Conclusion
p. 159-160
Texte intégral
1Le droit public économique s’est formalisé dans cet entre-deux-guerres, avec des lois (celle de 1919, en particulier, à propos de l’hydro-électricité), une pratique des cahiers des charges, une vigilance des services de l’État dans la mise au point des concessions, et une veille constante afin de suivre leur développement. L’ultralibéralisme qui avait exprimé le scepticisme des professeurs d’économie politique, de nombreux experts du secteur public lui-même (comme au sein de l’Inspection des Finances) et, bien entendu, des organisations professionnelles patronales, ne peut plus prévaloir de façon quasiment hégémonique ; et les valeurs de « l’économie sociale-libérale » de l’entre-deux-guerres visent à un équilibre, délicat à définir et à maintenir (surtout pendant la dépression des années 1930), entre l’encouragement aux initiatives des firmes et des porteurs d’esprit d’entreprise et les exigences de l’intérêt général (préservation de la ressource eau, partage entre ses divers usagers, normes de sécurité et de fiabilité, etc.). D’ailleurs, « l’école française de service public » et même « l’école bordelaise » de la Faculté de droit (avec notamment Léon Duguit, Gaston Jèze, Roger Bonnard, André de Laubadère et Jean Latournerie) participent à cette montée en puissance d’un droit public économique adapté aux concessions ou délégations de service(s) public(s).
2Cependant, le modèle propre aux Pyrénées, puis aussi au Sud du Massif central, reste original et prend même de l’ampleur. La mobilisation d’investissements hydroélectriques par les deux compagnies ferroviaires débouche sur des processus d’équipement, de gestion et d’interconnexion efficaces et fiables. La légitimité technique, économique, juridique, des entités gérées par le groupe de la Compagnie du Midi puis aussi par le PO n’est pas contestée pendant ces deux décennies. Et les froissements parfois provoqués par la négociation des projets d’aménagement avec les communautés locales sont apaisés par des compromis qui consolident « l’acceptabilité » (avec une francisation du mot anglo-américain acceptability, proche de l’expression capacité de tolérance) des concessions.
3Enfin, le capital immatériel, nourri de culture technique et de culture d’entreprise, se diversifie en accompagnant l’extension du portefeuille de métiers et l’enrichissement du portefeuille de savoir-faire. L’osmose interne des diverses cultures cheminotes et énergéticiennes, l’osmose externe avec la communauté de la houille blanche du Sud-Ouest (avec les experts des pôles de Toulouse et de Tarbes, en particulier), et l’insertion dans la vaste communauté électricienne nationale ne peuvent qu’étayer ce capital immatériel, avec un rôle clé joué plus encore par les pionniers et grandes figures des groupes. Mais il faut mettre en valeur aussi le rôle de plus en plus déterminant de cohortes de techniciens et d’ouvriers qualifiés qui constituent le socle, réactif et « agile » devant les aléas techniques et naturels, de ces entreprises.
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