Chapitre I. Traque de la trace
p. 11-48
Texte intégral
Introduction
1Ce chapitre questionne un terme d’une complexité inattendue. La notion de trace. L’emploi fréquent du mot « trace » et un usage très répandu lui donnent les aspects d’un mot simple dont la définition est supposée évidente. Pourtant, la signification conceptuelle du terme n’est pas encore fixée. En effet, plusieurs formulations courantes distinguent ce paradigme et induisent de ce fait différentes pistes de réflexion.
2Alexandre Serres1 (2002) qui consacre une étude à cette notion de trace, constate que celle-ci n’est que peu étudiée. Il remarque tout d’abord que définir une trace en tant que telle est impossible, car elle est toujours trace de quelque chose. Le concept de trace est donc très général mais omniprésent !
3La diversité des propos qui entourent le paradigme de la trace, témoigne de l’épaisseur de cette notion, de l’irréductibilité de la mémoire, du phénomène de mutations. La trace, comme le montrent les réflexions développées dans ce chapitre, est une sorte de lien entre le passé, le présent et le devenir ; elle est un questionnement sur l’indice et l’absence, sur le temps et sur le geste, sur l’acte et le vestige… On peut s’interroger aussi, sur la trace que l’on fait et celle que l’on enlève, mais également sur la trace que l’on inscrit volontairement et la trace involontaire qu’on laisse sans le vouloir et parfois sans le savoir.
4Une autre problématique de la trace, celle de l’empreinte psychique, ouvre d’emblée sur des problèmes philosophiques complexes, redoutables, voire aporétiques selon Paul Ricœur2 (2000) lui-même, puisque se joue là, dans le rapport entre l’empreinte et le souvenir, entre la mémoire et l’imagination, ce qu’il appelle « l’aporie de la présence de l’absence ».
5La trace peut être peu durable voire éphémère ou très durable. Certaines traces s’effacent d’un coup de vent comme les empreintes laissées par des pas dans le sable, alors que d’autres vivent et perdurent et deviennent archive, information, document… À l’aune du numérique, la trace est bousculée, transformée, pistée, traquée…
6Notre questionnement concerne la trace en tant qu’empreinte sur un support, une marque, un passage, un questionnement et une mémoire du lieu, c’est-à-dire trace en tant que survivance mais également présence. Les objets, peintures, sculptures et architectures, de toutes les époques et de toutes les cultures, sont des traces de la pensée humaine. De vieilles empreintes qui ont le pouvoir de restituer immédiatement une présence qui, intentionnellement ou pas, s’est adressée à ceux qui lui survivront.
7Pour analyser toutes les nuances, voire les divergences, ce chapitre a le dessein de traquer ce paradigme de la trace, de faire un détour sur sa riche polysémie… afin de mieux dessiner ses contours.
I. La trace en elle-même ou déclinaisons du paradigme de la trace
Introduction
« Écrire : essayer méticuleusement de retenir quelque chose : arracher quelques bribes précises au vide qui se creuse, laisser, quelque part, un sillon, une trace, une marque ou quelques signes3 ».
Georges Perec
8Dès qu’il y a expérience, dès qu’il y a de la vie, dès qu’il y a renvoi à l’autre, il y a trace. La trace désigne aussi quelque chose qui perdure, demeurant toujours présent, fût-ce de façon infime et invisible. Mais signalant le « passage » d’un objet, le sillage inscrit l’écriture, le trait, l’archive, etc. organisant ainsi une dialectique complexe et passionnante entre visible et invisible – qui exige de celui qui la traque, de se transformer en « limier », cherchant un réseau d’indices.
9En effet, « la trace, réalité d’évidence, paraît échapper à tout effort pour la circonscrire comme concept4 » (Yves Jeanneret, 2011). L’incertitude de sa définition règne et sa mise en synonymie généralisée dans le langage courant entretient le doute ; de la trace avec la marque, le signal, le signe, l’indice, l’empreinte, la cicatrice etc. (Benjamin Steck, 2011)5. On peut parler d’une multitude de facettes, chacune étant mise en valeur différemment et apportant une dimension supplémentaire en fonction d’une approche contextuelle6 et une analyse d’interprétation. Les traces peuvent s’inscrire dans la pensée, dans la mémoire, dans les plus profonds processus cognitifs en prenant en compte les sentiments, les représentations, etc., des traces appartenant à l’immatériel, à l’invisible, à l’impalpable… ou peuvent être matérielles, concrètes, extérieures, représentant une importance majeure perceptible par le biais des sens.
10Cette dimension visible de la trace, inscrite dans le domaine du concret, du matériel, de l’environnemental, permet à la trace d’élargir sa polysémie et d’attirer également les polémiques dans le monde scientifique. Parce qu’une trace qu’on voit peut être un signe, une marque ou encore plus ; un symbole.
11Concernant l’architecture, nous inscrivons nos propos dans la même vision que celle des géographes qui insistent sur la différence entre les notions de « trace » et de « marque », même si leur séparation n’est pas toujours évidente (Benjamin Steck, 2011 ; Michel Lesourd, 2011).
12La trace représente le passé, le mouvement, ce qui change, ce qui se modifie, ou disparait complètement avec le temps. Au contraire, la marque est « ici et maintenant », et « ce qui fixe et stabilise la présence humaine, ce qui incruste dans une portion de l’espace et dans la durée, ce qui fait repère et référence dans les déambulations permanentes qui animent l’espace de la circulation mais aussi des représentations, ce qui en quelque sorte scelle l’identité des lieux, des sociétés qui y vivent, des hommes qui s’y reconnaissent7 » (Benjamin Steck, 2011). La marque représente la matérialité de ce qui est visible et qui définit un lieu, un territoire, un espace. La marque estampille un individu, une société, ou tout objet d’analyse et finit par peser et influencer l’identité, la personnalité, la spécificité. La marque est une trace dans une version durable, sur une échelle temporelle relative. Plusieurs traces peuvent être réunies dans une même marque. Et si la marque devient la quintessence d’une époque, d’un mouvement, d’une pensée, d’un lieu ou d’un territoire, nous considérons qu’on peut parler d’un élargissement sémantique vers le symbole.
I.1. Histoire de la trace
13D’après la définition donnée par Larousse, « la trace » est une empreinte ou suite d’empreintes sur le sol, marquant le passage d’un homme, d’un animal… ; marque, cicatrice ou ce qui reste du passé, vestiges.
14D’après le « Dictionnaire historique de la langue française » d’Alain Rey (2006), le mot trace vient du verbe tracer, qui provient de l’ancien français tracier, lui-même issu du latin tractiare, un dérivé de tractus (action de tirer, tracé, lenteur), produit de trahere (tirer). La trace a d’abord signifié, vers 1120, l’empreinte ou la suite d’empreintes laissées par le passage d’un homme ou d’un animal, puis d’une chose (par exemple, on parle de trace de voiture en 1690). Le sens figuré de l’empreinte apparaît peu après, vers 1190, avec la notion de la « manière d’agir », qui deviendra « l’exemple à suivre » en 1530 (donnant lieu à l’expression « marcher sur les traces de quelqu’un »). Le premier sens de la trace est donc bien l’empreinte, qu’elle soit matérielle ou morale.
15Selon Alexandre Serres8 (2002) un deuxième sens de la trace apparaît vers 1250 : l’égratignure ou le sens actuel, la marque. Une extension du terme pour désigner la marque laissée par ce qui agit sur quelque chose. Cette notion de trace comme égratignure débouche, également au XIIIe siècle, sur le sens figuré de la marque d’un événement, avec l’idée « d’impression qui reste de quelque chose », puis « ce qui subsiste du passé » vers 1538, notamment dans la mémoire (en 1679). Cette acception donnera lieu, beaucoup plus récemment (1847), à l’emploi du troisième sens de la trace, celui de « petite quantité ».
16Dans le domaine graphique apparaît dès 1439 un autre sens, avec l’idée de trace « faire une trace pour raturer, effacer », ou au sens plus moderne de trait au XVIe, lorsque « tracer quelque chose » signifie écrire, puis, au début XVIIe, marquer, représenter au moyen de lignes et enfin « marquer le contour ».
17Enfin, à l’aune de l’informatique, apparaît un nouveau paradigme ; la trace numérique. Elle relève de données toujours croissantes et souvent non intentionnelles que nous essaimons. Les traces numériques favorisées par un changement de support de nos inscriptions produisent de l’information sur nos comportements avant même qu’un message-cadre vienne les « intentionnaliser » par une métacommunication.
18Après ce parcours historique inaugural, l’actualité des questionnements contemporains, induite surtout par la performance des outils technologiques, impose l’analyse de la notion de la trace et la traque de ses usages.
I.2. Autour de la trace
19La trace, qu’est-ce que c’est ? Quel lien et quelle différence entre la trace et la marque ? Une trace peut-elle se transformer en marque ? Et la marque en symbole ? Quelle relation entre la trace et une représentation ? Comment situer la trace par rapport au matériel et à l’immatériel, à ce qui est (res)senti avec nos sens ou ce qui est construit dans le champ de la mémoire, de la pensée et qui devient imperceptible à première vue ?
20Diverses acceptions et significations désignent le terme trace. Pour déterminer notre point d’ancrage et le lien avec notre problématique, nous devons interroger la notion de trace, une notion a priori simple, banale. Pourtant il n’est pas aisé de la définir. Tout le monde sait ce qu’est une trace, utilise le terme couramment. Pour autant, selon Yves Jeanneret9 (2011), proposer une théorie de la trace ou tenter de faire un classement typologique de ses usages ferait preuve de légèreté de la part de celui qui s’y aventure. Pour ne pas trop s’égarer, nous avons choisi de l’aborder d’abord à travers une approche lexicale et étymologique, en faisant appel à différents penseurs, afin de mieux dessiner ses contours.
21Si le sens lié à la trace est pluriel, peu nombreux sont les chercheurs qui ont analysé cette notion. Parmi les plus connus, Jacques Derrida10 (1967) a été le premier à véritablement étudier ce concept et élaborer une riche « pensée de la trace ». Paul Ricœur11 (2000) et d’autres chercheurs comme Carlo Ginzburg12 (1989) ont eux aussi beaucoup travaillé sur cette notion qui a occupé une place essentielle dans leurs réflexions. Pourtant, si on devait établir un corpus de spécialistes de la trace, la liste serait très courte. En effet, assez peu de penseurs ont spécifiquement réfléchi sur la trace en elle-même, si ce n’est en lien avec la mémoire, l’histoire, l’écriture, la technique…
22Alexandre Serres13 (2002) présente la trace comme une notion complexe car elle est liée au « référent ». Il précise que la trace se caractérise par son génitif intrinsèque, son caractère d’appartenance, au sens où la trace est toujours trace de quelque chose (un événement, un être, un objet…).
23Comme elle n’a pas d’existence propre, elle ne se définit jamais par elle-même mais toujours par rapport à la représentation qu’on en fait et le sens qui en est induit. La trace renvoie donc à une dialectique entre la réalité sensible, matérielle et visible, et la réalité symbolique (cf.Figure I.1).
24Compte tenu de l’universalité de la trace, il n’est pas possible de faire une présentation exhaustive de ses différentes facettes. Il s’agit ici d’en caractériser seulement certains traits afin de décliner les sens récurrents. La notion de trace est en effet complexe, notamment du point de vue sémantique. Elle porte plusieurs sens et acceptions courantes :
- la trace comme empreinte sur le sol marquant le passage d’un homme, d’un animal, d’un véhicule… mais également au sens figuré, comme marque psychique, avec notamment la problématique de la mémoire et de l’imagination14 (Paul Ricœur, 2000) ;
- la trace comme marque laissée par une action, un événement passé, un coup, avec pour synonyme reste ;
- la trace comme mémoire, avec la question du document comme trace du passé, la connaissance par traces (Paul Ricœur15, 2000 ; Paul Veyne16, 1978 ; Marc Bloch17, 1974) ;
- la trace comme indice ou quantité infime, de l’ordre du détail avec le « paradigme indiciaire » (Carlo Ginzburg, 1989) ; « On ne fabrique pas une trace, on la laisse, et ce sans intention aucune. […] À la différence du signe que nous créons, la signification d’une trace existe au-delà de l’intention de celui qui la génère. C’est justement ce qui échappe à notre attention, à notre contrôle ou à notre vigilance qui, à partir de nos actes, prend la forme d’une trace18 » (Sybille Krämer, 2012).
- la trace comme ligne, projection sur un plan et les problématiques de la trace écrite (Jacques Derrida, 1967) et de la « traçabilité ». Selon Alexandre Serres « avec Derrida, Leroi-Gourhan et Stiegler, la notion de trace prend ainsi toute son ampleur et se confond avec la question de la technique : penser les traces revient à penser les processus d’extériorisation de l’homme à travers ses artefacts et notamment le processus d’extension de la mémoire collective, depuis les premiers silex jusqu’aux mémoires numériques actuelles19 » (Serres, 2002). Jacques Derrida a effectivement développé une véritable pensée de la trace, globale et très ambitieuse, puisque, chez le philosophe de la déconstruction, la trace se confond avec l’écriture.
Figure I.1. La problématique de la trace et ses partitions.

25Cette quintuple partition n’est certainement pas un inventaire exhaustif des problématiques liées à la notion de trace, mais simplement une tentative de classer des réflexions et des approches différentes mais ayant toutes à voir avec la trace.
I.3. Traces (simples) et sens (complexes)
26L’Homme a toujours laissé partout les traces de son passage et de ses activités. Il porte les empreintes de son histoire, de l’environnement dans lequel il évolue mais laisse également des traces qui indiquent son comportement, ses choix et son passage. Aujourd’hui, de nouveaux phénomènes liés à la trace et la traçabilité induite font que chacun est susceptible d’être à tout moment traqué. Ceci suscite chez les chercheurs en sciences humaines, des analyses intégrant de nouvelles significations de la notion de trace, comme les « traces langagières », les « traces corporelles », les « traces de mobilité »… L’ouvrage pluridisciplinaire L’Homme trace. Perspectives anthropologiques des traces contemporaines20 dirigé en 2011 par Béatrice Galinon-Melenec offre une riche réflexion sur la multitude de sens de cette notion en cours de conceptualisation. Dans cet ouvrage collectif de 412 pages, les auteurs se sont associés pour traquer la déclinaison de l’usage contemporain du terme « trace ». Des auteurs très divers, issus de plusieurs disciplines : les sciences de l’information et de la communication (Yves Jeanneret, Jean-Jacques Boutaud et Stéphane Dufour, Fabienne Martin-Juchat et Julien Pierre, Annick Monseigne, Gino Gramaccia), les sciences du langage (Gilles Gauthier, Maryvonne Holzem), la sociologie (Christian Papilloud, Marc Bernardot), l’informatique (le groupe NU, Jacques Labiche), la psychologie sociale (Nadia Lepastourel, Benoît Teste), la géographie (Benjamin Steck, Michel Lesourd).
27En examinant la notion de trace, ces auteurs ont construit des perspectives anthropologiques des traces contemporaines, et proposé, pour l’analyse de leur signification, la prise en compte non seulement de la contextualisation de leur production mais aussi leur interprétation.
28La trace humaine se trouve partout et exprime le lien d’une part entre le passé et le présent mais également l’action de l’homme sur son environnement. Cependant, ces traces laissées par le passage de l’homme ne sont pas toujours reconnues, observées, interprétées. Lorsqu’elle est repérée, la trace prend sens dans une dynamique qui relie son contexte de production et d’interprétation. Le sens de la trace doit donc être compris entre un fait et la capacité réceptive et interprétative que l’on peut avoir. La trace se repère et s’interprète en fonction du processus d’interactions entre un individu en situation et l’environnement dans lequel il évolue. D’autre part, le sens de la trace est défini par sa nature. On peut distinguer :
- la trace matérielle ou « traces-artefacts ». Selon Yves Jeanneret, la trace est portée par un objet matériel, visible et doté d’un potentiel de sens particulier. Cet objet est pourvu d’une matérialité singulière qui, tout en signalant le présent, évoque un passé « absent mais postulé ». On ne relève pas la trace ; on ne l’interprète que parce qu’elle intègre un projet. La trace est donc une représentation et un support de l’énonciation.
- la trace portée dans et par le corps. Selon Jean-Jacques Boutaud et Stéphane Dufour le corps est un élément incontournable dans la compréhension des phénomènes de perception, de représentation et de jugement en évoquant l’« indicible » de la sensorialité. Ils traitent du langage du corps et étudient l’empreinte gustative et observent que sa valorisation figurative présuppose une « sémiotique esthésique21 ». La trace devient saveur plutôt qu’image.
- présence ou absence (effacement volontaire) de traces liées au passage de l’homme. Pour Gino Gramaccia la trace est associée à la mobilité naturelle de l’homme et aux empreintes qu’il laisse sur son passage. Cette interprétation qui suppose une relation de causalité introduit également la différence entre trace, indice et signe.
- Fabienne Martin-Juchat et Julien Pierre intègrent cette analyse en étudiant le différentiel entre le projet de l’émetteur du message (« sémiotisation de soi », développement du sentiment d’appartenance et d’identité pour et par les réseaux sociaux) et l’usage qui est fait des traces par des récepteurs et des interprètes non anticipés.
29D’autres comme Bruno Bachimont22 (2010) considèrent que la trace est à la fois « tout objet matériel, corporel (cérébral) ou extracorporel (instrument, outil), pouvant servir de support à une remémoration ». La trace est donc une inscription qui permet la stabilité et est ce qui permet de faire une différence entre le souvenir et l’imagination.
Bilan
30L’emploi fréquent et souvent irréfléchi du mot trace dans la langue courante, mais aussi dans le domaine artistique et dans différents champs scientifiques, lui confère une apparente simplicité derrière laquelle se cache pourtant une complexité inattendue.
31Qu’est-ce qu’une trace ? Qu’entend-on par trace par opposition à empreinte, signe, symptôme ou indice ? Quelles sont ses caractéristiques, comment fonctionne-t-elle et comment est-elle traitée ? C’est à ces interrogations autour du concept de trace qu’a été consacrée cette partie.
32Les réponses que nous avons esquissées orientent notre réflexion vers le sens contemporain qui est accordé à la notion de trace et oblige, non seulement à contextualiser la trace et ses inscriptions mais également repenser l’obsession actuelle de la traçabilité humaine. La diversité des chercheurs qui travaillent sur la thématique de la trace, les angles d’approche, les niveaux de langage et les disciplines convoquées, permet d’intégrer l’approche de plusieurs disciplines en sciences humaines et sociales dans nos travaux.
II. Traces et inscriptions
Introduction
« Un poète doit laisser des traces de son passage, non des preuves. Seules les traces font rêver23 ».
René Char
33Une trace est toujours un signe de quelque chose, qui peut soit prendre la forme d’un indice isolé, soit celle d’un ensemble d’indices. La notion de trace-indice, cette idée de détails, de traces infinitésimales, mais aussi d’empreintes physiques, matérielles (les traces de pas) nous renvoie à la célèbre notion d’indice dans la sémiotique de Peirce et à la triade indice-icône-symbole. L’indice y est défini comme la trace sensible d’un phénomène, la marque matérielle d’un signe. Reprenant les classifications de Peirce, Régis Debray distingue l’indice de l’icône et du symbole :
« L’indice est une partie de l’objet, ou en contiguïté avec lui (une relique est un indice, l’empreinte de pas sur le sable, la fumée d’un feu). L’icône ressemble à la chose sans en être. Elle n’est pas arbitraire mais motivée par une identité de proportion, ou de forme (portrait du Saint). Le symbole, lui, n’a plus de rapport analogique avec la chose mais simplement conventionnel : arbitraire par rapport à elle, il se déchiffre à l’aide d’un code (signalisation routière)24 ».
34La notion de trace renvoie, comme nous l’avons précédemment écrit, également à la problématique de la trace-mémoire qui a fait l’objet de réflexions approfondies chez les historiens Marc Bloch et Paul Veyne, et chez Paul Ricœur, dont nous ne pouvons rendre compte ici que superficiellement. « Connaissance par traces » pour Marc Bloch, l’histoire se fonde également pour Paul Veyne sur une connaissance indirecte, symbole du paradigme indiciaire : « En aucun cas ce que les historiens appellent un événement n’est saisi directement et entièrement : il l’est toujours incomplètement et latéralement à travers des documents ou des témoignages, disons à travers des teckmeria, des traces25 ». Pour Ricœur, la trace « est à la connaissance historique ce que l’observation directe ou instrumentale est aux sciences de la nature26 » c’est-à-dire le fait de découvrir quelque chose par accident et sagacité alors que l’on est à la recherche de quelque chose d’autre.
II.1. Du signe à la trace ou de l’indice à la trace
35Évoquer les traces, c’est se référer au signe qui subsiste d’un passé. Les survivances, les vestiges, les ruines, peuvent témoigner d’un événement, d’une filiation, d’une activité humaine, d’une culture. Ces signes ont toujours intéressé les hommes car ils matérialisent ce qui a disparu, permettent de l’étudier, de se souvenir, de commémorer… de se le représenter.
36Cette quête d’exploitation des signes renvoie à la question de la trace et de ce qui reste. La trace peut être matérielle : une archive, un objet. Elle peut aussi marquer un territoire : une stèle, un monument, et cela induit un objet, un document, un texte, une architecture, une épigraphie… un tracé. Ce besoin de matérialisation se retrouve par exemple dans ces bouquets de fleurs fixés à un arbre ou à une glissière de sécurité le long des routes, parfois accompagnés d’une photographie, manifestations d’une volonté d’inscrire par une trace que l’on n’oublie pas ceux qui ont disparu en ce lieu… Ils nous informent qu’à cet endroit, des personnes ont perdu la vie, et que d’autres partagent leur souvenir et le communiquent à travers la présence des fleurs. Ce signe « fleurs » permet de garder une trace de ceux qui ont disparu et devient ainsi un « lieu de mémoire27 », selon le concept de Pierre Nora, ou en lien avec la mémoire car elle peut servir de socle à une remémoration28.
37Paraphrasant Arlette Farge29, on peut avancer que de ces « signes par milliers », de ces « documents » pour reprendre la nomination de Marc Bloch30, il faut faire un tri. Paul Ricœur31 l’exprime très bien : lorsqu’il existe trace, ce n’est plus de la mémoire vraie, il y a médiation et histoire comme rapport entre le présent et le passé, résultat d’une reconstruction, d’un tri opéré dans ces signes laissés par l’activité humaine.
38Sur le plan théorique, la trace-indice a donné lieu à une réflexion importante, celle de l’historien italien Carlo Ginzburg. Dans un texte célèbre32 paru en 1989, il a retracé l’émergence, au XIXe siècle, d’un nouveau modèle épistémologique en sciences humaines, qu’il a qualifié de « paradigme indiciaire ». L’historien désigne par-là, l’analogie entre trois méthodes de recherche, utilisées dans des domaines très différents :
- la critique d’art, avec les travaux de l’amateur d’art, Giovanni Morelli33, sur l’attribution de tableaux à leur véritable auteur. La « méthode Morellienne » est devenue célèbre en histoire de l’art car elle permettait de distinguer un document authentique d’une copie par l’attention aux plus petits détails (le lobe d’une oreille, les ongles, la forme des doigts, etc.) ;
- la littérature, avec les romans de Conan Doyle et la méthode de Sherlock Holmes, relevant tous les indices imperceptibles (cendres de cigarettes, empreintes, etc.)
- la psychanalyse avec Freud, qui, dans un essai, « Le Moïse de Michel-Ange », se réfère à Morelli et à sa méthode indiciaire et fait de l’attention aux détails triviaux l’une des sources de la psychanalyse. Freud dit ainsi, à propos de Morelli : « Je crois que son procédé est étroitement apparenté à la technique de la psychanalyse médicale. Celle-ci aussi est habilitée à deviner les choses secrètes et cachées à partir de traits sous-estimés ou dont on ne tient pas compte, à partir du rebut – de refuser – de l’observation34 ».
39Établissant des analogies entre ces différents domaines précédemment cités, nous pouvons avancer que toutes les méthodes de recherche fondées sur une connaissance indirecte, par traces, par indices renvoient au paradigme indiciaire. Selon Paul Ricœur35, trois grands aspects le caractérisent :
- l’individualité de l’objet d’analyse : les « disciplines indiciaires » (selon l’expression de Carlo Ginzburg), à savoir la médecine, la jurisprudence, la philologie mais aussi l’histoire, sont des disciplines « qualitatives », centrées sur l’étude de phénomènes, ou de documents singuliers, individuels, se prêtant mal ou peu aux quantifications. La même idée se trouve également chez Paul Veyne, à propos de l’histoire, qui « s’intéresse à des événements individualisés, dont aucun ne fait pour elle double emploi36 » ;
- le caractère indirect du déchiffrement : la connaissance s’opère par traces, par documents, et non par expérimentation ou observation directe ;
- le caractère conjectural : de nombreuses analogies sont relevées par Ginzburg entre le paradigme indiciaire et les pratiques de divination de l’Antiquité, notamment la similitude des comportements cognitifs et des opérations intellectuelles (analyse, comparaison, classification).
40Ce qui est important pour nous, c’est que selon Ginzburg, une inscription indicielle doit, pour acquérir le statut de trace, être mobilisée comme signe que quelque chose a eu lieu, rendant ainsi possible une interprétation qui mette en jeu le passé. Sa production peut dépendre ou pas d’une intentionnalité.
II.2. Trace-empreinte
41Paul Ricœur est l’un des premiers chercheurs à s’être intéressé à la problématique de la trace et à en établir un lien direct avec la problématique initiale de l’empreinte, formulée par Platon mais aussi par Aristote. Il écrit : « L’hypothèse – ou mieux l’admission – de l’empreinte a suscité au cours de l’histoire des idées, un cortège de difficultés qui n’ont cessé d’accabler non seulement la théorie de la mémoire mais celle de l’histoire, sous un autre nom, celui de trace37 ».
42Paul Ricœur a également dressé trois emplois majeurs du mot « trace » :
- la trace affective, « l’affection résultant du choc d’un événement » : il s’agit là de la trace psychique, de la trace éprouvée. La trace affective est à la source de nos opinions, de nos sensations, de notre mémoire, de notre ignorance…
- la trace corporelle, cérébrale, corticale, étudiée par les neurosciences : la « trace mnésique » comme « substrat matériel », servant à la connexion entre les impressions du monde extérieur et les empreintes matérielles dans le cerveau.
- la trace écrite, éventuellement archivée, sur support matériel, sur laquelle travaille, notamment, l’historien. En anglais, l’équivalent est le terme « mark » qui désigne une trace qu’on veut laisser – une marque volontaire – et « trace » celle qui demeure simplement, incidemment, d’un passage. Il est en revanche possible en français de jouer avec ces deux acceptions de trace. Écrire peut ainsi être vu comme tracer des signes, et il s’agit bien alors de laisser des traces qui fassent signe, pour qu’elles fassent signe. Paul Ricœur opère aussi une distinction fondamentale entre traces écrites et non écrites. Les traces écrites se confondent avec les archives, qu’il définit comme l’ensemble des traces écrites, c’est-à-dire des témoignages, volontaires ou non, recueillis, transcrits et stockés. Ce qu’il appelle le « moment de l’archive » étant défini comme celui de « l’entrée en écriture de l’opération historio-graphique ». Avant l’archive, le témoignage est originairement oral et ne devient archive qu’à partir de sa transcription, de son basculement dans le monde de l’écrit. L’archive, qui est de l’ordre de l’écriture, n’est pas seulement l’ensemble des témoignages écrits, c’est aussi un lieu social et un « lieu physique qui abrite le destin » de la trace documentaire, distincte de la trace cérébrale et affective.
43Par ailleurs, Sylvie Leleu-Merviel38 (2011) considère que l’empreinte ne peut être hissée au rang de trace que si elle est inscrite dans un pattern pertinent et crédible. La trace est donc une empreinte document c’est-à-dire qu’elle représente une base de connaissance fixée matériellement et est susceptible d’être utilisée pour consultation, étude ou preuve. La trace peut aussi être numérisée et constituer une base de connaissance numérique qui implique de nouvelles formes d’écriture (Deransart, 2011).
Figure I.2. Ontologie de la trace.

II.3. Trace-écriture
« Chaque trait est habité de sa propre histoire, dont il est l’expérience présente ; il n’explique pas, il est l’événement de sa propre matérialisation39 ».
Cy Twombly
44L’écriture est-elle une trace ? L’écriture permet de conserver la pensée de l’auteur même disparu. Elle est une trace de ce qui, sans elle, serait évanoui. La trace écrite est mémoire, préservation ; elle « conserve le discours et en fait une archive disponible pour la mémoire individuelle et collective40 ». Avant de maîtriser ce mode de communication l’homme a d’abord tracé des dessins, des signes afin de représenter ce qu’il voulait transmettre comme message. Les hommes préhistoriques ont orné leurs grottes de scènes de chasses et de cavalcades qui avaient certainement l’intention de transmettre une information. Ces empreintes de mains, pour certaines avec les doigts mutilés ou simplement repliés, comme dans la grotte Chauvet, peinte il y a 35 000 ans sont porteuses d’un système de code, souvent associé à des séries de points, qui montre la volonté de partager une information, avec d’autres hommes ou avec des divinités.
45Si la dimension religieuse a toujours été liée à la trace-écriture, ce n’est pas elle qui a poussé nos ancêtres à s’approprier le langage écrit. L’homme a, par nécessité, appris à calculer. Pour échanger leurs marchandises, les Mésopotamiens ont d’abord employé des cailloux (« calculi » en latin, qui a donné… « Calcul ») pour faire leurs comptes, puis, à Uruk41, il y a près de 6 000 ans, ils les ont remplacés par des boules en terre cuite. Couvertes d’encoches plus ou moins importantes, ces boules devenues trop réductrices sont enfin remplacées par des « tablettes » faites d’argile et servant d’aide-mémoire. Sur ces supports, ils tracent en le perfectionnant leur système numérique et ajoutent des symboles pour savoir s’il est question d’ânes, de poules ou d’épis… Ainsi apparaissent les premiers pictogrammes (traces représentatives schématiques), d’abord assez ressemblants, puis de plus en plus simplifiés.
46Aux dessins maladroits de poissons, soleils et charrues s’associent ensuite des idéogrammes (traces représentant une idée) comme le pied, pour désigner le déplacement. Petit à petit, ces traces se simplifient à l’extrême au point de rendre difficilement reconnaissable la figure d’origine.
47Dans le même temps, vers 3 000 av. J.-C., en Mésopotamie, les traits deviennent anguleux, ce qui vaut à cette écriture le nom de « cunéiforme » (expression latine qui signifie : en forme de clou). Facilement identifiable, elle reproduit le bout triangulaire du calame utilisé par le scribe, qui ensuite marque un trait droit, gagnant un temps considérable. Mais du coup, les traces perdent leur valeur figurative. Et pour aller plus vite, on passe de la lecture verticale à la lecture horizontale. On ne reconnaît plus rien, il faut trouver un autre système de traces ! Un dessein révolutionnaire surgit : il suffit d’attribuer au signe représentant un chat, le son « cha ». La naissance de l’écriture phonétique permet d’élargir considérablement la famille des mots transposables à l’écrit, en particulier en ouvrant la voie aux notions abstraites.
Bilan
48Au travers des signes tracés, des traces d’écriture, se crée peu à peu l’acte d’écrire et devient écriture. En produisant des lignes « signifiantes », le scripteur s’engage dans un processus qui lui fait prendre conscience que son tracé porte un sens et transmet un message. Ré-interroger la notion de trace nous permet, comme le suggère Yves Jeanneret42, de considérer le faire-trace comme central. Cet acte de construction progressive associe quatre catégories de processus info-communicationnels : l’empreinte, l’indice, l’inscription, notions déjà analysées et le tracé qui sera développé dans la partie qui suit.
III. Trace et contextes tracés
Introduction
« À présent de lui-même avec ses propres forces… le petit d’homme va faire s’accomplir des tours, de façon à en voir, à en retenir la trace. Mais plus que les traces, le geste compte, l’acte, le faire du cercle43 ».
Henri Michaux
49Le tracé est important car il permet de conserver la pensée. Grâce à une transcription marquée sur un support, il représente une trace de ce qui, sans lui, serait disparu. Le tracé est donc transmission d’un discours sur un support. Mais un tracé peut aussi naître tel dans la volonté de celui qui est derrière l’acte de tracer. Il y a donc une distinction entre le tracé comme trace d’une présence et le tracé comme intentionnalité, comme ensemble de signes signifiants. Mais de quoi les signes sont-ils les traces ? Un signe n’exprime rien tout seul même si nous avons vu ces dernières années certains historiens parler des « aveux des archives44 », ces morceaux de papiers, « être incarnés de l’événementialité45 ». En effet, « quels qu’ils soient (documents, textes, objets) les matériaux de l’histoire ne posent pas de questions […] ». C’est donc à celui qui la décrypte « de poser les bonnes questions et de restituer le bon contexte conceptuel. Ce doit être chez lui une démarche consciente et systématique46 » car les signes ne parlent pas toujours d’eux-mêmes.
III.1. Support de la trace
50Les premiers hommes se servirent des parois des grottes comme support pour communiquer : un support défiant les siècles mais pas facilement transportable. Il fallut trouver mieux… Les supports des transcriptions ont déterminé au fil de l’Histoire nos façons de lire, écrire et communiquer. Chaque civilisation, pour accéder à l’écrit, depuis environ 3 000 ans av. J.-C., a dû dénicher une solution pour utiliser un support trouvé dans son environnement : l’argile chez les Mésopotamiens, le papyrus chez les Égyptiens, le bambou chez les Chinois47.
51Dans les vallées de l’Euphrate et du Nil, les scribes se servent de « calames », et tracent les lettres sur le papyrus. Mais autour du bassin méditerranéen, ils sont bientôt concurrencés par un nouveau support, le parchemin. Dans les premiers siècles de notre ère, les Romains utilisent pour les notes de la vie quotidienne des tablettes de bois recouvertes de cire, appelées « codex » (du latin caudex, souche ou tronc d’arbre). Ils en viennent à relier ces tablettes par des lanières puis les remplacent par des feuilles de parchemin. Pliées plusieurs fois, ces feuilles forment des cahiers (du latin quaternio : plié en quatre) qui sont ensuite cousus ensemble. Il s’agit ni plus ni moins de l’ancêtre de nos livres. Cette nouveauté va proprement révolutionner la manière de tracer des inscriptions, de lire, d’apprendre et de communiquer. Beaucoup plus maniables que les rouleaux (« volumen »), les livres (« codex ») permettent en premier lieu des éditions compactes. Aux Ve et VIe siècles48, copier et dupliquer les manuscrits était le domaine réservé d’une élite d’administrateurs et de clercs d’Église. Le métier se laïcise dès le début du XIIIe siècle avec l’apparition d’ateliers indépendants. En empruntant un raccourci historique, on peut introduire le support le plus usité aujourd’hui ; le livre.
52Le mot « livre » vient du latin liber signifiant « aubier », pellicule présente sous l’écorce. D’ailleurs, le terme anglais write (« écrire ») a pour origine « faire des encoches sur un arbre ». Et si l’on s’accorde sur le lien entre « craie » et « crayon », on hésite encore sur l’ancêtre du « bouquin » : « bouc » ou « hêtre », d’après sa racine germanique présente encore dans d’autres langues (par exemple dans l’anglais « book » : « livre ») ?
53Parce que les supports modernes n’ont plus de rapport direct avec la nature, leur nom est désormais orienté vers l’idée d’utilisation : l’ordre a donné « ordinateur », et l’information, « informatique ».
III.2. Tracer sur le tracé ou Palimpsestes
« J’espère que vous ne grattez pas mes lettres pour récrire les vôtres par-dessus49 ? »
54Si on peut parler de trace-écriture, il faut aussi parler de trace sur l’écriture ou palimpseste50. L’étymologie de ce mot « Gratté de nouveau » indique la nature de ce document. On désigne sous le nom de palimpseste les documents écrits sous l’écriture desquels on aperçoit des traces d’une écriture plus ancienne effacée. Il s’agit donc d’un parchemin dont on a effacé à la pierre, poncé les traces écrites d’origine pour y copier de nouvelles lignes. Dès l’Antiquité, comme le parchemin coûtait très cher, il fallait trouver des astuces pour redonner une nouvelle vie aux manuscrits qu’on ne lisait plus. Ce procédé consistait, soit à se servir de vieux papyrus écrits en les doublant de nouvelles couches de papyrus pour confectionner ainsi de nouvelles feuilles, soit à effacer l’écriture pour les récrire de nouveau. Les copistes se sont souvent servi d’anciens manuscrits pour en refaire de nouveaux. L’ancienne écriture était poncée et lavée, les feuilles souvent recoupées pour changer le format du volume.
III.3. Interprétation
« L’espace est un doute : il me faut sans cesse le marquer, le désigner ; il n’est jamais à moi, il ne m’est jamais donné, il faut que j’en fasse la conquête51. »
Georges Perec
55Tout tracé ou toute inscription peut faire trace. Et une trace est un indice qui doit être interprété, puisqu’il est trace de quelque chose (génitif intrinsèque52). Dans la pensée de Paul Ricœur, le tracé est fait par quelqu’un et à destination de quelqu’un53. Le tracé est une proposition de relation, qui n’a de sens que par les résonances qu’il provoque chez un lecteur et ne vit que s’il est interprété. Sans quoi, il n’est qu’une tache pour la vue. Comment le lecteur fait-il pour le comprendre ? Paul Ricœur s’intéresse d’abord au lecteur savant, celui qui fait profession d’analyser ce tracé, en décrivant sa structure et en repérant les unités sémantiques qui le composent… Cette démarche est essentiellement explicative : elle est objective, descriptive, distanciée.
56L’autre démarche, interprétative, a une autre perspective : elle laisse le lecteur « achever » le tracé, en quelque sorte « écrire sur l’écrit » en faisant résonner ce tracé dans son expérience, en lui trouvant une actualisation, une signification personnelle, qui le concerne. Le lecteur s’approprie le tracé et il donne du sens à ce qu’il lit. Nous pouvons alors proposer la définition suivante : un tracé est un ensemble de signes, interprétés comme signe d’un événement ou d’un processus passé, utilisé au cours d’une activité dans laquelle cette signification est mobilisée. Par exemple, quand un historien découvre sur la paroi d’une grotte la trace peinte d’une main et que l’analyse révèle que cette image date d’au moins 18 000 ans, il est bouleversé. Cette si vieille empreinte a le pouvoir de restituer immédiatement la présence de la personne qui, intentionnellement, s’est adressée ainsi à ceux qui lui survivront. L’intérêt artistique de cette empreinte n’a pas été perçu dans un premier temps. Aujourd’hui, il ne fait plus de doute. Il s’agit d’un geste volontaire qui est peut-être une signature et qui ne peut nous laisser indifférents. Cette empreinte « codée est une image pérenne, une trace inscrite, un document qui se donne à lire pour faire sens auprès d’au moins un lecteur qui, dès lors, le légitime54 ».
57L’interprétation est donc au cœur du système de trace. En effet, la trace devient trace à partir du moment où elle est interprétée comme telle. L’interprétation de la trace est elle-même une trace (cf.Figure I.3). Une trace est donc une inscription interprétée au cours d’une activité mobilisant cette interprétation comme étant trace de quelque chose. Daniel Bougnoux55 rappelle que « la continuité et la contiguïté naturelles des indices les placent à la naissance du processus signifiant », puisque l’indice se tient à cheval entre réalité sensible et signification, entre phénomène physique (une fumée) et interprétation (c’est un feu). La trace comme indice n’existe donc que sous le regard, elle n’a pas d’existence propre (une trace est toujours trace « de quelque chose »), et elle présuppose une démarche interprétative pour la déchiffrer. En effet, l’indice une fois isolé et décrypté est signe qu’un événement a eu lieu. Il met en jeu une interprétation causale liant l’événement à son signe. Le degré de fiabilité de l’interprétation passe alors, du certain que quelque chose a eu lieu au plus ou moins probable de l’identification de l’événement source puis éventuellement du processus l’ayant mis en jeu.
Figure I.3. Trace et interprétations.

58Pour Yves Jeanneret56 (2011), la trace est un objet pourvu d’une matérialité singulière qui, tout en signalant le présent, évoque un passé « absent mais postulé ». Il analyse des « traces-artefacts » qui matérialisent les représentations humaines en les situant en dehors du corps et rappelle ainsi les théories interprétatives du tracé.
Bilan
59Le tracé est une marque sur un support. Les traces qui le composent sont susceptibles de provoquer un processus interprétatif de construction de connaissance, plongé dans le contexte de l’interprétant.
60Yves Jeanneret ajoute que le tracé est perçu et interprété parce qu’il intègre un projet et est susceptible de rentrer dans des rapports de médiation. Il est donc propre à la représentation sociale de chacun et fait appel au contexte de réception de la trace. Il passe par un parcours qui intègre tour à tour l’inscription, l’indice et le tracé, et révèle donc des pratiques sémiotisées par l’écriture et tournées vers le lecteur.
IV. Trace en création
Introduction
« C’est le vécu, saisi au niveau du milieu dans lequel le corps se déplace, les gestes qu’il fait, toute la quotidienneté liée aux vêtements, à la nourriture, au voyage, à l’emploi du temps, à l’exploration de l’espace. […] Pour moi c’est cela le véritable réalisme : s’appuyer sur une description de la réalité débarrassée de toutes présomptions. […] Tout le travail d’écriture se fait toujours par rapport à une chose qui n’est plus, qui peut se figer un instant dans l’écriture, comme une trace, mais qui a disparu57 ».
Georges Perec
61La trace joue un rôle important dans des disciplines aussi variées que la philosophie, la médecine, l’art, la littérature, la sociologie, l’histoire, l’architecture, la pédagogie, l’informatique et bien d’autres. Dans tous ces domaines, une trace résulte d’une séquence d’événements ordonnés. La cause ou l’explication de l’événement désigne l’action. La trace est donc induite par des actions qui sont le fait d’un processus connu ou inconnu. Ce processus permet d’élaborer des connaissances et est basé soit sur la collecte des traces soit sur leur création. L’émergence des nouvelles technologies et la nécessité d’un renouvellement créatif induisent une révision complète des notions de traces, de mise en récit, d’accès à la signification, et plus généralement d’écriture.
IV.1. Traces en action
62Si la trace est polysémique, si elle est considérée par différents auteurs respectivement comme empreinte, indice (petite quantité, détail), mémoire (document, histoire) ou ligne (écriture), selon Alexandre Serres58, elle est fondamentalement extériorité. Une première observation schématisée (cf.Figure I.4) par Pierre Deransart (2011) montre qu’on n’est pas loin d’une notion assez générale, « les différences portant moins sur la forme des objets-traces, dont une sorte de syntaxe générale pourrait être reconnue, que sur leur abondance potentielle, leurs traitements associés, et la nature des connaissances recherchées59 ».
63Un premier niveau de lecture met en relief quatre grandes catégories correspondant à des marques psychiques, indiciaires, mnémoniques et instrumentales. Les marques mnémoniques se déclinent en trois sous-catégories : neuronales, sociétales et physiques.
64Les traces de type indiciaire se retrouvent dans l’exploration de la nature et le travail des historiens, et sont génératrices de récits, qui peuvent eux-mêmes être considérés comme traces et outils d’interprétation pour d’autres traces. En parallèle, l’approche instrumentale produit des mesures utiles pour l’observation et la découverte de nouvelles connaissances. De manière générale et selon Pierre Deransart (2013), ces processus se retrouvent sous forme de documents appartenant à des corpus de recherches.
65En bas de cette tentative de classement, se trouvent quelques disciplines en action autour de la trace : histoire (accumulation d’indices, de récits et d’explications), sciences humaines (échanges au sein de groupes sociaux) ou travail en environnements médiés, propre à l’observation dans la démarche scientifique.
66Enfin les liaisons en pointillé mettent en relief quelques reliances porteuses de sens partagés entre différents domaines d’action.
Figure I.4. Trace, action, usage et interprétation.

67Il semble alors que la différence entre les notions d’inscription et de trace soit ténue. Selon Yannick Prié60 les inscriptions composant le monde de l’homme sont de façon générale les traces de la co-individuation de l’espèce et de ses artefacts culturels ; elles participent en tant que telles à l’activité humaine. D’autre part, toute inscription mobilisée dans une activité humaine fait partie des traces de cette activité et peut être mobilisée dans les activités suivantes. Une trace est donc par définition une inscription mobilisée dans une activité humaine. Elle est mémoire de la prospection, mémoire du marquage et de l’écriture, qui serviront donc de support au dialogue qu’entretient l’auteur soit avec lui-même soit avec d’autres acteurs, pendant et/ou après l’action.
IV.2. Traces en création
68Édifier une phénoménologie du processus de création est un projet immense et peut-être impossible à achever. Cependant resserrer la réflexion autour d’un type particulier de création, la création picturale, permet d’approcher cette action et tenter une démarche descriptive de son processus.
69La trace picturale, un autre système de traces, marque une survivance, une présence, une mémoire… En France, c’est au XIXe siècle que la trace authentifiant la singularité de l’artiste, son « génie », est considérée avec intérêt. À partir de la deuxième partie du même siècle, la trace du geste prend une valeur expressive. On commence alors à analyser les traces et à décrypter les gestes de l’artiste. C’est ainsi qu’on découvre que les coups de brosse de Cézanne sont posés méthodiquement et varient peu de direction, alors que ceux de Monet ont la forme de points ou de virgules qui introduisent des rythmes dans la représentation. Van Gogh trace une écriture picturale mouvante… Au XXe siècle, Picasso et Braque introduisent dans leurs œuvres des fragments de la réalité (journaux, papiers peints, tissus, linoléum) et intègrent donc le quotidien de tout un chacun dans la trace artistique.
70Les traces humaines visibles sont fréquentes dans les œuvres des XXe et XXIe siècles. Elles traduisent la nécessité de ne pas oublier certains aspects élémentaires et essentiels de l’existence, de rappeler la fragilité humaine, sa vulnérabilité. Elles permettent aussi d’exprimer la profonde beauté de la simplicité, par exemple Richard Long travaille avec des matériaux qu’il trouve dans les lieux qu’il parcourt à pied. Les pierres de différentes natures, la boue, sont utilisées sur place dans des installations éphémères ou bien transportées dans les espaces d’exposition.
IV.3. Intentionnalité du prescripteur
« Je crois qu’un projet précis sous-tend chaque production, chaque geste, chaque mot. Je crois qu’aucune représentation n’est jamais réaliste, que tout est symbole, écriture 61 ».
Sylvie Leleu-Merviel
71À la différence de l’empreinte sur le sable que nous laissons en faisant une balade sur le bord d’une plage, il y a des traces qui sont de l’ordre du construit, de l’artefact. Par exemple, l’écriture est non seulement tracée pour être lue (ne serait-ce que par son auteur lui-même) mais elle peut même être provoquée dans le cas d’une écriture numérique par exemple. Selon l’expression de Magali Ollagnier-Beldame62 (2011), la trace numérique est toujours de l’ordre du construit, de l’artefact, elle est « provoquée ». Elle est pré-inscrite dans un dispositif technique conçu pour la recueillir : ainsi les interactions des usagers sur le web sont enregistrées par toutes sortes de systèmes de traçabilité (cookies, compteurs, etc.), conçus spécialement à cet effet.
72Selon l’intention du scripteur, les signes sont placés en visibilité maximale pour construire le sens63 (Leleu-Merviel, 2013) voulu alors que d’autres sont mis en retrait. L’objectif est alors de favoriser les processus d’identification et de démonstration.
73La notion de temporalité a son importance dans le processus d’écriture puisque les traces écrites passent par plusieurs états qui sont qualifiés « d’événements de traces ». La trace selon Deransart est une séquence d’états ou de configurations. En effet, la trace est toujours trace d’un événement ou d’une action passés (les marques de pas comme trace d’un passage qui a eu lieu).
74Les nouvelles formes d’écriture produisent de nouvelles formes de représentation et de communication. Il serait pertinent de présenter la façon dont les traces opèrent sur le sens. Cela implique d’explorer les conséquences de nouveaux outils et les nouveaux supports de traces, aussi bien en matière de représentations que d’évolution des usages. Ces nouvelles traces nées grâce au numérique ont des caractéristiques qui les distinguent des traces « analogiques ». Leurs propriétés ont été classées par Alexandre Serres comme suit :
- La matérialité : en effet, même si on les oppose sans cesse en tant que traces virtuelles au monde réel, elles ont besoin d’un support éminemment matériel pour pouvoir exister,
- l’intentionnalité : les traces numériques sont toujours de l’ordre du construit car préinscrites et un dispositif est conçu pour les accueillir,
- La temporalité : peu de différences sur ce point si ce n’est que le processus temporel n’est pas visible dans le cas des traces numériques,
- La calculabilité : elles sont conçues pour être calculées, pour être réutilisées à l’infini,
- L’interprétativité : la trace analogique donne lieu à l’interprétation ce qui n’est pas nécessairement le cas de la trace numérique,
- La reflexivité : c’est une caractéristique majeure de la trace numérique car comme le montre Magali Ollagnier-Beldame64 (2011), on a toujours la possibilité d’agir sur les traces laissées (collecte des traces, capture d’écran, modification de l’historique),
- La mémorisation : elle accentue la réflexivité.
Bilan
75La trace écrite s’affirme comme une notion complexe qui se distingue de l’empreinte par son côté volontaire mais aussi par son « interprétativité » (Krämer). La trace écrite est révélée et représentée afin d’être lue. Contrairement au signe ou à l’indice, deux notions construites pour expliquer le monde, la trace écrite est un objet du monde. Elle n’est trace que dans et par sa matérialité.
76Active, la trace est la figure de l’action qui l’a créée tout en étant dépendante d’une autre action qui la révèle. D’où la nécessité de s’interroger sur le rapport à la trace. Une trace est effaçable ou n’est pas (Derrida). Le rapport à la trace interroge ainsi le rapport au passé, mais aussi le rapport au corps, à l’identité de l’individu ou d’une société donnée.
77Fruit d’un acte conscient, la trace renvoie à la difficulté de l’interprétation des signes tracés. Notre réflexion vise ce que Béatrice Galinon-Mélénec65 a appelé signes-traces tertiaires c’est-à-dire des signes qui s’élaborent en écriture et selon de règles partagées, par exemple dans des pratiques professionnelles collaboratives.
Conclusion
78Ce premier chapitre offre un aperçu de ce que la notion de trace peut appeler et témoigne de l’intérêt de son étude. Il offre un état des lieux des réflexions convergentes ou divergentes de plusieurs domaines de recherche et tente un essai de synthèse et de confrontation des différentes conceptions.
79L’objet était d’analyser la notion de trace en partant de ses définitions. L’exercice n’était pas facile car toute construction matérielle ou immatérielle est la trace d’une réalité, d’un événement, d’une action… Par ailleurs, toute personne porte en elle les traces des milliers d’actions et d’interactions avec d’autres personnes, objets, discussions, situations, paysages, réalités, etc., tout en produisant à son tour des traces dans son environnement.
80Il a fallu revenir en premier lieu sur la lexicologie de la trace et sa forte polysémie. De ce terme « curieux » et « hétérogène », il a été possible de dégager quatre grandes acceptions : la trace comme empreinte ou suite d’empreintes, devenant au sens figuré l’impression, la trace comme marque laissée par une action, la trace comme quantité infime et enfin la trace écrite intentionnelle.
81Ce chapitre a constitué une entrée dans les approches définitionnelles, lexicologiques et théoriques du mot « trace » qui ont permis de cartographier ses différents sens.
Notes de bas de page
1 Serres A. (2002). « Quelle(s) problématique(s) de la trace ? », Séminaire du CERCOR, « La question des traces et des corpus dans les recherches en Sciences de l’Information et de la Communication », 13 décembre 2002, Rennes. URL : http://archivesic.ccsd.cnrs.fr/sic_00001397. Dernière date de consultation : 5 juillet 2013.
2 Ricœur P. (2000). La mémoire, l’histoire, l’oubli, Paris : Seuil.
3 Perec G. (1974). Extrait d’Espèces d’espaces, Paris : Édition Galilée.
4 Jeanneret Y. (2011). « Complexité de la notion de trace : de la traque au tracé », in L’Homme trace. Perspectives anthropologiques des traces contemporaines, sous la direction de Béatrice Galinon-Mélénec, Paris : Éditions CNRS, p. 59.
5 Steck B. (2011). « L’intentionnalité de la marque » in L’Homme trace. Perspectives anthropologiques des traces contemporaines, sous la direction de Béatrice Galinon-Melenec. Paris : Éditions CNRS, p. 249-271.
6 Mucchielli A. (2005). Approche par la contextualisation : Études des communications, Paris : Édition Armand Colin.
7 Steck B., op. cit. p. 257.
8 Serres A., op. cit.
9 Jeanneret Y., op. cit.
10 Derrida J. (1967). De la grammatologie. Paris : Éditions de Minuit.
11 Ricœur P., op. cit.
12 Ginzburg C. (1989). Mythes, emblèmes, traces ; morphologie et histoire, Paris : Flammarion. Le chapitre « Traces. Racines d’un paradigme indiciaire » (p. 139-180) a été réédité, Verdier : 2010.
13 Serres A., op. cit.
14 Ricœur P., op. cit.
15 Ricœur P., ibidem.
16 Veyne P. (1978). Comment on écrit l’histoire, Paris : Seuil, p. 47-48.
17 Bloch M. (1974). Apologie pour l’histoire, Paris : Armand Colin.
18 Krämer S. (2012). « Qu’est-ce donc qu’une trace, et quelle est sa fonction épistémologique ? État des lieux », Trivium [En ligne], 10 | 2012, mis en ligne le 30 mars 2012. URL : http://trivium.revues.org/4171. Dernière date de consultation le 2 janvier 2013.
19 Serres M. (2002), op. cit.
20 Galinon-Mélénec B. (2011). L’Homme trace. Perspectives anthropologiques des traces contemporaines. Paris : Éditions CNRS.
21 Esthésie : sensibilité ou capacité de percevoir une sensation. Pour approfondir la notion de la sémiotique esthésique, Boutaud et Dufour (2011) proposent, de consulter les travaux de Fontanille (2004), Ouellet (2000), Parret (2006), Moutat (2009) et Floch (1986).
22 Bachimont B. (2010). « La présence de l’archive : réinventer et justifier », Intellectica, 2010/1, 53, pp. URL : http://www.unige.ch/rectorat/maison-histoire/Laboratoires-de-recherche/archives-savoir/Bachimont_presence_de_larchive.pdf. Dernière consultation le 20 février 2013.
23 Char R. (1986). La parole en archipel, Paris : Gallimard.
24 Debray R. (1995). Vie et mort de l’image, Une histoire de regard en occident. Paris : Gallimard, collection Folio Essais, n° 261, p. 180.
25 Veyne P., op. cit. p. 14.
26 Ricœur P., op. cit. p. 23.
27 Nora P. Le lieu de mémoire est un concept historique mis en avant par l’ouvrage les Lieux de Mémoire, paru sous la direction de Pierre Nora entre 1984 et 1992. Le mot fait son entrée dans le dictionnaire Le Grand Robert de la langue française de 1993 et devient d’un usage courant.
28 Bachimont B. (2010), op. cit.
29 Farge A. (1989). Le goût de l’archive, Paris : Seuil.
30 Blochop. cit., p. 56.
31 Ricœur P. (1985). Temps et récit, tome III, Le temps raconté, Paris : Seuil.
32 Ginzburg C. (1989), op. cit.
33 Morelli utilise la technique du détail qui vise à distinguer la « manière » d’un artiste. Il estime que l’âme d’un peintre peut se copier mais pas les procédés matériels. Il se méfie de l’impression générale et affirme qu’il faut au contraire isoler des détails pour effectuer une comparaison efficace de la morphologie humaine. Pour choisir ces détails, il faut sélectionner des objets qui offrent une certaine constance d’un tableau à l’autre. Il va alors s’attacher aux ongles et aux oreilles (détails qui ne sont pas appris en atelier comme peuvent l’être les yeux ou la bouche).
34 Cité Ginzburg C., op. cit. p. 143.
35 Ricœur P., op. cit. p. 220.
36 Veyne P., op. cit. p. 47.
37 Ricœur P., op. cit. p. 15.
38 Leleu-Merviel S. (2011). « Traces, traces numériques, connaissances et cognition ». Atelier « Traces » IC2011, organisé par Deransart P., Mille A. URL : http://www.deransart.fr/ICAtelierIC1/Slides/Merviel-AtelierTracesIC1.ppt. Dernière consultation le 9 janvier 2012.
39 Cy Twombly, cité par Line Clément, Revue Sens-Dessous n° 12, Édition de l’Association Paroles.
40 Ricœur P. (1986). « Qu’est-ce qu’un texte ? ». In Du texte à l’action, Essais d’herméneutique II. Paris : Seuil, p. 156.
41 Uruk (ou Ourouk) est une ville de l’ancienne Mésopotamie, dans le sud de l’Irak.
42 Jeanneret Y. (2013). « Faire trace : un dispositif de représentation du social », Intellectica, n° 59, De la trace à la connaissance à l’ère du Web.
43 Michaux H. (1983). Les commencements, Saint-Clément-de-Rivière : Fata Morgana, 1983, p. 9.
44 Bartosek K. (1996). Les aveux des archives. Prague-Paris-Prague, 1948-1968, Paris : Le Seuil.
45 Levi-Strauss C. (1962). La pensée sauvage, Paris : Plon, p. 288-289.
46 Finley M. (1987). Sur l’histoire ancienne. La matière, la forme et la méthode. Paris : La Découverte. p. 176-177.
47 Brookfield K. (1993). L’Écriture et le livre, Paris : Gallimard.
48 Jean G. (1987). L’Écriture, mémoire des hommes, Paris : Gallimard.
49 Cicéron répondait à Trébatius qui lui avait écrit sur un papyrus gratté.
50 L’écriture depuis 5 000 ans, L’Histoire (Les collections) n° 29, octobre-décembre 2005.
51 Perec G. (1990). Extrait de Je suis né, Paris : Seuil.
52 Serres A., op. cit.
53 Ricœur P. (1986). Du texte à l’action. Essais d’herméneutique II. Paris : Seuil. p. 211.
54 Leleu-Merviel S. (2005). Structurer la conception des documents numériques grâce à la scénistique in Création numérique, Paris : Hermès. p. 134.
55 Bougnoux D. (1991). La communication par la bande : introduction aux sciences de l’information et de la communication. Paris : la Découverte.
56 Jeanneret Y., op. cit.
57 Perec G. (1990). Extrait de Je suis né, Paris : Seuil.
58 Serres A. (2002), op. cit.
59 Deransart P. (2011). Traces, traces numériques, connaissances et cognition, Atelier IC2011. URL : http://www.deransart.fr/ICAtelierIC1/IC2011AtelierTraces.html.
60 Prie Y. (2011). Vers une phénoménologie des inscriptions numériques, Mémoire d’habitation à diriger des recherches, Université Claude Bernard Lyon 1. URL : http://pagesperso.lina.univ-nantes.fr/~prie-y/download/hdr-yannick-prie-v1.2.pdf.
61 Leleu-Merviel S. (1996). La scénistique. Méthodologie pour la conception de documents en média multiples suivant une approche qualité. Mémoire d’HDR. Université Paris 8. p. 35.
62 Ollagnier-Beldame M. (2011). « Les traces numériques dans les activités conjointes : leviers de la construction du sens », Revue des Interactions Humaines Médiatisées. Dernière consultation 2 juin 2011. URL : http://ollagnier-beldame.com/publications/RIHM_M.Ollagnier-Beldame.pdf.
63 Leleu-Merviel S. (2013). « Traces, Information et construits de sens. Déploiement de la trace visuelle de la rétention indicielle à l’écriture ». Intellectica, n° 59, De la trace à la connaissance de l’ère du Web, 2013/1.
64 Ollagnier-Beldame M. (2011), op. cit. p. 8.
65 Béatrice Galinon-Mélénec a opté pour une classification qui propose de distinguer : les signes-traces primaires liés aux réactions primaires voire instinctives (ces signes-traces primaires concernent l’ensemble du monde animal) ; les signes-traces secondaires, plus élaborés, liés à une première distance prise entre le stimuli (la marque dans l’environnement) et les signes-traces tertiaires c’est-à-dire des signes qui s’élaborent en écritures de règles partagées.
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Y-a-t-il (vraiment) des technologies de l’information ?
Nouvelle édition revue et corrigée
Yves Jeanneret
2011
