La critique d’art à Pérouse entre la fin du xviiie siècle et le premier quart du xixe
L’école ombrienne de peinture issue du Pérugin, dans les textes de Annibale Mariotti et de Baldassarre Orsini, du temps des réquistions de Dominique-Vivant Denon
p. 205-229
Texte intégral
1La seconde moitié du xviiie siècle est marquée à Pérouse par un fort regain d’intérêt pour les études et les publications d’histoire de l’art. Une édition nouvelle, mise à jour par les soins de Cesare Orlandi, de l’Iconologie de Cesare Ripa est publiée entre 1764 et 17671 ; elle est rapidement suivie par des opuscules monographiques consacrés par le bolonais Francesco Maria Galassi aux églises de Saint-Pierre (1774)2 et de Saint-Laurent (1776)3, comme par la description de l’église de Saint-Dominique, rédigée en 1778 par Reginaldo Boarini4.
2Ces ouvrages modestes, encore fortement marqués par l’érudition du xviiie siècle dans l’analyse méticuleuse des monuments qu’ils examinent, s’enrichissent toutefois d’une introduction historique approfondie et préparent ainsi la naissance des guides modernes de la ville.
3C’est cependant à l’extrême limite du siècle que l’édition et la critique d’art de Pérouse connaissent un véritable progrès, à la fois en quantité et en qualité5. De ces années date en particulier une querelle littéraire animée entre deux des représentants les plus en vue des milieux culturels de la ville, le peintre, architecte et théoricien Baldassarre Orsini et le médecin Annibale Mariotti. Orsini fut l’auteur, en 1784, du premier guide moderne de Pérouse, qui connut dès sa parution un véritable succès commercial (fig. 1)6 et fit par conséquent l’objet en 1788 d’une réédition en version de poche, mieux connue sous le titre d’Abrégé (fig. 2)7. Mariotti fut un inlassable chercheur d’archives, bibliophile passionné, auteur des Lettere pittoriche perugine (fig. 3), un ouvrage rédigé sur le modèle des lettres fictives de Guglielmo Della Valle, qui fut publié au cours de la même année 1788 avec une dédicace à Orsini ; de son côté, ce dernier entreprit à ce moment-là (1788-1790) une correspondance érudite avec Della Valle et Comolli8.
4Un peu plus d’un demi siècle sépare la reconstruction historique de Mariotti et la lecture critique plus personnelle d’Orsini des travaux, directement issus de Vasari, de Lione Pascoli, auteur, en 1732, des Vite de’ pittori, scultori ed architetti perugini (un ouvrage que Bruno Toscano eut l’occasion de définir en tant qu’« exercice laborieux d’après Vasari »9). Cinquante années qui paraissent bien plus longues qu’un demi-siècle et mettent d’un coup en évidence, à la veille des travaux résolument novateurs de Luigi Lanzi, ouvrant la voie à une nouvelle « géographie de l’art italien », la structure biographique, rigide et obsolète, de l’ouvrage de Pascoli.
Fig. 1. — B. Orsini, Guida al forestiere per l’Augusta Città di Perugia, Perugia, 1784.

Fig. 2. — B. Orsini, Abrégé della guida al forestiere per l’Augusta Città di Perugia, Perugia, 1788.

Fig. 3. — A. Mariotti, Lettere pittoriche perugine, Perugia, 1788.

5Le dialogue serré qui s’instaure entre les amis et rivaux Orsini et Mariotti, sorte de duel chevaleresque où les attaques alternent avec de promptes retrouvailles, dictées essentiellement par l’amour partagé pour une Pérouse injustement reléguée à un rôle mineur et périphérique par Giorgio Vasari et par sa vision centrée sur Florence10, va rapidement occulter les contributions des autres érudits travaillant dans la ville. Pourtant, dans la ferveur des études qui fut caractéristique de ces années, les publications ne manquèrent pas et s’attachèrent à combler les lacunes des connaissances relatives aux plus importants monuments de Pérouse : citons notamment la Descrizione du couvent franciscain de San Francesco al Prato, publiée en 1787 par Giovanni Maria Modestini, confrère de Della Valle dans le couvent lui-même11.
6Baldassarre Orsini et Annibale Mariotti vont dominer les débats artistiques et littéraires à Pérouse, entre la fin du xviiie siècle et la première décennie du xixe, au cours des années qui furent lourdement marquées par l’occupation militaire française et par les réquisitions de 1797 et de 1812 ; des années qui précédent de peu l’arrivée à Pérouse de Jean-Baptiste Wicar, qui fut nommé membre de l’Académie du dessin de la ville en 1812.
7Au cours de ces années dramatiques pour le chef-lieu régional de l’Ombrie, Mariotti et Orsini ne partagèrent pas les mêmes positions politiques. En effet, le premier soutint avec ferveur – tout en faisant preuve de modération – les idées jacobines et assuma, dans les années de la République romaine (1798-1799), la charge de préfet consulaire du département du Trasimène ; il paya d’ailleurs chèrement le prix de ses convictions et mourut en 1801, à la suite du long emprisonnement qu’il subit pour ne pas avoir abjuré ses principes jacobins. Le second, en revanche, après avoir été nommé Custode des peintures du Cambio et « maestro pubblico » des Beaux-Arts, refusa de prêter le serment civique qui aurait définitivement sanctionné son adhésion au jacobinisme et décida de fermer l’Académie du dessin et de licencier les élèves12. Ceci étant, les rapports entre les deux hommes furent placés sous le signe de l’estime et de la confiance réciproque. En 1779, le retour définitif d’Orsini à Pérouse, après un long séjour à Rome, fut dans une certaine mesure permis par Mariotti, qui l’invita à travailler en cette même année aux décors du théâtre du Verzaro, créé à cette date13.
8Il n’est pas question d’énumérer dans ces pages l’abondante production de l’un et le très considérable ensemble de notes, de lettres et de documents manuscrits laissés par l’autre, que Luigi Bonazzi définit en tant que Scipione Maffei des études sur Pérouse14. Évoquons seulement, d’Orsini, l’Antologia dell’arte pittorica (1783)15, qui marque le début de la collaboration de l’auteur avec la typographie Baduel de Pérouse, qui aboutira à la réalisation d’une série d’ouvrages destinés aux élèves de l’Académie du dessin de la ville, dont Orsini sera élu directeur en 1790.
9Toujours chez Baduel, Orsini publiera la célèbre Guida de Ascoli (1790)16, rédigé sur la demande de monseigneur Odoardi de Pérouse et très proche, dans la conception, du guide de Pérouse ou encore la Risposta (1791) (fig. 4) aux Lettere pittoriche de Mariotti17, pour ne citer que quelques titres18 jusqu’au Dizionario Universale di Architettura (1801)19, à la première monographie du Pérugin, parue seulement en 1804, mais débutée en 1790 (fig. 5)20, qui sera suivie, en 1806, des Memorie dei Pittori Perugini del secolo XVIII21.
10C’est au début de la première des neuf épîtres qui composent les Lettere pittoriche de Mariotti que les objectifs des recherches historiques et érudites du médecin de Pérouse, directement issues de celles de Muratori, tout comme les liens qui unirent les deux correspondants apparaissent clairement définis.
« J’apprécie beaucoup, mon très révéré monsieur Baldassarre… » écrivait Mariotti « le soin que vous cultivez d’illustrer l’histoire de notre patrie, dans le domaine des Arts du Dessin ; et je me réjouis que vous pensiez maintenant à ajouter aux autres livres très estimables que vous avez déjà publiés sur ce sujet des considérations les plus exactes autour de la vie et de l’œuvre du célèbre Pietro [Pérugin, n. d. t.] ; j’obéirai à votre demande non seulement très volontiers, mais avec enthousiasme, et je vous fournirai les quelques données à son sujet qui me sont parvenues dans le cadre de recherches ultérieures portant sur les monuments de notre ville… Avant de rédiger votre étude, permettez-moi de vous communiquer d’autres mémoires concernant l’histoire de la peinture à Pérouse, en commençant par l’époque de la renaissance de l’art en Italie jusqu’au temps où ce même art reçut de Pietro [Perugino] une nouvelle vigueur, pour ne pas dire une nouvelle vie »22.
11Orsini ne fut pas insensible à l’offre généreuse de Mariotti ; plus tard, dans la Risposta aux Lettere pittoriche, il reconnaîtra la dette de reconnaissance qu’il avait contractée à l’égard de son collègue et ami : « Virtuosissimo signore (Très vertueux monsieur) vous m’avez préparé une bien riche matière pour célébrer sa vie [la vie du Pérugin], telle une statue de Minerve peintre »23. Les travaux de Mariotti, basés sur les documents, trouvaient un complément dans l’approche des œuvres faite parallèlement par Orsini : une approche que Bruno Toscano définit en tant que « dépassement d’une lecture purement imitative du tableau » permettant de
« d’atteindre une lecture d’une qualité supérieure, visant à mettre en évidence les nœuds vitaux, les tracés internes, les membra supposita de l’œuvre : sorte de lecture des données invisibles de la forme, que le regard de l’expert parvient à rendre accessible aux ignares »24.
Fig. 4. — B. Orsini, Risposta alle Lettere pittoriche perugine del signor Annibale Mariotti, Perugia, 1791.

Fig. 5. — B. Orsini, Vita elogio e memorie dell’egregio pittore Pietro Perugino e degli scolari di esso, Perugia, 1804.

12Orsini
« est le “professeur”, initié aux innombrables secrets de l’art, qui fournit au dilettante les clefs pour en détecter les mécanismes complexes. C’est le maître qui s’adresse aux jeunes ; mais, ne l’oublions pas, c’est aussi le citoyen qui, rentré à Pérouse après de longues années d’étude dans la capitale de l’art, décide de doter sa ville du charisme d’une conscience esthétique lucide. Lorsqu’il affirme qu’en parvenant à cette fin “on éliminera petit à petit des villes ces faux préceptes que l’ignorance y a introduit ; et le goût touchera ainsi universellement les citoyens”, Orsini assume un ton libératoire, missionnaire, doté d’un caractère personnel et absolu »25.
13C’est aussi l’érudit qui s’adresse non seulement à ses concitoyens, mais encore au visiteur étranger
« qui généralement est plus curieux et désireux de connaître les œuvres les plus rares et précieuses de la ville que ne le sont ses propres habitants ; c’est pourquoi notre premier objectif a été de dédier notre petit ouvrage aux étrangers »26.
14Nous ne pouvons rendre compte dans ces pages de toutes les remarquables nouveautés critiques qui caractérisent l’œuvre des deux auteurs, notamment dans le domaine de la redécouverte des Primitifs, du Maniérisme et du Baroque et nous renvoyons sur ces points aux travaux antérieurs de Giovanni Previtali et de Bruno Toscano27. En revanche, nous nous arrêterons plus particulièrement ici sur l’analyse du vaste intérêt témoigné par Orsini et par Mariotti à la peinture antérieure et contemporaine du Pérugin (intérêt issu d’une récupération soigneuse des données fournies par les sources et par les guides de la ville du xvie et du xviie siècle)28 et sur la reconstruction, menée avec science et passion, de l’école ombrienne issue du Pérugin. Notons qu’à l’origine de cette minutieuse enquête se trouve avant toute chose un attachement ardent, de nature patriotique, à la ville et à son histoire. L’attention pour la culture figurative de l’époque précédente et contemporaine du maître de Città della Pieve, qu’Orsini définit en tant que « restaurateur de la peinture » (ristauratore della pittura) est toutefois déjà présente29. Il suffit de rappeler que l’on doit à Mariotti, dans sa cinquième lettre, une reconstruction par les documents exemplaire de la Pala dei Decemviri et la valorisation d’un peintre alors parfaitement inconnu de l’histoire de l’art, Pietro di Galeotto de Pérouse, qui avait reçu la commande des Decemviri avant le Pérugin et que Mariotti définira avec orgueil comme l’une de ses « créatures » (creatura)30. La véritable redécouverte de l’artiste est relativement récente : elle remonte à 1979, date à laquelle Francesco Federico Mancini rendit au peintre la Flagellation du Christ de l’Oratoire de Saint-François à Pérouse31 (fig. 6), une peinture surprenante et tellement étrangère à la culture artistique de la ville qu’elle avait pu être considérée par Luciano Bellosi comme une œuvre de jeunesse de Donato Bramante32 ; mais le premier, sincère hommage qui d’une certaine manière prépara la redécouverte de l’artiste, fut rendu à Pietro di Galeotto par Mariotti :
« J’aimerais tellement que notre Pietro di Galeotto, » écrivait-il « qui, à cause de sa vie trop courte et de son manque d’envie de travailler ne nous a pas laissé d’autres monuments représentatifs de sa valeur, nous ait au moins convaincu par l’invention et par l’ébauche de ce panneau du fait que son goût fut plus grandiose que celui de Vannucci ; que sa manière de composer était symétrique ; qu’il savait joindre à ses tableaux une architecture agréable, en harmonie avec le restant de l’œuvre ». Enfin, « qu’il ait été un homme capable de faire des peintures belles et honorables, puisqu’à l’époque à laquelle Bonfigli, Vannucci, Pinturicchio, Caporali bénéficiaient d’un si grand crédit il fut préféré par nos magistrats pour une œuvre aussi prestigieuse que le tableau d’autel de leur chapelle »33.
Fig. 6. — Pietro di Galeotto, Flagellation du Christ.

Pérouse, Oratoire de saint François.
15Cinq lettres, sur l’ensemble des neuf qui composent l’ouvrage, se réfèrent directement à des problèmes relatifs au Pérugin ; la cinquième d’entre elles traite des maîtres auprès desquels il se forma, la sixième de ses œuvres, la septième de sa mort et du lieu de sa sépulture34. C’est toutefois dans les deux dernières que la question de l’école est affrontée au niveau critique et qu’une distinction est opérée entre les « élèves du Pérugin non cités par Vasari »35 et « les peintres de Pérouse élèves du Pérugin que Vasari mentionne »36.
16Comme il le déclare lui-même, Mariotti donne à son ouvrage un plan rigoureusement historique et documentaire où une place minime est accordée à l’analyse des formes : « ce ne sera pas peu de chose si je vous donnerai des informations purement historiques au sujet de quelques unes de ces peintures »37, écrit-il, et il serait vain de chercher dans les pages de Mariotti des appréciations esthétiques aussi bien qu’une lecture iconographique, même sommaire des œuvres.
17Une citation savante de Filippo Baldinucci, que Mariotti rapporte dans l’ouverture de la huitième lettre adressée à Orsini (« le Pérugin mit au point une manière si noble et si belle qu’elle fut désirée de tous, et que de France, d’Espagne et d’Allemagne, beaucoup d’artistes se déplacèrent en Italie pour l’apprendre ; c’est pourquoi il eut un nombre infini de disciples »38). Cette citation se fait l’écho de l’affirmation bien connue de Vasari au sujet de l’éclosion d’une école issue du Pérugin ; elle est suivie, cependant, de l’affirmation « qu’il est très difficile, sinon impossible, de connaître les noms de tous ceux qui apprirent le métier de l’art sous la direction du Pérugin »39. Ceci dit, sur la base des documents, Mariotti trace des profils brefs mais étoffés d’un certain nombre d’artistes de Pérouse, et d’autres peintres qui furent les disciples du Pérugin. Il en découle une longue série de suiveurs ombriens de Vannucci : Giovanni di Pietro detto lo Spagna, Mariano di ser Austerio, Sinibaldo Ibi, Berto di Giovanni, Assalonne di Ottaviano, Lattanzio di Giovanni, Pompeo di Piergentile Cocchi, Tiberio d’Assisi, en même temps que Bernardino Pinturicchio, Giannicola di Paolo, Eusebio da Sangiorgio, Giovanbattista Caporali, Domenico e Orazio Alfani, auxquels l’auteur rattache, sans solution de continuité, l’institution à Pérouse de l’Académie du Dessin, créée pour transmettre l’enseignement le plus vital et fécond du maître Pérugin40.
Fig. 7. — Bernardino Pinturicchio, Pala de Santa Maria dei Fossi.

Pérouse, Galleria Nazionale dell’Umbria
18Les artistes que Mariotti étudie à travers les documents sont les mêmes dont Orsini traite dans son Guide ; mais le second auteur les approche au-delà et en dehors des archives, en leur attribuant concrètement des œuvres et en analysant et décrivant celles-ci dans les détails. L’exégèse d’Orsini accorde une large place à la « pure visualité », mais sa recherche doit beaucoup aux travaux de Mariotti, dont les découvertes d’archives confirmèrent certaines de ses attributions. C’est le cas, notamment, de la Pala de Santa Maria dei Fossi (fig. 7) dont l’autographie apparaissait douteuse à Orsini et qui fut pertinemment attribuée à Pinturicchio par Mariotti, à la suite du repérage d’une inscription « qu’il (Pinturicchio) nota le 14 février 1495 »41.
19Nous avons déjà souligné que la Guida al forestiere et les Lettere pittoriche furent connues des commissaires napoléoniens chargés des réquisitions d’œuvres d’art à Pérouse42. Le fait même que le guide fût adressé aux étrangers et que sa version de poche ait été intitulée « Abrégé » en dit long sur la présence en Ombrie de célèbres voyageurs français, dont Charles-Nicolas Cochin, auteur du Voyage en Italie de 1756 et Jérôme Le Français de La Lande auteur, quelques années plus tard du Voyage d’un françois en Italie, fait dans les années 1765 et 1766. Une présence qui avait créé un humus favorable aux échanges culturels avec la France bien avant que Pierre-Jacques Tinet en 1797 et Dominique-Vivant Denon en 1812 se consacrassent à la compilation des listes, tristement célèbres, d’œuvres d’art « qui seront dignes d’êtres rassemblées pour êtres transférées en France et être présentées dans le musée de la République »43.
20C’est du reste encore Orsini qui, dans un passage de sa Risposta aux Lettere pittoriche de Mariotti, où il souligne les difficultés de la critique d’art et le risque tout aussi redoutable présenté par « le jugement porté sur une œuvre par ces artistes de peu de valeur » qui peut faire en sorte que « pour s’élever eux-mêmes, il rabaissent les meilleurs », exalte l’incomparable impartialité de jugement du critique français Roger de Piles. De Piles parvint, déclare Orsini, « à mettre sur la balance le mérite des professeurs », alors qu’il n’est pas donné à tous d’en mesurer le poids « car tous ne sont pas dotés du cerveau de M. de Piles »44.
21Il ne sera pas étonnant de constater que les œuvres qui finirent dans les filets de Tinet, comme celles qui furent soumises au choix de Denon correspondaient toutes à la reconstruction de l’école ombrienne à laquelle on procédait, en grande partie grâce aux études de Mariotti et d’Orsini, qui avaient fourni le premier les recherches historiques et documentaires des peintures de cette école et le second l’analyse très pertinente de leurs formes. En fin de compte, le guide d’Orsini devait certainement se présenter comme un instrument « prêt à l’usage » à la fois pour le visiteur étranger et pour ceux qui, tels Tinet et Denon, se préparaient à réaliser la délicate mission que leur gouvernement leur avait confiée. De plus, dans l’Abrégé – cet ouvrage « résumé et en format de poche » (un libretto compendiato e tascabile), dont la nécessité s’était imposée à la suite du « succès obtenu par le guide de Pérouse auprès des étrangers et des professeurs des Beaux-Arts » (il gradimento che ha riscosso da’ forestieri, e da’ professori delle Belle Arti) – la sélection des œuvres les plus significatives était remarquablement facilitée par un système très pratique d’astérisques. Dans la version réduite, on crut bon, en effet, sans vouloir pour cela porter atteinte aux intentions de l’auteur,
« distinguer les œuvres excellentes, dans lesquelles leurs auteurs exprimèrent le meilleur d’eux-mêmes, des travaux moins prestigieux ; donc, les œuvres de plus haut prix seront caractérisées par trois étoiles, selon ce signe (***) ; les œuvres qui se rapprochent le plus du plus haut niveau seront caractérisées par deux étoiles (**) ; enfin, une seule étoile (*) indiquera les œuvres qui peuvent être classées à un niveau légèrement inférieur. Les travaux qui ne s’élèvent pas au-dessus de la médiocrité seront marquées par deux tirets transversaux (=), à l’exception de ceux qui sont encore conservées dans des palais et des habitations privées, pour que l’appréciation de ces dernières dues à la tradition et à une renommée de longue date ne soit pas entamées »45.
22On pourrait aisément montrer, l’ouvrage d’Orsini à la main46, que les œuvres sur lesquelles l’auteur attire l’attention du lecteur sont les mêmes que l’on retrouve, sûrement pas par hasard, sur les listes de Tinet. Denon, en revanche, fut l’auteur de recherches plus subtiles relatives à l’art ombrien de la fin du xve siècle et du début du xvie. Étrange destinée que celle d’Orsini, d’avoir servi de conseiller artistique à la politique d’acquisitions de la France républicaine et de l’Empire, lui qui avait précisément refusé de prêter le serment civique, ce serment qui aurait ratifié sans appel son adhésion à la République française47 !
23Pour revenir à notre point de départ, à savoir la plus grande importance attribuée à « l’école » ombrienne issue du Pérugin dans l’historiographie de l’art de Pérouse entre la fin du xviiie et les débuts du xixe, il nous semble important de souligner les parallélismes existant entre la critique d’art locale, les guides de la ville et la campagne de réquisitions effectuée par Denon. En dépit des réserves exprimées par le directeur du musée Napoléon à l’égard de l’art ombrien, dont il critique l’itération du style et de l’iconographie (« si l’on prenoit tous les tableaux du Pérugin, de Paris Alfani et de quelques autres peintres qui ne semblent avoir peint que pour Pérouse, on n’auroit qu’une collection fastidieuse de Madone, de Christ ou sujets de dévotion », écrivait-il à l’intendant général des Biens de la Couronne à Rome, Martial Daru, le 21 décembre 181148), c’est précisément cette peinture, pourtant rabaissée au rang d’une production d’école, qui intéresse l’esprit polyédrique de Denon. En effet, il ne s’agissait plus, désormais, de sélectionner uniquement les chefs-d’œuvre du patrimoine italien pour fonder un musée exclusivement ouvert à une production d’élite (ce qui avait été le cas lors de la première campagne d’Italie, en 1796-1797), mais plutôt de combler les lacunes d’un musée en pleine expansion par un choix d’artistes encore peu connus en France, mais utiles pour documenter les écoles italiennes de peinture antérieures à la grande époque du Cinquecento et de rendre compte ainsi des progrès de l’art.
Fig. 8. — Bartolomeo Caporali, Nativité.

Pérouse, Galleria Nazionale dell’Umbria.
24Le but ultime de cette démarche était de reconstruire dans les salles du Louvre « un cours historique de l’art de la peinture »49 et, concernant l’Ombrie, Denon trouva des bases solides d’information dans l’œuvre d’Orsini et de Mariotti. Lorsque le directeur du Louvre se rendit à Pérouse, en 1812, les deux érudits n’étaient plus en vie, Mariotti étant mort en 1801 et Orsini en 1810. Mais leurs travaux – qui représentèrent les œuvres les plus complètes, voire exhaustives de l’historiographie de la fin du xviiie à Pérouse – avaient permis à la génération suivante d’hériter d’une mine d’informations concernant l’histoire et l’art de la ville50.
25Ainsi, si Denon nota la Nativité (fig. 8), attribuée à l’époque à Fiorenzo di Lorenzo et rendue de nos jours pertinemment à Bartolomeo Caporali51, c’est sans doute parce que l’œuvre était mentionnée par les sources locales et avait retenu auparavant l’attention d’Orsini. Ce n’est pas par hasard si Orsini, dans son Guide, conseille au visiteur de prendre connaissance de la peinture, actuellement conservée à la Galleria Nazionale dell’Umbria, mais placée à l’époque dans le chœur des religieuses de l’église de Santa Maria di Monteluce, un lieu difficile d’accès, « comme je l’ai vue moi-même » précisait l’historien « à savoir réfléchie dans un miroir »52. Si Denon sélectionna le panneau représentant la Visitation de la Vierge (fig. 9) dans l’église de Saint-Augustin, c’est parce qu’à la fois Orsini et Mariotti avaient signalé la peinture. Orsini l’avait attribuée à Orazio Alfani53 ; Mariotti, plus pertinemment, à Domenico Alfani54. La liste s’allongea par la suite en incluant la Vierge avec l’Enfant et les quatre saints couronnés de Giannicola di Paolo (fig. 10), prélevée dans l’église de Santa Maria Nuova55, la Crucifixion avec la Vierge, saint Jean l’Évangéliste et le bienheureux Egidio, par Pompeo Cocchi (fig. 11)56, provenant, en même temps que le Mariage mystique de sainte Catherine entre saint François et saint Antoine de Padoue (fig. 12), du couvent de San Francesco al Prato57.
Fig. 9. — Domenico Alfani, Visitation de la Vierge.

Paris, musée du Louvre.
Fig. 10. — Giannicola di Paolo, Vierge avec l’Enfant et les quatre saints couronnés.

Paris, musée du Louvre.
Fig. 11. — Pompeo Cocchi, Crucifixion avec la Vierge, saint Jean l’Évangéliste et le bienheureux Egidio.

Paris, musée du Louvre.
Fig. 12. — Orazio Alfani, Mariage mystique de sainte Catherine entre les saints François et Antoine de Padoue.

Paris, musée du Louvre.
26Que dire, enfin, de la précieuse Pala Belli (fig. 13) de l’église de Saint-Dominique représentant la Vierge avec l’Enfant et les saints Laurent, Jean-Baptiste, Jérôme et Dominique du peintre de Pérouse Mariano di ser Austerio ? L’œuvre était déjà citée dans les guides de la fin du xviie siècle, en particulier par Francesco Morelli (1683)58 et ensuite par Lione Pascoli (1732)59 ; mais c’est seulement grâce aux descriptions de Reginaldo Boarini (1778)60 et surtout à celles de Baldassarre Orsini61 et d’Annibale Mariotti62 qu’une place importante fut accordée au panneau dans l’histoire de l’art de Pérouse.
27Une fois de plus, les précisions les plus significatives sont dues à Mariotti, qui, en s’appuyant sur le Ricordo conservé dans les archives de Saint-Dominique, identifia l’emplacement exact de l’œuvre à l’intérieur de la chapelle Belli dont il écrit qu’elle fut fondée en janvier 1484 par Lorenzo Belli ou, plus probablement, par son fils Piergentile ou par son neveu Antonio. Mariano di ser Austerio :
« représenta [dans cette peinture] la Vierge avec saint Laurent et d’autres saints, telle qu’on la voit encore de nos jours ; dans la base des pilastres du panneau on voit les armes de la famille, consistant en un chevreuil accompagné de trois roses. Ces armes sont pareillement sculptées sur la pierre tombale située devant l’autel. »
28L’érudit fournit aussi un élément utile à la datation du tableau : étant donné que celui-ci
« fut peint par Mariano pour cette chapelle à l’époque même où fut réalisé le vitrail du Priorino – à savoir Guglielmo da Marsiglia (Guillaume de Marcillat n. d. é.), dit aussi il Priore (le Prieur), que j’ai déjà cité ailleurs… »
29et étant donné aussi que cet artiste verrier « vint en Italie seulement à l’époque de Jules II, la peinture de Mariano remonte sans doute à cette même période, à savoir après 1503 ». Les considérations esthétiques demeurent rares chez Mariotti, qui formule pourtant en cette occasion, au sujet de la peinture, quelques observations à la fois pertinentes et subtiles :
« Si l’on considère le style de ce panneau, ne peut-on pas y déceler une notable ressemblance avec le style de Pietro [Perugino, n. d. t.] ? Et la dalmatique dorée ne rappelle-t-elle pas celle dont Pinturicchio revêtit le même saint, dans son célèbre panneau de Spello ? Si ces considérations sont exactes, j’aurai le courage d’ajouter le nom de Mariano à ceux des élèves de Pietro [Perugino] et de le considérer comme un émule et un contemporain du Pinturicchio, même s’il fut sans doute un peu plus jeune que lui ».
30Mariotti formule ensuite quelques critiques contre l’habituel manque de précision de Pascoli (essentiellement coupable, à ses yeux, d’avoir poursuivi une histoire de l’art stéréotypée, héritée de Vasari et construite par biographies), qui avait proposé pour le maître une chronologie trop tardive63. L’auteur cite le passage de Vasari relatif au tableau commandé pour l’église de Saint-Augustin à Ancône « qui ne donna guère satisfaction »64 et rend compte de documents concernant le peintre, mort en 1547. Mariotti conclut que les affirmations de Vasari sont en contradiction avec la qualité de la Pala Belli qui, « avec les histoires que son auteur ajouta dans la prédelle » comme le précise Orsini de son côté « montrent qu’il fut un peintre excellent ». C’est pourquoi
« si on ne veut pas contredire Vasari dans ce qu’il affirme au sujet de la peinture d’Ancône, il faudra dire que notre Mariano connut le même malheur que le Rosso, Beccafumi, Poussin, et tant d’autres qui, après avoir changé de pays, et de lieu, ne semblent plus ces artistes de valeur qu’ils avaient été dans leur propre climat. »65
Fig. 13. — Mariano di ser Austerio, Vierge avec l’Enfant et les saints Laurent, Jean-Baptiste, Jérôme et Dominique.

Rome, Pinacothèque du Vatican.
31Mariano di ser Austerio est la seconde créature façonnée par la plume de Mariotti. Si la redécouverte de Pietro di Galeotto date de 1979, celle de Mariano di ser Austerio est en revanche plus récente : elle remonte en effet à 2003, l’année où nous avons pu retrouver son chef-d’œuvre, la Pala Belli, précisément (fig. 13), que l’on considérait perdue depuis les réquisitions de Denon66.
32Nous avons déjà précisé que ce tableau fut présenté dans l’exposition parisienne de 1814, où personne ne remarqua sa présence car il fut exposé sous une attribution générique à Bernardino Pinturicchio, qui ne pouvait que nuire à sa juste lecture et appréciation ; l’attribution avait été formulée sur la base d’une lecture attentive des sources, notamment de Mariotti, qui avait tout particulièrement rapproché la figure du saint Laurent de la manière de Pinturicchio. Les organisateurs de l’exposition avaient eu tendance, comme on sait, à évaluer les œuvres présentées au-dessus de leur niveau et la pala fut ainsi présentée comme une œuvre du Pinturicchio67. Si elle avait été relevée par la critique française et italienne, la présence de la Pala Belli (avec l’attribution exacte du tableau) dans l’exposition parisienne aurait en fait, d’une part, confirmé son départ de Pérouse ; et d’autre part, elle aurait permis de suivre le retour de l’œuvre en Italie, que nous avons pu retracer à travers les documents relatifs à sa récupération et à sa destination ultérieure qui suivit sa restitution, parmi les œuvres récupérées par Antonio Canova en 1815.
33L’étude stylistique de la peinture permet d’ajouter quelques considérations significatives. L’œuvre reflète, sans aucun doute et de manière emblématique, le contexte éclectique de la culture artistique de Pérouse entre la fin du xve siècle et les débuts du xvie. Le panneau désormais conservé au Vatican ne peut que confirmer les fréquentations du peintre, comme le font de leur côté les documents et les éléments biographiques qui nous sont parvenus. On reconnaît aisément, par exemple, les relations entre Mariano et Giovanni di Pietro dit lo Spagna, un artiste avec lequel notre peintre collabora dans la mise au point de la pala commandée par la Compagnie de Sant’Antonio Abate de Pérouse (1506-1510). Ce sont cependant les modèles prestigieux du Pérugin qui semblent avoir fourni à Mariano di ser Austerio les références principales, notamment la mandorle peuplée de figures angéliques, motif directement issu du Pérugin, que ce dernier avait utilisé pour la première fois dans sa grande peinture murale de la Chapelle Sixtine qui fut détruite pour laisser la place au Jugement dernier de Michel-Ange, mais dont on garde le souvenir dans le dessin du début du xvie siècle conservé de nos jours à l’Albertina de Vienne. Parmi d’autres références, nous pouvons citer la figure du saint Jean-Baptiste, proche des modèles de Giannicola di Paolo, un artiste qui partagea avec Mariano la commande de la décoration de la chapelle dédiée à saint Jean au Cambio de Pérouse (1512) ; ou les anges qui couronnent la Vierge et évoquent ceux que Domenico Alfani représenta dans la Pala du Collegio Gregoriano (1518).
34L’ensemble de ces considérations permettent de comprendre pourquoi la Pala Belli, si souvent citée dans l’historiographie artistique de l’époque, fut ajoutée à la fameuse liste de Denon : l’œuvre de Mariano, qui compte parmi les peintures les plus belles, mais aussi les plus problématiques de la peinture ombrienne du xvie siècle, mérite pleinement sa place dans ce creuset artistique complexe, encore peu étudié, que fut Pérouse dans les deux premières décennies du xvie siècle, du Pérugin à Raphaël. L’œuvre témoigne notamment de l’évolution de l’école ombrienne entre le maître et l’élève et contribuait donc à la réalisation dans les salles du Louvre d’« un cours historique de l’art de la peinture ».
35Cet objectif fut en partie atteint grâce à l’apport de l’historiographie artistique locale, qui avait proposé une nouvelle lecture des phénomènes artistiques de l’école de Pérouse au xvie siècle ; au cours des mêmes années, ces phénomènes artistiques suscitèrent l’attention de Jean-Baptiste Wicar, tout comme celle de nombreux autres amateurs et collectionneurs célèbres du début du xixe siècle.
Notes de bas de page
1 C. Orlandi, Iconologia del cavaliere Cesare Ripa perugino nobilmente accresciuta d’immagini, di annotazioni e di fatti dall’abate Cesare Orlandi patrizio di Città della Pieve accademico augusto, Perugia, 1764-1767, 5 volumes.
2 F. M. Galassi, Descrizione delle pitture di S. Pietro di Perugia chiesa de’ Monaci Neri di San Benedetto e di quanto si vede in essa di più singolare, con le notizie de’ loro autori, Perugia 1774. Dans ce « petit livre », conçu pour « les étrangers » et écrit en collaboration avec les religieux, l’histoire de l’église est évoquée en même temps que les peintres émergents. La publication connut un tel succès qu’une seconde édition en fut publiée dès 1778. Une troisième édition vit le jour en 1792.
3 F. M. Galassi, Descrizione della basilica di S. Lorenzo cattedrale di Perugia delle pitture che l’adornano, e di quanto si vede in essa di singolare, colle notizie de’ loro autori consacrata all’eccelso merito dell’ill.mo sig. Monsignor Alessandro Maria De’ Marchesi Odoardi vescovo degnissimo di detta città, Perugia, 1776.
4 R. Boarini, Descrizione storica della chiesa di S. Domenico con un’appendice nella quale si dà una breve notizia della fabbrica del Tribunale del S. Offizio dedicata al merito singolarissimo del molto reverendo padre Fra Lodovico Pio Saraceni della Provincia Romana, dell’Ordine de’ Predicatori degnissimo provinciale, Perugia, 1778.
5 Pour une vue générale des éditions d’art à Pérouse à la fin du xviiie siècle, voir S. Sfriso, L’editoria d’arte a Perugia tra il 1750 e il 1850, mémoire de maîtrise, Université de Pérouse, 2002-2003.
6 B. Orsini, Guida al forestiere per l’Augusta Città di Perugia, al quale si pongono in vista le più eccellenti pitture sculture architetture con alcune osservazioni, Perugia, 1784. Une édition fac-simile du guide a été publiée sous la direction de Bruno Toscano (B. Orsini, Guida al forestiere per l’Augusta Città di Perugia, 1784, a cura di B. Toscano, Treviso, 1973). Le guide connut une seconde édition, identique à la première, en 1818 (B. Orsini, Guida al forestiere per l’Augusta Città di Perugia. Si pongono in vista le più eccellenti pitture, sculture, ed architetture, si pubbliche, che particolari, con alcune osservazioni utilissime anche per i professori delle Belle Arti. Descritte dal sig. Baldassarre Orsini perugino. Seconda edizione, Perugia, 1818. D’autres guides relatifs à la ville de Pérouse avaient été rédigés auparavant : Cesare Crispolti avait préparé un guide à la fin du xvie siècle, qui demeura inédit et a été publié récemment (C. Crispolti, Raccolta delle cose segnalate. La più antica guida di Perugia (1597), sous la direction de L. Teza, Firenze, 2001). Au xviie siècle parurent Perugia Augusta, Perugia, 1648, par les soins de C. Crispolti (nepote) et Brevi Notizie delle pitture e sculture che adornano l’Augusta città di Perugia, Perugia, 1683 par G. F. Morelli. Dans la présentation du guide d’Orsini on peut lire que l’ouvrage de ce dernier n’est guère « une description simple et nue » [una semplice e nuda descrizione] tel que l’avait été « le petit livre » [libretto] de Morelli, devenu désormais « rare » [raro] et, à la suite des nombreux changements survenus dans la ville de Pérouse, « et pratiquement inutile pour l’étranger » [poco meno che inutile al forestiere].
7 B. Orsini, Abrégé della guida al forestiere per l’Augusta Città di Perugia con la descrizione delle pitture, sculture ed architetture più eccellenti, Perugia, 1788.
8 A. Mariotti, Lettere pittoriche perugine o sia ragguaglio di alcune memorie istoriche riguardanti le Arti del Disegno in Perugia. Al signor Baldassarre Orsini pittore e architetto perugino accademico d’onore dell’Accademia clementina e etrusco di Cortona, Perugia, 1788. Sur Guglielmo Della Valle et les trois volumes des Lettere sanesi, publiées entre 1782 et 1786, voir G. Previtali, La fortuna dei Primitivi. Dal Vasari ai neoclassici, nuova ed. riveduta e ampliata. Nota introduttiva di E. Castelnuovo, Torino, 1989 (1re éd., Torino, 1964 ; éd. française : La Fortune des Primitifs de Vasari aux néo-classiques, traduit par N. Di Mascio, Paris, Gérard Monfort éditeur, 1994), p. 106-116, 122-123 (au sujet des filiations de Mariotti et de Orsini). Previtali souligne à juste titre (p. 78 de l’édition française) que mis à part quelques jugements, que la Storia Pittorica dell’Italia de Luigi Lanzi aurait balayé à court terme, « le génie critique de Della Valle était passé comme une trombe sur les eaux stagnantes de l’histoire de l’art italien ; désormais les problèmes pullulaient là où il semblait auparavant qu’il n’y en eût pas, tout était douteux, les valeurs bouleversées et les attributions incertaines. La vivacité des réactions et la ferveur d’émulation, avec lesquelles les érudits italiens répondirent à la provocation de Della Valle montrent l’intense vitalité de la culture artistique italienne et le très haut niveau qu’elle atteignit entre 1780 et 1810. » [l’ingegno critico del Della Valle era passato come una tromba marina sulle acque stagnanti della storia dell’arte italiana ; laddove sembrava prima che non ci fossero problemi ne pullulavano ora a centinaia, tutto era dubbio, i valori sconvolti, le attribuzioni incerte. La vivacità delle reazioni ed il fervore d’imitazione con cui gli eruditi italiani risposero alla provocazione del Della Valle dimostra la vitalità intensissima della cultura artistica italiana e l’altissimo livello da essa attinto tra il 1780 ed il 1810].
9 « Faticose compitazioni vasariane ». Voir B. Toscano, « La fortuna della pittura umbra e il silenzio sui Primitivi », dans Paragone, 193, 1966, p. 14.
10 Sur les relations entre Orsini et Mariotti, voir J. M. Wood, The Early Paintings of Perugino, University of Virginia, PhD Dissertation, 1985, p. 11-13.
11 G. M. Modestini, Descrizione della chiesa di S. Francesco de’ PP. Frati minori conventuali della città di Perugia. Divisa in due parti : nella prima trattasi delle pitture, e altri ornati. Nella seconda de’ depositi, e iscrizioni sepolcrali raccolte da un religioso dello stesso ordine, Perugia, 1787.
12 En réalité, le veto à l’égard de ceux qui n’avaient pas juré fidélité à la République française fut abrogé et Orsini continua de diriger l’institution jusqu’en 1808.
13 Orsini fut appelé à diriger le Théâtre civique, construit par Alessio Lorenzini entre 1778 et 1780, et à peindre ses décors. Ses travaux firent l’objet de jugements sévères. Pour se défendre, l’érudit publia sa Giustificazione contro la censura del palco scenario del nuovo teatro di Perugia presentata da Baldassarre Orsini cittadino Perugino a’ signori socii dell’Accademia, [Perugia 1781] et, quatre ans plus tard, Le scene del nuovo Teatro del Verzaro di Perugia ragionate dall’autore delle medesime, Perugia, 1785.
14 L. Bonazzi, Storia di Perugia dalle origini al 1860, II, Città di Castello, 1960, p. 346. En ce qui concerne Mariotti, voir, pour la richesse des contributions, Annibale Mariotti (1738-1801). Cultura scientifica, storica e politica nell’Umbria di fine Settecento, actes du colloque, 13-14 décembre 2001, sous la direction de M. Roncetti, dans Bollettino della Deputazione di Storia Patria per l’Umbria, XCIX, fasc. II, tome I, 2002.
15 B. Orsini, Antologia dell’Arte Pittorica che contiene un saggio sulla composizione della pittura. Il Trattato della Bellezza, e del Gusto del cavalier don Antonio Raffaello Mengs. Una lettera del medesimo a don Antonio Ponz sopra il merito de’ quadri del Real Palazzo di Madrid. Alcune Regole della pittura di Gio. Paolo Lomazzo. L’Arte del dipingere a fresco d’Andrea Pozzo. Lezioni pratiche su del colorito di Mengs. Appendice all’Antologia Pittorica, Perugia, 1783.
16 B. Orsini, Descrizione delle pitture sculture architetture ed altre cose rare della insigne Città di Ascoli nella Marca opera di Baldassarre Orsini pittore e architetto socio onorario dell’Accademia Clementina di Bologna ed Etrusco di Cortona, Perugia, 1790.
17 B. Orsini, Risposta alle Lettere pittoriche del signor Annibale Mariotti dott. collegiale lett. di Medicina e di Botanica nella patria Università di Perugia socio della Imperiale Acc. Leopoldina di Germania Etrusco di Cortona affidato di Pavia past. arcade accademico augusto socio lett. umbro, Perugia, 1791.
18 Un autre texte important est celui que l’auteur consacra au temple antique de S. Angelo : B. Orsini, Dissertazione sull’antico Tempio di Sant’Angelo situato vicino alla Porta della Città di Perugia a cui da il nome di Baldassarre Orsini socio onorario dell’Accademia Clementina delle Belle Arti dell’istituto di Bologna Etrusco di Cortona Rozzo di Siena e direttore dell’Accademia del Disegno di Perugia, Perugia, 1792.
19 B. Orsini, Dizionario Universale di Architettura e Dizionario Vitruviano accuratamente ordinati da Baldassarre Orsini professore delle Belle-Arti socio onorario dell’Accademia Clementina delle Belle-Arti dell’Istituto di Bologna Etrusco di Cortona Rozzo di Siena e direttore dell’Accademia del Disegno di Perugia, Perugia, 1801.
20 B. Orsini, Vita elogio e memorie dell’egregio pittore Pietro Perugino e degli scolari di esso, Perugia, 1804.
21 B. Orsini, Memorie de pittori perugini del secolo XVIII compilate con accuratezza e con verità da Baldassarre Orsini nell’anno 1802, Perugia, 1806.
22 Mariotti, Lettere, op. cit. à la note 8, p. 5-6 : Mi piace tanto, signor Baldassarre riveritissimo, la premura, che voi nutrite, d’illustrare la storia patria in quella parte, che concerne le Arti del Disegno ; e son tanto contento, che agli altri pregiatissimi libri da voi pubblicati su questo argomento, pensiate ora di aggiungere le più esatte considerazioni intorno alla vita, e alle opere del celebre Pietro : che non sol di buon grado, ma quasi con trasporto di cuore ubbidirò ai vostri comandi, col parteciparvi tutte quelle poche notizie, che intorno a lui sono a me capitate, in occasione di ricercare con altre mire i patrii storici monumenti […] Io vi prego a soffrire, che prima di trattar di lui, vi comunichi alcune altre memorie spettanti alla storia pittorica perugina, cominciando dai tempi del risorgimento dell’arte nelle contrade italiane, e scendendo poi sino a quelli, in cui essa incominciò a ricever da Pietro nuovo vigore, se non vogliam dir nuova vita.
23 Orsini, Risposta, op. cit. à la note 17, p. 97 : voi mi avete preparato molti materiali per adornare la vita di lui, quasi una perfezionata statua di Minerva dipintrice.
24 B. Toscano, « Baldassarre Orsini e la “critica degli artifizi” », dans B. Orsini, Guida al forestiere per l’Augusta Città di Perugia (1784), a cura di B. Toscano, Treviso, 1973, p. XXIV-XXV : il superamento di una lettura puramente imitativa del quadro, che gli permetteva allora di realizzare il salto di qualità di una lettura volta a scoprire i gangli, i tracciati interni, i membri suppositi dell’opera : una specie di lettura criptica, almeno per ciò che pertiene ai dati formali, cui anche l’ignaro potrà approdare, guidato dall’occhio terebrante dell’addetto ai lavori.
25 Id., ibid., p. XXV-XXVI : Orsini è il professore che, iniziato ai cento segreti dell’arte, fornisce al dilettante le chiavi per comprenderne il delicato congegno ; è il maestro che si rivolge ai giovani ; ma non si dimentichi, è anche il cittadino, tornato in patria dopo lunghi anni di studio nella capitale dell’arte, che con una buona dose di astrazione si propone di aspergere la sua città del carisma di una lucida coscienza estetica. Un tono liberatorio, missionario, sintomatico per l’assolutezza di cui si riveste, compare nell’Orsini quando afferma che raggiungendo quell’obiettivo ‘a poco a poco si sbandiscono nelle città quelle false massime, che vi ha lo spirito d’ignoranza intruse : onde poi ne nasce l’universal gusto ne “Cittadini”. Orsini, Guida, op. cit. à la note 6, p. V.
26 Id., ibid., p. III-IV : ordinariamente più curioso del cittadino di voler sapere, e d’indagare quanto vi ha di raro, e di pregevole in una città ; e per questo la principal mira è stata di dirigere l’operetta al Forestiere.
27 Previtali, éd. 1989, op. cit. à la note 8, p. 122-128 ; Toscano, op. cit. à la note 24, p. XV-XCIV. Sur la connaissance que Mariotti put avoir eu de l’œuvre de Francesco Algarotti, voir Toscano, op. cit. à la note 9, p. 13. Pour une contribution plus approfondie sur Mariotti, voir L. Teza, « Annibale Mariotti scrittore d’arte : prime considerazioni », dans Annibale Mariotti… (sous la direction de M. Roncetti), op. cit. à la note 14, p. 221-237.
28 Voir notamment sur ce point P. Scarpellini, « Le fonti critiche relative ai pittori umbri del Rinascimento », dans L’umanesimo umbro, atti del IX convegno di studi umbri, Gubbio, 22-23 septembre 1974, Perugia, 1977, p. 623-665.
29 Orsini, Risposta, op. cit. à la note 17, p. 11.
30 Mariotti, Lettere, op. cit. à la note 8, p. 154 ; sur ce point, voir aussi Teza, op. cit. à la note 27, p. 234.
31 F. F. Mancini, « Identificazione di Pietro di Galeotto », dans Esercizi, 2, 1979, p. 43-55.
32 L. Bellosi, « Una flagellazione di Donato Bramante a Perugia », dans Prospettiva, 9, 1977, p. 61-68.
33 Mariotti, Lettere, op. cit. à la note 8, p. 154 : Quanto mi piacerebbe che il nostro Pietro di Galeotto il quale per la sua corta vita, e per la sua poca voglia di lavorare non ci lasciò altri monumenti sicuri della sua sufficienza, ci avesse almeno col pensiero, e coll’abbozzo di questa tavola renduti certi, ch’egli aveva un gusto più grandioso del Vannucci, che il suo composto era simmetrico ; che sapeva a’ suoi quadri unire una architettura gentile, che fa concordanza col resto dell’opera […] fosse uom capace di far belle pitture, ed onorevoli, se in tempo in cui il Bonfigli, il Vannucci, il Pinturicchio, il Caporali erano in tanto credito, fu egli preferito a tutti questi dai nostri magistrati per un lavoro si rispettabile com’era il quadro per l’altare della loro cappella.
34 Voir L. Rossi, Il Perugino e la critica d’arte a Perugia fra il XVIII e il XIX secolo : il caso di Annibale Mariotti, mémoire de maîtrise, Università degli Studi di Perugia, 2002-2003.
35 Mariotti, Lettere, op. cit. à la note 8, p. 194-214 : pittori perugini scolari di Pietro non ricordati dal Vasari […].
36 Id., ibid., p. 215-255 : perugini discepoli di Pietro, dei quali fa menzione il Vasari.
37 Id., ibid., p. 214 : non sarà poco se di alcune [pitture] vi saprò dare qualche ragguaglio puramente istorico.
38 F. Baldinucci, Notizie dei professori del disegno da Cimabue in qua, éd. Florence, 1974, sous la direction de P. Barocchi, I, p. 549 : scoperse il Perugino una si vaga e nobile maniera, che essendo da tutti desiderata, furono moltissimi coloro, che di Francia, Spagna, Alemagna, ed altre provincie d’Europa si portarono in Italia per apprenderla ; onde fu ch ‘ebbe discepoli infiniti. La citation est rapportée par Mariotti dans Lettere, op. cit. à la note 8, p. 194.
39 Id., ibid. : è cosa troppo difficile, per non dire impossibile, che da noi si venga in cognizione di tutti coloro, che studiarono sotto la disciplina di Pietro.
40 Cet argument fut abordé aussi par Orsini, qui fut l’auteur d’un essai intitulé Intorno al modo di ristabilire in Perugia l’Accademia del Disegno, publié dans la Risposta, op. cit. à la note 17, p. 138-153.
41 Id., ibid., p. 220 : scritta, ch’egli fece nel di 14 di Febbraio del 1495. Le document est transcrit en note (ibid., p. 220-221). Voir aussi Teza, op. cit. à la note 27, p. 232.
42 Voir sur ces points C. Galassi, La dispersione del patrimonio artistico perugino negli anni della dominazione napoleonica e la fortuna della « scuola » umbra in Francia tra 1797 e 1815, thèse de doctorat, Università degli studi di Perugia, 2001- 2002 ; id., « Le requisizioni francesi a Perugia di Jacques-Pierre Tinet (1797) : le opere “che degne saranno di essere raccolte per poi trasportarsi in Francia nel Museo della Repubblica” », dans Les Cahiers d’Histoire de l’Art, 1, 2003, p. 141-154 ; id., Il tesoro perduto. Le requisizioni napoleoniche a Perugia e la fortuna della « scuola » umbra in Francia tra 1797 e 1815, Perugia, 2004.
43 L’expression, faisant allusion à la réquisition de Tinet en 1797, se trouve dans une lettre du 17 février, qui fut publiée par A. Rossi, « Documenti sulle requisizioni dei quadri fatte a Perugia dalla Francia ai tempi della Repubblica e dell’Impero », dans Giornale di Erudizione Artistica, Primo spogliamento, V, V-VI, mai et juin 1876, p. 227-228 : [opere] che degne saranno di essere raccolte per poi trasportarsi in Francia nel museo della Repubblica. La lettre contient une liste des lieux qui furent inspectés par le commissaire de Napoléon.
44 Orsini, Risposta, op. cit. à la note 17, p. 103-104 : accattare da questi artefici di poco valore il giudizio di un’opera ; può succedere, che per voler salire essi in posto deprimano i più valorosi ; mettere nella bilancia il merito de’ professori […] non riesce miga a tutti tanto facile il pesarlo, perché non hanno il cervello di M. de Piles. Sur ce point et sur les rapports d’Orsini avec la critique d’art française, voir Toscano, op. cit. à la note 24, p. 84, note 65. Pour un approfondissement ultérieur du sujet, voir C. Galassi, L’Abrégé della guida al forestiere per l’Augusta Città di Perugia di Baldassarre Orsini (1788) : un libretto compendiato e tascabile in mano ai commissari napoleonici, dans Guide e viaggiatori tra Marche e Liguria dal Sei all’Ottocento, actes du colloque, Urbino, 26-27 octobre 2004, sous presse. On sait par ailleurs que Mariotti se procura à Parme, où il effectua un séjour entre 1762 et 1763, certaines éditions françaises, introuvables à Pérouse ; c’est Rossi qui livre cette information (voir Rossi, op. cit. à la note 34, p. 31).
45 Orsini, op. cit. à la note 7, p. 3-5 : far distinguere le opere eccellentissime, in cui più si distinsero gli artefici di quelle, da alcune altre che meno sono in pregio. Laonde quelle che sono in maggiore stima saranno distinte con tre stellette, così (***), con due (**) quelle che più da vicino si accostano alle prime ; e con una (*) le altre, che dal pregio delle prime, e delle seconde di poco si discostano. Quelle poi, che dentro la mediocrità rimangono, saranno distinte con due linee traverse = ; a riserva di quelle che possiedono le persone private nelle proprie abitazioni e palazzi, perché non si abbia a scemare quel pregio alle medesime, che per antica fama e tradizione si erano acquistato.
46 Voir sur ce point Galassi, 2004, op. cit. à la note 42. Pour les correspondances avec l’Abrégé d’Orsini, voir Galassi, op. cit. dans la note 44.
47 De plus, Orsini s’était toujours battu pour la défense du patrimoine artistique de la ville de Pérouse. Sur ce point, voir id., ibid., note 24.
48 M.-A. Dupuy, I. Le Masne de Chermont, E. Williamson (sous la direction de), Vivant Denon, directeur des Musées sous le Consulat et l’Empire. Correspondance (1802-1815), II, Paris, 1999, p. 773, n° 2244 (3).
49 Id., Ibid., p. 1238-1239, n° AN 3.
50 Denon préleva aussi des œuvres d’artistes antérieurs au Pérugin : ce fut le cas en particulier du polyptyque peint en 1492 par Niccolò di Libertore dit l’Alunno pour la chapelle de Saint-Nicolas dans l’église du couvent de San Nicolò à Foligno cité, en même temps que la longue inscription, par Mariotti (Lettere, op. cit. à la note 8, p. 128- 129) qui affirme avoir eu connaissance de l’inscription grâce à Orsini. Alunno était considéré par Mariotti comme le maître du Pérugin, ce qui explique l’intérêt manifesté par Denon pour son œuvre (Ibid. : « il est probable que notre peintre reçut quelque enseignement du peintre de Foligno » [non è niente improbabile, che il nostro pittore prendesse qualche lume dal pittor fulignate]). Orsini partageait cette opinion (Risposta, op. cit. à la note 17, p. 107 : « il dut sans doute apprendre de ce bon peintre l’exécution soigneuse de ses peintures ; les figures de ses enfants paraissent inspirées de l’Alunno, tout comme la beauté gracieuse des visages de ses anges ; certains plis des draperies bien découpés, les expressions vivantes des têtes, les gestes vifs des mains, les raccourcis bien rendus de ces dernières sont tous des éléments que je ne retrouve pas chez son premier maître Bonfigli » [avrà egli appreso da questo bravo pittore la scrupolosa diligenza con la quale eseguì le sue opere ; le sacome de’ suoi bambini sembrano derivate dall’Alunno, e così pure la venustà de’ sembianti angelici ; alcune pieghe de’ panneggiamenti ben inquadrate, i vivi moti delle teste, e delle mani, e il porre così bene queste in scorcio ; cose tutte, che non le ravviso nel primo suo maestro Bonfigli]). Voir sur ce point Galassi, 2004, op. cit. à la note 42, p. 75, 83-84, 93 notes 66, 96-97, notes 113-119.
51 La découverte d’un document a permis à M. Bury d’attribuer le Trittico della Giustizia à Bartolomeo Caporali et à Sante di Apollonio del Celandro (voir M. Bury, « Bartolomeo Caporali : a new document and its implications », dans The Burlington Magazine, CXXXII, 1990, p. 475. Par la suite, P. Scarpellini dans C. Bon Valsassina, V. Garibaldi (sous la direction de), Dipinti, sculture e ceramiche della Galleria Nazionale dell’Umbria. Studi e restauri, Firenze, 1994, p. 235-238, a ajouté, sur la base de considérations stylistiques, la Nativité de Monteluce au catalogue de Caporali.
52 Orsini, Guida, 1784, op. cit. à la note 6, p. 374-375 : siccome io l’ho veduta, riflessa dentro uno specchio ; le même jugement se trouve aussi dans la version de poche du guide : id., Abrégé, op. cit. à la note 7, p. 100-101 (« les étrangers peuvent la voir réfléchie dans un miroir » [i forestieri la possono vedere riflessa dentro uno specchio]). Pour plus de détails sur le sujet voir aussi Galassi, 2004, op. cit à la note 42, p. 75, 78-79, 88-89, note 54.
53 Orsini, Guida, 1784, op. cit. à la note 6, p. 139-140.
54 Mariotti, Lettere, op. cit. à la note 8, p. 243. Voir Galassi, 2004, op. cit. à la note 42, p. 75, 81-82, 89, note 55.
55 Orsini, Guida, 1784, op. cit. à la note 6, p. 233, avait attribué la peinture à Andrea d’Assisi dit l’Ingegno, en se basant sur Morelli, op. cit. à la note 6, p. 80. Pour plus de détails sur le sujet, voir aussi Galassi, 2004, op. cit. à la note 42, p. 75, 91, note 61.
56 L’œuvre avait été correctement attribuée à Cocchi par Crispolti, 1597, éd. 2001, op. cit. à la note 6, p. 97, mais son indication fut ignorée par la suite. Orsini, Guida, op. cit. à la note 6, p. 306, propose une attribution à Pinturicchio qui fut reprise par Modestini, op. cit. à la note 11, p. 18-19. Pour une bibliographie plus complète de la peinture, voir Galassi, 2004, op. cit. à la note 42, p. 75, 79-80, 91-92, note 62.
57 La peinture était attribuée à Orazio Alfani dans toutes les sources relatives à la ville (Crispolti, 1597, éd. 2001, op. cit. à la note 6, p. 98 ; Morelli, op. cit. à la note 6, p. 112 ; L. Pascoli, Vite de’ pittori, scultori e architetti perugini, 1732, p. 75 ; Orsini, Guida, 1784, op. cit. à la note 6, p. 307-308 ; Modestini, op. cit. à la note 11, p. 21. Sur la peinture, voir Galassi, 2004, op. cit. à la note 42, p. 75, 82-83, 92, note 63.
58 Morelli, op. cit. à la note 6, p. 65.
59 Pascoli, op. cit. à la note 57, p. 83.
60 Boarini, op. cit. à la note 4, p. XXIII.
61 Orsini, Guida, 1784, op. cit. à la note 6, p. 59-60. Id., op. cit. à la note 20, p. 314, note 1 : au sujet d’un éventuel classement de Mariano di ser Austerio parmi les élèves du Pérugin, selon la thèse de Mariotti (voir note suivante) Orsini considère plutôt que le panneau Belli révèle l’héritage « de la bonne école florentine plutôt que d’un autre maître et ne porte aucune trace de notre Pietro [Perugino] » [di buona scuola fiorentina, che di altro maestro, e niuna traccia vi apparisce del nostro Pietro].
62 Mariotti, Lettere, op. cit. à la note 8, p. 198-202 ; id., ibid., pour les citations suivantes : rappresentò in essa la Madonna con S. Lorenzo, ed altri santi, come tuttora si vede, collo stemma della suddetta famiglia nel basamento de’ pilastri della medesima tavola, consistente in un capriolo accompagnato da tre rose ; la qual arme si vede ancora scolpita nella lapida sepolcrale sul pavimento in faccia all’altare […] fu dipinta da Mariano per questa cappella nel tempo medesimo, in cui vi fu fatta la invetriata dal Priorino, cioè da quel Guglielmo di Marsiglia, detto ancora il Priore, che vi ho nominato altra volta […] venne in Italia solamente a’ tempi di Giulio II, dovrà anche la pittura di Mariano riferirsi a questa medesima età, e perciò dopo il 1503 […]badando poi allo stile di questa tavola, non pare a voi di trovarvi una gran somiglianza, colle stile di Pietro ? E quella doratura della dalmatica di San Lorenzo non vi richiama alla memoria la dalmatica, di cui il celebre Pinturicchio rivestì lo stesso santo nella sua tavola spellana ? Quando sia così, prenderò io coraggio per annoverare anche Mariano fra gli scolari di Pietro, e per crederlo contemporaneo ed emulo del Pinturicchio, ma di età un po’ più giovine di lui.
63 Id., ibid., p. 6 : « Pascoli fut trop négligeant dans l’étude des peintres de sa patrie ; et il ne connut que ceux qui lui avaient été signalés par d’autres ; et il en appela trop à Vasari, auteur par ailleurs du plus haut mérite et d’une grande intelligence » [Fu troppo negligente il Pascoli nel ricercare i pittori della sua patria ; e perciò non conobbe se non quelli che gli vennero suggeriti da altri : e deferì troppo al Vasari, autore per altro di sommo credito, e di profonda intelligenza]. Voir sur ce point Scarpellini, op. cit. à la note 28, p. 663 ; Teza, op. cit. à la note 27, p. 223-224.
64 G. Vasari, Le vite de’ più eccellenti pittori, scultori ed architettori scritte da Giorgio Vasari pittore aretino, Firenze, 1568, éd. critique par les soins de G. Milanesi, V, Firenze, 1906, p. 251 : la quale non soddisfece molto.
65 [Insieme alle] storie ch’egli vi aggiunse nella predella […] ci fan vedere ch’egli era un eccellente pittore. A non volersi opporre al Vasari in ordine alla pittura di Ancona, o bisognerà dire che il nostro Mariano avesse la stessa disgrazia del Rosso, del Beccafumi, del Pussino e di molti altri, i quali mutando paese, e luogo, non più sembrarono que’ valentuomini, che erano veramente nel lor proprio clima.
66 Voir Galassi, 2004, op. cit. à la note 42, p. 99-106 et surtout id., « La pala Belli di Mariano di ser Austerio nella Pinacoteca Vaticana : un’opera ritrovata », dans Bollettino dei Monumenti Musei e Gallerie Pontificie, XXIII, 2003, p. 147-185. Ce dernier article comporte la reconstruction de notre découverte fondée sur les documents et sur des arguments stylistiques.
67 La peinture, présentée sous le n° 122 du catalogue, était décrite ainsi : « Vierge portée sur des nuages, montre un livre à l’Enfant Jésus. Elle est accompagnée des Esprits Célestes, de saint Jean-Baptiste, de saint Laurent, de saint Jérôme et de saint Dominique » ; voir Notice des tableaux des écoles primitives de l’Italie, de l’Allemagne, et de plusieurs autres tableaux de différentes écoles, exposés dans le grand salon du Musée Royal, ouvert le 25 juillet 1814, Paris, 1814, p. 96, n° 122.
Auteurs
- Maria Teresa Caracciolo (trad.)
-
Cristina Galassi
Maître de conférences en histoire de l’art moderne à l’Université de Pérouse, est l’auteur de l’ouvrage, issu de sa thèse de Doctorat, Il Tesoro perduto. Le requisizioni napoleoniche a Perugia e la fortuna della scuola umbra in Francia tra 1797 e 1815, Volumnia Editrice, 2004. Elle a dirigé l’ouvrage collectif L’Arte del legno tra Umbria e Marche. Dal Manierismo al Rococo, Perugia, 2001 et est l’auteur de l’essai « Le requisizioni francesi a Perugia di Jacques-Pierre Tinet (1797) : le opere “che degne saranno di essere raccolte per poi trasportarsi in Francia nel Museo della Repubblica” », dans Les Cahiers d’Histoire de l’Art, 1, 2003, p. 141-154.
Le texte seul est utilisable sous licence Licence OpenEdition Books. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.
Peindre, voir et croire dans les Alpes
La peinture murale en val de Suse (xive-xvie siècles)
Marianne Cailloux
2021
L’estampe un art multiple à la portée de tous ?
Sophie Raux, Nicolas Surlapierre et Dominique Tonneau-Ryckelynck (dir.)
2008
Formes de la maison
Entre Touraine et Flandre, du Moyen Âge aux temps modernes
Étienne Hamon, Mathieu Béghin et Raphaële Skupien (éd.)
2020
Lumières du Nord
Les manuscrits enluminés français et flamands de la Bibliothèque nationale d’Espagne
Samuel Gras et Anne-Marie Legaré (éd.)
2021
Artistes et collections royales et princières en France (XVIe-fin du XVIIIe siècle)
Delphine Carrangeot (dir.)
2025
