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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral L’effacement provisoire du Poilu triomphant dans les fêtes nationales (1944-1974) La dilution d’une figure héroïque de la Grande Guerre (de 1975 à 1995) Le Poilu victime : le 11 novembre, métaphore d’un mémoire de guerre européenne et doloriste (1995 à nos jours) Conclusion Notes de bas de page Auteur

    La longue mémoire de la Grande Guerre

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Du héros à la victime : le mythe du Poilu dans les fêtes nationales, de 1945 à nos jours

    Rémi Dalisson

    p. 183-198

    Texte intégral L’effacement provisoire du Poilu triomphant dans les fêtes nationales (1944-1974) Le mythe Poilu face au mythe Résistant : 11 novembre ou 8 mai ? Poilu un jour, Poilu toujours ? La persistance de l’édifiant Poilu magnifique La dilution d’une figure héroïque de la Grande Guerre (de 1975 à 1995) Le Poilu nouveau face à la longue histoire de tous les combats français Un mythe du Poilu élargi, européanisé mais encore signifiant et républicain Le Poilu victime : le 11 novembre, métaphore d’un mémoire de guerre européenne et doloriste (1995 à nos jours) Le Poilu souffrant, le Poilu révolté : un nouveau statut historique et culturel du soldat Achèvement : du Poilu/victime à l’oubli : les 11 novembre nouveaux (de 2007 à nos jours) Conclusion Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1La question du mythe du Poilu de la Grande Guerre dans la mémoire collective française est complexe et renvoie à différentes perceptions. Le terme Poilu, qui apparaît dès avant 14-18 dans l’argot militaire au sens de « virilité » et de « courage »1, est en effet rapidement instrumentalisé par la République en guerre. Dès 1915 et surtout 1916, il désigne l’ensemble des soldats combattants qui ne sont pas embusqués, avec une connotation sympathique et empathique, mais aussi sociale et historique. Car si le Poilu est simple soldat, il est surtout le successeur de tous les combattants héroïques défendant la nation et les valeurs nationales depuis l’An II2. C’est à ce titre qu’il prend immédiatement toute sa place dans le « grand roman national républicain » propagé par l’école de Jules Ferry et est célébré dès 1919. Il est donc une représentation, au sens politique et philosophique, née pendant la guerre et qui devient vite un mythe3. Le Poilu résume la Grande Guerre et la défense héroïque et souffrante, jusqu’au martyr, de la République. Il est en effet « mort pour la France » comme on l’écrit sur les monuments et les actes officiels en prenant place dans la galerie des héros positifs de la République dont il est l’incarnation4.

    2Le Poilu devient la France rassemblée par-delà sa diversité pour défendre les valeurs républicaines dans le cadre de l’Union sacrée. Il a donc à voir avec la mémoire de guerre, et donc avec ses commémorations qui véhiculent un récit mémoriel où son image révèle des débats historiques et des enjeux mémoriaux cruciaux. Dès la fin du conflit, et avant même la création du 11 novembre5, le Poilu et tout ce qu’il représente est en effet confisqué par les mémoires antagonistes des Ligues, de la gauche, notamment communiste, mais aussi des pacifistes. Même Vichy, comme la Résistance, utilise dès novembre 1940 ce mythe commémoratif pendant quatre ans6.

    3Mais après la Seconde Guerre mondiale, la question du mythe du Poilu se pose en des termes nouveaux liés aux caractéristiques de ce conflit, à la Résistance, à la Guerre Froide et à l’éclatement progressif du Roman national. Le Poilu résume le passage d’une mémoire nationale héroïque, collective et républicaine d’avant 1939 à sa relecture en 1945, puis à son renouvellement au tournant des années 1970-80. Elle s’individualise alors, se fissure et s’européanise, devient pure souffrance victimaire à travers l’image d’un Poilu « mort à cause de la France »7. Les commémorations nationales du 11 novembre restent donc le meilleur espace pour constater ce changement de paradigme centré sur l’image du Poilu

    L’effacement provisoire du Poilu triomphant dans les fêtes nationales (1944-1974)

    Le mythe Poilu face au mythe Résistant : 11 novembre ou 8 mai ?

    4Tout commence en 1944 dans un pays en train de se libérer où les commémorations se multiplient. Dès l’automne, chaque 11 novembre devient une célébration de la victoire contre l’Allemand et Vichy à travers trois figures : deux anciennes, le soldat de l’An II et le Poilu et une nouvelle, le résistant. Mais si tous meurent pour la Patrie, tous n’ont pas la même valeur. Si le soldat de l’An II est une évocation rituelle (Léon Werth évoque en juin-juillet « le courage de ces essaims de petits Bara qui attaquent les tanks allemands à la grenade ») et fréquente dans des tracts de la Résistance pendant la guerre, tel n’est pas le cas de la concurrence entre le Résistant et le Poilu.

    5Car le Résistant devient immédiatement le continuateur du soldat de la Grande Guerre, une sorte de militaire de substitution puisque l’armée régulière, qui a été balayée en six semaines, ne peut être célébrée en tant que telle. En outre, 1939-1945 ne possède pas de date fédératrice et consensuelle comme le 11 novembre à 11 heures, pas de victoire emblématique et sacrificielle à la Verdun, pas de mythe unificateur et positif comme le Poilu qui a tenu. À leur place, on ne trouve que la défaite, la retraite, la captivité voire la collaboration et une date de victoire, le 8 mai, qui ne satisfait personne. Pour commémorer la Seconde Guerre mondiale, beaucoup lui préfèrent immédiatement le 18 juin, l’anniversaire du débarquement le 6 juin, le programme du CNR (Conseil national de la Résistance), ou l’anniversaire de la libération de Paris. Les deux forces dominant le pays, les gaullistes et les communistes, acceptent alors une sorte de tour de passe-passe pour des raisons certes différentes, mais toutes deux identitaires. C’est que leurs mythes fondateurs ne sont ni le Poilu ou Verdun, mais bien la résistance extérieure pour les premiers et la résistance intérieure pour les seconds. Ce « résistancialisme8 » s’exprime alors dans les commémorations dont les dates posent un problème car ni les gaullistes, ni les communistes ne goûtent le 8 mai, trop allié pour le Général et trop anglo-saxon, voire capitaliste pour les « camarades ».

    6Mais le poids de la Grande Guerre restant énorme et les anciens poilus nombreux, la figure du Poilu magnifiée par le 11 novembre ne peut disparaître. Elle inspire à présent celle du Résistant, qui devient une sorte de Poilu de substitution, sans uniforme bleu horizon. Comme son ancêtre de 1914, le Résistant est en effet tenace, défend la civilisation et la République et représente le peuple, cette « vraie France » complexe, en une sorte de conscription spontanée. Dès lors, le Poilu mythique est complété, voire doublé par la figure du Résistant, nouveau Poilu incarné par l’étudiant manifestant de novembre 1940 à Paris9 ou le résistant en province qui prolonge la geste de la Grande Guerre et est honoré chaque 11 novembre. Ce glissement est aussi fort commode qui permet de faire oublier que de nombreux anciens de 14-18, intégrés à la LFC (légion française des combattants), ont été de zélés pétainistes10 bien peu résistants.

     

    7Le délicat choix de la date honorant cette figure syncrétique du Résistant/Poilu affaiblit cependant cette nouvelle représentation emblématique. Car le 8 mai ne parvient pas à concurrencer le 11 novembre11. Dès 1944, le GPRF (Gouvernement Provisoire de la République Française) réticent à trop célébrer une victoire largement « étrangère », et le général de Gaulle partisan d’une célébration exclusive au Mont Valérien, marginalisent l’anniversaire de mai. Il n’est alors célébré que le dimanche le plus proche du 8 mai12 et n’est absolument pas férié, ce qui en diminue l’éclat. Puis, en 1953, il est reconnu fête nationale fériée et chômée, ce que de Gaulle annule dès son retour au pouvoir. Il n’est exceptionnellement rétabli comme fête nationale chômée que pour son vingtième anniversaire, laissant le 11 novembre et sa figure mythique et originelle du Poilu revenir en grâce dans l’imaginaire national et supplanter le Résistant célébré à d’autres dates.

    Poilu un jour, Poilu toujours ? La persistance de l’édifiant Poilu magnifique

    8Et, de fait, dans tous les 11 novembre voire les 8 mai, la figure héroïque et mythifiée du Poilu subsiste jusqu’au début des années 1970. En effet, les hommes qui dirigent le pays sont presque tous encore des enfants de la Troisième République (comme Vincent Auriol) qui a construit dès 1918 le mythe héroïque du Poilu. Ils sont même souvent des Anciens Combattants de la Grande Guerre comme le président Coty ou le général de Gaulle13. Pour chaque 11 novembre, et surtout chaque grand anniversaire décennal de la Grande Guerre, ces gouvernants s’appuient donc sur leur histoire personnelle, leur mémoire et le mythe positif du Poilu, incarnation de cet incroyable conflit qui est leur jeunesse. Ainsi pour le trentième anniversaire de la victoire, le 11 novembre 1958, le président Coty utilise toute la mythologie du Poilu pour préparer la transition gaullienne : « La France doit remporter la victoire sur elle-même, sur ses passions et sur son inconstance civique venant d’un vaisseau sans gouvernail. Unissez-vous, comme nous (les Poilus, donc tous les Français) nous sommes unis il y a 44 ans, comme nous nous sommes unis dans les tranchées »14.

    9De son côté, son successeur réactualise le mythe unifiant du Poilu pour l’anniversaire de 1964 et 1968. De Gaulle prononce ainsi cinq discours en 1964, dont quatre consacrées à la seule Grande Guerre15. À Reims, le 6 septembre pour le cinquantenaire de la bataille de la Marne, ses propos sont dans la droite ligne des mythes de l’entre-deux-guerres. Le Poilu reste pour lui l’incarnation de la France éternelle et une image héroïque, triomphante et positive : « Dès lors que la victoire eut fait passer dans l’âme du peuple et des soldats son frisson incomparable, le salut de la France, dans cette guerre, était assuré, quelles que puissent être les crises par où il lui faudrait encore passer avant le terme »16. La célébration de la Grande Guerre redouble avec le cinquantenaire de la mobilisation générale dit « jour du départ de 1914 » le 2 août à la gare de l’Est. Des soldats en uniforme garance défilent devant plus de 20 000 spectateurs ravis et le Général explique le sens de la journée : « Si la nation a surmonté une guerre, si elle en est sortie victorieuse, si elle marche dès lors vers la prospérité et la fraternité, c’est parce qu’en fin de compte, la nation retrouva l’unité dont elle fit preuve le deux août 1914 […]. L’unité ! Telle est, Français la raison qui depuis cette date [le 2 août] nous rassembla souvent et nous rassemble en ce moment même autour des Monuments aux Morts de nos villes et de nos villages. Telle est la leçon que nous et nos descendants devons tirer du plus encourageant souvenir de notre histoire »17. Il est cependant juste de rappeler que cet hommage à 14-18 reste ambivalent et est parfois confondu avec celui de 39-45. En effet, lors de son discours à Strasbourg le 22 novembre, le général n’évoque absolument pas la Grande Guerre, dix jours seulement après l’anniversaire de l’armistice. On retrouve cette ambiguïté dans le dispositif du « Comité national des deux anniversaires » qui, en 196418, met les deux guerres sur le même plan et minore de fait la Grande Guerre.

    10L’hommage à 14-18 reprend à l’automne par le « cinquantenaire de la Marne » autour de Bar-sur-Aube et Gagny (lieu de départ des célèbres taxis) avec des reconstitutions, des remises de médailles, des discours, des concerts et des hymnes, sans oublier des couronnes tricolores. Chaque commune s’associe à ce jour par une cérémonie aux monuments, une Marseillaise, une sonnerie aux morts et souvent une messe, sans oublier l’évocation scolaire du sacrifice et du patriotisme Poilu. Il s’agit fédérer en évoquant « l’unanimité nationale recréée le 2 août 1914 par l’élan patriotique extraordinaire, prélude à l’inoubliable Union sacrée »19. Le Poilu reste une métaphore de l’union entre le front et l’arrière devenue l’union de tous les Français derrière de Gaulle. Le 11 Novembre est le point d’orgue de ce premier cinquantenaire. À Rouen ou Marseille des enfants lisent des extraits de Péguy, figure consensuelle de la vulgate républicaine qui résume l’esprit Poilu « Je pars soldat de la République pour la dernière des guerres, la paix universelle et de désarmement général »20.

    11Quatre ans plus tard, les anciens poilus, vedettes du jour, sont choyés. Ceux qui ne peuvent se déplacer sont visités par des officiels et les menus des hospices améliorés. Les autres se voient octroyer des réductions de 40 % sur le réseau SNCF pour se rendre au 11 Novembre le plus proche de chez eux. Et si le maire de Rouen place l’anniversaire sous les auspices « des grands ancêtres de 1789 dont les combattants et Poilus de 1914 furent les dignes héritiers »21, c’est que la célébration incarne l’identité républicaine et le roman national. Les programmes se répètent alors, tout en s’adaptant au contexte local, pendant qu’un grand colloque international se tient à Paris pour faire un point historiographique sur la Grande Guerre. Le défilé des troupes parisiennes en uniforme de 1914-18 avec des fusils Lebel quitte les Champs-Élysées pour défiler de Vincennes à la Bastille et « traverser des quartiers populaires autrefois négligés »22. Près de 100 000 personnes y assistent avant un hommage sur la tombe du « Père la victoire » et l’inauguration d’une plaque aux étudiants du 11 Novembre 1940 qui renforce la symbolique de 14-18. Des Délégations des provinces françaises se réunissent autour de la statue de Clemenceau et 28 groupes folkloriques remontent les Champs-Élysées avec leurs instruments traditionnels pour symboliser l’unité nationale et les racines du pays. Parmi eux, comme en 1918, les Alsaciens Lorrains sont les plus applaudis. Le soir du 11, lors de la « nuit de la victoire », un grand hommage est rendu à Rethondes autour de flambeaux, puis le « cessez-le-feu » résonne avant que ne s’allument des feux de Bengale tricolores. Tout le pays bruisse de ces fêtes qui magnifient l’esprit poilu, et 26 cérémonies, alors que le projet initial n’était de quinze23, confirment le mythe positif et héroïque du Poilu. De Gaulle ne se prive pas d’y participer, comme quatre mois plus tôt à la commémoration de la bataille de la Marne le 18 juillet à la Butte Chalmont. Là, après avoir mobilisé Maurice Genevoix qui parle devant le monument de Landowski, Les fantômes, le Général prononce des paroles marquées par le récit républicain héroïque et sa mythification de la Grande Guerre dont le Poilu est la quintessence. Symboliquement la dernière célébration est prévue le 23 novembre, anniversaire de l’entrée des troupes françaises à Strasbourg le 25 novembre 1918 !

    12Malgré la concurrence des résistants, jusqu’aux années 1970, dans toutes les commémorations de guerre comme le 11 novembre, le mythe du poilu triomphant et positif conserve bien sa fonction initiale. Mais, s’il est toujours un héros positif, « mort pour la France » qui résume toutes les vertus civiques et républicaines des Français, le contexte évolue.

    La dilution d’une figure héroïque de la Grande Guerre (de 1975 à 1995)

    13Au milieu des années 1970, tout change avec l’arrivée au pouvoir d’une nouvelle génération politique qui n’a pas connu la Grande Guerre, parfois à peine le second conflit mondial (Valéry Giscard d’Estaing) mais souvent les guerres de décolonisation (Jacques Chirac)24. Dans le même temps, de nouveaux travaux universitaires sur la Grande Guerre modifient le mythe et l’image du Poilu qui, de héros agissant devient la victime résignée d’une guerre industrielle qui le dépasse.

    Le Poilu nouveau face à la longue histoire de tous les combats français

    14À partir des années Giscard d’Estaing, le mythe du Poilu se complexifie dans les 11 novembre. En 1975, la commémoration évolue : des remises de décorations sont déplacées, tous les groupes parlementaires invités et quatre chants militaires sont retenus pour chaque époque de l’histoire : le Chant du départ pour la Révolution, la Marche consulaire pour l’Empire, la Madelon pour la Grande Guerre et la Marche de la Deuxième division blindée pour la Seconde. Comme le dit secrétaire d’État aux Anciens combattants : « il s’agit de redonner à cette commémoration une plus vaste portée, dont le but final est l’unité ». C’est toute l’histoire de la nation qui est célébrée, toutes ses victoires, tous ses sacrifices et non plus ceux des seuls Poilus puisque « le 11 Novembre est une journée commémorative de tous ceux qui depuis le fond des âges se sont sacrifiés pour l’indépendance, la dignité et l’unité de la France »25. Il est donc légitime de mêler le souvenir des deux guerres, d’autant que, quatre mois plus tôt, l’anniversaire du 8 Mai a été supprimé au nom de la réconciliation franco-allemande pour être remplacé par une vague « journée de l’Europe ». En 1976, l’élargissement du mythe Poilu s’achève : « nous avons voulu que tous les souvenirs de la France soient rassemblés. […] Il est important qu’il y ait une journée nationale dans laquelle tous les souvenirs et tous les sacrifices soient pour les Français l’occasion de se réunir »26. Le Poilu n’est plus seul, il n’est qu’une figure combattante parmi d’autres y compris étrangères et « indigènes ». Cette volonté d’honorer tous les conflits passe par une synthèse des deux guerres qui intègre d’autres conflits, même coloniaux, dans un hommage débouchant sur l’Europe unie. Rien n’est donc négligé, la revue parisienne est bien fournie, 500 enfants des banlieues d’où partirent les taxis de la Marne, à Villemomble en Seine-Saint-Denis, sont rassemblés pour un hommage, à parts égales aux deux guerres. Cette relecture du 11 Novembre s’achève en 1977 quand le président décore des combattants des deux guerres en y ajoutant même ceux d’Indochine et d’Algérie.

    15Mais le mythe reste tenace et la résistance des anciens soldats de 1914 est forte. Dès lors, comme pour rééquilibrer cette innovation, le président n’oublie pas de magnifier les seuls Poilus lors d’un « repas du souvenir » de 2 000 anciens combattants bien mis en scène. Tous reçoivent un paquet de cigarettes « troupes », une bouteille d’eau-de-vie et le « quart » du soldat. Cela permet au président de persister dans son élargissement en vantant « la mémoire de tous ceux et de toutes celles qui, depuis l’origine lointaine de notre histoire et pendant les deux guerres mondiales, en Extrême-Orient ou en Afrique du Nord ont souffert et se sont sacrifiés pour l’indépendance et l’honneur de la France »27. À chaque 11 novembre, le pouvoir tente de concilier sa parfaite orthodoxie en honorant la Grande Guerre, et la poursuite de l’ouverture à tous les conflits et à l’Europe qui valide la thèse giscardienne du « changement dans la continuité ».

    16La dernière étape de cette rénovation est le soixantième anniversaire de l’armistice. La fête parisienne de 1978 est polysémique avec le fleurissement des tombes des maréchaux de 14-18, dont celle de Pétain, auxquels on adjoint ceux du second conflit mondial28. Et, si le cérémonial à la Première Guerre est immuable, tout change ensuite. Lors d’un discours sur Clemenceau, le président égrène la longue liste des combats méritant célébration en la faisant commencer par Poitiers et Bouvines, passer par Fontenoy, Valmy, Austerlitz et Verdun avant de s’achever avec Bir Hakeim, l’Indochine et l’Afrique du Nord. Cette litanie est révélatrice puisqu’elle ne compte qu’une seule bataille de la Grande Guerre contre cinq de la Seconde ! Puis Valéry Giscard d’Estaing fait du « Tigre » l’emblème du pays, y compris pour son dreyfusisme, en expliquant que la « France se reconnaît dans vos luttes politiques et salue en vous le Père la Victoire, […] l’homme pour qui la République était à la fois une exigence de justice sociale et de liberté ». Et il conclut : « la France, dans la plénitude de ses frontières historiques, travaille tous les jours à organiser une Europe définitivement pacifique »29.

    17C’est donc l’Europe que commémore le 11 Novembre à travers une guerre qui en est la matrice politique (une nouvelle carte du continent, le droit des nations) et philosophique (l’idéal de paix, la Société des Nations et l’idée européenne d’Aristide Briand). C’est tout l’objet du second discours présidentiel de Rethondes qui, après le rappel rituel de l’armistice de 1918, salue « les morts de l’autre camp ». Il explique que « nous [les fils des Poilus] avons combattu sur les mêmes fronts et pour la même cause […] La France peut donc et doit donc unir dans le même hommage tous ses combattants », c’est-à-dire « ceux de 14-18, ceux de notre guerre, la Seconde, les résistants, déportés et prisonniers [et] ceux plus jeunes qui ont combattus en Indochine et en Algérie, les combattants venus d’Outre-mer et les combattants alliés ». Cette continuité des sacrifices doit rassembler et conduire à « l’unité des Français », prélude à l’unité européenne car « il n’y a plus de fatalité de l’affrontement en Europe. Désormais, l’effort d’organisation de l’Europe […] doit faire de notre continent un continent pacifique »30.

    18Les choses s’accélèrent l’année suivante quand le président précise : « le 11 Novembre 1980 doit être, non seulement la journée de commémoration de l’armistice, mais surtout celle de l’hommage rendu aux combattants de tous les conflits qui ont lutté sous les plis de notre drapeau […]. C’est la reconnaissance à tous ceux qui portent dans leur mémoire, leur chair la marque du sacrifice pour notre pays »31. Qui ne peut adhérer à cette proclamation qui rappelle celles des années Trente autant que celles de l’après Seconde Guerre mondiale ? C’est au nom de cet hommage à tous les morts que le gouvernement dépose des gerbes au mont Valérien et, une fois encore, sur la tombe de Pétain. Toutes les expéditions militaires sont honorées, celles de l’An II, de l’Empire, de la Grande Guerre et de la Deuxième division blindée, sans oublier les « expéditions lointaines » du Zaïre et du Tchad. Et l’on célèbre « le quarantième anniversaire de la [glorieuse] manifestation patriotique des résistants étudiants le 11 Novembre 40 aux Champs-Élysées »32 sans crainte de perturber les hommages à 14-18.

    19Au moment du retour au pouvoir de la gauche en 1981, le mythe traditionnel et positif du Poilu semble dilué dans une nouvelle vulgate commémorative, plus large et complexe et surtout concurrencé par de nouvelles représentations commémoratives de guerre. Les audiences des 11 novembre baissent, les anciens de 14-18 sont deux fois moins nombreux (200 000 encore) qu’au début du septennat giscardien et l’hommage à tous les morts et à l’Europe est contesté. De plus, la suppression du 8 Mai empêche le 11 Novembre de conserver sa seule identité de 14-18 pour magnifier les seuls Poilus.

    Un mythe du Poilu élargi, européanisé mais encore signifiant et républicain

    20C’est encore un anniversaire décennal, le soixante-dixième en 1988 qui complexifie un peu plus encore le mythe du Poilu. C’est le temps du syncrétisme qui tente de marier mythe Poilu traditionnel et novations giscardiennes et européennes. La cérémonie s’ouvre le 9 novembre par le transfert au Panthéon des cendres de Jean Monnet sacré « organisateur de la paix » selon le président. C’est l’homme de la Société des Nations que la République honore, mais aussi le résistant et père de l’Europe, artisan de la « réconciliation franco-allemande ». Le Poilu en gloire doit se couler dans ce moule européen, dans le prolongement des célébrations giscardiennes. Place aux Alliés, place à l’Europe qui encadre le Poilu gaulois : Mitterrand invite le prince de Galles à une double revue franco-britannique avant d’aller à Rethondes. Il y prononce un discours qui « salue la mémoire des humbles tombés au champ d’honneur ainsi que celle des premiers responsables de la victoire […] et leur espoir qu’une Europe réconciliée soit la réponse attendue par ceux qui signent l’armistice il y a 70 ans ». Il cite Jean Monnet qui pense qu’une « paix d’inégalité ne peut rien donner de bon ». Puis il conclut sur « cette paix qu’il nous revient de conserver […] et pour laquelle nos peuples doivent bâtir maintenant, en commun, dans l’Europe et par l’Europe l’avenir de leurs enfants »33. Dès lors, le 11 Novembre et le Poilu se coulent dans ce moule plus généraliste, dans cette continuité historique et militaire qui fait la part belle à l’Europe, mais aussi encore à la tradition française. L’anniversaire de la Grande Guerre reprend ainsi les codes révolutionnaires et républicains classiques en étant sacré « 11 Novembre sous le signe de la Marseillaise » qui monte la persistance du mythe Poilu, même écorné. C’est l’occasion d’un rapprochement entre les Poilus et d’autres soldats en tenue de la Garde Nationale de 1789. L’Arc de Triomphe est décoré de la célèbre affiche de Carlu éditée en 1918 qui représente Rouget de L’Isle suivi de poilus en armes. Une gerbe officielle est même remise sur la tombe du créateur de La Marseillaise à Saint-Louis des Invalides. Sur les Champs-Élysées, deux canons, l’un de 1792 et l’autre de 1918, achèvent de placer 14-18 dans la continuité de 1789 et de tous les combats patriotiques postérieurs. Certes, la Grande Guerre en reste le pilier avec la décoration de six anciens poilus et l’inauguration de la plaque « À la victoire de 14-18 » à la station de métro Champs-Élysées/Clemenceau. Mais dans le reste du pays, la cérémonie est marquée par le Bicentenaire et l’Europe : avant d’aller au monument aux morts, les enfants de Lieurey plantent un « arbre de la Liberté » pendant que résonne l’hymne européen l’Hymne à la joie. Quant au maire de Sotteville-lès-Rouen, il évoque une fois encore la grande révolution de 1789 dont les poilus sont les héritiers, pendant que celui de Saint-Étienne-du-Rouvray mentionne les problèmes de paix européenne. Jusqu’à la fin du second septennat de François Mitterrand, le 11 Novembre continue de s’élargir et le mythe Poilu de se diluer pendant que disparaissent les derniers combattants de 14-18 qui sont moins de 5 000 en 1995. De manière prémonitoire, on honore en 1991 et 1992 les troupes coloniales, ces « combattants d’Outre-mer venus au secours de la mère patrie » selon le président. L’année suivante le pouvoir organise un hommage à « l’armée d’Afrique » à Fréjus et les présidents africains des anciennes colonies sont invités à l’Arc de Triomphe. Enfin en 1994, nouvel anniversaire du début de la Grande Guerre, le rituel des anniversaires décennaux est respecté avec le fleurissement des maréchaux, Pétain inclus34, la célébration de la Marne, l’hommage à Rethondes et au Bleuet de France.

    21C’est bien un nouveau mythe Poilu, une nouvelle représentation européenne du soldat de 14, qui n’est plus seul héros national, qui s’édifie empiriquement aux 11 novembre.

    Le Poilu victime : le 11 novembre, métaphore d’un mémoire de guerre européenne et doloriste (1995 à nos jours)

    22Les années 1990-2000 marquent l’achèvement de ce mouvement qui transforme définitivement le mythe du Poilu gaulois triomphant en une représentation souffrante, victimaire et européenne, voire mondiale.

    Le Poilu souffrant, le Poilu révolté : un nouveau statut historique et culturel du soldat

    23Alors que la désaffection envers le 11 novembre croît, que les derniers acteurs disparaissent, le regain d’intérêt pour la Grande Guerre, notamment à travers la figure du soldat, ce que Nicolas Offenstadt appelle « une appropriation populaire de l’histoire de la Grande Guerre », croît et se confirme. Cet intérêt est d’abord associatif, puisque sur les quatorze associations spécifiquement centrées sur la guerre existant en 2007, la moitié sont fondées dans les années 1990-200035. Ce mouvement est relayé par la politique commémorative de l’État dont le 11 Novembre est le fondement. Si l’on ajoute les cinq années de cohabitation avec les socialistes, on comprend que Jacques Chirac soit obligé de faire œuvre de synthèse pour commémorer chaque anniversaire, quitte à bousculer le mythe Poilu.

    24Son premier 11 Novembre commence pourtant de manière orthodoxe, avec un dépôt de gerbe à Rethondes (Foch), Dormans (Joffre), mais aussi à Douaumont pour « témoigner de [la] reconnaissance aux soldats qui tombèrent glorieusement à Verdun sous le commandement de Pétain »36. C’est la dernière fois que le maréchal Pétain est associé aux 11 Novembre, véritable rupture, peut-être la seule, avec les deux présidences précédentes. À peine élu, Jacques Chirac décide de décorer mille anciens poilus pour honorer une promesse de campagne de donner la Légion d’Honneur à tous les survivants de la Grande Guerre, soit de 2 à 3 000 personnes37. Les préfets sont donc sollicités pour organiser des remises de médailles et de diplômes aux anciens de leur département, y compris dans les petits villages comme Virey. Si le 11 Novembre 1997 est en partie éclipsé par quelques polémiques sur les mutineries et des hommages à la révolution russe à Oissel, Saint-Denis ou Chelles alors que l’on honore l’armée américaine ailleurs, tous les regards sont déjà tournés vers le 80e anniversaire de la victoire.

    25Or, sa célébration commence sous le signe de la polémique provoquée, une semaine avant le 11 Novembre 1998, par le Premier ministre Lionel Jospin lors de l’inauguration d’un monument commémorant l’offensive du Chemin des Dames. Pourtant, son discours est classique dans son héroïsation du Poilu et de 14-18, à la seule exception qu’il y englobe tous les soldats, y compris ceux qui finirent par refuser de monter à une mort certaine :

    Je souhaite rendre hommage à la mémoire des soldats de ces unités, comme à celle de tous les autres soldats français de la Grande Guerre, armée de soldats professionnels mais aussi d’intellectuels, de paysans, d’ouvriers et de coloniaux levée dans l’unité de la Nation. Cet hommage embrasse tous les soldats de la République. […] Certains de ces soldats, épuisés par des attaques condamnées à l’avance, glissant dans une boue trempée de sang, plongés dans un désespoir sans fond, refusèrent d’être des sacrifiés. Que ces soldats fusillés pour l’exemple au nom d’une discipline dont la rigueur n’avait d’égale que la dureté des combats, réintègrent aujourd’hui, pleinement, notre mémoire collective nationale38.

    26La nation honore ceux qui furent condamnés dans un contexte que l’histoire récente de la Grande Guerre éclaire d’un jour nouveau39. Les Poilus ne sont plus des héros positifs, agissants et victorieux, ils sont devenus de pures victimes, subissant la guerre industrielle (capitaliste ?) qui les dépasse et les écrase sans distinction40. Ils sont morts, non plus « pour la France », mais à cause des généraux et de leur stratégie, bref « à cause de la guerre – ou de la France – ». Et cette douleur absurde des combattants n’est pas que française, elle est européenne voire mondiale. Le Poilu n’est plus que douleur, peine et victimisation, comme dans les bandes dessinées à succès de Tardi41. Ainsi est illustrée la grande plasticité des mythes mémoriaux en France qui permet à la mémoire de s’adapter au contexte (le primat de l’individu souffrant et le rejet de la guerre) et aux injonctions politiques (le mythe du héros foudroyé mais courageux, rappel de la grandeur de la nation et de ses fils qui ont tenu malgré l’horreur).

    27Six poilus sont alors conviés à Paris, avec leur doyen de 107 ans, et la souffrance des combattants devient l’axe prioritaire de la commémoration à Pranles en Ardèche. Là, mais aussi aux Éparges, devant le monument, des enfants lisent des lettres de soldats avant d’évoquer la portée du sacrifice. La commune de Torcé organise une exposition sur ses Poilus disparus et rappelle les vertus de la construction européenne, pendant que Saint-André, dans le Nord, réunit les enfants des écoles autour de cette même idée. Partout, les préfets conseillent de célébrer « dans l’esprit européen » en honorant la contribution des alliés à la victoire. L’hommage aux mutins et aux fusillés est même parfois repris comme à Riom autour de son monument de 1922 dédié « Aux victimes des Conseils de guerre ». La municipalité y dépose une gerbe qui témoigne de la pacification de la mémoire de 14-18 et son rentrage sur les horreurs subies par les combattants. Sur ce socle à la fois controversé et européen, la fête se stabilise. Année après année, le sillon de l’hommage à tous les morts de la Grande Guerre et des confits suivants dans une perspective européenne s’approfondit. La commune de Vouziers invite ainsi les ambassadeurs de Slovaquie et Tchéquie le 11 Novembre 1999 pour un double hommage aux deux guerres et à la construction européenne. Et si Gagny célèbre les taxis de la Marne pour leur 95e anniversaire, la commune n’oublie pas les morts des guerres suivantes. C’est que les Poilus disparaissent : la fourchette du nombre des survivants en novembre 2001 varie entre 191 et 100, et celle de 2004 de 24 à 15. Comme pour retenir le temps qui passe, la chaîne de télévision Arte diffuse le 11 Novembre 2004, et avec un certain succès, un documentaire intitulé Le dernier Poilu fondé sur le témoignage de Ferdinand Gilson et l’évocation des souffrances des soldats présentés comme victimes de « la folie des hommes ». Si plusieurs dizaines de lycéens et collégiens sont conviées, comme auparavant, la jeunesse est plus magnifiée que jamais. Deux collégiens lisent à Paris en 2006 des lettres mettant en avant la seule souffrance des Poilus/victimes : « Par quel miracle me suis-je sorti de cet enfer […] nous sommes montés 1 200 et 300 sont redescendus » commence l’une d’elles.

    Achèvement : du Poilu/victime à l’oubli : les 11 novembre nouveaux (de 2007 à nos jours)

    28Si partout le rituel des 11 novembre reste plus classique, le mythe Poilu s’érode car l’on évoque souvent les deux conflits mondiaux (au Havre, à Rouen et Sotteville-lès-Rouen ou Marseille). L’arrivée au pouvoir du président Sarkozy achève cette relecture du mythe du Poilu. Son internationalisation s’accélère pour le 90e anniversaire du 11 novembre préparé par une commission présidée par Jean-Jacques Becker. La célébration est précédée par une sorte de répétition le 17 mars 2008 pour les obsèques nationales du dernier poilu42, Lazare Ponticelli. Ses funérailles en l’église Saint-Louis des Invalides ont lieu en présence du gouvernement et du nouveau président accompagné de son prédécesseur. On y retrouve une part des ingrédients des 11 Novembre suivants (lecture d’un poème par un enfant, hommages militaires, discours de Max Gallo, minute de silence) avant la pose d’une plaque et un discours présidentiel. Le propos est entièrement dédié à la paix et, implicitement, l’Europe : « ils [les Poilus] nous disent que la compréhension, le respect et la solidarité humaine sont les seuls remparts contre la barbarie »43. Ce jour-là, dans de nombreuses communes comme Sillé-le-Philippe, un hommage au dernier Poilu est rendu au monument aux morts avec la lecture du texte présidentiel. Le jour de la fête proprement dit, le discours présidentiel résume le nouveau mythe doloriste du Poilu. Il n’est qu’évocation des horreurs de 14-18 : « dans la boue des tranchées, parmi les rats et la vermine, sous la pluie incessante des obus, montant à l’assaut face aux mitrailleuses en piétinant les corps des morts, tenus en éveil la nuit par les cris des blessés abandonnés entre les lignes, les soldats pour survivre sentaient qu’ils devaient faire taire en eux leur part d’humanité ». Ce discours presque christique est complété par l’idée du « plus jamais ça ». Puis viennent les hommages à tous les Alliés qui se sont « battus comme pour leur propre patrie », aux troupes coloniales, ces « enfants de la France » et à la notion de « juste cause ».

    29Surtout, à la surprise générale, il évoque les fusillés de la Grande Guerre en des termes que n’aurait pas reniés Lionel Jospin : « je penserai à ces hommes dont on avait trop exigé, qu’on avait trop exposés, que parfois des fautes de commandement avaient envoyé au massacre et qui un jour n’ont plus eu la force de se battre. […] 90 ans après la fin de la guerre, je veux dire au nom de la Nation que beaucoup de ceux qui furent exécutés alors ne s’étaient pas déshonorés, n’avaient pas été des lâches, mais que simplement ils étaient allés jusqu’à l’extrême limite de leurs forces »44. Face à cette souffrance qui submerge tout, le Poilu n’est plus qu’une victime ultime dont les douleurs inouïes ont permis de bâtir un monde nouveau. Il est une projection doloriste vers un avenir européen adossé au souvenir de tous les morts de toutes les guerres. À Mont-Saint-Aignan, on honore ainsi la même année les « deuxième et troisième générations du feu »45, celles de 39-45 et de la guerre d’Algérie qui sont décorées avant un lâcher de pigeons « à la paix et à l’Europe ».

    30La mue du symbole combattant qu’est le Poilu s’accélère en 2011 quand le président, entouré de quatre enfants ayant perdu leur père au combat, ce qui est une rupture car ils sont fils de soldats professionnels, se présente en père de la nation, comptable d’une longue histoire héroïque. Et comme un père, il offre son écharpe à l’un des enfants en un geste enregistré par toutes les caméras. C’est alors la France éternelle qui honore tous ses morts, et non plus les seuls Poilus, dont le sang, hier comme aujourd’hui, a bâti le pays et permis l’Europe. Si l’on comprend l’objectif politique et identitaire de cette transformation du 11 novembre en Memorial Day consacrée par la loi de février 2012, qui en fait la fête de « tous les morts pour la France » et non plus des seuls Poilus, il interroge. Les guerres du passé – du moins républicain – n’ont en effet rien de commun avec celles d’aujourd’hui qui ne sont plus menées par l’armée de conscription. En outre, si l’on commémore tous les morts et toutes les guerres, coloniales, européennes et mondiales, défensives autant qu’offensives, on n’en commémore aucune en particulier. Ce 11 Novembre dilue chaque conflit, y compris la Grande Guerre, et chaque « mort pour la France », y compris les Poilus dans une célébration non identifiée qui nie le « devoir d’Histoire » au nom de la seule souffrance subie. Car chaque conflit mérite un traitement particulier et une contextualisation précise pour que le pays puisse en saisir les enjeux. Même le successeur socialiste de Nicolas Sarkozy, François Hollande, reprend cette nouvelle image du Poilu et ce nouveau 11 novembre. Il explique en 2012 : « Le 11 Novembre, c’est l’évocation de la Grande Guerre, nous ne devons jamais oublier tous ceux qui se sont sacrifiés pour que nous soyons ce que nous sommes aujourd’hui. […] Beaucoup ont en souvenir ce que leur ont dit leurs parents ou leurs grands-parents. […]. Nous n’oublierons jamais les soldats de 14-18. […] Et puis c’est vrai qu’une loi est votée et qu’aujourd’hui nous célébrons aussi la mémoire de tous ceux qui sont morts pour la France »46. C’est bien la continuité qui l’emporte alors et fait du Poilu commémoré un emblème totalement différent de ce qu’il était en 1945.

    Conclusion

    31L’image fondatrice du Poilu héroïque et agissant reste forte dans les commémorations en 1944. Liée à la mémoire républicaine, elle forme un mythe positif, celui du héros-acteur qui gagne pour des valeurs, qui se sacrifie « pour la France » et « la paix » au point de contaminer la représentation du héros de 1944-45, le Résistant. Ce mythe Poilu persiste jusqu’aux années 1970-80, puis se dilue dans une nouvelle fonction : symboliser l’Europe et la diversité car il n’est qu’un mort au combat parmi tous les autres. Dès lors, et surtout à la fin des années 1980-90, c’est sa souffrance subie, son massacre inhumain qui est seul retenu (et non plus sa mort héroïque) car il légitime tout, permet l’Europe et la fin de toutes les guerres. Le Poilu est à présent mort « à cause de la France ou de la guerre » comme les fusillés qui redeviennent des soldats comme les autres au nom de la souffrance commune. Cette évolution est confirmée par la loi de 2012 qui honore tous les morts et non plus les seuls Poilus. On y évoque les combats de l’avenir ce qui pose un problème : un pays a besoin de mythes et celui du Poilu héroïque et positif en reste un, comme le montre l’incroyable succès du centenaire de la Grande Guerre. Par quoi le remplacer et à quelle échelle, nationale ou Européenne ?

    Notes de bas de page

    1 Rémy Cazals, Les mots de 14-18, Toulouse, presses universitaires du Mirail, 2003 et consulté le 14/02/2014 <http://crid1418.org/espace_pedagogique/lexique/lexique_ini.htm>.

    2 Albert Dauzat, L’Argot de la guerre, d’après une enquête auprès des officiers et soldats, Paris, A. Colin, 1918.

    3 Voir Gérard de Puymège Chauvin, le soldat-laboureur. Contribution à l’étude des nationalismes, NRF, Paris, Gallimard, 1993.

    4 Voir Christian Amalvi, Les héros de l’Histoire de France, Paris, Larousse, 2011.

    5 Le 11 novembre ne devient fête nationale chômée et fériée qu’en octobre 1922 après bien des débats. Voir note suivante.

    6 Voir Rémi Dalisson, Du souvenir à la mémoire, histoire du 11 novembre des origines à nos jours, Paris, A. Colin, 2013. Voir aussi les célèbres incidents du 11 novembre 1940 à Paris.

    7 Serge Barcellini, « L’État républicain, acteur de mémoire : des morts pour la France aux morts à cause de la France », dans P. Blanchard et I. Veyrat Masson (éds), Les guerres des mémoires. La France et son histoire, Paris, La découverte, 2008. p. 209-219.

    8 Le concept a été forgé par Henri Rousso, Le Syndrome de Vichy. De 1944 à nos jours, Paris, Seuil, 1990 pour exprimer l’idée que les Français auraient été unanimement résistants dès 1940.

    9 Voir Maxime Tandonnet, 1940, un autre 11 novembre, Paris, Tallandier, 2009.

    10 Voir Jean-Pierre Cointet, La Légion française des combattants (1940-1944), la tentation du fascisme, Paris, Albin Michel, 1995.

    11 Patrick Garcia, « Une commémoration incertaine : le 8 mai 1945 », dans Ch. Delporte et D. Maréchal (éds), Les médias et la libération en Europe (1945-2005), Paris, L’Harmattan, collection « Les médias en actes », 2006, p. 419-437.

    12 Il entre alors en compétition avec l’anniversaire de la fête nationale de Jeanne d’Arc.

    13 Vincent Auriol est né en 1884, René Coty est engagé volontaire participe à la bataille de Verdun et Charles de Gaulle, blessé à Verdun, est fait prisonnier en 1916.

    14 Vincent Auriol, « Discours du 11 novembre 1958 », Le Monde, 12-13 novembre.

    15 Il s’agit de ceux de la gare de l’Est (mobilisation), de Reims (la Marne), de Verdun (en fait Douaumont), de Paris (en juin) et de Strasbourg qui ne mentionne aucunement 14-18. Voir ci-dessous.

    16 INA <http://www.ina.fr/fresques/de-gaulle/>, consulté le 22/11/2012.

    17 Pour les deux citations, de Gaulle, 2 août 1964, Paris-Normandie, 4-5 août.

    18 On retrouve le même « doublon » pour le Comité de 1974 et 1984. Pour le centenaire de 2014, le Comité est finalement scindé en deux devant les protestations d’une partie des historiens de la Grande Guerre et des politiques. Voir <http://www.lemonde.fr/politique/article/2012/10/26/grande-guerre-et-liberation-en-2014-le-choc-des-memoires_1781550_823448.html>.

    19 Discours du ministre des Anciens combattants, 19 août 1964 (Archives nationales, 5 AG 1/290).

    20 Dans Correspondance de Charles Péguy, 4 août 1914, « Lettre à Mme Favre » Paris, L’Amitié Péguy.

    21 Paris-Normandie, 12 novembre 1968, op. cit.

    22 Le Monde, 13-14 novembre 1968.

    23 La première se tient le 20 avril pour Foch aux Invalides. Il y eut le 21 avril à Doullens (Foch), 23 juin à Saint Anne d’Auray (soldats bretons), 18 juillet à Bligny (soldats italiens), 4 août à Tarbes (Foch), le 20 à Bar le Duc (Poincaré), le 29 septembre à Paris (armées d’Orient et Outre-mer), 6 octobre à Marseille (idem), 10 novembre à Compiègne (armistice à Rethondes), 11 Novembre : Paris (aux alliés) sans oublier Péronne, Metz, Mulhouse (Archives nationales, 5 AG 1/94).

    24 Le jeune Jacques Chirac a participé à la guerre d’Algérie en 1956-1957 et y finit Lieutenant. Giscard d’Estaing s’engage à 18 ans dans la première armée française en 1944-45.

    25 Giscard d’Estaing, Le Monde, 13-14 novembre 1975.

    26 Secrétaire d’État aux Anciens combattants, Le Monde, 13 novembre 1976.

    27 Le Monde, 14 novembre 1977.

    28 Pour la Première Guerre : Joffre, Pétain, Galliéni, Fayolle, Franchet d’Espérey, Foch, Lyautey, Manoury ; pour la Seconde : De Lattre, Leclerc et Juin.

    29 Discours à sa statue, 11 Novembre 1978, Le Monde, 13-13 novembre 1978.

    30 Discours à Rethondes, 11 Novembre 1978, Le Monde.

    31 Secrétaire d’État aux Anciens combattants, 11 Novembre 1980, Le Monde.

    32 Ministre de l’Éducation nationale, 11 Novembre 1980.

    33 Pour toutes les citations, F. Mitterrand, 11 Novembre 1988, Le Monde, 14 novembre 1988.

    34 Depuis 1993, le pouvoir dépose une gerbe aux trois maréchaux à Douaumont (Pétain), Rethondes (Foch) et Dormans (Joffre). Cet hommage ne se prolonge que deux ans.

    35 N. Offenstadt, 14-18 aujourd’hui, La Grande Guerre, op. cit., p. 11 et p. 22-23.

    36 Message du secrétariat de la présidence, 11 Novembre 1995 dans Le Monde.

    37 Le chiffre officiel de survivants de 14-18 est de 1 355 en 1995. Mais il est sans doute sous-estimé.

    38 Lionel Jospin 5 novembre 1998, <http://discours.vie-publique.fr/notices/983002941.html>, consulté le 05/12/2012.

    39 Voir Nicolas Offenstadt (éd.), Le Chemin des Dames. De l’évènement à la mémoire, Paris, Stock, 2004.

    40 Voir les querelles entre historiens français sur le « consentement » ou la « contrainte » et le poids de l’école « victimaire » du CRID 14-18, notamment auprès du grand public et des scolaires. Voir <http://www.lemonde.fr/societe/article/2006/03/10/1914-1918-guerre-de-tranchees-entre historiens_749539_3224.html>.

    41 Voir par exemple Jacques Tardi, C’était la guerre des tranchées, Paris, Casterman, 1993.

    42 Il les avait pourtant refusées, mais sa famille a accepté.

    43 <http://www.lejdd.fr/Societe/Actualite/Ponticelli-l-adieu-de-la-Nation-95690>, consulté le 12/06/2009.

    44 Nicolas Sarkozy, le 11 Novembre 2008 <http://www.verdun-meuse.fr/index.php?qs=fr/ressources/discours-du-mois---novembre-2011---discours-d>, consulté le 07/12/2012).

    45 Maire de Mont-saint-Aignan, Paris-Normandie, 12-13 novembre 2007.

    46 Interview de François Hollande à France 3, 11 Novembre 2012.

    Auteur

    • Rémi Dalisson

      Université/ESPE de Rouen, Groupe de Recherche Innovations et Sociétés (GRHis) (EA 3831)

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    1 Rémy Cazals, Les mots de 14-18, Toulouse, presses universitaires du Mirail, 2003 et consulté le 14/02/2014 <http://crid1418.org/espace_pedagogique/lexique/lexique_ini.htm>.

    2 Albert Dauzat, L’Argot de la guerre, d’après une enquête auprès des officiers et soldats, Paris, A. Colin, 1918.

    3 Voir Gérard de Puymège Chauvin, le soldat-laboureur. Contribution à l’étude des nationalismes, NRF, Paris, Gallimard, 1993.

    4 Voir Christian Amalvi, Les héros de l’Histoire de France, Paris, Larousse, 2011.

    5 Le 11 novembre ne devient fête nationale chômée et fériée qu’en octobre 1922 après bien des débats. Voir note suivante.

    6 Voir Rémi Dalisson, Du souvenir à la mémoire, histoire du 11 novembre des origines à nos jours, Paris, A. Colin, 2013. Voir aussi les célèbres incidents du 11 novembre 1940 à Paris.

    7 Serge Barcellini, « L’État républicain, acteur de mémoire : des morts pour la France aux morts à cause de la France », dans P. Blanchard et I. Veyrat Masson (éds), Les guerres des mémoires. La France et son histoire, Paris, La découverte, 2008. p. 209-219.

    8 Le concept a été forgé par Henri Rousso, Le Syndrome de Vichy. De 1944 à nos jours, Paris, Seuil, 1990 pour exprimer l’idée que les Français auraient été unanimement résistants dès 1940.

    9 Voir Maxime Tandonnet, 1940, un autre 11 novembre, Paris, Tallandier, 2009.

    10 Voir Jean-Pierre Cointet, La Légion française des combattants (1940-1944), la tentation du fascisme, Paris, Albin Michel, 1995.

    11 Patrick Garcia, « Une commémoration incertaine : le 8 mai 1945 », dans Ch. Delporte et D. Maréchal (éds), Les médias et la libération en Europe (1945-2005), Paris, L’Harmattan, collection « Les médias en actes », 2006, p. 419-437.

    12 Il entre alors en compétition avec l’anniversaire de la fête nationale de Jeanne d’Arc.

    13 Vincent Auriol est né en 1884, René Coty est engagé volontaire participe à la bataille de Verdun et Charles de Gaulle, blessé à Verdun, est fait prisonnier en 1916.

    14 Vincent Auriol, « Discours du 11 novembre 1958 », Le Monde, 12-13 novembre.

    15 Il s’agit de ceux de la gare de l’Est (mobilisation), de Reims (la Marne), de Verdun (en fait Douaumont), de Paris (en juin) et de Strasbourg qui ne mentionne aucunement 14-18. Voir ci-dessous.

    16 INA <http://www.ina.fr/fresques/de-gaulle/>, consulté le 22/11/2012.

    17 Pour les deux citations, de Gaulle, 2 août 1964, Paris-Normandie, 4-5 août.

    18 On retrouve le même « doublon » pour le Comité de 1974 et 1984. Pour le centenaire de 2014, le Comité est finalement scindé en deux devant les protestations d’une partie des historiens de la Grande Guerre et des politiques. Voir <http://www.lemonde.fr/politique/article/2012/10/26/grande-guerre-et-liberation-en-2014-le-choc-des-memoires_1781550_823448.html>.

    19 Discours du ministre des Anciens combattants, 19 août 1964 (Archives nationales, 5 AG 1/290).

    20 Dans Correspondance de Charles Péguy, 4 août 1914, « Lettre à Mme Favre » Paris, L’Amitié Péguy.

    21 Paris-Normandie, 12 novembre 1968, op. cit.

    22 Le Monde, 13-14 novembre 1968.

    23 La première se tient le 20 avril pour Foch aux Invalides. Il y eut le 21 avril à Doullens (Foch), 23 juin à Saint Anne d’Auray (soldats bretons), 18 juillet à Bligny (soldats italiens), 4 août à Tarbes (Foch), le 20 à Bar le Duc (Poincaré), le 29 septembre à Paris (armées d’Orient et Outre-mer), 6 octobre à Marseille (idem), 10 novembre à Compiègne (armistice à Rethondes), 11 Novembre : Paris (aux alliés) sans oublier Péronne, Metz, Mulhouse (Archives nationales, 5 AG 1/94).

    24 Le jeune Jacques Chirac a participé à la guerre d’Algérie en 1956-1957 et y finit Lieutenant. Giscard d’Estaing s’engage à 18 ans dans la première armée française en 1944-45.

    25 Giscard d’Estaing, Le Monde, 13-14 novembre 1975.

    26 Secrétaire d’État aux Anciens combattants, Le Monde, 13 novembre 1976.

    27 Le Monde, 14 novembre 1977.

    28 Pour la Première Guerre : Joffre, Pétain, Galliéni, Fayolle, Franchet d’Espérey, Foch, Lyautey, Manoury ; pour la Seconde : De Lattre, Leclerc et Juin.

    29 Discours à sa statue, 11 Novembre 1978, Le Monde, 13-13 novembre 1978.

    30 Discours à Rethondes, 11 Novembre 1978, Le Monde.

    31 Secrétaire d’État aux Anciens combattants, 11 Novembre 1980, Le Monde.

    32 Ministre de l’Éducation nationale, 11 Novembre 1980.

    33 Pour toutes les citations, F. Mitterrand, 11 Novembre 1988, Le Monde, 14 novembre 1988.

    34 Depuis 1993, le pouvoir dépose une gerbe aux trois maréchaux à Douaumont (Pétain), Rethondes (Foch) et Dormans (Joffre). Cet hommage ne se prolonge que deux ans.

    35 N. Offenstadt, 14-18 aujourd’hui, La Grande Guerre, op. cit., p. 11 et p. 22-23.

    36 Message du secrétariat de la présidence, 11 Novembre 1995 dans Le Monde.

    37 Le chiffre officiel de survivants de 14-18 est de 1 355 en 1995. Mais il est sans doute sous-estimé.

    38 Lionel Jospin 5 novembre 1998, <http://discours.vie-publique.fr/notices/983002941.html>, consulté le 05/12/2012.

    39 Voir Nicolas Offenstadt (éd.), Le Chemin des Dames. De l’évènement à la mémoire, Paris, Stock, 2004.

    40 Voir les querelles entre historiens français sur le « consentement » ou la « contrainte » et le poids de l’école « victimaire » du CRID 14-18, notamment auprès du grand public et des scolaires. Voir <http://www.lemonde.fr/societe/article/2006/03/10/1914-1918-guerre-de-tranchees-entre historiens_749539_3224.html>.

    41 Voir par exemple Jacques Tardi, C’était la guerre des tranchées, Paris, Casterman, 1993.

    42 Il les avait pourtant refusées, mais sa famille a accepté.

    43 <http://www.lejdd.fr/Societe/Actualite/Ponticelli-l-adieu-de-la-Nation-95690>, consulté le 12/06/2009.

    44 Nicolas Sarkozy, le 11 Novembre 2008 <http://www.verdun-meuse.fr/index.php?qs=fr/ressources/discours-du-mois---novembre-2011---discours-d>, consulté le 07/12/2012).

    45 Maire de Mont-saint-Aignan, Paris-Normandie, 12-13 novembre 2007.

    46 Interview de François Hollande à France 3, 11 Novembre 2012.

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    • "Drømmen om Europas forente stater" ("Le rêve des Etats-Unis d'Europe"). Entre internationalisme et européisme, l'autre Europe du jeune Willy Brandt en exil (1933-1947). DOI: 10.70675/00166ef5z86d9z4ce2z8c73z7266718038cc
    • Le souvenir s’en va-t-en guerre : Mémoires & représentations sociales du soldat de 14-18. DOI: 10.70675/fb5ec5c2z08bbz445fzb1e0z093181612bf2
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    Dalisson, Rémi. « Du héros à la victime : le mythe du Poilu dans les fêtes nationales, de 1945 à nos jours ». La longue mémoire de la Grande Guerre, édité par Laurent Jalabert et al., Presses universitaires du Septentrion, 2017, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.11042.

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    Jalabert, L., Marcowitz, R., & Weinrich, A. (éds.). (2017). La longue mémoire de la Grande Guerre. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.11005
    Jalabert, Laurent, Reiner Marcowitz, et Arndt Weinrich, éd. La longue mémoire de la Grande Guerre. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2017. doi:10.4000/books.septentrion.11005.
    Jalabert, Laurent, et al., éditeurs. La longue mémoire de la Grande Guerre. Presses universitaires du Septentrion, 2017, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.11005.
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