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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral 1. L’enjeu de la compétitivité 2. La force d’une communauté de culture 3. Le cheminement de la contestation des positions acquises 4. Renouveler le capital de légitimité 5. Une matrice de questionnement Notes de bas de page

    Les concessions hydroélectriques dans le grand Sud-Ouest

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    Table des matières

    Chapitre 1. L’enjeu de la contestation et du renouvellement des concessions hydroélectriques dans le grand Sud-Ouest. Culture technique, capital immatériel et légitimité des entreprises concessionnaires

    p. 17-28

    Texte intégral 1. L’enjeu de la compétitivité 2. La force d’une communauté de culture 3. Le cheminement de la contestation des positions acquises 4. Renouveler le capital de légitimité 5. Une matrice de questionnement Notes de bas de page

    Texte intégral

    1Depuis les années 1990-2000, une mode idéologique favorable à une mise en concurrence systématique et son expression politique et institutionnelle ont structuré un mouvement de « contestation » (contestability, en anglo-américain1) des positions acquises par les entreprises publiques, semi-publiques, privatisées ou privées qui gèrent des organisations de services publics, et notamment celles qui assument des délégations et des concessions de service public. Les débats soulevés aujourd’hui facilitent la compréhension de cette histoire économique et technologique, autour de thèmes clés, en particulier la culture technique, le capital immatériel et la légitimité des entreprises concessionnaires.

    1. L’enjeu de la compétitivité

    2Ce mouvement trouve ses origines d’un côté dans une impulsion néo-libérale, de l’autre dans une critique peu ou prou anticapitaliste des monopoles et oligopoles. L’Europe des Vingt-Sept a ainsi intégré cette contestation dans ses programmes d’action, quel que soit le secteur en cause : télécommunications, transports collectifs, gestion des services publics de proximité (eau, déchets), voire gestion de certaines prestations sociales. L’enjeu proclamé est le renforcement de la compétitivité du système productif européen et, dans chaque pays, national, en bousculant les avantages acquis, les rentes de situation, les barèmes de prix depuis trop longtemps trop rigides, en soulignant les lacunes d’investissement de productivité.

    3Ce qui était considéré dans chaque pays et région – dans les pays à structure décentralisée, tels que l’Allemagne et l’Italie – comme un héritage « historique » est perçu dorénavant comme un legs d’une histoire trop pesante, qui entraverait la souplesse, la réactivité, la capacité d’adaptation (adaptability) des systèmes de services publics et freinerait la modernisation compétitivité du système productif au cœur des deux mouvements qui bousculent l’espace économique, celui, technologique, de la troisième révolution industrielle et celui, géographique, de la globalisation. La stratégie serait dès lors d’alléger le poids des pesanteurs historiques (path dependency2) qui caractériseraient l’économie des services publics dans son ensemble.

    4L’énergie n’a pas échappé à cette tendance à la contestation des positions acquises. C’est bel et bien la « légitimité » des acteurs historiques qui a été mise en cause. Jusqu’alors, pour ne parler que de la France, les parties prenantes héritées des nationalisations de la Libération d’une part (Edf, Gdf), des sociétés mixtes de l’entre-deux-guerres (Compagnie nationale du Rhône-Cnr, Sncf et ses filiales énergéticiennes) et des sociétés liées à des collectivités locales (Bordeaux, Strasbourg, etc.) disposaient d’un capital immatériel constitué d’une légitimité incontestable et d’une relative « nécessité » historique, toutes deux nourries de combats politiques, institutionnels, sociaux, technologiques, économiques. Les conventions de concession hydroélectrique disposaient ainsi, encore dans les années 1950-1960, d’une clause insistant sur la contribution du concessionnaire au « service national » de l’énergie.

    2. La force d’une communauté de culture

    5Pour ne parler que de l’énergie hydroélectrique, les entreprises avaient été les actrices de la « révolution de la houille blanche ». Son impact dans les esprits a été effacé à coup sûr par la révolution du nucléaire ou par l’ampleur des investissements effectués dans les pays émergents et par l’innovation technologique. Pourtant, dans les années 1900-1960, construire un barrage, équiper une centrale hydro-électrique, déployer un « escalier » de barrages et de retenues le long d’un cours d’eau et de son bassin, structurer un réseau de haute tension avaient été autant d’initiatives qui avaient marqué les esprits, tant à l’échelle nationale qu’à l’échelle régionale. Dans l’entre-deux-guerres, les entreprises hydroélectriques ont été parties prenantes de cette bataille de « l’outillage national », comme on disait alors, et symbolisaient « la France au travail », celle des grands chantiers d’équipement, en parallèle à la percée des grandes entreprises et des usines géantes de la deuxième révolution industrielle.

    6Un véritable « culte » ou tout au moins une ferveur collective en faveur de la houille blanche et des équipements hydroélectriques a saisi, pendant plusieurs décennies, le monde de l’énergie. Il s’est alimenté d’une « culture technique » constituant un système de pensée, d’innovation, d’ingénierie. Il s’est appuyé sur des pôles régionaux, autour de Grenoble, d’abord, de Lyon et de Toulouse, ensuite, en osmose avec les noyaux identiques en Suisse, en Italie, en Autriche ou en Allemagne, sans oublier la Scandinavie, d’autant plus que des intérêts financiers et techniques français ont été longtemps influents auprès de la firme norvégienne Norsk-Hydro. Une communauté de pensée et d’action a confédéré ingénieurs, techniciens, syndicats, hommes politiques (dans le Sud-Est, le grand Sud-Ouest ou en Alsace notamment), voire banquiers et financiers, au nom d’investissements considérés comme des leviers de croissance et de compétitivité régionale puis aussi (à partir des années 1930) nationale. Il est significatif que l’un des premiers ouvrages de la fameuse collection « Que sais-je ? » ait été consacré dès 1942 à L’équipement électrique de la France3.

    7Cette culture était mixte puisqu’elle englobait une culture technique portée par les innovations, une culture sociale des énergéticiens renouvelée dans l’après-guerre par le syndicalisme et les « cultures maisons », une culture managériale triple car articulée autour de celle de la « production », de celle des « réseaux » de transport de l’énergie (haute tension, gestion des points d’échange, etc.) et, de plus en plus, de celle de « l’interconnexion » entre les réseaux. D’ailleurs, Edf n’a pas manqué d’histoires4 exaltant peu ou prou l’aventure menée depuis la nationalisation de 1946 et « les cathédrales des temps modernes »5 que furent les grands barrages de l’après-guerre. En parallèle, une solide Association pour l’histoire de l’électricité, relayée par la Fondation Edf, a soutenu nombre de colloques et d’ouvrages académiques afin de mettre en valeur l’action féconde des organisations énergéticiennes6. Dans le Sud-Est, la Cnr elle-même a bénéficié d’une histoire substantielle7, tandis que les universitaires étudiant les pôles lyonnais8 et grenoblois9 n’ont pas manqué de contribuer à cette reconstruction d’une épopée technologique et productive. Au niveau du grand Sud-Ouest, enfin, l’historien de l’économie des transports, de l’énergie et de l’innovation qu’est Christophe Bouneau a bien reconstitué les pans essentiels de la révolution électrique et hydroélectrique, en liaison avec la révolution ferroviaire incarnée par la Compagnie du Midi10, et nombre de sections historiques de cet ouvrage lui sont redevables.

    3. Le cheminement de la contestation des positions acquises

    8Comme nous le verrons, la loi de 1919 et les concessions définies après la nationalisation de l’essentiel des ressources énergétiques en 1946 ont fourni un cadre juridique durable au déploiement des nouvelles opérations. D’ores et déjà, dans l’entre-deux-guerres puis pendant les Trente Glorieuses, le grand Sud-Ouest aura été marqué, comme la vallée du Rhône, par divers statuts et diverses situations juridiques et économiques : s’y sont juxtaposés l’établissement public Edf, la filiale de la société d’économie mixte Sncf, les équipements intégrés aux firmes industrielles et charbonnières, sans même parler des régies de certaines collectivités locales. Déjà source de méditations académiques et juridiques sur la variété de la réalité hydro-électricienne dans ces contrées, en fonction des techniques, des initiatives des ingénieurs et des investisseurs et du statut des sociétés mises en place, ce foisonnement explique que le legs de l’Histoire y soit particulièrement original, quand les positions acquises ont été bousculées par une « accélération » de l’histoire de l’énergie.

    9D’une part, la Sncf s’est séparée de sa filiale historique, la Shem, tout comme Charbonnages de France s’est défaite de sa branche électrique ; d’autre part, un grand groupe mixte, Gdf Suez, est devenu le parrain de deux grandes entités hydro-électriciennes, dans la vallée du Rhône (Cnr) et dans le grand Sud-Ouest (Shem), tandis que la société nationalisée Edf elle-même devenait une entreprise publique cotée en Bourse. Le « capitalisme » aura fait son irruption dans les vallées et bassins hydroélectriciens des Pyrénées, du Massif central ou de la vallée du Rhône… Les mutations des structures capitalistiques touchant au mode de propriété et au mode de management auront donc initié un processus de remise en cause des pratiques techniques et gestionnaires : une réappréciation a dû être engagée dans les entreprises parties prenantes de notre champ d’étude – d’où un premier cadre de « contestabilité », de contestation des cultures, du capital immatériel, en interne.

    10En parallèle et en complément, une seconde révolution est intervenue depuis les années 1990 : elle a été suscitée par le retour en force du « néo-libéralisme »11 au cœur de l’ensemble économique de l’Union européenne12 et du corpus idéologique d’une majorité des équipes politiques se succédant au pouvoir, quelle que soit leur couleur idéologique, en particulier en ce qui concerne les organisations de services publics (ce qu’on appelle utilities dans le monde globalisé)13. Droite libérale et gauche sociale-démocrate ont ainsi, en France, conduit toutes deux le processus de « libéralisation » de l’économie énergéticienne, en en faisant une économie de marché, plus ou moins avancée, selon les branches d’activité. Cette mutation a certes confirmé les vertus de la délégation de service public des concessions hydroélectriques, mais elle a aussi enclenché une procédure de mise en concurrence. La loi de 1919 (avec ses compléments ultérieurs), qui a constitué le premier cadre législatif de l’exploitation hydroélectrique (avec la propriété publique de l’eau et le droit des concessions) a donc été modifiée en afin d’adapter le régime de 1919 à cette nouvelle économie de marché et à l’ouverture à la concurrence, avant que la loi Nome (Nouvelle organisation du marché de l’électricité) de 2010 ne vienne harmoniser, rationaliser, structurer, compléter le corpus réglementaire servant de base à ce changement de paradigme et donc de pratiques.

    11Par conséquent, le régime des concessions hydroélectriques a dû lui aussi se couler dans cette logique « mercantile » ou « marchande », c’est-à-dire entrer dans l’ère de la mise en concurrence des concessions, de la contestabilité juridique et contractuelle, d’une éventuelle guerre concurrentielle, ce qui impose in fine aux parties prenantes de l’hydroélectricité de s’imposer un examen de compétitivité, de définir leurs avantages compétitifs (competitive edge14), les points forts et les points faibles de leur portefeuille de compétences et de savoir-faire, de mobiliser les matrices de diagnostic managérial, de reconsidérer les vertus et la validité du capital immatériel, de la culture technique et de la culture d’entreprise, jusqu’alors perçus comme pérennes.

    12Ce qui apparaissait comme un héritage positif, comme un corpus de pratiques admis et reconnu, doté d’une légitimité implicite, risquait de devenir un fardeau, un frein à la mobilité gestionnaire, à cette fameuse « agilité » requise par le toyotisme dans le cadre du système productif de la troisième révolution industrielle (lancée dans les années 1970-1990). Il fallait désormais soumettre un système construit pendant la deuxième révolution industrielle (celle des années 1880-1890 aux années 1970), conçu comme efficient et doté de sa logique, aux critères d’appréciation nourris par le système de cette troisième révolution industrielle, en brisant par exemple ce qui pouvait constituer des « routines » de pensée et d’action15.

    13Ce sont autant d’exigences qui ont dû pousser les patrons des entités hydro-électriciennes considérés à un aggiornamento de leurs stratégies, du lien entre celles-ci et les structures et l’organisation de firme – pour reprendre les vieux termes d’Alfred Chandler et de Henry Mintzberg16 –, du modèle économique, en intégrant le cadre concurrentiel dans la reconstruction de la stratégie17 et dans la redéfinition des portefeuilles de métiers et de compétences, par le biais de processus d’analyse stratégique, de « ré-ingénierie » de l’organisation (reengineering)18, afin de reconsidérer non seulement les coûts de production, mais l’efficacité ou « la performance » du capital immatériel légué par plusieurs décennies et sans cesse renouvelé « au fil de l’eau »… Il faudra donc déterminer comment un nouvel esprit d’entreprise est venu contribuer à la conduite du changement et quels ont été ses moteurs.

    4. Renouveler le capital de légitimité

    14Chaque groupe énergéticien est par conséquent confronté aux risques de la compétition entre les acteurs du secteur. Cette situation joue quelle que soit leur assise capitalistique – entreprise quasiment publique, bien que cotée en Bourse, comme Edf ou Areva ; filiales plus ou moins directes ou sociétés sœurs du groupe Gdf Suez ; sociétés privées, comme plusieurs firmes étrangères, etc. –, leurs statuts, leur proximité de « l’appareil économique d’État », ou leur insertion dans tel ou tel réseau d’influence, en fonction des tendances politiques ou des groupes de représentation d’intérêts parmi les « élites » économiques, capitalistes ou publiques. « Que le meilleur gagne ! » devrait être la formule clé de cette course entre groupes industriels et commerciaux, mais aussi entre réseaux d’influence décisifs dans les processus d’appels d’offres face aux règles de la commande publique redéfinies depuis la loi Sapin de 1992…

    15Ce défi débouche nécessairement sur des campagnes d’opinion, au cœur des circuits de décision parisiens, des réseaux d’influence nationaux ou régionaux, des prescripteurs d’opinion parmi chacun d’entre eux, et enfin de véritables « campagnes d’opinion » auprès de la nébuleuse de « l’opinion publique ». Celle-ci comprend les associations diverses, les petits et moyens élus locaux, la presse de toute dimension, les réseaux d’information et de débat numériques. C’est l’enjeu de la « perception cognitive » qui compte tout autant que la réalité du capital technique, humain ou financier, l’enjeu de la « différenciation » entre les acteurs qui passeront, à propos de telle ou telle concession, de telle ou telle vallée, de tel ou tel bassin hydraulique, pour « meilleurs », « plus légitimes », plus fiables, crédibles, prometteurs, etc. Chaque entreprise doit lutter contre son « déficit d’image », mobiliser ses capacités de communication institutionnelle (corporate communication), soigner son image de marque.

    16Par surcroît, à propos du monde énergétique, l’on sait que, au début du xxie siècle, les enjeux de ce qu’on appelle « le développement durable » (sustainability) exigent que tout projet soit convaincant non seulement par ses aspects technologiques ni même sociaux, mais aussi par son apport aux équilibres naturels, écologiques, environnementaux. Le renouvellement des concessions ne peut ainsi manquer de susciter une compétition, ou du moins une évaluation, à ce sujet. Ce sont des « enjeux de société », comme on dit – comme l’avaient prouvé jadis les combats autour des projets de barrage de Tignes et de Serre-Ponçon19. L’eau constitue une « ressource rare », et la préservation de ce capital constitue l’un des enjeux des évaluations des candidatures, dans le cadre de cette problématique des « ressources »20 qui sous-tend nombre de débats autour du développement durable. Néanmoins, ce point est peut-être moins sensible que l’équilibre entre les ambitions techniques, économiques et énergétiques et le mode de vie des hommes résidant ou travaillant dans le bassin considéré. Il faut donc jauger chaque histoire et chaque projet en fonction de tels critères de jugement.

    17Enfin, toute entreprise se doit de veiller à son « enracinement » (embeddedness)21 au milieu de la communauté de travail et de vie qui l’accueille, dans le terroir où elle est censée œuvrer à la fois au service de ses propres intérêts et au service de l’intérêt général et des intérêts spécifiques de la région, du bassin, de la vallée ou du massif, pour les territoires qui nous concernent dans cet ouvrage. Les firmes énergéticiennes impliquées dans le renouvellement des concessions hydroélectriques doivent donc se soucier de la mise en valeur de leur enracinement dans l’économie et la société de chacun des territoires où elles sont actives ou désirent le devenir. Elles doivent bien sûr insérer ces outils de persuasion dans une logique de responsabilité sociale des entreprises22.

    18Tous ces derniers éléments alimentent la construction du capital de « confiance »23 qui sert de levier aux débats et aux jugements chez toutes les parties prenantes. Chaque concessionnaire sortant et chaque candidat à une concession venue à échéance ou nouvelle doit veiller à cette perception collective, à renouveler cette confiance ou à la créer, selon les cas, avec doigté et finesse. L’enjeu n’est pas la seule mobilisation d’un savoir-faire en relations publiques, car il est évident qu’un tel capital de confiance ne repose par sur une perception immédiate, éphémère, à un instant donné ou à un instantané, mais bel est bien sur un effort persévérant de persuasion par des actes, des faits patents, sources de conviction parmi les habitants, des relais d’influence et des élus des contrées environnantes.

    19L’on ne saurait enfin négliger les facteurs agissant au service d’une forme de « régionalisme », sinon d’un « patriotisme de clocher ». Il est clair que les parties prenantes, les élus, les groupements associatifs, les autorités publiques prendront en compte la contribution de chaque concession ou ensemble de concessions, par bassin ou vallée, au développement local, en fonction du nombre et de la qualité des emplois, de l’animation de réseaux de fournisseurs et sous-traitants, etc. Chaque barrage ou bloc de barrages apporte son énergie, ce qui sous-tend la compétitivité du système productif local et régional, mais aussi sa part de « valeur ajoutée » au cœur de l’économie locale ou régionale, par la distribution de commandes, la stimulation des petites et moyennes entreprises (pme). L’on se situe alors au cœur de la problématique de la croissance et de la compétitivité régionales, et les firmes candidates aux concessions doivent soigner leur image de marque sur ce registre essentiel ; en effet, elles doivent convaincre qu’elles contribuent activement (ou veulent contribuer plus activement) au mini-système productif, voire qu’elles innervent un (tout petit) « système technique » local, dès lors que leurs investissements en tâches de maintenance et en investissements de renouvellement ou d’extension favorisent des branches d’activité à contenu de valeur ajoutée plus moins dense24.

    20Le dilemme classique est de prouver qu’on appartient au capitalisme fécondateur de la croissance et des équilibres sociétaux et environnements, au « bon capitalisme »25, alors que des vents contraires ont remis en cause la légitimité globale du capitalisme privé ou semi-public. Les sociétés énergéticiennes sont tout particulièrement devenues la cible des détracteurs des prix trop élevés, des investissements internationaux effectués aux dépens de la modernisation des équipements nationaux, des oligopoles résistant au souffle de la libéralisation. Aussi les études de cas de chaque contrat de concession sont-elles destinées à aiguiser les enjeux de la légitimité de chaque compagnie concernée.

    5. Une matrice de questionnement

    21Les chapitres qui suivent correspondent à ces interrogations et à ces enjeux. De façon critique, donc sans hagiographie servant l’image de telle ou telle entreprise, sans parti pris servant tel ou tel courant d’opinion, ils vont, de façon thématique, déterminer comment se sont échafaudés des portefeuilles de savoir-faire adaptés à chaque étape du cycle de conception, de développement et de maturation des concessions hydroélectriques. Nous écartons délibérément, rappelons-le une fois encore, toute histoire narrative car nous privilégions un cheminement problématisant et thématique, bordé toutefois par la narration des faits et par l’intervention des hommes.

    22Nous entendons mobiliser une matrice de questionnement qui guidera notre exploration à propos des grands ensembles chronologiques. Cette grille se concentrera sur le portefeuille de savoir-faire des opérateurs étudiés, au sein de leur portefeuille de métiers, afin de déterminer leur capacité à se différencier d’éventuels concurrents. Elle doit d’abord mettre en valeur les aspects techniques, scruter les facettes du capital humain de la communauté des acteurs, évaluer la capacité à évoluer à l’intérieur des communautés locales tant à propos des débats autour des équilibres naturels qu’en ce qui concerne les réactions aux projets successivement proposés.

    Tableau 1. Grille d’analyse du portefeuille de métiers et de savoir-faire des compagnies énergéticiennes étudiées.

    Portefeuille de savoir-faire techniques
    Rationalité dans la mobilisation du capital Eau
    Capacité d’innovation technologique
    Art de la gestion de réseaux de transport et d’interconnexion
    Art de la gestion de la maintenance technique
    Réactivité face aux déboires et autres éventualités techniques
    Mobilisation du capital humain
    Capacité entrepreneuriale (« figures », « héros »)
    Culture technique de la communauté des hommes
    Culture d’entreprise et réseaux de solidarité ou de communauté
    Capacité d’enracinement
    Gestion des enjeux environnementaux et des équilibres naturels
    Gestion des rapports de relations et de force avec les parties prenantes locales
    L’enjeu de la compétition
    Concurrence, monopole, oligopole dans l’histoire hydroélectrique
    Comment apprécier les avantages compétitifs face à l’enjeu du renouvellement des concessions ?

    23Insérer dans une telle étude des considérations sur des « figures » ou des « héros » (voir le tableau 1) peut paraître saugrenu ou rentrer dans le cadre d’une simple histoire narrative. Or nous pensons que ces hommes ont « donné du sens » à cette histoire hydro-électricienne et l’ont parfois « incarnée ». Ils lui ont procuré leur esprit d’entreprise. Le rappel de leur rôle déterminant permettra de reconstituer comment ils ont mobilisé leur énergie, leurs réseaux d’influence, leur capacité d’osmose avec le milieu technique et économique de leur époque. L’histoire des organisations ne se résume pas à une gestion bureaucratique au jour le jour, avec ses seuls « risques d’exécution » ; elle suppose aussi, voire surtout, une stratégie de management qui s’adapte à une stratégie technique, à la mise en œuvre d’un modèle technique de production et à un modèle économique (mêlant le précédent et des enjeux financiers et commerciaux).

    24Même de telles entreprises un peu « ternes », sans guère d’aspérités événementielles, sans « panache » ou renommée, comme les firmes animant des marques et une « image de marque » au cœur de la société de consommation, offrent de multiples occasions de voir surgir dans leur évolution des acteurs décisifs, constructeurs d’une « aventure », sinon d’une « geste », industrielle et technologique, par exemple par le biais d’une contribution au processus d’innovation permanente, discrète, faites d’ajustements, de réponses à des difficultés au quotidien, de prestations d’ingénierie « sur mesure » (taylor-made). Faire incarner ici et là ces histoires par des « figures » ne peut que renforcer le cheminement d’une analyse orientée vers la reconstitution des portefeuilles de savoir-faire, du capital immatériel, des firmes impliquées dans ces mutations hydro-électriques.

    Notes de bas de page

    1 Parfois, nous précisons entre parenthèses le mot anglo-américain qui correspond à la notion étudiée ; en effet, sur ce registre de l’histoire économique et de l’économie des sieg et des entreprises en général, il n’est pas « snob » d’évoquer, sans aucun abus accumulatif, le terme anglo-américain qui se rapproche le plus de notre propos ou qui est à l’origine des développements en France même autour de tel ou tel thème. Experts, enseignants et étudiants œuvrent en effet désormais dans un monde académique globalisé, et les deux pans, national et mondial, doivent cohabiter en une osmose pertinente, quoi qu’en pensent des esprits chauvins.

    2 Cf. Marie-Laure Djelic et Sigrid Quack, « Overcoming path dependency: Path generation in open systems », Theory and Society, 2007, 36, n°2, p. 161-186.

    3 Jacques Martincourt, L’équipement électrique de la France, Paris, Presses universitaires de France, collection « Que sais-je ? », n°59, 1re édition au second trimestre 1942, 2e édition en 1947, 3e édition en 1959 (vingt-troisième mille exemplaires). Cf. notamment : « Les plans successifs d’équipement électrique », 3e édition, p. 66-71.

    4 Jean-François Picard, Alain Beltran et Martine Bungener, Histoires de l’Edf. Comment se sont prises les décisions de 1946 à nos jours, Paris, Bordas, 1985.

    5 « Chapitre 5. Le programme d’équipement hydraulique », ibidem, p. 59-82 ; titre d’une section, p. 64.

    6 Fabienne Cardot (dir.), Des entreprises pour produire l’électricité. Le génie civil, la construction électrique, les installateurs, Paris, Aphef-Puf, 1988. Monique Trédé-Boumer (dir.), Le financement de l’industrie électrique (1880-1980), Paris, Puf & Ahef, 1994. Dominique Barjot, Henri Morsel et Sophie Cœuré (dir.), Les compagnies électriques et leurs patrons. Stratégies, gestion, management, 1895-1945, Paris, Fondation Électricité de France, 2001.

    7 Alexandre Giandou, La Compagnie nationale du Rhône (1933-1998). Histoire d’un partenaire régional de l’État, Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, collection « Histoire industrielle », 1999.

    8 Catherine Vuillermot, Pierre-Marie Durand et l’Énergie industrielle. L’histoire d’un groupe électrique, 1906-1945, Paris, Cnrs Éditions, 2001.

    9 Hervé Joly, Alexandre Giandou, Muriel Le Roux, Anne Dalmasso et Ludovic Cailluet (dir.), Des barrages, des usines et des hommes. L’industrialisation des Alpes du Nord entre ressources locales et apports extérieurs. Études offertes au professeur Henri Morsel, Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, 2002. Robert Smith, The Bouchayers of Grenoble and French Industrial Enterprise, 1850-1970, Baltimore-London, The Johns Hopkins University Press, 2001. Henri Morsel et Jean-François Parent, Les industries de la région grenobloise, Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, 1991.

    10 Christophe Bouneau a publié, pour ce qui concerne le cœur de notre étude : « La politique d’électrification de la Compagnie du Midi de 1902 à 1937 », La France des électriciens, actes du deuxième colloque de l’Association pour l’histoire de l’électricité en France, Paris, avril 1985, Paris, Puf, 1986, p. 185-197 « L’Union des producteurs d’électricité des Pyrénées-Occidentales (1922-1946) : genèse et logiques de l’interconnexion », Bulletin d’histoire de l’électricité, n°6, 1985, p. 75-82. « La Compagnie du Midi, promoteur de l’électrification du Sud-Ouest (1900-1937) », L’archéologie industrielle en France, actes du viie colloque national sur le patrimoine industriel, Toulouse, octobre 1985, n°15, 1987, p. 79-91. « Le personnel de l’industrie électrique dans le Sud-Ouest durant la première moitié du xxe siècle : les électriciens de la Compagnie du Midi », Profession : électricien, actes de la quatrième journée scientifique de l’ahef, Paris, janvier 1988, Bulletin d’histoire de l’électricité, n°11, 1988, p. 145-167. « Les élites face à l’innovation électrique dans le Sud-Ouest à la fin du xixe siècle », Les élites fins de siècles xixe-xxe siècles, Bordeaux, Publications de la Msha, 1992, p. 79-95. « Histoire du transport d’électricité dans les Pyrénées de 1900 à 1946 », Les scientifiques et la montagne, actes du 116e congrès national des sociétés savantes, Section d’histoire des sciences et des techniques, Chambéry, mai 1991, Paris, Éditions du Cths, 1993, p. 271-293. Modernisation et territoire. L’électrification du grand Sud-Ouest de la fin du xixe siècle à 1946, Bordeaux, Fédération historique du Sud-Ouest, collection « Recherches et travaux d’histoire sur le Sud-Ouest de la France », 1997.

    11 Cf. Bruno Jobert (dir.), Le tournant néo-libéral en Europe, Paris, L’Harmattan, 1994. François Denord, Néo-libéralisme version française. Histoire d’une idéologie politique, Paris, Demopolis, 2007. Mathieu Laine, Dictionnaire du libéralisme, Paris, Larousse, 2012.

    12 Cf. Jean-Michel Glachant & François Lévêque (dir.), Electricity Reform in Europe. Towards a Single Energy Market, Cheltenham, Elgar, 2008.

    13 Cf. Hélène Pauliat (dir.), Services publics, concurrence, régulation : le grand bouleversement en Europe ?, Limoges, Pulim-Presses de l’Université de Limoges, 2008. Michael Crew & David Parker (dir.), International Handbook on Economic Regulation, Cheltenham, Elgar, 2006-2008. Colin Robinson (dir.), Utility Regulation in Competitive Markets. Problems and Progress, Cheltenham, Elgar, 2007.

    14 Cf. Michael Porter, L’avantage concurrentiel, Paris, InterÉditions, 1986. Michael Porter, « The five competitive forces that shape strategy », Harvard Business Review, janvier 2008, p. 79-93.

    15 Cf. Markus Becker & Nathalie Lazaric (dir.), Organizational Routines. Advancing Empirical Research, Cheltenham, Edward Elgar, 2009. Markus Becker (dir.), Handbook of Organizational Routines, Cheltenham, Edward Elgar, 2008.

    16 Alfred Chandler, Stratégies et structures de l’entreprise, Paris, Éditions d’organisation, 1989 (1962 pour l’édition originale américaine). Henry Mintzberg, Structures et dynamique des organisations, Paris, Éditions d’organisation, 1982 (The Structuring of Organizations: A Synthesis of the Research, 1979).

    17 Michael Porter, Choix stratégique et concurrence, Paris, Économica, 1982 (Competitive Strategy, New York, Free Press, 1980).

    18 Cf. Bart Noteboom (dir.), Knowledge and Learning in the Firm, Abingdon, Edward Elgar, 2006. Daniel Belet, Devenir une entreprise apprenante. Les meilleures pratiques, Paris, Les Éditions d’organisation, 2003.

    19 Virginie Bodon, « Edf et la société française. Étude comparée de l’aménagement des barrages de Tignes et de Serre-Ponçon », in Hervé Joly, Alexandre Giandou, Muriel Le Roux, Anne Dalmasso et Ludovic Cailluet (dir.), Des barrages, des usines et des hommes, op. cit., p. 361-374.

    20 Cf. Elinor Ostrom, Roy Gardner et James Walker (dir.), Rules, Game and Common-Pool Resources, Ann Arbor, University of Michigan Press, 1994.

    21 Mark Granovetter, « Economic action and social structure: the problem of embeddedness », American Journal of Sociology, volume 91, 3, 1985, p. 481-510. Greta Krippner, « The elusive market: Embeddedness and the paradigm of economic sociology », Theory & Society, 2001, volume 30, n°6, p. 775-810. Bruce Edmonds, « Capturing social embeddedness: A constructivist approach », Adaptive Behavior, 7, 1999, p. 323-348. Isabelle Huault, « Embeddedness et théorie de l’entreprise. Autour des travaux de Mark Granovetter », Annales des Mines. Gérer et comprendre, juin 1998, p. 73-86.

    22 José Allouche, Corporate Social Responsibility, Basingstoke, Palgrave-MacMillan, 2006. Michael Porter et Mark Kramer, « Strategy and society: the link between competitive advantage and corporate social responsibility », Harvard Business Review, 2006, 84 (12), p. 78-92. Michael Porter et Mark Kramer, « The competitive advantage of corporate philanthropy », Harvard Business Review, 2002, 80 (12), p. 56-69. Subhabrata Bobby Banerjee, Corporate Social Responsibility. The Good, the Bad and the Ugly, London, Edward Elgar, 2007. Hubert Bonin et Paul Thomes (dir.), Old Paternalism, New Paternalism, Post-Paternalism (19th-21st Centuries), Bruxelles, Peter Lang, 2013. Hubert Bonin et Luciano Segreto, (dir.), European Business: Corporate and Social Values, Bruxelles, Peter Lang, 2011.

    23 Cf. Charles Heckscher et Paul Adler (dir.), The Firm as a Collaborative Community. Reconstructing Trust in the Knowledge Economy, Stuttgart, Stern Verlag, 2007. Mark Casson, Studies in the Economics of Trust, Aldershot, Hants / Brookfield, Elgar, 1995.

    24 Cf. Ron Martin, Michael Kitson et Peter Tyler (dir.), Regional Competitiveness, Londres, Routledge, 2008. Philip Cooke & Andrea Piccaluga (dir.), Regional Development in the Knowledge Economy, Londres, Routledge, 2008. Bjorn Asheim, Philip Cooke et Ron Martin (dir.), Clusters and Regional Development. Critical Reflections and Explorations, Londres, Routledge, 2008.

    25 Cf. William Baumol, Robert Litan et Carl Schramm, Good Capitalism, Bad Capitalism, and the Economics of Growth and Prosperity, New Haven, Yale University Press, 2007. Clive Crook, « The good company », The Economist, 374 (8410), 22 January 2005.

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    1 Parfois, nous précisons entre parenthèses le mot anglo-américain qui correspond à la notion étudiée ; en effet, sur ce registre de l’histoire économique et de l’économie des sieg et des entreprises en général, il n’est pas « snob » d’évoquer, sans aucun abus accumulatif, le terme anglo-américain qui se rapproche le plus de notre propos ou qui est à l’origine des développements en France même autour de tel ou tel thème. Experts, enseignants et étudiants œuvrent en effet désormais dans un monde académique globalisé, et les deux pans, national et mondial, doivent cohabiter en une osmose pertinente, quoi qu’en pensent des esprits chauvins.

    2 Cf. Marie-Laure Djelic et Sigrid Quack, « Overcoming path dependency: Path generation in open systems », Theory and Society, 2007, 36, n°2, p. 161-186.

    3 Jacques Martincourt, L’équipement électrique de la France, Paris, Presses universitaires de France, collection « Que sais-je ? », n°59, 1re édition au second trimestre 1942, 2e édition en 1947, 3e édition en 1959 (vingt-troisième mille exemplaires). Cf. notamment : « Les plans successifs d’équipement électrique », 3e édition, p. 66-71.

    4 Jean-François Picard, Alain Beltran et Martine Bungener, Histoires de l’Edf. Comment se sont prises les décisions de 1946 à nos jours, Paris, Bordas, 1985.

    5 « Chapitre 5. Le programme d’équipement hydraulique », ibidem, p. 59-82 ; titre d’une section, p. 64.

    6 Fabienne Cardot (dir.), Des entreprises pour produire l’électricité. Le génie civil, la construction électrique, les installateurs, Paris, Aphef-Puf, 1988. Monique Trédé-Boumer (dir.), Le financement de l’industrie électrique (1880-1980), Paris, Puf & Ahef, 1994. Dominique Barjot, Henri Morsel et Sophie Cœuré (dir.), Les compagnies électriques et leurs patrons. Stratégies, gestion, management, 1895-1945, Paris, Fondation Électricité de France, 2001.

    7 Alexandre Giandou, La Compagnie nationale du Rhône (1933-1998). Histoire d’un partenaire régional de l’État, Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, collection « Histoire industrielle », 1999.

    8 Catherine Vuillermot, Pierre-Marie Durand et l’Énergie industrielle. L’histoire d’un groupe électrique, 1906-1945, Paris, Cnrs Éditions, 2001.

    9 Hervé Joly, Alexandre Giandou, Muriel Le Roux, Anne Dalmasso et Ludovic Cailluet (dir.), Des barrages, des usines et des hommes. L’industrialisation des Alpes du Nord entre ressources locales et apports extérieurs. Études offertes au professeur Henri Morsel, Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, 2002. Robert Smith, The Bouchayers of Grenoble and French Industrial Enterprise, 1850-1970, Baltimore-London, The Johns Hopkins University Press, 2001. Henri Morsel et Jean-François Parent, Les industries de la région grenobloise, Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, 1991.

    10 Christophe Bouneau a publié, pour ce qui concerne le cœur de notre étude : « La politique d’électrification de la Compagnie du Midi de 1902 à 1937 », La France des électriciens, actes du deuxième colloque de l’Association pour l’histoire de l’électricité en France, Paris, avril 1985, Paris, Puf, 1986, p. 185-197 « L’Union des producteurs d’électricité des Pyrénées-Occidentales (1922-1946) : genèse et logiques de l’interconnexion », Bulletin d’histoire de l’électricité, n°6, 1985, p. 75-82. « La Compagnie du Midi, promoteur de l’électrification du Sud-Ouest (1900-1937) », L’archéologie industrielle en France, actes du viie colloque national sur le patrimoine industriel, Toulouse, octobre 1985, n°15, 1987, p. 79-91. « Le personnel de l’industrie électrique dans le Sud-Ouest durant la première moitié du xxe siècle : les électriciens de la Compagnie du Midi », Profession : électricien, actes de la quatrième journée scientifique de l’ahef, Paris, janvier 1988, Bulletin d’histoire de l’électricité, n°11, 1988, p. 145-167. « Les élites face à l’innovation électrique dans le Sud-Ouest à la fin du xixe siècle », Les élites fins de siècles xixe-xxe siècles, Bordeaux, Publications de la Msha, 1992, p. 79-95. « Histoire du transport d’électricité dans les Pyrénées de 1900 à 1946 », Les scientifiques et la montagne, actes du 116e congrès national des sociétés savantes, Section d’histoire des sciences et des techniques, Chambéry, mai 1991, Paris, Éditions du Cths, 1993, p. 271-293. Modernisation et territoire. L’électrification du grand Sud-Ouest de la fin du xixe siècle à 1946, Bordeaux, Fédération historique du Sud-Ouest, collection « Recherches et travaux d’histoire sur le Sud-Ouest de la France », 1997.

    11 Cf. Bruno Jobert (dir.), Le tournant néo-libéral en Europe, Paris, L’Harmattan, 1994. François Denord, Néo-libéralisme version française. Histoire d’une idéologie politique, Paris, Demopolis, 2007. Mathieu Laine, Dictionnaire du libéralisme, Paris, Larousse, 2012.

    12 Cf. Jean-Michel Glachant & François Lévêque (dir.), Electricity Reform in Europe. Towards a Single Energy Market, Cheltenham, Elgar, 2008.

    13 Cf. Hélène Pauliat (dir.), Services publics, concurrence, régulation : le grand bouleversement en Europe ?, Limoges, Pulim-Presses de l’Université de Limoges, 2008. Michael Crew & David Parker (dir.), International Handbook on Economic Regulation, Cheltenham, Elgar, 2006-2008. Colin Robinson (dir.), Utility Regulation in Competitive Markets. Problems and Progress, Cheltenham, Elgar, 2007.

    14 Cf. Michael Porter, L’avantage concurrentiel, Paris, InterÉditions, 1986. Michael Porter, « The five competitive forces that shape strategy », Harvard Business Review, janvier 2008, p. 79-93.

    15 Cf. Markus Becker & Nathalie Lazaric (dir.), Organizational Routines. Advancing Empirical Research, Cheltenham, Edward Elgar, 2009. Markus Becker (dir.), Handbook of Organizational Routines, Cheltenham, Edward Elgar, 2008.

    16 Alfred Chandler, Stratégies et structures de l’entreprise, Paris, Éditions d’organisation, 1989 (1962 pour l’édition originale américaine). Henry Mintzberg, Structures et dynamique des organisations, Paris, Éditions d’organisation, 1982 (The Structuring of Organizations: A Synthesis of the Research, 1979).

    17 Michael Porter, Choix stratégique et concurrence, Paris, Économica, 1982 (Competitive Strategy, New York, Free Press, 1980).

    18 Cf. Bart Noteboom (dir.), Knowledge and Learning in the Firm, Abingdon, Edward Elgar, 2006. Daniel Belet, Devenir une entreprise apprenante. Les meilleures pratiques, Paris, Les Éditions d’organisation, 2003.

    19 Virginie Bodon, « Edf et la société française. Étude comparée de l’aménagement des barrages de Tignes et de Serre-Ponçon », in Hervé Joly, Alexandre Giandou, Muriel Le Roux, Anne Dalmasso et Ludovic Cailluet (dir.), Des barrages, des usines et des hommes, op. cit., p. 361-374.

    20 Cf. Elinor Ostrom, Roy Gardner et James Walker (dir.), Rules, Game and Common-Pool Resources, Ann Arbor, University of Michigan Press, 1994.

    21 Mark Granovetter, « Economic action and social structure: the problem of embeddedness », American Journal of Sociology, volume 91, 3, 1985, p. 481-510. Greta Krippner, « The elusive market: Embeddedness and the paradigm of economic sociology », Theory & Society, 2001, volume 30, n°6, p. 775-810. Bruce Edmonds, « Capturing social embeddedness: A constructivist approach », Adaptive Behavior, 7, 1999, p. 323-348. Isabelle Huault, « Embeddedness et théorie de l’entreprise. Autour des travaux de Mark Granovetter », Annales des Mines. Gérer et comprendre, juin 1998, p. 73-86.

    22 José Allouche, Corporate Social Responsibility, Basingstoke, Palgrave-MacMillan, 2006. Michael Porter et Mark Kramer, « Strategy and society: the link between competitive advantage and corporate social responsibility », Harvard Business Review, 2006, 84 (12), p. 78-92. Michael Porter et Mark Kramer, « The competitive advantage of corporate philanthropy », Harvard Business Review, 2002, 80 (12), p. 56-69. Subhabrata Bobby Banerjee, Corporate Social Responsibility. The Good, the Bad and the Ugly, London, Edward Elgar, 2007. Hubert Bonin et Paul Thomes (dir.), Old Paternalism, New Paternalism, Post-Paternalism (19th-21st Centuries), Bruxelles, Peter Lang, 2013. Hubert Bonin et Luciano Segreto, (dir.), European Business: Corporate and Social Values, Bruxelles, Peter Lang, 2011.

    23 Cf. Charles Heckscher et Paul Adler (dir.), The Firm as a Collaborative Community. Reconstructing Trust in the Knowledge Economy, Stuttgart, Stern Verlag, 2007. Mark Casson, Studies in the Economics of Trust, Aldershot, Hants / Brookfield, Elgar, 1995.

    24 Cf. Ron Martin, Michael Kitson et Peter Tyler (dir.), Regional Competitiveness, Londres, Routledge, 2008. Philip Cooke & Andrea Piccaluga (dir.), Regional Development in the Knowledge Economy, Londres, Routledge, 2008. Bjorn Asheim, Philip Cooke et Ron Martin (dir.), Clusters and Regional Development. Critical Reflections and Explorations, Londres, Routledge, 2008.

    25 Cf. William Baumol, Robert Litan et Carl Schramm, Good Capitalism, Bad Capitalism, and the Economics of Growth and Prosperity, New Haven, Yale University Press, 2007. Clive Crook, « The good company », The Economist, 374 (8410), 22 January 2005.

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    Bonin, H. (2015). Chapitre 1. L’enjeu de la contestation et du renouvellement des concessions hydroélectriques dans le grand Sud-Ouest. Culture technique, capital immatériel et légitimité des entreprises concessionnaires. In Les concessions hydroélectriques dans le grand Sud-Ouest. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.11221
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