Introduction*
p. 7-8
Texte intégral
1Le présent ouvrage réunit cinq études sur l’expression du temps linguistique. Comme le titre le suggère déjà, les analyses qu’elles proposent montrent la nécessité de combiner les niveaux phrastique et textuel.
2L’emploi de marqueurs temporels comme depuis et il y a... que a presque toujours été expliqué au niveau phrastique. L’article d’A.-M. Berthonneau montre que l’analyse de ces marqueurs est plus complexe que l’on ne le croyait. Bien que depuis et il y a... que se paraphrasent dans certains contextes, ils n’ont pas les mêmes effets combinatoires et interprétatifs, parce qu’ils entretiennent avec t0 une relation d’une nature radicalement différente. Ce qui fait la différence entre les deux c’est le rôle pragmatique textuel de que, qui jusqu’ici n’avait pas été mis en évidence.
3C. Vetters compare l’opposition traditionnelle entre temps absolus et temps relatifs à l’opposition plus moderne entre temps déictiques et temps anaphoriques. Il compare ces classifications à un modèle avec trois catégories temporelles employé en linguistique générale (temps absolus, temps absolus-relatifs et temps relatifs) et en conclut qu’il faut prévoir un quatrième mode d’expression temporelle (les temps complexes). La distinction entre les quatre types de temporalité est basée sur une approche reichenbachienne. Une telle analyse semble à première vue se situer au niveau phrastique, mais l’auteur insiste sur le fait que les relations temporelles doivent être considérées dans une perspective interphrastique.
4Dans beaucoup de travaux récents, les termes déictique et anaphorique, empruntés à l’étude des pronoms, ont été appliqués au domaine du temps linguistique. G. Kleiber met en doute la légitimité de cette approche en montrant que cette transposition donne lieu à des résultats discordants, car elle fait appel à des conceptions différentes ou hétérogènes de la deixis et de l’anaphore. La classification des temps grammaticaux ne se fait donc pas de façon univoque. En faisant la comparaison avec le domaine nominal, Kleiber essaie de faire ressortir les tenants définitoires et les aboutissements typologiques des différentes conceptions de l’opposition anaphore / deixis. Il montre de façon convaincante que les concepts employés sont rarement définis rigoureusement et que leur application au domaine du temps pose des problèmes importants qui ont trop souvent été négligés. L’objectif principal de ce travail est de voir si les notions de deixis et d’anaphore sont pertinentes pour l’explication, la description et la répartition des temps verbaux.
5Selon A. Molendijk, la sémantique temporelle doit essayer d’établir des règles prédisant, pour un texte donné, quelle est la structure temporelle correspondant à ce texte. Il s’inspire des propositions de Kamp et Rohrer mais nous met en garde contre leur conception trop simple de ce qu’est l’interprétation temporelle d’un texte. La partie centrale de cet article concerne l’identification de l’entité (ou des entités) à laquelle (auxquelles) un événement mentionné dans une phrase est relié temporellement. A. Molendijk montre que l’événement exprimé dans une phrase s’oriente souvent vers un fait impliqué ou présupposé, temporellement ou discursivement.
6Travaillant dans un cadre guillaumien, A. Jaubert essaie de dégager quel parti la stylistique peut tirer des oppositions temporelles employées par les linguistes. Elle insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une extrapolation mais d’une tentative d’observer le rendement d’un système dans un contexte particulier, celui du texte littéraire. Son propos est d’examiner comment certains temps verbaux ou tiroirs (plus particulièrement le passé simple, l’imparfait, le passé composé et le présent) contribuent, par leurs propriétés temporelles et aspectuelles, à créer une certaine image d’univers.
7Ces approches différentes, mènent à une même conclusion : une description satisfaisante de l’emploi des temps verbaux, ne peut pas se limiter à un seul niveau d’analyse, qu’il soit phrastique ou textuel, mais doit intégrer ces deux niveaux.
Notes de fin
* Je tiens à remercier A.-M. Berthonneau pour l’aide qu’elle m’a apportée dans la préparation de ce volume.
Auteur
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Carl Vetters
Université du Littoral
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