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    Plan détaillé Texte intégral Une revue professionnelle dynamisée par un administrateur pédagogueUne revue qui se veut un outil pédagogique au service des enseignantsUne revue militante : laïcité, solidarité et paix Notes de bas de page Auteur

    L’éducation au patrimoine

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Un patrimoine éducatif d’une grande modernité : Le Volume, revue pédagogique dirigée par Jules Payot (1899-1914)

    Jean-François Condette

    p. 109-131

    Texte intégral Une revue professionnelle dynamisée par un administrateur pédagogueUne revue née dans le bouillonnement réflexif des années de la réforme républicaineJules Payot, un administrateur pédagogueJules Payot, directeur du Volume et son équipeUne revue qui se veut un outil pédagogique au service des enseignantsUne revue qui espère une profonde réforme pédagogiqueUn guide pédagogique pour les maîtresUne revue ouverte sur l’actualité générale et professionnelleUne revue militante : laïcité, solidarité et paixDéfendre la République et la morale laïqueLa question sociale : solidarité, progrès et justiceUn pacifisme patriotique explicité Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Le patrimoine éducatif est d’une extrême diversité2 et la pluralité manifeste de ses formes est à la fois une chance et un défi pour le conservateur et le chercheur. Il y a certes les archives manuscrites, aux différents échelons scolaires ou universitaires, masses documentaires de plus en plus volumineuses à mesure que les institutions accueillent davantage d’élèves ou d’étudiants ; puis il y a aussi la multiplicité des ouvrages destinés aux enseignants et aux élèves, sans oublier les textes prescriptifs depuis les grandes lois scolaires jusqu’aux programmes disciplinaires ou aux circulaires spécifiques. À ces archives de papier, viennent s’ajouter des archives de pierre, de bois et d’acier, entre autres composantes, car le patrimoine matériel est aussi fondamental à préserver et à analyser, depuis les bâtiments scolaires et leur architecture, leur équipement, leurs mobiliers jusqu’au matériel pédagogique que chaque discipline peut mobiliser dans la classe. Travaux d’élèves (copies, cahiers, etc.), cours d’enseignants mais aussi témoignages oraux des uns et des autres viennent à souhait compléter ce patrimoine.

    2Dans cet inventaire à la Prévert jamais achevé, il est souvent un domaine qui est laissé de côté ou trop rapidement mentionné, celui des revues pédagogiques qui sont nombreuses et se veulent des aides à la diffusion dans les écoles des « bonnes » méthodes et des « bons » comportements. À ce niveau, l’installation de la Troisième République marque un net développement du nombre des titres alors que l’École est un enjeu majeur de la conquête républicaine des masses. Pierre Ognier, dans son article de 1984 consacré à la Revue pédagogique, notait que « la presse pédagogique représente entre 1870 et 1914, un immense corpus de textes vivants, variés et passionnants3 » mais encore très inemployé par les chercheurs. Si ce corpus a, depuis, été méticuleusement inventorié et présenté4, s’il a été parfois travaillé pour lui-même5 ou en documents complémentaires à d’autres sources6, il n’en demeure pas moins que de multiples collections demeurent peu connues si elles ne sont pas menacées de destruction parce que dévoreuses d’espace. C’est un peu le cas de la revue Le Volume, Journal des instituteurs, des institutrices et de leur famille, revue fondée en 1887 mais profondément remaniée en 1899 lorsque Jules Payot, alors inspecteur d’académie mais aussi auteur d’ouvrages de philosophie morale à destination des éducateurs, prend la direction de cette revue et lui donne un souffle nouveau, la transformant en revue professionnelle et militante qui veut former à la fois le pédagogue dans sa classe mais aussi l’homme ou la femme dans ses convictions les plus profondes. Il s’agit donc ici, après avoir présenté le contexte de réforme de cette revue et son principal animateur, de saisir, entre 1899 et 1914, les finalités majeures qui sont données au Volume, d’abord comme outil pédagogique puis comme vecteur d’une idéologie solidariste, laïque et pacifique.

    Une revue professionnelle dynamisée par un administrateur pédagogue

    3Jules Payot n’est pas le créateur du Volume mais son modernisateur et son promoteur.

    Une revue née dans le bouillonnement réflexif des années de la réforme républicaine

    4Le Volume, Journal des instituteurs, des institutrices et de leur famille, dirigé un temps par Paul Souquer, professeur agrégé de philosophie au collège Rollin, a été fondé au cours de l’année 1887. Ses principaux collaborateurs sont des inspecteurs primaires, des instituteurs et des professeurs d’école normale mais aussi des enseignants du secondaire. Éditée par Armand Colin, elle paraît tous les samedis et l’abonnement coûte, en mai 1889, six francs par an, le prix au numéro étant fixé à 15 centimes. Les numéros forment annuellement quatre volumes centrés autour de quatre rubriques majeures : Variétés, mélanges, informations (chronique de la semaine, revue de la presse pédagogique, courts articles à caractère historique, géographique, scientifique souvent en lien avec l’actualité, dessins, poésies, etc.) ; Etudes pédagogiques puis législation et pédagogie (nominations, distinctions honorifiques, textes officiels, statistiques, défense des intérêts des maîtres et maîtresses ; textes des épreuves des examens et concours du primaire, articles de fond sur la pédagogie et les problèmes de l’école, etc.) ; Travaux scolaires (répartitions hebdomadaires, schémas de leçons, textes de devoirs, etc.) ; Œuvres littéraires (publication d’œuvres célèbres, etc.).

    5Cette publication vient rejoindre un nombre déjà important de revues qui se fondent dans ces premières années de la Troisième République. Le développement progressif des facultés et de la place de la recherche dans l’enseignement supérieur s’accompagne de la fondation de revues spécialisées dans leurs champs disciplinaires respectifs comme la Revue historique (1876), la Revue philosophique de la France et de l’étranger (1876), Le Moyen Âge (1888), les Annales de géographie (1891), la Revue de métaphysique et de morale (1895), la Revue d’histoire moderne et contemporaine (1899) ou, parmi bien d’autres encore, la Revue germanique (1905). D’autres revues, plus généralistes intéressent le monde enseignant telles la Revue universitaire (1892), qui est centrée sur l’enseignement secondaire, ses réformes, ses débats, la Revue internationale de l’Enseignement (1891), consacrée à l’enseignement supérieur, ou la Revue pédagogique, qui est un peu la revue « officielle » de la direction de l’Enseignement primaire, revue fondée en 1878 par Charles Hanriot, inspecteur d’académie avec le soutien actif de Ferdinand Buisson, puis rattachée au Musée pédagogique de la rue d’Ulm en juillet 1882. Mais les revues pédagogiques sont bien plus nombreuses en fait. Le Manuel général de l’Instruction publique fait figure de monument incontournable, lui qui est apparu dans une première version sous le titre de Journal général de l’instruction publique dès 1815 sous l’égide de la Société pour l’Instruction élémentaire. En novembre 1830, Louis Hachette lance un périodique mensuel, le Journal de l’Instruction élémentaire qui doit permettre de répandre dans toutes les écoles les bonnes méthodes. En octobre 1832, François Guizot demande au roi Louis-Philippe la création d’une revue à destination des maîtres des écoles primaires et charge le 20 octobre, l’inspecteur général Matter de la rédaction du Manuel général de l’Instruction primaire. Le premier numéro, daté de novembre-décembre 1832, est publié en janvier 1833. La revue change à plusieurs reprises de périodicité et de format mais devient vite la référence. « Très apprécié des instituteurs, le journal publie les actes officiels concernant l’enseignement primaire, prépare aux examens et concours de l’enseignement primaire. La partie scolaire est très détaillée7 ». La revue est cependant très officielle et très réservée vis-à-vis du syndicalisme enseignant par exemple ou des réformes pédagogiques hardies. Le Journal des instituteurs et des institutrices, fondé en 1858, change de nombreuses fois d’organisation mais connaît aussi un certain succès. La Revue de l’enseignement primaire et primaire supérieur, entre 1890 et 1929, est aussi assez prisée et l’on estime ses abonnés à près de 14 000 vers 1910. Elle se définit comme « scientifique, laïque, démocratique, humanitaire, sociale » et consacre une chronique à la doctrine socialiste. Gustave Hervé et Jean Jaurès y contribuent régulièrement. L’École nouvelle, fondée en 1876 apparaît comme un journal donnant la parole à « l’aile avancée des pédagogues républicains8 », protestant dès 1881 contre le militarisme à l’école.

    6Pour ce qui est du Volume, Jules Payot souhaite en faire une revue à la fois militante et pratique. À partir de son arrivée à la direction, en octobre 1899, la revue comporte une Partie générale et une partie Travaux scolaires paginées séparément à partir de 1903. Cette seconde partie est accompagnée de documents pédagogiques souvent de grandes dimensions pour permettre l’affichage en classe et contient de nombreux sujets pour les exercices et les compositions. Dans le numéro du 7 octobre 1899, Payot signale : « À partir d’aujourd’hui, Le Volume paraît dans le format des revues […]. Il ne s’agit pas là d’un simple changement de format ; ce changement n’est que le signe visible d’une orientation nouvelle9 ». Il précise alors les rôles de la revue et insiste sur le fait qu’il s’agit de donner aux maîtres « le moyen de préparer une classe intéressante » et de les tenir informés des progrès des connaissances.

    « À côté des travaux scolaires, qui demeurent la base essentielle de tout organe pédagogique, nous ouvrons une rubrique nouvelle : “Le mouvement des idées”, afin qu’aucun fait important dans l’ordre religieux, politique, moral, littéraire, scientifique, artistique n’échappe à l’instituteur et que, dans le hameau le plus reculé, il ait une vue en raccourci de la vie nationale et internationale. Il sera tenu au courant de ce qui s’écrit dans les grandes revues, au courant des découvertes géographiques, industrielles, etc.10 ».

    Jules Payot, un administrateur pédagogue

    7Jules Payot collabore à la revue dès 1898 avant d’en prendre la direction en 1899. Ce Savoyard, né à Chamonix, le 30 avril 1859, fait ses études à l’école primaire locale puis au collège de Bonneville (1869) et au lycée d’Annecy11. Bon élève, il réussit le baccalauréat en 1877 et décide de commencer des études supérieures, même si les ressources de la famille ne le permettent pas vraiment. Il bénéficie alors de la création par la Troisième République des premières bourses de licence (1877) et d’agrégation (1880). Licencié ès lettres en 1879, il prend un poste d’enseignant, le besoin d’argent se faisant pressant et devient alors professeur dans plusieurs collèges successifs12, Il se décide à préparer l’agrégation et, en 1883-1884, se place en congé d’inactivité pour préparer le programme ; il échoue une première fois. On le retrouve boursier d’agrégation à la faculté des lettres de Paris (1884-1885 et 1885-1886) mais il ne parvient pas à entrer dans la liste des heureux élus, le nombre de reçus étant très faible13. Il doit alors reprendre un poste mais le travail finit par payer, Jules Payot étant admis à l’agrégation de philosophie au dixième rang (sur seize admis) en 1888. Il est alors nommé professeur de philosophie au lycée de Bastia (21 février 1889) et demeure en Corse jusqu’en juillet 1890 avant de partir pour le lycée de Lons-le-Saunier (8 septembre 1890). En septembre 1891, il est nommé professeur au lycée de Bar-le-Duc où il demeure quatre années jusqu’en mai 1895, date de sa nomination comme inspecteur d’académie14

    8Fortement influencé par le néopositivisme et par les idées du solidarisme mais aussi par la libre-pensée15, se posant de nombreuses questions sur les croyances et sur l’éducation, Payot devient un auteur reconnu dans les milieux éducatifs. Grand lecteur des travaux du philosophe et économiste anglais John Stuart Mill (1806-1873) et de ceux du philosophe et sociologue Herbert Spencer (1820-1903), Jules Payot se forge de solides convictions personnelles qui mettent l’accent sur le rôle majeur des sensations et sur l’importance de l’éducation de la volonté personnelle au service de la raison. Docteur ès lettres en Sorbonne en 1895 avec un travail sur De la croyance16, Payot insiste sur la force de la raison mais aussi sur les limites de la science, ne partageant plus « le naïf enthousiasme des savants d’il y a trente ans17 ». Payot en vient alors à expliquer le travail quotidien à opérer pour que notre raison réussisse son œuvre d’affranchissement et termine par la question fondamentale qui est celle de l’éducation. Il est persuadé que la démocratie doit inventer un modèle laïque pour remplacer le mode d’éducation dispensé pendant des siècles par l’Église.

    9Il publie au cours de ces années plusieurs articles dans la Revue philosophique et rencontre un beau succès de librairie avec son premier livre L’éducation de la volonté (1894). La première édition est épuisée en quelques semaines et, en 1937, l’ouvrage en sera à sa 44e édition avec près de 60 000 exemplaires vendus, le livre étant alors traduit en onze langues18. Il s’agit essentiellement d’un livre de philosophie morale à destination des « intellectuels », des étudiants et des enseignants qui veulent vivre raisonnablement. En 1895, il publie ensuite L’éducation de la démocratie qui est aussi un livre apprécié des pédagogues par les préceptes qu’il diffuse et qui insistent sur l’importance capitale de l’éducation dans la formation de républicains sincères et d’hommes dotés d’une volonté raisonnable. Payot relève le déclin de la foi religieuse qui nécessite l’affirmation d’une autre morale capable d’unir les citoyens afin que ne règnent pas l’individualisme et les tensions permanentes.

    10Nommé inspecteur d’académie en Ardèche (4 mai 1895), Payot dirige ce département jusqu’à sa mutation à la tête du département de la Marne (17 septembre 1898). Il y a dans ce choix de carrière une volonté évidente d’occuper un poste qui lui permette de diffuser ses idées pédagogiques et ses conceptions de l’éducation de la jeunesse. À ce titre, il focalise son énergie sur deux exercices incontournables que sont la dictée et la composition française, exercices qu’il propose de rénover. Il milite en particulier pour la dictée préparée et pour la composition française qui ancre sa réflexion dans le vécu des élèves. Il propose aussi une méthodologie de la correction de la composition qui doit placer l’élève en situation d’acteur. En octobre 1902, il est ensuite nommé recteur de l’académie de Chambéry, petite académie qui passe pour être une académie d’apprentissage de la fonction. Le moment correspond assez précisément à son échec dans la conquête de la chaire de la Science de l’éducation de la Sorbonne. Élu député aux élections législatives de 1902, son titulaire Ferdinand Buisson doit être remplacé. Payot se porte candidat mais il est largement battu par Émile Durkheim, professeur à la faculté de Bordeaux. En 1899, Payot avait également été candidat, sans succès, à la succession d’Édouard-Auguste Jacoulet (1830-1909) comme directeur de l’École normale supérieure de Saint-Cloud. Dans une lettre du 15 novembre 1899, il pose sa candidature, insistant sur ses aptitudes pour ce poste centré sur la formation de professeurs qui enseigneront dans les écoles normales primaires19.

    « J’ai demandé Saint-Cloud parce que depuis vingt ans, je m’occupe de questions d’éducation. J’ai publié L’Éducation de la volonté traduit en plusieurs langues étrangères et qui est arrivé à sa dixième édition. J’ai publié un ouvrage sur De la croyance, un autre sur L’éducation de la démocratie, un autre destiné aux instituteurs et dont 4000 exemplaires sont répartis dans le corps enseignant. J’ai publié en outre un grand nombre d’articles [… Autrefois conseiller général, j’ai abandonné la politique pour me consacrer tout entier à ma tâche d’éducateur […]. Si je sollicite Saint-Cloud, c’est que la direction de l’École et de son enseignement seraient l’emploi complet de mes études, de mes goûts et de mes aptitudes […]. J’ai conscience que j’y rendrais de grands services par le renouvellement des méthodes et par une direction morale active20 ».

    Jules Payot, directeur du Volume et son équipe

    11Jules Payot, inspecteur d’académie en 1899, connaît quelques soucis avec les bureaux du ministère lorsqu’il prend la direction du Volume. Il faut dire qu’il s’est fait remarquer par son militantisme, voulant assurer la promotion des méthodes actives. En avril 1902, un rapport de l’inspecteur général signale son activité dans la Marne :

    « M. Payot a un département très chargé ; un personnel de 1 400 instituteurs et institutrices publics, deux écoles normales, deux lycées, cinq collèges, sept circonscriptions d’inspection primaire ; et il ajoute encore à ce travail la direction d’un important journal pédagogique hebdomadaire. Mais il a une grande activité et ne ménage pas son temps. Il a une instruction très étendue et très solide. Il est l’auteur de deux livres très appréciés à juste raison, Les instituteurs et des institutrices et l’Éducation de la volonté qui a été traduit en plusieurs langues et dont il existe une fort belle édition allemande. C’est un esprit distingué qui a conscience de sa valeur, une haute intelligence, un caractère élevé, parfois susceptible, vif et autoritaire. Il est estimé et très apprécié de tous les républicains et de tous les libres esprits qui veulent aller de l’avant, autant qu’il est attaqué par les cléricaux dont les journaux ne cessent d’attaquer sa libre-pensée et son influence néfaste. M. Jules Payot dirige et suit consciencieusement son service mais peut-être le dirige-t-il trop exclusivement de haut, par suite sans doute de ses nombreuses occupations21 ».

    Document 1 – Le recteur Payot vers 1920.

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    © Jean-François Condette, collection personnelle

    12Les premiers numéros du Volume nouvelle version sont lus et renvoyés à Payot avec des annotations sévères. Une lettre au directeur de l’Enseignement primaire, Charles Bayet, le 26 août 1899, prend acte des critiques émises et décide de supprimer la rubrique Tribune libre « dont vous me signalez le danger22 ». Dans une lettre au ministre datée du 23 septembre 1899, Payot s’explique. Armand Colin lui a demandé de réorganiser la revue ; il a donc passé ses vacances d’été à y travailler et la maison d’édition a accepté son plan, lui demandant de passer du statut de directeur pédagogique à celui de directeur effectif.

    « J’ai l’honneur de solliciter de votre haute bienveillance cette autorisation […]. Mon désir, Monsieur le ministre serait : 1) De réagir par l’exemple contre le morcellement excessif des matières d’enseignement. Les journaux scolaires, en mâchant absolument le travail des maîtres, tuent en eux toute initiative. 2) De rompre avec les habitudes qui consistent à flatter bassement les instituteurs, à leur répéter qu’ils sont malheureux et que le gouvernement les a trompés […]. 3) Je tenterai de fournir aux instituteurs une doctrine morale et professionnelle très haute, sans jamais descendre aux questions politiques du jour. Les journaux pédagogiques actuels laissent trop nos maîtres d’école sans direction élevée. Peu à peu, ceux-ci perdent le goût des vues d’ensemble généreuses et, en l’absence de vues philosophiques capables de les émouvoir, ils ne se préoccupent plus que de leurs intérêts matériels23 ».

    13Dans une lettre du 15 novembre 1899, Jules Payot, lassé des tracas occasionnés par les bureaux ministériels, écrit au directeur de l’Enseignement primaire :

    « Vous me faites l’honneur de me demander pourquoi, administrateur, je n’ai pas sollicité une autorisation en règle. Je vous répondrai très loyalement sur ce point. J’ai publié quatre volumes et plus de cinquante articles dans diverses revues sans jamais recevoir une observation. Aussi ai-je cru de même être libre de prendre sous ma responsabilité la direction d’une revue de pure pédagogie qui s’interdirait absolument toute allusion politique et toute critique des actes administratifs [Jules Payot relève alors que la plupart des revues pédagogiques existantes, telles Le Journal des Instituteurs ou L’École nouvelle, sont dirigées ou ont dans leur comité des administrateurs] […]. Je n’ai pas pu prévoir une interdiction dirigée exclusivement contre moi. Par contraste avec la liberté accordée aux autres, elle signifierait nettement une défiance particulière et je pense injustifiée à mon encontre […]. Une interdiction, outre son caractère de défiance a priori à mon égard, m’inquiéterait profondément pour ma liberté d’écrivain. J’ai un livre qui doit paraître prochainement. Devrais-je le soumettre avant de le publier ? Devrais-je de même soumettre mes articles ? […]. Jamais mon travail administratif n’a souffert de mes travaux personnels […]. Votre lettre m’a bouleversé car après l’audience que vous m’avez fait l’honneur de m’accorder, il y a six jours, j’avais cru l’incident clos définitivement24 ».

    14Les bureaux craignent qu’il ne se serve de la revue pour mobiliser les maîtres sinon contre l’administration, tout du moins pour l’obtention de réformes nombreuses.

    15Devenu recteur en 1902, de la petite académie de Chambéry, Payot dirige à partir de novembre 1907, l’académie d’Aix, beaucoup plus importante. Fait exceptionnel, alors que le recteur depuis la réforme fondamentale initiée par Hippolyte Fortoul et le décret impérial du 22 août 1854 sur l’organisation des académies, voit ses prérogatives majeures se concentrer sur les enseignements secondaire et supérieur, et que la plupart des recteurs focalisent leur énergie sur ces filières, Jules Payot semble s’intéresser d’abord à l’enseignement primaire et à ses méthodes. Les attributions du recteur comprennent, selon les décrets de 1854 : « la direction et la surveillance des établissements d’enseignement supérieur ; la direction et la surveillance des établissements publics d’enseignement secondaire ; la surveillance de l’enseignement secondaire libre ; le maintien des méthodes de l’enseignement primaire public (article 17) ». Il n’est donc pas « hors-la-loi » mais fait figure, avec quelques autres recteurs, tels Albert Châtelet25, d’exception sous la Troisième République, par son souci de la pédagogie de l’école primaire.

    16Dans le numéro du 30 juin 1900, Payot présente son équipe éditoriale. On y trouve MM. Bony (inspecteur primaire à Calais), Colomb (sous-directeur du laboratoire de botanique de la Sorbonne), Mironneau (directeur d’école normale à Privas), Hue (inspecteur primaire à Reims), Martin (directeur d’EPS à Dijon), Demangeon (maître-surveillant à l’École normale supérieure), Guéchot (professeur au lycée de Reims), Floriot (directeur d’école à Paris), Fabens (« vice-président des Sports athlétiques »), Foncin (inspecteur général de l’enseignement secondaire), Martel (inspecteur général de l’enseignement primaire), Delvalez (professeur au lycée de Poitiers), Paul Dupin (compositeur de musique), Alengry (inspecteur d’académie à Tulle) et Madame Gevin-Cassal (inspectrice générale des services de l’enfance)26. L’équipe est ici nettement moins parisienne que celle de la Revue pédagogique et intègre davantage d’hommes de terrain.

    Une revue qui se veut un outil pédagogique au service des enseignants

    17Le tirage du Volume semble, juste avant la Première Guerre mondiale, être assez important, même si nous n’avons pas retrouvé de chiffres précis. Il est certain, en tout cas que nombreux membres de l’enseignement primaire lisent la revue qui devient « une véritable institution avec une partie pédagogique contenant des leçons-modèles et des mises à jour pour toutes les matières, et une partie générale où Payot écrit des éditoriaux sur des sujets variés, de politique, d’actualité et de culture27 ». Jacques Ozouf, grâce à son enquête sur les instituteurs (3981 réponses au questionnaire de 1961 sur 20000 instituteurs identifiés comme ayant enseigné avant 1914) relève que 84 % de leurs témoins lisaient avant 1914 une revue pédagogique : « 12 % lisent l’École nouvelle, 23 % Le Volume, 23 % la Revue de l’enseignement primaire et primaire supérieure, 33 % le Journal des Instituteurs et 65 % le Manuel général de l’instruction primaire, vedette absolue28 », tout directeur d’école étant aussi abonné à cette revue.

    Une revue qui espère une profonde réforme pédagogique

    18Jules Payot, dès ses premiers ouvrages, milite pour une réforme des méthodes employées dans le primaire qui lui apparaissent routinières et sclérosées, ne tenant pas compte des découvertes de la psychologie de l’enfant et des progrès de la recherche. C’est ainsi qu’il reprend souvent dans Le Volume, pour les développer et les illustrer, les idées émises dans son livre de 1897, Avant d’entrer dans la vie, aux instituteurs et aux institutrices : conseils et directions pratiques29.

    19L’ouvrage devait d’ailleurs devenir un « best-seller » des bibliothèques des écoles normales, proposant une sorte de code du bon comportement du maître au village. Il est fondamental pour la démocratie de bien instruire mais aussi de bien éduquer la « troupe nombreuse » des maîtres et maîtresses et de leur transmettre une foi robuste dans l’avenir de la démocratie. Lors des années d’école normale, Payot insiste sur l’importance de l’œuvre d’affranchissement qui doit être opérée, affranchissement des préjugés et de l’influence religieuse. « Aussi est-il nécessaire, durant les trois années de l’École, de donner aux élèves une très forte culture morale indépendante de tout enseignement confessionnel30 ». Il faut s’affranchir des dogmes. Le livre propose alors une sorte de guide pratique de ce qu’il faut faire dans son poste au niveau pédagogique mais aussi au niveau des relations sociales avec les familles, les élites politiques ou administratives. Payot en appelle aussi à une révolution nécessaire dans les méthodes.

    « Il y a, à tous les degrés de l’enseignement, une véritable révolution à opérer. À l’enseignement en partie passif que les générations antérieures à la nôtre nous ont légué, nous devons nous efforcer de substituer partout des méthodes actives […]. Nous ne sommes plus des instituteurs destinés à fournir à un gouvernement absolu de fidèles sujets, peu portés à la réflexion et à l’indépendance ; nous devons chercher à susciter, pour une République maîtresse de ses destinées, des citoyens probes et capables de penser par eux-mêmes. Nous ne cherchons plus à incliner d’avance les esprits asservis aux exigences de dogmes religieux indiscutés ; car nous concevons aujourd’hui la vie religieuse comme devant jaillir des profondeurs d’une conscience bien informée et libre dans son choix. Pour tout dire, en un mot, à un enseignement d’asservissement des esprits, nous devons substituer un enseignement de libération et d’affranchissement31 ».

    20Le schéma classique du maître qui parle et du « disciple » qui écrit et récite ne convient plus. Il faut développer des énergies raisonnables et dotées d’une forte volonté et amener l’enfant à observer et à réfléchir. Les leçons de choses sont très utiles quand elles se fondent sur l’observation concrète et la découverte. Il faut aussi tenir compte des intérêts des enfants, de leurs préoccupations et de leurs questions, tout en sachant éveiller la curiosité. Les cours de morale eux-mêmes doivent s’appuyer sur la vie quotidienne.

    21De 1899 à 1914, le Volume reprend ces idées et les développe. Dans l’édito du numéro d’octobre 1903, Jules Payot rappelle ainsi l’objectif majeur de la revue :

    « Les principes qui inspirent le Volume sont connus. Nous avons vaillamment lutté contre l’esprit et les méthodes héritées du passé. Voilà trente-trois ans que la République a été proclamée en France et c’est à peine si l’esprit républicain commence à pénétrer et à transformer nos méthodes d’enseignement. Durant des siècles, l’école eut pour mission de former de bons sujets. Les maîtres possédaient la vérité politique, religieuse, sociale, et ils l’imposaient avec force. La méthode fut appliquée avec un succès extraordinaire par les Jésuites qui, au XVIIe et XVIIIe siècles, formèrent tous les maîtres de la pédagogie. Cet enseignement était un enseignement d’autorité. Au contraire, l’enseignement républicain doit être un enseignement libérateur. Nous avons foi en la rectitude de la raison individuelle. Nous voulons donner à chaque enfant le besoin de vérifier ses idées. Nous le voulons défiant à l’égard des préjugés, des passions, des partis pris […]. Nous voulons faire des enfants intelligents et énergiques qui nous sont confiés des individus affranchis, capables de réfléchir par eux-mêmes, résolus à n’accepter aucune affirmation essentielle, qu’elle vienne du maître, du livre, du journal, de la conversation, sans l’avoir vérifiée, c’est-à-dire confrontée avec leur expérience […]. Le Volume va donc faire pénétrer dans la pratique la plus minutieuse les idées de liberté qu’il a toujours défendues et qui ont assuré son succès. En outre, il suivra avec la plus grande attention le mouvement des amicales et il défendra avec le plus fort désir de les voir aboutir, les desiderata des instituteurs et des institutrices32 ».

    22Les articles sont nombreux qui proposent une réduction des programmes et la promotion des méthodes actives.

    Un guide pédagogique pour les maîtres

    23Il s’agit à la fois d’actualiser ou de compléter les connaissances scientifiques des enseignants, par des articles écrits par des spécialistes, et de proposer des pistes pédagogiques voire des documents pour la classe. De nombreuses pages du Volume font ainsi le point sur des thèmes inscrits dans les programmes, s’appuyant sur les travaux récents. Des leçons modèles sont régulièrement proposées. Dans le numéro du 14 octobre 1899, par exemple, Albert Demangeon, futur professeur de géographie à la Sorbonne, propose une mise en séances sur « la Gaule et les Gaulois » ainsi que des directions pédagogiques et une proposition de progression pour le primaire33. Très souvent, des mises au point sont faites sur les territoires d’outre-mer et leur mise en valeur ou sur leurs civilisations34. Dans le numéro du 5 octobre 1901, on trouve une « étude sur l’origine de l’homme » par le sous-directeur du laboratoire de botanique de la Sorbonne, G. Colomb qui, reprenant les thèses de Darwin, remonte jusqu’au pithécanthrope35. Louis Matruchot, professeur à l’École normale supérieure et membre de la Commission des fouilles d’Alésia, réalise en août 1908, une mise au point très documentée sur les trouvailles des champs de fouilles menées à Alise-Sainte-Reine avec de nombreux croquis36. Raoul Fabens, dans le Volume du 15 juillet 1905, réalise une synthèse intéressante sur « Le Japon d’aujourd’hui », insistant sur la modernisation rapide du pays qui vient de battre militairement les Russes37. En 1904-1905, Jules Payot, publie en différentes livraisons des articles sur « La dictée38 », militant pour la dictée préparée, puis sur « L’enseignement de la composition française39 », thème qui lui est cher. Au cours de l’été 1905, la revue édite plusieurs articles sur « Les chef-d’œuvre de l’art », publiant de nombreuses gravures sur les monuments principaux des diverses civilisations étudiées et qui doivent permettre aux enseignants d’alimenter leurs cours40.

    24Le Volume propose aussi de nombreuses mises au point sur l’enseignement de la morale. Payot signale ainsi dans le numéro du 21 octobre 1899 que « l’enseignement de la morale, est de beaucoup le plus difficile. On le morcelle à l’excès et, d’autre part, l’enfant qui n’est pas initié à l’idée du progrès humain ne peut comprendre la grandeur de sa tâche d’homme et le devoir qu’il a d’apporter sa contribution aux conquêtes morales réalisées par l’humanité41 ». Il écrit très régulièrement dans la revue une chronique, celle de M. Bourru, personnage créé par lui et qui est un vieux délégué cantonal, qui visite les classes, donne des conseils sur les apprentissages. Il devait d’ailleurs reprendre une partie de ces chroniques pour en faire un livre en 190442. Dans le numéro du 5 octobre 1901, le lecteur assiste ainsi à une « leçon d’écriture aux petits43 ». Dans le numéro du 8 février 1902, M. Bourru fait remarquer à Marguerite, une institutrice avec laquelle il se lie d’amitié, qu’elle parle trop fort. « La valeur du silence, voilà ce qu’on devrait apprendre aux élèves-maîtres44 ».

    Une revue ouverte sur l’actualité générale et professionnelle

    25Le Volume contient également diverses informations plus générales sur la vie scientifique, sur les progrès de la médecine par exemple, ou sur « la merveilleuse invention du docteur russe Zamenhof45 (espéranto) ». Dans le numéro du 6 janvier 1900, Le Volume fait une mise au point sur « La rouille des céréales : sa nature, sa propagation, les moyens de l’éviter46 ». Le Volume du 15 juillet 1905 donne des renseignements sur « Une nouvelle méthode de destruction des campagnols », suite à une conférence d’E. Chancrin, directeur de l’École d’agriculture et de viticulture de Beaune47. De multiples mises au point sont faites sur certaines maladies par des médecins ou des professeurs en médecine-pharmacie. Le numéro du 17 janvier 1901 retranscrit ainsi le texte de la troisième conférence sur la tuberculose de M. Duclaux48. Le numéro du 15 février 1902 poursuit le même combat et publie la conférence de J. Weill-Mantou, secrétaire général de la Société de préservation contre la tuberculose par l’éducation populaire, intitulé « Guerre à la tuberculose », et donne les conseils élémentaires d’hygiène49. Dans le numéro du 25 janvier 1902, Jules Payot titre « Je vous défends de tousser50 ». Tout est, selon lui, une question de volonté et l’auteur note l’importance énorme du moral sur le physique. Un malade qui s’abandonne est un malade perdu. Il faut apprendre à se servir de ses poumons, de son corps, savoir maîtriser sa respiration et faire des exercices. « La toux fatigue les bronches » et elle est peu hygiénique pour les autres. « Instituteurs et institutrices, défendez à vos élèves de tousser ! Persuadez les enfants de perdre cette mauvaise habitude ». Le numéro du 15 février 1902 déclare la guerre à la tuberculose et aux crachats51 et affirme que la volonté des hommes peut beaucoup pour éviter cette maladie. Il faut se protéger du bacille par une hygiène rigoureuse. La revue propose alors deux modèles de crachoirs de poche et leurs diverses pièces internes qui évitent de cracher sur le trottoir ou dans son mouchoir. Une conférence causerie du docteur J. Weill-Mantou est jointe au numéro. Le combat est poursuivi dans le numéro suivant du 22 février 1902 en insistant sur les effets de l’alcool qui accélère les complications respiratoires. Payot part en guerre, dans le numéro du 17 septembre 1904, contre « Le corset malfaiteur », invitant les institutrices à éduquer les filles et les mères aux dangers de cet instrument de servitude. « Les méfaits du corset sont effrayants. Il n’est pas un médecin qui ne puisse citer par douzaine des lésions graves provoquées par lui52 ». Il gêne la respiration, comprime l’estomac, « chasse les organes de leur place » et les empêche ensuite de fonctionner naturellement. La taille de guêpe n’est pas désirable et Payot dénonce « l’asservissement irraisonné de nos femmes à l’idéal qui leur est imposé par leur journal de mode ». Ces journaux ne montrent pas une femme réelle mais une esquisse sans ventre ni poitrine. Celles qui veulent se conformer au modèle mettent leur santé en danger et font preuve d’une « mauvaise humeur inévitable chez une femme gravement détraquée ». La revue reprend aussi régulièrement les informations importantes sur l’évolution des statuts des enseignants, sur le vote des budgets de l’Instruction publique et les textes réglementaires récents53.

    Document 2 – Les combats hygiénistes de Jules Payot et de l’école primaire.

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    Une page de la revue Le Volume, 15 février 1902, p. 329 : « Guerre à la tuberculose et aux crachats

    © Jean-François Condette

    Une revue militante : laïcité, solidarité et paix

    26Le Volume n’a pas la retenue politique, la neutralité prudente de la Revue pédagogique ou du Manuel général et apparaît comme une revue militante qui défend une certaine forme de radicalisme fondé sur l’importance de la raison, de la laïcité scolaire et sur un volontarisme réformiste qui permettra d’atténuer les inégalités sociales grâce à la mise en œuvre de la solidarité. La revue diffuse aussi un profond pacifisme patriotique.

    Défendre la République et la morale laïque

    27Il s’agit d’enraciner la République et ses valeurs dans les esprits et dans les cœurs des enfants et des maîtres et toutes les occasions sont saisies pour défendre les valeurs démocratiques, la laïcité et le régime républicain. Le numéro du 5 octobre 1901 affirme ainsi en édito : « Nous n’ignorons pas que l’avenir du pays dépend d’une éducation populaire résolument républicaine54 ». Dans le numéro du 7 juin 1902, Jules Payot fait son édite sur la défense de la République alors que le pays se divise pour la campagne électorale liée aux législatives.

    « Un journal pédagogique a une tâche essentiellement éducatrice. Mais l’éducateur, s’il veut que ses paroles portent, doit vivre dans le milieu réel où nous vivons tous […]. En voyant tant de croyance dans le mensonge, tant d’audace dans la diffamation […] répandue par les adversaires du régime républicain, il n’est pas un républicain qui n’ait eu parfois des inquiétudes sur le résultat des élections. D’autant plus que les adversaires des principes de la Déclaration des Droits de l’Homme avaient tenté de faire croire, par des campagnes de presse perfides et très violentes, que les républicains seraient de mauvais patriotes. Le bon sens a fait justice de ces calomnies. Mais nous ne devons pas nous endormir. La République, sortie de celle nouvelle crise analogue à celle du Boulangisme (1889), a un certain nombre d’années de tranquillité assurée ; elle doit mettre au premier rang les questions d’éducation car c’est par une éducation républicaine que la République assurera l’impossibilité d’un retour offensif des ennemis irréconciliables de la raison et de la liberté55 ».

    28La revue insiste ainsi en 1905 et 1906 sur l’importance de la loi de séparation des Églises et de l’État de 1905, rendant compte des débats parlementaires puis du texte adopté, « acte législatif d’une importance considérable56 ». À plusieurs reprises, la revue fait le point sur la laïcité scolaire et justifie son impérieuse nécessité au nom du respect de la liberté de conscience. Il s’agit d’éduquer à la Raison. Dans le numéro du 29 décembre 1899, Jules Payot présente ses « souhaits aux lecteurs pour le XXe siècle ».

    « Souvent je pense à toi, jeune homme studieux qui durant les soirées de Noël, à la veille de l’an 2000, relira notre histoire ; l’âme ouverte à toutes les impressions du beau, constamment mis en communion avec tes concitoyens par de splendides fêtes populaires et par des représentations théâtrales que seront une culture de tous les nobles sentiments, tu ne pourras supporter aucune lecture rabaissante ; tu seras calme, réfléchi ; tu considéreras toute violence dans les actes comme une réapparition en toi de l’ancêtre sauvage. Les questions internationales elles-mêmes te laisseront très maître de toi, tant tu seras habitué à compter sur l’arbitrage, sur l’esprit d’équité mutuelle. La croyance qu’on doit s’expliquer en hommes et non se battre comme des animaux, sera si forte chez tes pareils que si une nation de proie attardée à des sentiments de violence injustes recourrait aux armes, l’indignation et le sentiment que vous défendez non seulement la patrie mais l’honneur même de la civilisation feraient de vous des êtres invincibles […]. En effet, si le XIXe siècle a été le siècle de la vapeur et de l’électricité, le siècle des grandes conquêtes sur la nature, le XXe siècle sera le siècle de l’anoblissement de l’âme humaine. C’est lui qui, par une éducation affranchie de la routine, dégagera de l’âme française encore pleine de préjugés et de violences du passé, l’âme du citoyen juste, libre et réfléchi de demain […]. Le meilleur souhait que nous puissions faire pour le XXe siècle, c’est qu’il soit le Grand Siècle, celui de la mise en valeur de toutes les intelligences et de toutes les consciences françaises, en un mot le siècle de l’Éducation Nationale57 ».

    29On devine ici, l’immensité des espoirs du philosophe moraliste qu’est Jules Payot, mais aussi, a contrario, les terribles désillusions que le XXe siècle, à partir de 1914, devait lui apporter. Jules Payot s’en prend dans plusieurs articles de l’année 1902 à diverses publications récentes qui exigent l’unité morale du pays. Il rappelle que nul homme, nulle Église ne possède la vérité absolue. Dès lors, il faut travailler à l’union morale des volontés sans espérer l’unité morale qui serait la négation de la pensée libre58. Dans le numéro du 24 mai 1902, le débat continue et Jules Payot fait une mise au point signalant que si l’union est à espérer, l’unité par contre est impossible et dangereuse59.

    30À l’ancienne morale religieuse qui a longtemps dominé dans l’enseignement, mais qui a perdu beaucoup de son influence, il faut substituer, sous peine d’avoir un enseignement vide de sens et de laisser les enfants sans repères, une morale laïque. L’enseignement moral mis en place par les républicains après la loi de 1882 n’est pas efficace car trop théorique. Il faut au contraire un enseignement simple, basé sur la vie quotidienne. C’est l’idée majeure du livre que Payot publie en 1904 à destination des adultes, intitulé Cours de morale, et qui rencontre un vrai succès de librairie (six éditions réalisées en quatre ans)60. En 1907, il publie ensuite le manuel scolaire correspondant, La morale à l’école (1907)61, ouvrage qui est ensuite placé sur la liste des livres interdits par l’Assemblée des évêques de France pour sa laïcité militante et ses critiques contre l’Ancien Régime alors que gronde la seconde guerre des manuels en 1909-191062. La préface du Cours de morale relève :

    « Ce qui manque à l’école laïque, c’est un enseignement moral indépendant, non pas seulement de tout dogme, mais de l’état d’esprit qui résulte de longues traditions confessionnelles : l’enseignement moral n’est pas « laïcisé ». Aussi les cours en usage ne sont-ils qu’une prédication au nom d’un devoir qu’on accepte sans l’établir : simple démarquage des morales religieuses, cet enseignement ordonne mais ne démontre pas. Fais ceci ! Fais cela ! Pourquoi ? Fais, ne raisonne pas ! À cette méthode dogmatique, despotique, substituons l’appel constant à l’expérience, à la réflexion, à la raison. Le prêche sans sincérité doit faire place à un enseignement moral digne de la pensée philosophique actuelle, c’est-à-dire fondé sur les résultats généraux de la science contemporaine. L’enseignement actuel, n’ayant pas de doctrine, se présente comme une suite d’épisodes sans liens entre eux. Aux devoirs envers soi-même succèdent les devoirs envers la famille, envers autrui, etc. L’enseignement moral devient un enseignement comme les autres, une suite de leçons qu’on doit savoir ; il néglige d’être une force directrice de la pensée et de l’action63 ».

    31Dans le Volume du 4 novembre 1906, Payot prend le temps d’expliquer pourquoi il a décidé de ne pas répondre aux critiques qui s’en prennent à son manuel de morale.

    « Et à vrai dire, il n’y a contre l’école laïque qu’un seul ordre de reproches, c’est sa morale non confessionnelle […]. Sur les morales religieuses, la morale laïque a la supériorité. C’est la supériorité d’une morale qui peut unir toutes les consciences sur une morale qui les divise en sectes haineuses. Elle est plus large, plus compréhensive, plus généreuse. Elle domine les morales religieuses de toute la dignité qui sépare la solidarité de l’humiliante charité64 ».

    32En 1908, Le Volume publie, en plusieurs livraisons, un récit sur « L’intolérance religieuse sous le règne de Louis XIV » qui décrit les persécutions dont sont victimes les protestants65. Le combat anticlérical de la revue peut aussi être plus direct comme dans le numéro du 2 janvier 1910 où Payot titre « Avenir inquiétant ». Il y dénonce les croyances anciennes aux sorcières, aux miracles et « le fonds superstitieux de l’humanité primitive66 ». Il faut faire ce que l’on peut pour « combattre l’ensemble des inclinaisons humaines qui font échec à la recherche calme et patiente de la vérité ». Il condamne alors les critiques abusives des opposants à la République, soutenus par le clergé, et qui imposent à l’enseignement primaire une formule négative, celle de la neutralité. Cet enseignement n’est pas neutre mais repose sur un « principe vivifiant qui est le développement de l’esprit scientifique ». Il poursuit son travail de dénonciation des visées cléricales dans le numéro du 9 janvier 1910 s’en prenant à « la pieuvre67 » qui mène la lutte contre l’école républicaine.

    La question sociale : solidarité, progrès et justice

    33Dans Le Volume, Jules Payot témoigne d’un réformisme fondamental. S’il dénonce les inégalités sociales encore bien trop fortes en France malgré la Révolution et l’instauration de la République, qui marquent des étapes majeures dans la lutte contre les anciens privilèges, il place ses espérances dans une république éclairée qui accepte de faire les réformes nécessaires mais dénonce les utopies marxistes, regrettant d’ailleurs que le socialisme français ait fait le choix de Marx et du socialisme allemand contre les idées de Joseph Proudhon. C’est par de profondes réformes mais sans révolution que les choses avanceront et l’on perçoit dans les textes du Volume la profonde influence du solidarisme dont Léon Bourgeois68 fut l’un des apôtres et que Payot a connu lors de ses fonctions d’inspection dans la Marne. « Une société ne saurait vivre dans la sécurité et dans la paix, si les hommes qui les composent ne sont pas unis et comme volontairement disciplinés par une même conception de la vie, de son but et de ses devoirs. L’éducation nationale a pour fin dernière de créer cette unité des esprits et des consciences69 ». Son programme, le solidarisme, tente d’ouvrir une via media entre le libéralisme individualiste et le socialisme collectiviste. Chacun a un devoir social à remplir et seule la philosophie de la solidarité peut favoriser la construction d’une république de la main tendue contre le poing fermé. À la charité, il faut substituer des règles d’une mutualité organisée. Si la solidarité est une « notion insaisissable », recouvrant un « abîme de perplexités70 », corpus de théories déjà fortement débattues au milieu du XIXe siècle71, l’idéal solidariste connaît un grand succès après 1896, date de parution de Solidarité, le livre de Léon Bourgeois. La République, qui a consacré le citoyen au niveau politique, est sommée de « se faire sociale » sans rien céder sur les libertés personnelles. Dès lors, entre l’individualisme égoïste et le socialisme collectiviste négateur des libertés, la solidarité apparaît comme une troisième voie, comme un substitut moderne de la charité chrétienne. Cette solidarité s’exerce entre les générations présentes et celles du passé qui nous lèguent de multiples progrès mais aussi entre les hommes du temps présent et entre les nations.

    34On retrouve ces idées « solidaristes » dans Le Volume alors que la solidarité devient, entre 1896 et 1914, la « doctrine officielle pour la République sociale72 ». Par l’École, il faut œuvrer à la formation du sens social, seul moyen d’éviter la révolution. La solidarité permet alors de concilier la liberté individuelle et l’objectif de justice sociale, en affirmant « la négation de la violence73 ». Défenseur de la propriété individuelle, condition de la liberté et de l’indépendance matérielle, Le Volume prône la nécessité de la solidarité qui doit reposer sur des systèmes de mutualité. La tâche est « immense » car il faut organiser toute une série de caisses spéciales d’assurances mutuelles contre les accidents imprévus (naturels, du travail, maladie, etc.) mais aussi pour la retraite. Dans le Volume du 3 mai 1902, Payot insiste sur l’importance de la mutualité autour d’une causerie conférence, se chargeant de l’avant-propos et commentant le dessin que publie la revue pour illustrer le sujet :

    « Voyez cet enfant, en présence de deux routes dans la vie. Il s’agit pour lui de choisir : vivra-t-il au jour le jour, sans songer au chômage, à la maladie, à la vieillesse ? Ou vivra-t-il en enfant intelligent qui sait que la route est longue, que la fatigue viendra ? […]. Oui, par ton choix actuel, tu décides que dans ta vieillesse tu mendieras ou que tu entreras à l’hospice, misérable avec d’autres misérables comme toi, ou que tu pèseras lourdement sur tes enfants, obligés de te nourrir de leur travail et qui, chaque jour, maudiront ton imprévoyance. Ou, au contraire, en étant énergique et prévoyant, tu construis jour après jour, pierre par pierre, la maisonnette qui abritera tes vieux jours, où tes enfants, invités, viendront joyeux, amenant leurs petits-enfants, et tu seras heureux grand-père […]. Toi petite fille, choisis d’être économe ou d’être coquette, de dépenser ton argent en rubans, en gants, en belles robes, en chapeaux, au lieu de demander à ton bon goût, à ton courage, des toilettes très soignées, d’une propreté qui fait plaisir et que te rendront jolie. En singeant, sans en avoir les moyens, la mise des coquettes riches, tu te rendras ridicule74 »,

    35Le Volume fait souvent la promotion des caisses de retraites qui permettent, en cotisant sur la longue durée, de prévoir la fin de sa vie.

    Un pacifisme patriotique explicité

    36Le Volume insiste fortement sur la nécessaire éducation des hommes à la paix. Il s’en prend souvent aux « braillards belliqueux » qui prêchent un patriotisme agressif, toujours prêts à en découdre avec nos voisins. Les instituteurs doivent être patriotes mais ne pas tomber dans le piège tendu par ces partisans des solutions radicales. Le patriotisme français est la claire conscience que notre patrie a un rôle majeur à jouer dans le monde par ses valeurs et ses principes qui sont ceux de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen. Il ne faut pas reprendre les erreurs grossières du passé où la France était orgueilleuse et conquérante. On devine, entre 1905 et 1914, un soutien de plus en plus net du Volume aux idées pacifistes, face à la montée des tensions internationales. Profondément patriote, Jules Payot n’accepte qu’un patriotisme pacifique de défense de la nation menacée, s’affirmant comme un partisan du dialogue entre les nations alors que certains mouvements patriotiques, qui recrutent aussi chez les instituteurs, se font les adeptes d’un patriotisme revanchard et belliqueux. Le Volume dénonce souvent la course aux armements qui ruine les pays et les dangers du bellicisme qui risque de déclencher un cataclysme sans précédent. L’idée de justice internationale, le respect du droit des peuples, le recours à l’arbitrage du Tribunal international de La Haye doivent permettre d’éviter les conflits. Mais il ne s’agit pas d’être faible et lâche. La France veut laisser ses voisins tranquilles mais à condition que ces mêmes voisins la laissent tranquilles.

    37Dans les numéros de décembre 1900 du Volume, une série de mises au point traitent de « La question de l’arbitrage75 ». Lorsque la force prime le droit, « il n’y a plus de sécurité pour personne76 ». Jules Payot, dans le numéro du 22 mars 1902 s’en prend ainsi à l’idée souvent diffusée qu’une guerre peut être « un bienfait77 » au niveau économique et commercial pour la nation victorieuse, démontrant que ceux qui sont les plus dynamiques dans le commerce international sont des nations pacifiques, telles les Pays-Bas ou la Belgique. Le Volume du 5 avril 1902 reprend une conférence faite en Allemagne par J. Boitel sur « ce que peut l’école en faveur de la paix78 ». Dans une longue mise au point sur la morale qu’il défend, Payot, dans le numéro du 4 novembre 1906, après avoir exposé la supériorité de la morale laïque sur la morale confessionnelle, ne peut s’empêcher de revenir sur les deux formes de patriotisme. Le patriotisme allemand est agressif, brutal, barbare comme celui des groupes nationalistes français. « Nous ne voulons pas du patriotisme tracassier, grossier, braillard. Nous ne voulons pas d’un patriotisme fondé sur le plus bas des sentiments, la haine ; nous ne voulons pas d’un patriotisme fondé sur un sot orgueil […]. Nous voulons être une nation polie, bienveillante, généreuse, intelligente79 ».

    38Le 4 août 1906, Payot fait une nouvelle mise au point dans « Le droit primera la force », invitant les Français à avoir confiance. « Restons donc calmes et pacifiques mais soyons confiants dans notre force au service du droit80 ». Une mise au point est faite en mai 1907 sur « Le patriotisme à l’école81 » qui critique vertement les positions bellicistes de Maurice Barrès au nom de la défense d’un patriotisme éclairé qui est seul digne de la France. « Nous ne nous résignerons jamais à enseigner un patriotisme de haine parce que la haine est inintelligente ». La montée des tensions internationales, entre 1905 et 1914, inquiète cependant la revue mais elle ne cesse de prêcher sa foi en l’arbitrage international, persuadée que la raison l’emportera. En août 1911, Payot note cependant que « la question du Maroc vient de se placer au tout premier plan des préoccupations internationales82 » et tente d’expliquer les enjeux de cette question, tout en dédramatisant la situation.

    39Très appréciées par une partie des instituteurs et des institutrices, qui rejettent la vision nationaliste et revancharde dominant l’enseignement historique et civique dans les années 1871-1890, ces positions sont cependant combattues par une autre partie des enseignants. Ces derniers placent en avant la nécessité de la reconquête de l’Alsace-Lorraine et justifient la guerre comme moyen de stopper l’avancée des régimes autoritaires en Europe qui, de toute manière déclencheront l’offensive à un moment ou à un autre. Cette « crise du patriotisme », nettement perceptible dans certains manuels d’histoire mais aussi dans plusieurs manuels d’instruction morale et civique (dont celui de Jules Payot de 1907), anime de nombreux débats au début du XXe siècle. En 1905, Émile Bocquillon publie un ouvrage intitulé La crise du patriotisme à l’école83, préfacé par l’ancien ministre René Goblet, qui relève que la guerre est une fatalité à laquelle il faut préparer les jeunes générations. Émile Bocquillon publie ensuite en 1907 Pour la patrie84, dénonçant de nouveau les auteurs pacifistes. Cette « crise du patriotisme85 » éclate au grand jour en 1905, lors du congrès de Lille des Amicales d’instituteurs. Émile Bocquillon est critiqué alors qu’Eugène Devinat n’arrive pas à faire voter une motion favorable à un patriotisme fort. Les débats sont alors multiples à la fois dans le monde pédagogique et dans le monde politique sur la place à donner à la patrie dans l’enseignement86. Georges Goyau (1869-1939), figure du catholicisme social, dénonce ce qu’il perçoit comme une dérive de l’école républicaine et d’une partie de ses maîtres et maîtresses dans deux ouvrages parus en 1899 puis en 1906. Dans le premier volume, L’École aujourd’hui, (Première série) Les croyances religieuses de l’école laïque – L’École et la morale – la politique à l’École87, l’auteur explique que la laïcité se transforme en laïcisme qui chasse Dieu de l’École et de toute morale alors que l’idée patriotique est, elle-même, attaquée et qualifiée de « chauvinisme ». Dans le second opus, paru en 1906 et intitulé L’École aujourd’hui – Le péril primaire – l’École et la patrie – L’École et Dieu88, Goyau réalise une synthèse de la question et s’en prend aux ouvrages de Jules Payot accusé d’être un doux rêveur. Revenant sur l’importance de l’idée de patrie, sur le nécessaire amour de l’armée qu’il faut diffuser par l’École et sur le « rôle militariste de l’instituteur républicain89 », il décrit en détail « la crise du patriotisme à l’École90 », accusant Ferdinand Buisson d’avoir œuvré à l’exclusion progressive des livres patriotiques des écoles. Les pages 127 à 137, intitulées « Le courant pacifiste dans l’enseignement primaire : Monsieur Jules Payot », insistent sur le fait que les idées de Payot sont finalement plus dangereuses que celles de Gustave Hervé, trop outrées pour séduire de nombreux maîtres. Goyau s’en prend à « Monsieur Jules Payot, directeur du Volume et recteur de l’académie de Chambéry », qui est « responsable en quelque mesure de la crise91 ». L’auteur reconnaît que les idées de ce philosophe moraliste se sont diffusées rapidement depuis les écoles normales jusqu’aux écoles primaires.

    Document 3 – Un des livres à succès de Jules Payot, L’éducation de la volonté, Paris, Alcan, 1909, 30e édition (première en 1894).

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    © Jean-François Condette, collection personnelle

    40Le déclenchement de la Première Guerre mondiale est, dès lors, pour Jules Payot, la négation absolue de ses espérances. En 1917, Le Volume change de titre et devient L’École et la vie mais Jules Payot n’est plus de la partie. Le recteur Payot devait ensuite connaître une fin de carrière difficile, le choc traumatique de la Première Guerre mondiale étant en grande partie insurmontable pour ce pédagogue parce que le conflit incarne la négation de l’ensemble de ses idéaux et de sa croyance en une marche du monde vers la perfection et la paix par l’éducation des volontés.

    41Rallié à l’Union sacrée en 1914, face à ce qu’il considère comme une agression germanique, s’il valide le discours qui transforme le conflit en guerre du droit et de la civilisation contre la force brutale et la barbarie germanique, Payot ne peut accepter d’endosser le rôle de « rossignol des carnages » attribués aux universitaires à qui l’on demande de justifier l’hécatombe et d’œuvrer à l’entreprise de bourrage de crâne qui accompagne l’installation dans la guerre d’usure. Payot ne s’associe pas à ce concert de justifications philosophico-politiques de la guerre « juste », même s’il souhaite la victoire de la France qui est la nation agressée. Il comprend trop que ce conflit est une guerre totale qui massacre toute une génération et affirme une forte « brutalisation » des comportements et des esprits. C’est cet état d’esprit qui peut expliquer, en partie, les graves problèmes qu’il rencontre dans les premiers mois de la guerre. Il ne faut pas non plus négliger le fait que Jules Payot voit partir à la guerre son fils unique et que cette mobilisation le plonge dans la peur permanente.

    42Un décret du 8 septembre 1914 relève : « Attendu que M. Payot Jules, recteur de l’académie d’Aix, a quitté son poste sans en avoir obtenu l’autorisation et sans même avoir prévenu le Ministre, décrète : article 1er : Monsieur Payot est suspendu de ses fonctions pour une durée de six mois avec suspension de traitement92 ». Cette mesure marque un coup d’arrêt dans la carrière de Jules Payot qui, en 1914, quitte la direction du Volume. Sa signature ne reparaît plus dans aucun numéro. Il prend sa retraite en décembre 1922 et se réfugie dans le silence et dans l’écriture d’ouvrages dont un terrible pamphlet, La faillite de l’enseignement93, publié en 1937, qui délivre un constat accablant de la paralysie de la Troisième République à la fois au niveau éducatif et politique en même temps qu’une vision très passéiste du monde. Les combats menés au sein du Volume entre 1899 et 1914 sont loin d’être gagnés et Jules Payot doute désormais de l’aptitude du régime à mener une réforme ambitieuse, se réfugiant dans un discours élitaire de plus en plus radicalisé avant de décéder en janvier 1940.

    Notes de bas de page

    2 Voir : Danièle Alexandre-Bidon, Pierre Gaspard, Marie-Madeleine Compère, Yves Galupeau, Jacques Verger, Gérard Bodé, Patrick Ferté, Philippe Marchand (dir.), Le patrimoine de l’Éducation nationale, Paris, Flohic, 1999, 990 p.

    3 Pierre Ognier, « L’idéologie des fondateurs et des administrateurs de l’école républicaine à travers la « Revue pédagogique » de 1878 à 1900 », Revue française de pédagogie, volume n° 66, 1984, p. 7-14 (p. 7).

    4 Voir : Pierre Caspard (dir.), Pénélope Caspard-Karydis, André Chambon, Geneviève Fraisse et Denise Poindron, La presse d’éducation et d’enseignement, XVIIIe siècle-1940. Répertoire analytique, 4 volumes, tome 1 : A-C, INRP-CNRS, 1981, 560 p. ; tome 2 : D-J, INRP-CNRS, 1984, 688 p. ; tome 3 : K-R, Paris, INRP, 1986, 566 p. ; tome 4 : S-Z et suppléments, Paris, INRP-CNRS, 1991, 768 p. [répertoire qui présente, analyse et indexe près de 2500 revues à caractères pédagogiques éditées jusqu’en 1940]. Voir Pénélope Caspard-Karydis (dir.), La presse d’éducation et d’enseignement, 1940-1990, répertoire analytique, tome 1 : A-D, Paris, INRP, 2000, 766 p. ; tome 2 : E-K, INRP, 2003, 702 p. ; tome 3 : J-Q, 2005, 406 p ; tome 4 : R-Z, 2005, 488 p. [10.000 titres inventoriés].

    5 Parmi quelques exemples : Pierre Ognier, L’école républicaine française et ses miroirs. L’idéologie scolaire française et sa vision de l’école en Suisse et en Belgique à travers la Revue pédagogique (1878-1900), Bern, Peter Lang, 1988, 297 p. ; Xavier Riondet, La question de l’autorité chez les novateurs de la revue « Les Cahiers pédagogiques » de 1957 à 1989, thèse de doctorat en Sciences de l’éducation, Nancy 2, Eirik Prairat (dir.), 12 novembre 2010, 596 p.

    6 Voir, parmi de nombreux exemples : Jean-François Chanet, L’école républicaine et les petites patries, Paris, Aubier, 1996, 429 p. ; Pierre Ognier, Une école sans Dieu ? (1880-1905). L’invention d’une morale laïque sous la Troisième République, Toulouse, Presses universitaires du Mirail, 2008, 266 p.

    7 Mona Ozouf, L’École, l’Église et la République (1871-1914), Paris, Seuil, 1982, p. 248.

    8 Ibid., p. 246.

    9 Le Volume, 12e année, nouvelle série, premier semestre, 7 octobre 1899, première page.

    10 Le Volume, 7 octobre 1899, première page.

    11 Voir ses souvenirs dans Jules Payot, Les Alpes éducatrices. Mon Chamonix, Paris, Payot, 1934, 264 p.

    12 Archives nationales, F17 22631-B, dossier de Jules Payot, tableau de ses nominations.

    13 Voir : André Chervel, Les lauréats des concours d’agrégation de l’enseignement secondaire (1821-1950), Paris, INRP-SHE, 1993, 151 p. En 1884, il y a quatre reçus à l’agrégation de philosophie. Ils sont douze en 1885, sept en 1886, douze en 1887 et seize pour l’année 1888.

    14 Voir : Jean-François Condette, Jules Payot (1859-1940). Éducation de la volonté, morale laïque et solidarité, Bern, Berlin, Bruxelles..., Peter Lang, 2012, 316 p.

    15 Jacqueline Lalouette, La libre-pensée en France 1848-1940, Paris, Albin Michel, 1997, réédition 2001, 635 p.

    16 Jules Payot, De la croyance, Paris, Félix Alcan, 1895, 250 p.

    17 Ibid., p. 101.

    18 Jules Payot, L’éducation de la volonté, Paris, Félix Alcan, 30e édition, 1909, 272 p.

    19 Archives nationales, F 17 22631-B, lettre de Jules Payot au directeur de l’Enseignement supérieur, 16 août 1899.

    20 Ibid., lettre au ministre de l’Instruction publique datée du 15 novembre 1899.

    21 Ibid., rapport de l’inspecteur général daté d’avril 1902.

    22 Ibid., lettre de Jules Payot au directeur de l’Enseignement primaire, 26 août 1899.

    23 Ibid., lettre de Jules Payot au ministre, 23 septembre 1899.

    24 Ibid., lettre au directeur de l’Enseignement primaire, 3 octobre 1899.

    25 Jean-François Condette, Albert Châtelet (1883-1960) : La République par l’École, Arras, APU, 1999, 602 p.

    26 Le Volume, 30 juin 1900, Présentation de l’équipe éditoriale.

    27 Paul Guichonnet, « Jules Payot, universitaire et philosophe savoyard », dans La Revue savoisienne, 128e année, 1988, Académie Florimontane, Annecy, p. 138-139.

    28 Jacques et Mona Ozouf, La république des instituteurs, Paris, Seuil, réédition 2001, p. 341-342.

    29 Jules Payot, Avant d’entrer dans la vie : Aux instituteurs et aux institutrices : conseils et directions pratiques, Paris, Armand, Colin, 1897, 302 p.

    30 Ibid., p. 9.

    31 Ibid., p. 49.

    32 Le Volume, octobre 1903. Édito.

    33 Le Volume du 14 octobre 1899, « La Gaule et les Gaulois : Directions pédagogiques », p. 41-44.

    34 Le Volume du 4 mai 1901, « Des colons et de la colonisation française » par Pierre Foncin, p. 75-79.

    35 Le Volume du 5 octobre 1901, p. 6-11.

    36 Le Volume du 15 août 1908, « La mission historique à Alésia », p. 650 et suivantes.

    37 Le Volume du 15 juillet 1905, « Le Japon d’aujourd’hui » par Raoul Fabens, p. 651-661.

    38 Le Volume du 8 octobre 1904, « La dictée » par Jules Payot (p. 2-3), Le Volume du 15 octobre 1904 (p. 14-15), Le Volume du 22 octobre 1904 (p. 26-28).

    39 Le Volume du 15 avril 1905 (voir aussi les numéros des 22,29 avril et 6 mai 1905).

    40 Voir : Le Volume du 19 août 1905, « Les chefs-d’œuvre de l’art », p. 782-793 (La cour des lions de l’Alhambra de Grenade, etc.) ; Le Volume du 26 août 1905 (Moyen Âge et Renaissance, avec les cathédrales gothiques, Westminster, les châteaux dont Chambord, etc., p. 821-832), Le Volume du 2 septembre 1905 (« L’art depuis le XVIIe siècle », p. 849-857).

    41 Le Volume du 21 octobre 1899, Jules Payot, « Morale », p. 73-76 ; et « La conscience morale », numéro du 11 novembre 1899, p. 199-207.

    42 Jules Payot, Les idées de Monsieur Bourru, délégué cantonal, Paris, Armand Colin, 1904, 399 p.

    43 Le Volume du 5 octobre 1901, « Les idées de Monsieur Bourru : la leçon d’écriture aux petits », p. 3-6.

    44 Le Volume du 8 février 1902, p. 310-311.

    45 Le Volume du 30 novembre 1901, « L’espéranto : merveilleuse invention », p. 149-157.

    46 Le Volume du 6 janvier 1900, p. 434-438.

    47 Le Volume du 15 juillet 1905, p. 715-717.

    48 Le Volume du 26 janvier 1901, p. 538-544.

    49 Le Volume du 15 février 1902, p. 328-332.

    50 Le Volume du 25 janvier 1902, p. 278-280.

    51 Le Volume du 15 février 1902 (le numéro du 22 février 1902 poursuit le même combat).

    52 Le Volume du 17 septembre 1904, « Le corset malfaiteur » par Jules Payot (avec schémas de silhouettes), p. 759-764.

    53 Le Volume du 4 janvier 1902 reprend le Rapport de Maurice Faure sur le budget de Instruction publique, p. 239-244.

    54 Le volume, n° 1, 5 octobre 1901, Édito de la direction.

    55 Le Volume, n° 36 du 7 juin 1902, « Le devoir républicain » par Jules Payot », p. 606-608.

    56 Le Volume du 29 juillet 1905, p. 698.

    57 Le volume du 29 décembre 1899, « Nos souhaits pour le XXe siècle », p. 409-411.

    58 Le Volume du 3 mai 1902, « L’unité morale est-elle souhaitable ? » p. 522-523.

    59 Le Volume du 24 mai 1902, p. 585-588. Voir aussi le numéro du 14 juin 1902, « Encore l’unité morale », p. 622-624.

    60 Jules Payot, Cours de morale, destiné aux maîtres de l’enseignement primaire et de l’enseignement secondaire, aux écoles normales d’instituteurs et d’institutrices, aux étudiants et aux pères de famille, Paris, Armand Colin, 1904, 236 p.

    61 Jules Payot, La morale à l’École, Paris, Armand Colin, 1907, réédition 1924, 256 p.

    62 Christian Amalvi, « Les guerres des manuels autour de l’ecole primaire en France (1899- 1914) », Revue historique, 1979, CCLXII-2, p. 359-398. ; Yves Deloye, École et citoyenneté. L’individualisme républicain de Jules Ferry à Vichy : controverses, Paris, Presses de la FNSP, 1994, p. 202-285.

    63 Jules Payot, Cours de morale..., op. cit., préface, p. 3-5.

    64 Le Volume du 4 novembre 1906, « Simples explications » par Jules Payot, p. 54-61.

    65 Le Volume, « L’intolérance religieuse sous le règne de Louis XIV », numéros du 18 juillet 1908 (p. 604-608), du 25 juillet 1908 (p. 619-624), du 1er août 1908 (p. 636-640), du 8 août 1908 (p. 647-648), du 15 août 1908 (p. 54-658), du 22 août 1908 (p. 693-696), du 29 août 1908 (p. 709-712), du 5 septembre 1908 (p. 725-729) et du 12 septembre 1908 (p. 741-744).

    66 Le Volume du 2 janvier 1910, p. 189.

    67 Le Volume du 9 janvier 1910, « La pieuvre », p. 201-202.

    68 Serge Audier, Léon Bourgeois, Fonder la solidarité, Paris, Michalon, 2007, 128 p. ; Marc Sorlot, Léon Bourgeois. Un moraliste en politique, Paris, Leprince, 2005, 358 p.

    69 Léon Bourgeois, L’éducation de la démocratie française ; Discours prononcés de 1890 à 1896, Paris, Edouard Corrély, 1897, préface, p. II.

    70 Voir : Marie-Claude Blais, La solidarité : Histoire d’une idée, Paris, NRF-Gallimard, 2007, p. 10.

    71 Ibid., « Une genèse plurielle », p. 47 et suivantes.

    72 Ibid., p. 233 et suivantes.

    73 Yves Deloye, École et citoyenneté..., op. cit., p. 132 et suivantes.

    74 Le Volume du 3 mai 1902, « La mutualité scolaire et populaire », p. 529-532 ; et les numéros du 17 mai 1902 (p. 561-564) et du 24 mai 1902 (p. 578-580) qui poursuivent cette démonstration de l’utilité des pratiques de solidarité.

    75 Le Volume du 8 décembre 1900 (p. 314-316), 15 décembre 1900 (p. 346-351), 22 décembre 1900 (p. 378-383).

    76 Ibid., p. 314-316.

    77 Le Volume, 22 mars 1902, « Les bienfaits de la guerre » par Jules Payot, p. 414-417.

    78 Le Volume, 5 avril 1902, « Ce que peut l’école en faveur de la paix », p. 454-457.

    79 Le Volume du 4 novembre 1906, « Simples explications » par Jules Payot, p. 54-61.

    80 Le Volume du 4 août 1906, « Le droit primera la force », p. 720-721.

    81 Le Volume du 11 mai 1907, « Le patriotisme à l’école », p. 406-410.

    82 Le Volume du 5 août 1911, « Le Maroc », p. 749.

    83 Émile Bocquillon, La crise du patriotisme à l’école, Paris, Vuibert et Nony, 1905, 462 p.

    84 Émile Bocquillon, Pour la patrie, Paris, Vuilbert et Nony, 1907, 572 p.

    85 Mona Ozouf, L’École, l’Église et la République (1871-1914), Paris, Seuil, 1982, p. 195-216.

    86 Voir : Jean-François Chanet, « Pour la patrie, par l’école ou par l’épée ? L’école face au tournant nationaliste », Mil neuf cent, 2001-1, n° 19, p. 127-144 ; B. Joly, « La France et la revanche (1871-1914) », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 46-2, 1999, p. 325-347 ; Olivier Loubes, L’école et la patrie : histoire d’un désenchantement (1914-1940), Paris, Belin, 2001, 220 p. ; du même, « L’école et les deux corps de la nation en France (1900-1940) », Histoire de l’éducation, n° 126, avril-juin 2010, n° spécial sur « École, histoire et nation » (Prost, A. & Falaize, B. dir.), p. 55-75.

    87 Georges Goyau, L’École aujourd’hui, (Première série) Les croyances religieuses de l’école laïque – L’École et la morale – La politique à l’École, Paris, Perrin, 1899, 413 p.

    88 Georges Goyau, L’Ecole aujourd’hui Le péril primaire – l’École et la patrie – L’École et Dieu, Paris, Perrin, 1910 (réédition de 1906), 428 p.

    89 Ibid., p. 265 et sqq.

    90 Ibid., p. 296 et sqq.

    91 Ibid., p. IX-XI.

    92 Archives nationales, F 17 22631-B, dossier de fonctionnaire de Jules Payot.

    93 Jules Payot, La faillite de l’enseignement, Paris, Félix Alcan, 1937, 257 p.

    Auteur

    • Jean-François Condette

      Professeur en histoire contemporaine. Laboratoire CREHS (EA 4027, Université d’Artois) ; chercheur associé au laboratoire IRHiS (UMR-CNRS 8529, Université de Lille 3).

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    Table des matières

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    Préface. Enraciner la République. Un corps enseignant pour l’école primaire dans le département de la Seine (1870-1920)

    Jean-François Condette

    Mise en perspective. « Votre tranchée est votre banc scolaire »

    Entre éducation, mobilisation et occupation : acteurs et structures éducatives dans le Nord-Pas-de-Calais en guerre (1914-1918)

    Jean-François Condette

    Maintenir l’École au milieu des troupes alliées. Les structures scolaires de la zone non occupée des départements du Nord et du Pas-de-Calais (1914-1918)

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    2 Voir : Danièle Alexandre-Bidon, Pierre Gaspard, Marie-Madeleine Compère, Yves Galupeau, Jacques Verger, Gérard Bodé, Patrick Ferté, Philippe Marchand (dir.), Le patrimoine de l’Éducation nationale, Paris, Flohic, 1999, 990 p.

    3 Pierre Ognier, « L’idéologie des fondateurs et des administrateurs de l’école républicaine à travers la « Revue pédagogique » de 1878 à 1900 », Revue française de pédagogie, volume n° 66, 1984, p. 7-14 (p. 7).

    4 Voir : Pierre Caspard (dir.), Pénélope Caspard-Karydis, André Chambon, Geneviève Fraisse et Denise Poindron, La presse d’éducation et d’enseignement, XVIIIe siècle-1940. Répertoire analytique, 4 volumes, tome 1 : A-C, INRP-CNRS, 1981, 560 p. ; tome 2 : D-J, INRP-CNRS, 1984, 688 p. ; tome 3 : K-R, Paris, INRP, 1986, 566 p. ; tome 4 : S-Z et suppléments, Paris, INRP-CNRS, 1991, 768 p. [répertoire qui présente, analyse et indexe près de 2500 revues à caractères pédagogiques éditées jusqu’en 1940]. Voir Pénélope Caspard-Karydis (dir.), La presse d’éducation et d’enseignement, 1940-1990, répertoire analytique, tome 1 : A-D, Paris, INRP, 2000, 766 p. ; tome 2 : E-K, INRP, 2003, 702 p. ; tome 3 : J-Q, 2005, 406 p ; tome 4 : R-Z, 2005, 488 p. [10.000 titres inventoriés].

    5 Parmi quelques exemples : Pierre Ognier, L’école républicaine française et ses miroirs. L’idéologie scolaire française et sa vision de l’école en Suisse et en Belgique à travers la Revue pédagogique (1878-1900), Bern, Peter Lang, 1988, 297 p. ; Xavier Riondet, La question de l’autorité chez les novateurs de la revue « Les Cahiers pédagogiques » de 1957 à 1989, thèse de doctorat en Sciences de l’éducation, Nancy 2, Eirik Prairat (dir.), 12 novembre 2010, 596 p.

    6 Voir, parmi de nombreux exemples : Jean-François Chanet, L’école républicaine et les petites patries, Paris, Aubier, 1996, 429 p. ; Pierre Ognier, Une école sans Dieu ? (1880-1905). L’invention d’une morale laïque sous la Troisième République, Toulouse, Presses universitaires du Mirail, 2008, 266 p.

    7 Mona Ozouf, L’École, l’Église et la République (1871-1914), Paris, Seuil, 1982, p. 248.

    8 Ibid., p. 246.

    9 Le Volume, 12e année, nouvelle série, premier semestre, 7 octobre 1899, première page.

    10 Le Volume, 7 octobre 1899, première page.

    11 Voir ses souvenirs dans Jules Payot, Les Alpes éducatrices. Mon Chamonix, Paris, Payot, 1934, 264 p.

    12 Archives nationales, F17 22631-B, dossier de Jules Payot, tableau de ses nominations.

    13 Voir : André Chervel, Les lauréats des concours d’agrégation de l’enseignement secondaire (1821-1950), Paris, INRP-SHE, 1993, 151 p. En 1884, il y a quatre reçus à l’agrégation de philosophie. Ils sont douze en 1885, sept en 1886, douze en 1887 et seize pour l’année 1888.

    14 Voir : Jean-François Condette, Jules Payot (1859-1940). Éducation de la volonté, morale laïque et solidarité, Bern, Berlin, Bruxelles..., Peter Lang, 2012, 316 p.

    15 Jacqueline Lalouette, La libre-pensée en France 1848-1940, Paris, Albin Michel, 1997, réédition 2001, 635 p.

    16 Jules Payot, De la croyance, Paris, Félix Alcan, 1895, 250 p.

    17 Ibid., p. 101.

    18 Jules Payot, L’éducation de la volonté, Paris, Félix Alcan, 30e édition, 1909, 272 p.

    19 Archives nationales, F 17 22631-B, lettre de Jules Payot au directeur de l’Enseignement supérieur, 16 août 1899.

    20 Ibid., lettre au ministre de l’Instruction publique datée du 15 novembre 1899.

    21 Ibid., rapport de l’inspecteur général daté d’avril 1902.

    22 Ibid., lettre de Jules Payot au directeur de l’Enseignement primaire, 26 août 1899.

    23 Ibid., lettre de Jules Payot au ministre, 23 septembre 1899.

    24 Ibid., lettre au directeur de l’Enseignement primaire, 3 octobre 1899.

    25 Jean-François Condette, Albert Châtelet (1883-1960) : La République par l’École, Arras, APU, 1999, 602 p.

    26 Le Volume, 30 juin 1900, Présentation de l’équipe éditoriale.

    27 Paul Guichonnet, « Jules Payot, universitaire et philosophe savoyard », dans La Revue savoisienne, 128e année, 1988, Académie Florimontane, Annecy, p. 138-139.

    28 Jacques et Mona Ozouf, La république des instituteurs, Paris, Seuil, réédition 2001, p. 341-342.

    29 Jules Payot, Avant d’entrer dans la vie : Aux instituteurs et aux institutrices : conseils et directions pratiques, Paris, Armand, Colin, 1897, 302 p.

    30 Ibid., p. 9.

    31 Ibid., p. 49.

    32 Le Volume, octobre 1903. Édito.

    33 Le Volume du 14 octobre 1899, « La Gaule et les Gaulois : Directions pédagogiques », p. 41-44.

    34 Le Volume du 4 mai 1901, « Des colons et de la colonisation française » par Pierre Foncin, p. 75-79.

    35 Le Volume du 5 octobre 1901, p. 6-11.

    36 Le Volume du 15 août 1908, « La mission historique à Alésia », p. 650 et suivantes.

    37 Le Volume du 15 juillet 1905, « Le Japon d’aujourd’hui » par Raoul Fabens, p. 651-661.

    38 Le Volume du 8 octobre 1904, « La dictée » par Jules Payot (p. 2-3), Le Volume du 15 octobre 1904 (p. 14-15), Le Volume du 22 octobre 1904 (p. 26-28).

    39 Le Volume du 15 avril 1905 (voir aussi les numéros des 22,29 avril et 6 mai 1905).

    40 Voir : Le Volume du 19 août 1905, « Les chefs-d’œuvre de l’art », p. 782-793 (La cour des lions de l’Alhambra de Grenade, etc.) ; Le Volume du 26 août 1905 (Moyen Âge et Renaissance, avec les cathédrales gothiques, Westminster, les châteaux dont Chambord, etc., p. 821-832), Le Volume du 2 septembre 1905 (« L’art depuis le XVIIe siècle », p. 849-857).

    41 Le Volume du 21 octobre 1899, Jules Payot, « Morale », p. 73-76 ; et « La conscience morale », numéro du 11 novembre 1899, p. 199-207.

    42 Jules Payot, Les idées de Monsieur Bourru, délégué cantonal, Paris, Armand Colin, 1904, 399 p.

    43 Le Volume du 5 octobre 1901, « Les idées de Monsieur Bourru : la leçon d’écriture aux petits », p. 3-6.

    44 Le Volume du 8 février 1902, p. 310-311.

    45 Le Volume du 30 novembre 1901, « L’espéranto : merveilleuse invention », p. 149-157.

    46 Le Volume du 6 janvier 1900, p. 434-438.

    47 Le Volume du 15 juillet 1905, p. 715-717.

    48 Le Volume du 26 janvier 1901, p. 538-544.

    49 Le Volume du 15 février 1902, p. 328-332.

    50 Le Volume du 25 janvier 1902, p. 278-280.

    51 Le Volume du 15 février 1902 (le numéro du 22 février 1902 poursuit le même combat).

    52 Le Volume du 17 septembre 1904, « Le corset malfaiteur » par Jules Payot (avec schémas de silhouettes), p. 759-764.

    53 Le Volume du 4 janvier 1902 reprend le Rapport de Maurice Faure sur le budget de Instruction publique, p. 239-244.

    54 Le volume, n° 1, 5 octobre 1901, Édito de la direction.

    55 Le Volume, n° 36 du 7 juin 1902, « Le devoir républicain » par Jules Payot », p. 606-608.

    56 Le Volume du 29 juillet 1905, p. 698.

    57 Le volume du 29 décembre 1899, « Nos souhaits pour le XXe siècle », p. 409-411.

    58 Le Volume du 3 mai 1902, « L’unité morale est-elle souhaitable ? » p. 522-523.

    59 Le Volume du 24 mai 1902, p. 585-588. Voir aussi le numéro du 14 juin 1902, « Encore l’unité morale », p. 622-624.

    60 Jules Payot, Cours de morale, destiné aux maîtres de l’enseignement primaire et de l’enseignement secondaire, aux écoles normales d’instituteurs et d’institutrices, aux étudiants et aux pères de famille, Paris, Armand Colin, 1904, 236 p.

    61 Jules Payot, La morale à l’École, Paris, Armand Colin, 1907, réédition 1924, 256 p.

    62 Christian Amalvi, « Les guerres des manuels autour de l’ecole primaire en France (1899- 1914) », Revue historique, 1979, CCLXII-2, p. 359-398. ; Yves Deloye, École et citoyenneté. L’individualisme républicain de Jules Ferry à Vichy : controverses, Paris, Presses de la FNSP, 1994, p. 202-285.

    63 Jules Payot, Cours de morale..., op. cit., préface, p. 3-5.

    64 Le Volume du 4 novembre 1906, « Simples explications » par Jules Payot, p. 54-61.

    65 Le Volume, « L’intolérance religieuse sous le règne de Louis XIV », numéros du 18 juillet 1908 (p. 604-608), du 25 juillet 1908 (p. 619-624), du 1er août 1908 (p. 636-640), du 8 août 1908 (p. 647-648), du 15 août 1908 (p. 54-658), du 22 août 1908 (p. 693-696), du 29 août 1908 (p. 709-712), du 5 septembre 1908 (p. 725-729) et du 12 septembre 1908 (p. 741-744).

    66 Le Volume du 2 janvier 1910, p. 189.

    67 Le Volume du 9 janvier 1910, « La pieuvre », p. 201-202.

    68 Serge Audier, Léon Bourgeois, Fonder la solidarité, Paris, Michalon, 2007, 128 p. ; Marc Sorlot, Léon Bourgeois. Un moraliste en politique, Paris, Leprince, 2005, 358 p.

    69 Léon Bourgeois, L’éducation de la démocratie française ; Discours prononcés de 1890 à 1896, Paris, Edouard Corrély, 1897, préface, p. II.

    70 Voir : Marie-Claude Blais, La solidarité : Histoire d’une idée, Paris, NRF-Gallimard, 2007, p. 10.

    71 Ibid., « Une genèse plurielle », p. 47 et suivantes.

    72 Ibid., p. 233 et suivantes.

    73 Yves Deloye, École et citoyenneté..., op. cit., p. 132 et suivantes.

    74 Le Volume du 3 mai 1902, « La mutualité scolaire et populaire », p. 529-532 ; et les numéros du 17 mai 1902 (p. 561-564) et du 24 mai 1902 (p. 578-580) qui poursuivent cette démonstration de l’utilité des pratiques de solidarité.

    75 Le Volume du 8 décembre 1900 (p. 314-316), 15 décembre 1900 (p. 346-351), 22 décembre 1900 (p. 378-383).

    76 Ibid., p. 314-316.

    77 Le Volume, 22 mars 1902, « Les bienfaits de la guerre » par Jules Payot, p. 414-417.

    78 Le Volume, 5 avril 1902, « Ce que peut l’école en faveur de la paix », p. 454-457.

    79 Le Volume du 4 novembre 1906, « Simples explications » par Jules Payot, p. 54-61.

    80 Le Volume du 4 août 1906, « Le droit primera la force », p. 720-721.

    81 Le Volume du 11 mai 1907, « Le patriotisme à l’école », p. 406-410.

    82 Le Volume du 5 août 1911, « Le Maroc », p. 749.

    83 Émile Bocquillon, La crise du patriotisme à l’école, Paris, Vuibert et Nony, 1905, 462 p.

    84 Émile Bocquillon, Pour la patrie, Paris, Vuilbert et Nony, 1907, 572 p.

    85 Mona Ozouf, L’École, l’Église et la République (1871-1914), Paris, Seuil, 1982, p. 195-216.

    86 Voir : Jean-François Chanet, « Pour la patrie, par l’école ou par l’épée ? L’école face au tournant nationaliste », Mil neuf cent, 2001-1, n° 19, p. 127-144 ; B. Joly, « La France et la revanche (1871-1914) », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 46-2, 1999, p. 325-347 ; Olivier Loubes, L’école et la patrie : histoire d’un désenchantement (1914-1940), Paris, Belin, 2001, 220 p. ; du même, « L’école et les deux corps de la nation en France (1900-1940) », Histoire de l’éducation, n° 126, avril-juin 2010, n° spécial sur « École, histoire et nation » (Prost, A. & Falaize, B. dir.), p. 55-75.

    87 Georges Goyau, L’École aujourd’hui, (Première série) Les croyances religieuses de l’école laïque – L’École et la morale – La politique à l’École, Paris, Perrin, 1899, 413 p.

    88 Georges Goyau, L’Ecole aujourd’hui Le péril primaire – l’École et la patrie – L’École et Dieu, Paris, Perrin, 1910 (réédition de 1906), 428 p.

    89 Ibid., p. 265 et sqq.

    90 Ibid., p. 296 et sqq.

    91 Ibid., p. IX-XI.

    92 Archives nationales, F 17 22631-B, dossier de fonctionnaire de Jules Payot.

    93 Jules Payot, La faillite de l’enseignement, Paris, Félix Alcan, 1937, 257 p.

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    Condette, J.-F. (2013). Un patrimoine éducatif d’une grande modernité : Le Volume, revue pédagogique dirigée par Jules Payot (1899-1914). In V. Castagnet-Lars (éd.), L’éducation au patrimoine. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.110610
    Condette, Jean-François. « Un patrimoine éducatif d’une grande modernité : Le Volume, revue pédagogique dirigée par Jules Payot (1899-1914) ». In L’éducation au patrimoine, édité par Véronique Castagnet-Lars. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2013. doi:10.4000/books.septentrion.110610.
    Condette, Jean-François. « Un patrimoine éducatif d’une grande modernité : Le Volume, revue pédagogique dirigée par Jules Payot (1899-1914) ». L’éducation au patrimoine, édité par Véronique Castagnet-Lars, Presses universitaires du Septentrion, 2013, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.110610.

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    Castagnet-Lars, V. (éd.). (2013). L’éducation au patrimoine. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.110520
    Castagnet-Lars, Véronique, éd. L’éducation au patrimoine. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2013. doi:10.4000/books.septentrion.110520.
    Castagnet-Lars, Véronique, éditeur. L’éducation au patrimoine. Presses universitaires du Septentrion, 2013, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.110520.
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