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  • Chapitre 7. La question du régime
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    Plan détaillé Texte intégral Un empereur populaire Un vote sous pressions Une transition difficile vers la République L’espérance boulangiste Notes de bas de page

    Aux sources de la précarité

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Chapitre 7. La question du régime

    p. 193-226

    Texte intégral Un empereur populaire Un vote sous pressions Une transition difficile vers la République L’espérance boulangiste Une synthèse des mécontentements Un boulangisme ouvrier ? Notes de bas de page

    Texte intégral

    1Les deux formes de gouvernement qui se succèdent en France après l’établissement définitif du suffrage universel masculin ont toutes deux manifesté un vif intérêt pour les classes populaires et plus particulièrement pour les ouvriers. Cependant, dans le Nord, elles n’ont pas bénéficié en retour du même soutien, et le Second Empire semble s’être imposé chez les ouvriers bien plus facilement que la Troisième République.

    2Par essence, le système bonapartiste s’appuie dans une large mesure sur les milieux populaires. Porté par une légende napoléonienne encore vivace, il recueille également les subsides d’une certaine désillusion des ouvriers après l’expérience ratée de la Deuxième République. Aussi, le plébiscite du 20 novembre 1852 qui doit ratifier le nouveau régime est-il marqué dans le Nord par « une adhésion populaire plus nettement affirmée qu’en 1851. »1 Après le rétablissement du suffrage universel, la tâche qui attend le Second Empire est donc d’autant plus grande et périlleuse que la résurgence de la légende napoléonienne avait suscité « les plus vifs espoirs au sein des milieux sociaux les plus défavorisés » et qu’à tout moment « le peuple risque de rendre l’autorité supérieure responsable de la misère et du chômage. »2 Toutefois, il faut compter avec la popularité personnelle de l’Empereur, ravivée par deux visites officielles effectuées dans le département en 1853 et 1867. Ceci explique en partie qu’alors que la bourgeoisie industrielle et les notables locaux, initialement ralliés à l’Empire, s’en éloignent peu à peu pour les raisons douanières que nous avons déjà évoquées, ou parce qu’ils réprouvent les initiatives sociales de l’Empereur, « dans le Nord, les classes populaires conquises au début de l’Empire lui demeurent fidèles dans leur grande majorité »3, sans toutefois que l’on puisse les assimiler à des partisans inconditionnels du régime.4

    3En 1870, l’attitude des ouvriers du Nord n’est pas aussi bienveillante, loin s’en faut, à l’égard de l’établissement de la République. Depuis le début des hostilités, l’activité industrielle s’était ralentie et, le manque de travail se faisant durement ressentir, on constatait une certaine animosité des ouvriers à l’égard de leurs patrons. Ces derniers, souvent plus à tort qu’à raison, étaient accusés de sympathies républicaines. La plupart des ouvriers du département voyaient donc d’un mauvais œil le changement de régime et « à une République qui, pensaient-ils, serait dominée par la bourgeoisie industrielle, ils préféraient un césarisme d’essence démocratique. »5 Il n’y eut guère que les ouvriers lillois, influencés par les milieux républicains de la ville, « ainsi que des ouvriers instruits de style parisien, comme les travailleurs des industries métallurgiques »6, pour adhérer sans état d’âme à la République. Le bonapartisme populaire qui s’était implanté en milieu rural, mais aussi ouvrier, demeure encore tenace bien après la chute du Second Empire. L’organisation des élections et des campagnes électorales n’avait en outre jusqu’alors pas permis à la plupart des ouvriers d’acquérir une véritable culture politique et l’idée républicaine ne peut s’imposer à eux que par un travail de longue haleine qui inclut l’élaboration d’une politique sociale. Le succès ultérieur du boulangisme, que l’on a parfois assimilé à la résurgence d’une tradition bonapartiste semble témoigner d’une réserve persistante des ouvriers du Nord à l’endroit d’une République encore éloignée de leurs aspirations fondamentales.

    4C’est essentiellement par l’interprétation des résultats électoraux sous l’Empire et la période d’affirmation de la République que nous pourrons tenter de comprendre dans quelle mesure l’adhésion ou la méfiance vis-à-vis de ces régimes furent, dans un département à forte population ouvrière tel que le Nord, déterminées par la situation générale du marché du travail. Cette approche nous permettra également d’apprécier les pressions diverses qui ont pu s’exercer, à l’approche des échéances électorales, sur les travailleurs.

    Un empereur populaire

    5Pour Louis Napoléon Bonaparte, la relance de l’économie doit avoir une fin essentielle qui est la résolution des problèmes sociaux. Il est en effet réellement attaché à l’amélioration de la condition ouvrière et, sans aller jusqu’à envisager une remise en cause profonde des structures sociales, considère, comme il l’affirme déjà en 1839 dans ses Idées napoléoniennes, que le gouvernement doit être « le moteur bienfaisant de tout organisme social »7. De même, en 1844, dans L’extinction du paupérisme, il avance le projet de création de colonies agricoles sur des terres incultes afin qu’elles puissent servir de refuge à la masse d’ouvriers que la stagnation des affaires plonge dans la misère8. Il y affirme également que, la classe ouvrière « [n’ayant] de richesse que ses bras, il faut donner à ces bras un emploi utile pour tous »9. On voit donc clairement que le futur empereur a très tôt pris conscience du problème du sous-emploi et que son « programme » s’attache à y trouver une solution. Le Second Empire ne s’engage toutefois que très partiellement dans cette voie. Sa politique en matière sociale se veut plus paternaliste que réformiste. Pourtant, on constate parmi les ouvriers du Nord un attachement véritable et indéfectible à la personne même de l’Empereur. Durant tout le règne, sa popularité est indéniable.

    6Nous pouvons tout d’abord la mesurer à travers les résultats des trois plébiscites qui réaffirment les liens privilégiés qui existent entre le peuple et l’empereur. Le premier plébiscite, qui se déroule les 20 et 21 décembre 1851 doit approuver le coup d’État du 2 décembre. C’est une victoire éclatante pour Louis Napoléon Bonaparte puisque, au niveau national, 75,6 % des inscrits se prononcent pour le Oui. Le Nord lui donne une majorité encore plus confortable avec 78,5 % des inscrits, soit 94,3 % des votants. Cependant, ces valeurs d’ensemble cachent des différences parfois importantes en fonction des zones géographiques. Ainsi, il apparaît que ce sont les Flandres et le Sud du département qui ont apporté le soutien le plus massif au coup d’État. Cette situation nous indique que le bonapartisme a bénéficié du ralliement de traditions politiques très différentes : « Conservateur et clérical dans les Flandres, il est d’essence démocratique dans l’Avesnois et le Cambrésis. »10 Dans la partie centrale du département, si le Oui l’emporte, c’est de façon moins massive et l’on note dans tous les cas une certaine résistance des villes principales par rapport au reste de leurs arrondissements.

    7Les résultats détaillés, tels que les a analysés Bernard Ménager, nous fournissent une première approche du vote ouvrier. Pour l’Avesnois, nous constatons ainsi que c’est le canton de Trélon, c’est-à-dire l’un des plus industrialisés de l’arrondissement,11 qui arrive en tête des Oui. De même, pour le Cambrésis, le Oui est en tête dans les cantons de Carnières et Clary où subsiste un important tissage à domicile.12 Les bons résultats de l’arrondissement d’Hazebrouck semblent témoigner d’une situation similaire. Mais d’importants centres industriels comme Roubaix et Tourcoing donnent également un pourcentage de Oui très élevé, ce qui souligne un vote massif des ouvriers d’usines en faveur de Louis-Napoléon. Beaucoup, parmi ces travailleurs du textile, « attendent du nouveau régime une amélioration de leur situation matérielle et la fin des incertitudes économiques »13, donc, une plus grande constance dans leur travail.

    8Mais les résultats électoraux ne nous permettent pas, seuls, de rendre compte de toutes les tendances du vote ouvrier. Certains rapports nous fournissent sur ce point des indications plus éclairantes. Ainsi, lorsque les ouvriers du textile caudrésien vont voter, c’est au cri de « Vive Napoléon ! »14 Mais il n’y a pas que dans cette activité que les ouvriers se rallient à Louis-Napoléon et « l’adhésion des mineurs et des métallurgistes n’est pas moins convaincue (…) Le sous-préfet de Valenciennes souligne le vote massif des ouvriers des forges15 ; celui des mineurs est guetté par la police16; il donne des résultats très favorables au pouvoir, notamment dans le ressort de la Compagnie d’Anzin. »17 Ainsi, si le bassin minier manifeste, toutes proportions gardées, quelques oppositions au coup d’État, elles ne semblent pas être pour l’essentiel le fait des masses ouvrières. Il n’y a qu’à Lille et dans sa banlieue, où subsiste une forte propagande républicaine, que « les travailleurs restent attachés à la cause de la République démocratique. »18 Il est probable, qu’en dehors de toute considération purement politique, la reprise économique, sensible entre le coup d’État et le plébiscite, ait également contribué fortement à orienter le vote des travailleurs, et qu’alors que les ateliers à Lille, Roubaix, Tourcoing, sont en pleine activité, « cette heureuse situation (…) [ait] contribué à propager la confiance et la tranquillité. »19

    9Le 21 novembre 1852, le deuxième plébiscite, qui porte sur le rétablissement de l’Empire, est marqué par une évolution dans les soutiens au bonapartisme. Les résultats nationaux donnent pour le Oui 40 000 voix de mieux qu’en décembre 1851, mais dans le Nord, il ne représente plus que 73,28 % des inscrits, soit plus de 7700 voix en moins. Parallèlement, le nombre de bulletins Non diminue également. Cette montée de 7,4 % de l’abstention peut s’expliquer par le mauvais temps rendant impraticables certains chemins de campagne, considération que mettent en avant les autorités, mais il faut également y voir l’expression d’une certaine lassitude des électeurs devant la répétition des scrutins, doublée d’un sentiment que tout était joué d’avance.20 Nous pouvons en outre y déceler le résultat des influences légitimiste et orléaniste dans certains foyers de propagande monarchiste comme Douai, Dunkerque, Bergues, Tourcoing ou Lille et sa banlieue ouest.21 On assiste globalement à un glissement du bonapartisme vers le sud du département, ce qui tendrait à démontrer qu’il est « d’essence plus populaire et démocratique qu’en 1851. »22 Cette interprétation est confirmée par l’exemple du Valenciennois, second bastion républicain dans le Nord après Lille, et seul arrondissement où le Oui connaît une progression par rapport à 1851.

    10Une fois encore, la prospérité économique a sans aucun doute favorisé les ralliements à la fois du patronat industriel et des ouvriers qu’il emploie. Par contre, dans l’arrondissement de Lille, où le patronat textile s’alarme de la menace du libre-échange alors que la France a signé le 22 août une convention commerciale avec la Belgique, qui abaisse de 25 % les droits sur certaines étoffes, on constate une forte diminution du Oui, de plus de 10 %, et une augmentation du taux d’abstention de près de 15 %.23 Les fabricants sont en effet parvenus à entraîner les ouvriers dans leurs craintes et « les trois grands centres textiles de Roubaix, Tourcoing et Armentières connaissent une progression identique d’abstentions (+ 22,8 ; + 23,7 ; + 23). Elle est moindre à Lille (+ 14), mais le volume de 1851 était beaucoup plus élevé. »24 Ainsi, si ramené au nombre d’inscrits, le succès paraît un peu moins franc qu’en 1851, il semble que cela soit pour l’essentiel le fait des craintes exprimées par la bourgeoisie manufacturière du bassin lillois, qui emmène derrière elle une partie de ses employés. Néanmoins, ce plébiscite de 1852 nous permet de constater, sur l’ensemble du département, une plus nette adhésion des masses populaires au bonapartisme, notamment chez les ouvriers des mines et de la métallurgie, que la reprise des affaires rassure quant à leur avenir.

    11Le troisième et dernier plébiscite a lieu le 8 mai 1870, soit quelques mois avant la chute du régime, alors que Napoléon III entend réaffirmer les liens qui unissent le peuple à sa personne. L’objet en est l’approbation du sénatus-consulte du 20 avril 1870 qui oriente un peu plus le régime dans la voie libérale où il s’était engagé depuis 1860, tout en réaffirmant sa nature plébiscitaire. En sollicitant l’appui du peuple, il s’agissait en fait pour l’empereur de couper court aux oppositions républicaines et libérales, en associant adroitement dans la question posée aux Français, approbation des réformes et soutien au régime. Les résultats apportent un triomphe personnel à l’empereur, tant au niveau national que dans le Nord, qui dépasse de 9 % la moyenne nationale des Oui.25 On y assiste cependant à une redistribution géographique du soutien au régime. Ainsi, pour les arrondissements de Lille et d’Hazebrouck, Bernard Ménager remarque qu’une « partie notable des abstentionnistes de 1852, légitimistes et même républicains est venue voter Oui »26, alors que partout ailleurs le Oui recule. Le vote ouvrier, s’il reste majoritairement attaché au bonapartisme, semble toutefois révéler une certaine désaffection pour le régime, motivée sans doute, notamment chez les tisserands du Cambrésis, par les difficultés sérieuses qu’ils avaient dû affronter durant la grave crise textile de 1867 et ses suites. C’est pourquoi la chute du Oui est parfois très forte, atteignant 22 % au Cateau où les Non deviennent majoritaires, 19 % dans le canton de Clary ou 20 % dans celui du Quesnoy.27 De même, à Roubaix, où toutefois la ville vote encore Oui à 79 %, il est probable que les conflits sociaux et la politique douanière du gouvernement aient affaibli le bonapartisme ouvrier.28 Le soutien des ouvriers à Bonaparte apparaît certes en régression par rapport à 1852, mais il ne faudrait cependant pas en tirer la conclusion hâtive d’un détachement définitif de ces derniers à l’égard du régime. Si détachement il y a, celui-ci demeure conjoncturel et très limité. L’empereur a d’ailleurs su œuvrer, dès les premiers temps du Second Empire, pour se concilier le soutien des populations ouvrières du Nord, en agissant à titre personnel pour l’amélioration de leur condition sociale.

    12Les deux voyages officiels que le couple impérial effectue dans le département témoignent également de sa forte popularité dans les milieux populaires. Le premier de ces déplacements a lieu en septembre 1853,29 alors que la plupart des secteurs industriels, qu’il s’agisse du textile, de la métallurgie ou des houillères, connaissent une belle période de prospérité. Aussi, « cette conjoncture favorable influe sur le comportement (…) des ouvriers qui voient s’éloigner le spectre du chômage et de la misère. »30 Plusieurs rapports insistent donc sur le chaleureux accueil que réservent les ouvriers de Lille ou de Dunkerque à leur souverain.31 En outre, l’empereur prend soin de mettre en avant toute la sollicitude qui l’anime envers les plus démunis, ceux qui souffrent et dont peuvent faire épisodiquement partie les ouvriers sans travail. Il adresse ainsi à la ville de Lille un don de 10 000 francs destiné à venir en aide aux pauvres.32 Les ouvriers ne peuvent y voir que la preuve d’un profond intérêt pour une misère sociale qu’ils connaissent de façon récurrente.

    13La seconde visite du couple impérial dans le département, en août 1867, est également marquée par la vigueur de l’enthousiasme populaire.33 On peut s’étonner d’une telle ferveur, notamment dans les cités industrielles, alors que le textile traverse une crise profonde et qu’à Roubaix, l’émeute populaire du 16 mars 1867 avait donné lieu à plusieurs poursuites et condamnations. Cependant, et contre l’avis du préfet, Napoléon III venait d’accorder la grâce de tous les ouvriers condamnés en correctionnelle après ces émeutes, ce dont, lors de son passage, les travailleurs de Roubaix et Tourcoing se montrèrent reconnaissants.34 Alors que les émeutiers n’avaient manifesté aucune velléité de rébellion politique, mais s’en étaient exclusivement pris aux fabricants, l’empereur semblait ainsi, si ce n’est leur donner raison, du moins ne pas accabler les ouvriers pour une révolte causée par leur misère. Par ailleurs, et de même qu’en 1853, Louis Napoléon se montre fort généreux envers les plus défavorisés et particulièrement les victimes du sous-emploi, en adressant à la commune de Lille une somme totale de 19 000 francs à répartir entre les œuvres charitables de la ville, dont 10 000 francs « destinés à favoriser l’établissement de fourneaux économiques. »35 Ce second voyage réaffirmait donc les liens entre l’empereur et le monde ouvrier « dont les mouvements sociaux étaient dirigés contre les patrons et non contre le régime. »36

    Un vote sous pressions

    14Si les résultats des plébiscites ou l’enthousiasme soulevé par les visites impériales n’étaient pas totalement sans rapport avec les influences locales, celles-ci sont beaucoup plus nettement affirmées lors de scrutins législatifs qui mettent moins directement en cause la popularité de l’empereur. Il s’y manifeste parfois clairement toute la portée des influences patronales, qui peuvent s’exercer de multiples façons sur les ouvriers, et notamment sur leur travail, afin de mieux diriger leurs votes.

    15Certains patrons avaient, avec une certaine lucidité, déjà anticipé les effets que pourraient avoir la démocratisation des mœurs politiques, et prévenu une partie des risques que pouvait comporter dans ce cadre le manque de travail. C’est le cas par exemple de l’industriel catésien Auguste Seydoux , écrivant dès 1849 : « Je me demande ce que deviendraient les milliers de tisseurs qui nous entourent, et ce qu’ils feraient de nos établissements, le jour où ils n’en convertiront plus la filature en tissu ! C’est alors que les rouges n’auraient qu’à arborer leur drapeau ! »37 Seydoux convient donc de l’intérêt de ménager les ouvriers pour mieux les amadouer, comme le fait également Alfred Motte qui, semble-t-il, mettait un point d’honneur à « ne jamais laisser les ouvriers sans gagne-pain. » Cela ne signifie aucunement que ses employés étaient préservés du chômage, mais son entreprise « fut une des premières à se préoccuper de trouver une contrepartie à cette non-activité en procurant aux ouvriers la jouissance de jardins où les heures perdues pour le travail de l’usine pussent venir se récupérer. »38 C’était en quelque sorte une manière douce d’assouplir les positions tant sociales que politiques des ouvriers, qui ira parfois de pair avec d’autres méthodes beaucoup plus extrêmes visant à les faire voter au mieux des intérêts patronaux.

     

    16Dès les élections du 29 février 1852, l’administration choisit, pour bénéficier du patronage officiel, des candidats issus des diverses tendances politiques ralliées, et qui disposent d’une réelle influence régionale. Sur les huit candidats retenus, cinq sont orléanistes, deux sont classés sous l’appellation « Conservateurs » mais ont en fait des attaches orléanistes, et un seul est dit « apolitique. »39 Le monde économique y est fortement représenté, puisqu’on y trouve deux industriels, Seydoux à Cambrai et Descat à Lille II, deux propriétaires, de Mérode à Avesnes, qui refuse cependant de se reconnaître dans un soutien officiel du pouvoir,40 et de la Grange à Hazebrouck, ainsi qu’un ancien fabricant retiré des affaires, Richebé à Lille I. On trouve aussi deux avocats, Declebsatel à Dunkerque et Choque à Douai, ainsi qu’un sculpteur, Lemaire, à Valenciennes, dont le choix s’explique par les refus successifs opposés par deux fabricants de sucre de la circonscription.41

    17Les informations dont nous pouvons disposer ne nous permettent pas d’apprécier la portée du vote ouvrier, ni ses motivations, mais nous pouvons imaginer que, peut-être de manière moins marquée dans le cas du prévoyant Seydoux, certains travailleurs ont pu être assez peu enclins à porter leurs suffrages vers des candidats issus du milieu patronal. Cela pourrait en partie expliquer la hausse de l’abstention, qui s’élève à 31,8 %. Ils ont également pu subir des pressions de la part d’industriels dont ils dépendent entièrement pour travailler. Cependant, en fonction des particularismes locaux, à Valenciennes, mais plus encore à Lille, ces pressions ont pu s’exercer soit en faveur du candidat officiel, soit contre ce candidat. Il n’y a en définitive que pour la circonscription si particulière de Lille I, que nous pouvons affirmer que l’élection du républicain modéré Pierre Legrand a été possible grâce à un important soutien ouvrier, mais ce soutien est plus politique que social et ne présume d’aucune exclusive. Il est probable que Richebé soit également parvenu à engranger une part non négligeable des voix ouvrières et même qu’une partie d’entre elles se soient portées au premier tour vers le légitimiste Kolb-Bernard.

    18Lors du scrutin de 1857, alors que les oppositions commençaient à reprendre vigueur, la partie fut plus difficile pour l’administration préfectorale. Sans mettre en cause le régime, un courant de contestation venu de divers horizons et auquel participent les ouvriers, semble se dessiner dans le Nord. Ils apportent leur soutien à Loiset, l’adversaire républicain de Legrand à Lille et dans sa banlieue où les patrons du textile n’exercent pas une influence déterminante sur leur vote. Aussi, au vu des résultats, le préfet pouvait constater que les ouvriers avaient « cédé aux mauvaises influences du parti républicain, sans que les patrons par leurs conseils aient pu les contrebalancer. »42 Dans les secteurs où une culture politique ouvrière et la propagande républicaine sont moins affirmés, on note que, pour détourner les ouvriers du vote républicain, de puissantes industries, comme les compagnies houillères « disposent de nombreux moyens de pression (…) : logements offerts, œuvres d’assistance gérées par elles, bons d’achat divers. »43 C’est cependant sur le travail lui-même que les compagnies sont le plus susceptibles d’intervenir, ce qui explique la faiblesse du score du candidat républicain Cavaignac dans le Douaisis. En dehors d’une opposition politique liée, autour de Lille, à l’implantation de cercles républicains influents, les ouvriers semblent donc rester assez fidèles au régime. Cependant, il est clair que, du fait des pressions que les industriels sont susceptibles d’exercer sur eux, leurs choix ne peuvent être libres et leurs votes s’orientent plutôt en fonction des options politiques de leurs employeurs.

    19Les élections de mai 1863 marquent une nette rupture dans le Nord par les revers qu’elles entraînent pour plusieurs candidats officiels. En effet, l’amorce de libéralisation du régime au tournant des années 1860 a permis aux oppositions de connaître un nouveau dynamisme, alors que bon nombre d’industriels du département se montrent de plus en plus critiques vis-à-vis de la politique douanière du gouvernement. Par ailleurs, l’augmentation de la population départementale permet au Nord d’obtenir un neuvième député, ce qui impose un remaniement des circonscriptions électorales. L’administration use de ce prétexte pour tenter d’imposer un découpage qui lui soit plus favorable et lui permette de briser les oppositions. C’est dans le Cambrésis qu’est créée une nouvelle circonscription qui regroupe, à l’est de l’arrondissement, les cantons du Cateau, de Clary et de Solesmes, auxquels on ajoute les cantons du Quesnoy ouest et est, précédemment attribués à la circonscription électorale d’Avesnes. Le canton de Bouchain, pris à la circonscription de Valenciennes, est par ailleurs adjoint à la circonscription de Cambrai, ce qui doit permettre de fractionner l’influence de la Compagnie d’Anzin.44

    20Les préoccupations économiques tinrent donc une place importante dans la campagne, compte tenu de l’orientation favorable au libre-échange du gouvernement et de l’attitude protectionniste des industriels du département. De fait, le patronat prit souvent fait et cause pour des candidats d’opposition et, dans la circonscription de Valenciennes, alors qu’il préconise encore la candidature de l’ancien sous-préfet de l’arrondissement sous la 2e République, Lenglé, le sous-préfet note que « les hommes hostiles au gouvernement de l’Empereur lui feront opposition et ils sont assez nombreux dans la bourgeoisie. Leur action s’exerce sur les petits laboureurs, sur les ouvriers d’usines et sur les artisans, obligés, pour la plupart, de céder à leurs pressions. »45 On remarque qu’une fois encore, les ouvriers ne sont pas en mesure d’exprimer librement leur choix.

    21C’est sans doute dans le Valenciennois que, de par l’intervention de la Compagnie d’Anzin, ces pressions atteignent leur paroxysme. La candidature d’Adolphe Thiers, au nom des conservateurs libéraux, répondait en effet à la préoccupation de la Compagnie de s’assurer un appui parlementaire déterminant46 et c’est à cette fin qu’elle ne ménage pas sa peine pour favoriser son élection. Le sous-préfet de Valenciennes nous décrit l’envergure des moyens déployés : « La candidature de Monsieur Thiers, mise en avant par la Compagnie d’Anzin et patronnée par les cléricaux, les orléanistes et les républicains, est l’objet d’une propagande des plus actives. L’administration des mines emploie tout son crédit auprès des hommes influents pour les engager à se ranger sous sa bannière. Depuis longtemps déjà, cette puissante Société prépare le terrain où la lutte doit s’engager. Toutes les aumônes qu’elle répand, tous les dons qu’elle fait, toutes les faveurs qu’elle accorde sont distribués au nom de Monsieur Thiers. Elle présente cet orateur comme le seul homme capable de sauver le commerce et l’industrie d’une catastrophe qu’elle affecte de considérer comme imminente et dont elle attribue la cause aux réformes douanières. En même temps, pour rassurer les esprits timorés et capter la confiance des masses, elle affirme partout que Monsieur Thiers est dévoué au gouvernement et que l’empereur appuiera sa candidature. »47 Il est probable que la Compagnie ne se soit pas contentée d’influencer le vote de ses ouvriers par des distributions d’aides en tout genre, mais qu’elle soit déjà allée au-delà, en menaçant directement le travail de ses employés, comme elle le fera en 1869. Ceci explique qu’alors que, comme le reconnaît implicitement le sous-préfet de Valenciennes, les mineurs de la Compagnie sont bonapartistes et que Thiers n’a pas bénéficié d’un quelconque soutien de l’empereur, les ouvriers soient « obligés de voter pour l’adversaire du candidat officiel. »48 Thiers ne sera pas élu, mais, en dehors de la commune industrielle de Trith-Saint-Léger où il obtient 89 % des voix, de Saint-Amand-les-Eaux où il recueille 72 % des suffrages et de la ville centre de Valenciennes où il l’emporte avec 51 % des voix, il réalise ses meilleurs scores dans les communes où résident de nombreux mineurs,49 ce qui prouve l’influence de la Compagnie dans les rangs ouvriers et souligne également l’ampleur qu’ont dû atteindre les pressions.

    22Ailleurs, les ouvriers restent, selon les situations locales, ouverts aux influences les plus diverses. Ainsi au Cateau, où Seydoux possède une manufacture où les œuvres sociales ont été développées pour mieux atteindre à un dressage des « consciences frondeuses »,50 il est fort probable qu’il ait naturellement bénéficié d’un soutien ouvrier. De même, le candidat officiel Boitelle semble très populaire chez les ouvriers du Cambrésis.51 Une fois encore, Lille et ses alentours font figure d’exception dans le paysage politique du département, par les excellents scores qui y sont réalisés par les républicains et par l’appui qu’ils obtiennent des « ouvriers des grands centres [qui] subissent (…) facilement le mot d’ordre des partis avancés. »52 Le détachement qui s’exerce dans le département à l’égard des candidats officiels peut donc être considéré comme étant pour une part non négligeable imputable aux votes ouvriers. Il peut être expliqué par les pressions que les ouvriers doivent subir et, dans ce cas, ce vote est contraint et ne reflète en rien l’opinion réelle des travailleurs, mais aussi, dans plusieurs cas, et notamment pour l’industrie textile, il faut l’interpréter à la lumière des réductions de travail perceptibles depuis 1862 et dont certains rendent responsable la politique économique du gouvernement.53 Dorénavant, la majorité des députés du Nord se situait dans l’opposition.

    23Au moment où s’annonçait, en mai 1869, le renouvellement du Corps législatif, les difficultés économiques et les préoccupations protectionnistes occupaient encore le devant de la scène. Elles concernaient plusieurs circonscriptions électorales où les industriels considéraient les traités de commerce comme la source de tous leurs maux. Mais leur désapprobation de la politique gouvernementale s’étendait également au domaine social. Ils s’étaient en effet montrés particulièrement irrités à l’annonce d’un projet de loi, qui n’aboutira pas, sur la suppression des livrets ouvriers.54 A cette occasion, ils accusent le gouvernement de rechercher l’appui des ouvriers contre la bourgeoisie libérale et l’on peut lire dans le Journal de Roubaix que « le gouvernement (…) espère rallier à lui la classe ouvrière lors des élections. »55 Il est toutefois peu probable que cette manœuvre, si c’en est une, ait eu une portée suffisante pour amener les ouvriers à un soutien sans concession à la politique gouvernementale. En effet, la situation commerciale rendait la position des ouvriers de plus en plus difficile et ils étaient souvent frappés par des réductions dans les effectifs ou la durée du temps de travail. Les masses ouvrières font donc les frais d’une politique gouvernementale que leurs employeurs leur désignent comme une cause directe du sous-emploi, ce qui explique que, dans le département, « fileurs et tisserands vont se mobiliser contre la politique économique du gouvernement et réaliser parfois (…) un front commun avec les patrons. »56

    24L’orientation du vote ouvrier est donc à nouveau un sujet de préoccupation et parfois aussi de lutte pour les candidats ou leurs soutiens. La nécessité du travail est ainsi, peut-être plus que jamais, présente au cours de cette campagne. Dans la quatrième circonscription, le libéral Jules Brame, qui n’a pourtant aucun adversaire, affirme qu’il souhaite « voir dominer le grand parti de l’ordre qui féconde le travail »57, formule qui lui permet de démontrer qu’il a bien conscience le la situation pénible dans laquelle les difficultés économiques plongent les ouvriers et de signifier son intérêt pour cette question. Brame incluait donc le milieu ouvrier dans sa « croisade protectionniste », ce qui ne sera sans doute pas étranger à l’amélioration de 5,3 % de son résultat par rapport à 1863.

    25L’argument du travail fut également repris dans la circonscription du Cateau par les adversaires de Seydoux. En effet, alors que l’industrie textile était toujours en souffrance, et bien que le député sortant ait, depuis 1849, abandonné à son frère la direction effective de son usine du Cateau, il fut accusé de ruiner les ouvriers en favorisant la mécanisation des métiers. Cette campagne trouva un écho favorable parmi les ouvriers qui n’étaient pas directement soumis à son influence, ce qui permet d’expliquer une réélection beaucoup moins aisée qu’ordinairement pour Seydoux face au républicain Corne.58 De fait, les républicains gagnent en influence dans le sud du département et plus particulièrement dans les zones industrielles où ils ont vraisemblablement pu tirer avantage des difficultés économiques qui éloignaient les ouvriers des candidats officiels. Ainsi, dans l’Avesnois, l’avocat Ernest Guillemin réalise d’excellents résultats, en dehors de la ville même d’Avesnes où il jouit d’une notoriété personnelle, à Sars-Poteries, où il obtient la majorité, à Fourmies, dans le canton de Berlaimont ou le long de la vallée de la Sambre.59 Par ailleurs, l’échec de Thiers à Lille ne peut être imputé à une défection des rangs ouvriers. Il réalise en effet ses meilleurs résultats dans les quartiers de Wazemmes et Moulins.60 En axant leur campagne sur le travail et les causes du sous-emploi, les républicains parviennent donc à gagner du terrain parmi les masses ouvrières, sans toutefois parvenir à les détourner d’un sentiment encore profond d’attachement au bonapartisme.

    26Enfin, les ouvriers sont une fois de plus soumis à des pressions électorales qui prennent appui sur ce qui leur est le plus nécessaire, c’est-à-dire sur leur travail. La Compagnie d’Anzin exerce, comme en 1863, une surveillance sur le vote de ses employés. Pourtant, depuis les dernières élections, un rapprochement avec le gouvernement s’était dessiné par la nomination à la direction générale de la Compagnie de Marsilly, en remplacement de l’orléaniste intransigeant Lebret. L’attitude de l’autorité préfectorale qui, lors de la grève des mineurs de l’automne 1866 n’avait pas hésité à envoyer les troupes occuper les fosses, avait également amélioré les relations entre la Compagnie et le pouvoir, et ce, bien que le préfet de l’époque, Sencier-Mouzard, ait été immédiatement désavoué par le ministre de l’Intérieur. Cependant, l’influence du régisseur de la Compagnie d’Anzin, le libéral du tiers parti, Lambrecht, élu en 1863 dans le Douaisis contre le candidat officiel, avait déterminé le soutien de la Compagnie à un notaire récemment retiré des affaires, Bauduin, contre le marquis d’Havrincourt, soutenu par l’administration.

    27Si Marsilly continue à avoir la confiance du nouveau préfet, Verbigier de Saint-Paul, ce dernier s’inquiète des rumeurs d’intimidations qui pèseraient sur les mineurs. Il adresse donc une dépêche aux maires de la circonscription électorale de Valenciennes par laquelle il souligne que « le suffrage universel doit être libre, absolument libre, et s’il est légitime de l’éclairer, il est odieux de le contraindre. On fait courir partout le bruit probablement calomnieux que les ouvriers de la Compagnie d’Anzin sont menacés dans leur travail s’ils ne votent pas sous la surveillance de leurs contre-maîtres ou porions.61 De pareilles menaces, si elles étaient faites, seraient repoussées par la dignité des mineurs et par la conscience publique » (document 4). Bauduin est arrivé largement en tête dès le premier tour et a été élu au second, ce qui laisse supposer que, Marsilly étant complice ou pas, la rumeur reposait bien sur un fond de vérité et que des menaces ont effectivement pesé sur le travail des mineurs.

    28Les élections législatives de 1869 sont donc marquées par une montée des oppositions qui n’est pas sans rapport avec les difficultés économiques que traverse le département. Premières victimes de la récession des affaires, les ouvriers se détournent quelque peu d’un soutien à la politique gouvernementale. Cela ne signifie pourtant pas qu’ils se montrent hostiles au régime. Dans leur majorité, les ouvriers du Nord demeurent, y compris dans les premières années de la Troisième République, attachés au bonapartisme. Leur culture politique est encore quasiment inexistante et, qu’elle soit libre ou contrainte, leur expression électorale ne reflète pour l’essentiel que leur situation par rapport à leur préoccupation majeure, celle du travail.

    Document 4 : A.D.N. M 30-29, Lettre du 4 juin 1869 du conseiller d’État chargé de l’administration du département du Nord au secrétaire général de la préfecture, 1/4

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    Une transition difficile vers la République

    29Alors qu’il était renforcé par le plébiscite du 8 mai 1870, le Second Empire, en s’engageant dans une guerre fatale contre la Prusse, allait s’effondrer en moins de quatre mois. L’annonce de la déclaration de guerre, le 19 juillet, avait dans un premier temps suscité un élan de patriotisme à travers toute la France et dans le département du Nord. Il se formait alors une cohésion nationale autour de l’Empire. Cependant, le conflit entraîne également un ralentissement de l’activité industrielle qui se répercute sur le travail ouvrier et entraîne une nette dégradation de la situation sociale dans le Nord. Dans ce contexte, des menaces sont proférées contre les fabricants, comme l’affirme le commissaire central de Roubaix dès le 11 août 1870 : « La situation industrielle de Roubaix continue de s’aggraver, les chômages augmentent et parmi les ouvriers et les ouvrières sans travail on dit, Quand nous n’aurons plus de pain, nous irons le chercher là où il y en a » (document 5).

    Document 5 : A.D.N. 8 R-115, Correspondance du préfet, août 1870. Rapport du 11 août 1870 du commissaire central de police de Roubaix au préfet du Nord.

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    30Les industriels, habituels dispensateurs de travail, se sentent à juste titre directement visés par ce propos et essaient de se prémunir contre une flambée de violence dont ils feraient les frais. Ainsi, alors que la municipalité et le bureau de bienfaisance s’engagent à venir en aide aux ouvriers sans travail, le filateur Masurel donne « un exemple qui sera certainement suivi par d’autres fabricants, il prend ses dispositions pour nourrir chez lui les ouvriers qu’il cessera d’occuper. »62 Le commissaire de Roubaix espère que ces mesures suffiront à calmer les esprits échauffés des ouvriers, mais l’agitation ne faiblit pas dans les jours qui suivent.

    31Alors que Napoléon III, qui le 28 juillet est arrivé à Metz pour y prendre en personne le commandement des troupes françaises, incarne à lui seul le régime et que l’union derrière sa personne s’impose comme un devoir national, les fabricants sont étonnamment taxés de républicanisme. À Roubaix, un placard appelant à la révolte est affiché le 23 août et désigne les industriels à la vindicte populaire. On peut y lire : « Amis. Aussitôt que la révolte commence, ralliez-vous à nous pour détruire les fabriques et les fabricants eux-mêmes, ceux qui tiennent pour la République et la République c’est nous couper la gorge. Vive l’empereur, mort aux fabricants, mort à ceux-là. »63 Accusés dans la conjoncture du moment de vouloir imposer la République, les industriels sont donc clairement assimilés à des traîtres. Il est cependant probable que le ou les rédacteurs de cette affiche utilise(nt) cet argument uniquement dans le but d’amener plus facilement les ouvriers sans-travail à se rebeller contre leur situation.

    32Durant la même journée, quatre « lettres »64 du même acabit sont trouvées dans les rues de la ville et apportées au commissaire. Vraisemblablement issues du même instigateur que les affiches, elles comportent également des appels à la rébellion à l’adresse des ouvriers : « Camarades, mort aux fabricants qui nous poussent à la révolte en ne nous laissant pas travailler. Vive l’empereur, mort aux fabricants. »65 Le lendemain, deux nouveaux écrits au contenu semblable sont encore trouvés près des fabriques de François Roussel et Alfred Motte.66 Ces actions n’ont pas donné lieu dans l’immédiat à d’autres formes d’agitation, mais elles ont sans nul doute contribué à instaurer un climat de défiance envers certains fabricants.

    33Quelques jours plus tard, le 28 août, de nouvelles lettres anonymes contenant des menaces contre plusieurs industriels sont trouvées en différents endroits de Roubaix. Le maire ne s’en alarme pas, mais un rapport de gendarmerie affirme, lui, que « dans une ville où l’Internationale a fait de si gros efforts, il serait sage de ne pas oublier l’avertissement donné. »67 En effet, à la faveur de l’émeute de 1867, une section de l’Internationale ouvrière s’était implantée à Roubaix sous l’impulsion d’un filateur de l’usine Motte, Charles Lécluse. Mais ce dernier avait imprimé au mouvement roubaisien encore naissant une direction républicaine68 et, si les circonstances avaient pu être jugées favorables par les membres de l’Internationale pour déclencher une révolte contre le patronat local, le contenu résolument bonapartiste des textes diffusés nous invite à penser que l’agitation menée alors n’était pas de leur fait. Il s’agit plus vraisemblablement d’actions de propagande menées par des individus qui n’ont peut-être pas grand lien avec le milieu ouvrier.

    34Quelques patrons de la ville se voulaient certes républicains, tels Achille Screpel ou Jules Deregnaucourt, mais ils étaient loin de constituer une majorité. Il est cependant probable que la propagande ainsi menée à Roubaix et dans plusieurs autres centres industriels du bassin lillois eut quelque influence sur les ouvriers qui, dans leur majorité, restaient bonapartistes, ce qui suscita des réactions parfois violentes contre les manufacturiers au moment du changement de régime.

    35Dans le Nord, où la proclamation de la République est connue dans la soirée du 4 septembre, les ouvriers adoptent une attitude bien moins enthousiaste qu’à Paris. Si dans l’ensemble on ne relève pas dans le département une forte opposition à un gouvernement qui se place au service de la France pour la sauver,69 on trouve malgré tout quelques démonstrations hostiles parmi la classe ouvrière. Néanmoins, il semble que, comme avant le changement de régime, les menaces des ouvriers s’adressèrent plus aux patrons qu’aux républicains.70

    36Ainsi, à Tourcoing, dans un rapport adressé au préfet, le maire indique qu’à « l’arrivée de la dépêche proclamant le nouveau gouvernement, la population s’est prononcée vivement dans un sens contraire ; des voies de fait contre des personnes et établissements ont eu lieu » (document 6). Conscient de l’origine du problème, le maire poursuit en affirmant que « le chômage industriel fait craindre de l’agitation pour ce soir. » A Armentières, des réactions similaires sont enregistrées lorsqu’une bande d’ouvriers en état d’ivresse poursuit des patrons accusés de républicanisme en les injuriant.71 Mais l’animosité envers un patronat supposé républicain entraîne également un certain ressentiment contre tous ceux qui se déclarent en faveur de la République. À Tourcoing, c’est un voyageur en provenance d’Amiens qui est molesté pour avoir crié « Vive la République ! »72 De la même manière, dans l’arrondissement de Cambrai, les autorités mentionnent que l’on « rendait responsables de nos malheurs les citoyens énergiques qui ont cru devoir faire de l’opposition à l’ancien régime. »73 Enfin, dans le Valenciennois, « des insultes, des menaces et même des voies de fait furent dirigées contre des républicains. »74

    Document 6 : A.D.N. 8 R-116, Correspondance du préfet, septembre 1870. Rapport du 5 septembre 1870 du maire de Tourcoing au préfet du Nord.

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    37Dans le bastion républicain de Lille, la nouvelle de la proclamation de la République semble par contre avoir été accueillie très favorablement, y compris par les ouvriers, qui constituent l’un des principaux soutiens au parti républicain. Dans l’ensemble, en dehors de quelques heurts localisés et pour la plupart liés au manque de travail, il n’y a en fait pas eu de réelle opposition au rétablissement de la République parmi les ouvriers du Nord. La question essentielle qui se posait alors était celle de la guerre et l’heure n’était pas aux conflits intérieurs. Tous écoutaient l’appel à l’union lancé par Testelin, préfet nommé par le gouvernement de la Défense nationale.75

    38Mais la situation évolue rapidement et, au désir de poursuivre le combat, succède l’hostilité au jusqu’au-boutisme de Gambetta. La levée, dès octobre, d’une armée du Nord, dont le général Faidherbe ne prend le commandement que le 19 novembre, avait déjà suscité certaines protestations quant aux exemptions scandaleuses dont auraient bénéficié certains fils de famille.76 C’est cependant après la reddition de Metz, le 27 octobre, que l’on assiste réellement à un revirement de l’opinion publique. Le 31 octobre, Pierre Legrand, fils de l’ancien député de Lille, qui a remplacé Testelin, nommé à de plus hautes fonctions77, en tant que préfet du Nord, écrivait que « le désir de paix fait de grands progrès, même parmi nos amis. »78 La conviction que la guerre était perdue gagnait du terrain à mesure que l’on voyait s’affirmer la menace d’une invasion du territoire départemental par les troupes allemandes que la capitulation de Metz avait libérées.

    39En outre, la situation économique du Nord demeure languissante. Coupées de nombreux marchés, les usines tournent au ralenti et le sous-emploi persiste. Le textile, mais aussi l’industrie chimique, la métallurgie, la verrerie ou l’industrie minière connaissent de graves difficultés et la misère ouvrière est croissante. Il semble d’ailleurs que l’explosion sociale n’ait pu être évitée que par le maintien par les industriels d’une activité minimale.79

    40Après la démission le 28 décembre de Pierre Legrand, opposé à Gambetta sur le décret de dissolution des conseils généraux, et son remplacement par Paul Bert, le fossé entre les habitants du Nord et le pouvoir central ne cesse de se creuser jusqu’aux élections de février. Si la victoire de Bapaume, le 4 janvier 1871, avait pu redonner quelque espoir sur le plan militaire, après la lourde défaite de Saint-Quentin, le 19 janvier, les populations du Nord perdaient toutes leurs illusions. L’armée du Nord dut battre en retraite vers le Douaisis et le Valenciennois, et le Cambrésis, envahi, ne dut son salut qu’au rappel des troupes prussiennes autour de Paris assiégée.80 On comprend donc que le Nord verse définitivement dans le camp favorable à la cessation des hostilités. La capitulation de Paris et l’armistice du 28 janvier sont donc accueillis avec un immense soulagement dans le Nord. Il ne s’agissait pas d’une lâcheté ou d’une traîtrise de la part d’un département qui s’était déjà montré si ardemment patriote, mais où l’on avait bien conscience que la reprise des hostilités devait inéluctablement conduire à une occupation, voire, dans le pire des scénarios, à repousser la reprise de l’activité industrielle.

    41Les ouvriers du Nord se rallient à l’ordre général des choses et la Commune de Paris n’a qu’un écho limité dans le département. Il n’y a qu’à Lille où elle bénéficie d’un certain soutien parmi le groupe des républicains-socialistes de la ville qui diffusent ses idées grâce à son journal, Le travailleur du Nord.81 Cependant, ce journal « n’a (…) pas réussi à provoquer un soutien autre que moral et silencieux à l’insurrection »82 et, en définitive, la Commune n’eut à Lille que « très peu de partisans, et on ne connaît pas d’ouvriers lillois qui se soient enrôlés dans les rangs des insurgés. »83 En dehors de la capitale régionale, on relève qu’à Dunkerque une affiche placardée le 22 avril appelait aux armes pour porter secours à Paris, ou qu’à Valenciennes on colporta des lettres d’adhésion à la Commune.84 Pourtant, les communards ne furent pas indifférents aux luttes sociales qui, à la même époque, eurent lieu dans le Nord. Ainsi, à Roubaix, alors qu’une grève des tisseurs, qui demandaient un relèvement de leurs salaires abaissés pendant la guerre, paralysait la plupart des fabriques depuis le 7 mars, et que le bureau de bienfaisance venait de supprimer les secours alloués durant les hostilités,85 le conseil fédéral des sections parisiennes s’alarmait qu’à Roubaix, « une masse ouvrière [soit] sommée par sa municipalité et au nom de l’honnêteté de rentrer à l’atelier à des conditions inférieures à celles qui lui étaient faites avant la guerre et [qu’il y ait] dans le département du Nord 7000 ouvriers qui demain, se ralliant à cette injonction, seront écrasés sous cette dictature municipale. »86 Cependant, il semble qu’au-delà de la rareté des soutiens affirmés, la Commune ait eu quelques partisans disséminés parmi les ouvriers du Nord.

    42En dehors de Lille, les rapports signalent quelques manifestations de sympathie dans le sud du département, à Valenciennes, Douai, Cambrai, et Le Cateau où l’Internationale gagne du terrain, mais aussi parmi les mineurs de la Compagnie d’Anzin qui croyaient l’insurrection motivée par une question de salaire.87 Néanmoins, la persistance des difficultés économiques et du sous-emploi, que l’on attribuait à la nouvelle interruption des relations entre Paris et le département, fut à l’origine d’un retournement de l’opinion ouvrière désormais hostile à la Commune. On observe ainsi quelques expressions de mécontentement à Dunkerque ou à Aniche.88 L’opinion ouvrière du Nord apparaît donc toujours essentiellement soumise aux fluctuations du travail.

    43La République dispose donc dans le Nord d’une assise bien fragile chez les ouvriers. Qu’une crise survienne et ils seront prêts à se ranger aux côtés de ceux qui leur promettront de mettre un terme à leur misère quotidienne. Cette configuration se rencontre une première fois lors des élections législatives du 14 octobre 1877, notamment dans le Cambrésis où l’on constate un regain du bonapartisme. Alors que la lutte entre républicains et conservateurs est au niveau national peut-être plus âpre que jamais, et que la France envoie en définitive une majorité républicaine à la Chambre, le Nord, lui, plongé dans une profonde crise industrielle, se donne une députation majoritairement conservatrice. Les problèmes économiques jouèrent un rôle important dans le résultat de ces élections. Ainsi, dans la deuxième circonscription de Cambrai, le journaliste bonapartiste Amigues, fut élu après une campagne virulente, « mettant à profit la crise du textile pour exciter les ouvriers contre les patrons, prêchant un bonapartisme populaire. »89 On comprend qu’il ne lui fut pas trop difficile de canaliser l’exaspération ouvrière contre son adversaire républicain, le riche industriel Bertrand-Milcent. En l’absence de mesures réellement sociales, et alors qu’aucun parti ou candidat ne se réclame de la classe ouvrière, le sous-emploi joue donc contre la République. C’est également sous cet angle qu’il convient d’apprécier l’impact considérable du boulangisme dans le département du Nord.

    L’espérance boulangiste

    Une synthèse des mécontentements

    44Le boulangisme est un phénomène complexe, qui apparaît comme un rassemblement des oppositions au régime « opportuniste ». Celles-ci peuvent être de deux ordres, soit qu’elles viennent de droite où la République, en tant que telle, est toujours récusée, soit qu’elles viennent de la gauche radicale et socialiste qui reproche au pouvoir la faiblesse de son orientation sociale.

    45Dans le Nord, les résultats électoraux de 1885 se traduisent déjà par un échec retentissant pour l’ensemble des républicains et un retour en force de l’opposition conservatrice qui a mené une campagne protectionniste. En effet si, lors de la consultation de 1881, les républicains étaient parvenus à s’imposer en enlevant treize sièges contre cinq pour les conservateurs, l’abandon du scrutin d’arrondissement permet aux conservateurs de l’emporter cette fois très nettement dans le département. Ce sont vingt opposants qui sont élus dès le premier tour et le Nord n’a plus de représentant républicain. Alors que les conservateurs se sont engagés unis dans la bataille électorale, la division des républicains du département, qui présentent trois listes, une opportuniste, une radicale et une ouvrière, ne suffit toutefois pas à elle seule à expliquer leur sévère défaite. Durant la campagne, la droite est en fait habilement parvenue à attaquer la République à la fois sur la question religieuse et sur le problème de la misère ouvrière, réussissant de ce fait à renforcer son assise dans les milieux flamands fortement empreints de catholicisme, tout comme à gagner du terrain parmi ceux qui souffrent le plus de la crise économique.

    46Les résultats de 1885 démontrent une fois de plus dans le Nord la fragilité de la République et la malléabilité d’une population ouvrière qui se positionne essentiellement en fonction de son rapport au travail. En effet, les républicains ne sont pas seulement en régression dans les zones marquées par une identité religieuse affirmée, mais dans l’ensemble du département, y compris dans les espaces industriels à forte proportion ouvrière. La crise économique et le vote ouvrier ont donc joué un rôle qui n’apparaît pas négligeable dans la défaite républicaine. Toutefois, on n’assiste pas parmi les voix républicaines à une mise en retrait vis-à-vis de la politique opportuniste. La faiblesse des radicaux et de la liste ouvrière témoigne en fait surtout de leur inorganisation et de leurs difficultés à s’implanter parmi une population ouvrière essentiellement composée de prolétaires peu formés au combat politique. Ce n’est que par la suite, et très progressivement, qu’ils pourront s’imposer. C’est jusque là toujours le vote opportuniste qui incarne la République.

    47Le boulangisme prend peut-être avant tout appui sur le terreau d’une grande déception sociale. Il est clair en effet que la dépression du marché du travail qui sévit sur la France depuis 1882 a été un facteur essentiel du ralliement populaire, et notamment ouvrier, au boulangisme. La République, dont les ouvriers avaient tant espéré, s’était montrée plutôt conservatrice en matière sociale et la protestation se développait. Aussi, alors que « des centaines de milliers d’ouvriers sont condamnés à la gêne et à l’incertitude du lendemain par un chômage partiel ou total et cela pendant trois, quatre et même cinq années consécutives »90, on comprend que beaucoup de travailleurs se soient tournés vers le boulangisme pour exprimer leur rancœur contre le régime. C’est ce que traduit la polémiste du Cri du peuple, Séverine, qui écrira que le boulangisme est « le dégoût non pas de la République, grand Dieu ! Mais de votre république telle que l’ont faite vos amis de ce régime bâtard, sans cœur et sans entrailles qui, en dix-sept ans, n’a rien fait pour les pauvres, rien pour ceux à qui elle doit tout. »91 Des chantiers de travaux publics ont certes été ouverts pour occuper les ouvriers sans travail mais, la crise se prolongeant, ils se font de plus en plus rares alors que les contribuables ou leurs représentants s’élèvent pour réclamer des allégements fiscaux.92 C’est donc dans un premier temps, et bien que le général ouvre à l’insu de certains de ses partisans des négociations avec l’opposition conservatrice, porté par des idéaux de gauche, que s’épanouit le boulangisme : revanche, réforme institutionnelle et mesures sociales.

    48Après quelques tentatives électorales portées malgré lui par un jeune journaliste bonapartiste, Georges Thiebaut, ce n’est que le dimanche 15 avril 1888 que Boulanger dépose officiellement sa candidature dans un département test : le Nord. C’est en effet pour Boulanger l’occasion de vérifier l’ampleur de sa popularité parmi les milieux ouvriers, mais aussi d’éprouver le soutien implicite que peuvent lui accorder les forces conservatrices. Si les conservateurs ne lui sont a priori pas favorables, ils voient pourtant en lui un moyen de s’opposer à la République opportuniste, et c’est pourquoi, bien que ne présentant aucun candidat et prônant l’abstention, ils manifestent une certaine bienveillance à l’égard de la candidature de Boulanger. Même la religion s’en mêle et, sur cette terre catholique, L’Emancipateur de Cambrai, journal de l’archevêché, affirme que « si le succès de Boulanger est de nature à embêter considérablement Marianne, que l’ex commandant du 13e corps soit élu haut la main. Nous en serons heureux. »93 Conscient de l’importance de ces soutiens, Boulanger souhaite les ménager et évite soigneusement toute référence au républicanisme, qu’en d’autres lieux, il prétendra incarner.

    49C’est cependant du côté des ouvriers que Boulanger trouve son principal appui. Nous avons vu que les ouvriers du Nord étaient encore indécis et prompts à faire évoluer leur vote en fonction de leur situation sociale et de ceux qu’ils en rendaient responsables. Aussi, le choix entre républicains et conservateurs apparaît, même sans tenir compte des pressions qui peuvent encore s’exercer, plus complexe qu’il n’y paraît de prime abord. La marge entre les deux tendances semble assez faible et un succès électoral, même s’il est net, est forcément fragile. Ainsi, après la victoire de la droite en 1885, ce sont trois leaders républicains qui sont élus lors des élections partielles de 1886 et 1887.94 Si l’opinion, et notamment celle des populations ouvrières qui, rappelons-le, sont ici une composante essentielle du corps électoral, reste aussi fluctuante dans le Nord, c’est également que la distinction entre républicains et conservateurs n’est pas toujours des plus perceptibles. En effet, comme l’admet Jacques Néré, « beaucoup de républicains sont en matière sociale profondément conservateurs » et « parmi les conservateurs il ne manque pas de gens qui, sans être directement inféodés au corporatisme catholique, recherchent l’amélioration de la condition ouvrière. »95 Il n’est qu’à rappeler l’exemple de Paul le Gavrian, député du bassin lillois de 1885 à 1898. Ancien patron, celui-ci avait cédé en 1882 son entreprise à ses principaux employés, mais surtout, en tant qu’élu, il se fit un ardent défenseur d’une politique sociale plus affirmée dans le pays. Il se montra favorable à la limitation de la journée de travail des femmes et des enfants, à des mesures de protection contre les accidents du travail et défendit également le principe « d’un système généralisé de retraites ouvrières, sans retenues sur les salaires, le financement étant assuré par un relèvement des droits de douane. »96 Les influences locales demeurent donc primordiales, même après l’instauration du scrutin de listes, et les « idéologies » ne sont pas profondément ancrées dans l’esprit ouvrier. En l’absence de programme social clairement affirmé par les familles politiques traditionnelles, conservatrices ou opportunistes, et alors que le mouvement socialiste commence à peine à prendre pied autour de Lille, Roubaix, Armentières ou parmi les tisserands du Cambrésis et que les radicaux, bien qu’en progrès au sein du groupe républicain,97 ne parviennent pas à s’imposer, la classe ouvrière s’exprime donc plus en faveur d’un individu que d’un camp politique. La porte est donc grande ouverte pour laisser place au populaire Boulanger.

    Un boulangisme ouvrier ?

    50C’est sur une initiative radicale98 que Boulanger est invité à présenter sa candidature dans le Nord. Le 27 mars 1886, soit le lendemain de la mise à la retraite du général, Émile Basly, alors directeur du journal Le Nord républicain et démocratique, qu’il avait créé avec Clovis Hugues le 1er janvier, écrit en effet à Rochefort qu’après le joli résultat obtenu dans l’Aisne, s’il se présente dans le Nord, « l’élection du général est assurée à une majorité écrasante (…). Le Nord, plus radical qu’on ne pourrait le supposer, est las de la politique opportuniste. »99 Boulanger allait pouvoir faire ses débuts officiels en politique. Dès le soir du 27 mars, le comité de protestation nationale qui entourait Boulanger rédige en son nom une proclamation à l’intention des électeurs du Nord : « En me permettant de me présenter à vos suffrages, le gouvernement semble avoir voulu provoquer lui-même une manifestation sur sa politique. J’accepte pour ma part ce rendez-vous donné à tous devant le suffrage universel. (…) Vos patriotiques populations réclament une France forte afin d’avoir une France laborieuse dont le génie industriel ne peut se développer que dans cette sécurité que donne la conscience de ses ressources. C’est donc à vous de vous ressaisir contre ceux qui vous abandonnent. Électeurs du Nord, les derniers événements ont démontré jusqu’à l’évidence que la Chambre est devenue absolument étrangère aux aspirations du pays. Celui-ci ne la comprend pas plus qu’elle n’est elle-même capable de le comprendre. Seul le suffrage universel a qualité pour trancher le différend entre ceux qui ont délivré le mandat et ceux qui l’ont reçu. À l’impuissance dont l’assemblée législative est atteinte, il n’y a qu’un remède : dissolution de la Chambre, révision de la Constitution. »100 On était donc bien éloigné d’une profession de foi radicale.

    51S’il était évident que Boulanger se proposait d’abattre l’opportunisme, il n’offrait par contre aucune garantie de républicanisme et ne faisait aucune allusion à plusieurs pans essentiels du programme des radicaux du Nord qui, bien souvent, « prétendent à représenter spécialement les milieux ouvriers. »101 On note toutefois une ouverture en direction des positions protectionnistes, qui peut également s’interpréter comme un appel vers ceux qui souffrent du manque de travail. Le souhait de voir « une France laborieuse » qui puisse vivre dans « cette sécurité que donne la conscience de ses ressources » ne nous semble pas autre chose. Néanmoins, sur plusieurs points cruciaux, cette déclaration boulangiste ne peut satisfaire les radicaux du Nord qui attendent de Boulanger qu’il affine son programme dans le sens de leurs aspirations et qu’il se soumette à la procédure régulière de désignation du candidat, c’est-à-dire au libre choix des adhérents par voie de suffrage universel.102

    52Par ailleurs, un congrès se réunit le 4 avril pour tenter malgré tout de désigner un candidat unique des républicains. Plusieurs délégués sont présents, parmi lesquels le Dunkerquois Achille Ravinet, qui soutient la candidature de Boulanger.103 Sur les 196 votants, Boulanger ne recueille finalement que 10 voix, contre 27 au radical lillois Mariage et 142 à l’opportuniste Paul Foucart. Ce dernier est un riche avocat d’affaires de Valenciennes qui a déjà plaidé en faveur des ouvriers devant les tribunaux, notamment en 1884 lors de la grève des mineurs d’Anzin. Opportuniste, il se déclare « radical en principe et conciliant en fait », mais aux yeux du Nord républicain et démocratique, il est « plus opportuniste que l’inventeur même de l’opportunisme. »104 Si Foucart, par ses actions passées, est en mesure de séduire, notamment dans les mines une partie de l’électorat ouvrier, il est donc loin d’être accepté parmi les radicaux, qui refusent de le soutenir.

    53Enfin, n’obtenant pas de réponse de Boulanger sur les remarques qu’ils lui avaient adressées, les radicaux et Le Nord républicain et démocratique, qui pourtant l’avaient à l’origine incité à se présenter dans le département, se détournent de lui et posent seulement deux jours avant le scrutin la candidature d’Émile Moreau, conseiller général de Roubaix. Il y aura donc trois candidats en lice, Foucart, représentant les opportunistes du gouvernement, Moreau pour les radicaux et Boulanger.

    54Les marxistes du P.O.F. demeurent pour leur part divisés. Paul Lafargue aurait souhaité une intervention en faveur de Boulanger, mais Guesde opte pour « une neutralité plutôt hostile »105, préconisant l’abstention. S’il n’apprécie pas Foucart, Guesde fait donc néanmoins preuve de clairvoyance en reconnaissant que « le boulangisme peut être – ou devenir – un danger. »106

    55Après une courte campagne, le 15 avril Boulanger est élu triomphalement au premier tour, avec 172 796 voix contre 75 706 à Foucart et seulement 9724 à Moreau qui subissait le contrecoup de sa candidature tardive et du fait que beaucoup d’électeurs potentiels considéraient encore que Boulanger incarnait les aspirations radicales. Ainsi, Boulanger parvenait à rassembler les électeurs au-delà des groupements politiques traditionnels, puisqu’il réalisait un score bien supérieur à celui des républicains élus en novembre 1887, mais obtenait également 8000 voix de plus que le premier de la liste conservatrice de 1885.107 Foucart, de son côté, perdait près de 40 000 voix par rapport à son propre résultat de 1885.

    56Le succès boulangiste cache cependant de profondes disparités locales et sociologiques, et parmi les résultats, le phénomène le plus marquant est sans doute le succès du boulangisme dans les centres ouvriers. Anzin, Denain, Fourmies, Caudry, Maubeuge ou Le Cateau, centres industriels et lieux d’implantation républicaine donnent de fortes majorités à Boulanger.108 La versatilité des ouvriers, qu’ils viennent des centres miniers, métallurgiques ou textiles est donc flagrante. Beaucoup, après avoir voté pour les conservateurs en 1885, puis être revenus au républicanisme en 1887, ont rallié Boulanger en 1888. Il est également certain, qu’ignorant la campagne que Guesde avait lancée dans Le Cri du travailleur, la plupart des socialistes ont voté pour Boulanger. Jules Guesde en tire la conclusion lucide que dans ces élections « il y a trois vaincus : la bourgeoisie opportuniste, la bourgeoisie radicale, enfin la bourgeoisie monarchique qui n’a pas osé mettre en avant un candidat. Quant au vainqueur, il n’y en a pas. On n’a pas voté Pour, mais Contre. Boulanger n’a été qu’un moyen d’exprimer le mécontentement général. »109

    57Durement éprouvés par la crise et le sous-emploi, les ouvriers reproduisent en fait « le geste du malade fiévreux qui se retourne sans cesse dans son lit à la recherche d’une position moins pénible. »110 L’essentiel de l’électorat boulangiste est certes conservateur et Jacques Néré pense que l’on peut estimer sa composition à environ 100 000 conservateurs et 70 000 républicains parmi les plus avancés,111 mais la caractéristique la plus significative du vote Boulanger est la transcription électorale de l’exaspération ouvrière due à la crise. Boulanger, précédé de sa légende, était arrivé à point pour stigmatiser la République opportuniste parmi une population ouvrière qui, depuis dix-huit ans, avait accumulé les déceptions politiques et sociales et se trouvait fragilisée par le manque de travail.

    58Le tout nouveau député, qui n’avait pas encore daigné, même durant la campagne, se présenter en personne à ses électeurs, entreprit alors une tournée à travers le département.112 L’homme, sans réel charisme, n’apparaissait pas à la hauteur de sa légende, mais il sut néanmoins intervenir pour confirmer aux yeux des plus pauvres son intérêt pour la misère ouvrière. Ainsi, en mai, Boulanger se déplace à Avesnes où, accueilli à la gare, « il se rend en voiture par les rues pavoisées, jusqu’à l’Hôtel du Nord où a lieu la réception officielle. Il y fait d’ailleurs des dons généreux aux chômeurs d’Avesnes et en particulier aux ouvriers de la filature Le Progrès, que l’incendie de leur usine a laissés sans travail. La population l’acclame. »113 Boulanger sait sur quels domaines il doit intervenir pour gagner l’opinion publique et ouvrière.

    59Cependant, sa popularité ne semble plus suffire à Boulanger et, désirant sans doute se faire à nouveau plébisciter par les électeurs,114 il donne sa démission le 12 juillet après un débat houleux à la Chambre au cours duquel Floquet115 et lui s’apostrophent violemment.116 Floquet le blessera d’ailleurs le lendemain en duel. La mort d’Ignace Plichon laissant un nouveau siège vacant, Boulanger laisse planer longtemps une incertitude sur l’éventualité de sa candidature et ce n’est que huit jours avant le scrutin qu’il annonçe officiellement qu’il sera candidat sur le même bulletin que le conservateur Koechlin-Schwartz. C’était garder assez de recul pour ne pas être identifié clairement aux conservateurs, tout en se détachant assez nettement des républicains. Boulanger et Koechlin établissent des professions de foi séparées qui, tout en restant vagues, se rejoignent sur les principaux thèmes ; revanche, à laquelle Koechlin est directement intéressé puisqu’il est Alsacien ; révision de la constitution et refus de la misère sociale. La population ouvrière est donc à nouveau courtisée. Boulanger écrit que « l’ouvrier, le paysan souffrent et l’on ne veut leur rendre ni justice ni prospérité », pendant que Koechlin affirme que « le capital agricole et industriel est sans garantie et les classes ouvrières qui souffrent de l’instabilité du travail et du salaire menacent de chercher dans une crise violente un allégement incertain à leur trop réelle misère. »117 Beaucoup d’ouvriers se laissent encore séduire. En outre, Boulanger, alors débarrassé de ses « origines » radicales et ayant apporté des garanties quant à la défense de la religion, les deux candidats reçoivent officiellement, le 15 août, l’appui des conservateurs.118

    60La situation de Boulanger est donc fondamentalement différente en août de ce qu’elle avait été en avril, où il était, à tort, perçu par beaucoup d’ouvriers comme le candidat des aspirations radicales. Les résultats du boulangisme, comme sa composition sociale, évoluent donc sensiblement jusqu’au soir du 19 août, où les résultats montrent que les électeurs se sont cette fois prononcés dans de nombreux cas pour une liste, plus que pour une personne. On retrouve donc un nombre à peu près similaire de voix pour chaque colistier. Boulanger et Koechlin sont élus avec respectivement 130 152 voix et 126 567 voix, le républicain modéré Desmoutiers et le radical Moreau obtiennent 97 409 et 95 023 voix et les socialistes Delcourt et Delcluze à peine 6347 et 5837 voix. Boulanger, bien qu’étant arrivé en tête, avait donc perdu plus de 40 000 voix depuis avril.

    61Boulanger subit de fortes pertes, surtout à Lille, puis dans le sud du département et plus particulièrement l’Avesnois où les républicains sont en forte progression.119 Il est clair que beaucoup de républicains, parmi les plus avancés, avaient eu toutes les raisons de se sentir floués et étaient revenus à un vote en faveur de candidats républicains reconnus et affirmés. Ainsi à Lille, alors que Boulanger était arrivé largement en tête en avril, il était en août très largement distancé par Desmoutiers et Moreau. Boulanger y avait perdu plus de 4000 voix dont plus de la moitié se sont portées sur les candidats socialistes.120 On assiste donc bien à un reflux du vote boulangiste qui s’effectue en faveur des candidats républicain. Néanmoins, cette régression est très inégale et c’est dans les centres ouvriers que Boulanger parvient le plus nettement à garder l’appui d’une partie considérable de l’électorat républicain. À Denain, Anzin, Maubeuge, Fourmies, Caudry ou le Cateau, Boulanger conserve toujours beaucoup plus de voix que les conservateurs en 1885 et 1887.121

    62Nombre d’ouvriers restent donc attachés au boulangisme, montrant par là la persistance de leur opposition à la République opportuniste. Il s’agit surtout pour eux d’un moyen d’exiger la prise en compte de leur condition sociale et du sous-emploi qui les atteint régulièrement. Le 14 juillet 1888, le journal Le Radical ne se trompait donc pas en imprimant que « ce n’est pas assez de réglementer le travail, il faut le créer. (…) Les césariens appellent à eux les mécontents de la politique et du travail. Des premiers peu nous importe ; quant aux seconds, ils sont des nôtres, puisque ce sont des travailleurs et des souffrants. »122

    63Le boulangisme entre néanmoins en déclin dans le Nord. Boulanger se détourne d’ailleurs à nouveau du département dès janvier 1889, alors qu’il est élu député de la Seine grâce notamment aux voix des banlieues ouvrières. Fort de ce nouveau succès, certains de ses partisans le pressent de marcher sur l’Élisez, mais il refuse, persuadé d’obtenir un succès définitif lors des élections générales qui doivent avoir lieu en septembre. C’était sous-estimer les capacités de contre-offensive des républicains. Le 13 février 1889, le scrutin uninominal est tout d’abord rétabli et la loi du 17 juillet vient à nouveau réformer le dispositif électoral en interdisant les candidatures simultanées. Le risque de plébiscite est donc évacué et le boulangisme est condamné à s’implanter localement et à se doter d’un programme cohérent.

    64Le 22 février, le gouvernement est remanié. Tirard, qui remplace Floquet à la présidence du Conseil, appelle à l’Intérieur Ernest Constans, qui avait déjà été ministre dans le premier cabinet Ferry et qui, d’emblée, annonce sa volonté « d’assurer le maintien de l’ordre légal et le respect dû à la République. »123 Il allait en effet se montrer le véritable « fossoyeur » du boulangisme. Après avoir organisé la dissolution de la Ligue des Patriotes, il fit courir le bruit que Boulanger allait être traduit en Haute Cour, c’est-à-dire devant le Sénat, pour « attentat à la sûreté de l’État. » Craignant une arrestation imminente, le général s’enfuit alors à Bruxelles le 1er avril, d’où il gagne ensuite Londres. Constans engage alors des poursuites contre un exilé frappé de discrédit et dont certains fidèles se détachent, comme Thiebaud et de nombreux bonapartistes.124 Le 14 août, la Haute Cour condamne Boulanger, Rochefort et Dillon à la déportation à vie. Boulanger ayant refusé de rentrer en France pour comparaître à son procès, l’opinion même qui lui était la plus favorable se détourne peu à peu du général « la Frousse. »

    65La propagande boulangiste se poursuit néanmoins au moins jusqu’aux élections de septembre-octobre 1889 qui voient l’élection de quarante-quatre boulangistes à l’échelle nationale dont un seul pour le Nord, le journaliste parisien Charles Lalou, qui écrase le républicain Trystram à Dunkerque.125 Les arguments développés sont toujours les mêmes, revanche, révision et encore réforme économique et sociale, puisque « ce qu’il faut, ce sont les éléments du travail à fournir aux travailleurs, à cette masse laborieuse, intelligente, qui repousse et craint avec cette appréhension qui s’appesantit chaque jour, la diminution de salaires, le chômage, la grève, qui malheureusement depuis quelques longues années se font cruellement sentir dans chaque branche de notre commerce. »126 Toutefois, alors que le général est discrédité, les ouvriers y sont moins sensibles. Ils retournent alors à un vote républicain plus traditionnel, avec une tendance à la radicalisation autour de Lille, Roubaix, Tourcoing et dans l’Avesnois. Cinq radicaux sont ainsi élus dans le département. De leur côté, les socialistes progressent, mais ils sont encore loin de pouvoir s’imposer. Delory et Delcourt sont suivis par 8,8 % et 5,2 % des inscrits à Lille et Degalle par 8,7 % des électeurs de Roubaix.127 C’était donc la fin de tous les espoirs boulangistes. Les monarchistes, comprenant que la restauration devient impossible abandonnent le général et le Comité national républicain se dissout. Vaincu, Boulanger se suicide à Bruxelles le 30 septembre 1891.

    66Le phénomène boulangiste dans le Nord paraît donc avoir bénéficié dans une large mesure d’un soutien ouvrier dont l’origine se trouve dans le malaise introduit par les difficultés économiques et le sous-emploi. La force du boulangisme ouvrier résidait de fait dans le formidable espoir qu’il entretenait d’introduire une réelle portée sociale dans une République qui, jusqu’alors, s’était avant tout caractérisée par sa dimension bourgeoise. Son échec n’est pas celui de la contestation ouvrière, mais avant tout celui d’un homme qui n’avait sans doute pas l’envergure que lui prêtait le vaste courant qui l’avait porté. C’est également l’échec d’un mouvement auquel Boulanger n’a pas voulu donner une orientation politique claire.

    67Le boulangisme n’est pas une synthèse, mais un assemblage d’ambitions et d’individus disparates qui, sur des problèmes essentiels, n’ont pas de vision commune. Au-delà de la dénonciation d’une République opportuniste, ils ne peuvent trouver un objectif qui les rapproche. Il n’y a donc pas un, mais des boulangismes très différents. Cependant, la vague boulangiste aura contribué à modifier profondément la vie politique française. Ainsi, comme l’écrit Zeev Sternhell, « plus que tout autre phénomène de la fin du siècle, le boulangisme symbolise en France les débuts de la politique des masses dont il a accéléré sérieusement la mobilisation politique. »128 Par sa portée offensive et non plus uniquement défensive, il a été la première forme d’expression électorale relativement libre des masses populaires et particulièrement ouvrières. Il a en ce sens ouvert la voie au mouvement socialiste qui récupère en grande partie l’électorat ouvrier du boulangisme. Plus que tout autre chose, c’est essentiellement le volet social du discours de Boulanger qui, en dénonçant la misère liée au sous-emploi, a séduit les milieux prolétariens du Nord.

     

    68Jusqu’à l’épisode boulangiste, la question du régime continue à se poser et est étroitement dépendante de la question sociale. C’est en effet en s’appuyant sur le rejet d’une République qui a trahi ses aspirations sociales originelles que Louis Napoléon Bonaparte parvient à asseoir sa popularité chez les ouvriers. Quelques mesures bien pensées comme l’abrogation du délit de coalition ou la tolérance des Chambres syndicales témoignent également de réelles avancées en matière sociale et renforcent le sentiment d’un lien fort entre les ouvriers et l’Empereur. Les ouvriers demeurent cependant plus attachés à la personne du souverain qu’au régime impérial. En outre, les pratiques électorales qui ont cours ne permettent pas aux ouvriers d’exprimer au moment des élections un choix librement consenti. L’administration préfectorale mène une propagande active en faveur des candidats officiels alors que certains industriels ou groupes industriels exercent quant à eux des pressions sur leurs employés, notamment en menaçant leur travail. Les prolétaires, qui forment la majeure partie de la population ouvrière du Nord, ont moins que quiconque la possibilité d’échapper à ce destin.

    69Cependant, les ouvriers trouvent dans la chute de l’Empire l’occasion d’exprimer leur ressentiment contre un patronat qui les exploite, qu’ils accusent dans plusieurs points du département de républicanisme et qu’ils rendent responsable du chômage industriel. Ils assimilent donc combat politique et combat social et, d’une certaine façon, l’Empire apparaît pour eux comme un meilleur garant du travail que la République. Cette interprétation des événements est évidemment erronée, mais elle souligne d’ores et déjà leur mode de réflexion politique : ils soutiennent ou soutiendront un régime s’ils pensent qu’il est le plus approprié pour leur fournir du travail.

    70L’évolution est lente, mais les ouvriers finissent par adhérer à la République du plan Freycinet, une République qui n’a certes pas le charisme de Napoléon III, mais dont on peut néanmoins s’accommoder tant qu’elle assure un travail. La crise économique de 1882 introduit une rupture dans le processus d’assimilation engagé et le malaise social, dû à nouveau au sous-emploi, est, dans le département du Nord, largement à l’origine du fort impact boulangiste. C’est pourquoi, comme l’écrit Jacques Néré, « dans le Nord, le boulangisme proprement dit est beaucoup moins un mouvement de la petite bourgeoisie des villes qu’un mouvement spécifiquement ouvrier. »129 Son échec permet à la République de s’imposer définitivement, mais il aura été le signal d’alarme indiquant qu’il était grand temps de s’atteler plus sérieusement à la mise en œuvre d’une politique sociale autour du travail. Le boulangisme aura en effet révélé l’expression quasi instinctive d’une classe ouvrière qui souffre du sous-emploi. Alors que le socialisme connaît une progression rapide et importante, la question sociale et, par elle, le problème du travail, s’impose donc par force à la République en tant que thème majeur du discours électoral.

    Notes de bas de page

    1 Bernard Ménager, La vie politique dans le département du Nord de 1851 à 1877, op. cit., p. 121.

    2 Bernard Ménager, Les Napoléons du peuple, Paris : Aubier, coll. Historique, 1988, 448 p., p. 169.

    3 Bernard Ménager, « Forces et limites du bonapartisme populaire en milieu ouvrier sous le Second Empire », in Revue historique, n° 538, avril-juin 1981, p. 371 à 388, p. 375.

    4 Voir Jean-Pierre Wytteman, op. cit., p. 274.

    5 Bernard Ménager, La vie politique dans le département du Nord de 1851 à 1877, op. cit., p. 913.

    6 Claude Deulin, La région du Nord devant la guerre de 1870 et la Commune, Lille 3, D.E.S. d’histoire, 1972, 168 p., p. 77.

    7 Louis Napoléon Bonaparte, « Des idées napoléoniennes », in Œuvres, Paris : Librairie d’Amyot éditeurs, 1854, t. 1, 480 p., p. 15 à 234, p. 21.

    8 Louis Napoléon Bonaparte, « L’extinction du paupérisme », in Œuvres, op. cit., t. 2, 546 p., p. 107 à 152, p. 125 à 136.

    9 id., p. 117.

    10 Bernard Ménager, La vie politique dans le département du Nord de 1851 à 1877, op. cit., p. 73.

    11 id., p. 79.

    12 id., p. 79-80.

    13 id., p. 80.

    14 A.D.N. M 20-4 : Plébiscite du 20 décembre 1851. Lettre du maire de Caudry citée par Bernard Ménager, La vie politique dans le département du Nord de 1851 à 1877, op. cit., p. 78.

    15 A.D.N. M 20-5 : Lettre du 21 décembre 1851 du sous-préfet de Valenciennes.

    16 id., rapport du commissaire de police de Valenciennes.

    17 Bernard Ménager, La vie politique dans le département du Nord de 1851 à 1877, op. cit., p. 80.

    18 id.

    19 A.D.N. M 140-2 : Rapports du préfet avec les chefs de services. Période du 2 décembre 1851 au 2 décembre 1852. Cité par Bernard Ménager, La vie politique dans le département du Nord de 1851 à 1877, op. cit., p. 69.

    20 Bernard Ménager, La vie politique dans le département du Nord de 1851 à 1877, op. cit., p. 116.

    21 id., p. 117-118.

    22 id., p. 111.

    23 id., p. 109.

    24 id., p. 120.

    25 Voir Bernard Ménager, La vie politique dans le département du Nord de 1851 à 1877, op. cit., p. 887.

    26 id.

    27 id., p. 889.

    28 Voir Bernard Ménager, « Forces et limites du bonapartisme populaire en milieu ouvrier sous le Second Empire », op. cit., p. 376.

    29 Voir A.D.N. M 141-24 à 30 : Voyage de l’empereur à Lille, 1853.

    30 Bernard Ménager, La vie politique dans le département du Nord de 1851 à 1877, op. cit., p. 322-323.

    31 Voir A.D.N. M 141-48 : Rapports périodiques des préfets et des sous-préfets. Cité par Bernard Ménager, La vie politique dans le département du Nord de 1851 à 1877, op. cit., p. 323.

    32 Voir A.D.N. M 141-24 : Rapport du 30 septembre 1853 du préfet du Nord au ministre de l’Intérieur.

    33 Voir A.D.N. M 141-32 : Voyage de l’empereur dans le Nord, 1867.

    34 Voir Bernard Ménager, La vie politique dans le département du Nord de 1851 à 1877, op. cit., p. 674.

    35 A.D.N. M 141-34 : Secours divers, 1867. Lettre du 16 septembre 1867 du maire de Lille au préfet du Nord.

    36 Bernard Ménager, La vie politique dans le département du Nord de 1851 à 1877, op. cit., p. 676.

    37 Archives privées de la famille Seydoux, lettre du 9 juillet 1849 d’Auguste Seydoux à Henri Sieber. Cité par Sylvie Vaillant-Gabet, « La gestion de la main-d’œuvre chez les Seydoux du Cateau-Cambrésis (1830-1914) », in Revue du Nord, n° 347, 2002, p. 723 à 751, p. 730.

    38 Motte-Bossut : un homme, une famille, une firme 1843-1943, ouvrage publié pour le centenaire de la fondation Motte-Bossut, 156 p., p. 150.

    39 Voir Bernard Ménager, La vie politique dans le département du Nord de 1851 à 1877, op. cit., p. 228

    40 Il semble que l’administration ait sous-estimé la profondeur des sympathies orléanistes de de Mérode. Après son élection, elle en fut toutefois rapidement débarrassée, puisqu’il démissionna lors du rétablissement de l’Empire. En 1853, ce fut un industriel docile de Fourmies qui fut élu à son siège en tant que candidat officiel : Godart-Desmaret. Voir id., p. 233.

    41 Voir id., p. 231.

    42 Voir A.N. F.1-c-III Nord-15 : Correspondance et divers (1855-1862). Cité par Bernard Ménager, La vie politique dans le département du Nord de 1851 à 1877, op. cit., p. 240.

    43 id., p. 239.

    44 id., p. 557-558. Plusieurs erreurs se sont glissées dans la carte représentant le nouveau découpage électoral (figure 9).

    45 A.D.N. M 30-11 : Élections du 31 mai 1863. Rapport du 28 Février 1863 du sous-préfet de Valenciennes au préfet du Nord.

    46 Voir Bernard Ménager, La vie politique dans le département du Nord de 1851 à 1877, op. cit., p. 572.

    47 A.D.N. M 30-11, op. cit.

    48 Bernard Ménager, « Forces et limites du bonapartisme populaire en milieu ouvrier sous le Second Empire », op. cit., p. 387.

    49 Voir Bernard Ménager, La vie politique dans le département du Nord de 1851 à 1877, op. cit., p. 590.

    50 Voir Sylvie Vaillant-Gabet, op. cit., p. 735.

    51 Voir Bernard Ménager, La vie politique dans le département du Nord de 1851 à 1877, op. cit., p. 591.

    52 id., p. 592.

    53 Voir id., p. 475.

    54 id., p. 799.

    55 id., p. 800. Le Journal de Roubaix., n° du 7 mars 1869.

    56 Bernard Ménager, « Forces et limites du bonapartisme populaire en milieu ouvrier sous le Second Empire », op. cit., p. 381.

    57 id., p. 832.

    58 id., p. 839-840.

    59 id., p. 840.

    60 id., p. 842.

    61 Rappelons que, lors des élections, l’isoloir ne fut imposé que par une loi de 1913.

    62 id.

    63 A.D.N. 8 R 115 : Correspondance du préfet, août 1870. Rapport du 23 août 1870 du commissaire central de police de Roubaix au préfet du Nord.

    64 Sans doute ces documents que le commissaire de Roubaix qualifie de « lettres » ont-ils la forme de tracts de propagande.

    65 A.D.N. 8 R 115 : Correspondance du préfet, août 1870. Rapport du 23 août 1870 du commissaire central de police de Roubaix au préfet du Nord.

    66 id., rapport du 24 août 1870 du commissaire central de police de Roubaix au préfet du Nord.

    67 id., rapport du 28 août 1870 adressé au commandant de gendarmerie de Roubaix.

    68 Voir Bernard Ménager, La vie politique dans le département du Nord de 1851 à 1877, op. cit., p. 771.

    69 Voir Claude Deulin, op. cit., p. 67.

    70 id.

    71 A.D.N. 8 R 116 : Correspondance du préfet, septembre 1870. Rapport du 5 septembre 1870 du commissaire de police d’Armentières au préfet du Nord.

    72 Voir Bernard Ménager, La vie politique dans le département du Nord de 1851 à 1877, op. cit., p. 917.

    73 id., p. 918.

    74 id.

    75 Voir Jean-Pierre Wytteman, op. cit., p. 274.

    76 Voir Bernard Ménager, La vie politique dans le département du Nord de 1851 à 1877, op. cit., p. 933.

    77 Achille Testelin était nommé le 25 septembre commissaire de la République pour les quatre départements du Nord de la France.

    78 Voir Bernard Ménager, La vie politique dans le département du Nord de 1851 à 1877, op. cit., p. 948.

    79 id., p. 952.

    80 id., p. 960.

    81 id., p. 998.

    82 Jessica Dos Santos, Lille au temps des cerises. Attitude et réactions de la gauche lilloise face à la Commune de Paris de 1871, Lille 3, maîtrise d’histoire, 139 p., p. 13.

    83 Pierre Pierrard, Lille et les Lillois, op. cit. Cité par Claude Deulin. op. cit., p. 141.

    84 Voir Bernard Ménager, La vie politique dans le département du Nord de 1851 à 1877, op. cit., p. 999-1000.

    85 id., p.1000.

    86 Bibliothèque historique de la ville de Paris, papiers Claretie. Cité par Jeanne Gaillard, Commune de province, Commune de Paris 1870-1871, Paris : Flammarion, coll. « Question d’histoire », 1971, 190 p., p. 124-125.

    87 Voir Bernard Ménager, La vie politique dans le département du Nord de 1851 à 1877, op. cit., p. 1007.

    88 id., p. 1008.

    89 Voir Bernard Ménager, La vie politique dans le département du Nord de 1851 à 1877, op. cit., p. 1209.

    90 Jacques Néré, La crise de 1882 et le mouvement Boulanger, op. cit., t. 2, p. 620.

    91 Cité par Jean Garrigues, Le boulangisme, Paris : P.U.F., coll. « Que sais-je ? », 1992, 128 p., p. 4.

    92 Voir Jacques Néré, La crise de 1882 et le mouvement Boulanger, op. cit., t. 2, p. 621.

    93 id.

    94 Voir Yves-Marie Hilaire et al., Atlas électoral Nord Pas-de-Calais 1876-1936, op. cit., p. 68.

    95 Jacques Néré, Les élections Boulanger dans le département du Nord, op. cit., p. 18.

    96 id., p. 19.

    97 Voir Jean Garrigues, Le boulangisme, op. cit., p. 40.

    98 Les tendances radicales et socialistes ne sont pas alors toujours bien distinctes. Voir Jacques Néré, Les élections Boulanger dans le département du Nord, op. cit., p. 20.

    99 Voir Jean Garrigues, Le boulangisme, op. cit., p. 40, et Jacques Néré, Les élections Boulanger dans le département du Nord, op. cit., p. 104.

    100 Voir Maxime Lecompte, Le boulangisme dans le Nord, Paris, 1888, 282 p., p. 24 à 26. Cité par Jacques Néré, Les élections Boulanger dans le département du Nord, op. cit., p. 105-106.

    101 Jacques Néré, Les élections Boulanger dans le département du Nord, op. cit., p. 20.

    102 id., p. 107.

    103 id., p. 113.

    104 Le Nord républicain et démocratique, n° du 3 avril 1888. Cité par Jacques Néré, Les élections Boulanger dans le département du Nord, op. cit., p. 115.

    105 Zeev Sternhell, op. cit., p. 45.

    106 Voir Jacques Néré, Les élections Boulanger dans le département du Nord., op. cit., p. 113.

    107 Voir Jacques Néré, Les élections Boulanger dans le département du Nord., op. cit., p. 172.

    108 id., p. 174.

    109 Le Cri du travailleur, n° du 12 au 21 avril 1888. Cité par Jacques Néré, Les élections Boulanger dans le département du Nord, op. cit., p. 168.

    110 Jacques Néré, Les élections Boulanger dans le département du Nord, op. cit., p. 174.

    111 id.

    112 id., p. 176.

    113 Jean Mossay, op. cit., p. 259.

    114 Voir Jean-Marie Mayeur, Les débuts de la Troisième République 1871-1898, op. cit., p. 175.

    115 Le radical Charles Floquet présidera la Chambre du 3 avril 1888 au 14 février 1889.

    116 Voir Adrien Dansette, Le boulangisme, Paris : Fayard, 1946, 411 p., p.191-194. Cité par Jacques Néré, Les élections Boulanger dans le département du Nord, op. cit., p. 178.

    117 id., p. 187 et 189.

    118 id., p. 190.

    119 id., voir cartes 6 et 7.

    120 id., p. 204.

    121 id., p. 229-230.

    122 Cité par Jacques Néré, La crise de 1882 et le mouvement Boulanger, op. cit., t. 2, p. 344.

    123 Voir Jean-Marie Mayeur, Les débuts de la Troisième République 1871-1898, op. cit., p. 76.

    124 Voir Jean Leduc, op. cit., p. 45.

    125 Voir Yves-Marie Hilaire et al., Atlas électoral Nord Pas-de-Calais 1876-1936, op. cit., p. 72.

    126 A.D.N. M 154 20 : Tract de la Ligue des Patriotes en faveur du général Boulanger.

    127 id.

    128 Zeev Sternhell, op. cit., p. 56.

    129 Jacques Néré, Les élections Boulanger dans le département du Nord., op. cit., p. 230.

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    1 Bernard Ménager, La vie politique dans le département du Nord de 1851 à 1877, op. cit., p. 121.

    2 Bernard Ménager, Les Napoléons du peuple, Paris : Aubier, coll. Historique, 1988, 448 p., p. 169.

    3 Bernard Ménager, « Forces et limites du bonapartisme populaire en milieu ouvrier sous le Second Empire », in Revue historique, n° 538, avril-juin 1981, p. 371 à 388, p. 375.

    4 Voir Jean-Pierre Wytteman, op. cit., p. 274.

    5 Bernard Ménager, La vie politique dans le département du Nord de 1851 à 1877, op. cit., p. 913.

    6 Claude Deulin, La région du Nord devant la guerre de 1870 et la Commune, Lille 3, D.E.S. d’histoire, 1972, 168 p., p. 77.

    7 Louis Napoléon Bonaparte, « Des idées napoléoniennes », in Œuvres, Paris : Librairie d’Amyot éditeurs, 1854, t. 1, 480 p., p. 15 à 234, p. 21.

    8 Louis Napoléon Bonaparte, « L’extinction du paupérisme », in Œuvres, op. cit., t. 2, 546 p., p. 107 à 152, p. 125 à 136.

    9 id., p. 117.

    10 Bernard Ménager, La vie politique dans le département du Nord de 1851 à 1877, op. cit., p. 73.

    11 id., p. 79.

    12 id., p. 79-80.

    13 id., p. 80.

    14 A.D.N. M 20-4 : Plébiscite du 20 décembre 1851. Lettre du maire de Caudry citée par Bernard Ménager, La vie politique dans le département du Nord de 1851 à 1877, op. cit., p. 78.

    15 A.D.N. M 20-5 : Lettre du 21 décembre 1851 du sous-préfet de Valenciennes.

    16 id., rapport du commissaire de police de Valenciennes.

    17 Bernard Ménager, La vie politique dans le département du Nord de 1851 à 1877, op. cit., p. 80.

    18 id.

    19 A.D.N. M 140-2 : Rapports du préfet avec les chefs de services. Période du 2 décembre 1851 au 2 décembre 1852. Cité par Bernard Ménager, La vie politique dans le département du Nord de 1851 à 1877, op. cit., p. 69.

    20 Bernard Ménager, La vie politique dans le département du Nord de 1851 à 1877, op. cit., p. 116.

    21 id., p. 117-118.

    22 id., p. 111.

    23 id., p. 109.

    24 id., p. 120.

    25 Voir Bernard Ménager, La vie politique dans le département du Nord de 1851 à 1877, op. cit., p. 887.

    26 id.

    27 id., p. 889.

    28 Voir Bernard Ménager, « Forces et limites du bonapartisme populaire en milieu ouvrier sous le Second Empire », op. cit., p. 376.

    29 Voir A.D.N. M 141-24 à 30 : Voyage de l’empereur à Lille, 1853.

    30 Bernard Ménager, La vie politique dans le département du Nord de 1851 à 1877, op. cit., p. 322-323.

    31 Voir A.D.N. M 141-48 : Rapports périodiques des préfets et des sous-préfets. Cité par Bernard Ménager, La vie politique dans le département du Nord de 1851 à 1877, op. cit., p. 323.

    32 Voir A.D.N. M 141-24 : Rapport du 30 septembre 1853 du préfet du Nord au ministre de l’Intérieur.

    33 Voir A.D.N. M 141-32 : Voyage de l’empereur dans le Nord, 1867.

    34 Voir Bernard Ménager, La vie politique dans le département du Nord de 1851 à 1877, op. cit., p. 674.

    35 A.D.N. M 141-34 : Secours divers, 1867. Lettre du 16 septembre 1867 du maire de Lille au préfet du Nord.

    36 Bernard Ménager, La vie politique dans le département du Nord de 1851 à 1877, op. cit., p. 676.

    37 Archives privées de la famille Seydoux, lettre du 9 juillet 1849 d’Auguste Seydoux à Henri Sieber. Cité par Sylvie Vaillant-Gabet, « La gestion de la main-d’œuvre chez les Seydoux du Cateau-Cambrésis (1830-1914) », in Revue du Nord, n° 347, 2002, p. 723 à 751, p. 730.

    38 Motte-Bossut : un homme, une famille, une firme 1843-1943, ouvrage publié pour le centenaire de la fondation Motte-Bossut, 156 p., p. 150.

    39 Voir Bernard Ménager, La vie politique dans le département du Nord de 1851 à 1877, op. cit., p. 228

    40 Il semble que l’administration ait sous-estimé la profondeur des sympathies orléanistes de de Mérode. Après son élection, elle en fut toutefois rapidement débarrassée, puisqu’il démissionna lors du rétablissement de l’Empire. En 1853, ce fut un industriel docile de Fourmies qui fut élu à son siège en tant que candidat officiel : Godart-Desmaret. Voir id., p. 233.

    41 Voir id., p. 231.

    42 Voir A.N. F.1-c-III Nord-15 : Correspondance et divers (1855-1862). Cité par Bernard Ménager, La vie politique dans le département du Nord de 1851 à 1877, op. cit., p. 240.

    43 id., p. 239.

    44 id., p. 557-558. Plusieurs erreurs se sont glissées dans la carte représentant le nouveau découpage électoral (figure 9).

    45 A.D.N. M 30-11 : Élections du 31 mai 1863. Rapport du 28 Février 1863 du sous-préfet de Valenciennes au préfet du Nord.

    46 Voir Bernard Ménager, La vie politique dans le département du Nord de 1851 à 1877, op. cit., p. 572.

    47 A.D.N. M 30-11, op. cit.

    48 Bernard Ménager, « Forces et limites du bonapartisme populaire en milieu ouvrier sous le Second Empire », op. cit., p. 387.

    49 Voir Bernard Ménager, La vie politique dans le département du Nord de 1851 à 1877, op. cit., p. 590.

    50 Voir Sylvie Vaillant-Gabet, op. cit., p. 735.

    51 Voir Bernard Ménager, La vie politique dans le département du Nord de 1851 à 1877, op. cit., p. 591.

    52 id., p. 592.

    53 Voir id., p. 475.

    54 id., p. 799.

    55 id., p. 800. Le Journal de Roubaix., n° du 7 mars 1869.

    56 Bernard Ménager, « Forces et limites du bonapartisme populaire en milieu ouvrier sous le Second Empire », op. cit., p. 381.

    57 id., p. 832.

    58 id., p. 839-840.

    59 id., p. 840.

    60 id., p. 842.

    61 Rappelons que, lors des élections, l’isoloir ne fut imposé que par une loi de 1913.

    62 id.

    63 A.D.N. 8 R 115 : Correspondance du préfet, août 1870. Rapport du 23 août 1870 du commissaire central de police de Roubaix au préfet du Nord.

    64 Sans doute ces documents que le commissaire de Roubaix qualifie de « lettres » ont-ils la forme de tracts de propagande.

    65 A.D.N. 8 R 115 : Correspondance du préfet, août 1870. Rapport du 23 août 1870 du commissaire central de police de Roubaix au préfet du Nord.

    66 id., rapport du 24 août 1870 du commissaire central de police de Roubaix au préfet du Nord.

    67 id., rapport du 28 août 1870 adressé au commandant de gendarmerie de Roubaix.

    68 Voir Bernard Ménager, La vie politique dans le département du Nord de 1851 à 1877, op. cit., p. 771.

    69 Voir Claude Deulin, op. cit., p. 67.

    70 id.

    71 A.D.N. 8 R 116 : Correspondance du préfet, septembre 1870. Rapport du 5 septembre 1870 du commissaire de police d’Armentières au préfet du Nord.

    72 Voir Bernard Ménager, La vie politique dans le département du Nord de 1851 à 1877, op. cit., p. 917.

    73 id., p. 918.

    74 id.

    75 Voir Jean-Pierre Wytteman, op. cit., p. 274.

    76 Voir Bernard Ménager, La vie politique dans le département du Nord de 1851 à 1877, op. cit., p. 933.

    77 Achille Testelin était nommé le 25 septembre commissaire de la République pour les quatre départements du Nord de la France.

    78 Voir Bernard Ménager, La vie politique dans le département du Nord de 1851 à 1877, op. cit., p. 948.

    79 id., p. 952.

    80 id., p. 960.

    81 id., p. 998.

    82 Jessica Dos Santos, Lille au temps des cerises. Attitude et réactions de la gauche lilloise face à la Commune de Paris de 1871, Lille 3, maîtrise d’histoire, 139 p., p. 13.

    83 Pierre Pierrard, Lille et les Lillois, op. cit. Cité par Claude Deulin. op. cit., p. 141.

    84 Voir Bernard Ménager, La vie politique dans le département du Nord de 1851 à 1877, op. cit., p. 999-1000.

    85 id., p.1000.

    86 Bibliothèque historique de la ville de Paris, papiers Claretie. Cité par Jeanne Gaillard, Commune de province, Commune de Paris 1870-1871, Paris : Flammarion, coll. « Question d’histoire », 1971, 190 p., p. 124-125.

    87 Voir Bernard Ménager, La vie politique dans le département du Nord de 1851 à 1877, op. cit., p. 1007.

    88 id., p. 1008.

    89 Voir Bernard Ménager, La vie politique dans le département du Nord de 1851 à 1877, op. cit., p. 1209.

    90 Jacques Néré, La crise de 1882 et le mouvement Boulanger, op. cit., t. 2, p. 620.

    91 Cité par Jean Garrigues, Le boulangisme, Paris : P.U.F., coll. « Que sais-je ? », 1992, 128 p., p. 4.

    92 Voir Jacques Néré, La crise de 1882 et le mouvement Boulanger, op. cit., t. 2, p. 621.

    93 id.

    94 Voir Yves-Marie Hilaire et al., Atlas électoral Nord Pas-de-Calais 1876-1936, op. cit., p. 68.

    95 Jacques Néré, Les élections Boulanger dans le département du Nord, op. cit., p. 18.

    96 id., p. 19.

    97 Voir Jean Garrigues, Le boulangisme, op. cit., p. 40.

    98 Les tendances radicales et socialistes ne sont pas alors toujours bien distinctes. Voir Jacques Néré, Les élections Boulanger dans le département du Nord, op. cit., p. 20.

    99 Voir Jean Garrigues, Le boulangisme, op. cit., p. 40, et Jacques Néré, Les élections Boulanger dans le département du Nord, op. cit., p. 104.

    100 Voir Maxime Lecompte, Le boulangisme dans le Nord, Paris, 1888, 282 p., p. 24 à 26. Cité par Jacques Néré, Les élections Boulanger dans le département du Nord, op. cit., p. 105-106.

    101 Jacques Néré, Les élections Boulanger dans le département du Nord, op. cit., p. 20.

    102 id., p. 107.

    103 id., p. 113.

    104 Le Nord républicain et démocratique, n° du 3 avril 1888. Cité par Jacques Néré, Les élections Boulanger dans le département du Nord, op. cit., p. 115.

    105 Zeev Sternhell, op. cit., p. 45.

    106 Voir Jacques Néré, Les élections Boulanger dans le département du Nord., op. cit., p. 113.

    107 Voir Jacques Néré, Les élections Boulanger dans le département du Nord., op. cit., p. 172.

    108 id., p. 174.

    109 Le Cri du travailleur, n° du 12 au 21 avril 1888. Cité par Jacques Néré, Les élections Boulanger dans le département du Nord, op. cit., p. 168.

    110 Jacques Néré, Les élections Boulanger dans le département du Nord, op. cit., p. 174.

    111 id.

    112 id., p. 176.

    113 Jean Mossay, op. cit., p. 259.

    114 Voir Jean-Marie Mayeur, Les débuts de la Troisième République 1871-1898, op. cit., p. 175.

    115 Le radical Charles Floquet présidera la Chambre du 3 avril 1888 au 14 février 1889.

    116 Voir Adrien Dansette, Le boulangisme, Paris : Fayard, 1946, 411 p., p.191-194. Cité par Jacques Néré, Les élections Boulanger dans le département du Nord, op. cit., p. 178.

    117 id., p. 187 et 189.

    118 id., p. 190.

    119 id., voir cartes 6 et 7.

    120 id., p. 204.

    121 id., p. 229-230.

    122 Cité par Jacques Néré, La crise de 1882 et le mouvement Boulanger, op. cit., t. 2, p. 344.

    123 Voir Jean-Marie Mayeur, Les débuts de la Troisième République 1871-1898, op. cit., p. 76.

    124 Voir Jean Leduc, op. cit., p. 45.

    125 Voir Yves-Marie Hilaire et al., Atlas électoral Nord Pas-de-Calais 1876-1936, op. cit., p. 72.

    126 A.D.N. M 154 20 : Tract de la Ligue des Patriotes en faveur du général Boulanger.

    127 id.

    128 Zeev Sternhell, op. cit., p. 56.

    129 Jacques Néré, Les élections Boulanger dans le département du Nord., op. cit., p. 230.

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    Leleux, M. (2015). Chapitre 7. La question du régime. In Aux sources de la précarité. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.11203
    Leleux, Marc. « Chapitre 7. La question du régime ». In Aux sources de la précarité. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2015. doi:10.4000/books.septentrion.11203.
    Leleux, Marc. « Chapitre 7. La question du régime ». Aux sources de la précarité, Presses universitaires du Septentrion, 2015, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.11203.

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    Leleux, M. (2015). Aux sources de la précarité. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.11184
    Leleux, Marc. Aux sources de la précarité. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2015. doi:10.4000/books.septentrion.11184.
    Leleux, Marc. Aux sources de la précarité. Presses universitaires du Septentrion, 2015, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.11184.
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