Chapitre 6. Premiers essais d’organisation des sans-travail
p. 169-188
Texte intégral
1C’est dans les années 1880, alors que la France souffre des à-coups de la dépression économique dont la première conséquence est un accroissement du chômage, qu’apparaissent les premiers mouvements organisés, et non plus spontanés, d’ouvriers sans travail. La grève n’est plus pour eux un moyen de pression envisageable. C’est donc par l’organisation de manifestations et de meetings, parfois tenus sur la voie publique, que s’expriment, pour l’essentiel, leurs revendications. Michelle Perrot a ainsi relevé pour toute la France 48 manifestations de sans-travail entre 1883 et 1889,1 dont la majorité ont lieu à Paris ou dans la France du nord. Leur importance est très variée, mais globalement, et compte tenu de l’étendue du chômage, elles sont assez faiblement mobilisatrices, ce qui montre que si « l’insécurité de l’emploi reste le stigmate et la hantise de la condition ouvrière, (…) les crises engendrent la peur plus que la révolte. »2 En effet, les cortèges de sans-travail sont la plupart du temps formés d’ouvriers plutôt jeunes et qualifiés, c’est-à-dire d’une clientèle capable de s’organiser, qui est habituellement celle des syndicats, alors que la majorité des sans-travail est composée de catégories plus marginales d’ouvriers non qualifiés ou d’étrangers « dont la réaction collective est généralement faible. »3 Ces manifestations sont d’ordinaire pacifiques et se dirigent « vers les mairies pourvoyeuses d’ouvrage et de pain pour rappeler aux pouvoirs locaux leur devoir d’assistance. »4 On ne constate qu’en de rares occasions « quelques pillages de boulangeries assez symboliques. »5
2Ce sont souvent des organisations qui préexistent à une association autonome de sans-travail qui sont à l’origine des mouvements revendicatifs. Aussi, certaines Chambres syndicales ou groupes anarchistes y jouent un rôle moteur. L’exemple type nous en est fourni par la manifestation des ouvriers parisiens sans travail de mars 1883. Toutefois, ces mobilisations, et c’est peut-être là leur principale faiblesse, ne parviennent « en aucune façon à entraîner derrière [elles] l’ensemble de la classe ouvrière. »6 Sans doute faut-il y voir en partie un effet des rivalités syndicales liées aux tentatives de récupérations politiques du mécontentement légitime de ceux qui n’ont pas ou plus de travail.
3Le Nord n’échappe évidemment pas aux mouvements de protestation des sans-travail et aux « meetings d’affamés », qui commencent à se développer autour de Lille, comme à Paris, à partir de 1883. Il semble cependant que ces coalitions n’aient pas obtenu la portée souhaitée par leurs promoteurs. Faiblement mobilisatrices, elles n’ont en rien pu constituer un moyen d’intimidation des sans-travail sur les pouvoirs politiques ou économiques. À la faveur des dépressions industrielles, on constate par la suite quelques manifestations sporadiques, mais ce n’est qu’en 1900, et sur le territoire limité de la ville de Roubaix, que se forme réellement, juste pour quelques mois, un comité embryonnaire d’ouvriers sans-travail. S’il est éphémère, ce groupement est particulièrement actif et reste, semble-t-il, avant 1914, le seul exemple d’organisation solide de sans-travail dans le département. Ces mouvements ouvriers tiennent alors un discours qui n’est pas nécessairement en rapport avec celui qu’on a pu leur prêter dans les propos officiels.
L’impulsion parisienne
4Durant la douloureuse crise des années 1880, c’est à Paris, en mars 1883, qu’a lieu la première manifestation d’ouvriers sans travail. Elle est organisée à l’initiative de la Chambre syndicale des menuisiers du bâtiment de Paris et animée par l’un de ses membres les plus virulents : le compagnon Tortelier. L’ensemble des métiers du bâtiment était en effet particulièrement affecté par la récession et, en conviant les ouvriers sans travail à assister en masse à un meeting de plein air, la Chambre syndicale souhaitait dénoncer la misère profonde due à la généralisation du chômage. Toutefois, si cette manifestation a initialement un caractère uniquement social, elle prend également une dimension éminemment politique par le fait, d’une part, qu’elle s’exprime sur la voie publique alors que les manifestations de rue ont été interdites par la loi du 29 juillet 18817, et d’autre part, par le choix du lieu de rassemblement, l’esplanade des Invalides, située à deux pas de l’Assemblée nationale.8
5Tortelier fut par la suite très attaché aux idéaux libertaires, ce qui laisse généralement supposer que le mouvement fut dès l’abord contrôlé par les militants anarchistes. Toutefois, si leur présence est avérée lors de cette première manifestation d’ouvriers sans travail, il ne semble pas qu’ils y aient tenu une place prépondérante. Éric Lecerf rappelle que Tortelier n’était pas encore lié, en mars 1883, au mouvement anarchiste mais qu’à l’inverse, « son nom figure parmi ceux des dirigeants du comité national de la fédération des travailleurs socialistes français, le parti de Paul Brousse »9, c’est-à-dire parmi la composante la plus réformiste du mouvement socialiste français, dont la composition est, il est vrai, encore assez hétéroclite. C’est donc une conception libertaire du socialisme, héritière de Proudhon, qui, sans que l’on puisse pourtant la définir comme anarchiste, préside vraisemblablement à ce premier meeting. Cependant, l’interprétation qui en fut donnée est toute autre, et les débordements liés à l’attitude provocatrice des forces de police semblent y être pour beaucoup.
6En effet, le 9 mars, jour prévu pour le meeting, des brigades d’hommes armés dépêchées en nombre sont présentes dès huit heures et bloquent toutes les rues qui conduisent à l’esplanade des Invalides. On note malgré tout, dès 13 heures 30, la présence de 10 000 manifestants que les forces de l’ordre parviennent à disperser une première fois sans ménagement. Rapidement, les groupes se reconstituent et reviennent en masse sur l’esplanade où l’on compte cette fois 20 000 personnes rassemblées. Suite à une deuxième, puis à une troisième charge, de nombreuses interpellations ont lieu et le cortège se divise en deux parties. La grande majorité des manifestants se dirigent vers l’Élysée où ils peuvent, vers seize heures, et après avoir essuyé de nouvelles charges de cavalerie, déposer une pétition par laquelle ils affirment s’être réunis pacifiquement « à l’effet de provoquer, soit de la part du gouvernement à agir pour faire cesser la misère croissante des travailleurs, soit de la part de la presse ou d’autres initiateurs, une grande souscription publique destinée à soulager de suite les plus grandes infortunes.»10
7C’est toutefois le second cortège qui a le plus retenu l’attention des contemporains. Emmenant tout au plus 2000 manifestants, celui-ci se dirige vers le Quartier latin avec à sa tête des militants anarchistes tels Émile Pouget ou Louise Michel. Or, sur le parcours, des groupes d’une vingtaine de manifestants font irruption dans trois boulangeries, rue des Canettes, rue du Four Saint Germain et boulevard Saint Germain11 où, aux cris de « du pain, du travail ou du plomb », ils obtiennent que leur soit distribué du pain. Avant que la foule ne se disperse, la police tente de procéder à l’arrestation de Louise Michel qui parvient à s’enfuir, mais elle réussit à appréhender Pouget, sur qui l’on trouve un pistolet.12 C’est cette découverte qui permettra le lendemain à la presse unanime d’accréditer la thèse d’un complot anarchiste contre la République.
8Dès lors, les revendications des ouvriers sans travail sont reléguées au profit de l’argument d’une manifestation purement politique. Une grande partie de la classe politique ne manque pas en effet d’avancer que, par l’organisation du meeting des Invalides, c’était la République elle-même que l’on souhaitait mettre à mal. Plusieurs journaux radicaux ou de centre-gauche notent même « avec complaisance que plusieurs parlementaires bonapartistes ou royalistes avaient été reconnus sur le pont des Invalides. »13 En fait, il est clair que le mouvement engagé n’était, dès l’origine, nullement politique et que les ouvriers ont tout au plus dénoncé « l’imposture » d’une République dont ils se sentaient abandonnés. La République, pour eux, se devait d’être sociale. L’appel affiché dans les rues de Paris et conviant les ouvriers à la manifestation du 9 mars s’en était fait l’écho : « En présence du chômage et de la misère que nous subissons, en présence de l’indifférence de ceux qui nous gouvernent, un grand nombre d’entre nous ont pris l’initiative de ce meeting. Que pas un de vous ne manque à ce rendez-vous pacifique, pour bien démontrer notre droit à l’existence. Si notre riche République n’a plus de travail à nous donner, elle doit au moins nourrir le créateur de sa richesse, son plus ferme soutien, l’ouvrier. »14 On ne peut imaginer de plus sincère témoignage d’allégeance des ouvriers sans travail à la République, ce qui vient encore confirmer le fait que les deux cortèges, celui de l’Élisez comme celui du Quartier latin, n’hésitent pas à entonner la Marseillaise sur l’ensemble de leur parcours.
9Cependant, la justice républicaine prononce plusieurs dizaines de condamnations à l’encontre de manifestants, parfois en mettant en avant des motifs parmi les plus farfelus.15 Elle sanctionne le plus lourdement ceux qu’elle considérait comme les meneurs de l’agitation, Louise Michel, qui s’était volontairement livrée à la police et Émile Pouget, qui sont condamnés respectivement à six ans et huit ans de réclusion lors d’un procès qui se tient le 23 juin et qui est considéré, sans doute à tort, comme un symbole de l’action des sans-travail. L’objectif du procès était alors clairement d’étayer la théorie du complot.
10L’intérêt du pouvoir a donc voulu qu’un mouvement populaire de protestation sociale soit interprété sous la forme d’un mouvement politique dressé contre le régime républicain. Les anarchistes ne récusent d’ailleurs pas cette interprétation qui leur permet de se placer en instigateurs d’un mouvement d’envergure à Paris, et ainsi de laisser croire en leur capacité à engendrer un réel désordre social ou à menacer le pouvoir politique. De Genève, Jean Grave peut ainsi écrire que le pillage des boulangeries révèle que « les idées anarchistes commencent à se faire jour dans les masses et les préjugés disparaissent peu à peu. »16 C’est donc bien dans ce cadre à une opposition politique entre le pouvoir et les militants anarchistes que l’on assiste. Les revendications des sans-travail sont de fait totalement absentes des débats lors du procès de Louise Michel et d’Émile Pouget. Il est d’ailleurs très significatif que leurs plaidoiries n’y fassent à aucun moment allusion.17 De même, l’écho reçu en province par ce procès n’est pas celui de la cause des ouvriers sans travail, mais celui des anarchistes contre la République.18 Cette illusion d’un mouvement purement anarchiste est en outre renforcée par le silence complet des autres mouvances syndicales ou socialistes qui, en l’occurrence, abandonnent à l’anarchisme la défense des sans-travail parisiens.
11Le 11 mars, lorsqu’une nouvelle manifestation de moindre ampleur se tient devant l’hôtel de ville de Paris pour protester contre les violences policières du 9, les leaders socialistes sont absents, ce qui corrobore l’impression d’un mouvement mené de part en part par les militants anarchistes. Il est vrai que, ce même jour, avait lieu, suite au décès prématuré de Léon Gambetta, l’élection pour le siège de député du XXe arrondissement, qui opposait, même si aucun n’était en position d’être élu, deux candidats socialistes, dont Jules Guesde pour les collectivistes. Cependant, après l’interprétation « officielle » qu’avait donné le pouvoir des événements du 9 mars, soutenir ouvertement les sans-travail présents dans la rue, c’était apparaître en opposant à une République déjà ébranlée par la crise économique. Il est donc peu probable que, même s’ils n’avaient pas été aussi occupés, les socialistes parisiens se soient aventurés à risquer le discrédit auprès de leur principal soutien électoral, c’est-à-dire les ouvriers, attachés au républicanisme à Paris. L’argument aurait trop facilement pu être récupéré par leurs adversaires politiques.
12Ce premier mouvement d’ouvriers sans travail apparaît donc victime d’une République, qui en a nié la dimension sociale pour le présenter sous forme d’une conspiration contre le régime. Or, les forces républicaines se doivent de rester unies, malgré leurs dissensions, pour que puisse être pérennisé le système politique qu’elles ont contribué à mettre en place. Même pour les socialistes, il semble alors que les réformes économiques et sociales passent au second plan. Il apparaît primordial de sauvegarder avant tout l’acquis du régime républicain que l’on croyait affirmé, mais que la conjoncture de difficultés économiques vient à nouveau remettre en cause, alors que, comme l’affirme Claude Nicolet, « chaque fois qu’il est divisé, le parti républicain est perdant, et les vieux conservateurs (sous quelque nom que ce soit) triomphent. »19
13En utilisant l’argument d’un péril politique, les opportunistes au pouvoir sont donc parvenus à repousser un mouvement à teneur uniquement sociale dont la fidélité à la République ne s’est pourtant jamais démentie. Par ailleurs, par leur inertie, les socialistes ont abandonné aux anarchistes le soin d’emmener l’action revendicative de terrain des ouvriers sans travail. La présence anarchiste dans les mouvements qui suivent est désormais logique et incontournable. Aussi, lorsque, le 6 décembre 1883, le Cri du peuple reproduit un appel aux ouvriers sans travail annonçant la tenue d’un meeting populaire pour le lendemain place de la Bourse, les signataires n’ont en commun que leur qualité de militants anarchistes. Cette annonce n’eut en fait pour conséquence que d’effrayer considérablement les pouvoirs publics qui firent se masser des agents de police autour de la Bourse alors que l’appel à la manifestation n’eut quasiment aucun succès.20 Ce meeting fut pourtant une réussite, puisqu’en inquiétant à nouveau les forces politiques, il les contraignit à s’intéresser au problème des sans-travail et que la presse républicaine se fit même dans une certaine mesure l’écho de leurs revendications.21 C’est ainsi qu’après de longs et houleux débats à la Chambre, fut constituée, à l’initiative de Clemenceau, le 2 février 1884, une commission d’enquête sur la situation des ouvriers de l’agriculture et de l’industrie en France et sur la crise parisienne, plus connue sous le nom de « commission des 44 » ou « d’enquête Spuller. » Cette enquête ne se limita toutefois pour l’essentiel qu’à la crise parisienne où elle servit à démontrer que la République se préoccupait du sort de la classe ouvrière. Elle témoigne cependant d’une première prise de conscience des autorités politiques, régulièrement réactivée par des mouvements sporadiques d’ouvriers sans travail.
Les traits spécifiques du Nord
De multiples retours sur la scène publique
14Si le mouvement parisien est celui qui revêt le plus d’ampleur et est le plus à même d’exercer une pression sur les dirigeants politiques nationaux, des revendications d’ouvriers sans travail se manifestent également en province et notamment dans le Nord. En effet, il semble qu’après que la nouvelle des événements du 9 mars fut connue, les militants ouvriers du Nord n’aient pas voulu demeurer en marge de l’élan amorcé à Paris et aient même tenté d’organiser dans l’agglomération lilloise une mobilisation des ouvriers privés d’emploi.
15Ainsi, le 18 mars 1883, un meeting d’ouvriers sans travail est organisé à Roubaix sous l’égide des anarchistes du lieu, mais aussi des collectivistes du parti ouvrier, ce qui montre, à cette occasion, et contrairement à l’exemple parisien, une certaine union des forces ouvrières roubaisiennes. Deux nouvelles manifestations se tiennent le 20 mars à Roubaix et à Wattrelos, mais, si quelques arrestations ont lieu, les défilés demeurent assez peu imposants, ce qui peut s’expliquer facilement par l’effet dissuasif de la répression qui avait succédé aux journées des 9 et 11 mars dans la capitale.22 Le mouvement ne parvient donc pas à s’épanouir pleinement et, jusqu’à la fin du siècle, il ne connaît que des recrudescences fort passagères, comme en avril 1886 où, suite à une montée de l’agitation anarchiste, Roubaix, Tourcoing et Armentières sont occupées par les troupes.23
16À cette occasion, la presse locale met surtout l’accent sur des menées dirigées par des groupes d’anarchistes belges qui tenteraient de canaliser pour leur compte le désespoir des sans-travail. L’Écho du Nord relève ainsi qu’à Armentières, le 1er avril, suite à la propagande organisée clandestinement par un certain nombre d’anarchistes belges, « une centaine d’ouvriers sans travail et surtout de désœuvrés de profession se sont réunis sur la place »24 où ils ont été rapidement dispersés par les gendarmes à cheval et les agents de police venus en renfort dans la ville. Le lendemain, si l’ambiance reste pesante alors que de nombreux groupes de sans-travail errent dans les rues, il n’y a aucun heurt, puisque « les anarchistes belges s’abstiennent de sortir car ils craignent une expulsion qui ne se ferait pas attendre. »25
17Quelques jours plus tard, c’est à Roubaix et Tourcoing que l’on craint à nouveau une agitation anarchiste qui serait, nous dit-on, une récupération politique pure et simple de la détresse des sans-travail. Ainsi, la Gazette d’Armentières signale que, suite à un rassemblement de désœuvrés le 20 avril sur la Grand-place de Roubaix, « on avait l’intention de faire la guerre aux établissements industriels en général », précisant que « si l’on se demande ce que la destruction des usines et des fabriques pourrait rapporter aux révolutionnaires, la réponse est facile. En privant des centaines de mille ouvriers de tout travail et par conséquent de toute ressource, on comptait les amener à demander au vol et au pillage les moyens de vivre que le travail ne leur donnerait plus. »26 Le journal, en insistant sur le danger anarchiste, ne fait toutefois nullement état de la situation effective déjà quotidiennement vécue par les sans-travail. Aucun trouble conséquent n’eut d’ailleurs lieu, ni à Roubaix, ni à Tourcoing.
18En mars 1895 à Lille, les revendications des ouvriers sans travail sont par contre fortement mobilisatrices puisque, le 27 mars, ce sont environ 2000 manifestants qui défilent pacifiquement dans les rues pour réclamer le droit de « vivre en travaillant. »27 Il faut cependant attendre l’année 1900 pour voir se constituer un réel mouvement d’ouvriers sans travail dans le département. Celui-ci se limite, sans parvenir à s’étendre, à la commune de Roubaix où, durant l’été, les ouvriers doivent affronter une très grave crise économique qui provoque un chômage intense.
19La ville compte en effet, en août 1900, environ 12 000 chômeurs complets, y compris les gens sans aveu d’ordinaire inoccupés.28 L’industrie de la laine notamment était déjà en souffrance depuis quelques années, ce qui avait fourni aux anarchistes roubaisiens l’occasion de mener une agitation contre les membres du parti collectiviste qui dirigent la commune depuis 1892. Ainsi, les militants anarchistes tentent de récupérer à leur profit la désillusion d’ouvriers sans travail qui avaient fondé beaucoup d’espoirs dans la gestion socialiste de la commune et, un de leurs journaux, Le Père Peinard, peut affirmer : « A Roubaix (…) la mistoufle bat son plein, ce qui prouve que la conquête des municipalités est une belle couillonnade, qu’en dehors de la belle aisance qu’elle procure aux conquérants de l’hôtel de ville, il n’y a que du vent pour le peuple. »29
20En fait, la municipalité fait tout son possible pour lutter contre les effets désastreux de la crise. Le 13 février 1897, lors d’une réunion publique de sans-travail, le maire de Roubaix, Henri Carette, leur déclare cependant qu’après avoir voté un crédit exceptionnel de 20 000 francs pour le bureau de bienfaisance, « la municipalité ne peut rien de plus pour eux. »30 Il se fait alors huer et 200 ouvriers sans travail manifestent dans les rues de la ville aux cris de « vive l’anarchie. » Il semble donc bien qu’à Roubaix, l’agitation soit essentiellement politique et initiée alors par les meneurs anarchistes. Cette situation n’a rien de réellement surprenant car les anarchistes trouvent naturellement parmi les sans-travail une masse prompte à accueillir leur discours. C’est pourquoi Michelle Perrot admet que « persuadés que la misère est porteuse de révolte et la crise de rébellion, ils ont tenté de transformer les chômeurs en révolutionnaires, de muer la sollicitation humiliante en fière exigence »31, ce que vient confirmer un article du journal Le libertaire du 3 juin 1897 : « Quoi que l’on dise et quoi que l’on fasse, notre ultime espoir à nous les rageurs, les impatients, les révolutionnaires, c’est la masse noire, la masse des sans-travail et des affamés qui doit servir de point de départ aux revendications anarchistes. »32 N’étant parvenus à rallier à leur cause une classe ouvrière qui a, à plusieurs reprises dans le Nord, manifesté son attachement au P.O.F., les anarchistes roubaisiens vont essayer de s’attacher ceux parmi les ouvriers qui souffrent le plus, c’est-à-dire les sans-travail.
Le mouvement des sans-travail roubaisiens de l’année 1900
21L’accentuation de la crise à partir de l’été 1900 va amener la question du sous-emploi au premier plan de l’activité politique locale. Une fois encore, la municipalité tente, dans toute la mesure de ses moyens, de secourir au mieux les ouvriers privés de travail. Dès le début du mois d’août, elle annonce l’ouverture anticipée de fourneaux économiques et la distribution gratuite de vivres grâce à un crédit de 40 000 francs voté par le conseil municipal.33 Cependant, l’agitation se développe parmi les sans-travail qui recommencent à défiler dans les rues. Le parti ouvrier, qui souhaite éviter tout débordement dans une commune qu’il dirige, essaie au départ de contrôler, pour le modérer, le mouvement de protestation. Le maire prend ainsi l’initiative d’organiser, le 17 août, au théâtre Couvreur, une conférence sur le thème de la crise et du sous-emploi, qui réunit environ 1400 personnes dont plusieurs centaines de sans-travail.34 Il s’y efforce, en compagnie d’Achille Lepers, adjoint au maire et conseiller général, « de dégager la responsabilité de la municipalité et du parti ouvrier au sujet de la crise qui sévit, en accusant le système capitaliste.»35
22Mais ce discours temporisateur est dans l’ensemble assez mal accueilli, et la présence dans la salle d’une vingtaine de militants anarchistes de Roubaix et Tourcoing ne va pas lui faciliter la tâche. L’un d’entre eux, Charles Dhooghe, prend la parole pour appeler à « une grève générale d’abord, un 4 septembre ensuite. »36 Il engage également les sans-travail à refuser les secours, qui ne sont que des « palliatifs » et ne tiennent pas compte de l’origine du problème. Ses arguments parviennent à convaincre les ouvriers sans travail présents, lesquels sont lassés « de l’attentisme éternel auquel semblent vouloir les contraindre les guesdistes. »37 Dès lors, le mouvement semble échapper au parti ouvrier, ce que regrettera amèrement le secrétaire général de la section roubaisienne du P.O.F., Henri Lefebvre, qui avait déjà constaté quelques jours plus tôt que « les collectivistes abandonnent la direction d’un puissant mouvement de sans-travail aux anarchistes, qui orientent le mécontentement général contre le P.O.F. et la municipalité apparemment débordés. »38 Il peut être d’autant plus inquiet qu’au moins sur cette question des sans-travail, une scission semble se dessiner au sein du parti ouvrier roubaisien dont l’un des membres, Hélynck, ancien conseiller municipal qui a pris la tête d’un groupe de sans-travail, se démarque du guesdisme pour se rapprocher du mouvement anarchiste.
23En effet, les relations entre l’assemblée des sans-travail roubaisiens et les représentants municipaux, voire, à travers eux, l’ensemble du parti guesdiste, s’avèrent, au moins jusqu’à la deuxième quinzaine du mois de septembre, assez conflictuelles. Ainsi, le 21 août, une affiche préconisant pour tous les chômeurs une suspension du paiement des loyers, et signée par l’assemblée des sans-travail, est apposée sur les murs de la ville. Elle affirme que « tant qu’il y aura chômage à l’atelier, il y aura chômage des loyers. »39 La réaction des guesdistes ne se fait guère attendre et, dès le lendemain, dans leur journal Le Réveil du Nord, ils condamnent fermement cet appel qui veut pousser les miséreux aux pires excès.40 Le parti ouvrier tente donc d’appeler au calme et à la patience, alors que le comité des sans-travail manœuvre pour susciter la révolte, et ces « querelles internes des socialistes ont tendance à masquer le vrai problème de la situation des chômeurs de Roubaix. »41 Une fois de plus, on constate que les controverses politiques l’emportent sur l’urgence sociale. C’est l’ensemble de ces rivalités politiques qui mine à Roubaix le combat pour le travail. Pendant que les dirigeants se complaisent en palabres et en polémiques, les sans-travail, eux, souffrent de la misère. C’est ce qui explique que bon nombre d’entre eux seront contraints, malgré leur détermination, lors du meeting du 17 août, d’accepter les secours que leur offre la municipalité, rejoignant ainsi le « camp » des collectivistes.42
24Alors que les effectifs de l’assemblée des sans-travail diminuent rapidement, puisque si elle est encore capable de réunir 350 ouvriers le 19 août,43 elle en rassemble à peine 150 le 6 septembre,44 on observe un rapprochement avec l’autorité municipale d’une partie de ses membres emmenés par Olivier Branquart. Ce dernier, cabaretier, ancien adjoint au maire de Roubaix, avait fait partie de ces dissidents du parti ouvrier qui, avec Hélynck, avaient pris en charge le mouvement des sans-travail. C’est un personnage pour le moins ambigu et Claude Willard a raison de le définir comme un individu douteux,45 puisqu’en août 1896, il avait offert ses services au ministre de l’Intérieur pour être agent secret.46 En 1900, il est encore présenté comme quelqu’un qui « se dit révolutionnaire, mais n’est pas dangereux, ses facultés intellectuelles étant fort affaiblies (il a déjà été interné deux fois). »47 Il semble cependant qu’il ait été l’un des premiers à prendre conscience de la nécessité de resserrer les liens entre le mouvement des ouvriers sans travail et le pouvoir municipal, sans lequelle l’action engagée était fatalement vouée à l’échec.
25Ces velléités de rapprochement s’expriment clairement à la lecture du journal Le Sans-travail, qu’il prend l’initiative de créer, et dont le premier, et peut-être unique numéro, paraît le 23 septembre 1900 (document 3). Ce journal adopte la forme d’un hebdomadaire de quatre pages et, se présentant comme un « organe des Transformateurs », se veut « Journal populaire, humanitaire, moraliste, philosophique, idéologique et de sciences sociales. » Vendu au prix de cinq centimes le numéro, ses ressources proviendraient de quêtes et de listes de souscription circulant dans les estaminets et destinées initialement à favoriser une marche des sans-travail roubaisiens vers Paris.48 Concernant son tirage, nos informations sont imprécises, le commissaire de police de Roubaix annonçant le 22 septembre que « le 1er numéro aurait été tiré à 4000 exemplaires »49, puis deux jours plus tard, qu’il a été tiré « plus d’un millier d’exemplaires dont la plupart sont restés invendus. »50 Olivier Branquart assume la fonction de rédacteur en chef, mais laisse officiellement la direction à l’un de ses collègues de l’assemblée des sans-travail, Henri Delplanque.
26Il est clair que Le Sans-travail n’est en rien hostile au parti guesdiste. Dès la première page y figure un article relatant une conférence donnée récemment au local de la coopérative « La Paix » par Jules Guesde en personne. Le fait que le leader du parti ouvrier ait débuté sa harangue en abordant le problème des sans-travail semble très apprécié car, à l’évidence, Guesde montre par-là l’intérêt particulier qu’il porte à cette question sur laquelle il a déjà eu à se pencher. La personnalité même de Jules Guesde, « l’infatigable militant », est appréciée par le journal qui n’hésite pas à imprimer : « au risque de déplaire à une partie de nos lecteurs [qui] oublierait la reconnaissance qu’on doit toujours au dévouement, il nous appartient de rendre grandement justice à la sincérité de Jules Guesde, à son courage et à sa persévérante propagande, ainsi qu’à son talent oratoire et à son intelligence incontestablement supérieure. »51
Document 3 : A.D.N. : M 616-13, la Une du premier numéro du journal « Le sans-travail »

27Conscient de trouver parmi ses lecteurs quelques opposants socialistes à l’orthodoxie guesdiste ou des partisans d’un anarchisme puritain, le journal affiche donc d’emblée une ligne politique assez éloignée de celle qui fut, quelques semaines plus tôt, adoptée par l’assemblée des sans-travail roubaisiens. Il ne prêche pas pour la doctrine anarchiste et, plutôt qu’un problème de stratégie politique, il voit dans les causes du sous-emploi un dysfonctionnement du système économique contre lequel il réclame des mesures immédiates. De façon classique, c’est donc l’utilisation abusive des machines qu’il incrimine, puisque « ce sont les machines qui sont cause de cet état de chose et qu’au lieu de vouloir les supprimer, l’intérêt capitaliste commande qu’on les perfectionne de plus en plus, de façon qu’on puisse toujours diminuer les frais généraux par le renvoi des ouvriers remplacés à l’usine par ces machines. »52 Comme l’affirme Jean Polet, « cette analyse n’est nullement anarchiste »53 et elle rejoint même entièrement celle de Jules Guesde car « depuis longtemps, il avait démontré que le machinisme amènerait cette fatalité au profit du capitalisme. »54 En outre, en reprenant le discours de Guesde sur la nécessité « de continuer la lutte des classes par l’organisation du prolétariat, afin de conquérir par le bulletin de vote tous les pouvoirs publics »55, les rédacteurs du journal marquent de façon très nette leur rupture avec la tentation anarchiste.
28D’une manière peut-être plus édifiante encore qu’à travers les lignes d’un journal qui n’a probablement pas même été lu par les 150 à 200 adhérents que peut encore compter le groupe des sans-travail de Roubaix,56 le resserrement des liens avec le P.O.F. est perceptible à travers la défense de l’autorité municipale que prend dorénavant l’assemblée des sans-travail. En effet, le 24 septembre 1900, Henri Delplanque, au nom de l’assemblée des sans-travail, fait placarder sur les murs de la ville une affiche qui témoigne des bons rapports qu’entretiennent la ville et tout au moins une partie des ouvriers sans travail : « Habitants de Roubaix, une affiche critiquant l’administration municipale a été apposée hier en ville et signée : un groupe de sans-travail. Nous tenons à protester contre cette manœuvre dont on devine la source capitaliste et réactionnaire, qui tend à servir les rancunes politiques au détriment de la cause des ouvriers sans travail. Nous n’avons pas à nous plaindre de l’administration municipale qui a fait tout ce qui lui était légalement possible pour nous secourir et qui a fait à notre égard tout son devoir. »57 Dans son rapport, le commissaire de police de Roubaix va même au-delà du simple constat d’une amélioration des relations entre les sans-travail de la ville et le P.O.F., puisqu’il ajoute « qu’une copie manuscrite de cette affiche était en même temps envoyée au comité exécutif du parti ouvrier par les soins de cinq délégués des chômeurs, ce qui tendrait à faire croire que les collectivistes sont parvenus à imposer leur direction. »58 Sans immédiatement en tirer la même conclusion, nous nous devons cependant de considérer que ce sont bien les orientations du parti guesdiste qui prédominent au sein du groupe des sans-travail qui adhère aux positions défendues par Le Sans-travail et donc par Olivier Branquart.
29Toutefois, ce n’est qu’un peu plus tard que, vraisemblablement poussé par la misère croissante des chômeurs, ce groupe renonce à toute forme d’agitation politique, se condamnant de fait, consciemment ou inconsciemment, à disparaître à plus ou moins brève échéance. Branquart, ayant pu constater l’inefficacité du mouvement des sans-travail de Roubaix, semble s’y être résigné lorsque, le 8 octobre, une réunion d’une vingtaine d’ouvriers sans-travail se tient à son estaminet, à l’initiative d’un peigneur sans travail, Eugène Morlighem. Celui-ci commence par formuler le souhait que soit formé « un comité qui demanderait des secours au gouvernement, au préfet, au maire et au procureur de la République. » Puis il poursuit « en disant qu’il serait sage de ne plus faire comme Branquart, c’est-à-dire qu’il fallait laisser la politique de côté, ne plus parler de la révolution mais simplement solliciter des secours. » Le rapport de police sur cette réunion s’achève sur le constat que « Branquart a adhéré à ces diverses propositions et il a été décidé, de l’avis de tous, qu’elles seraient communiquées aux journaux. »59
30L’action engagée par Olivier Branquart apparaît donc primordiale dans l’évolution du mouvement des sans-travail roubaisiens. Il fut de toute évidence, comme en témoigne le premier numéro du Sans-travail, l’artisan d’une réconciliation avec le parti ouvrier et la municipalité. Son engagement peut toutefois donner lieu à des interprétations fort différentes. A-t-il été manipulé ? Avait-il dès l’origine l’intention de désorganiser le mouvement pour mettre un terme à d’éventuels troubles anarchistes ? Il nous est impossible de le savoir. Toutefois, il nous semble plus raisonnable de penser que c’est une appréciation réfléchie de la situation qui l’a conduit à réorienter le mouvement des sans-travail dans le cadre de l’urgence à laquelle il était confrontée, car « il est certain qu’il est impossible à ceux qui ont faim aujourd’hui d’attendre à demain pour manger. »60 Il apparaît d’ailleurs que ce choix fut couronné de succès car, par la suite, la municipalité multiplia les initiatives visant à favoriser les secours aux sans travail.61
31Cependant, la position de Branquart n’était pas acceptée par tous les membres de l’assemblée des sans-travail de Roubaix. Quelques-uns, sans doute une minorité, s’en étaient détachés pour suivre Hélynck qui continuait à refuser toute compromission avec le pouvoir municipal. À l’origine de ce désaccord, il semblerait toutefois que l’on trouve essentiellement des rivalités entre personnes, qui tiennent à l’utilisation des ressources financières du mouvement, plus qu’une rivalité politique clairement établie. Rappelons que le financement du premier numéro du Sans-travail avait été assuré par le résultat d’une quête réalisée en faveur d’une marche des sans-travail de Roubaix vers Paris où ils doivent essayer de se faire embaucher pour les travaux de démolition des bâtiments de l’exposition universelle.62 Ce détournement du fonds récolté d’environ 300 francs, pour l’utiliser dans une action pour laquelle il n’était pas primitivement destiné, aurait semble-t-il suscité une profonde indignation chez une partie des sans-travail et, le 3 octobre, le commissaire de Roubaix peut écrire que, « Olivier Branquart ayant employé cette somme à la création de son journal, une scission s’est produite et les sans-travail forment aujourd’hui deux groupes : le groupe Branquart et le groupe Hélynck, c’est ce dernier qui, jaloux des lauriers du premier, organise l’exode vers Paris. »63 Et, en effet, la rupture semble à cette époque définitivement consommée puisque, dans un tract qu’ils distribuent en ville, les organisateurs de la marche vers Paris lancent un appel à la solidarité en indiquant que « les membres de la commission passeront chez vous pour recevoir votre obole, si toutefois vous voulez nous aider », mais surtout, ils terminent en précisant bien : « Nous n’avons rien de commun avec ceux de l’assemblée des sans-travail. »64 Ce groupe va constituer le dernier noyau d’ouvriers sans travail refusant de se soumettre aux nécessités de la misère et d’accepter la tutelle idéologique ou administrative de la mairie.
Vers une première marche de sans-travail65
32Cette situation de retrait vis-à-vis de l’autorité municipale ne va d’ailleurs pas faciliter les relations avec l’ensemble des pouvoirs publics. Le commissaire central de police de Roubaix affirme ainsi que : « il n’y a pas lieu (…) de faciliter cette excursion d’une manière quelconque, la municipalité de Roubaix d’ailleurs s’en désintéresse complètement et ne leur a alloué aucun subside. »66 L’organisation de la marche s’avère en conséquence particulièrement difficile, les sans-travail devant contourner comme ils le peuvent le double obstacle du financement et de l’autorisation de manifester sur la voie publique qui risque pour eux, si elle n’est pas obtenue, et s’ils maintiennent leur projet, d’entraîner une confrontation avec les forces de police. Et de fait, ces difficultés se présentent, contraignant le groupe à restreindre ses prétentions concernant le nombre de marcheurs à envoyer vers Paris, qui passe, par défections ou faute de moyens, de trente, à vingt, puis à quatorze le jour du départ, fixé le dimanche 7 octobre. Il est d’ailleurs à signaler, ce qui accrédite la thèse d’un mouvement aux intentions plus politiques que sociales, que tous ne sont pas à proprement parler des sans-travail. Si l’on trouve effectivement parmi ce groupe des fileurs ou tisseurs qui, du fait de la crise, ont perdu leur travail, on y recense également quelques cabaretiers comme Hélynck, qui ne peuvent apparaître que bien indirectement comme des victimes du manque de travail dans la mesure où il entraîne une récession des affaires dans leurs estaminets.
33Le parcours doit s’effectuer en huit étapes et des haltes sont prévues pour la nuit dans les villes de Carvin, Arras, Doullens, Amiens, Breteuil, Beauvais, Amblainville et Argenteuil. Si nous savons que des courriers ont été envoyés aux maires de chacune de ces communes par la commission des sans-travail pour leur signaler le passage des marcheurs, nous ne disposons par contre d’aucune information sur le mode d’hébergement prévu, ni sur les relais éventuels dont ils pouvaient disposer dans ces villes. Sur le plan légal, l’absence d’autorisation préfectorale ne semble pas être parvenue à intimider le groupe des quatorze sans-travail qui, le jour dit, se met en marche, étroitement surveillé cependant par la police, dont un rapport signale : « ce matin à huit heures et quart, le groupe Hélynck des sans-travail, au nombre de quatorze, coiffés de bérets bleus, porteurs d’un havresac, d’une musette, de guêtres et d’une canne de touriste est parti de la salle de La Paix, boulevard de Belfort, pour se rendre à Paris, à pied en huit étapes. (…) Six trompettes de la fanfare de La Paix qui doivent les accompagner jusqu’à Hem marchaient en tête du groupe ; derrière suivait une voiture de boulanger transformée en voiture d’ambulance sur laquelle on avait écrit à la craie En route pour Paris et sur le côté Ambulance sur une bande de toile blanche. (…) Au premier rang marchaient Hélynck et Meurant, porteurs d’un brassard d’infirmerie. Une centaine de curieux parmi lesquels se trouvait Monsieur Morel, conseiller municipal, les ont suivi jusqu’à Hem. (…) En arrivant à la limite de Roubaix, ils ont chanté en marchant le refrain suivant : Ah Prolétaires ! coiffons-nous du bonnet phrygien ; Plus de frontières et marchons main dans la main…. (…) Le Sieur Hélynck a décidé de faire suivre le groupe d’une voiture d’ambulance pour transporter les blessés au cas où ils auraient à se défendre contre la gendarmerie ou la police. »67 Il est clair que tous les éléments fournis par ce rapport démontrent que le but des marcheurs était avant tout d’attirer l’attention des populations, tant l’appui d’une fanfare, que leurs chants, leur accoutrement à l’identique ou la présence d’une charrette grimée en voiture d’ambulance, ce qui donne sans doute au cortège l’aspect d’une procession carnavalesque. En fait, le risque d’une confrontation violente avec les forces de l’ordre était mineur et l’ambulance semble surtout trouver sa raison d’être dans la possibilité plus grande de fatigue ou de problèmes physiques pour des marcheurs qui doivent endurer chaque jour une marche de trente à quarante kilomètres dans des conditions climatiques qui risquent fort, eu égard à la saison, de ne pas toujours leur être favorables.
34Le commissaire central de Roubaix adopte volontiers un point de vue selon lequel la recherche de travail n’aurait que peu de place dans les intentions des participants à cet exode, qui souhaiteraient en réalité « faire un voyage dans la capitale aux frais des souscripteurs qui ont pris leur projet au sérieux. »68 Cependant, la perspective d’une marche forcée qui est celle de ce groupe nous semble assez peu compatible avec cette interprétation. Il nous semble au contraire que, sans nécessairement envisager une perspective d’embauche pour eux-mêmes, ces marcheurs ont du moins véritablement souhaité mettre en avant la question du sous-emploi et la détresse des sans-travail. Refusant d’abdiquer leur liberté d’action en faveur du régime municipal et du puissant P.O.F., la tentation est également grande de voir dans le groupe de Hélynck des agents d’un anarchisme intransigeant. Toutefois, la situation ne nous paraît pas si simple, ne serait-ce qu’en considération de leur chant de route qui, par la référence au bonnet phrygien, marque clairement un attachement à la Révolution française, mais surtout aux premiers principes de la République. Il s’agit donc sans doute plus certainement de dissidents socialistes irréconciliables avec le guesdisme, que d’ouvriers anarchistes. Les archives restent malheureusement silencieuses sur la suite de leur périple et l’on ne sait s’ils arrivèrent à Paris alors que le défi semblait fort difficile à relever. Après plusieurs mois d’agitation, le mouvement des sans-travail roubaisiens s’est définitivement éteint.69
35L’organisation d’un mouvement autonome d’ouvriers sans-travail pose, de même que la construction du syndicalisme, la question des liens qui peuvent exister entre de telles coalitions et les formations politiques. En effet, si le problème du sous-emploi n’est, à l’origine, nullement politique, mais purement économique et social, la condition des sans-travail elle, devient peu à peu, avec l’affirmation du statut de salarié et la disparition progressive des activités de substitution au travail saisonnier, un réel problème politique qui relève tant de la sécurité publique que d’un devoir d’assistance. On assiste donc à des tentatives de récupération de mouvements initiés au départ sans intermédiaires par les ouvriers sans travail et tournés uniquement vers une demande sociale. Dans ce cadre interviennent des rivalités entre les diverses tendances socialistes et notamment, dans le Nord, entre anarchistes et collectivistes de type guesdiste. Ce rattachement à des causes politiques a, dans une trop large mesure, contribué à dénaturer les mouvements engagés, au point parfois d’oublier la cause des sans-travail. Cependant, bien qu’incontestablement soumis à ces influences, il semble qu’au-delà du combat politique, l’aspect social soit constamment parvenu à reconquérir ses droits au sein des organisations d’ouvriers sans-travail.
36Ce n’est pas en définitive d’une remise en cause du régime ou d’un quelconque système politique dont se préoccupent les sans-travail, mais d’une simple amélioration de leur sort quotidien pour le rendre plus supportable. Aussi, l’une des constantes que l’on retrouve indéfectiblement, à quelque niveau que ce soit, dans les mouvements de sans-travail est un attachement sans faille à la République, même si celle-ci est susceptible d’être aménagée, et ce, malgré l’interprétation qui en a souvent été faite à l’époque. Lors de son procès, le menuisier Tortelier ne dira rien d’autre : « nous n’avons qu’un désir : travailler. Nous voulons que la République soit la République des travailleurs. »70 Leurs revendications ne sont, en ce sens, pas sensiblement différentes de celles des révolutionnaires de février 1848. Ce qu’ils réclament, c’est avant tout le droit au travail. Ainsi, en 1883 à Roubaix, Poulain, un tisseur qui sera condamné à quatre mois de prison pour avoir crié « Vive la révolution sociale ! » expliquera au cours de son procès que son cri ne signifiait rien d’autre que « Vivre en travaillant. »71
37Dans le Nord, les mouvements engagés n’ont pas d’autre ambition. Néanmoins, ils interviennent dans un contexte assez particulier en France, sur des terres de forte implantation du courant guesdiste, autour de Lille. Éclatant une première fois après les événements parisiens de mars 1883, leur destin est étouffé par la répression policière. Ils ne réapparaissent alors qu’épisodiquement avant qu’à la faveur d’une crise textile très dure72, un mouvement plus tenace ne se dessine à Roubaix en 1900. Le cas est particulièrement intéressant car il se présente dans une commune qui apparaît comme le berceau du guesdisme municipal73 et qui est gérée depuis huit ans par les guesdistes. La ville joue en effet le rôle de centre d’impulsion du collectivisme dans le département et a un peu une valeur de symbole. Ainsi, si des mouvements d’ouvriers sans-travail émergent dans d’autres villes comme Armentières, Tourcoing ou Lille pourtant également conquise par le P.O.F. en 1896, ils ne parviennent pas à s’épanouir et tournent leurs regards vers Roubaix.74
38Très vite, Carrette comprend que sa position lui impose d’intervenir. Il en va de la crédibilité politique du parti ouvrier qu’il représente, alors que, nous l’avons vu, les mairies apparaissent comme les interlocuteurs privilégiés pour les sans-travail. Cependant, il se heurte de front à plusieurs difficultés. Tout d’abord, l’impossibilité pour les finances municipales d’assumer seules tout le poids de la crise et ensuite une opposition politique qui, formée d’anarchistes, mais aussi d’opposants au guesdisme municipal, tente d’entraîner derrière elle la masse des sans-travail. Les anarchistes sont en effet au départ très impliqués dans la création d’une assemblée des sans-travail roubaisiens, par l’intermédiaire du militant Charles Dhooghe. Toutefois, leur influence décroît rapidement au profit de deux dissidents guesdistes, Hélynck et Branquart, ayant déjà tous deux occupé des fonctions au sein du conseil municipal et qui, s’ils ne sont pas exempts d’une certaine sensibilité libertaire, ne sont pas pour autant des anarchistes. Le « ralliement », peut-être quelque peu réticent de Branquart à la politique municipale, comme l’action engagée par Hélynck, nous montrent que tous deux, en s’orientant vers des stratégies différentes, ont néanmoins fait le choix de privilégier un réel engagement pour les ouvriers sans travail et non pas des motivations purement politiques s’appuyant sur la misère des chômeurs.
39Les mouvements de sans-travail qui apparaissent entre 1880 et 1914 en France comme dans le Nord ne peuvent donc être assimilés, malgré les multiples sollicitations dont ils ont fait l’objet, à des mouvements d’agitation politique. D’ailleurs, ils sont isolés et, comme l’affirme Michelle Perrot, « par leur faible amplitude, ils n’étaient de nature à susciter ni une grande espérance, ni une grande peur. »75 Ils sont l’expression d’un malaise, mais sans doute aussi d’un espoir d’une partie des masses prolétariennes, et doivent être interprétés comme un appel, ou un rappel, à la bienveillance et aux valeurs de la République.
40Avec la concentration industrielle qui affecte de manière douloureuse le département du Nord, le sous-emploi, qui ne trouve plus dans les habitudes ouvrières de moyen d’être contourné, s’impose comme un problème essentiel contre lequel les ouvriers ne peuvent lutter que, dans une large mesure, en s’appuyant sur eux-mêmes. Avant d’engager des revendications propres aux sans-travail, c’est donc en premier lieu au sein des grandes manufactures industrielles que les ouvriers s’attachent à exiger la préservation de leur travail et de leur salaire.
41D’emblée, et encore inorganisés, ils se retournent vers ce qu’ils considèrent comme deux des causes les plus évidentes du sous-emploi. La première est évidemment l’introduction de machines qui contribue, dans un premier temps, à la perte d’une certaine autonomie ouvrière, puis qui entre en rivalité avec le travail de l’ouvrier en permettant de limiter au maximum la main-d’œuvre. Toutefois, sur ce point, l’opposition ouvrière garde, la plupart du temps, un caractère légaliste, adoptant la forme de pétitions ou de grèves, alors que le luddisme reste un mode d’action exceptionnel auquel les ouvriers n’ont recours qu’en cas de crise particulièrement grave. La seconde cause apparente du sous-emploi semble être pour les ouvriers français la présence de travailleurs étrangers qui, en acceptant des salaires extrêmement bas, leur font une « concurrence déloyale. » Dans le Nord, comme partout où se situe un fort contingent d’ouvriers étrangers, on assiste donc régulièrement à des scènes d’émeutes qui, en l’occurrence, prennent pour cible des travailleurs belges. Cependant, on constate ici que tous ne sont pas logés à la même enseigne et que, si le travailleur résident habituellement employé en France était bien accepté, il n’en va pas de même du travailleur frontalier auquel les patrons français n’hésitent pas à avoir recours pour réduire leurs frais de main-d’œuvre ou contrer une grève. La présence d’une frontière étendue a permis cette distinction. C’est donc essentiellement parce qu’ils viennent se substituer aux travailleurs français que les ouvriers étrangers sont rejetés.
42Mais l’opposition ouvrière au sous-emploi ne peut également être détachée de l’émergence d’un mouvement syndical qui vient contester la toute puissance patronale. Ainsi, dans un cadre défensif, transparaît derrière la plupart des luttes syndicales la crainte de voir le travail se réduire et entraîner par là une diminution des ressources ouvrières. En outre, le syndicalisme sait que, pour qu’il puisse se développer, il faut que l’ouvrier ne soit plus soumis à la peur constante de perdre son travail. C’est pourquoi son action doit également être orientée vers l’obtention d’une situation idéale de « plein travail » pour l’ensemble des ouvriers, voire même de manque de bras, afin de pouvoir faire mieux entendre les revendications ouvrières. C’est l’un des sens du combat pour la journée de huit heures. Cependant, le syndicalisme se heurte à des insuffisances dont il ne parvient que difficilement à se libérer, comme son incapacité durant longtemps à opérer une fusion entre les courants collectivistes, réformistes ou anarchistes.
43Le syndicalisme a donc ses limites et, s’il peut lutter contre le sous-emploi au sein des usines, il ne lui appartient pas outre mesure de prendre en charge les doléances des sans-travail. C’est pourquoi les mouvements d’ouvriers sans-travail se développent en règle générale en dehors de l’action syndicale. Les tentatives de récupération de ces mouvements à des fins politiques n’ont pas manqué, mais leur action est restée fondamentalement réformiste, ne pouvant d’ailleurs, par son ampleur limitée, avoir d’autres prétentions. Néanmoins cette agitation a au moins l’avantage de susciter certaines inquiétudes et d’interpeller les pouvoirs politiques.
44Initialement instrument de pression, le sous-emploi, en débordant parfois jusque dans la rue, impose au fil des années la question du travail comme un thème politique majeur qui, alors que les masses prolétariennes sont devenues des masses électorales, oblige les élus de tous bords à s’y attarder, et ne va pas sans engager parfois jusqu’à la stabilité du régime.
Notes de bas de page
1 Michelle Perrot, Les ouvriers en grève, France, 1871-1890, op. cit., p. 161.
2 Michelle Perrot, « Les classes populaires urbaines », in Fernand Braudel et Ernest Labrousse (dir.), Histoire économique et sociale de la France, t. 4, op. cit., p. 486.
3 id.
4 Michelle Perrot, Les ouvriers en grève, France, 1871-1890, op. cit., p. 161.
5 Michelle Perrot, « Les classes populaires urbaines », in Fernand Braudel et Ernest Labrousse (dir.), Histoire économique et sociale de la France, t. 4, op. cit., p. 486.
6 Éric Lecerf, op. cit., p. 93.
7 id., p. 95 et note 13, p. 109.
8 id., p. 95.
9 id., p. 96.
10 id., note 32, p. 110.
11 Voir Jean Maitron, Histoire du mouvement anarchiste en France 1880-1914, Paris : Société universitaire d’éditions et de librairie, 1951, 744 p., p. 162.
12 Pour une analyse détaillée sur le mouvement des sans-travail parisiens du 9 mars 1883, on se référera essentiellement à Éric Lecerf, op. cit., p. 94 à 108. On consultera également Jean Maitron, op. cit., p. 161 à 164.
13 Éric Lecerf, op. cit., p. 101.
14 id., p. 97.
15 Éric Lecerf, op. cit., p. 111, note 44, signale qu’un ouvrier boulanger fut condamné à six jours de prison pour avoir porté un fez rouge.
16 Dans un article paru dans le journal Le Révolté, daté du 17 mars 1883. Cité par Éric Lecerf, op. cit., p. 106.
17 Éric Lecerf, op. cit., note 56, p. 112.
18 id., p. 104-105.
19 Claude Nicolet, L’idée républicaine en France, Paris : Gallimard, 1982, réédition coll. « Tel », 1994, 532 p., p. 178.
20 Éric Lecerf, op. cit., p. 116-117.
21 Voir L’Echo du Nord, n° du 20 mars 1883. Voir également Éric Lecerf, op. cit., p. 118.
22 Voir L’Echo du Nord, n° du 22 mars 1883. Voir également Éric Lecerf, op. cit., p. 115 et 127.
23 D’après le journal Le Temps du 22 avril 1886, cité par Michelle Perrot, Les ouvriers en grève, France, 1871-1890, op. cit., p. 163.
24 L’Echo du Nord, n° du 3 avril 1886.
25 id., n° du 4 avril 1886.
26 La Gazette d’Armentières, n° du 22 avril 1886.
27 A.D.N. M 616-14 : Rapport du 27 mars 1895 du commissaire de police de Lille au préfet du Nord.
28 A.D.N. M 616-19 : Rapport du 14 août 1900 du commissaire de police de Roubaix au préfet du Nord. Cité par Robert Pierreuse, La situation économique et sociale à Roubaix et à Tourcoing de 1900 à 1914, Lille 3, thèse d’histoire, 570 p. + annexes, 1972, p. 230.
29 Article « Les sans-turbin », du journal anarchiste Le père peinard, n° 19 du 28 février 1897. Cité par Jean Polet, L’anarchisme dans le département du Nord 1880-1914, Lille 3, D.E.S. d’histoire, 1967, 175 p., p. 90.
30 Jean Polet, op. cit., p. 91.
31 Michelle Perrot, Les ouvriers en grève, France, 1871-1890, op. cit., p. 162.
32 Cité par Jean Polet, op. cit., p. 91.
33 Voir Robert Pierreuse, op. cit., p. 232.
34 A.D.N. M 616-13 : Rapport du 18 août 1900 du commissaire central de police de Roubaix au préfet du Nord.
35 Jean Polet, op. cit., p. 92.
36 A.D.N. M 616-13 : Rapport du 18 août 1900 du commissaire central de police de Roubaix au préfet du Nord.
37 Hervé Merchiers, Anarcho-syndicalisme et syndicalisme révolutionnaire dans le Nord 1892-1914, Lille 3, maîtrise d’histoire, 1979, 190 p., p. 41.
38 Voir Claude Willard, Les guesdistes, op. cit., p. 482.
39 Hervé Merchiers, op. cit., p. 42.
40 id.
41 id., p. 43.
42 Voir Jean Polet, op. cit., p. 94. Voir également Hervé Merchiers, op. cit., p. 44.
43 A.D.N. M 616-13 : Rapport du 19 août 1900 du commissaire spécial de Roubaix au préfet du Nord.
44 Voir Hervé Merchiers, op. cit., p. 44.
45 Voir Claude Willard, Les guesdistes, op. cit., p. 608.
46 Voir A.D.N. M 154-68. Cité par Jean Pollet, op. cit., p. 92.
47 A.D.N. M 616-13 : Rapport du 22 septembre 1900 du commissaire central de police de Roubaix au préfet du Nord.
48 id., rapport du 3 octobre 1900 du commissaire central de police de Roubaix au préfet du Nord.
49 id., rapport du 22 septembre 1900 du commissaire central de police de Roubaix au préfet du Nord.
50 id., rapport du 24 septembre 1900 du commissaire central de police de Roubaix au préfet du Nord.
51 id., journal Le Sans-travail, n° 1 du 23 septembre 1900, article p. 1 : « Le cas des sans-travail et Jules Guesde ».
52 id., article p. 1 : « L’apparition du journal le Sans-travail ».
53 Jean Polet, op. cit., p. 94.
54 A.D.N. M 616-13. Article p.1 : « Le cas des sans-travail et Jules Guesde ».
55 id.
56 A.D.N. M 616-13 : Rapport du 22 septembre 1900 du commissaire central de police de Roubaix au préfet du Nord.
57 id., rapport du 24 septembre 1900 du commissaire central de police de Roubaix au préfet du Nord.
58 id.
59 A.D.N. M 616-13 : Rapport du 8 octobre 1900 du commissaire central de police de Roubaix au préfet du Nord.
60 id., journal Le sans travail, article p. 1 : « L’apparition du journal le sans-travail ».
61 Voir Robert Pierreuse, op. cit., p. 233.
62 Voir A.D.N. M 616-13 : Tract de la commission de la marche des sans-travail roubaisiens vers Paris. Voir également Jean Polet, op. cit., p. 94.
63 A.D.N. M 616-13 : Rapport du 3 octobre 1900 du commissaire central de police de Roubaix au préfet du Nord.
64 id., tract de la commission des sans-travail roubaisiens vers Paris.
65 C’est en novembre 1933 que sera organisée, à l’initiative du parti communiste, une marche d’ampleur des ouvriers sans travail du Nord vers Paris. Voir Marc Leleux, Histoire des sans-travail et des précaires du Nord, Villeneuve d’Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, 2013, 368 p.
66 id., rapport du 4 octobre 1900 du commissaire central de police de Roubaix au préfet du Nord.
67 id., rapport du 7 octobre 1900 du commissaire central de police de Roubaix au préfet du Nord.
68 Voir document 10.
69 Voir Hervé Merchiers, op. cit., p. 46.
70 Cité par Michelle Perrot, Les ouvriers en grève, France, 1871-1890, op. cit., p. 163.
71 Voir le journal Le citoyen et la Bataille, n° du 24 avril 1883, cité par Michelle Perrot, Les ouvriers en grève, France, 1871-1890, op. cit., p. 162 et 164.
72 Voir Yves-Marie Hilaire, Histoire de Roubaix, op. cit., p. 185-187.
73 Jules Guesde avait été député de la circonscription de Roubaix de 1893 à 1898, avant de devoir s’incliner face à l’industriel Eugène Motte. Il récupérera néanmoins son siège en 1906 pour le garder jusqu’en 1919.
74 A.D.N. M 616-13 : Rapport du 19 août 1900 du commissaire spécial de la police des chemins de fer de Roubaix.
75 Michelle Perrot, Les ouvriers en grève, France, 1871-1890, op. cit., p. 164.
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