi Pyrennées 12, le Languedoc, 9, Provence Côte d’Azur 36, Rhône-Alpes 11, Franche-Comté 7, Alsace 2, Lorraine 4 (décompte à partir de l’Annuaire Maisons de Jeunes, Foyers, Clubs de la FLL, juin 1969 (OURS, 1 APO 64).
58 Jeunesse, Culture, Loisirs, n° 17, janv.-févr. 1962, p. 18-19.
59 Jeunesse, Culture, Loisirs, n° 18, juin-juillet 1962, p. 9.
60 Jeunesse, Culture, Loisirs, n° 18, juin-juillet 1962, p. 11.
61 Rapport du secrétariat général (P. Mauroy), présenté au nom du CA, 6e Congrès national, Issy-les-Moulineaux, AG ordinaire, Jeunesse, 13 avril 1963, p. 9, OURS, 1 APO 62.
62 L. Olivier, thèse précitée, p. 196.
63 L. Olivier, thèse précitée, p. 196.
64 Histoire du Nord-Pas-de-Calais de 1900 à nos jours, Privat, Paris, 1987, p. 406 sq.
65 Cf. Patricia Loncle, L’action publique malgré les jeunes : les politiques de jeunesse en France de 1870 à 2000, L’Harmattan, Paris, 2004, p. 151.
66 Comme le souligne Claude Léchelle, « Nul doute que la municipalité de Lille a eu un regard bienveillant sur la fédération naissante, mais il a été difficile d’implanter des clubs de base dans les murs de la cité. Peut-être qu’aussi certaines associations voyaient avec méfiance l’arrivée d’un mouvement sur leurs terres. Je l’ai personnellement vérifié à Denain ». Cf. Entretien Claude Léchelle, cofondateur de la Fédération régionale Léo Lagrange du Nord-Pas-de-Calais, avec P. Loncle, 20 mai 1997, in P. Loncle, L’action publique…, op. cit., p. 156.
67 Respectivement : Auberchicourt-Aniche, Annoeullin, Armentières, Cambrai, Cyzoing, Douai, Dunkerque, Escaupont, Gouzeaucourt, Gravelines, Hazebrouck, Hergniez, Le Cateau, Le Quesnoy, Lille, Lomme, Loos, Nave, Onnaing, Quievrechain, Roubaix, Ronchin, Sains-du-Nord, Sin-le-Noble, Somain, Saint-André, Sarts Poteries, Saulzoir, Tourcoing, Wasquehal, Wattignies, Wattreloos ; en 2004 : Armentières, Aubigny-au-Bac, Cambrai, Cuincy, Faches Thumesnil, Famars, Fretin, Hazebrouck, Hellemmes, Hergnies, Le Quesnoy, Lezennes, Lille, Maubeuge, Merville, Naves, Neuf Berquin, Neuville-sur-Escaut, Onnaing, Ronchin, Saint-André-les-Lille, Seclin, Somain, Wattrelos, Zegerscappel, Zuydcoote. Pour le Pas-de-Calais, en 1969 : Avion, Billy-Montigny, Boulogne-sur-Mer, Bully les Mines, Carvin, Chocques, Loison-sous-Lens, Lumbres, Meurchin, Saint-Omer, Wingles ; en 2004 : Achicourt, Bapaume, Béthune, Beuvry, Billy-Montigny, Boulogne-sur-Mer, Bruay-la-Buissière, Bully-les-Mines, Calais, Croisilles, Douvrin, Fouquières-lès-Lens, Lens, Liévin, Loison-sous-Lens, Loos-en-Gohelle, Lumbres, Mazingarbe, Montigny-en-Gohelle.
68 En mai 1972, lors du Congrès de Lille, 41 activités sportives et de plein air pratiquées dans les maisons et clubs Léo Lagrange sont recensées par la Commission nationale sportive et de plein air et Michel Alonso, délégué national aux sports : 14 « sports traditionnels » (athlétisme, basket-ball, cyclisme, escrime, football, gymnastique sportive, haltérophilie, handball, jeu à XIII, natation, rugby, tennis, tennis de table, volley ball), 6 sports de combat (aïkido, boxe, boxe française, judo, karaté, lutte), 4 « sports de neige et de glace » (ski alpin, ski nordique, hockey sur glace, patinage et divers (bobsleigh etc.), 8 pratiques de « plein air et nautisme » (alpinisme, aviron, canoë kayak, ski nautique, montagne, plongée et chasse sous-marine, spéléologie, voile), 6 sports mécaniques (automobile, aviation, karting, motocyclisme, parachutisme, vol à voile), 3 « divers » (culturisme, gymnastique volontaire et rythmique, yoga).
69 Compte rendu des deux semaines passées dans le Nord avec les directeurs permanents, 14 au 28 octobre 1968, OURS, 1 APO 64. Soulignons toutefois la longévité et le gonflement des effectifs de ce club, depuis 1965 (date de sa déclaration de constitution en préfecture), présidé par Gérard Haesebroeck, maire d’Armentières jusqu’en 1998, et doté à partir de 1970 d’un directeur permanent, Christian Silvert (assisté de 1981 à 1987 de Pascal Nortelette et à partir de 1999 de Christian Castell). Ainsi les effectifs des licenciés en athlétisme connaissent-ils une forte augmentation les dix premières années (passant de 30 en 1970 à 86 en 1975), forte augmentation qui concerne également d’autres disciplines dont le rugby (24 licenciés en 1968-69, 272 au 30-06-1996, 315 au 31-08-97, 340 au 31-08-98 ; deux éducateurs en 1972-73), 16 en 1997) (cf. archives du club Léo Lagrange d’Armentières ; archives et chiffres de l’ADRA, Association pour le développement du rugby à Armentières, archives municipales de la mairie d’Armentières).
70 Compte rendu des deux semaines passées dans le Nord avec les directeurs permanents, 14 au 28 octobre 1968, OURS, 1 APO 64. Sur le développement des politiques sportives dans le Nord Pas de Calais, voir : Pierre Tichit, Industrialisation et dynamique sociale de développement des activités physiques. Étude comparative de 4 communes du département du Nord : Anzin, Caudry, Denain, Saint-Amand les Eaux, 1901-1980, thèse STAPS, Paris Sud Orsay, 1997.
71 Compte rendu des deux semaines passées dans le Nord avec les directeurs permanents, 14 au 28 octobre 1968, OURS, 1 APO 64.
72 Sur ces relations plus difficiles que sous Herzog, voir le Fonds Deixonne, en particulier : Lettre de Maurice Cochier à M. Deixonne, 29 mai 1970, l’auteur précisant par exemple : « Je n’ignore nullement les difficultés rencontrées pour la gestion et la prospérité d’une ‘‘œuvre’’ dont l’action ne plaît pas à nos gouvernants ». (1 APO 66) Voir aussi la circulaire du 19 octobre 1970 appelant à une action commune au sein du CNAJEP pour un véritable Haut Comité de la Jeunesse et un « budget décent » pour 1971 (1 APO 66).
73 Cf. la signature d’un projet de manifeste commun par quatre associations (Culture et Liberté, Fédération Nationale des Foyers ruraux, Fédération nationale Léo Lagrange, Peuple et Culture) en 1970 (Fonds Deixonne, OURS, 1 APO 66). Il s’agit pour ces associations, tout en restant « pleinement libres et responsables de leur développement et de leur action, et dégagées de tout sentiment d’hégémonie ou de dépendance », de lutter « pour une société de justice, de liberté au service de tous les hommes et solidaire du tiers monde, c’est-à-dire une société socialiste au sens le plus élevé et le plus ouvert du terme » et de défendre le secteur socioculturel en 1970-1971, ce « combat pour le droit à la culture » nécessitant « une action commune sur les points suivants : mise en lumière des graves insuffisances de prévision du 6e Plan dans le domaine socioculturel, revendication d’une loi d’orientation de la formation permanente et de l’animation tenant compte du service d’intérêt public rempli par les associations culturelles volontaires et prévoyant le conventionnement des activités, et l’organisation de la profession d’animateur, extension et amélioration des diverses lois sur le congé-éducation [...] dialogue avec les collectivités locales pour dégager les voies d’une politique de conventionnement d’activités socio-éducatives au plan municipal, contribution à la réforme du système scolaire et universitaire sur les bases d’une révision radicale des rapports entre le travail, le loisir et l’éducation ».
74 Cf. le rapport d’orientation et d’action de Pierre Mauroy, de 1970, OURS, 1 APO 70 et 1 APO 66.
75 Fédération Régionale Léo Lagrange, Nord-Pas-de-Calais, Cahier du 2e Congrès Régional, Tourcoing, les 14 et 15 octobre 1978, OURS, 1 APO 70.
76 Rapport du secrétariat général (P. Mauroy), présenté au nom du CA, 6e Congrès national, Issy-les-Moulineaux, AG ordinaire, Jeunesse, 13 avril 1963, p. 13 (sur les prises de positions de la Fédération), OURS, 1 APO 62.
77 G. Fournet, Rapport général d’activités, op. cit., 6e page.
78 Rapport général d’activités, op. cit., p. 5, OURS, 1 APO 63.
79 Robert Jésus Prêt, « Sport et plein air », Jeunesse Informations (supplément au n° de septembre-novembre 1959 de Jeunesse, Culture, Loisirs), OURS, APO 61.
80 Jeunesse, culture, loisirs, n° 8, décembre 1959, 5, p. 19.
81 Cf. Ve Congrès national de la FLL, Pierre Mauroy, « Bilan de quatre années », in Jeunesse, Culture, Loisirs, n° 17, janv-févr. 1962, p. 16 : « Les branches Plein-air, Vacances et Culture doivent poursuivre leur extension mais un effort tout particulier doit être entrepris en faveur de nos activités sportives. De grands clubs réussissent déjà, avec leur concours, nous devons étendre le réseau. Cette tâche sera facilitée par la mise en place d’un service au Centre National ».
82 Pierre Mauroy, secrétaire général de la FFL, AG ordinaire Jeunesse, 14 avril 1963, Rapport du secrétariat général présenté au nom du CA, 6e Congrès National Issy-les-Moulineaux, p. 4.
83 Cf. par exemple l’article, « Pour ne plus être « esclaves », les footballeurs professionnels ont créé un syndicat », l’UNFP Jeunesse, Culture, Loisirs, n° 22, avril 1963, p. 14-15.
84 Pierre Thibault, « Guerre au doping », Jeunesse, Culture, Loisirs, n° 20, février 1964, p. 13.
85 Cahier du XIe Congrès de la FLL, Marseille, 9-10 novembre 1974, Fonds M. Deixonne, OURS, 1 APO 67.
86 Cf. Cahiers du 12e Congrès, Mérignac, 12-13 novembre 1976, p. 4, Fonds M. Deixonne, OURS, 1 APO 68.
87 lletin intérieur du Parti socialiste SFIO, 1952, avril, n° 60.
88 Respectivement 2/3 des activités sont pratiquées en liaison avec les diverses fédérations, et 1/3 en liaison avec l’UST et l’UFOLEP. Cf. Jeunesse, loisirs, culture, n° 12, 1960, décembre 1960, p. 9-12.
89 Cf« Edwige Avice et Roger Quillot, « De l’espace pour le sport », Temps libres, Jeunesse an 2000, 14 janvier 1983, n° 93, p. 1 ; compte-rendu du colloque « Sport = Santé ? », Temps libres, Jeunesse an 2000, 28 janvier 1983, n° 35, p. 2-3. Sur la participation au challenge national Sport pour tous qui se solde par un trophée remis au club de Fouquières-les-Lens, et onze clubs primés pour leur participation, cf. Temps libres, 25 février 1983, n° 98. Sur la promotion d’un sport d’élite et la signature de convention pour l’emploi d’athlètes de haut niveau : « Sport : l’avenir des « champions »», Temps libres, 11 février 1983, n° 97, où il est précisé qu’« il faut mettre un terme à la fausse distinction entre le sport de masse et le sport d’élite en favorisant l’insertion sociale et professionnelle des « champions »» ; Temps libres, 25 février 1983, n° 98 : « Le sport à l’honneur » (compte rendu de la signature par Edwige Avice et Bernard Derosier – Président de la FLL – d’une convention pour l’emploi de cinq athlètes de haut niveau).
90 Temps libres, 25 février 1983, n° 98.
91 Ibid.
92 Jean Gueffier (Président de l’UNSLL), « Le sport, instrument de développement », Temps libres, 13 avril 1984, p. 2. Deux challenges nationaux sont disputés en 1984.
93 Ibid.
94 Sur cette image, voir : Marie Cegarra, « Le Nord, ombres et lumières », Ethnologie française, 2003/3, juillet-septembre, p. 465-471 ; Sébastien Fleuriel (dir.), 100 Paris-Roubaix, Patrimoine d’un siècle, Villeneuve d’Ascq, 2002.
95 M. Cegarra, « Le Nord… », Ethnologie française, op. cit., p. 466.
Auteur
-
Corinne Delmas
Maître de conférences en sociologie à la Faculté des sciences du sport, membre du laboratoire Sport, Identité, Culture, université de Lille 2.
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