Gotham Gazette en ses communautés new yorkaises. Une information en ligne entre citoyenneté et citadinité
p. 215-233
Texte intégral
« Il n’y a rien à faire contre un journal américain, serait-on Dieu ; il n’y a qu’à attendre, qu’à attendre midi... (...). Il y a cent ans, nous dit Ludwig, quand les gazettes ne paraissaient qu’une ou deux fois par semaine, Goethe écrivait qu’il prévoyait des jours terribles où elles paraîtraient trois fois par jour... nous y sommes ». Paul MORAND, New York, 1930.
1Lancée en ligne en août 1999, Gotham Gazette a été créée par la Citizens Union Foundation, un centre de recherche à but non lucratif, qui joue également un rôle de groupe de pression1. Depuis New York City, elle entend proposer « un portail complet pour tous ceux qu’intéressent les politiques publiques et l’activité des associations » en rapport avec cette ville. Avec une équipe permanente et un budget annuel financé par des subventions et des dons, Gotham Gazette publie pour ainsi dire au jour le jour un « digest » de l’actualité, avec la possibilité d’accéder à l’information produite par un grand nombre de publications de New York (quotidiens, hebdomadaires, mensuels) et d’institutions de toutes sortes, en particulier via leur site internet. On y trouve aussi « des reportages originaux sur des projets associatifs, culturels et des questions politiques variés ; des points de vue rédigés par une kyrielle d’élus, d’universitaires et de journalistes ; un agenda des activités de la ville ; des critiques de livres ; des petites annonces ; une rubrique qui explique le budget municipal ; des cartes interactives ; des jeux vidéo qui simulent des problèmes d’aménagement urbain à résoudre ; des liens avec les blogs les plus appréciés de la métropole, etc. » (Klinenberg, 2007, 23)2. Cette diversité de contenus, et l’architecture du site qu’elle sous-tend, participe plus généralement, et à l’échelle de villes de tailles diverses de par le monde, de projets en ligne (numériques mais pas exclusivement) qui s’efforcent d’ouvrir des espaces d’enquêtes et de propositions le plus souvent ignorés, ou évités, par les médias locaux traditionnels. Plutôt que de présenter le projet dans son entier, il va plutôt s’agir ici de mettre l’accent sur deux des « extensions » les plus originales de Gotham Gazette, à savoir les Community Gazettes et The Citizen. Avant cela, je vais présenter un cadre général depuis lequel elles me semblent devoir être appréhendées.
Éléments de cadrage et portée heuristique
2Comme les auteurs du site l’annoncent à leur égard, les Community Gazettes « représentent un effort pionnier de création d’une communauté en ligne pour ceux qui s’intéressent à leurs propres quartiers » (c’est moi qui souligne). Lorsque j’ai commencé à m’intéresser à elles, il était encore possible d’accéder en ligne aux contenus qui leur étaient associés, ce qui n’est plus le cas depuis le détour des années 2007-2008 où la mention « temporarily unavailable due to database problems » [temporairement indisponible en raison de problèmes de base de données] orne désormais toute interrogation des liens correspondant aux 51 districts de New York City. S’il est encore permis d’accéder à certaines traces de discours comme figées dans le temps, voire au type d’arborescence sur lequel l’entreprise reposait, il n’empêche qu’un tel « décor » ne permet guère d’avoir les coudées franches au moment d’en assurer la mesure, faute d’avoir procédé à un nombre suffisant d’enregistrements ou de captures d’écran. J’en ai cependant accepté la gageure tant il me paraît envisageable, sur la base des données malgré tout réunies, de s’en tenir à des considérations sur le rôle dévolu à l’habitant-contributeur, comme en creux, dans un tel dispositif.
3Ce genre d’inconvénient n’aura pas lieu d’être pour l’ensemble des « numéros » de The Citizen archivés, correspondant à une production s’étalant d’août 2001 à avril 2006 (je reviendrai plus loin sur la manière dont je compte l’appréhender)3. Cette extension a été baptisée de la sorte “because all New Yorkers are citizens of the city, whatever their federal immigration status” [parce que tous les New Yorkais sont citoyens de la ville, quel que soit leur statut migratoire fédéral], ce qui est aussi une manière, comme il l’est encore souligné, de rétablir le lien du mot « citizen » avec la racine « city ». Cette précision prend d’autant plus d’importance qu’elle est apportée au mois de mars qui suit les attentats du 11 septembre 2001, le lancement de The Citizen ayant été effectué un mois avant que ces derniers ne soient perpétrés… Au tournant des années 2007-2008, tandis qu’il va être mis un terme à l’expérience des gazettes « communautaires » comme on l’a vu, l’extension The Citizen (encore appelée Immigrants à ses débuts) va progressivement être laissée aux mains du partenaire qui en a, un temps, coproduit le contenu, à savoir la New York Community Media Alliance (NYCMA), ce moment coïncidant avec l’arrêt de mes observations4.
4À partir des réflexions de Thierry Vedel sur « l’internet et les villes » (Vedel, 2000), contemporaines du lancement de Gotham Gazette, il me semble envisageable de cerner au plus près le type de citoyenneté « locale » visé dans l’une et l’autre des extensions retenues et le modèle de vi(ll)e démocratique ainsi privilégié à partir :
de l’intervention des internautes telle qu’elle est appelée de leurs vœux tout autant qu’anticipée par les concepteurs du projet des community gazettes (à défaut de pouvoir prendre appui, comme je l’ai dit, sur un ensemble consistant de discours) ;
du matériau discursif qui correspond à l’ensemble des résumés d’articles publiés dans la section The Citizen, que ces articles proviennent de Gotham Gazette en propre ou de publications de l’imposante immigrant press de New York soumise à traduction5.
Community Gazettes : quelques enseignements à partir d’une opération abandonnée
5L’article de Thierry Vedel ne porte pas à proprement parler sur un support du type de celui qui nous intéresse ici, puisqu’il présente une synthèse des analyses des pratiques de l’internet par plusieurs villes (entendre municipalités ou collectivités territoriales) de par le monde. Ce que cherche à mettre au jour l’auteur, ce sont les difficultés d’émergence d’un internet citoyen, « entre le pouvoir-faire de la technique et le vouloir-faire des acteurs politiques » (ibid., 247). Dans le cas présent, le vouloir-faire se déplace davantage vers les concepteurs et autres rédacteurs de Gotham Gazette, mais le politique n’en est pas exclu pour autant puisqu’un tel site d’informations en assure la défense et illustration.
6Dans la configuration d’origine, les community gazettes contenaient une information de base sur la démographie des districts, une liste des élus en place, un état des lieux des décisions communautaires et des services publics tels que les écoles, les parcs et la police de quartier. Plus spécifiquement, les gazettes communautaires offraient un concentré (one-stop shopping) “for news, views and events concerning your neighborhood” [pour les informations, points de vue et événements concernant votre voisinage], soit l’équivalent d’une plateforme ou d’une offre d’informations « tout-en-un ». À leur sujet, il est possible d’avancer qu’elles s’inscrivaient à leur création dans la lignée d’expériences de journalisme dit « participatif » ou « civique »6. Pour autant, l’intérêt de cette première démarche communautaire poursuivie par les concepteurs de Gotham Gazette me semble devoir se trouver dans le caractère holiste de leur projet. Pour le dire autrement, l’originalité objective de cette première déclinaison communautaire de l’information en ligne – par rapport à d’autres expériences – résidait dans la couverture globale et non partielle puisque, dans la démarche retenue et qui n’aura fait qu’un temps, une gazette était attribuée à chacun des 51 districts de New York, eux-mêmes répartis dans les 5 grandes circonscriptions que sont Manhattan, Brooklyn, Staten Island, le Bronx et le Queens7. Soit au final une mise en perspective qui n’est pas sans rappeler l’antienne du journaliste puis sociologue Robert E. Park à l’égard de la notion de communauté, au-delà de son travail « de jeunesse » sur l’immigrant press sur lequel je reviendrai brièvement plus loin : voir le tout (“community”) comme part d’un plus grand tout (“a community within communities”, équivalant en cela à “a city within cities”) (Linder, 1996, 104).
7Une telle approche de l’information locale fait aussi écho à ce qu’a pointé un autre tenant de la tradition sociologique de Chicago dans une étude de la presse locale de cette ville au début des années 1950, à savoir que « des proportions significatives des résidents de la métropole ne sont pas des individus “sans racines” » (Janowitz, 1967, 195). Pour autant, il me semble nécessaire, pour affiner l’analyse quant aux community gazettes, de faire le départ entre plusieurs répertoires d’action potentiellement mobilisables :
joindre un centre d’appels dont le numéro était fourni sur le site pour faire écho à des plaintes ou à des réclamations, jusqu’à ce que le problème soit résolu ou, dans sa variante matérielle, indiquer les éléments d’éclairage urbain défectueux, la présence de déchets sur les terrains vagues ou autres nids-de-poule (potholes) ;
isoler, sur le modèle du « copier/coller », des articles de la presse locale et de la presse métropolitaine avant de les poster, « de sorte que vos voisins puissent lire les récits qu’ils auraient pu rater » ;
accéder à un forum qui faisait office tout à la fois de lieu de commentaires, de source d’information et « de caisse de résonance pour les plaintes générales touchant à chaque district » ;
indiquer des liens vers des organisations et autres entités d’intérêt général au sein d’une communauté ;
s’impliquer dans le calendrier des événements (culturels au sens large) à venir.
8L’interactivité caractérisait l’ensemble de ces « sous-rubriques » puisque l’informant pouvait à tout moment se trouver l’informé dès lors qu’il prenait la peine d’accéder au contenu proposé, une fois celui-ci avalisé par le modérateur du site. Seules deux sections étaient réservées à des membres choisis au préalable, choix sur lequel le site de Gotham Gazette ne s’étendait pas. Toutefois, l’intitulé (“The Official Word”) et le texte d’accompagnement d’une de ces sections étaient plus explicites que l’autre et permettaient de cerner au plus près à qui l’on avait affaire : les élus locaux (local officials). Étaient inclus dans cette catégorie des membres du conseil municipal et de la législature d’État, les capitaines de la police de secteur et les directeurs du conseil de communauté, susceptibles d’intervenir à la demande, à condition que l’on dispose d’un mot de passe fourni par le webmaster du site. La deuxième section à accès indirect était celle qui concernait les “Major Issues”, à savoir les informations qui portent sur les changements importants que vit un quartier, sur les nouveaux problèmes auxquels il doit faire face, voire sur les décisions à venir le concernant. Si cette section se présentait sous la forme de brefs résumés des questions les plus importantes, il n’empêche que le “voisin informateur” devait se porter volontaire auprès du site pour y participer. Une manière sans doute de s’assurer du bien-fondé, d’une part, des informations que ce dernier était alors susceptible de transmettre depuis sa position dans la communauté, d’autre part, des connaissances dont il pouvait disposer à son égard.
9Le seul fait de recourir à un outil comme l’internet dans sa version la plus ouverte (bien qu’en partie modérée) indique déjà combien les concepteurs des community gazettes souhaitaient voir dépassé le carcan de l’information-miroir dévolue aux seuls destinataires censés s’y intéresser. Il ne fait guère de doute que l’ancrage local, sinon micro-local, est le terreau à partir duquel faire émerger une conscience d’appartenance globale, à partir d’un sens transversal de circulation de l’information. Pour autant, l’image de la communauté suscitée par le dispositif des community gazettes semble dépendre en priorité de l’idée récurrente selon laquelle neighborhood equals community8. La capacité fournie à l’habitant, quel qu’il soit a priori, de rendre publics des extraits à ses yeux significatifs de la presse communautaire des zones couvertes semble seule autoriser un franchissement symbolique des frontières du district (encore que la population qui soit privilégiée dans le discours est celle des voisins, dont il s’agirait de combler ainsi leur possible déficit d’informations par rapport à leur environnement immédiat).
10En effet, si les contacts personnels et sociaux se trouvent accrus et le « prestige » démocratisé dans un cadre communautaire puisque les résidents locaux voient dans les journaux « de proximité » des agents favorisant le progrès et le bien-être communautaires, par contraste, toute insinuation à l’encontre de la communauté locale émise par les médias métropolitains – ou nationaux – est source de contrariété, voire d’indignation (Janowitz, 1967). Il y a là une caractéristique identitaire de l’information locale que l’arrêt de l’expérience des community gazettes nous interdit pour ainsi dire d’analyser. Il aurait été intéressant par exemple d’apprécier au mieux, sur une période déterminée, la proportion d’informations relevant d’une telle défiance à l’égard de l’information « centrale », comme perceptible dans l’extrait suivant, qui correspond au début d’un article du journal communautaire Bronx News (je traduis) : « Le conseil municipal a donc fait paraître un rapport avec l’information bouleversante selon laquelle le Bronx a quelques-unes des plus sales stations de métro de la ville. Pour les grands médias c’est une information tape-à-l’œil et tous seront choqués et consternés. Pour tous les politiciens et reporters qui ne prennent pas le train numéro 6 des quartiers chics au-delà de la station de la 96e rue ceci est sans précédent. Pour toujours comme à l’ordinaire dans le Bronx. J’ai une proposition pour le conseil municipal. Payez-moi l’équivalent de l’argent du contribuable dépensé pour cette enquête. Je vous donnerai un tas de rapports pour trouver des choses qu’on ne peut pas découvrir à l’hôtel de ville9 ».
11L’intérêt d’une telle publicisation, c’est qu’elle procède d’un choix préalable d’un habitant du Bronx qui aura ainsi souhaité attirer l’attention sur une situation certainement ressentie à l’identique par d’autres membres de la communauté, au sens spatial du terme. Pour autant, la difficulté persiste sur plusieurs plans, par-delà l’arrêt de l’expérience. Quel est le profil du posteur individuel et les raisons qui président à sa contribution ? Quelle est la portée véritable de la sélection effectuée dans un journal issu de la zone représentée ? Franchit-elle vraiment les frontières du district et si oui, auprès de quels autres internautes, ailleurs dans la ville de New York ou même au-delà ?
12L’editor Jonathan Mandell, déjà mentionné, a pu apporter des éléments de réponse pour le moins succincts, ce qui semble suggérer combien la démarche se voulait avant tout expérimentale (je traduis) : « Tandis que la portée de notre expérience a été limitée (dans une ville de huit millions d’habitants, peut-être 40.000 New Yorkais ont utilisé les Community Gazettes depuis qu’elles ont été lancées en mai 2003), les postages individuels sont incontestables. À East Elmhurst, dans le Queens, par exemple, Enrique Lugo a rapporté l’homicide d’Alejandro Brito, âgé de 19 ans, dans un combat de gang de rue, une mort qu’aucun des quotidiens n’a annoncée. Des résidents de Williamsburg, Greenpoint et Brooklyn Heights dans Brooklyn ont posté des appels à l’action qui seraient considérés comme malvenus dans la presse commerciale – meetings, marches de protestation ou pétitions contre un projet de centrale électrique, la fermeture de la caserne de pompiers du coin, la dégradation d’un monument local » (Mandell, 2005, 44).
13Par-delà l’existence avérée des postages revendiqués, l’expérience des community gazettes a été imprégnée d’une conception de la citoyenneté comme effort pour favoriser le débat et la discussion (modèle de la place publique). Dans le cadre ici mis en valeur, le rôle dévolu à l’habitant-citoyen, bien qu’aux contours pour le moins flous, est celui du « catalyseur/ animateur » (Vedel, 2000, 256). En même temps, l’abandon de l’opération ne peut que jeter un voile d’ombre sur la consistance, ou l’inscription dans la réalité, d’une vision partagée de l’espace urbain depuis les fragments qui l’instituent.
The Citizen : les voix à entendre de l’immigrant press
14À partir de novembre 2001, la Independent Press Association, devenue ultérieurement la New York Community Media Alliance (NYCMA), a commencé à traduire des récits, sélectionnés par ses soins, depuis l’imposante presse « ethnique » présente à New York, le programme s’intitulant Many Voices, One City. Un rapprochement va s’opérer avec Gotham Gazette qui, trois mois plus tôt, a débuté un service en ligne similaire, renouvelé mensuellement, que ses concepteurs ont dénommé The Citizen et qui se propose alors d’offrir un condensé quelque peu aléatoire du contenu des près de 200 publications en 36 langues qui sont publiées à New York. Cette sélection mensuelle, encadrée éditorialement, cesse en avril 2006, ce qui n’empêche pas Gotham Gazette de poursuivre un temps son partenariat éditorial avec la NYCMA, sous l’intitulé Voices that must be heard [les voix que l’on doit entendre], avant de lui en laisser la totale gestion, jusqu’à ne plus offrir qu’un lien qui renvoie aux contenus de ce prestataire extérieur10.
15Dès le premier « numéro » de The Citizen, un lien vers un texte de présentation d’Abby Scher, présentée comme sociologue et directrice de la Independent Press Association, par ailleurs coeditor de Many Voices, One City, ne laisse guère de doute quant à la façon dont est appréciée la presse « ethnique », cette dernière étant qualifiée de « real “New Media” ». Un a priori favorable semble donc lui être accolé. On pourrait cependant se poser la question de savoir où se trouve la nouveauté dans la mesure où une presse de ce type existe aux États-Unis depuis au moins la deuxième moitié du XIXe siècle. Robert Park, qui « couvrit » un temps New York comme journaliste avant de devenir sociologue à Chicago dans la deuxième partie de sa vie, a consacré à ce type de presse un ouvrage de près de 500 pages au sortir de la Première Guerre mondiale dans lequel il écrit que “the immigrant press since 1880, in contrast with that of the earlier period, is not only urban, but urbane” [depuis 1880 la presse des immigrants, par contraste avec celle de la période antérieure, n’est pas seulement urbaine, mais civilisée], autrement dit ne s’inscrit pas seulement dans un processus d’urbanisation de l’espace par des regroupements humains, mais aussi dans une manière de stimulation de l’échange et du débat public en tant qu’“organ of speech” [organe de discours] (Park, 1922, 277 et 13). Sans doute cette urbanité peut-elle trouver son plein sens dans le rôle de guide dans la culture nouvelle que Park prête à une telle presse11, en particulier pour celles des populations d’Europe (de l’Est) au profil paysan, moins enclines à aborder de front leur nouvelle vie en Amérique dans un contexte davantage urbain que rural, voire en étant empêchées par illettrisme ou manque de pratique de la lecture de la presse dans le pays d’origine, pour des raisons variées.
16À cet égard, la presse « ethnique » du début du XXIe siècle, à New York particulièrement, s’adresse à un lectorat certes plus diversifié en termes de provenance géographique mais assurément plus au fait de ce que peut être (ou de ce à quoi peut ressembler) le mode de vie à l’intérieur des grandes villes nord-américaines, ne serait-ce que par l’entremise des flux télévisuels transnationaux, entre information d’actualité et fictions en tous genres. Mais il y a une autre différence de taille qui me semble devoir être relevée ici, en rapport avec le dispositif même mis sur pied par Gotham Gazette, en son extension The Citizen : rendre potentiellement visibles les modes d’agir – sinon de subir – et les horizons d’attente (par exemple en termes de représentants dans les différentes instances élues de la ville) de communautés de langue spécifiques et ce, à l’ensemble des habitants de la ville et non plus seulement aux seuls destinataires perçus (et se percevant souvent) comme destinataires naturels de tels éléments d’information. Il faut rappeler ici combien ces citations – à l’échelle d’un article entier – de sources extérieures, auxquelles Gotham Gazette mêle sa voix via le travail de ses propres collaborateurs, représente au final un digest puisqu’un choix s’est opéré en amont, en lien avec le partenaire NYCMA, sur le type d’information à publiciser davantage encore (c’est-à-dire au-delà du canal initial qu’est celui de la publication concernée, en ses formats numériques ou non), au besoin en traduisant les contenus d’origine qui ne sont pas déjà en anglais.
17Dans ce qui suit, je vais commenter :
la différence entre le nombre de publications de l’immigrant press attestées à New York et la quantité de celles auxquelles Gotham Gazette renvoie au moins à deux reprises tout au long de sa production éditoriale, de 2001 à 2006 ;
plus qualitativement, ce que l’évolution du vocabulaire révèle du discours de Gotham Gazette à l’égard de sa propre construction de contenus et des enjeux de sens qui traversent certains des termes utilisés, en lien avec la dénomination même de la « rubrique » traitée.
Entre annoncer et énoncer, une différence marquée
18En dépit de sa référence initiale à un grand nombre de publications « ethniques » et de langues différentes afférentes (près de 200 publications pour 36 langues comme nous l’avons vu), Gotham Gazette ne va faire écho qu’à une partie d’entre elles, ainsi que le montre un relevé systématique de toutes les publications « étrangères » auxquelles il a été fait appel dans la section The Citizen entre août 2001 et avril 2006. On trouvera ci-après [Fig. 1] la liste des publications en question par ordre alphabétique avec, pour chacune d’elles, le nombre global de mentions sur la période, sur la base d’au moins deux références dans l’ensemble des sommaires successifs de The Citizen.
Fig. 1 : Provenance des articles de l’immigrant press dans The Citizen (2001-2006) avec indication de la fréquence (hors apparition unique)

19Ce que laisse apparaître cette liste, c’est que les près de 200 publications inscrites dans le discours inaugural sont loin d’être représentées puisque l’on n’en retrouve ici que 45 (à peu près le double si l’on tient compte des publications référencées une seule fois sur toute la période, ce qui laisse encore de toute façon une marge de progression certaine). Mais au-delà de ce premier constat, ce qui frappe est la présence forte de « groupes ethniques » au détriment d’autres. La presse en langue espagnole est bien représentée puisque derrière les locomotives Diario et Hoy, on trouve un chapelet d’autres publications vers lesquelles l’internaute est moins fréquemment dirigé (voir la partie basse de la première colonne). Il en va de même pour la presse d’Asie (du sud et de l’est), encore que selon des modalités différentes (des représentants de la presse chinoise – Sing Tao, World Journal… – mais plus encore sud-coréenne – Joong Ang, Korea Times… – sont particulièrement visibles, au contraire par exemple de journaux de l’Inde ou du Japon, dont le seul représentant mentionné est ici l’Asahi News). Des journaux d’Europe de l’est sont également présents (au premier rang desquels le quotidien polonais Nowy Dziennik), de façon plus marquée que ceux d’Europe occidentale. On trouve encore des journaux arabes, ou au contenu en provenance du Pakistan, dont l’inscription dans The Citizen se concentre pour l’essentiel dans les mois qui ont suivi le 11 septembre 2001.
20À l’adresse d’archivage de l’ensemble des « numéros » de The Citizen se trouve une liste des journaux communautaires à plus forte diffusion. Parmi ceux-là, il faut relever la prégnance des « Latinos », en langue espagnole (recouvrant une grande variété de pays d’origine). Les pages que Park consacre à New York portent avant tout sur les caractéristiques d’une presse juive, bien que l’auteur prenne soin de faire le départ entre la Hebrew press et la Yiddish press, celle-ci confinant davantage à la langue parlée. Près d’un siècle plus tard, cette présence marquée se trouve atténuée dans le relevé effectué. Seul se trouve le Jewish Week, en compagnie d’un autre journal absent des plus gros tirages (Russian Forward). Il y a donc loin entre le fait de mentionner en amont l’existence de plusieurs journaux à grande diffusion issus de la presse juive et la manière somme toute restreinte d’en citer la production par la suite. Malgré l’indication dans l’article initial d’Abby Scher de l’Algemeiner Journal, en langue yiddish, en deuxième place derrière le Jewish Herald, il n’empêche que cette représentativité moindre semble aller de pair avec une baisse sensible des taux de diffusion par rapport à un siècle auparavant : “Though there are more ethnic newspapers now in New York than a century ago, their circulation is general lower than the papers from the past. Some of the old Yiddish and Italian papers from the turn of the century could have a million readers” [Bien qu’il y ait aujourd’hui davantage de journaux communautaires à New York qu’il y a un siècle, leur diffusion est en général plus faible que leurs prédécesseurs. Certains des vieux journaux yiddish et italiens du tournant du siècle pouvaient avoir un million de lecteurs] (Scher, 2001). Dans le même ordre d’idées, on notera que le seul journal en italien repérable dans le relevé est l’American Oggi, un quotidien qui est alors diffusé à moins de 25.000 exemplaires à New York City. Mais, toutes proportions gardées et en dépit de quelques représentants en lien avec les Caraïbes, la plus grande absente est sans aucun doute la presse afro-américaine, bien qu’elle soit en rapport avec l’origine d’un New Yorkais sur quatre. Abby Scher, dans son texte inaugural, rappelle que cette presse est composée d’au moins dix journaux, incluant le Daily Challenge. Faut-il voir là un effet de l’érosion constatée de la population afro-américaine à New York depuis la guerre de Sécession ?12
Ce que révèle l’évolution du vocabulaire
21En plaçant l’une après l’autre les 53 fenêtres mensuelles de résumés qui constituent le sommaire éditorial de The Citizen d’août 2001 à avril 2006, il est possible de mettre au jour la structure évolutive du vocabulaire utilisé, selon le coefficient de Bravais-Pearson [Fig. 2].
22Il ressort tout d’abord la prégnance d’énoncés qui confinent au gimmick et qui servent à Gotham Gazette à préciser la philosophie qui l’anime. Ainsi dans les premiers mois, comme déjà mentionné, la répétition à la manière d’un péritexte : “We call this section The Citizen because all New Yorkers are citizens of the city, whatever their federal immigration status”. Ou encore à fonction autonymique : “We thus restore the word “citizen” to its root [racine] in the word ‘city’”. Parmi les termes qui progressent, on trouve le pendant “Voices that must be heard” qui correspond, comme on l’a vu, au nom donné au programme engagé avec le “partner” New York Community Media Alliance (en gras, les termes faisant partie des mots en évolution). Si l’on trouve dans chacune des listes des gentilés ou ethnonymes (“filipino” et “haitian” en régression, “bangladeshi” et “spanish” en progression), on ne peut guère en tirer de conclusion, sinon qu’il y a une volonté de Gotham Gazette, à des moments particuliers, d’éclairer une actualité spécifique à la lumière de faits présents ou passés. Ce qui me paraît plus révélateur d’une réelle progression dans la manière, pour l’entité, de présenter le fruit de son travail éditorial, c’est le recours d’abord à des termes issus de l’univers classique du journalisme (“editorial”, “news”, “reporter”), avant une préférence pour un lexique plus en lien avec la publication de données, ou d’informations au sens large, de type littérature grise (“documents”, “report”, “study”), ensemble que l’on associera avec un mot lui aussi en progression et qui dénote une articulation moins rigide avec les tropismes, ou habitudes de nomination, en vogue dans le milieu professionnel : “stories”.
Fig. 2 : Vocabulaire en progression et en régression (coefficient de Bravais-Pearson)*. Série textuelle chronologique : résumés mensuels de The Citizen (2001-2006).

* Lorsque les textes qui constituent le corpus s’échelonnent dans le temps, en suivant l’ordre imposé par une structure sérielle, un coefficient de corrélation peut être calculé en comparant, pour chaque terme, les valeurs de l’écart réduit au rang de chaque élément. Le coefficient dit de Bravais-Pearson est établi quand la fréquence d’une forme lexicale est suffisante pour permettre le calcul de l’écart réduit. Rappelons que ce dernier représente un écart à la moyenne pondéré en fonction de la longueur respective de chaque partie du corpus (chaque mois représenté, et les résumés afférents, correspondant ici à une partie).
23La mise en parallèle des deux listes laisse encore apparaître un binôme à distance (l’écart se construisant progressivement dans le discours) constitué de deux termes déclinés au pluriel : “citizens” et “immigrants” [Fig. 3]13. Une entrée dans le matériau langagier me semble ici nécessaire pour apprécier les enjeux de sens susceptibles de caractériser chacun d’eux. Pour ce faire, je vais me baser sur les mois où il s’avère que ces mots se trouvent statistiquement surreprésentés, ou d’un emploi indiscutablement spécifique d’un point de vue probabiliste. Soit septembre 2002, mars et septembre 2003 pour “citizens”, juin 2002, décembre 2004 et février 2006 pour “immigrants”. Au passage, cette double répartition est un bon indicateur de la régression du premier, de la progression du second (les spécificités d’emploi du terme “citizens” se situent dans une amplitude d’une année, contre près de quatre ans pour “immigrants”).
24Avec “citizens”, nous sommes en présence d’un discours à la tonalité déontique : les immigrés ou étrangers, présentés de façon récurrente comme “non-citizens”, doivent obtenir le droit de vote aux élections locales afin de devenir des citoyens à part entière, en particulier dans l’immédiat après-11 Septembre. Un peu plus tard, c’est à travers la question de l’emploi ou de la discrimination au travail que la négation est de mise devant le terme “citizens”. Ainsi pour pointer le paradoxe de la loi (qui interdit d’embaucher des étrangers en situation illégale tout en empêchant les employeurs de discriminer sur la base d’une origine nationale…) ou la méprise courante chez ces derniers de prendre les Porto-Ricains ou les Américains d’origine espagnole pour des “non-US citizens”. De façon générale, l’idée persistante est que le statut de citoyen, qui donne quand même son nom à la rubrique, est un objet-valeur à atteindre, à tel point que Gotham Gazette appelle à plusieurs reprises les internautes à participer à un sondage en ligne sur la question de savoir si les “non-citizens” peuvent être autorisés à voter. Ce qui donne au discours d’ensemble, même appréhendé ici sous forme fragmentaire, un profil pour le moins volontariste. Les quelques autres occurrences relevées renvoient davantage à des groupes catégoriels, bien que tous en lien avec le monde arabo-musulman (“male citizens”, “Iraquis”…). Sont ciblées les mesures et autres contraintes à l’arrivée sur le sol des États-Unis d’Amérique ou la vision négative que le pays suscite, y compris de la part de ressortissants de nations considérées comme des alliées.
Fig. 3 : courbe des fréquences relatives des termes « immigrants » et « citizens »*. Série textuelle chronologique : résumés mensuels de The Citizen (2001-2006).

*Plutôt que le nombre effectif d’occurrences d’un terme dans le corpus et ses parties (fréquence absolue), la fréquence relative de ce même terme est rapportée à la taille du corpus et de ses parties. Les fréquences relatives sont multipliées par 10.000 pour rendre la figure plus lisible.
25Cette dimension catégorielle se retrouve dans le contexte gauche immédiat des occurrences d’“immigrants” recensées (“Russian”, “Chinese”, “African”, “female”, …). Mais il est un terme associé qui prend progressivement toute sa place dans les énoncés enregistrés, celui de “undocumented”, que l’on pourrait traduire par « sans papiers ». Pour Gotham Gazette, il s’agit ici pour l’essentiel de rendre publiques les difficultés auxquelles sont confrontés les nouveaux venus (“new”, “newly arrived”, sans zone de provenance spécifiée donc) tout autant que le soutien qui leur est apporté, par un regroupement d’avocats ou par l’État, comme lorsque ce dernier cherche à faire entériner par le Congrès un programme d’allocation de permis de travail temporaires à la fin de l’année 2004.
26Finalement, on pourrait se demander si avec les termes pluralisés “citizens” et “immigrants” ne se rejoue pas la forme de dialectique entre citoyenneté et citadinité (Boure, Lefebvre, 2003). À la première l’association d’un être abstrait, surplombant ; à la deuxième, le quotidien et l’ordinaire de la ville, d’ailleurs inscrits de façon progressivement accrue dans la production éditoriale, à rebours du discours volontariste mais plus virtualisant des premiers mois, en particulier dans ses formules répétées péritextuelles. Parce que dans les énoncés extraits du corpus, le terme « citizens » est régulièrement précédé d’un antécédent négatif, son profil abstrait s’en trouve comme renforcé. C’est en fait au terme “immigrants” qu’il revient d’occuper la fonction d’un universel ancré, tout en conservant à d’autres moments du discours un lien avec les atours spatialisés d’un locus partagé (“Federal Plaza”, “Ellis Island”, “City Council”) ou avec l’horizon d’un bien commun (“Medicaid” [Caisse d’assurance maladie], “Bureau of Labor Statistics”), en tous points raccordables à « un lieu concret, la ville, qui renvoie à des formes particulières d’occupation, d’organisation et de représentation de l’espace, et qui plus est de l’espace vécu et pratiqué » (ibid., 68).
27En fin de compte, parce que les citoyens représentent, dans le discours de The Citizen, une figure à laquelle est dénié l’exercice des droits et des pratiques politiques comme le vote et la participation au débat public, en un mot ce qui pourrait en faire la source du “lien social”, c’est aux immigrants, autre nom donné à The Citizen rappelons-le, qu’il incombe de l’assurer dans le discours, mais en partie seulement. En effet, je pense avoir montré combien les immigrants s’inscrivaient davantage ici dans une perspective citadine que citoyenne. R. Boure et A. Lefebvre rappellent que, dans sa définition traditionnelle, « la citadinité est très largement dominée par une conception sociale et utilitariste du lien social » où la proximité sociale prévaut sur une autre davantage spatiale. Eu égard à ce qui a été dit en amont, la conclusion des auteurs s’applique pour le moins à The Citizen : « Le citadin est, en quelque sorte, un usager de la ville, au sens de la sociologie des usages – il pratique la ville quotidiennement et il l’intègre dans son ordinaire –, et plus secondairement, à celui des juristes : le destinataire est la raison d’être ultime des équipements et des services publics urbains rendant la ville habitable, et donc le titulaire de droits et d’obligations » (ibid., 69).
Perspectives
28Par l’approche communautaire, spatiale autant qu’« ethnique », Gotham Gazette s’est donné pour objectif, via un dispositif en ligne, une meilleure participation des habitants de New York à ce qui pourrait leur tenir lieu de destin commun. À travers deux de ses extensions, les community gazettes et The Citizen, je me suis efforcé d’apprécier la portée d’un tel projet éditorial, non dénué d’un certain volontarisme dans le discours. Au moment d’en dresser un bilan, force est de constater que l’entreprise la plus ambitieuse a été abandonnée en chemin. À savoir, celle de transformer l’internaute ancré dans son quartier en véritable prescripteur d’informations de toutes sortes, dût-il puiser dans la presse communautaire afin d’en choisir, selon ses propres critères, les éléments à publiciser. Quelques années avant le lancement des community gazettes, une initiative similaire dans la philosophie a été initiée à Amsterdam, non pas par la municipalité mais par une association (contre une fondation dans le cas de Gotham Gazette). L’idée était là aussi de stimuler les discussions et le débat local, ce qui déboucha de la même façon (mais pas forcément pour les mêmes raisons) sur un constat d’échec. Ainsi que l’écrit Thierry Vedel, qui rapporte cette expérience dans son article, cette « véritable métaphore numérique de la ville réelle » consista en un projet « utilisé par une minorité de la population locale, [qui] a davantage exacerbé les conflits locaux et les réflexes communautaires que favorisé un échange généralisé » (Vedel, 2000, 253-254). Il n’est pas même certain que les community gazettes en arrivèrent à cette extrémité. L’arrêt de leur fonctionnement est sans doute plus à chercher dans l’inadéquation entre le souhait initial de ses concepteurs et la façon dont l’utilisateur visé ne se sera finalement guère senti concerné. Ce qu’un travail sur place avec les données conservées par l’éditeur pourrait permettre de vérifier.
29La démarche la plus ambitieuse n’ayant pas abouti, celle adossée à la section The Citizen a-t-elle porté davantage ses fruits ? Évolutif, ce que dénote bien les slogans successifs qui lui ont été accolés (jusqu’à Voices of NY dans sa dernière mouture), j’ai choisi de me concentrer sur la première phase du dispositif, parallèle à celui des community gazettes, en focalisant mon attention sur les archives de The Citizen couvrant la période 2001-2006. Les articles de l’immigrant press publiés à cette période n’étant pour beaucoup plus accessibles, mon choix s’est arrêté sur les résumés mensuels toujours en ligne. De cette approche exploratoire du discours, il ressort finalement qu’il y a loin entre le vœu initial de donner une image la plus fidèle possible de la diversité de la presse « ethnique » à New York et les journaux les plus mentionnés vers lesquels l’internaute est invité à se tourner pour en lire les articles, des indices étant palpables du choix de mettre en avant la presse d’Asie du sud-est plutôt que des journaux rédigés pour un public d’origine européenne ou afro-américaine, la bonne représentation de la presse en langue espagnole confirmant pour sa part l’emprise des « Latinos » dans l’espace social du pays. Il y a ici assurément des choix éditoriaux qui demanderaient à être éclairés : partenariats particuliers de Gotham Gazette avec certains des titres de presse en présence ? perceptions a priori sur ce qu’ils sont susceptibles de révéler des communautés en présence et de leur manière de vivre la ville ? Il paraît assuré que l’inscription dans le temps d’une telle démarche en assure le caractère prioritaire pour l’équipe dirigeante de Gotham Gazette, contrairement aux community gazettes qui, il est vrai, s’appuyaient sur un background cartographique malaisé, techniquement parlant. Pour autant, parce qu’elle court le risque de n’offrir qu’une information dédiée, c’est-à-dire restreinte aux seuls destinataires concernés et détenteurs des codes de lecture afférents (je suis à même de connaître la ligne éditoriale d’un journal issu de ma zone géographique de provenance ou d’origine), l’expérience ne promeut au mieux que la figure du citoyen éclairé qui s’informe, conforme non pas au modèle de la place publique (le citizen impliqué destinateur) mais à celui de la ville de verre (l’immigrant citadin destinataire)14.
Bibliographie
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Format
Boure Robert, Lefebvre Alain, 2003, « Citoyenneté et citadinité dans la mal nommée “démocratie électronique locale” », Sciences de la société, n° 60, pp. 65-84.
Janowitz Morris, 1967, The Community Press in an Urban Setting, Chicago, University of Chicago Press, 2e éd. [1re éd. : 1952], 275 p.
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Vedel Thierry, 2000, « L’internet et les villes : trois approches de la citoyenneté », Hermès, n° 26-27, pp. 247-262.
10.4267/2042/14780 :Notes de bas de page
1 On la trouvera à l’adresse suivante : <http://www.gothamgazette.com>. Entre autres prix décernés par la Online News Association, elle a été finaliste du Online Journalism Award en 2003, dans la catégorie du Service Journalism, un an après l’avoir emporté dans la même catégorie pour la mise sur pied d’un jeu en ligne permettant aux New Yorkais de choisir entre différents projets de réhabilitation de Ground Zero, suite aux attaques du 11 septembre 2001.
2 Selon l’auteur, Professeur à la New York University, un nouveau média comme Gotham Gazette, par le territoire visé (déjà bien desservi en médias de toutes sortes) et le public ciblé (jeune et favorisé), n’atteint pas vraiment les populations qui auraient pourtant le plus besoin de sources alternatives à celles des médias dominants.
3 Accessibles à l’adresse suivante : <http://www.gothamgazette.com/citizen/immigrant_press.shtml>.
4 Anciennement Independent Press Association, la NYCMA en a conservé les prérogatives, à savoir promouvoir et soutenir les médias « ethniques » et « communautaires » à New York et dans l’aire métropolitaine. Concernant la cessation des activités des community gazettes, Jonathan Mandell, ancien editor de Gotham Gazette, m’a précisé le 6 septembre 2010 dans un échange de mails que « the Community Gazettes ceased operation because our initial grant ran out and the executive director did not see them as a priority » [les Community Gazettes ont été abandonnées faute de renouvellement de notre subvention initiale et parce que l’administrateur ne les voyait pas comme une priorité].
5 Soit 53 livraisons mensuelles d’août 2001 à avril 2006, aucune mention n’existant pour les mois de septembre à novembre 2001 et le lien vers le mois de mars 2004 n’aboutissant pas. Le choix s’est porté sur les seuls résumés des articles en raison d’une désormais quasi-inaccessibilité des articles originaux auparavant lisibles après un simple clic, en dehors de ceux produits « en interne » par Gotham Gazette et signalés comme tels dans la page mensuelle des résumés.
6 Parmi d’autres expériences avortées ou non s’inspirant de la forme du nonprofit model, et pour n’en rester qu’au territoire nord-américain, on peut citer par exemple MinnPost, voiceofsandiego.org, the Chi-Town Daily News à Chicago, the New Haven Independent dans le Connecticut, the Saint-Louis Beacon…
7 Boroughs (ou boros dans la terminologie du site) qui représentaient d’ailleurs initialement un lien hypertexte pour accéder aux community gazettes, mais selon une vision élargie en termes d’aire urbaine.
8 Équivalence mise en cause tout autant qu’en perspective par la géographe Deborah G. Martin (2003). Je remercie la personne, parmi les évaluateurs d’une première version de ce texte, qui m’en a fourni les références.
9 Daniel Gesslein, Bronx News du 21 juin 2005 (Community Gazette du 17e district, desservant Hunts Point, Longwood, Mott Haven et Sound View).
10 Au 8 septembre 2011, Voices that must be heard a été renommé Voices of NY, projet de la CUNY Graduate School of Journalism.
11 Pour un approfondissement de ce point, voir Lazar, 2006.
12 Voir The New York Times, « New York City Losing Blacks, Census Shows », 3 avril 2006, article écrit à partir des données analysées par le démographe William Frey, de la Brookings Institution. En juillet 2004, The Citizen reproduit cinq language maps de la Modern Language Association qui font apparaître que l’espagnol est « the second spoken language in New York City » (plus de 500.000 speakers), devant le chinois, le russe et l’italien à des niveaux équivalents – ce qu’est loin de refléter le relevé des publications en dépit de la présence de quelques journaux en russe (Russkaya Reklama, Novoye Russkoye Slovo, Russian Bazaar et Poleznaya Gazeta) –, puis le français, dont le seul représentant visible en cette langue est France-Amérique.
13 La régression de « citizens » va de pair avec celle de « citizen », lequel est décliné pour l’essentiel sous une forme propriale avec majuscule à l’initiale correspondant au nom de la rubrique, mais aussi dans un registre autonymique comme vu précédemment (approche du mot en lui-même et de ses potentialités étymologiques).
14 Selon T. Vedel, le modèle de la ville de verre « est centré sur la fourniture d’une multitude d’informations aux habitants de la ville. Il renvoie à l’idéal du citoyen éclairé cher aux philosophes libéraux tels que Thomas Jefferson : pour prendre de bonnes décisions et participer à part entière au processus démocratique, les citoyens doivent être complètement informés » (Vedel, 2000, 252).
Auteur
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Jean-Michel Rampon
ELICO, IEP Lyon
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