Fours et quartiers de potiers à Naxos de Sicile (VIIe-Ve siècle av. J.-C.)
p. 281-300
Résumés
Il y a plusieurs attestations de l’activité des potiers et coroplastes à Naxos, première colonie grecque fondée en Sicile pendant la seconde moitié du viiie siècle av. J.-C. Cette activité, qui exploitait les vastes bancs d’argile des collines qui entourent la baie, se prolonge bien après la destruction de la cité en 403 av. J.-C. avec les productions d’amphores vinaires, tuiles et briques. Pour la période archaïque, les données offrent un cadre riche et complexe ; elles montrent la formation, dès la fin du viie siècle, d’un quartier de potiers sur les pentes de la colline de Larunchi-Salluzzo ; les autres installations montrent en revanche une activité de production dispersée sur le territoire urbain dans des contextes différents (sanctuaire, habitations). Pendant la période classique, nous avons ainsi deux pôles principaux situés au-dehors de l’ancienne ville et groupant les ateliers en de véritables quartiers spécialisés dans la production de la terre cuite. En revanche, il faut signaler la présence remarquable d’un atelier-boutique à l’intérieur de la cité, et probablement de l’agora, dont l’activité se prolongerait jusqu’au début du ive siècle av. J.-C. Si les données se référant aux viie et vie siècles montrent des situations variées, au ve siècle av. J.-C., ce type d’activité productive se concentre, en revanche uniquement à l’extérieur de l’habitat dans les deux quartiers. Cela s’explique par des raisons pratiques (proximité de la matière première), en cohérence aussi avec les principes de rationalisation de l’espace urbain et de salubrité qui sont à la base du nouvel aménagement urbain de Naxos. Cependant la présence de deux quartiers de potiers peut être difficilement interprétée comme l’indice d’une production à grande échelle à Naxos à l’époque classique, qui n’est pas démontrable, pour l’instant, à cause du défaut de véritables dépotoirs.
The production of terracotta artefacts at Naxos is well attested. It began early in the 7th century B.C. and continued long after the destruction of the city in 403 B.C. This paper analyses only the colonial production with focus on the remains of the installations, which consist mainly of kilns. In the early period they were scattered over the city in sacred and dwelling contexts. But from the mid-6th century B.C. the workshops are transferred and concentrated in the north- west outskirts, if not properly outside of the city, and they are organized in a true potters’ quarter on the north side of the Salluzzo -Larunchi hill. The potters’ quarter stops its activity only at the end of 5th century B.C. During this century another potters’ quarter was built on the opposite side on the south plain, outside the city, close to it beyond the Santa Venera stream. Unfortunately no dumps containing kiln wastes have as yet been found in either quarter. This prevents the volume of their production from being defined, in spite of some evidence of their possible specialization. So the existence of two potter’s quarters in 5th century B.C. Naxos hardly testifies to any large-scale production, but it does provide effective evidence of the rationalization of the urban space and of its early functional division
Entrées d’index
Mots-clés : topographie des fours, potier, coroplaste, vase, tuile, brique, revêtement architectural, amphore, moule
Index géographique : Naxos
Texte intégral
1L’activité des potiers et coroplathes est bien attestée à Naxos, première colonie grecque fondée en Sicile par les Eubéens de Chalcis et, fort probablement, avec les Naxiens de l’île homonyme des Cyclades, pendant la seconde moitié du viiie siècle av. J.-C., dans une position très stratégique à l’extrémité méridionale du détroit de Sicile1. La vie de la cité est brève et se termine en 403 av. J.-C. détruite par Denys I de Syracuse (Diodore XIV 15, 2), suivie de la fondation immédiate de Tauromenion sur les hauteurs qui délimitent la baie au nord2.
2Dans l’état actuel des recherches, les fouilles n’ont mis au jour aucun reste de fonderie, et les témoignages industriels semblent se limiter à la fabrication de produits à base d’argile, vases et surtout tuiles, grâce aux vastes bancs d’argile des collines qui entourent la baie, en particulier celles de Larunchi-Salluzzo et du Cimetière actuel3. Il s’agit de carrières utilisées pendant toute l’Antiquité et au-delà, comme le démontre une carte postale du début du xxe siècle, représentant le séchage de vases sur la plage (fig. 1). Il manque encore une recherche archéométrique systématique et une étude géologique parallèle du territoire et cela nous empêche d’être plus précis. Toutefois, l’emplacement du quartier des potiers analysé ci-après, sur la pente septentrionale de la colline Larunchi-Salluzzo, est un témoignage éloquent de l’exploitation de ces bancs d’argile au moins dès les viii-viie siècles av. J.-C. En effet, la production de terres cuites (vases, tuiles, briques) se prolonge bien après la destruction de la cité en 403 av. J.-C.
3Il faut d’abord souligner que des fours pour briques et amphores fonctionnent de l’époque hellénistique jusqu’à l’Antiquité tardive, et surtout à la première époque impériale (ier av. J.-C. et ier siècle ap. J.-C.)4. Ces installations se répartissent autour du secteur sud-occidental de la rade où se situait le port ancien de la cité grecque, dont la localisation est confirmée par la récente découverte de l’arsenal naval du ve siècle av. J.-C.5. Elles sont donc en relation directe avec le bassin portuaire, ce qui est fréquent dans la Méditerranée antique, et elles montrent que le port de la colonie de Naxos reste en activité de l’époque hellénistique jusqu’à la période byzantine (fig. 2)6. Quelques déchets d’amphores gréco-italiques du type MGIII ont été retrouvés dans une zone proche de l’arsenal naval7 ; tandis que des fragments de ce type d’amphore ont été récupérés en nombre dans la loge 4 de l’arsenal naval, entre temps utilisé peut-être comme dépôt8. Plus tard, la grande décharge d’amphores vinaires à fond plat (types Sant’ Alessio et Spinella, i – ive siècles ap. J.-C.) accumulées le long de la pente orientale de la colline de Larunchi, qui recouvre l’espace de l’agora et, en quelque sorte, celui de l’arsenal naval, documente une production amphorique massive9. Bien qu’aucune installation (fours ou structures de travail annexes) n’ait jamais été retrouvée dans la zone10, des exemplaires de ce type d’amphore ont été découverts ailleurs, ce qui en atteste l’exportation.
Fig. 1. Carte postale de Giardini du début du xxe siècle

Carte postale, 1920.
Fig. 2. Naxos. Photo aérienne du site avec indication d’installations de potiers après 403 av. J.-C.

Triangle jaune = fours d’époque hellénistique ; triangle orange = dépotoir d’amphores des i-ive siècles ap. J.-C. ; triangle bleu = fours et installations des ie-ive siècles ap. J.-C. ; triangle rouge = fours des iv-ve ap. J.-C. Le nord se trouve en bas
Ministero BB-AA-CC., Aerofototeca.
Fig. 3. Naxos. Plan de la cité

Lentini 2009.
4Enfin, l’ensemble de quatre fours de fabrication d’amphores (type Keay LII) datant des ive-ve siècles ap. J.-C., découvert près du secteur le plus central de la baie, confirme la vocation industrielle du territoire de l’ancienne colonie, en rapport direct avec Taormine et le port11.
5Sur le versant opposé, à l’ouest de la rivière de Santa Venera, la recherche archéologique a, en outre, relevé la présence d’ateliers de potiers, documentée par quelques fours qui datent surtout de l’époque hellénistique12.
6Pour revenir à notre sujet, plusieurs éléments illustrent cette activité de production pendant la période archaïque, ainsi le cas très significatif du sanctuaire sud-occidental et surtout le développement précoce, à la fin du viie siècle av. J.-C., d’un quartier de potiers au nord de la cité. Pendant la période classique, nous avons ainsi deux pôles principaux, groupant les ateliers en de véritables quartiers spécialisés dans la production de la terre cuite. En revanche, il faut signaler la présence remarquable d’un atelier-boutique à l’intérieur de la cité, et probablement de l’agora, dont l’activité se prolongerait jusqu’au début du ive siècle av. J.-C., démontrant une sorte de reprise des activités de la cité après la destruction de 403 av. J.-C.
7Enfin, pour la période archaïque, rappelons les nombreux témoignages indirects de production, comme celle de céramique de tradition eubéenne du viiie et viie siècles av. J.-C.13, ou celle de terres cuites architecturales de qualité excellente du vie siècle14, sans oublier la production coroplasthique, avec l’autel aux sphinx affrontés de Heidelberg-Naxos, à l’évidence, un produit mal réussi en raison de l’aspect presque vitrifié de l’argile, qui est un célèbre exemple15.
Fig. 4. Naxos. Plan du sanctuaire sud-ouest

Pelagatti 1972, fig. 2.
1. La documentation d’époque archaïque
8Les données recueillies ci-dessous offrent un tableau riche et complexe ; elles montrent la formation, dès la fin du viie siècle, d’un quartier de potiers sur les pentes de la colline de Larunchi-Salluzzo, en relation directe avec les carrières d’argile, que l’on examinera ensuite pour la présence d’une phase classique bien conservée ; les autres installations montrent en revanche que l’activité de production était dispersée sur le territoire urbain dans des contextes différents.
9L’ensemble constitué par les deux fours du sanctuaire sud-ouest est bien connu et très bien préservé (fig. 3-4). Il a été découvert en 1954 ; il est formé d’un four A, à chambre de chauffe circulaire, (diam. 1,50 m) et d’un autre plus grand, le four B, de plan rectangulaire, à deux canaux de chauffe (2,50 m x 3,20 m) [fig. 5] . Tous deux datent des dernières décennies du viie siècle et du début du vie siècle et font partie du temenos le plus ancien16.
10D’après les déchets de cuisson recueillis, nous pouvons établir que le four A était destiné à la cuisson de vaisselle de table (coupes mais peut-être aussi hydries) [fig.6], tandis que le grand four B était utilisé pour la production de tuiles et, probablement, de revêtements architecturaux (fig. 7)17. Le four destiné à la production de vaisselle de table est une rareté : il est en effet très difficile de trouver à l’intérieur d’un sanctuaire des traces de production d’objets liés au culte18. Des fours pour la cuisson de tuiles sont, en revanche, attestés sur d’autres sanctuaires ; nous faisons allusion aux exemples bien connus des sanctuaires d’Olympie et de Némée19, de Locres20 et, en Sicile, à celui d’époque archaïque, récemment découvert à Leontinoi dans le sanctuaire de Scala Portazza21. La présence de ces installations à l’intérieur de contextes sacrés a généralement été expliquée par la nécessité de mener des travaux de maintenance, ou parfois, comme à Leontinoi, de monumentalisation.
11Dans le cas de Naxos, d’après l’emplacement des fours qui sont très proches de l’autel et presque dans l’axe de la porte sud (fig. 4), il semblerait qu’il s’agisse d’une activité liée à la phase la plus ancienne du sanctuaire ; mais on ignore si la production du four B était destinée à la restauration du petit temple A de la fin du viie siècle ou devrait être plutôt mise en relation avec un autre bâtiment du sanctuaire.
12Autre preuve d’activité à l’intérieur ou près d’un sanctuaire : un dépôt de moules de la fin du vie siècle av. J.-C. qui peut être lié à un atelier. Découvert en 1970, cet atelier se trouve aux limites sud de la péninsule de Schisò (fig. 3)22. Au cours des fouilles, aucune trace de four ou d’installation liée à un atelier n’a été reconnue, mais seulement des matrices de plaquettes (fig. 8) et de petites protomés féminines de types attestés dans le sanctuaire sud-ouest (fig. 9)23. Toutefois, il est difficile de préciser la position de ce dépôt par rapport au réseau urbain car sur ce versant, nous n’avons pas d’indications de remparts. La nature même du dépôt et sa relative proximité avec le temple C suggère une possible relation entre eux (fig. 3). Dans ce cas, nous serions en présence d’un autre lieu de production au contact d’une zone sacrée.
13Enfin, aux environs du milieu du viie siècle, le troisième complexe semblerait se situer dans le contexte urbain et dans une zone cruciale de la péninsule de Schisò qui donne sur le port. Il s’agit d’un petit four découvert en 1981 dans une pièce située immédiatement à l’ouest de la maison à pastas mais qui ne communique avec elle (fig. 3)24. Le four occupait l’angle sud-est de la pièce qui donnait sur la chaussée archaïque Se et qui était à ciel ouvert, peut-être une cour annexe à une habitation (fig. 10)25.
14Ce four est caractérisé par une petite chambre de chauffe oblongue (0,70 m) creusée dans la terre (fig. 11). Les nombreux morceaux d’argile crue ainsi que quelques briquettes doivent être attribués au revêtement des parois de la chambre de combustion. Aucune trace de la colonnette centrale qui devait soutenir la sole n’a été retrouvée. D’une façon générale, le four ressemble à ceux qui ont été découverts à Mégara Hyblaea26.
15D’après les nombreux déchets de cuisson récoltés, il s’agit d’une vaisselle de table produite au milieu du viie siècle av. J.–C. et très commune à Naxos : coupes, lekanai, hydries, cruches (fig. 12-13). Cette documentation méritrait d’être exploitée.
Fig.5. Naxos. Plan des fours A et B du sanctuaire sud-ouest (vii-vie siècles av. J.-C.).

Fig.6. Naxos. Deux déchets de cuisson du four A (fragment de coupelle et anse verticale d’hydrie).

Fig. 7. Naxos. Déchets de cuisson du four B : fragments de tuiles dont l’un avec des traces de matière colorante rouge.

Fig. 8. Naxos. Fragment de moule de plaquette (fin du vie siècle av. J.-C.).

Fig. 9. Naxos. Moules de protomés féminines (fin du vie siècle av. J.-C.).

Fig. 10. Naxos. Vue de la pièce du four donnant sur la chaussée archaïque Se.

Fig. 11. Naxos. Vue du four à côté de la maison à pastas (viie siècle av. J.-C.).

Fig. 12. Naxos. Déchets de vaisselles de table : fragments d’hydries et d’un bec déversoir de deinos (viie siècle av. J.-C.).

Fig. 13. Naxos. Déchets de vaisselles de table : anses de coupelles et de lekanai et fragment de bec de cruche (viie siècle av. J.-C.).

2. Les attestations d’époque classique
16Au début du ve siècle av. J.-C., le réseau urbain de Naxos subit un changement radical : le territoire urbain s’est organisé selon une orientation unique avec un schéma régulier à grille orthogonale (fig. 3). Malgré l’absence de sources, cela a été considéré comme la conséquence de l’intervention d’Hiéron de Syracuse qui refonda, en même temps, Katane sous le nom d’Aitna27. Dans la cité ainsi réorganisée, deux quartiers artisanaux ont été identifiés avec des ateliers spécialisés pour la fabrication de terres cuites, l’un à l’ouest de la cité, de l’autre côté de la rivière Santa Venera, l’autre, au nord, sur les pentes de la colline Larunchi-Salluzzo, qui remet en fonction le quartier précédent d’époque archaïque (fig. 3).
17Le quartier ouest, sans aucun doute, était en dehors de la cité, près d’un vaste complexe sacré suburbain28 ; la position du quartier nord par rapport à la cité est, par contre, moins claire, en raison de l’absence de vestiges des remparts le long de ce versant de la cité. La portion de proteichisma (5 m) récemment mise au jour au bas de la colline, tout près des neôria, est trop réduite pour être théoriquement prolongée vers l’ouest et nous aider à résoudre ce problème29.
18L’aménagement des deux quartiers montre plusieurs points communs : ils sont constitués de pièces isolées et d’ensembles de pièces desservies par un réseau viaire interne (fig. 14-15) ; il y a toujours cohérence avec l’orientation de la ville, l’un se développant sur le prolongement externe de la plateia A, l’axe routier central et le plus important de la cité classique ; l’autre, par contre, se trouverait au bout du stenopos 4 (fig. 3). À l’évidence, ces deux artères urbaines reliaient les deux quartiers à la cité.
19Le quartier nord, établi sur les pentes de la colline de Larunchi-Salluzzo, a été exploré pendant les années 1964 et 1965 lors de deux longues campagnes de fouilles ; aujourd’hui, les restes sont enfouis sous le périphérique de l’autoroute30. Le quartier ouest a, lui aussi, subi le même sort : il a été identifié à l’occasion de fouilles d’urgence, menées pour un programme de construction de type HLM sur les terrains longeant la rivière Santa Venera, sur la rive droite31.
20Le quartier nord occupait une surface d’au moins 1 000 m2. La coexistence de deux alignements et la présence de techniques de maçonnerie différentes et surtout de la technique polygonale, montrent l’existence de deux phases : la phase classique, qui dure de 460 av. J.-C. jusqu’à la fin du siècle, se superpose à la phase archaïque (fig. 14). Pendant les viie et vie siècles, le quartier se développe par rapport à la route nord-sud Sd du réseau archaïque qui le reliait au centre urbain32 ; fonction remplie par la suite, comme nous l’avons déjà dit, par le stenopos 4, l’une des voies nord-sud de la grille routière du ve siècle av. J.-C. (fig. 3).
21Le quartier est constitué de deux ruelles, dont celle, nord-sud, est la plus large (3 m) ; elles se croisent perpendiculairement (fig. 14). Quelques pièces, parfois de grandes dimensions, étaient utilisées comme bassins de décantation de l’argile. Aucun élément n’a été découvert qui permette de distinguer d’éventuelles zones annexes résidentielles et/ou de commerce. Nous possédons, en revanche, les restes des installations de production, c’est-à-dire trois fours à l’intérieur de vastes pièces à ciel ouvert (fig. 14). Le four I, le plus ancien, de la fin du vie siècle av. J.-C. est de forme ovoïde, sans pilier central pour soutenir la sole (fig. 14)33.
22Le four II, de forme rectangulaire à un seul canal de chauffe, est construit en briques crues, et la sole est soutenue par deux séries opposées de piliers parallèles (fig.14)34. Il s’agit là aussi d’un four pour tuiles et revêtements architecturaux.
23Le four III a une chambre de chauffe ovoïde et un canal de chauffe axial (fig. 14)35. Aucune trace de sole n’a été retrouvée : il est probable qu’on y cuisait des vases de très grandes dimensions, comme des trapezophoroi, et de larges bassins. Un grand amas de cendres, charbons, tuiles et fragments de vases et de déchets de fabrication a été découvert près de la bouche du four I ; autour des deux autres, en revanche ont été retrouvées des statuettes féminines36, et notamment un moule d’antéfixe à masque de silène, le seul intact retrouvé jusqu’à aujourd’hui : une attestation directe de la production très prolongée dans le temps de ce type d’antéfixe pour lequel Naxos est célèbre37.
Fig. 14. Naxos. Plan du quartier des potiers nord

D’après Pelagatti 1972, fig. 1.
24Le quartier ouest des potiers de la rive droite de la rivière Santa Venera, fouillé en 1986 sur une surface bien plus limitée que celle du quartier nord, se développe au sud-ouest près du vaste sanctuaire suburbain, mais aucun élément ne montre, pour l’instant, que ces deux quartiers soient en relation, bien que cela soit possible (fig. 15).
25Le quartier semble s’organiser le long d’une voie nord-sud, sans doute recoupée par des ruelles ou passages (fig. 15-16). Nous n’avons pas découvert de fours, mais un seul bassin rectangulaire de décantation, pavé de briques (fig. 17). En l’absence d’un véritable dépotoir, les déchets ne définissent que le type de production consistant en vaisselle de table (skyphoi, assiettes au poisson) et lampes à vernis noir, qui sont datées entre la seconde moitié du ve siècle av. J.-C. et le début du ive siècle av. J.-C. (fig. 18)38.
Fig. 15. Naxos. Plan du quartier des potiers ouest et du sanctuaire.

26Il est intéressant d’observer que ce quartier se distingue de l’autre, puisqu’il semble être spécialisé dans une production de vases qui s’étend jusqu’au début du ive siècle av. J.-C.
27Enfin, le dépôt de moules et de statuettes, découvert en 1972 à l’intérieur d’une habitation le long du stenopos 6, aux limites de l’agora, c’est-à-dire en pleine zone urbaine (îlot C5) (fig. 3), peut indiquer l’existence d’un atelier de coroplathe, bien que l’on n’y ait jamais retrouvé de four ou, simplement, la boutique de vente de figurines (fig. 19) ; la datation de cet atelier se situe entre la fin du ve et le ive siècle av. J.-C. C’est l’une des rares indications d’une possible survivance de la cité, réduite à la zone entourant le port39.
28Quant à la production, la plupart de la documentation se réfère à la fabrication de tuiles, mais la production céramique et coroplastique est toutefois bien attestée pendant les deux périodes examinées.
29Les données des viie et vie siècles montrent des situations variées. Nous constatons le développement précoce d’un quartier de potiers à l’écart de la ville, mais relié à elle, près des fortifications ou immédiatement en dehors, mais aussi un atelier de potier à l’intérieur d’un quartier d’habitations, le long d’une route urbaine, tandis que deux fours desservaient le sanctuaire.
30Au ve siècle av. J.-C., ce type d’activité de production se concentre, en revanche, uniquement à l’extérieur de l’habitat dans deux quartiers différents. Si l’on exclut le cas chronologiquement tardif de l’atelier du coroplaste, situé près de l’agora, nous n’avons jusqu’à présent jamais relevé des traces de travail de potiers dans le centre urbain. Cela s’explique par des raisons pratiques, comme la proximité de la matière première, en cohérence aussi avec les principes de rationalisation de l’espace urbain, et de salubrité qui sont à la base du nouvel aménagement de Naxos. Cependant, la présence de deux quartiers de potiers peut être difficilement interprétée comme l’indice d’une production à grande échelle à Naxos à l’époque classique. L’évaluation de l’ampleur de l’activité productrice reste, pour l’instant, un problème, faute de véritables dépotoirs qui permettraient de définir le volume et le rythme de travail de chaque quartier. La spécialisation évidente de chacun des deux quartiers est une indication précieuse mais qui ne suffit pas à le résoudre.
Fig. 16. Naxos. Quartier des potiers ouest : vue de la voie nord-sud.

Fig. 17. Naxos. Quartier des potiers ouest : restes du bassin de décantation.

Fig. 18. Naxos. Déchets de cuisson de vases et d’une lampe à vernis noir provenant du quartier des potiers ouest.

Fig. 19. Naxos. Des moules de poupées de l’atelier du coroplaste.

Bibliographie
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Notes de bas de page
1 La possibilité d’une participation des Naxiens de l’île des Cyclades, documentée par des sources anciennes (surtout Hellanicos FHG 4, F 82), est renforcée par la découverte du cippe avec la dédicace à la déesse Enyó en alphabet cycladique du viie siècle av. J.-C. (Guarducci 1985, fig. 1). Sur ce sujet, une conférence a été organisée à Giardini Naxos en 2000 avec la participation des archéologues engagés dans la recherche des deux cités de Naxos (cfr. The Two Naxos Cities 2001). Sur la participation des Naxiens, voir Cordano 2004, p. 101-102 ; tandis que sur le toponyme de Naxos, voir en dernier lieu Boardman 2006, p. 197. En général sur la date plus ancienne et la composition mixte de la colonie de Naxos, voir récemment Fischer-Hansen, Nielsen, Ampolo 2005, p. 18.
2 On se réfère à l’occupation du Mont Taurus par les Sicules en 396 av. J.-C. (Diodore XIV 88, 1), qui précède la fondation grecque de Tauromenion en 358 av. J.-C. (Diodore XVI 7, 1) .
3 Pelagatti 1993, p. 277.
4 Lentini 2001, p. 17-25, p. 34-35
5 Lentini, Blackman, Pakkanen, 2008 ; Lentini, Blackman 2009.
6 Des recherches sont en cours pour la localisation et la délimitation exactes du bassin du port commercial qui occupait le secteur sud-ouest de la rade. L’absence des restes du quai empêche de délimiter le bassin au nord.
7 Lentini 2002, p. 230, fig. 8. Pour le type MGSIII, voir Vandermersch 1994, p. 69-73.
8 Lentini, Savelli, Blackman 2009, p. 103.
9 Freed, Wilson 1999 (type Spinella).
10 Wilson 1990, p. 264-265, p. 402, n.128 ; sur ces types, et notamment sur le type plus ancien Sant’Alessio, voir en dernier lieu Muscolino 2009, p. 118-126, fig. 3c (avec la bibliographie antérieure).
11 Pelagatti 1976-1977, p. 544, pl. LXXXIII (plan) ; Fallico 1976-1977 ; Wilson 1990, p. 256-257, 264 ; Pelagatti 1993, p. 286 ; Ollà 2001, p. 49-52, 56 ; Muscolino 2009, p. 123-124.
12 Pelagatti 1993, p. 277 ; Lentini 2001b, p. 16.
13 Pelagatti 1982, p. 157-163 ; Coldstream 2004.
14 Lentini 1997, p. 125-134 (terres cuites architecturales) ; Lentini 2006 (statues en terre cuite).
15 Pelagatti 1984-1985, p. 287, note 87 ; Pelagatti 1993a, p. 19-27.
16 Pelagatti 1972, p. 215, fig. 2.
17 On a surtout identifié des décharges de tuiles, dont une avec des restes de pigment rouge et deux seuls fragments de revêtements architecturaux.
18 Hasaki 2002, p. 289-291.
19 Hasaki 2002, p. 348-349, n. 60-62 (Nemée), 354, n.67-72 (Olympie) avec la bibliographie antérieure.
20 Costamagna, Sabbione 1990, p. 215-216 ; Fischer-Hansen 2000, p. 99.
21 Frasca 2009, p. 79, fig. 16.
22 Pelagatti 1972, p. 217, fig. 33-35 ; Pelagatti 1993, p. 283.
23 Uhlenbrock 1989, p. 15, fig. 9. Les découvertes de Naxos comportent des plaquettes de types de Locres (Lentini 1995, p. 26-27, pl. VI, 21-22) et de types différents (Pelagatti 1980-1981, p. 705, pl. CXLIV, 1).
24 Lentini 1984-1985, p. 821 ; Pelagatti 1993, p. 283.
25 Pelagatti 1981, p. 300, fig.3 (voie Se) ; pour la maison à pastas et en général pour la zone, voir Lentini 1984-1985, p. 815-820, pl. CLXXIX.
26 Tréziny 2004, p. 170-175, fig. 192, 196.
27 Pelagatti 1976-1977, p. 537-541, fig. 3bis ; Belvedere 1990, p. 63-64 ; Lentini 1990, p. 7-8
28 Lentini 1993-1994, p. 1012-1025, fig. 4-5 ; Lentini 1997, p. 123-125.
29 Lentini, Blackman 2009, p. 46-47, fig. 9-10.
30 Pelagatti 1968-1969, p. 351, pl. LIX ; Pelagatti 1972, p. 213-215.
31 Lentini 1993-1994, p. 1014.
32 Pelagatti 1981, p. 300, fig.3 (voie Sd).
33 Pelagatti 1972, p. 213, fig. 5.
34 Pelagatti 1972, p. 213, fig. 7.
35 Pelagatti 1972, p. 213, fig. 6.
36 Pelagatti 1972, p. 213, fig. 11,14.
37 Pelagatti 1972, p. 213, fig. 8 ; sur les antéfixes à masque de Silène et leurs différents types dont la production a duré de la fin du vie siècle jusqu’à tout le ve siècle, voir Pelagatti 1965 ; 1977, p. 50-55.
38 Lentini 2002, p. 235, fig. 15 (déchets d’assiettes à poisson et de skyphoi). Il est intéressant d’ajouter que non loin du quartier, près de la route nationale, a été identifié un dépôt votif datant de la fin du ve siècle ou du début du ive siècle av. J.-C. : Lentini 2002, 231-240, fig. 9-14, 16-18.
39 Pelagatti 1976-1977, p. 544, pl. LXXXVI.2 ; Pelagatti 1980-1981, p. 706, pl. CXL, D (plan), CXLIV.2-3). Pour une datation du dépôt à la fin du ve siècle, voir Uhlenbrock 2002, p. 331-337, fig. 9 (moule de poupée), 11-13 (statuettes).
Auteur
-
Maria Costanza Lentini
Directrice des fouilles de Naxos de Sicile
Museo archeologico di Giardini Naxos
Via Naxos, 1
98035 Giardini Naxos Messine (Italie)
Mc.lentini@tin.it
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