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    Plan détaillé Texte intégral Révolution et réseaux sociaux en ligne : les mots et les choses L’incapacité des TIC à favoriser l’accès au pouvoir d’une nouvelle classe politique Conclusion Notes de bas de page Auteur

    E-révolutions et révolutions

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Printemps arabes : révolutions virtuelles ?

    Jean-Jacques Lavenue

    p. 25-48

    Texte intégral Révolution et réseaux sociaux en ligne : les mots et les choses E-révolution en Tunisie et en Égypte Les discours sur la révolution technologique L’incapacité des TIC à favoriser l’accès au pouvoir d’une nouvelle classe politique Le triomphe des « révolutionnaires de la vingt-cinquième heure » Les internautes dans la nouvelle société Conclusion Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1L’analyse présentée ici repose sur deux observations. La première est que si, paradoxalement, ce que l’on a qualifié de révolution virtuelle, de révolution digitale, d’e-révolution, n’a pas correspondu au sens littéral des termes à l’irruption sur la scène politique d’une société nouvelle formatée dans son ensemble par l’univers des technologies informatiques, celles-ci ont néanmoins joué un rôle spécifique et important dans l’accélération des processus révolutionnaires. La seconde observation est que cette intervention peut être perçue comme le signe avant-coureur de l’évolution future d’une société dont la démocratisation sera liée au développement de l’usage des technologies de l’information électronique. La dynamique de cette mutation est lisible dans les statistiques de l’informatisation de ces pays1 et dans la structure de la pyramide des âges des populations concernées2.

    2Ce réveil des nations arabes auquel nous commençons seulement à assister et que l’on a, de ce côté-ci de la Méditerranée, appelé « Printemps arabes » quand les intéressés parlaient plutôt de « Dignité retrouvée », peut être qualifié de « révolutions virtuelles » à plusieurs titres. Par le rôle qui y ont tenu les TIC, sans doute. Mais virtuelles aussi parce qu’elles n’ont pas été ce que de nombreux observateurs ont cru, trop vite, pouvoir annoncer. Et virtuelles enfin, parce qu’elles préfigurent une mutation bien plus importante, qui n’a pas encore eu lieu, mais qui inexorablement se produira.

    3À Tunis le 14 janvier 2011, au Caire le 25 du même mois et en février 2011, est apparue l’ébauche d’un phénomène de l’ordre de ce qu’Emmanuel Kant en son temps qualifiait d’Aufklärung3, l’aurore d’un monde nouveau, à ceci près qu’il se coloriera en l’espèce du génie propre des populations concernées.

    4Tenter de comprendre l’originalité de ce phénomène supposera que nous nous distanciions de nos propres a priori, présupposés méthodologiques, voire purs fantasmes que nous révèle la lecture de commentateurs n’ayant, parfois, pas assez douté de leur expertise.

    5Lorsque l’on se penche, deux ans après la chute du président Zine El Abidine Ben Ali, sur ce que les médias occidentaux ont appelé à l’époque, « Révolution Facebook », « Twitter Revolution », voire « Révolution Web 2.0 »4, comment ne pas s’interroger sur la signification que des commentateurs trop pressés ont voulu leur donner, sur les développements euphoriques de colloques célébrant trop vite des épiphanies démocratiques, et sur ce qui, aujourd’hui, mesure le décalage entre la réalité et les discours des analystes ou des observateurs « bien informés » ?

    6Le recul que nous commençons à peine à avoir sur ces événements nous permet au moins de comprendre que les choses sont plus complexes que d’aucuns ont pu le croire.

    7À deux ans de distance, nous nous rendons compte que le temps a eu raison de bien des prétentions, mais aussi des espoirs et naïvetés qui s’étaient manifestés chez certains participants aux événements que nous évoquons. Il est ainsi relativement vite apparu que si la « génération digitale » s’était révélée et avait joué un rôle non négligeable dans le processus de déclenchement des manifestations ayant entraîné en Tunisie le départ du président Ben Ali, en Égypte celui du président Moubarak, celle-ci n’était pas aussi homogène qu’elle le croyait. Et que sa réalité ne lui permettait pas pour autant d’être identifiée comme telle sur la scène politique. Les acteurs des manifestations de janvier 2011 ne sont pas apparus dans les structures qui organisaient la transition ni dans celles des nouveaux pouvoirs5. S’il y a eu un « Parti Pirate »6 en Tunisie et un « Parti pirate tunisien »7, il n’y a pas eu de « Parti Facebook » à Tunis ou au Caire. L’e-génération tunisienne, par exemple, s’est-elle alors fondue dans ces 91, puis 145 partis que l’on a vus apparaître à la suite de la chute du dictateur comme la végétation après la pluie ? N’était-ce pas simplement qu’elle n’était pas en résonance avec les problèmes profonds de sa propre société ?… La résilience des réalités politiques des sociétés tunisienne, égyptienne, a-t-elle eu raison de la cyber-résistance d’une e-génération dont l’histoire n’aurait fait, une fois de plus que des « idiots utiles »8 ?

    8On réalisa également de manière progressive que l’usage des TIC n’était pas l’apanage de la contestation à Zine El Abidine Ben Ali9 ou à Hosni Moubarak et qu’elles pouvaient être aussi bien au service de la répression et des courants politiques traditionnels10 – ce que l’on mesura par la suite.

    9Si l’on se place du point de vue de Sirius et que l’on tente d’observer ce qui peut être le dénominateur commun de ce qui a fait qu’à un moment donné l’inconcevable se soit produit : la chute du géant aux pieds d’argile, il apparaît que celle-ci, en Tunisie puis en Égypte, a été la conséquence d’une colère du peuple contre une « kleptocratie ». Cette révolte a été alimentée par un sentiment d’injustice, d’arbitraire, de corruption, de prévarication, de chômage, de misère et de manque de liberté imputables à des régimes subis depuis des décennies.

    10Même si, de façon incontestable, les réseaux sociaux en ligne ont joué un rôle crucial, en amont, dans la diffusion de l’information, notamment après l’immolation par le feu, le 17 décembre 2010, de Mohamed Bouazizi11, ou la mort à Alexandrie de Khaled Saïd le 6 juin 2010 ; en aval, en facilitant les mobilisations, leur intervention n’a eu de véritable importance qu’à l’acmé d’une crise dont les racines plongeaient dans une histoire politique, économique, sociale et démographique plus lointaine. On pourrait en relever des étapes pour la Tunisie dans les émeutes du pain en 198312, ou dans la longue lutte au cœur du bassin minier de Gafsa et à Redeyef depuis 200813, dont l’e-génération (minoritaire par les conditions économiques, sociales, technologiques qui lui sont propres) était d’une certaine manière éloignée. Pour l’Égypte, le point de départ selon les auteurs sera fixé à 1967, 1970 ou au mouvement Kifaya de 2004. Toutes choses indiquant que ce qui menait au « ça suffit » ou au « dégage » venait de plus loin que le dernier tweet ou le dernier message sur Facebook.

    11Ce hiatus entre deux réalités explique peut-être en partie que l’e-révolution a participé au déclenchement d’un cataclysme dont la force a été d’autant plus importante qu’elle a été la résultante de frustrations profondes retenues durant des années. Il explique sans doute aussi que cette e-génération, comme potentielle force politique, ait été dispersée par le retour à travers lui de réalités socio-économiques concrètes qui la dépassaient.

    Révolution et réseaux sociaux en ligne : les mots et les choses

    12Les réseaux sociaux en ligne ont joué un rôle réel dans les mobilisations des peuples et l’exportation des mouvements de révolte de janvier 2011. On peut mesurer ce rôle à l’action de certains cyberactivistes que ceux-ci ont évoquée dans leur propre discours. Ils ont donné lieu aussi au commentaire d’observateurs. Les uns et les autres impliquent une part de subjectivité qui pourra les rendre plus ou moins sujets à caution. Il importera donc d’appeler à la plus grande prudence. Nous évoquerons à tour de rôle ces deux aspects de la description d’un phénomène politique dont a été, très tôt, fortement soulignée la dimension technologique.

    E-révolution en Tunisie et en Égypte

    13Les réseaux sociaux n’ont pas attendu les événements de Tunisie pour révéler leur aptitude à influencer les évolutions politiques. Qu’il s’agisse de la réaction populaire à l’échec de la procédure d’impeachment du président des Philippines Joseph Estrada, en janvier 2001 à Manille14 ; du mouvement Kifaya en Égypte en 200415 ; de la « révolution verte » d’Iran en 200916 ; ou des émeutes du Xinjiang en 200917, Facebook, Twitter, YouTube, Dailymotion, SMS, blogs, forums de discussion, smartphones ont été très tôt utilisés pour fixer les lieux de rassemblements (flash mob), pour contourner la police et prévenir les acteurs de la contestation.

    14En ce qui concerne la Tunisie, l’éventail des différents moyens d’action technologiques et leurs interactions médiatiques a été évoqué dès janvier 2011 par François-Bernard Huygue18. L’état d’esprit des acteurs sur les réseaux apparaît, par exemple, dans le blog de Lina Ben Mhenni A Tunisian Girl19 et les vidéos sur Facebook de Yassine Ayari20.

    15Nous n’entrerons pas ici dans une typologie des actions et des acteurs21. Les différents intervenants ne manqueront pas de les évoquer. Simplement, nous attirerons l’attention sur une précision donnée par François-Bernard Huygue qui a le mérite à la fois de permettre de pondérer les observations qui ont pu être faites et de remettre à sa véritable place, aussi importante soit-elle, la séquence spécifique que nous observons dans le phénomène général du réveil arabe.

    « Chacun, écrit-il, comprend bien que le renversement par des foules arabes d’un régime haï sinon de façon spontanée, du moins sans obéir à un parti prédominant et bien organisé, est un événement immense. Et qu’il ne se serait pas produit aussi facilement si les opposants en avaient été réduits aux tracts tirés dans des caves et aux appels de cabines téléphoniques (à cause de la police qui écoute les conversations). Cela dit, nous savons que pour faire une révolution, il faut des foules qui affrontent la police, des vrais morts […] et surtout un pouvoir usé, maladroit, ne sachant ni réprimer assez férocement, ni reculer assez habilement, et pour qui personne n’a vraiment envie de se battre. Par ailleurs, il ne faut pas faire l’impasse sur les facteurs fondamentaux comme l’attitude qu’a adoptée l’armée, très vite rangée du côté des révoltés et luttant actuellement contre les restes des milices de ben Ali ».

    16Une observation du même type, en particulier sur le rôle de l’armée, aurait pu être faite en 2011 à propos de l’Égypte, dont l’ouvrage de Wael Ghonim Révolution 2.022 nous expose dans le détail une dimension informatique du processus contestataire et présente, en termes statistiques, l’évolution des connexions aux différents sites utilisés par les manifestants et protestataires. Pourra être aussi évoquée la référence à la « Facebook Girl » égyptienne, Israa Abdel Fattah23, permettant de souligner une sorte de parallélisme entre les deux phénomènes de réveil révolutionnaire, malgré les différences par ailleurs profondes existant entre les deux pays et les processus de soulèvement24.

    17La véritable révélation apportée par l’utilisation des réseaux sociaux dans l’embrasement des populations a sans doute été, pour les observateurs extérieurs, la prise de conscience de l’ampleur du développement et de l’usage des TIC par la jeunesse au Maghreb-Machrek25, mais aussi, de façon simultanée, que celle-ci n’était pas homogène. À la communauté de ces usagers rassemblés sur les places ne correspondait pas, hors la volonté du départ des accapareurs du pouvoir, une communauté fondée sur une vision commune du monde à construire. La modernité des moyens utilisés pour la mise en œuvre de la contestation ne correspondait de toute façon en rien à une modernité attendue par certains acteurs et de nombreux observateurs. La révolution virtuelle a, dans l’esprit de certains, été très près d’une révolution fantasmée.

    18Paradoxalement, la prise de conscience, par certains acteurs et observateurs extérieurs26, de l’irruption technologique, a ainsi suscité de faux espoirs liés à une appréciation inexacte de la relation entre usage des TIC et ancrage sociologique profond de la société tunisienne et de la société égyptienne – les deux par ailleurs ayant leurs propres spécificités. Cette résurgence de la thèse récurrente d’une forme de déterminisme technologique menant inéluctablement aux lendemains démocratiques qui chantent, est un classique des études sur l’influence des modes de communication sur l’évolution des sociétés27.

    19Mais les temps des deux évolutions, pour être parallèles, ne sont pas les mêmes et ne s’écoulent pas au même rythme. On pourra se référer en l’espèce au rôle de la radio, de la télévision, du fax, du transistor ou des cassettes audio dans l’histoire – tous qualifiés à un moment ou un autre de libérateurs28. On observera que les cassettes, par exemple, auront évidemment joué un rôle plus important dans la diffusion des musiques populaires, avant de servir à la diffusion des prêches de l’ayatollah Khomeiny et, ce faisant, de favoriser la révolution iranienne29.

    20Les phénomènes que l’on a pu observer sous l’angle du recours aux technologies de l’information et de la communication ont permis également de mesurer le rôle d’individualités nombreuses pour la mobilisation d’une génération qui, pour avoir accès aux réseaux, est loin d’être uniforme. Si l’on s’est interrogé sur la réalité et la qualité des dénominateurs communs existants entre blogueurs30 et facebookeurs des beaux quartiers ou de l’étranger31, entre ceux-ci et utilisateurs des cybercafés32, on a pu constater qu’à un moment précis ce lien a existé avant de se dissoudre, mais pour combien de temps ? Dans des pays où les moins de 25 ans représentent plus de 40 % de la population, combien faudra-t-il de lustres pour que cette classe d’âge revendique le pouvoir qu’ont récupéré des caciques appartenant, pour la plupart, à une génération déjà au pouvoir avant leur naissance ?

    21Il apparaît alors que le recours aux réseaux sociaux sur la Toile par les acteurs de la première heure en Tunisie comme en Égypte, a été, sans doute, un instrument d’accélération et d’amplification des phénomènes d’imitation par les individus des comportements des membres d’une même génération dont les traits communs en font, au-delà de leurs différences économiques, une véritable classe sociale. Pour autant, peut-on parler à propos de celle-ci de véritable culture et de conscience politique communes ? Probablement pas. Peut-être faudra-t-il attendre que les déceptions de leur première expérience politique, et une seconde révolution, les mettent en mesure d’assumer à leur tour le pouvoir.

    22Les observations faites à l’occasion des manifestations de Tunis et du Caire semblent révéler deux choses chez la plupart des utilisateurs des réseaux sociaux : une absence de culture politique enveloppée dans des affirmations d’apolitisme chez les uns ; et pour d’autres, un apprentissage politique et militant réel qui un an après ces événements en restait encore à un stade préinstitutionnel. Ces réalités ont probablement expliqué leur relative absence de participation aux activités de la période de transition et le fait qu’ils aient été aussi aisément subvertis par les partis traditionnels et leurs problématiques. L’exemple, en Tunisie, de Slim Amamou, éphémère secrétaire d’État à la Jeunesse et aux Sports, est d’une certaine manière symbolique de cette réalité.

    Les discours sur la révolution technologique

    23Comment ne pas être dubitatif à la relecture, à deux ans de distance, des commentaires de certains des publicistes ou philosophes qui font profession d’éclairer les foules sur les événements dont les médias nous apportaient l’écume ? Comment ne pas être étonné de cette sorte de subversion du fantasme et de l’inconscient d’individus dont on peut se demander s’ils voyaient les mêmes choses ? Citons-en deux exemples qui, pour n’être pas des moindres, n’en sont pas moins, dans des registres un peu différents, des plus surprenants : Jean Daniel et Alain Badiou.

    24Pour Jean Daniel,

    « Chaque jour, chaque heure, réveillait en moi des souvenirs d’une autre révolution, soit de Mai 68, soit de la “révolution des œillets” au Portugal en 1974 ou bien des souvenirs des émeutes d’étudiants dans l’Algérie de 1988. Ces journées intenses ont été pour moi stimulantes et rajeunissantes ».

    25Écrite dans un article dont le titre était « Que nous apprennent les révolutions arabes ? »33, cette observation pathétique, ou dérisoire, est révélatrice, non seulement du fait que le célèbre journaliste n’avait rien appris, mais que, sous prétexte de rajeunissement, il ne trouvait dans l’événement que l’occasion de ramener à sa propre espérance l’appréhension des faits : « Il m’a semblé assister à quelque chose de profondément original : la dissolution de l’arabo-islamisme dans une promotion de l’individu », croyait-il bon de préciser.

    26Il est vrai qu’à la même époque Olivier Roy, déclarait de son côté « Comme solution politique, l’islamisme est fini. […] Le slogan majeur de l’islam politique, “l’islam a réponse à tout, il constitue un système global de gouvernance”, personne n’y croit »34. On pourra regretter que les salafistes n’aient pas lu alors L’échec de l’islam politique du même auteur, paru en 199235.

    27Le 31 octobre, Jean Daniel, accordant en quelque sorte sa lyre, écrira : « […] La fidélité à l’islam est au contraire renforcée, soulignée et célébrée. Le lyrisme des théoriciens franco-tunisiens l’a trop vite emporté sur le sentiment profond des populations.36 » Une information puis une contre-information font deux informations. Le 23 octobre 2011, les islamistes avaient emporté les élections à l’Assemblée constituante et appelaient à l’application de la charia. Étaient réapparus entre-temps les salafistes37, ou ceux qui se qualifiaient comme tels38, à l’occasion de différentes manifestations politiques, universitaires ou culturelles39. Le 25 juillet 2012, Nicolas Clinchamp titrait un article « La Tunisie est aujourd’hui islamiste »40. Jean Daniel était plus que jamais le chroniqueur convoquant au commentaire de ces événements le fondateur du Néo Destour, Mendès France, Camus, Foucault et Aron41. Sympathique et admirable, sans doute, mais si loin de la réalité.

    28Et que dire alors d’Alain Badiou écrivant : « Gloire aux peuples tunisiens et égyptiens qui nous rappellent au vrai et unique devoir politique : face à L’État, la fidélité organisée au communisme de mouvement »42 ! Peut-on imaginer la réaction d’un Tunisien lisant ce type de commentaire, avenue Bourguiba ou celle d’un Égyptien sur la place Tahrir ?

    29Le caractère inapproprié de ces exemples de discours, qu’ils soient « égo- », « hexagono- » ou « eurocentrés » appliqués à l’analyse générale de l’événement, se retrouve également, à un autre niveau, dans les discours « cybercentrés » tenus sur la place prise par la technologie dans le déroulement des faits ayant entraîné la chute de Ben Ali et d’Hosni Moubarak. Des titres d’articles tels que « Ils ont fait l’e-révolution43 », « Tunisie, la cyber révolte44 », « C’est la lutte virtuelle, tweetons tous et…45 » trouvent des démentis dans les faits eux-mêmes.

    30Le caractère inapproprié de ces propos incite à rappeler que, comme le rapporte David M. Faris46 :

    « Lina Ben Mhenni affirme clairement que Facebook et Twitter sont devenus très importants une fois la révolution lancée : “Dans le cadre de la révolution, le rôle des blogs, des réseaux sociaux et des cyber-activistes était d’informer les gens de ce qui se passait et de les mobiliser. Beaucoup de manifestations ont été organisées sur Facebook et Twitter” » [souligné par nous].

    31En Égypte où, dès l’origine, le processus révolutionnaire a pu s’appuyer sur une blogosphère qui avait déjà acquis une crédibilité historique47, il apparaît qu’à partir de la manifestation du 25 janvier, Facebook et Twitter n’ont joué qu’un rôle marginal. Ainsi que l’observe Mona Seif48, interviewée par le journaliste Rémy Ourdan :

    « Ce ne fut pas une révolution 2.0, ce fut une révolution de rue. Les gens seraient de toute façon restés place Tahrir jusqu’à la chute de Moubarak. La révolution égyptienne, ce furent aussi des discours enflammés, des prières, des combats, du sang versé. Il est possible de déclencher une révolution en quelques clics, mais ensuite c’est le peuple qui fait la révolution49 ».

    32Paradoxalement, ainsi que l’ont noté certains analystes, ce sera même l’absence des réseaux après leur coupure effectuée par le gouvernement qui fera descendre les gens dans la rue ou sur les places pour « aller aux nouvelles »50. En Égypte, les compagnies de téléphonie arrêtèrent leur réseau dès la journée du 24 janvier à la demande de la police. Le réseau Twitter fut interrompu le 26 au soir, et vers 22 heures c’est le réseau Internet tout entier qui fut coupé dans tout le pays51.

    33Force est ainsi de constater que les observateurs se sont souvent trompés, faute d’avoir réellement observé ce qui se passait et d’avoir, par facilité peut-être, privilégié sur le terrain des sources trop proches de leur propre modernité technologique : interviews en français de blogueurs francophones ou résidant en Europe, à destination d’un public occidental familiarisé aux TIC, facebookeurs, hackers ou lecteurs de Gene Sharp52. Les interventions qui suivront nous permettront peut-être d’aller plus au cœur des réalités en cause qui en conditionnent le devenir.

    L’incapacité des TIC à favoriser l’accès au pouvoir d’une nouvelle classe politique

    34Si les réseaux sociaux en ligne ont joué un rôle certain dans la mobilisation des peuples et l’exportation de la révolution, ceux-ci n’ont pas encore été capables de favoriser l’accès au pouvoir d’une nouvelle génération de politiques, ou de nouvelles manières de faire de la politique.

    Le triomphe des « révolutionnaires de la vingt-cinquième heure »

    35À observer la mise en place des institutions provisoires, les résultats des différentes élections qui ont suivi la chute des présidents Ben Ali53 et Moubarak54, et ce que l’on peut considérer comme la prise du pouvoir par les partis religieux, on peut être tenté de voir une vérification, au profit des Frères musulmans et d’Ennahdha, de l’adage de Lao Tseu : « Assieds-toi au bord de la rivière et tu verras bientôt le cadavre de ton ennemi passer ».

    36Ni Ennahdha, ni les Frères musulmans qui seront les bénéficiaires de la chute des deux leaders n’étaient, en effet, véritablement présents dans les rassemblements devant le ministère de l’Intérieur le 24 janvier 2011 à Tunis ou sur la place Tahrir au Caire. Si le fruit mûr est tombé dans leurs mains, ce ne sont pas eux qui ont secoué la branche, ou si peu55. D’aucuns rappelleront même l’ambiguïté de la position des Frères musulmans en Égypte56 avant la chute du Raïs. Ambiguïtés dont la réalité sera encore révélée le 23 novembre 201257, et qui expliqueront le retour sur la place Tahrir des révoltés de janvier 201158.

    37Par ailleurs, le maintien global dans le champ politique des anciennes classes politiques, leur prétention à reprendre une place significative dans les nouvelles institutions59, l’absence aveuglante des partis modernistes et de l’e-génération, au-delà de l’amertume compréhensible des acteurs qui se sont sentis floués, peut laisser croire que la liberté qu’ils pensaient avoir conquise n’était que la liberté des poules et des renards dans le poulailler. Mais le fait que de vieux renards se soient joués de ceux qui réalisent, aujourd’hui, n’avoir tenu qu’un rôle d’« idiot utile », était-il aussi imprévisible ?

    38Les soulèvements populaires de janvier 2011 ont été manifestement des révolutions sans chef, sans partis, sans organisations dominantes, sans dirigeants reconnus. Le renversement du leader tunisien et du raïs égyptien fut aussi très largement la conséquence d’une inertie raisonnée de deux corps militaires dont il est clair, en outre, qu’ils étaient très différents et que l’un était nettement moins républicain que l’autre.

    39Ces caractéristiques expliquent dans une large mesure les résultats obtenus aux élections qui suivirent, et la recomposition de l’appareil politique dont furent singulièrement absents les protagonistes de l’avenue Bourguiba et de la place Tahrir. L’absence d’organisation, de leader, de ce que l’on peut présenter comme des intifadas60 populaires, face aux appareils implantés de longue date d’Ennahdha et des Frères musulmans, expliquera aussi, par exemple, que les jeunes qui étaient en première ligne le 14 janvier à Tunis, apparaissent avec les populations des régions de l’intérieur comme les oubliés de la révolution.

    40Pour ce qui est de l’Égypte, le processus a été quasiment le même. Ainsi que le déclarait Salman Rushdie, dans une interview au journal Libération61 :

    « En Égypte particulièrement, les Frères musulmans et les salafistes étaient plus organisés que la gauche. Comme c’est souvent le cas avec les forces progressistes, elles consacrent la plupart de leur énergie à se battre entre elles. […] Ces jeunes qui étaient place Tahrir, il n’y a aucun doute que leur révolution a été détournée – comme cela a été le cas avec Khomeiny et la révolution iranienne. […] Tous ces désirs que les gens ont exprimés l’année dernière n’ont rien à voir avec la religion ; les désirs de liberté et de prospérité sont toujours là ».

    41Il n’empêche : les partis religieux ont remporté, si l’on peut dire, les mises électorales et institutionnelles.

    42Qu’il s’agisse de la Tunisie ou de l’Égypte, les explications du phénomène se situent à deux niveaux de l’observation socio-économique. Pour ce qui est de la compréhension de la réussite électorale des partis religieux, des éléments d’explication nous sont fournis par Tahar Ben Jelloun lorsqu’il écrit :

    « Pourquoi les révoltes arabes ont plus profité à l’islamisme qu’à la démocratie, d’autant plus que les militants religieux n’ont ni initié ni participé à ces révoltes populaires ? […] Les peuples tunisien et égyptien […] se sentent bien dans l’exercice de cette religion et en sont fiers. Cela vient du fait que les dictatures qui les ont dominés durant des décennies ont été perçues comme des émanations de la politique occidentale. L’Occident dans son ensemble – Europe et Amérique du Nord – est considéré comme complice de ces dictateurs, mais aussi comme le pourvoyeur d’une culture laïque en opposition aux traditions ancestrales d’une société où l’islam a toujours été vécu comme une morale et la source d’une grande civilisation62 ».

    43Cette morale et cette civilisation seraient menacées au nom d’une culture importée par tous ceux qualifiés de modernistes, laïcs, adeptes d’une tolérance et d’une démocratie suspectes d’impiété et d’immoralité. L’histoire récente et la sollicitude des grandes démocraties à l’égard de ces « remparts » contre l’islamisme qu’étaient Ben Ali et Moubarak étant là pour servir de repoussoirs. Georges Corm, ancien ministre des Finances de la République libanaise, souligne cette dimension lorsqu’il écrit dans un article du Monde de février 2011 :

    « Face aux fortunes considérables qui se sont constituées ces dernières décennies, le slogan “l’islam est la solution” a visé entre autres à rappeler les valeurs d’éthique économique et sociale que comporte cette religion63 ».

    44D’autres causes profondes de la « mauvaise surprise » éprouvée par ceux que globalement, et en partie de manière abusive, certains ont rassemblés derrière la bannière des tenants d’une certaine forme de modernité64, nous sont fournies par ce même article de Georges Corm dont la date de publication, le 12 février 201165, souligne le caractère prophétique. Ainsi que l’écrit l’ancien ministre des Finances de la République libanaise :

    « Il faut bien identifier l’alchimie qui en a fait jusqu’ici le succès : de fortes revendications d’équité sociale et économique, couplées à l’aspiration à la liberté politique et à l’alternance dans l’exercice du pouvoir. Soutenir uniquement la revendication politique que portent les classes moyennes et oublier celle de justice et d’équité socio-économique que portent les classes les plus défavorisées conduira à de graves désillusions. Or, le système qui a mené au désespoir social est bien celui de “kleptocraties” liant les pouvoirs locaux aux oligarchies d’affaires qu’ils engendrent et à de grandes firmes européennes ou à de puissants groupes financiers arabes, originaires des pays exportateurs de pétrole. C’est ce système qui a aussi nourri la montée des courants islamistes contestataires. […] C’est pourquoi, si la question de l’équité et de la justice économique n’est pas traitée avec courage, on peut penser que les avancées démocratiques resteront plus que fragiles, à supposer qu’elles ne soient pas habilement ou violemment récupérées ».

    Les internautes dans la nouvelle société

    45Dans un article paru dans Le Monde le 14 novembre 2012, des étudiants tunisiens66 expriment le ressenti d’une génération, un an après l’élection de l’Assemblée constituante, en écrivant :

    « La situation économique et sociale de la Tunisie empire, et les gens attendent un changement qui n’a toujours pas eu lieu. Pis, les jeunes ne se retrouvent pas dans le paysage politique. […] la classe politique tunisienne est en train de reprendre sa forme d’avant les élections de 1989 ; les islamistes d’Ennahda contre le RCD [Rassemblement constitutionnel démocratique] remis au goût du jour par Nida Tounes […]. Les partis d’extrême gauche cherchent, quant à eux, à se présenter comme une alternative.
    Si les grands pôles politiques se sont adaptés au contexte postrévolutionnaire, les mêmes querelles entre les mêmes vieux leaders politiques sont de retour. Tout est fait pour décourager les jeunes de contribuer au débat. C’est pourquoi, comme beaucoup de mes amis, je ne voterai pas lors du prochain scrutin […] Ce sont les mêmes personnes qui déclament les mêmes discours avec les mêmes mots. Comment peut-on faire du neuf avec du vieux ? »

    46Représentants d’une génération technologique, certains blogueurs et cyberactivistes ont soutenu (Slim Amamou67) ou se sont engagés sur des listes indépendantes au moment de l’élection de l’Assemblée constituante (Riadh Guerfali68, Amira Yahyaoui69, Yassine Ayari70). D’autres ont continué leur activité de commentateur d’une actualité souvent décevante (Sarah Ben Hamadi71) et de promoteur d’une transparence redevenant incertaine. Certains ont rejoint la France ou les États-Unis.

    47Même si l’on peut évoquer le cas de blogueurs devenus conseillers de politiques (tel Wissem Tlili, devenu Conseiller à la culture de Moncef Marzouki72), il est clair que la « génération digitale » n’a pas accédé au pouvoir en Tunisie. Aux élections à l’Assemblée constituante du 23 octobre 2011, pour lesquelles 91 partis avaient été créés, le parti islamiste Ennahdha obtiendra 41,47 % des voix. Le 18 octobre 2012 l’assassinat à Tataouine du représentant local de Nida Tunes était qualifié de « premier assassinat politique après la révolution »73.

    48En Égypte, mutatis mutandis, une évolution du même ordre a pu être observée. Sans doute des noms d’individualités de la « génération digitale », dont certains n’étaient pas présents en Égypte le 25 janvier, ont résisté au passage du temps médiatique et à la réapparition des pratiques politiciennes anciennes. On citera, parmi d’autres, Wael Ghonim, directeur du marketing de Google au Proche-Orient ; son relais aux États-Unis Nadine Wahab74 ; la laborantine Mona Seif75 ; son frère Alaa Abd El-Fattah76, ancien du mouvement Kifaya et premier prisonnier politique depuis la chute de Moubarak ; le développeur de logiciel Wael Khalil77 ; le journaliste Wael Abbas78 ; la « Facebook girl » Israa Adbel Fattah79… Mais dépourvue d’expérience militante, cette génération n’est pas parvenue au pouvoir. Le fait d’avoir été réunis par la répression n’a pas eu pour conséquence le maintien de cette union au lendemain de la chute du régime. Une fois encore les vieux routiers de la politique ont eu raison des espoirs d’une génération qui, faute d’encadrement, d’appareil, ou pour s’être vécue comme apolitique a pu se sentir flouée. Aux élections législatives de 2011-2012, le parti des Frères musulmans (Liberté et Justice) et les salafistes (Al-Nour) remporteront à eux deux 67,1 % des voix.

    49Ainsi que le constatent, en février 2012, Smaïn Laacher et Cedric Terzi :

    « Privés de la figure de l’ennemi, les cyberactivistes sont devenus des concurrents politiques. Leurs relations ont été minées par la rivalité, le soupçon, la diffamation : “Les ennemis ne sont pas clairs ; on ne sait plus qui est l’ennemi de qui” nous confie A Tunisian Girl. […] Voilà : on est divisés maintenant. Des blogueurs se soutiennent, d’autres ne se soutiennent pas80 ».

    50Lorsque le 22 novembre 2012, certains de ces activistes du Net se trouveront à nouveau, au Caire, sur la place Tahrir, Marwan Chahine, décrivant l’attitude de Mohamed Morsi observe :

    « Dans l’esprit du chef de l’État, les activistes qui défendent la démocratie ne sont qu’une poignée de jeunes agitateurs qui ne représentent personne. L’autoproclamé “président de la révolution” semble garder l’intime conviction que le peuple est derrière lui, car il lui ressemble. “Morsi est l’archétype d’un croisement du Frère musulman – certain d’avoir raison contre tous et persuadé que le monde entier veut sa perte – et du paysan du delta, têtu, bourru et dédaigneux des manières des citadins”, analyse un politologue égyptien81 ».

    51Que l’on se trouve au Caire ou à Tunis, cette observation confirme le décalage entre ce que sont encore les ancrages profonds des sociétés anciennes et les espérances de fractions encore minoritaires de la société ; entre ceux qui détiennent désormais le pouvoir et ceux que le train de l’histoire a laissés sur le quai. Il est clair, au mois de décembre 2012, que la place Tahrir n’est pas encore l’Égypte, comme l’avenue Bourguiba à Tunis n’est pas la Tunisie ; et les blogueurs qui écrivent en anglais ou en français, quoi qu’on en pense, souffrent aussi de ce fait d’un déficit d’audience qui ne les met pas à même de prétendre à un réel rôle politique.

    52L’observateur doit-il dès lors constater que les révolutions de janvier et février 2011 n’ont au fond été que virtuelles et que s’est vérifié une fois de plus l’aphorisme du prince Salina : « Tout changer pour que les choses restent telles qu’elles » ? Ne s’est-il agi, derrière les mots et les discours tenus par certains blogueurs, dans certains cas a posteriori, sur leur propre rôle82, que de révolutions s’étant arrêtées avant d’atteindre un horizon hypothétique ? La réponse, naturellement, ne peut être péremptoire.

    Conclusion

    53Le jour où Hosni Moubarak démissionnait, le 11 février 2011, Wael Ghonim déclarait dans une interview à CNN : « Si vous voulez libérer une société, donnez-lui simplement l’internet ». Notre analyse et l’histoire immédiate nous montrent que cela n’est pas suffisant. Elles expliquent également les déconvenues, après ce qui a été, en termes de communication, d’abord une formidable surprise, puis une réelle inquiétude de ceux qui y mettaient un immense espoir.

    54Deux citations peuvent permettre de comprendre les données de ce qui reste, encore, une interrogation. La première, formulée par Mohamed El-Nawawy à propos de l’Égypte, mais qui, mutatis mutandis, est applicable à la Tunisie, en délimite le champ :

    « Thanks to the internet, a new category of “online citizenry” or “netizens” has started to surface in the Middle East. This category of young and politically aware citizens, who are technology-savvy, has set a new vision and a more promising political map for the region. […] However, this optimism should be calculated rather than exaggerated, and there needs to be some caution in assessing the new technologies abilities to initiate political transformation in a region like Middle East, which has been subject to decades of suppression under various dictatorial regimes83. »

    55La seconde citation, de Jennifer Preston, rédactrice au New York Times, citée dans un article d’Eric Tung84, pointant dans son optimisme la faiblesse d’une vision par trop euphorique : « There is little doubt that [social media] provided a new means for ordinary people to connect with human rights advocates trying to amass support »85. La vision d’Eric Tung selon laquelle la jeunesse et les « éduqués » « have turned to [internet social media] as a means to rally the populace to their cause »86 n’est peut-être pas aussi évidente qu’il y paraît87. Elle n’est, de toute façon, pas celle qui, au-delà de l’« étincelle révolutionnaire », du kairos, se retrouve à l’arrivée du processus.

    56Nous pouvons même formuler, au contraire, qu’il peut y avoir un certain doute sur le ralliement des populations aux objectifs des avocats des droits de l’homme évoqué par l’auteur. Le résultat des élections, que ce soit en Égypte ou en Tunisie, l’a montré.

    57Faut-il pour autant, à la manière d’Evgeny Morozov88, à propos de la « révolution Twitter » en Iran, n’y voir qu’une interprétation « Internet centrique » de plus, de la part de cyberutopistes qui confondraient rôle des moyens de communication et raisons profondes des révoltes ? Doit-on rappeler l’importance relative de Facebook et Twitter et souligner le caractère déterminant de la « passivité active » de l’armée à Tunis et au Caire ? Comparer avec les situations libyennes et syriennes où les listes d’amis de Facebook ou d’abonnés ont été aussi des sources de renseignements, de contre-propagande et de contrôles pour les dictateurs, montre que la place des TIC dans les révolutions au Maghreb-Machrek est beaucoup plus complexe qu’une vision univoque pourrait le laisser croire. Elle n’en est pas moins importante du seul fait de l’existence, si j’ose dire, de ces deux côtés de la force.

    58La question, qui visiblement reste posée, est celle des mouvements qui, n’ayant pas été déclencheurs des révolutions arabes, les ont récupérées et sembleraient vouloir, au moins en Égypte pour l’instant, les confisquer.

    59Dans un article, paru dans Le Monde en juin 2012, Denis Bauchard y répondait de la façon suivante89 :

    « La réponse à cette question ne peut être que nuancée. Ces victoires ont indéniablement donné une légitimité démocratique à des mouvements qui, généralement, sont ancrés depuis de longues années dans la population à travers des réseaux sociaux et caritatifs qui s’intéressent en particulier aux déshérités. Cependant ces victoires sont souvent intervenues par défaut et avec un appui populaire resté limité. […] Ils sont conscients qu’ils seront jugés sur leur capacité à répondre aux problèmes urgents qui se posent dans des pays où les troubles révolutionnaires ont aggravé des situations économiques déjà le plus souvent désastreuses ».

    60Le 11 novembre 2012, Christophe Le Bec, dans le cahier économique de Jeune Afrique, écrivait :

    « Près d’un an après leurs victoires électorales, les trois partis islamistes en Afrique du Nord semblent largués par une situation économique difficile. […] Depuis qu’ils se sont transformés en partis de gouvernement, les mouvements islamistes donnent l’impression de naviguer à vue90 ».

    61Le 22 novembre 2012, comme nous l’avons évoqué précédemment, les manifestants réclamant une « nouvelle révolution » contre le « nouveau pharaon »91, occupaient à nouveau la place Tahrir, après que le président Mohamed Morsi, qui n’avait obtenu que 25 % des voix au premier tour des présidentielles de 2012, ait décidé d’étendre ses pouvoirs, voire d’endosser la défroque de son prédécesseur.

    62Le 1er décembre 2012, des centaines de milliers de Frères musulmans et de salafistes manifestaient dans les rues du Caire et acclamaient Mohamed Morsi en réclamant la mise en œuvre de la charia et de la nouvelle Constitution.

    63Que ce soit au Caire ou à Tunis, la révolution n’est donc pas terminée. Ainsi que l’a écrit dans Le Monde Jean-Pierre Filiu : « Le soulèvement démocratique qui traverse le monde arabe n’en est qu’à ses débuts et comme toutes les grandes pulsions historiques, il connaîtra des revers, des refus, des trahisons92 ».

    64En Égypte, le 21 juin, un groupe de jeunes Frères musulmans décidait de faire scission pour créer le Parti du courant égyptien (Hizb Al Tayyar Al-Masri). Ce parti qui dispose de son site Internet, de sa page Facebook et de son compte Twitter se déclare « inspiré par l’esprit de la révolution, dont il entend améliorer les acquis et les réalisations » et souhaite donner une place centrale aux jeunes et aux masses, selon Mohammed Affan, l’un de ses fondateurs, sur la page Facebook du Parti. Ce parti « se distingue par sa nature démocratique et civile. Il est fier de son identité. Il est ouvert aux autres. Il est mû par des valeurs religieuses et morales », annonce son site Internet. Pour cadre de référence, il s’est choisi la civilisation arabo-islamique et non pas la charia islamique, une partie de ses membres n’étant pas issue des Frères. Quatre-vingt-trois ans après la création de la confrérie des Frères musulmans, ces dissidents donneraient ainsi voix au mécontentement de leur génération marginalisée au sein des structures décisionnelles…93

    65Il est possible que ce simple fait annonce le passage d’une révolution jusqu’alors virtuelle à une deuxième révolution : celle de l’arrivée effective sur la scène politique d’une classe d’âge, technologiquement formée, avec les conséquences culturelles que cela ne manquera pas d’avoir sur les modalités et la nature même du débat. Celle où, d’une certaine manière, le sabre céderait à l’iPad… Comme aurait pu le dire Corneille, acceptons-en l’augure et osons l’espérer.

    Notes de bas de page

    1 International Telecommunication Union, « The world in 2011, ICT facts and figures », <http://www.itu.int/ITU-D/ict/facts/2011/index.html>, 25 octobre 2011.

    2 Institut national d’études démographiques, « Tous les pays du monde », <http://www.ined.fr/fr/pop_chiffres/pays_du_monde>, 2011.

    3 « En 1784, Emmanuel Kant écrit cette phrase célèbre : “L’Aufklärung, c’est la sortie de l’homme hors de l’état de minorité dont il est lui-même responsable. L’état de minorité est l’incapacité de se servir de son entendement sans la conduite d’un autre. On est soi-même responsable de cet état de minorité quand la cause tient non pas à une insuffisance de l’entendement, mais à une insuffisance de la résolution et du courage de s’en servir sans la conduite d’un autre. Sapere aude ! [Ose savoir !] Aie le courage de te servir de ton propre entendement ! Voilà la devise de l’Aufklärung.” » Source : « Aufklärung », Wikipédia, <http://fr.wikipedia.org/>, 16 mars 2013. Contenu soumis à la licence CC-BY-SA 3.0.

    4 Titre de l’ouvrage autobiographique éponyme de Wael Ghonim, Révolution Web 2.0, Paris, Steinkis Éditions, 2012, 384 p.

    5 On pourra néanmoins évoquer l’éphémère passage de Slim Amamou (auteur de blogs et de protestations contre la censure évoquée sur le Net) comme secrétaire d’État à la Jeunesse et aux Sports, charge dont il démissionna le 25 mai 2011. Voir à ce sujet l’article de Christophe Boltanski, « L’alibi 2.0 », Le Nouvel Observateur, 9 juin 2011, p. 38-39.

    6 Pour en savoir plus sur le sujet : « Parti pirate (Tunisie) », Wikipédia, <http://fr.wikipedia.org/>, 11 octobre 2013.

    7 Voir le site officiel du Parti Pirate tunisien : <http://partipirate-tunisie.org>.

    8 « Idiot utile », Wikipédia, <http://fr.wikipedia.org/>, 1er février 2014.

    9 Zine El Abidine Ben Ali avait aussi son compte Facebook avec 273 000 « amis ».

    10 <http://fr.allafrica.com/stories/printable/201109010703.html>.

    11 Rania Abouzeid, « Bouazizi: The Man Who Set Himself and Tunisia on Fire », Time Magazine, <http://www.time. com/>, 21 janvier 2011. Avant lui, Abdesslem Trimech s’était immolé à Monastir, le 3 mars 2010, dans des circonstances à peu près similaires.

    12 Équipe de Perspective Monde, « 29 décembre 1983, Déclenchement des émeutes du pain en Tunisie », Perspective Monde, <http://perspective.usherbrooke.ca/>.

    13 Voir à ce sujet la rubrique « Issue/Riots » sur Magharebia.com, <http://magharebia.com/fr/keywords/Issue/Riots>.

    14 Clay Shirky, « The Political Power of Social Media », Foreign Affairs, <http://www.foreignaffairs.com/print/66987>, janvier/février 2011.

    15 « Kifaya », Wikipédia, <http://fr.wikipedia.org/>, 18 septembre 2013.

    16 « Soulèvement postélectoral en Iran en 2009 », Wikipédia, <http://fr.wikipedia.org/>, 25 décembre 2013.

    17 « Émeutes au Xinjiang en juillet 2009 », Wikipédia, <http://fr.wikipedia.org/>, 25 décembre 2013.

    18 François-Bernard Huyghe, « Tunisie et Web 2.0 : e-révolution ou accélérateur », <http://www.huygue.fr/>, 22 janvier 2011.

    19 Lina Ben Mhenni, Tunisian Girl, blogueuse pour un printemps arabe, Montpellier, Éditions Indigène, 2011, 32 p.

    20 Voir la page Facebook de Yassine Ayari à l’adresse <https://www.facebook.com/yassine.ayari.page.officielle/info>.

    21 En Tunisie le 13 janvier 2011, il y avait 1,5 million de personnes connectées simultanément à Facebook, sur une population de onze millions d’habitants (Libération, 3 février 2011). En Égypte fin janvier 2011, la page « Kullena Khaled Saïd » fait quotidiennement l’objet de plus de 1 800 000 vues (Wael Ghonim, Révolution 2.0, p. 333). Le relais des téléphones portables (dont 93 % de la population tunisienne sont équipés) étend l’audience des internautes à l’ensemble de la population.

    22 Wael Ghonim, Révolution Web 2.0, Paris, Steinkis Éditions, 2012, 384 p.

    23 « Israa Abdel Fattah », Wikipédia, <http://en.wikipedia.org/>, 19 novembre 2013.

    24 David M. Faris, « La révolte en réseau : le “printemps arabe” et les médias sociaux », Politique étrangère, 1/2012 (Printemps), p. 99-109.

    25 Selon les statistiques de l’ITU (International Telecommunication Union) et de la Banque mondiale, 34 % de la population tunisienne et 21 % des citoyens égyptiens sont connectés.

    26 La surprise des résultats inespérés obtenus à l’occasion d’appels à rassemblement lancés sur Facebook ou sur des blogs, que ce soit à Tunis ou au Caire, apparaît dans les témoignages fournis par des acteurs comme Wael Ghonim et Lina Ben Mehnni.

    27 Albrecht Hofheinz, « Nextopia ? Beyond Revolution 2.0 », International Journal of Communication, 2011, vol. 5, p. 1417-1434.

    28 Timothy Garton Ash, « Tunisia’s revolution isn’t a product of Twitter or WikiLeaks. But they do help », The Guardian, <http://www.guardian.co.uk/>, 19 janvier 2011.

    29 Al Arabiya, « Iran/La Révolution doit sa victoire aux cassettes, et sa chute aux téléphones portables », MediArabe.info, <http://www.mediarabe.info/>, 16 juin 2009.

    30 Le blog collectif tunisien Nawaat <http://nawaat.org/portail> créé en 2004 par Sami Ben Gharbia, Sufian Guerfali et Riadh Guerfali joua en particulier un rôle déterminant à partir de la mi-décembre 2010. Il publia les câbles de WikiLeaks concernant la Tunisie et reçut le prix du Net-citoyen de Reporters sans frontières en 2011. Pour en savoir plus, voir <http://en.wikipedia.org/wiki/Nawaat>.

    31 Concernant l’histoire et l’évolution du site Takriz depuis 1998, on pourra se référer à l’article suivant : Lofti Ben Cheikh, « La génération Takriz veut le pouvoir », Mag14.com, <http://mag14.com/>, 15 mars 2012.

    32 Points d’accès « PubliNets » à un dinar de l’heure et passe-temps favori des jeunes en Tunisie.

    33 « Que nous apprennent les révolutions arabes ? Le face-à-face Jean Daniel Pierre Hassner », Propos recueillis par François Armanet et Gilles Anquetil, Le Nouvel Observateur, 28 avril-4 mai 2011, p. 76-79.

    34 Augustin Scalbert, « Olivier Roy : “Comme solution politique, l’islamisme est fini” », Rue 89, <http://www.rue89.nouvelobs.com>, 20 février 2011.

    35 Olivier Roy, L’échec de l’islam politique, Paris, Édition du Seuil, 1992, 251 p.

    36 Jean Daniel, « Des habits neufs pour l’islamisme », Le Nouvel Observateur, <http://tempsreel.nouvelobs.com/>, 31 octobre 2011.

    37 Ainsi que l’écrit Ziad Limam, dans Afrique Magazine de novembre 2012, p. 42-47 : « Les vagues d’amnistie successives ont remis en circulation un certain nombre d’entre eux, dont des gens condamnés pour des actes de violence. D’autres sont revenus des quatre coins du monde. Il y a aussi les convertis de dernière minute, les nervis, et les opportunistes divers. Même s’ils sont minoritaires les radicaux sont très actifs, jusqu’au-boutistes. »

    38 On pourra, par exemple, à propos de la Tunisie se référer à l’article de Frida Dahmani, « Douar Hicher, cité rebelle », dans Jeune Afrique, 2012, no 2707, p. 52-53.

    39 On pourra évoquer, par exemple, les « affaires » Allaya Allaoui à la Manouba, Jamel Gharbi à Bizerte, celle du Printemps des artistes à La Marsa, ou encore l’attaque de l’ambassade des États-Unis à Tunis.

    40 Nicolas Clinchamps, « La Tunisie est aujourd’hui islamiste », Le Monde, <http://www.lemonde.fr/>, 26 juillet 2012.

    41 Anonyme, « Quand Jean Daniel parle de la révolution tunisienne », <http://www.turess.com/>, 13 mars 2011.

    42 Alain Badiou, « Les soulèvements des peuples arabes sont un modèle d’émancipation », Le Monde, 19 février 2011, p. 21.

    43 Nathalie Levisalles, « Ils ont fait l’e-révolution », Libération, <http://www.liberation.fr/>, 3 février 2011.

    44 Marta Severo et Chloé Didelon, « Tunisie la cyber révolte », Libération Le Mag, 12 février 2011, p. XV.

    45 Marie Lechner, « C’est la lutte virtuelle, tweetons tous et… », Libération, <http://ecrans.liberation.fr/>, 14 mars 2011.

    46 David M. Faris « La révolte en réseau : le “printemps arabe” et les médias sociaux », Politique étrangère, 1/2012 (Printemps), p. 106.

    47 Liée aux politiques totalement différentes menées à l’égard de l’internet par Hosni Moubarak (action sur les blogueurs plus que sur les sites eux-mêmes) et Zine El Abidine Ben Ali (censure et filtrage intense des sites).

    48 « Mona Seif », Wikipédia, <http://en.wikipedia.org/>.

    49 Rémy Ourdan, « Les révoltes arabes sont-elles des “révolutions 2.0” ? », Le Monde, 23 février 2011, p. 6.

    50 Paloma Haschke, « La scène médiatique au Moyen-Orient à la lumière du Printemps arabe », <http://www.sciencespo.fr/>, mars 2012.

    51 Marie Bénilde, « La révolution arabe, fille de l’Internet ? », Blog Information 2.0, Le Monde Diplomatique, <http://blog.mondediplo.net/>, 15 février 2011.

    52 « Gene Sharp », Wikipédia, <http://en.wikipedia.org/>, 27 janvier 2014.

    53 « Élection de l’Assemblée constituante tunisienne de 2011 », Wikipédia, <http://fr.wikipedia.org/>, 24 janvier 2014.

    54 « Élections législatives égyptiennes de 2011-2012 », Wikipédia, <http://fr.wikipedia.org/>, 31 décembre 2013.

    55 Hélène Sallon, « Les Frères musulmans égyptiens rattrapés par la révolution », Blog #Printemps arabe, Le Monde, <http://printempsarabe.blog.lemonde.fr/>, 27 juin 2011.

    56 Marie Vannetzel, « Frères musulmans égyptiens ; les éclairages de la révolution », Le Monde, <http://www.lemonde.fr/>, 27 septembre 2011.

    57 Guillaume Gaven, « Égypte : après une journée de manifestations, un sit-in place Tahrir », France info, <http://www.franceinfo.fr/>, 23 novembre 2012.

    58 Marwane Chahine, « Morsi voit la vie en raïs », Libération, 28 novembre 2012, p. 6-7.

    59 Ainsi que l’observe Frida Dahmani : « […] la révolution tunisienne n’a paradoxalement opéré que partiellement les grands changements que suppose une révolution ; les hommes, les institutions, les médias et le monde des affaires sont toujours là […] certains y ont même décelé au mieux un changement dans la continuité, au pire l’effet d’une contre-révolution en marche. » Source : Frida Dahmani, « La société civile vent debout », Jeune Afrique, 2011, no 2633, p. 50-53.

    60 Intifada : soulèvement.

    61 Salman Rushdie, « J’en ai marre d’être le penseur de service sur l’islam », Propos recueillis par Élisabeth Franck-Dumas, Annette Lévy-Willard, Sylvain Bourmeau, Philippe Lançon, Jean-Pierre Perrin et la rédaction, Libération, 16 novembre 2012, p. 2.

    62 Tahar Ben Jelloun, « Un “Printemps” islamiste ? », Le Monde, 17 juin 2012.

    63 Georges Corn, « Quand la “rue arabe” sert de modèle au Nord », Le Monde, 12 février 2011, p. 20.

    64 E-génération maîtrisant les outils technologiques, moderniste, éduquée, dont une grande partie des activistes appartenait aux classes moyennes.

    65 G. Corn, art. cit., p. 20.

    66 Eymen Gamha, « Pourquoi je ne voterai plus – débâcle politique en Tunisie », Le Monde, 14 novembre 2012.

    67 Slim Amamou, alias Slim404, a participé avec Bassem Bouguerra au développement de la plateforme Afkar Mostakella <http://afkar.tn> dédiée aux candidats indépendants.

    68 « Riadh Guerfali », Wikipédia, <http://en.wikipedia.org/>, 17 novembre 2013.

    69 Line, « Tunisie : Amira Yahyaoui, une vie d’activiste », <http://www.tekiano.com/>, 18 mai 2012.

    70 Yassine Ayari est l’auteur du blog Mel7it <http://mel7it.blogspot.fr>.

    71 Sarah Ben Hamadi est l’auteur du blog Un œil sur la planète <http://un-oeil-sur-la-planete.blogspot.fr>, silencieux depuis le 9 septembre 2012.

    72 Lilia Blaise, « Tunisie : Wissem Tlili, le blogueur devenu Conseiller de Marzouki », <http://www.tekiano.com/>, 26 avril 2012.

    73 Isabelle Mandraud, « En Tunisie, la transition politique est en panne », Le Monde, 25 octobre 2012, p. 3.

    74 Voir le blog de Nadine Wahab à l’adresse <http://www.huffingtonpost.com/nadine-wahab>.

    75 « Mona Seif », Wikipédia, <http://en.wikipedia.org/>, 23 janvier 2014.

    76 « Alaa Abd El-Fattah », Wikipédia, <http://en.wikipedia.org/>

    77 « Wael Khalil », Wikipédia, <http://en.wikipedia.org/>, 19 novembre 2013.

    78 « Wael Abbas », Wikipédia, <http://en.wikipedia.org/>, 10 décembre 2013.

    79 « Israa Abdel Fattah », Wikipédia, <http://en.wikipedia.org/>, 19 novembre 2013.

    80 Smaïn Laacher et Cédric Terzi, « Au Maghreb les blogueurs sont fatigués », Le Monde Diplomatique, février 2012.

    81 Marwane Chahine, « Morsi voit la vie en raïs », Libération, 28 novembre 2012, p. 6-7.

    82 Voir par exemple à ce sujet l’article de Vincent Jauvert, « Égypte : les faiseurs de révolution », Le Nouvel Observateur, 24 mars 2011, p. 71-73.

    83 « Grâce à l’internet, une nouvelle catégorie de citoyenneté en ligne ou de Net-citoyens a commencé à faire surface au Moyen-Orient. Cette catégorie de citoyens dotés de conscience politique, qui maîtrise les TIC, a établi une nouvelle vision et un nouveau paysage politique plus prometteur pour la région. […] Cependant cet optimisme devrait être raisonné plutôt qu’exagéré, et on doit faire preuve de précaution lorsqu’il s’agit de prêter à ces nouvelles technologies la capacité d’initier des transformations politiques dans une région comme le Moyen-Orient, où pendant des décennies elles ont été réprimées. » [notre traduction] (Mohamed El-Nawawy et Sahar Khamis, « Political Activism 2.0 : Comparing the Role of Social in Egypt’s “Facebook Revolution” and Iran’s “Twitter Uprising” », Cyber Orient, 2012, vol. 6, no 1, <http://www.cyberorient.net/>).

    84 Eric Tung, « Social Networks: The Weapons of our Modern Era », School Journalism.org, <http://my.schooljournalism.org/>, 28 février 2011.

    85 « Il y a peu de doute que les réseaux sociaux ont procuré de nouveaux moyens aux gens ordinaires d’établir un lien avec les défenseurs des droits de l’homme qui essayaient d’accroître leur audience » [notre traduction].

    86 « […] ont utilisé les médias sociaux comme un moyen de rallier le peuple à leur cause » [traduit et souligné par nous].

    87 À cet égard une autre explication nous est sans doute fournie, à la fois sur le développement des réseaux sociaux et sur l’impact des mots d’ordre qui y seront diffusés, par Johanne Kuebler, dans un article paru sous le titre « Les révolutions arabes et le Web 2.0. Tunisie et Égypte », dans la Revue Averroès, no 4-5 Spécial « Printemps arabe » d’août 2011. Elle écrit en effet à propos de Kefaya : « Les manifestations échouent toutefois à engager une partie importante de la population, notamment à cause de l’appartenance à l’élite (du moins au niveau de l’éducation) des organisateurs, elles sont par exemple incomparables aux émeutes du pain qui ont fait trembler le régime de Sadate en janvier 1977. En dépit de cette incapacité à attirer les foules, leur médiatisation par les médias privés en 2005 a rendu impossible pour le régime et le grand public de les ignorer [souligné par nous] ». Il y a eu un effet d’échelle né de la convergence de l’ensemble des médias et non d’un média spécifique.

    C’est le constat également de Zeineb Touati lorsqu’elle écrit : « La convergence entre médias classiques (notamment étrangers) et TIC […] a joué un rôle certain dans l’organisation de la mobilisation qui a provoqué la chute du régime Ben Ali ». Voir « Presse et révolution en Tunisie : rôle, enjeux et perspectives », ESSACHESS – Journal for Communication Studies, 2012, vol. 5, no 1(9), p. 140.

    88 Evgeny Morozov, The Net Delusion: How not to liberate the world, London, Allen Lane, 2011, 408 p. À propos de cet ouvrage, voir la note de lecture de John Preston, The Net Delusion by Evgeny Morozov: review, <http://www.telegraph.co.uk/>, 9 janvier 2011.

    89 Denis Bauchard, « Dieu n’est pas la solution », Le Monde, 29 juin 2012, p. 17.

    90 Christophe Le Bec, « Les islamistes naviguent à vue », Jeune Afrique, 11 novembre 2011, p. 106-109.

    91 Agence France Presse, « Égypte : les nouveaux pouvoirs de Morsi contestés », Libération, <http://www.liberation.fr/>, 24 novembre 2012.

    92 Jean-Pierre Filiu, « L’intifada démocratique arabe est un mouvement de libération nationale », Le Monde, 12 mars 2011, p. 19.

    93 Hélène Sallon, « Les Frères musulmans égyptiens rattrapés par la révolution », Blog #Printemps arabe, Le Monde, <http://printempsarabe.blog.lemonde.fr/>, 27 juin 2011.

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    • Jean-Jacques Lavenue
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    1 International Telecommunication Union, « The world in 2011, ICT facts and figures », <http://www.itu.int/ITU-D/ict/facts/2011/index.html>, 25 octobre 2011.

    2 Institut national d’études démographiques, « Tous les pays du monde », <http://www.ined.fr/fr/pop_chiffres/pays_du_monde>, 2011.

    3 « En 1784, Emmanuel Kant écrit cette phrase célèbre : “L’Aufklärung, c’est la sortie de l’homme hors de l’état de minorité dont il est lui-même responsable. L’état de minorité est l’incapacité de se servir de son entendement sans la conduite d’un autre. On est soi-même responsable de cet état de minorité quand la cause tient non pas à une insuffisance de l’entendement, mais à une insuffisance de la résolution et du courage de s’en servir sans la conduite d’un autre. Sapere aude ! [Ose savoir !] Aie le courage de te servir de ton propre entendement ! Voilà la devise de l’Aufklärung.” » Source : « Aufklärung », Wikipédia, <http://fr.wikipedia.org/>, 16 mars 2013. Contenu soumis à la licence CC-BY-SA 3.0.

    4 Titre de l’ouvrage autobiographique éponyme de Wael Ghonim, Révolution Web 2.0, Paris, Steinkis Éditions, 2012, 384 p.

    5 On pourra néanmoins évoquer l’éphémère passage de Slim Amamou (auteur de blogs et de protestations contre la censure évoquée sur le Net) comme secrétaire d’État à la Jeunesse et aux Sports, charge dont il démissionna le 25 mai 2011. Voir à ce sujet l’article de Christophe Boltanski, « L’alibi 2.0 », Le Nouvel Observateur, 9 juin 2011, p. 38-39.

    6 Pour en savoir plus sur le sujet : « Parti pirate (Tunisie) », Wikipédia, <http://fr.wikipedia.org/>, 11 octobre 2013.

    7 Voir le site officiel du Parti Pirate tunisien : <http://partipirate-tunisie.org>.

    8 « Idiot utile », Wikipédia, <http://fr.wikipedia.org/>, 1er février 2014.

    9 Zine El Abidine Ben Ali avait aussi son compte Facebook avec 273 000 « amis ».

    10 <http://fr.allafrica.com/stories/printable/201109010703.html>.

    11 Rania Abouzeid, « Bouazizi: The Man Who Set Himself and Tunisia on Fire », Time Magazine, <http://www.time. com/>, 21 janvier 2011. Avant lui, Abdesslem Trimech s’était immolé à Monastir, le 3 mars 2010, dans des circonstances à peu près similaires.

    12 Équipe de Perspective Monde, « 29 décembre 1983, Déclenchement des émeutes du pain en Tunisie », Perspective Monde, <http://perspective.usherbrooke.ca/>.

    13 Voir à ce sujet la rubrique « Issue/Riots » sur Magharebia.com, <http://magharebia.com/fr/keywords/Issue/Riots>.

    14 Clay Shirky, « The Political Power of Social Media », Foreign Affairs, <http://www.foreignaffairs.com/print/66987>, janvier/février 2011.

    15 « Kifaya », Wikipédia, <http://fr.wikipedia.org/>, 18 septembre 2013.

    16 « Soulèvement postélectoral en Iran en 2009 », Wikipédia, <http://fr.wikipedia.org/>, 25 décembre 2013.

    17 « Émeutes au Xinjiang en juillet 2009 », Wikipédia, <http://fr.wikipedia.org/>, 25 décembre 2013.

    18 François-Bernard Huyghe, « Tunisie et Web 2.0 : e-révolution ou accélérateur », <http://www.huygue.fr/>, 22 janvier 2011.

    19 Lina Ben Mhenni, Tunisian Girl, blogueuse pour un printemps arabe, Montpellier, Éditions Indigène, 2011, 32 p.

    20 Voir la page Facebook de Yassine Ayari à l’adresse <https://www.facebook.com/yassine.ayari.page.officielle/info>.

    21 En Tunisie le 13 janvier 2011, il y avait 1,5 million de personnes connectées simultanément à Facebook, sur une population de onze millions d’habitants (Libération, 3 février 2011). En Égypte fin janvier 2011, la page « Kullena Khaled Saïd » fait quotidiennement l’objet de plus de 1 800 000 vues (Wael Ghonim, Révolution 2.0, p. 333). Le relais des téléphones portables (dont 93 % de la population tunisienne sont équipés) étend l’audience des internautes à l’ensemble de la population.

    22 Wael Ghonim, Révolution Web 2.0, Paris, Steinkis Éditions, 2012, 384 p.

    23 « Israa Abdel Fattah », Wikipédia, <http://en.wikipedia.org/>, 19 novembre 2013.

    24 David M. Faris, « La révolte en réseau : le “printemps arabe” et les médias sociaux », Politique étrangère, 1/2012 (Printemps), p. 99-109.

    25 Selon les statistiques de l’ITU (International Telecommunication Union) et de la Banque mondiale, 34 % de la population tunisienne et 21 % des citoyens égyptiens sont connectés.

    26 La surprise des résultats inespérés obtenus à l’occasion d’appels à rassemblement lancés sur Facebook ou sur des blogs, que ce soit à Tunis ou au Caire, apparaît dans les témoignages fournis par des acteurs comme Wael Ghonim et Lina Ben Mehnni.

    27 Albrecht Hofheinz, « Nextopia ? Beyond Revolution 2.0 », International Journal of Communication, 2011, vol. 5, p. 1417-1434.

    28 Timothy Garton Ash, « Tunisia’s revolution isn’t a product of Twitter or WikiLeaks. But they do help », The Guardian, <http://www.guardian.co.uk/>, 19 janvier 2011.

    29 Al Arabiya, « Iran/La Révolution doit sa victoire aux cassettes, et sa chute aux téléphones portables », MediArabe.info, <http://www.mediarabe.info/>, 16 juin 2009.

    30 Le blog collectif tunisien Nawaat <http://nawaat.org/portail> créé en 2004 par Sami Ben Gharbia, Sufian Guerfali et Riadh Guerfali joua en particulier un rôle déterminant à partir de la mi-décembre 2010. Il publia les câbles de WikiLeaks concernant la Tunisie et reçut le prix du Net-citoyen de Reporters sans frontières en 2011. Pour en savoir plus, voir <http://en.wikipedia.org/wiki/Nawaat>.

    31 Concernant l’histoire et l’évolution du site Takriz depuis 1998, on pourra se référer à l’article suivant : Lofti Ben Cheikh, « La génération Takriz veut le pouvoir », Mag14.com, <http://mag14.com/>, 15 mars 2012.

    32 Points d’accès « PubliNets » à un dinar de l’heure et passe-temps favori des jeunes en Tunisie.

    33 « Que nous apprennent les révolutions arabes ? Le face-à-face Jean Daniel Pierre Hassner », Propos recueillis par François Armanet et Gilles Anquetil, Le Nouvel Observateur, 28 avril-4 mai 2011, p. 76-79.

    34 Augustin Scalbert, « Olivier Roy : “Comme solution politique, l’islamisme est fini” », Rue 89, <http://www.rue89.nouvelobs.com>, 20 février 2011.

    35 Olivier Roy, L’échec de l’islam politique, Paris, Édition du Seuil, 1992, 251 p.

    36 Jean Daniel, « Des habits neufs pour l’islamisme », Le Nouvel Observateur, <http://tempsreel.nouvelobs.com/>, 31 octobre 2011.

    37 Ainsi que l’écrit Ziad Limam, dans Afrique Magazine de novembre 2012, p. 42-47 : « Les vagues d’amnistie successives ont remis en circulation un certain nombre d’entre eux, dont des gens condamnés pour des actes de violence. D’autres sont revenus des quatre coins du monde. Il y a aussi les convertis de dernière minute, les nervis, et les opportunistes divers. Même s’ils sont minoritaires les radicaux sont très actifs, jusqu’au-boutistes. »

    38 On pourra, par exemple, à propos de la Tunisie se référer à l’article de Frida Dahmani, « Douar Hicher, cité rebelle », dans Jeune Afrique, 2012, no 2707, p. 52-53.

    39 On pourra évoquer, par exemple, les « affaires » Allaya Allaoui à la Manouba, Jamel Gharbi à Bizerte, celle du Printemps des artistes à La Marsa, ou encore l’attaque de l’ambassade des États-Unis à Tunis.

    40 Nicolas Clinchamps, « La Tunisie est aujourd’hui islamiste », Le Monde, <http://www.lemonde.fr/>, 26 juillet 2012.

    41 Anonyme, « Quand Jean Daniel parle de la révolution tunisienne », <http://www.turess.com/>, 13 mars 2011.

    42 Alain Badiou, « Les soulèvements des peuples arabes sont un modèle d’émancipation », Le Monde, 19 février 2011, p. 21.

    43 Nathalie Levisalles, « Ils ont fait l’e-révolution », Libération, <http://www.liberation.fr/>, 3 février 2011.

    44 Marta Severo et Chloé Didelon, « Tunisie la cyber révolte », Libération Le Mag, 12 février 2011, p. XV.

    45 Marie Lechner, « C’est la lutte virtuelle, tweetons tous et… », Libération, <http://ecrans.liberation.fr/>, 14 mars 2011.

    46 David M. Faris « La révolte en réseau : le “printemps arabe” et les médias sociaux », Politique étrangère, 1/2012 (Printemps), p. 106.

    47 Liée aux politiques totalement différentes menées à l’égard de l’internet par Hosni Moubarak (action sur les blogueurs plus que sur les sites eux-mêmes) et Zine El Abidine Ben Ali (censure et filtrage intense des sites).

    48 « Mona Seif », Wikipédia, <http://en.wikipedia.org/>.

    49 Rémy Ourdan, « Les révoltes arabes sont-elles des “révolutions 2.0” ? », Le Monde, 23 février 2011, p. 6.

    50 Paloma Haschke, « La scène médiatique au Moyen-Orient à la lumière du Printemps arabe », <http://www.sciencespo.fr/>, mars 2012.

    51 Marie Bénilde, « La révolution arabe, fille de l’Internet ? », Blog Information 2.0, Le Monde Diplomatique, <http://blog.mondediplo.net/>, 15 février 2011.

    52 « Gene Sharp », Wikipédia, <http://en.wikipedia.org/>, 27 janvier 2014.

    53 « Élection de l’Assemblée constituante tunisienne de 2011 », Wikipédia, <http://fr.wikipedia.org/>, 24 janvier 2014.

    54 « Élections législatives égyptiennes de 2011-2012 », Wikipédia, <http://fr.wikipedia.org/>, 31 décembre 2013.

    55 Hélène Sallon, « Les Frères musulmans égyptiens rattrapés par la révolution », Blog #Printemps arabe, Le Monde, <http://printempsarabe.blog.lemonde.fr/>, 27 juin 2011.

    56 Marie Vannetzel, « Frères musulmans égyptiens ; les éclairages de la révolution », Le Monde, <http://www.lemonde.fr/>, 27 septembre 2011.

    57 Guillaume Gaven, « Égypte : après une journée de manifestations, un sit-in place Tahrir », France info, <http://www.franceinfo.fr/>, 23 novembre 2012.

    58 Marwane Chahine, « Morsi voit la vie en raïs », Libération, 28 novembre 2012, p. 6-7.

    59 Ainsi que l’observe Frida Dahmani : « […] la révolution tunisienne n’a paradoxalement opéré que partiellement les grands changements que suppose une révolution ; les hommes, les institutions, les médias et le monde des affaires sont toujours là […] certains y ont même décelé au mieux un changement dans la continuité, au pire l’effet d’une contre-révolution en marche. » Source : Frida Dahmani, « La société civile vent debout », Jeune Afrique, 2011, no 2633, p. 50-53.

    60 Intifada : soulèvement.

    61 Salman Rushdie, « J’en ai marre d’être le penseur de service sur l’islam », Propos recueillis par Élisabeth Franck-Dumas, Annette Lévy-Willard, Sylvain Bourmeau, Philippe Lançon, Jean-Pierre Perrin et la rédaction, Libération, 16 novembre 2012, p. 2.

    62 Tahar Ben Jelloun, « Un “Printemps” islamiste ? », Le Monde, 17 juin 2012.

    63 Georges Corn, « Quand la “rue arabe” sert de modèle au Nord », Le Monde, 12 février 2011, p. 20.

    64 E-génération maîtrisant les outils technologiques, moderniste, éduquée, dont une grande partie des activistes appartenait aux classes moyennes.

    65 G. Corn, art. cit., p. 20.

    66 Eymen Gamha, « Pourquoi je ne voterai plus – débâcle politique en Tunisie », Le Monde, 14 novembre 2012.

    67 Slim Amamou, alias Slim404, a participé avec Bassem Bouguerra au développement de la plateforme Afkar Mostakella <http://afkar.tn> dédiée aux candidats indépendants.

    68 « Riadh Guerfali », Wikipédia, <http://en.wikipedia.org/>, 17 novembre 2013.

    69 Line, « Tunisie : Amira Yahyaoui, une vie d’activiste », <http://www.tekiano.com/>, 18 mai 2012.

    70 Yassine Ayari est l’auteur du blog Mel7it <http://mel7it.blogspot.fr>.

    71 Sarah Ben Hamadi est l’auteur du blog Un œil sur la planète <http://un-oeil-sur-la-planete.blogspot.fr>, silencieux depuis le 9 septembre 2012.

    72 Lilia Blaise, « Tunisie : Wissem Tlili, le blogueur devenu Conseiller de Marzouki », <http://www.tekiano.com/>, 26 avril 2012.

    73 Isabelle Mandraud, « En Tunisie, la transition politique est en panne », Le Monde, 25 octobre 2012, p. 3.

    74 Voir le blog de Nadine Wahab à l’adresse <http://www.huffingtonpost.com/nadine-wahab>.

    75 « Mona Seif », Wikipédia, <http://en.wikipedia.org/>, 23 janvier 2014.

    76 « Alaa Abd El-Fattah », Wikipédia, <http://en.wikipedia.org/>

    77 « Wael Khalil », Wikipédia, <http://en.wikipedia.org/>, 19 novembre 2013.

    78 « Wael Abbas », Wikipédia, <http://en.wikipedia.org/>, 10 décembre 2013.

    79 « Israa Abdel Fattah », Wikipédia, <http://en.wikipedia.org/>, 19 novembre 2013.

    80 Smaïn Laacher et Cédric Terzi, « Au Maghreb les blogueurs sont fatigués », Le Monde Diplomatique, février 2012.

    81 Marwane Chahine, « Morsi voit la vie en raïs », Libération, 28 novembre 2012, p. 6-7.

    82 Voir par exemple à ce sujet l’article de Vincent Jauvert, « Égypte : les faiseurs de révolution », Le Nouvel Observateur, 24 mars 2011, p. 71-73.

    83 « Grâce à l’internet, une nouvelle catégorie de citoyenneté en ligne ou de Net-citoyens a commencé à faire surface au Moyen-Orient. Cette catégorie de citoyens dotés de conscience politique, qui maîtrise les TIC, a établi une nouvelle vision et un nouveau paysage politique plus prometteur pour la région. […] Cependant cet optimisme devrait être raisonné plutôt qu’exagéré, et on doit faire preuve de précaution lorsqu’il s’agit de prêter à ces nouvelles technologies la capacité d’initier des transformations politiques dans une région comme le Moyen-Orient, où pendant des décennies elles ont été réprimées. » [notre traduction] (Mohamed El-Nawawy et Sahar Khamis, « Political Activism 2.0 : Comparing the Role of Social in Egypt’s “Facebook Revolution” and Iran’s “Twitter Uprising” », Cyber Orient, 2012, vol. 6, no 1, <http://www.cyberorient.net/>).

    84 Eric Tung, « Social Networks: The Weapons of our Modern Era », School Journalism.org, <http://my.schooljournalism.org/>, 28 février 2011.

    85 « Il y a peu de doute que les réseaux sociaux ont procuré de nouveaux moyens aux gens ordinaires d’établir un lien avec les défenseurs des droits de l’homme qui essayaient d’accroître leur audience » [notre traduction].

    86 « […] ont utilisé les médias sociaux comme un moyen de rallier le peuple à leur cause » [traduit et souligné par nous].

    87 À cet égard une autre explication nous est sans doute fournie, à la fois sur le développement des réseaux sociaux et sur l’impact des mots d’ordre qui y seront diffusés, par Johanne Kuebler, dans un article paru sous le titre « Les révolutions arabes et le Web 2.0. Tunisie et Égypte », dans la Revue Averroès, no 4-5 Spécial « Printemps arabe » d’août 2011. Elle écrit en effet à propos de Kefaya : « Les manifestations échouent toutefois à engager une partie importante de la population, notamment à cause de l’appartenance à l’élite (du moins au niveau de l’éducation) des organisateurs, elles sont par exemple incomparables aux émeutes du pain qui ont fait trembler le régime de Sadate en janvier 1977. En dépit de cette incapacité à attirer les foules, leur médiatisation par les médias privés en 2005 a rendu impossible pour le régime et le grand public de les ignorer [souligné par nous] ». Il y a eu un effet d’échelle né de la convergence de l’ensemble des médias et non d’un média spécifique.

    C’est le constat également de Zeineb Touati lorsqu’elle écrit : « La convergence entre médias classiques (notamment étrangers) et TIC […] a joué un rôle certain dans l’organisation de la mobilisation qui a provoqué la chute du régime Ben Ali ». Voir « Presse et révolution en Tunisie : rôle, enjeux et perspectives », ESSACHESS – Journal for Communication Studies, 2012, vol. 5, no 1(9), p. 140.

    88 Evgeny Morozov, The Net Delusion: How not to liberate the world, London, Allen Lane, 2011, 408 p. À propos de cet ouvrage, voir la note de lecture de John Preston, The Net Delusion by Evgeny Morozov: review, <http://www.telegraph.co.uk/>, 9 janvier 2011.

    89 Denis Bauchard, « Dieu n’est pas la solution », Le Monde, 29 juin 2012, p. 17.

    90 Christophe Le Bec, « Les islamistes naviguent à vue », Jeune Afrique, 11 novembre 2011, p. 106-109.

    91 Agence France Presse, « Égypte : les nouveaux pouvoirs de Morsi contestés », Libération, <http://www.liberation.fr/>, 24 novembre 2012.

    92 Jean-Pierre Filiu, « L’intifada démocratique arabe est un mouvement de libération nationale », Le Monde, 12 mars 2011, p. 19.

    93 Hélène Sallon, « Les Frères musulmans égyptiens rattrapés par la révolution », Blog #Printemps arabe, Le Monde, <http://printempsarabe.blog.lemonde.fr/>, 27 juin 2011.

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    Lavenue, Jean-Jacques. « Printemps arabes : révolutions virtuelles ? ». In E-révolutions et révolutions, édité par Jean-Jacques Lavenue. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2016. doi:10.4000/books.septentrion.11773.
    Lavenue, Jean-Jacques. « Printemps arabes : révolutions virtuelles ? ». E-révolutions et révolutions, édité par Jean-Jacques Lavenue, Presses universitaires du Septentrion, 2016, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.11773.

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    Lavenue, Jean-Jacques, éd. E-révolutions et révolutions. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2016. doi:10.4000/books.septentrion.11752.
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