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    Plan détaillé Texte intégral Itinéraire Catalogue des croyances générales Catalogue des croyances locales par sites Catalogue des sites par cultes

    Choses vues et entendues par Pausanias

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Messénie

    p. 166-191

    Texte intégral Itinéraire Catalogue des croyances générales Catalogue des croyances locales par sites Catalogue des sites par cultes Croyances générales : Guerres contre la laconie Les origines Sanctuaire d’Artémis Limnatis (04.02-03) Polycharès et Euaiphnos (04.04-05.03) Prise d’Amphéia (05.08-10) Chronologie d’Aristoménès (06.01 ; 03 ; 05) Première guerre Les débuts (06.06 ; 07.01-02) Première bataille (07.03-04 ; 08.03) Deuxième expédition (08.12-09.01) Tisis envoyé à Delphes (09.03) Sacrifice de la fille de Lykiscos (09.04-10.01) Ambassade laconienne à Delphes (12.01-02) Ambassade messénienne à Delphes (12.03-04) Révélations sur la fille de Lykiscos (12.05-06) Deuxième ambassade messénienne à Delphes (12.07-10) Mauvais présages pour les Messéniens (13.01-04) Fin de la première guerre (13.06-14.02 ; 04 ; 06) Deuxième guerre Début et date de la guerre (15.01) Bataille de Dérai (15.04) Arrivée de Tyrtée à Sparte (15.06) Bataille du Séma Caprou (15.07) Sacrilège contre les Dioscures (27.01) Aristoménès et les Dioscures (16.05 et 09) Bataille du Grand Fossé (17.02-03 ; 09) Les Messéniens réfugiés sur le Mont Eira (17.10) Aristoménès dans le Kéadas (18.03-07) Aristoménès capturé et sauvé (19.04-06) L’oracle du figuier (20.01-04) Chute d’Eira (20.05-21.03) Exil des Messéniens (21.10-12) Sort des Messéniens après la prise d’Eira (23.01-03) Envoi d’une colonie en Sicile (21.05-09) Installation des Messéniens à Naupacte (24.05-07) Le retour des Messéniens Les Messéniens à Leuctres (26.03-06) Redécouverte du talisman des Messéniens (26.06-08) Oracles pour la refondation de Messène (27.04) Refondation de Messène (27.05-07) Topographie et Toponymie Mont et ville Ithomè (09.01-02) Source Dionysias à Kyparissiai (36.07) Séma Caprou (Tombeau du Sanglier) (15.07 et 08) Personnages héroïques Éponymie et fondations Abia (30.01) Aipytos (03.07-09) Andania (33.06) Arénè (02.04-05) Arsinoè (31.06) Bias (34.04) Caucon (01.05) Les Colonides (34.08) Coronè (34.05) Cresphontès (03.03-06) Dotadas (03.10) Électra et Coios (33.06) Mont Eua (31.04) Glaucos (03.09) Idas et Lynkeus (02.07-03.01) Isthmios (03.10) Source Clepsydra sur l’Ithomè (33.01) Lycos (01.06-09 et 02.06) Messénè (01.01-03 ; 02.01) Mothonè (35.01) Installation de Néleus (02.05) Nestor et les Asclépiades (03.01-02) Œchalie (02.02-03) le Devin Ophioneus (11.06) Pharis (30.02) Phintas (04.01) Sténycléros (33.04) Sybotas (03.10) Thamyris (33.03 et 07) Tombeaux Aristoménès (32.03) Eurytos (33.05) Épimélidés (34.06) Machaon à Gérénia (03.02) Nestor (36.02) Cultes héroïques Aristoménès (14.07 et 32.06) Courètes (31.09) Dryops (34.11) Eurytos (03.10) Gorgasos et Nicomachos à Pharai (03.10 et 30.03) Héraclès à Irè (30.01) Machaon (03.09) Messénè (03.09 et 31.11) Pamisos (03.10) Divinités Aphrodite Aphrodite à Messène (31.06) Apollon Apollon Carnéios à Pharai (31.01) Apollon Carnéios à Œchalie (33.04) Apollon Corynthos à Coronè (34.07) Apollon à Asinè (34.11) Apollon à Kyparissia (36.07) Artémis Artémis Limnatis (04.02-03) Artémis de l’Ithomè (13.01) Artémis Limnatis à Calamai (31.03) Thèbes, Tychè, Artémis Phosphoros et Épaminondas à Messène (31.10) Artémis Paidotrophos à Coronè (34.06) Asclépios Asclépios en Messénie (03.02) Asclépios à Irè (30.01) Asclépios, ses enfants, Apollon, les Muses et Héraclès à Messène (31.10) Asclépios à Messène (31.12) Asclépios à Coronè (34.06) Asclépios Aulonios à Aulon (36.07) Athéna Athéna à Coronè (34.06) Athéna Anémotis à Mothonè (35.08) Athéna Kyparissia à Kyparissia (36.07) Grandes Déesses Grandes déesses (01.05-06 et 03.10) Grandes Déesses en Messénie (27.06) Grandes déesses au Carnasion (33.04) Déméter Déméter à Messène (31.09) Dionysos Dionysos à Coronè (34.06) Dioscures Dioscures (27.06) Dioscures à Messène (31.09) Héra Héra (12.06) Hermès Hermès, Héraclès et Thésée à Messène (32.01) Hermès à Mégalopolis (33.03) Ilithyie Ilithyie à Messène (31.09) Ino-Leucothéa Ino-Leucothéa à Coronè (34.04) Laphria Laphria à Messène (31.07) Mère des Dieux Mère des Dieux à Messène (31.06) Poséidon Poséidon à Messène (31.06) Sarapis et Isis Sarapis et Isis à Messène (32.06) Déesse syrienne Déesse Syrienne à Thourioi (31.02) Tous les Dieux Tous les dieux à Messène (32.01) Tychè Tychè à Pharai (30.03) Zeus Zeus Ithomatas (03.09 ; 19.03 et 33.02) Zeus Soter à Messène (31.06) Zeus Soter à Coronè (34.06)

    Texte intégral

    Image

    Itinéraire

    1Frontière Laconie/Messénie

    2Gérénia

    3Irè/Abia

    4Pharai

    5Thourioi

    6Fleuve Pamisos

    7Arénè

    8Calamai

    9Limnai

    10Messène

    11Mont Ithomè

    12Andania/Œchalie

    13Plaine de Stényclaros

    14Coronè

    15Asinè

    16Mothonè

    17Pylos : cap Coryphasion

    18Kyparissia

    19Aulon

    Catalogue des croyances générales

    20Aipytos, Alcaménès, Alkidamidas, Anaxilas, Androclès, Antiochos, Aristocratès, Aristodémos, Aristoménès, Crataiménès, Cresphontès, Empéramos, Épibolos, Euaiphnos, Euphaès, Gonippos, Gorgos, Lykiscos, Manticlos, Oibalos, Ophioneus, Panormos, Périérès, Polycharès, Téléclos, Théoclos, Théopompos, Tisis.

    Catalogue des croyances locales par sites

    AbiaArénèAulon
    Image Abia, Héraclès.Image Bois de Lycos.Image Asclépios.
    Image Asclépios.Image Arénè, Lycos.
    Balyra (Fleuve)
    Andania/ŒchalieAsinèImage Thamyris.
    Image Maison oraculaire.Image Dryops.
    Image Andania, Eurytos, Œchalia,Image Apollon.Bias (Fleuve)
    Sybotas.
    Image Apollon, Grandes Déesses.
    Image Bias Colonides.
    Image Colainis.
    CoronèMessènePolichnè
    Image Coronéia, Épimélidés.Image Sources Clepsydre, Arsinoè.Image Fleuves Électra et Coios.
    Image Apollon (2), Artémis, Asclépios,
    Athéna, Dionysos, Ino-Leucothéa, fleuve Pamisos, Zeus.
    Image Aithidas, Aristoménès, Arsinoè,
    Bounos, Clepsydre, Évoè,
    Messénè.
    Pylos
    Image Nestor.
    Frontières Messénie-Laconie
    Image Artémis.
    Gérénia
    Image Aphrodite, Artémis, Courètes,
    Déméter, Héraclès et Thésée,
    Hermès, Ilithyie, Laphria, Mère des Dieux, Poséidon, Sarapis et
    Image Artémis (2), Athéna.
    Route de Mégalopolis
    Image Hermès.
    Image Machaon (2).Isis, Tychè, Zeus.Stényclaros (Plaine)
    MothonèImage Bois Carnasion, Séma Caprou.
    Ithomè (Mont)
    Image Glaucos, Eurytos.
    Image Artémis, Héra, Zeus.
    Image Mothonè.
    Image Athéna.
    Image Panormos et Gonippos,
    Sténycléros.
    Image Apollon.
    Pharai
    Kyparissiai
    Image Source Dionysiada.
    Image Gorgasos et Nicomachos,
    Isthmios, Machaon, Pharis.
    Image Apollon, Athéna.Image Apollon, Artémis, Déesse
    Syrienne, Tychè.

    Catalogue des sites par cultes

    Aphrodite
    Messène.
    Courètes
    Messène.
    Hagnè
    Œchalie.
    Muses
    Messène.
    Apollon
    Asinè, Coronè (2),
    Déesse Syrienne
    Thourioi.
    Héra
    Mont Ithomè.
    Pamisos
    Pas de localisation précise.
    Kyparissiai, Messène,DéméterHéraclèsPoséidon
    Œchalie Pharai.Messène.Abia, Messène (2).Messène.
    Aristoménès
    Andania, Messène (2).
    Dionysos
    Coronè.
    Hermès
    Messène (2), Œchalie.
    Sarapis et Isis
    Messène.
    Artémis
    Coronè, Frontière
    Dioscures
    Messène.
    Ilithyie
    Messène.
    Thèbes
    Messène.
    Messénie-Laconie, Mont
    Ithomè, Limnai, Messène.
    Asclépios
    Dryops
    Asinè.
    Ino-Leucothéa
    Coronè.
    Thésée
    Messène.
    Abia, Aulon, Coronè,
    Messène.
    Enfants d’Asclépios
    Messène.
    Laphria
    Messène.
    Tous les Dieux
    Messène.
    Athéna
    Coronè, Kyparissai,
    Eurytos
    Œchalie.
    Machaon
    Gérénia.
    Tychè
    Messène, Pharai,
    Mothonè, Pylos.
    Caucon
    Gorgasos et NicomachosMère des Dieux
    Messène.
    Zeus
    Coronè, Mont Ithomè,
    Messène.Pharai.MessénèMessène.
    Grandes Déesses
    Andania.
    Andania, Messène.

    Croyances générales : Guerres contre la laconie

    Les origines

    Sanctuaire d’Artémis Limnatis (04.02-03)

    21Il y a sur les frontières de la Messénie un sanctuaire d’Artémis dite Limnatis (des Marais), auquel seuls des Doriens se rattachent les Messéniens et les Lacédémoniens. Les Lacédémoniens disent que des jeunes filles de chez eux s’étaient rendues à la fête et furent violées par des hommes de Messénie qui tuèrent aussi leur roi, qui voulait les en empêcher, Téléclos, fils d’Archélaos, fils d’Agésilaos, fils de Doryssos, fils de Labotas, fils d’Échestratos, fils d’Agis. En outre, ils racontent que les jeunes filles violées se suicidèrent sous le coup de la honte. Mais les Messéniens disent que Téléclos, à cause de l’excellence de la contrée de Messénie, avait formé un complot contre ceux des leurs qui venaient au sanctuaire, et qui étaient les plus estimés de Messène : il avait choisi des Spartiates qui n’avaient pas encore de barbe, les avait grimés en jeunes filles à l’aide de vêtements et de parures, et les avait menés auprès des Messéniens qui se reposaient, en leur donnant des poignards. Les Messéniens s’étaient défendus et avaient tué les jeunes gens imberbes et Téléclos lui-même, et les Lacédémoniens, conscients qu’ils avaient les premiers perpétré un méfait, – car le roi n’avait pu manigancer l’affaire sans l’assentiment de la communauté –, n’avaient pas réclamé de compensation pour le meurtre de Téléclos. Voilà ce que disent les deux partis ; on peut les croire en fonction des sympathies que l’on a pour chacun.

    Polycharès et Euaiphnos (04.04-05.03)

    22Une génération plus tard, Sparte avait pour rois Alcaménès, fils de Téléclos, et dans l’autre famille royale, Théopompos, fils de Nicandros, fils de Charillos, fils de Polydectès, fils d’Eunomos, fils de Prytanis, fils d’Eurypon, tandis qu’en Messénie régnaient Antiochos et Androclès, les fils de Phintas ; c’est alors que la haine entre les Messéniens et les Lacédémoniens s’accrût. Ce sont les Lacédémoniens qui commencèrent, sous un prétexte qui leur parut non seulement suffisant, vu leur disposition belliqueuse et leur volonté de combattre à tout prix, mais tout à fait respectable, même si, dans des circonstances plus pacifiques, le différent eût pu se régler devant un tribunal.

    23Voici les faits : Polycharès était un Messénien en vue, et avait remporté une victoire olympique – les Éléens organisaient la quatrième olympiade (764 av. n. è.), avec pour seule épreuve la course, lorsque Polycharès fut vainqueur. Cet homme possédait des vaches, mais, comme il n’avait pas de terres propres à faire paître des vaches, il les confia à un Spartiate, Euaiphnos, pour qu’il les fasse paître sur son terrain contre une part de leurs produits. Mais Euaiphnos était un homme qui plaçait les gains indus avant la loyauté, et de plus un tricheur. Il vendit les vaches de Polycharès à des marchands qui avaient fait voile en Laconie, et vint annoncer lui-même à Polycharès que des pirates avaient débarqué, l’avaient malmené, et emmené ses vaches et ses vachers.

    24Le temps qu’il réussisse à le persuader, un des vachers échappe aux marchands, revient, trouve Euaiphnos près de son maître et le confond devant lui. Attrapé et incapable de nier, Euaiphnos fait force prières à Polycharès et à son fils pour obtenir leur pardon : dans les caractéristiques de la nature humaine, outre ce qui nous pousse à nous montrer injustes, le gain est la nécessité la plus puissante ; son discours révéla le prix qu’il avait reçu pour le troupeau, et il invita le fils de Polycharès à le suivre pour venir le chercher. Comme ils arrivaient en Laconie, Euaiphnos tenta un coup d’audace encore plus impie que le précédent : il assassina le fils de Polycharès. Celui-ci, apprenant ce nouveau malheur, alla à Lacédémone pour harceler les rois et les éphores, se lamentant abondamment sur son fils, énumérant tous les méfaits d’Euaiphnos envers lui, lui qu’il avait traité en hôte, et qu’il honorait parmi les Lacédémoniens. Mais comme ses fréquents appels auprès des autorités n’aboutissait à aucun châtiment, Polycharès hors de lui, laissa libre cours à sa colère, et sans plus de considération pour lui-même, se mit à tuer tous les Lacédémoniens qu’il pouvait capturer.

    25Les Lacédémoniens racontent qu’ils entrèrent en guerre parce que Polycharès refusait de se rendre, parce que Téléclos avait été assassiné, et parce qu’ils étaient déjà soupçonneux à cause de la ruse de Cresphontès lors du tirage au sort (→ Voir infra, Pers. héroïques, Éponymie et fondations, Cresphontès). Les Messéniens répliquent ce que j’ai déjà exposé à propos de Téléclos, et soulignent qu’Aipytos, le fils de Cresphontès, avait été rétabli grâce aux enfants d’Aristodémos, ce qu’ils n’auraient jamais fait s’ils avaient été en dispute avec Cresphontès. Ils refusaient de livrer Polycharès aux Lacédémoniens pour qu’ils le punissent, puisqu’eux-mêmes n’avaient pas consenti à livrer Euaiphnos ; ils souhaitaient cependant un procès devant l’amphictyonie des Argiens, qui étaient les alliés des deux peuples, et même se tourner vers l’Aréopage, un antique tribunal d’Athènes qui traitait des cas de meurtre. Les Lacédémoniens, disaient-ils, n’avaient là aucune raison de faire la guerre, mais leur convoitise de la Messénie les poussait à agir et à comploter ; et ils mettaient en avant leur attitude envers les Arcadiens, et envers les Argiens : dans les deux cas, ils n’avaient eu de cesse de grignoter une partie de leur pays.

    Prise d’Amphéia (05.08-10)

    26Quelques mois plus tard, Antiochos mourut et son fils Euphaès recueillit le pouvoir. Les Lacédémoniens, sans envoyer de hérauts pour déclarer la guerre, et sans dénoncer leur alliance avec les Messéniens, se préparaient le plus secrètement possible. Ils prononcèrent un serment selon lequel ni la longueur de la guerre, si elle n’était pas tranchée rapidement, ni les revers, s’ils en subissaient d’importants, ne les détourneraient d’acquérir la terre de Messénie à la pointe de la lance. Après avoir juré, ils firent une sortie de nuit contre Amphéia, avec Alcaménès, le fils de Téléclos à la tête de l’expédition. Amphéia était une bourgade de Messénie, près de la Laconie, d’une taille médiocre, perchée sur une colline élevée, et pourvue de sources abondantes : Amphéia leur paraissait donc une base convenable pour toute la guerre. Les portes étaient ouvertes et la ville sans garnison : ils la prirent, tuèrent tous les Messéniens qu’ils capturèrent, les uns encore dans leurs lits, d’autres, qui avaient compris, réfugiés en suppliants auprès des sanctuaires et des autels ; quelques-uns purent s’enfuir. Ce fut la première attaque des Lacédémoniens contre les Messéniens, dans la deuxième année de la neuvième olympiade (743 av. n. è.), dans laquelle Xénodocos de Messénie remporta la course du stade.

    Chronologie d’Aristoménès (06.01 ; 03 ; 05)

    27Avant d’écrire l’histoire de la guerre et tout ce que la divinité fit souffrir aux deux parties en guerre ou ce qu’elle les poussa à accomplir, j’ai voulu trancher à propos de l’époque d’un homme de Messène. […] Cet homme de Messène, – c’est à cause de lui que j’ai fait tout ce discours sur Rhianos (de Bénè, iiie s. av. n. è.) et Myron (de Priène, date inconnue) –, Aristoménès, fut le premier et le plus célèbre à faire le renom de Messène. […] À mon avis, il vécut lors de la 2e guerre, et je raconterai ce qui le concerne à ce moment-là. (→ Voir infra, 2e guerre).

    Première guerre

    Les débuts (06.06 ; 07.01-02)

    28Quand les Messéniens apprirent des rescapés les événements d’Amphéia, ils se rassemblèrent à Sténycléros, en venant de toutes les villes. […] Après son discours, Euphaès renvoya l’assemblée, mais garda tous les Messéniens sous les armes, poussant les novices à s’entraîner pour la guerre, et les hommes d’expérience à avoir une discipline encore plus rigoureuse. Les Lacédémoniens faisaient des raids contre la Messénie : ils ne dévastaient pas la contrée, qu’ils considéraient comme leur propriété, ne coupaient pas les arbres, et ne démolissaient pas les maisons, mais ils emmenaient le bétail qu’ils trouvaient et emportaient le blé et les autres récoltes. Ils lancèrent des assauts contre des villes, mais n’en prirent aucune, car elles étaient munies de remparts et soigneusement gardées ; ils se retirèrent avec des pertes et renoncèrent finalement à attaquer les villes. Les Messéniens, de leur côté, ravageaient les côtes de la Laconie, et toutes les terres agricoles autour du Taÿgète.

    Première bataille (07.03-04 ; 08.03)

    29Trois ans après la prise d’Amphéia, Euphaès, qui voulait exploiter la colère des Messéniens contre les Lacédémoniens, dans l’espoir qu’elle était au paroxysme, et jugeant par ailleurs que leur entrainement était suffisant, décida une sortie. […] Les Lacédémoniens, depuis leur garnison d’Amphéia, avaient appris la sortie des Messéniens, et se mirent en route également. Il y avait en Messénie un endroit généralement propice à un affrontement, mais longé par un profond ravin : c’est là qu’Euphaès aligna les Messéniens. […] Comme les deux partis ne différaient guère ni par le nombre, ni par l’expérience, le combat était équilibré.

    30Pendant la confrontation, Euphaès ordonna aux esclaves d’élever une palissade à l’arrière de son camp, puis sur ses deux flancs. Quand la nuit tomba et que le combat s’interrompit, la palissade s’élevait aussi du côté du ravin. […]

    31(Les Lacédémoniens rentrèrent donc chez eux ; mais un an plus tard, ils firent une seconde expédition contre les Messéniens.)

    Deuxième expédition (08.12-09.01)

    32Les Lacédémoniens avaient de loin la supériorité, par leur science de la guerre, par leur entrainement, mais aussi par le nombre, car ils avaient amené avec eux les peuples voisins qui leur étaient soumis, et aussi les Asinéens et les Dryopes, que les Argiens avaient chassés à la génération précédente, et qui s’étaient réfugiés à Lacédémone, et ils opposaient aux troupes légères de Messénie des archers crétois mercenaires. Les Messéniens répondaient par l’énergie du désespoir et par leur détermination à mourir. […]

    33Des deux côtés, la bataille fut menée principalement, voire uniquement par les hoplites. Les cavaliers étaient peu nombreux et ne firent rien de remarquable, car les Péloponnésiens n’étaient alors pas de bons cavaliers. Les troupes légères des Messéniens et les archers crétois des Lacédémoniens ne s’engagèrent même pas, car, selon une ancienne coutume, ils étaient placés en réserve de leur infanterie. Le lendemain aucun des deux partis ne voulait reprendre la bataille ni élever le premier un trophée ; au cours de la journée, ils envoyèrent des hérauts pour récupérer les morts, et après accord des deux camps, ils se mirent à les enterrer.

    34Après la bataille, la situation des Messéniens devint critique : leurs finances étaient épuisées par les dépenses qu’ils avaient faites pour les garnisons, et leurs esclaves étaient passés chez les Lacédémoniens ; ils étaient aussi frappés par une maladie, qui les inquiéta par son allure de pestilence, bien qu’elle n’attaquât pas tout le monde. (→ Voir infra, Toponymie et Topographie, Mont et ville Ithomè).

    Tisis envoyé à Delphes (09.03)

    35Ils résolurent aussi d’envoyer un théore à Delphes. Ils envoyèrent donc Tisis, fils d’Alkis, qui ne le cédait à personne en dignité et qu’on considérait comme versé en divination. Comme ce Tisis revenait de Delphes, il fut pris par une embuscade de Lacédémoniens de la garnison d’Amphéia : dans cette embuscade, il refusa de se rendre comme prisonnier et se contentait de se défendre et de résister malgré ses blessures, jusqu’à ce qu’une voix invisible s’élèvât : « Laissez passer l’interprète de l’oracle ».

    Sacrifice de la fille de Lykiscos (09.04-10.01)

    36Ainsi Tisis fut sauvé et il se dépêcha de rapporter l’oracle au roi sur l’Ithomè, et mourut peu après de ses blessures ; Euphaès rassembla les Messéniens et publia l’oracle :

    Aux dieux d’en bas, une jeune fille sans souillure,
    tirée au sort parmi le sang des Aipytides,
    sera offerte par vous lors d’un sacrifice nocturne.
    Si vous n’en trouvez pas, alors c’est dans une autre famille
    que vous sacrifierez, si on la donne librement
    pour le sacrifice.

    37Dès que le dieu eut fait sa révélation, ils tirèrent au sort parmi les jeunes filles qui étaient de la famille des Aipytides ; le sort tomba sur la fille de Lykiscos, mais le devin Épibolos refusa qu’on la sacrifiât, parce que ce n’était pas la fille de Lykiscos : en effet la femme avec laquelle Lykiscos vivait ne pouvait avoir d’enfant et avait adopté la petite. Pendant que le devin faisait ses explications, Lykiscos prit sa fille et déserta pour aller à Sparte. Comme les Messéniens perdaient courage en voyant Lykiscos s’enfuir, Aristodémos, un homme de la famille des Aipytides, plus brillant que Lykiscos pour toute sa réputation et surtout pour la guerre, donna librement sa fille pour le sacrifice. Mais les affaires humaines, et tout autant les intentions humaines sont troublées par le destin comme un fleuve dont la boue est frappée par un galet : Aristodémos qui voulait sauver Messène en fut empêché par cet obstacle. Un Messénien – on ne cite pas son nom – se trouvait amoureux de la fille d’Aristodémos et il était sur le point de l’épouser. Il commença par contester les droits d’Aristodémos : puisqu’il la lui avait déjà fiancée, il n’était plus responsable de la jeune fille, tandis que lui, le fiancé, avait davantage de droits sur elle. Puis, quand il vit que ce raisonnement n’était pas recevable, il usa d’un langage éhonté, disant que la jeune fille s’était unie à lui et attendait un enfant. Enfin, il poussa Aristodémos à une telle colère qu’il devint fou et tua sa fille ; ensuite il l’éventra et démontra qu’elle ne portait pas d’enfant. Épibolos, présent, demanda qu’un autre homme offre sa fille : car la mort de la fille d’Aristodémos ne leur servait à rien, puisqu’elle avait été tuée par son père, et non sacrifiée aux dieux prescrits par la Pythie. Sur ces paroles du devin, la foule des Messéniens se précipita pour tuer le prétendant de la jeune fille, parce qu’il avait imposé à Aristodémos une souillure inutile et qu’il avait rendu leur espoir de salut douteux. Mais cet homme était un très bon ami d’Euphaès. Il persuada donc les Messéniens que l’oracle était accompli avec la mort de la jeune fille et que les actes d’Aristodémos suffisaient. Tous ceux de la famille des Aipytides dirent qu’il avait raison : chacun s’efforçait d’éloigner de lui la crainte qu’il ressentait pour sa fille. Ils obéirent à leur roi et levèrent l’assemblée pour se tourner vers les sacrifices aux dieux et vers la fête. Quant aux Lacédémoniens, quand ils entendirent l’oracle prononcé pour les Messéniens, ils furent découragés, eux-mêmes et leurs rois, hésitant désormais à livrer bataille. (Nouvelle bataille entre les Lacédémoniens et les Messéniens).

    Ambassade laconienne à Delphes (12.01-02)

    38Les Lacédémoniens étaient attristés par le revers qu’ils avaient subi, et par la perte de nombreux hommes de valeur tombés dans la bataille ; ils se trouvaient découragés et n’avaient plus d’espoir dans l’issue de la guerre. C’est pourquoi ils envoyèrent à Delphes des théores auxquels la Pythie rendit l’oracle suivant :

    C’est seulement à la guerre
    [que Phoibos vous interdit de mettre la main ;
    c’est par la fraude que son peuple tient la terre de Messénie,
    il la perdra par les mêmes ruses qu’il l’a acquise.

    39Mais ni les rois ni les éphores, malgré leurs efforts, ne peuvent trouver de ruses pour cet ouvrage ; imitant l’exploit d’Ulysse à Ilion, ils envoient cent hommes au Mont Ithomè pour comprendre ce qu’ils machinent, sous couleur de désertion : une condamnation officielle à l’exil frappait ces hommes. Mais Aristodémos les renvoya aussitôt, en disant que les crimes des Lacédémoniens étaient nouveaux, mais leurs ruses bien anciennes.

    Ambassade messénienne à Delphes (12.03-04)

    40Aristodémos, informé des efforts des Lacédémoniens (pour suborner les alliés de Messène), envoya lui aussi des hommes pour interroger le dieu, et la Pythie leur rendit cet oracle :

    Le dieu te donne la gloire de la guerre ;
    [mais par des tromperies,
    prends garde que la troupe ennemie
    [de la perfide Sparte n’escalade
     – car leur Arès est plus fort – les murs bien construits ;
    d’amers habitants tiendront
    [les places de danse et les couronnes,
    quand les deux seront sortis par hasard
    [de leur guette cachée.
    Le jour sacré ne verra pas sa fin
    avant que la flèche du destin n’ait atteint
    [ceux qui ont changé leur nature.

    41Alors Aristodémos et les devins étaient incapables de comprendre ces paroles ; mais quelques années plus tard, le dieu devait en révéler le sens et les amener à leur fin.

    Révélations sur la fille de Lykiscos (12.05-06)

    42À la même époque, les Messéniens vécurent d’autres événements. Lykiscos, qui s’était réfugié à Sparte, vit mourir sa fille, qu’il avait emmenée avec lui lors de son départ de Messène. Comme il se rendait souvent auprès du monument funéraire de sa fille, des cavaliers arcadiens, qui avaient monté une embuscade, s’emparèrent de lui ; amené à Ithomè, et traduit devant l’assemblée, il se défendit en disant qu’il n’avait pas quitté sa patrie pour la trahir, mais parce qu’il avait été persuadé par les paroles du devin à propos de sa fille, à savoir qu’elle n’était pas sa fille légitime. Mais on ne crut pas à sa défense jusqu’à ce que paraisse au théâtre la femme qui exerçait alors la prêtrise d’Héra. Celle-ci reconnaît qu’elle avait mis au monde la jeune fille et qu’elle l’avait confiée à la femme de Lykiscos pour qu’elle la fasse passer pour la sienne : « Maintenant, dit-elle, je viens pour révéler mon secret et pour mettre fin à ma prêtrise » ; elle parlait ainsi parce qu’il était établi à Messène que, si l’enfant d’une femme ou d’un homme exerçant la prêtrise mourait avant lui, il devait remettre sa charge à un autre. Considérant que la femme disait la vérité, ils choisirent une femme pour servir le dieu à sa place et affirmèrent que Lykiscos n’avait rien fait d’impardonnable.

    Deuxième ambassade messénienne à Delphes (12.07-10)

    43Après cela (car on entrait dans la vingtième année de guerre), ils décidèrent d’envoyer à nouveau à Delphes des ambassadeurs pour interroger le dieu sur la victoire. Voici l’oracle rendu en réponse par la Pythie :

    Aux premiers qui autour de l’autel de Zeus Ithomatas, placeront des trépieds au nombre de deux fois cinq dizaines, le démon donnera la terre de Messénie avec la gloire de la guerre.
    Ainsi l’a arrêté Zeus. La ruse te place devant et le châtiment vient derrière, [car tu ne saurais tromper le dieu.
    Agis selon le destin. La malédiction tombera [sur les uns et ensuite sur les autres.

    44À ces mots, ils pensèrent que la prophétie était en leur faveur et leur donnait la maîtrise de la guerre : car, comme ils tenaient à l’intérieur du rempart le sanctuaire de l’Ithomatas, les Lacédémoniens ne pourraient les devancer par leurs offrandes. Et ils firent faire des trépieds de bois, car il n’avait plus d’argent pour en faire en bronze ; mais quelqu’un révéla l’oracle à Sparte. Comme celle-ci en avait pris connaissance, les Lacédémoniens ne réussissaient pas à trouver une ruse, mais Oibalos, un homme de peu d’éclat par ailleurs, mais astucieux, comme la suite le montra, fit faire cent trépieds d’argile, comme cela se trouva, les dissimula dans une besace et les emporta, avec des filets, comme un homme qui va à la chasse. Comme il était inconnu même de la plupart des Lacédémoniens, il trompa d’autant plus facilement les Messéniens : il se mêla à des paysans, entra avec eux à Ithomè, et dès que la nuit survint, il consacra ses trépieds en argile au dieu et retourna à Sparte annoncer ses actes aux Lacédémoniens. Un grand trouble saisit les Messéniens à la vue des trépieds, car ils pensèrent, comme c’était le cas, qu’ils venaient des Lacédémoniens ; Aristodémos les réconforta en prononçant les paroles adéquates en ces circonstances et en faisant placer les trépieds de bois, qui avaient déjà été fabriqués, autour de l’autel. Mais il advint que le devin Ophioneus, qui était aveugle de naissance, recouvra la vue de façon étonnante : il fut pris d’un violent mal de tête, et tout aussitôt, revit la lumière.

    Mauvais présages pour les Messéniens (13.01-04)

    45Par la suite, – car le destin penchait vers la perte des Messéniens –, le dieu leur envoya des présages du futur. Car la statue d’Artémis, dont le corps et les armes étaient en bronze, laissa tomber son bouclier ; comme Aristodémos s’apprêtait à sacrifier les victimes à Zeus Ithomatas, les béliers s’approchèrent d’eux-mêmes de l’autel, lui donnèrent de violents coups de cornes, et moururent de leurs plaies. Un troisième présage leur fut donné : les chiens, rassemblés en un seul point, hurlèrent toute la nuit, et finirent par partir en masse pour le camp des Lacédémoniens. Aristodémos en fut troublé, et d’autant plus par ce qu’il vit en rêve. Il lui sembla qu’alors qu’il s’apprêtait, armé pour la guerre, à poser sur l’autel les entrailles des victimes, sa fille lui apparut, vêtue de noir et montrant sa poitrine et son ventre déchiré ; lors de son apparition, elle renversa ce qui était sur la table, lui retira ses armes, et lui mit à la place une couronne d’or et un himation blanc. Comme Aristodémos se désolait en pensant que ce rêve annonçait sa fin, puisque les Messéniens menaient les cortèges funèbres couronnés et vêtus de blanc, on annonça que le devin Ophioneus ne voyait plus, mais qu’il était soudain redevenu aveugle, comme il l’était depuis toujours. Ils comprirent alors l’oracle d’alors : les deux qui quittaient leur guette et qui retrouvaient ensuite leur destin signifiaient pour la Pythie les yeux d’Ophioneus. Alors Aristodémos, comprenant, en ce qui concernait ses affaires privées, qu’il avait tué sa fille sans raison, et voyant qu’il n’y avait plus d’espoir de salut pour sa patrie, s’égorgea lui-même sur la tombe de sa fille ; il avait essayé de sauver la Messénie par tous les raisonnements humains, mais la fortune avait réduit à rien ses actes et ses desseins.

    Fin de la première guerre (13.06-14.02 ; 04 ; 06)

    46(Après une dernière bataille meurtrière), cinq mois passèrent à résister, puis vers la fin de l’année, ils quittèrent l’Ithomè, après vingt ans de guerre, selon les vers de Tyrtée :

    La vingtième année, ils quittèrent leurs riches travaux
    et s’enfuirent des hautes montagnes de l’Ithomè.

    47La guerre se termina la première année de la quatorzième olympiade (724 av. n. è.), dans laquelle Dasmon de Corinthe remporta la course du stade. […]

    48Tous les Messéniens qui avaient des liens à Sicyone, à Argos, ou pour certains en Arcadie, se réfugièrent dans ces villes, ceux qui appartenaient aux familles des prêtres et qui accomplissaient les mystères des Grandes Déesses allèrent à Éleusis ; la majeure partie des gens du peuple demeura dispersée dans leurs villes de naissance. Les Lacédémoniens commencèrent par détruire totalement Ithomè, puis attaquèrent et prirent les autres cités. Sur le butin, ils consacrèrent au dieu d’Amyclées des trépieds de bronze : une statue d’Aphrodite se dresse sous le premier, une d’Artémis sous le deuxième, et une de Corè ou de Déméter sous le troisième. (→ Voir supra, III, Laconie, Divinités, Apollon d’Amyclées). […]

    49Voici le traitement que subirent les Messéniens eux-mêmes : d’abord, ils durent prêter serment qu’ils ne se rebelleraient pas contre les Lacédémoniens, et qu’ils ne fomenteraient aucune révolte. Ensuite, bien qu’aucun tribut ne fût nommément fixé, les paysans apportaient à chaque fois la moitié de leurs récoltes à Sparte. Il était prescrit que lors des funérailles des rois et des autres magistrats, des hommes et des femmes de Messénie devaient venir en costume noir, et toute désobéissance était punie. […] Pris dans ces tourments, n’espérant aucune humanité à venir de la part des Lacédémoniens, jugeant préférable à leur condition présente de mourir au combat ou de quitter totalement le Péloponnèse, ils décidèrent de se révolter à tout prix.

    Deuxième guerre

    Début et date de la guerre (15.01)

    50Comme tout était prêt pour la guerre et que les dispositions des alliés étaient plus favorables qu’ils ne s’y attendaient – car déjà la haine des Argiens et des Arcadiens contre les Lacédémoniens s’était déclarée avec éclat –, ils se révoltèrent trente-huit ans après la prise d’Ithomè, dans la troisième année de la vingt-troisième olympiade (685 av. n. è.), remportée à la course du stade par Icarios d’Hyperésiai ; cette année-là Athènes était gouvernée par des archontes et c’est Tlésias qui était leur éponyme.

    Bataille de Dérai (15.04)

    51Alors les Messéniens se heurtèrent aux Lacédémoniens dans un lieu de Messénie nommé Dérai, la première année après la révolte ; les deux partis étaient privés de leurs alliés, et aucune victoire claire ne se dessina, tandis qu’Aristoménès, dit-on, accomplit des exploits supérieurs à ce qui est vraisemblable pour un seul homme, si bien qu’ils le choisirent comme roi après la bataille, car il était de la famille des Aipytides ; sur son refus, ils en firent leur commandant en chef.

    Arrivée de Tyrtée à Sparte (15.06)

    52Les Lacédémoniens reçurent de Delphes un oracle : ils devaient faire venir d’Athènes un conseiller. Ils envoient donc des messagers à Athènes, pour proclamer l’oracle et demander un homme qui leur dise comment agir. Comme les Athéniens ne voulaient pas que les Lacédémoniens pussent sans péril s’adjoindre la meilleure part du Péloponnèse, mais ne voulaient pas non plus négliger l’avis du dieu, ils trouvèrent cet expédient : il y avait un maître d’école, appelé Tyrtée, qui passait pour débile et qui boitait d’un pied ; c’est lui qu’ils envoyèrent à Sparte. Une fois arrivé, il récitait ses poèmes en distiques élégiaques et en anapestes aux autorités et à tous les particuliers qu’il rencontrait.

    Bataille du Séma Caprou (15.07)

    53Un an après la bataille de Dérai, les deux partis, rejoints par leurs alliés, se préparèrent à combattre au lieu-dit Séma Caprou (Tombeau du Sanglier, → Voir infra, Toponymie et topographie, Séma Caprou). Du côté de Messène se trouvaient les Éléens et les Arcadiens, et en outre, un secours venu d’Argos et de Sicyone. Il y avait aussi tous ceux qui s’étaient exilés auparavant volontairement, ainsi que, venus d’Éleusis, ceux dont le rôle ancestral était de célébrer les mystères des Grandes Déesses, et les descendants d’Androclès ; c’étaient leurs meilleurs soutiens. Du côté des Lacédémoniens, étaient venus en renfort les Corinthiens, certains Lépréates, qui haïssaient les Éléens ; mais les Asinéens étaient liés aux deux partis par des serments.

    Sacrilège contre les Dioscures (27.01)

    54La colère des fils de Tyndare contre les Messéniens prit corps avant la bataille de Sténycléros, et se produisit, à ce que je conjecture, pour la raison suivante : deux beaux garçons d’Andania, Panormos et Gonippos, avaient tout en commun, et faisaient des sorties ensemble pendant les batailles, et des expéditions contre la Laconie. Comme les Lacédémoniens célébraient une fête pour les Dioscures dans leur camp, et étaient déjà passés aux jeux et à la boisson après le repas, Gonippos et Panormos, vêtus de chitons blancs et de chlamydes pourpre, montés sur les plus beaux chevaux, le pilos sur la tête et la lance à la main, se présentent aux Lacédémoniens. Et eux, en les voyant, de se prosterner et de les prier, croyant que venaient à leur sacrifice les Dioscures en personne. Les jeunes gens, une fois dans la place, coururent à travers le camp, les frappant tous de leurs lances, et après en avoir tué un certain nombre, retournèrent à Andania, après avoir souillé le sacrifice aux Dioscures. Voici, à mon avis, ce qui poussa les Dioscures à haïr les Messéniens.

    Aristoménès et les Dioscures (16.05 et 09)

    55Il y avait un poirier qui poussait sur la plaine (de Sténycléros), auprès duquel le devin Théoclos ne laissa pas aller Aristoménès, car, disait-il, les Dioscures étaient postés sur le poirier. Aristoménès, dans le feu de la passion et sans entendre tout ce que disait le devin – ce qui se passait sur le poirier –, perdit son bouclier, erreur qui permit à quelques-uns des Lacédémoniens d’échapper à sa poursuite : car il perdit du temps à essayer de le retrouver.

    56(Aristoménès), attendit seulement que sa blessure (à la fesse) guérisse, et voulut faire de nuit une attaque contre Sparte elle-même, mais il en fut détourné par des fantômes d’Hélène et des Dioscures.

    Bataille du Grand Fossé (17.02-03 ; 09)

    57La troisième année de la guerre, une confrontation devait avoir lieu au lieu-dit « Grand Fossé », avec le renfort pour les Messéniens de toutes les cités d’Arcadie, mais les Lacédémoniens corrompirent Aristocratès, fils d’Hikétas, de Trapézonte, qui était alors le roi et le général des Arcadiens. À notre connaissance, les Lacédémoniens furent les premiers à offrir des présents à un ennemi et à faire du pouvoir des armes un objet de commerce. Avant que les Lacédémoniens ne commissent ce crime dans la guerre de Messénie, les combattants se distinguaient par leur vaillance et par la faveur des dieux. Les Lacédémoniens n’eurent aucun mal à encercler les Messéniens ainsi isolés, et à remporter sans aucun effort une victoire toute préparée. Aristoménès et ses compagnons résistèrent et tentèrent de repousser le maximum des assauts des Lacédémoniens, mais leur petit nombre les empêcha de faire grand-chose.

    Les Messéniens réfugiés sur le Mont Eira (17.10)

    58Après la bataille, Aristoménès rassembla les Messéniens rescapés, et les persuada d’abandonner Andania et toutes les bourgades de la plaine, pour se réfugier sur le Mont Eira. Une fois rassemblés dans ce lieu, ils firent face à un siège de la part des Lacédémoniens, qui croyaient qu’ils les réduiraient rapidement. Mais les Messéniens résistèrent encore onze ans après la catastrophe du Grand Fossé. […]

    Aristoménès dans le Kéadas (18.03-07)

    59Aristoménès avec sa troupe fit une sortie en fin de soirée, et arrivant rapidement à Amyclées avant le lever du soleil, il investit la place, la saccagea et repartit avant que des renforts ne pussent venir de Sparte. Il continua de parcourir la contrée (la Laconie) jusqu’à ce qu’il se heurte à une troupe de Lacédémoniens, composée de plus de la moitié des fantassins et des deux rois ; en se défendant il reçut plusieurs blessures, dont un coup de pierre à la tête, qui lui troubla les yeux. Il tomba et les Lacédémoniens se précipitèrent en masse pour le prendre vivant, et avec lui une cinquantaine de ses compagnons. Les Lacédémoniens les condamnèrent à être jetés au Kéadas : c’est là qu’ils envoyaient ceux qu’ils condamnaient à la peine capitale. Les autres Messéniens moururent au moment-même de leur chute, mais un dieu, comme dans d’autres occasions, protégea encore Aristoménès : ceux qui le révèrent disent que quand il fut jeté dans le Kéadas, un aigle vola au-dessous de lui et étendit ses ailes, afin de le poser au fond sans qu’il fût blessé ou reçût aucun mal. La divinité devait d’ailleurs là aussi lui montrer une issue. Quand il fut arrivé au fond du gouffre, il se coucha et s’enveloppa de sa chlamyde, il attendit la mort que le destin lui promettait ; mais au bout de trois jours, il perçut un bruit, se découvrit, et désormais capable de voir dans l’obscurité, il vit un renard, qui dévorait les cadavres. Supposant que la bête avait une sortie quelque part, il attendit que le renard s’approche, et le saisit ; de l’autre main, il utilisait son vêtement pour se prémunir des morsures, chaque fois que l’animal se tournait vers lui. La plupart du temps, quand le renard courait, il courait avec lui, mais dans les passages difficiles, le renard le traînait ; à la fin, il aperçut un trou suffisant pour laisser passer un renard, et de la lumière au bout. Le renard, libéré par Aristoménès, partit dans sa tanière, tandis qu’Aristoménès, – car le trou ne lui offrait pas de passage –, l’élargit avec ses mains, et revint sain et sauf chez lui à Eira : il avait subi un revers inouï lors de sa capture, car son courage et ses prouesses étaient si grands que personne ne se serait attendu à le voir fait prisonnier ; mais son sauvetage du Kéadas était encore plus inouï, et montrait clairement à tous qu’il ne s’était pas fait sans l’assistance d’un dieu.

    Aristoménès capturé et sauvé (19.04-06)

    60(Lors de la trêve conclue par les Lacédémoniens pour les Hyakinthia), Aristoménès, qui s’était un peu éloigné d’Eira et qui s’avançait sans précautions, fut pris dans une embuscade par sept de ces archers (Crétois, alliés des Lacédémoniens) et attaché à l’aide des courroies de leurs carquois, car le soir venait. Deux d’entre eux partirent à Sparte pour annoncer la bonne nouvelle de la capture d’Aristoménès, tandis que les autres se retiraient dans la campagne de Messénie. Là habitait avec sa mère une jeune fille vierge, orpheline de père. La nuit précédente, la fille avait eu une vision : des loups amenaient dans la campagne un lion attaché et sans ongles, elle-même libérait le lion de ses liens, trouvait ses ongles et les lui rendait, si bien qu’il lui sembla que le lion déchirait les loups. Quand les Crétois amenèrent Aristoménès, la jeune fille comprit qu’il s’agissait du songe qu’elle avait eu dans la nuit, et demanda à sa mère qui était cet homme ; quand elle l’eut appris, elle se sentit encouragée, et en le regardant, elle comprit ce qu’elle devait faire. Elle versa donc du vin aux Crétois, et lorsqu’ils furent pris par l’ivresse, elle déroba le poignard de celui qui était le plus assommé ; la jeune fille coupa les liens d’Aristoménès, tandis que lui prit son épée et se débarrassa des hommes. La jeune fille épousa Gorgos, le fils d’Aristoménès, ce que lui accorda Aristoménès en récompense de son sauvetage, car Gorgos n’avait pas encore dix-huit ans, lorsqu’il se maria avec elle.

    L’oracle du figuier (20.01-04)

    61Dans la onzième année du siège, il était dit par le destin qu’Eira serait prise et les Messéniens dispersés, selon un oracle composé par le dieu et révélé à Aristoménès et à Théoclos. Ils étaient allés à Delphes après la catastrophe du Fossé, et à leurs questions sur leur salut, la Pythie avait répondu :

    Quand un bouc boira l’eau tourbillonnante de la Néda,
    je n’aiderai plus Messène et la destruction sera proche.

    62Les sources de la Néda se trouvent sur le Mont Lycaios (→ Voir infra, VIII, Topographie et toponymie, Phigalie) ; le fleuve dans sa course traverse l’Arcadie, puis oblique vers la Messénie, et sépare, du côté de la mer, la terre des Messéniens de celle des Éléens. Les Messéniens craignaient alors que les caprins mâles n’aillent boire dans la Néda, mais le signe envoyé par le dieu était autre. Certains des Grecs appellent le figuier sauvage olynthé, tandis que les Messéniens l’appellent tragos (bouc). Alors donc, près de la Néda, il y avait un figuier sauvage, qui ne poussait pas droit, mais qui penchait vers le courant et dont l’extrémité des feuilles touchait l’eau. Le devin Théoclos, qui le regardait, comprit que la Pythie, en parlant du bouc qui buvait à la Néda, voulait dire ce figuier sauvage et que désormais l’heure fatale était venue pour Messène ; il laissa tout le monde en dehors du secret, mais amena Aristoménès près du figuier et lui apprit que le temps du salut était désormais envolé pour eux. Aristoménès persuadé qu’il en était ainsi, et qu’il n’y avait plus de délai pour eux, réfléchit aux exigences du moment. Car les Messéniens possédaient en secret un talisman : s’il disparaissait, Messène devait rester invisible pour l’éternité, tandis que si on le conservait, les oracles de Lycos, fils de Pandion, disaient que les Messéniens, au bout d’un certain temps, pourraient sauver leur pays. Aristoménès, qui connaissait ces oracles, apporta ce talisman quand il fit nuit. Il se rendit à l’endroit le plus désert d’Ithomè, creusa la montagne, demanda au Zeus qui tient l’Ithomè et aux autres dieux qui avaient jusqu’alors protégé Messène de rester les gardiens du dépôt, et de ne pas mettre entre les mains de Lacédémoniens leur unique chance de retour. (→ Voir infra, Retour des Messéniens, Redécouverte du talisman).

    Chute d’Eira (20.05-21.03)

    63Après cela, comme jadis pour les Troyens, les malheurs des Messéniens prirent leur origine dans un adultère. Les Messéniens tenaient la montagne et ses pentes jusqu’à la Néda, et certains avaient leur maison hors des murs. Un seul déserteur vint de Sparte chez eux, un vacher, qui menait paître les vaches de son maître Empéramos, un homme estimé à Sparte. Ce vacher paissait non loin de la Néda. Il vit un jour la femme d’un des Messéniens qui vivaient hors les murs qui venait chercher de l’eau. Il tomba amoureux, osa lui parler, lui offrit des cadeaux et la séduisit. Depuis lors, il surveillait le mari, quand il partait pour la garde que les Messéniens montaient à tour de rôle sur l’acropole, dans leur crainte que les ennemis ne pénètrent par là dans la ville. Dès que le mari partait, le vacher rendait visite à sa femme. Un jour que c’était le tour du mari de monter la garde avec d’autres pendant la nuit, il se trouva que le dieu fit pleuvoir abondamment, et que les Messéniens abandonnèrent la garde : l’abondance de l’eau qui tombait du ciel les accablait, car le rempart ne comportait ni tours, ni créneaux, à cause de sa construction hâtive, et ils n’imaginaient pas que les Lacédémoniens pourraient bouger par une nuit sans lune et si tempétueuse. […] Tous quittèrent leurs postes, et parmi eux, le mari de la femme adultère. Celle-ci accueillait alors le vacher, mais en entendant rentrer son mari, elle le cacha aussitôt en toute hâte. Elle cajola son époux comme jamais auparavant, et lui demanda pour quelle raison il revenait. Et lui, qui ne savait pas qu’il était cocu, et encore moins que le vacher était là, lui dit la vérité, que lui-même et tous les autres avaient abandonné la garde à cause de la violence de la pluie. Le vacher l’écoutait parler, et quand il sut tout en détail, il déserta à nouveau, des Messéniens chez les Lacédémoniens. […] Les Messéniens, comprenant que leur dernier combat, et le plus désespéré, était arrivé, sans prendre toutes leurs armes, mais saisissant ce qu’ils trouvaient sous la main, défendirent la seule patrie qui leur restait de toute la Messénie. Les premiers à se rendre compte de la présence des ennemis furent Gorgos, le fils d’Aristoménès, Aristoménès lui-même, le devin Théoclos et son fils Manticlos. […] Aristoménès et le devin savaient qu’il n’y avait plus moyen de repousser la destruction, puisqu’ils connaissaient l’énigme de l’oracle de la Pythie à propos du bouc, mais ils continuèrent à le cacher et à le garder secret pour les autres.

    Exil des Messéniens (21.10-12)

    64(Lors du siège d’Eira), le devin Théoclos vint trouver Aristoménès et lui dit : « À quoi bon ces efforts inutiles ? De toute façon, le destin de Messène est de périr ; la Pythie nous a annoncé depuis longtemps le malheur présent, et récemment le figuier sauvage nous l’a montré. Pour moi donc, le dieu m’apporte une fin commune avec celle de ma patrie ; mais toi, tu peux trouver la force de sauver les Messéniens, et de te sauver toi-même. » Alors il se lança contre les Lacédémoniens en criant : « Vous ne vous réjouirez pas toujours d’avoir moissonné les biens des Messéniens ! » Après cela, il se rua sur ceux qui lui faisaient face et les tua, lui-même étant blessé, et il perdit la vie, rassasiant son cœur du meurtre de ses ennemis. Aristoménès rappela de la bataille les Messéniens, à l’exception de ceux d’entre eux qui, à cause de leur vaillance, essayaient de couvrir les autres et qu’il laissa à leurs postes. Il ordonna aux autres d’accompagner les femmes et les enfants par où il leur ouvrirait un passage. Il plaça à l’arrière-garde Gorgos et Manticlos, tandis que lui-même courait en avant, et par des signes de tête et des mouvements de sa lance, signifiait clairement qu’il voulait le passage et qu’ils avaient décidé de se retirer. Empéramos et les Spartiates qui étaient présents acceptèrent de laisser passer les Messéniens, sans se déchaîner contre des hommes qui n’avaient plus de ressort et qui avaient atteint le fond du désespoir ; d’ailleurs leur devin Hécas les invita à agir ainsi.

    Sort des Messéniens après la prise d’Eira (23.01-03)

    65Tous ceux des Messéniens qui furent pris à Eira ou ailleurs en Messénie, furent traités en hilotes par les Lacédémoniens ; les gens de Pylos, de Mothonè, et ceux qui habitaient sur les côtes, se rendirent en bateaux, après la prise d’Eira, jusqu’à Kyllénè, le port d’Élide. De là, ils envoyèrent des messagers aux Messéniens qui étaient en Arcadie, parce qu’ils voulaient chercher avec une flotte commune une contrée où s’installer, et ils prièrent Aristoménès de conduire cette colonie. Mais lui-même déclara que tant qu’il vivrait, il ferait la guerre aux Lacédémoniens, car il savait bien que le mal viendrait toujours sur Sparte à cause de lui ; mais il leur donna Gorgos et Manticlos comme chefs. […] Aristoménès invita tous ceux qui voulaient participer à la colonie à rejoindre ses chefs à Kyllénè. Beaucoup se joignirent à eux, sauf si l’âge ou le manque de moyens pour le voyage les en empêchèrent. Ceux-là restèrent auprès des Arcadiens.

    Envoi d’une colonie en Sicile (21.05-09)

    66Quand les Messéniens se furent rassemblés à Kyllénè, ils décidèrent de passer l’hiver qui arrivait sur place, tandis que les Éléens leur fournissaient des vivres et des subsides ; mais au printemps, ils débattirent de l’endroit où ils iraient. Gorgos était d’avis d’occuper Zakynthos, au-delà de Céphallénie, de devenir marins et non plus continentaux, et de lancer des attaques contre les régions maritimes de la Laconie et de les dévaster ; mais Manticlos les invita à oublier Messène et leur haine des Lacédémoniens, de faire voile vers la Sardaigne et d’occuper une île dont la taille et la prospérité étaient grandes. Sur ces entrefaites, Anaxilas envoya aux Messéniens un message qui les invitait en Italie. Anaxilas était tyran de Rhégion, descendant au quatrième degré d’Alkidamidas : cet Alkidamidas était parti de Messène à Rhégion après la mort du roi Aristodémos, et la prise d’Ithomè. Cet Anaxilas, donc, voulait faire venir les Messéniens : il disait qu’il était en lutte contre les habitants de Zancle, qui possédaient une région prospère et une cité bien située en Sicile, et que s’ils venaient, il était prêt à les aider à la conquérir. S’ils acceptaient la proposition, Anaxilas les ferait traverser jusqu’en Sicile. À l’origine, Zancle était occupée par des pirates qui, sur une terre alors déserte, fortifièrent la région autour du port et s’en servaient comme lieu de départ pour leurs raids et leurs attaques ; leurs chefs étaient Crataiménès de Samos et Périérès de Chalcis. Par la suite, Périérès et Crataiménès décidèrent de faire venir d’autres Grecs pour qu’ils habitent avec eux. Anaxilas vainquit les Zancléens en leur opposant ses navires, et les Messéniens en firent autant dans une bataille d’infanterie ; les Zancléens, assiégés à la fois sur terre par les Messéniens, et sur mer par les Rhégiens, voyant leur rempart déjà pris, se réfugièrent auprès des autels de leurs dieux et dans les sanctuaires. Anaxilas conseilla aux Messéniens de tuer les Zancléens qui se rendaient en suppliants, et de réduire en esclavage les autres, avec les femmes et les enfants ; mais Gorgos et Manticlos prièrent Anaxilas de ne pas les contraindre, eux qui avaient souffert des peines impies de la part de compatriotes, à en faire autant à des Grecs. Après cela, ils firent lever les Zancléens des autels, échangèrent avec eux des serments, et les deux groupes vécurent ensemble ; ils changèrent le nom de la cité de Zancle en Messène (i.e. Messine).

    Installation des Messéniens à Naupacte (24.05-07)

    67Quant à ceux des Messéniens qui étaient restés au pays, réduits par force au statut d’hilotes, il leur arriva plus tard de se révolter contre les Lacédémoniens, lors de la soixante-dix-neuvième olympiade, lors de laquelle fut vainqueur Xénophon de Corinthe, Archimédès étant archonte à Athènes (464 av. n. è.), en profitant de l’occasion suivante : des Lacédémoniens, condamnés à mort pour quelque crime, se réfugièrent en suppliants au Tainare ; mais là, les éphores les arrachèrent aux autels et les tuèrent. Comme les Spartiates n’avaient tenu aucun compte de leur position de suppliants, la colère de Poséidon les frappa (par un tremblement de terre), et il détruisit leur cité de fond en comble. C’est lors de cette catastrophe que tous ceux des hilotes qui étaient Messéniens d’origine se révoltèrent sur le mont Ithomè. Les Lacédémoniens envoyèrent chercher des renforts contre eux, et en particulier Cimon, fils de Miltiade, qui était leur proxène, et une troupe d’Athènes ; mais à l’arrivée des Athéniens, il semble qu’ils les aient regardés avec suspicion – ils auraient pu fomenter une révolution –, et à cause de cette suspicion, ils les renvoyèrent rapidement du mont Ithomè. Les Athéniens sentirent cette défiance des Lacédémoniens, s’allièrent pour cette raison aux Argiens, et, après avoir conclu une trêve, donnèrent aux Messéniens assiégés sur l’Ithomè Naupacte, qu’ils avaient prise aux Locriens dits Ozoles, situés près de l’Aitolie. La sécurité des fortifications permit aux Messéniens de quitter le mont Ithomè, d’autant que la Pythie annonça en même temps aux Lacédémoniens qu’ils risquaient d’être punis s’ils se mettaient en faute vis-à-vis des suppliants de Zeus Ithomatas.

    Le retour des Messéniens

    Les Messéniens à Leuctres (26.03-06)

    68Un an avant la victoire des Thébains à Leuctres, la divinité avait prévenu les Messéniens de leur retour dans le Péloponnèse. On dit qu’à Messine des Détroits, le prêtre d’Héraclès eut une vision en rêve : il lui semblait qu’Héraclès Manticlos était invité en hôte à Ithomè par Zeus ; chez les Euhespéritains (cité de Libye, où s’étaient réfugiés des Messéniens), Comon rêva qu’il s’unissait à sa mère décédée, et qu’après cela, elle ressuscitait. Il espérait que puisque les Athéniens avaient retrouvé leur hégémonie navale, ils pourraient revenir à Naupacte : mais le rêve montrait le salut de Messène. Peu après, à Leuctres, se produisit pour les Lacédémoniens le désastre qui leur était dû depuis longtemps. Car l’oracle rendu au roi de Messène Aristodémos se terminait ainsi :

    Agis selon le destin. La malédiction tombera
    [sur les uns et ensuite sur les autres.

    69Il signifiait que lui-même et les Messéniens devaient souffrir sur le moment, mais que plus tard, la malédiction oubliée, ce serait le tour des Lacédémoniens. Alors, les Thébains, qui avaient été vainqueurs à Leuctres, envoyèrent des messagers en Italie et en Sicile, chez les Euhespéritains, et invitèrent d’autre part les Messéniens de partout où ils pouvaient se trouver, à revenir dans le Péloponnèse. Et eux se réunirent plus vite qu’on n’aurait pu l’espérer, à cause du regret qu’ils avaient de leur patrie et de la haine des Lacédémoniens qui persistait en eux.

    Redécouverte du talisman des Messéniens (26.06-08)

    70Épaminondas ne trouvait pas facilement comment fonder une ville capable de résister aux Lacédémoniens, et ne savait pas où la placer dans le pays : car à Andania et Œchalie, les Messéniens ne voulaient pas y retourner, parce qu’ils y avaient subi leurs malheurs. Comme Épaminondas était dans l’embarras, on raconte qu’un vieil homme, ressemblant tout à fait à un hiérophante, se présenta devant lui la nuit et lui dit : « J’ai en cadeau pour toi de pouvoir conquérir tout ce que tu attaqueras en armes ; et quand tu quitteras les hommes, Thébain, je ferai en sorte que ton nom ne soit pas inconnu et sans gloire. Rends aux Messéniens leur patrie et leurs cités, car la colère des Dioscures contre eux s’est apaisée. » Voici les paroles qu’il adressa à Épaminondas, tandis qu’il faisait des révélations à Épitélès, – que les Argiens avaient choisi pour les commander et pour refonder Messène – ; Épitélès reçut l’ordre en rêve de creuser sur le Mont Ithomè là où il trouverait du lierre et du myrte, et de sauver la vieille femme qui y dépérissait, enfermée dans une chambre de bronze, et déjà presque morte. Épitélès, au lever du jour, se rendit au point indiqué et y trouva en creusant une hydrie de bronze. Aussitôt il la porta à Épaminondas en lui expliquant son rêve, et celui-ci ordonna qu’on vide le liquide et qu’on examine ce qui s’y trouvait. Après avoir fait un sacrifice et des prières au songe qui lui était apparu, il ouvrit l’hydrie, et y trouva de l’étain en feuilles très minces, roulées comme pour un livre. C’est là qu’était inscrit le mystère des Grandes Déesses, et c’était le testament d’Aristoménès. (→ Voir supra, 2e guerre, L’oracle du figuier). On raconte que le personnage qui vint visiter Épaminondas et Épitélès pendant leur sommeil était Caucon, qui vint d’Athènes à Andania, auprès de Messénè, fille de Triopas. (→ Voir infra, Pers. héroïques, Éponymie et fondations, Caucon).

    Oracles pour la refondation de Messène (27.04)

    71Pour la refondation de Messène, ce sont surtout les oracles de Bakis qui le guidèrent. Bakis était inspiré par les Nymphes et a laissé des prophéties pour tous les Grecs et en particulier pour le retour des Messéniens :

    Alors la fleur brillante de Sparte périra
    et Messène sera de nouveau habitée pour l’éternité.

    72J’ai découvert que Bakis avait également parlé de la façon dont Eira serait prise ; et cet oracle est aussi de lui (→ Voir supra, 2e guerre, Chute d’Eira) :

    Les hommes de Messène,
    [domptés par le tonnerre et les torrents de pluie.

    Refondation de Messène (27.05-07)

    73Quand ils eurent recouvré les Mystères, tous ceux qui appartenaient aux familles des prêtres les écrivirent dans des livres ; Épaminondas, comme il trouvait que l’endroit où se trouve maintenant la cité des Messéniens se prêtait bien à une installation, ordonna qu’on fasse une enquête par l’intermédiaire des devins, pour savoir s’il pourrait accomplir ici la volonté des dieux. Comme ceux-ci lui dirent que les victimes donnaient des présages favorables, il se prépara à la fondation, en ordonnant d’apporter des pierres et faisant venir des hommes, dont c’était le métier de tracer des rues, de construire des maisons et des temples, et d’élever des remparts. Lorsque tout fut prêt, – les Arcadiens avaient fourni les victimes –, Épaminondas lui-même et les Béotiens sacrifièrent à Dionysos et Apollon Isménios de la façon traditionnelle, les Argiens à Héra d’Argos et à Zeus de Némée, les Messéniens à Zeus d’Ithomè et aux Dioscures, et leurs prêtres aux Grandes Déesses et à Caucon. Et ils appelèrent publiquement les héros à revenir habiter chez eux, tout d’abord Messénè, fille de Triopas, et encore Eurytos, Aphareus et ses enfants, et parmi les Héraclides, Cresphontès et Aipytos ; mais l’invocation la plus nombreuse, et de la part de tous, fut pour Aristoménès. Ce jour-là, ils se consacrèrent aux sacrifices et aux prières, et par la suite, ils érigèrent le circuit du rempart, et construisirent à l’intérieur maisons et sanctuaires [Ill. 38 et 39].

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    Ill. 38 : Messénie, la Porte d’Arcadie, construite après le retour des Messéniens.

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    Topographie et Toponymie

    Mont et ville Ithomè (09.01-02)

    74(Après la 2e bataille de la 1e guerre, les Messéniens) délibérèrent sur la situation et décidèrent d’abandonner leurs nombreuses villes de l’intérieur, pour se réfugier sur le Mont Ithomè. Il y avait là une bourgade pas très grande, signalée dans le Catalogue d’Homère (Iliade ii, 729) :

    et Ithomè l’abrupte.

    75Ils s’installèrent dans cette bourgade, en étendant l’ancienne enceinte pour procurer une protection suffisante pour tous. Le lieu était sûr par d’autres traits : car l’Ithomè ne le cède en rien en altitude aux autres montagnes qui se trouvent en deçà de l’Isthme et ses abords sont particulièrement difficiles [Ill. 40].

    Source Dionysias à Kyparissiai (36.07)

    76Quand on arrive à Kyparissiai en venant de Pylos, il y a une source près de la ville, au bord de la mer ; on raconte que c’est Dionysos qui fit jaillir cette eau en frappant la terre de son thyrse, et que pour cette raison on appelle la source Dionysias (de Dionysos).

    Séma Caprou (Tombeau du Sanglier) (15.07 et 08)

    77Un an après le combat à Dérai (→ Voir supra, 2e guerre, Bataille de Dérai), comme les alliés des deux camps étaient venus, ils se préparèrent à la bataille au lieu-dit Séma Caprou (Tombeau du Sanglier). […] Cet endroit, le Tombeau du Sanglier, se trouve à Sténycléros de Messénie ; on raconte dans la région qu’ici-même Héraclès échangea des serments avec les fils de Néleus sur les moitiés d’un sanglier.

    Personnages héroïques

    Éponymie et fondations

    Abia (30.01)

    78De nos jours, il y a en Messénie, à environ vingt stades (ca 3,6 km) du vallon de Choirios, au bord de la mer, une ville nommée Abia. Elle s’appelait jadis, dit-on, Irè, et faisait partie des sept villes qu’Agamemnon avait promises à Achille dans le poème d’Homère (Iliade, ix, 291-298). Comme Hyllos et les Doriens avaient été vaincus dans une bataille par les Achéens, Abia, la nourrice de Glénos, fils d’Héraclès, s’était réfugiée à Irè pour y habiter et y fonder un sanctuaire à Héraclès. Pour cette raison, plus tard, Cresphontès lui avait accordé divers honneurs, dont celui de changer le nom de la ville en Abia.

    Aipytos (03.07-09)

    79Cresphontès avait pour femme Méropè, fille de Kypsélos, qui régnait alors sur l’Arcadie, de qui il eut plusieurs enfants, dont le plus jeune, Aipytos ; il avait fait construire un palais pour lui et ses enfants à Sténycléros. À l’origine, Périérès et les autres rois habitaient à Andania ; quand Aphareus eut fondé Arénè, lui-même et ses enfants s’y installèrent ; sous le règne de Nestor et de ses descendants, le palais se trouvait à Pylos ; et Cresphontès établit que le roi devrait résider à Sténycléros. Il gouvernait pour la majeure partie dans l’intérêt du peuple, et ceux qui étaient plus riches que lui se soulevèrent et le tuèrent avec ses fils. Mais Aipytos, qui était encore petit, et qui était élevé auprès de Kypsélos, resta seul de sa famille, et lorsqu’il fut adulte, les Arcadiens le menèrent en Messénie, avec le soutien des autres rois doriens, les fils d’Aristodémos, et Isthmios, le fils de Téménos. Aipytos, une fois roi, punit les assassins de son père, ainsi que tous ceux qui avaient été complices du meurtre ; il s’attira les bonnes grâces des Messéniens, des nobles par des services, du peuple par des cadeaux, et parvint à un tel degré d’estime que ses descendants furent nommés Aipytides et non plus Héraclides.

    Andania (33.06)

    80Le nom de la cité vient de celui d’une femme, Andania, les exégètes les reconnaissent. Mais je ne peux rien dire sur ses parents ni sur son compagnon.

    Arénè (02.04-05)

    81De Gorgophonè, la fille de Persée, Périérès eut Aphareus et Leukippos, et à sa mort, ceux-ci reçurent le pouvoir sur les Messéniens. Aphareus était le plus puissant et pendant son règne, il fonda la ville d’Arénè, d’après la fille d’Oibalos, qui était à la fois son épouse et sa sœur par sa mère : car Gorgophonè avait épousé Oibalos, et j’ai déjà raconté ce qui la concerne deux fois, dans mon livre sur l’Argolide (→ Voir supra, II, Argolide, Pers. héroïques, Tombeaux, Gorgophonè), et dans mon livre sur la Laconie (→ Voir supra, III, Croyances générales, Règnes mythique de la Laconie, d’Amyclas à Oreste). Aphareus fonda donc en Messénie la ville d’Arénè.

    Arsinoè (31.06)

    82Sur l’agora de Messène, […] il y a une fontaine Arsinoè ; le nom vient de celui de la fille de Leukippos, tandis que l’eau arrive depuis la source Clepsydra [Ill. 41].

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    Ill. 40 : Mont Ithomè.

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    Ill. 41 : Messène : Fontaine Arsinoè.

    Bias (34.04)

    83Quand on avance un peu, le fleuve Bias se jette dans la mer ; on raconte qu’il tire son nom de Bias, fils d’Amythaon.

    Caucon (01.05)

    84Les premiers rois de cette contrée furent donc Polycaon, fils de Lélex et sa femme Messénè. Auprès de cette Messénè, vint d’Éleusis Caucon, fils de Kélainos, fils de Phlyos, et il apportait les rites des Grandes Déesses. Les Athéniens disent que ce Phlyos était un fils de la Terre, et l’hymne de Musée composée pour les Lycomides en l’honneur de Déméter le confirme.

    Les Colonides (34.08)

    85Frontaliers de Coronè sont les Colonides ; les gens d’ici disent que ce ne sont pas des Messéniens, mais que Colainos les a amenés d’Attique, et que l’alouette huppée a guidé Colainos jusqu’à sa colonie d’après un oracle. Avec le temps, ils devaient changer leur dialecte et leurs coutumes pour ceux des Doriens. La bourgade des Colonides se trouve sur une hauteur, à peu de distance de la mer.

    Coronè (34.05)

    86Le nom de Coronè était jadis Aipéia (l’Abrupte) ; mais lorsque les Messéniens furent ramenés dans le Péloponnèse par les Thébains, Épimélidés, l’œciste qu’on leur avait envoyé, l’avait nommée Coronéia, car il était de Coronéia en Béotie ; les Messéniens au début, ne prononçaient pas bien le nom, et avec le temps, c’est le nom erroné qui s’imposa. Une autre légende raconte que lorsque l’on creusa les fondations du rempart, on trouva une corneille (coronè) de bronze.

    Cresphontès (03.03-06)

    87Nestor participa donc à la guerre de Troie, et mourut à son retour chez lui. Deux générations plus tard, l’expédition des Doriens et le retour des Héraclides chassèrent les descendants de Néleus de la Messénie : cela a déjà constitué une partie de mon récit sur Tisaménos (→ Voir supra, II, Croyances générales, Histoire mythique d’Argos, Tisaménos), mais je dois encore ajouter ceci. Quand les Doriens attribuèrent à Téménos la possession d’Argos, Cresphontès leur réclama la Messénie, en tant que fils aîné d’Aristodémos. Aristodémos était déjà décédé, et Théras, le fils d’Autésion, s’opposait vigoureusement à Cresphontès : il était Thébain d’origine, et descendant au quatrième degré de Polynice, le fils d’Œdipe, et, à cette époque, il était le tuteur des enfants d’Aristodémos, car il était leur oncle du côté de leur mère. Aristodémos avait en effet épousé une fille d’Autésion, nommée Argéia. Cresphontès, – qui voulait à tout prix recevoir la Messénie comme lot –, supplia Téménos et le mit de son côté ; puis il fit semblant de s’en remettre au sort. Téménos plaça dans une hydrie préalablement remplie d’eau les jetons des enfants d’Aristodémos et de Cresphontès : celui dont le jeton remonterait le premier choisirait en premier sa part du territoire. Téménos avait confectionné les deux jetons en terre, mais tandis que celui des enfants d’Aristodémos avait séché au soleil, celui de Cresphontès avait cuit au feu ; le jeton des enfants d’Aristodémos fondit, et Cresphontès, qui avait ainsi gagné, choisit la terre de Messénie. Les anciens Messéniens ne furent pas dépossédés par les Doriens, et acceptèrent d’être gouvernés par Cresphontès et de partager leur terre avec les Doriens : cette attitude leur venait de la suspicion qu’ils avaient pour leurs rois, puisque les Néléides étaient originaires d’Iolcos.

    Dotadas (03.10)

    88Le fils d’Isthmios fut Dotadas, qui construisit le port de Mothonè, bien que la Messénie en ait déjà d’autres.

    Électra et Coios (33.06)

    89Quand on va d’Andania à Kyparissiai, il y a la ville appelée Polichnè, et les fleuves Électra et Coios. Peut-être pourrait-on raconter une légende sur Électra la fille d’Atlas, et sur Coios, le père de Léto, à moins qu’Électra et Coios ne soient des héros locaux.

    Mont Eua (31.04)

    90La cité (de Messène) est cernée non seulement par le Mont Ithomè, mais du côté du Pamisos, par le mont Eua. On dit que le nom de la montagne vient d’un cri bacchique, Évoè, que Dionysos et les femmes qui l’accompagnent ont poussé d’abord ici.

    Glaucos (03.09)

    91Glaucos, fils d’Aipytos, régna après lui […] Le sanctuaire de Zeus sur le sommet du Mont Ithomè, fondé par Messénè et Polycaon, ne recevait pas encore d’honneurs de la part des Doriens ; c’est Glaucos qui les incita à le révérer. Il fut aussi le premier à sacrifier à Machaon, fils d’Asclépios, à Gérénia, et attribua à Messénè, fille de Triopas, les honneurs accordés aux héros.

    Idas et Lynkeus (02.07-03.01)

    92Des fils d’Aphareus, l’aîné et le plus vaillant était Idas, et le plus jeune Lynkeus, dont Pindare dit – le croie qui veut – qu’il avait une si bonne vue qu’il pouvait voir à travers le tronc d’un chêne. Nous ne savons pas si Lynkeus eut des enfants, mais Idas eut de Marpessa une fille, Cléopatra, qui épousa Méléagre. L’auteur de l’épopée des Chants Cypriens dit que la femme de Protésilaos, – qui osa le premier débarquer lorsque les Grecs touchèrent à Troie – , que sa femme donc s’appelait Polydora et était la fille de Méléagre, fils d’Oineus. Si c’est vrai, ces femmes, au nombre de trois, à commencer par Marpessa, se tuèrent toutes à la mort de leur époux.

    93Après que les enfants d’Aphareus eurent combattu contre leurs cousins, les Dioscures, pour des troupeaux, et que, tandis que Pollux tuait Lynkeus, Idas trouvait son destin, frappé par la foudre, la famille d’Aphareus se trouva totalement dépourvue d’héritiers mâles. (→ Voir supra, III, Sparte, Topographie et toponymie, Trophée de Pollux).

    Isthmios (03.10)

    94Isthmios, fils de Glaucos, fonda le sanctuaire de Pharai en l’honneur de Gorgasos et Nicomachos.

    Source Clepsydra sur l’Ithomè (33.01)

    95Lorsqu’on arrive au sommet de l’Ithomè, qui est l’acropole des Messéniens, il y a une source Clepsydra (Eau du vol). Il serait difficile, même si on le voulait, de dénombrer tous ceux qui veulent que Zeus soit né et ait grandi chez eux ; les Messéniens sont du nombre : ils disent eux aussi que le dieu a été élevé chez eux, par les soins d’Ithomè et de Néda, qui a donné son nom au fleuve, tandis qu’Ithomè donnait le sien à la montagne. D’après la légende, ces Nymphes lavèrent ici le dieu dérobé par les Courètes par peur de son père, et le nom de la source vient du vol des Courètes ; et l’on porte chaque jour de l’eau de cette source jusqu’au sanctuaire de Zeus Ithomatas (de l’Ithomè).

    Lycos (01.06-09 et 02.06)

    96Quant aux mystères des Grandes Déesses, c’est Lycos, le fils de Pandion, bien des années après Caucon, qui les mit pleinement à l’honneur. On appelle encore Bois de Lycos l’endroit où celui-ci purifia les mystes. D’ailleurs du fait qu’il existe en cette contrée un Bois de Lycos, le poème de Rhianos de Crète en a tiré le vers :

    près de l’Élaion touffu, au-dessus du Bois de Lycos.

    97Quant au fait que ce Lycos était fils de Pandion, les vers qui accompagnent l’effigie de Méthapos le montrent. Car ce Méthapos transforma certains rites des mystères. Méthapos était athénien, organisateur et spécialiste en rites de toutes sortes. C’est lui aussi qui instaura les mystères des Cabires à Thèbes, et consacra dans la cabane des Lycomides une effigie avec une épigramme qui entre autres renforce mes dires :

    J’ai sanctifié les demeures d’Hermès
    et les chemins de la vénérable Déméter
    [et de sa fille première-née,
    là où, dit-on, Messénè a instauré
    [pour les grandes Déesses un concours,
    comme elle l’avait appris de Caucon,
    [issu du fils fameux de Phlyos.

    98Et j’ai vu avec étonnement comment Lycos, fils de Pandion, a installé les rites sacrés de l’Attique dans la sage Andania.

    99Cette épigramme montre que c’est auprès de Messénè que vint Caucon, le descendant de Phlyos, et explique les actions de Lycos, en particulier que les Mystères étaient d’abord à Andania. Et il me semblait bien vraisemblable que Messénè n’allait pas installer les mystères ailleurs que là où elle-même et Polycaon habitaient.

    100À Arénè vint aussi Lycos, le fils de Pandion, lorsque son frère Égée l’exila d’Athènes ; il initia aux mystères des Grandes Déesses Aphareus, ses enfants et sa femme Arénè ; il les initia en les menant à Andania, puisque c’est là que Caucon avait initié Messénè.

    Messénè (01.01-03 ; 02.01)

    101À la mort de Lélex, – qui régnait sur la Laconie d’aujourd’hui, et s’appelait alors Lélégia d’après lui (→ Voir supra, I, Mégaride, Pers. héroïques, Éponymie et fondations, Lélex et III, Laconie, Pers. héroïques, Éponymie et fondations, Lélex) –, Mylès, son aîné, hérita du pouvoir, tandis que Polycaon, le plus jeune de ses deux fils restait de ce fait un particulier, jusqu’à ce qu’il prenne pour femme Messénè, fille de Triopas, fils de Phorbas, d’Argos. Comme Messénè s’enorgueillissait de son père, qui se distinguait alors des Grecs éminents par son rang et sa valeur, elle n’admettait pas que son époux restât un simple particulier. Ils réunirent donc une force armée composée de Lacédémoniens et d’Argiens, et arrivèrent dans cette région, à laquelle ils donnèrent dans son ensemble le nom de Messénie d’après l’épouse de Polycaon, et où ils fondèrent plusieurs cités, dont Andania, où ils établirent leur royauté.

    102Avant la bataille menée par les Thébains contre les Lacédémoniens à Leuctres (372 av. n. è.), et l’installation de la Messène actuelle au pied de l’Ithomè, je pense qu’aucune cité ne portait le nom de Messène [Ill.42].

    103Dans mon profond désir d’apprendre qui furent les enfants de Polycaon et Messénè, j’ai lu les poèmes épiques appelés Grandes Éoées et Naupactia, et encore toutes les généalogies établies par Kinaithon et Asios. Mais ils n’ont rien écrit sur ce sujet : les Grandes Éoées racontent qu’un Polycaon, fils de Boutès, épousa Euaichmè, la fille d’Hyllos, fils d’Héraclès, mais elles négligent toute mention de l’époux de Messénè et de Messénè elle-même.

    Mothonè (35.01)

    104Mothonè, qui s’appelait Pédasos (→ Voir Iliade, i, 152 et 294) avant que les navires ne s’y rassemblent pour l’expédition de Troie et lors de la guerre contre Ilion, changea ensuite de nom, à ce que racontent ses habitants eux-mêmes, d’après la fille d’Oineus. Car Oineus, fils de Porthaon, après la prise de Troie, se retira auprès de Diomède dans le Péloponnèse, et eut une fille, Mothonè, d’une courtisane. Mais à mon avis, c’est la falaise Mothon qui donna le nom au lieu-dit.

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    Ill. 42 : Messène : le théâtre.

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    Installation de Néleus (02.05)

    105Il (Aphareus) recueillit également chez lui son cousin Néleus, fils de Crétheus, fils d’Aiolos, (appelé aussi fils de Poséidon), lorsqu’il fut chassé d’Iolcos par Pélias, et lui donna la partie de son territoire qui se trouve près de la mer, là où se trouvait Pylos, entre autres villes, pour qu’il s’y établisse et en soit le roi.

    Nestor et les Asclépiades (03.01-02)

    106Le pouvoir sur les Messéniens et sur tous ceux sur lesquels régnait Idas échut alors à Nestor, le fils de Néleus, à l’exception de ceux qui faisaient allégeance aux fils d’Asclépios. Car ils disent que les enfants d’Asclépios marchèrent contre Troie en tant que Messéniens, et qu’Asclépios était fils d’Arsinoè, fille de Leukippos, et non de Coronis : ils appellent un site désert de Messénie Tricca, et notent les vers d’Homère (Iliade, xi, 596) dans lesquels Nestor se préoccupe avec bienveillance de Machaon, blessé par une flèche, disant qu’il ne lui montrerait pas tant d’empressement, s’il n’était son voisin et le roi d’un peuple de même origine. Et certains appuient ce discours sur les Asclépiades en montrant à Gérénia le monument funéraire de Machaon, et à Pharai le sanctuaire des enfants de Machaon.

    Œchalie (02.02-03)

    107Quelque temps plus tard, comme il n’y avait plus aucun descendant de Polycaon, – je pense que la famille dura cinq générations, pas plus, – on prit pour roi Périérès, fils d’Aiolos. Chez lui se présenta Mélaineus, un bon archer, et réputé pour cette raison fils d’Apollon. Périérès lui attribua pour qu’il l’occupe la région appelée alors Carnasion, et qui prit le nom d’Œchalie ; ce nom d’Œchalie fut donné à la cité, à ce qu’ils disent, à cause du nom de l’épouse de Mélaneus. Les Thessaliens et les Eubéens, – car la plupart des récits sont disputés chez les Grecs – racontent les uns qu’Eurytion – qui est à présent un lieu désert – était jadis une ville et s’appelait Œchalie, tandis que la version eubéenne correspond à ce que Créophylos a raconté dans son Héracléia. Hécatée de Milet, dans le Skios, écrit qu’Œchalie était une partie du territoire érétrien. Mais j’ai l’impression que les Messéniens parlent avec plus de vraisemblance, surtout si on pense aux os d’Eurytos, dont je parlerai dans la suite de mes écrits. (→ Voir infra, Sybotas et Pers. héroïques, Tombeaux, Eurytos).

    le Devin Ophioneus (11.06)

    108Ophioneus, le devin messénien, aveugle de naissance, exerçait la mantique de cette façon : il s’enquérait de ce qui arrivait à la fois pour les particuliers et pour le public, et il prédisait l’avenir d’après ses informations.

    Pharis (30.02)

    109Pharai est éloignée d’Abia de soixante-dix stades (ca 12,5 km). […] Son fondateur Pharis était à ce qu’on raconte un fils d’Hermès et de Phylodamie, fille de Danaos. Pharis n’eut pas d’enfant mâle, mais une fille Télégonè […] dont Homère ne dit rien ; d’après la légende des Messéniens, elle enfanta pour Alphée Ortilochos.

    Phintas (04.01)

    110C’est aussi sous le règne de Phintas (fils de Sybotas) qu’eut lieu pour la première fois une querelle avec les Lacédémoniens, pour une raison controversée, mais qu’on peut raconter ainsi. (→ Voir supra, Croyances générales, Les origines de la guerre).

    Sténycléros (33.04)

    111Quand on a traversé ces fleuves, il y a une plaine dite de Sténycléros, car on raconte qu’il existe un héros Sténycléros [Ill. 43].

    Sybotas (03.10)

    112Sybotas, le fils de Dotadas, institua l’obligation annuelle pour le roi de sacrifier au fleuve Pamisos et d’offrir un sacrifice héroïque à Eurytos, fils de Mélaneus, à Œchalie, avant les mystères des Grandes Déesses, qui se tenaient encore à Andania.

    Thamyris (33.03 et 07)

    113Quand on descend sur trente stades (ca 5,3 km) à partir des portes (de Mégalopolis), il y a le fleuve Balyra. On raconte que le nom du fleuve vient de ce que Thamyris y jeta (ebale) sa lyre après sa mutilation ; c’était le fils de Philammon et de la nymphe Argiopè. Celle-ci vivait jusqu’alors sur le Parnasse, mais quand elle fut enceinte, elle se transporta chez les Odryses, car Philammon ne voulait pas l’amener chez lui. C’est pourquoi on appelle Thamyris Odryse et Thrace ; les cours d’eau Leucasia et Amphitos se jettent dans ce fleuve.

    114Quand on a traversé l’Électra et la source appelée Achaia, il y a les ruines d’une ville, Dorion. Homère a mis dans ses vers que c’est à Dorion que Thamyris subit son infortune, parce qu’il avait dit qu’il vaincrait même les Muses au chant. Prodicos de Phocée, si le poème de la Minyade est de lui, dit que Thamyris subit chez Hadès la punition de son audace envers les Muses. Il me semble que Thamyris perdit ses yeux à cause d’une maladie, ce qui arriva plus tard à Homère ; mais celui-ci continua à composer, sans se préoccuper de son infortune, tandis que Thamyris abandonna le chant à cause de son mal présent.

    Tombeaux

    Aristoménès (32.03)

    115Et il y a là (au Hiérothésion) un monument funéraire d’Aristoménès : on raconte que ce n’est pas un cénotaphe, mais lorsque j’ai demandé comment et d’où ils avaient fait venir les os d’Aristoménès, ils ont dit qu’ils les avaient fait venir de Rhodes, sur l’ordre du dieu de Delphes. En outre, ils m’ont appris les rites qu’ils célèbrent sur le tombeau : le taureau qu’ils s’apprêtent à sacrifier, ils l’amènent au monument et l’attachent à la colonne qui s’y trouve. Et, lui, sauvage et impatient des liens, ne veut pas rester tranquille : si la colonne bouge sous ses cris et ses mouvements, c’est de bon augure pour les Messéniens ; mais si elle ne bouge pas, le présage annonce un malheur.

    Eurytos (33.05)

    116Quant à l’hydrie de bronze, trouvée par le général argien et qui renfermait les os d’Eurytos, fils de Mélaneus, mon rêve ne m’a pas interdit d’en faire part à tous. (→ Voir supra, Croyances générales, Retour des Messéniens, Redécouverte du talisman).

    Épimélidés (34.06)

    117J’ai vu aussi le monument funéraire d’Épimélidés.

    Machaon à Gérénia (03.02)

    118→ Voir supra, Éponymie et fondations, Nestor et les Asclépiades.

    Nestor (36.02)

    119Et dans la cité (de Pylos), il y a un monument funéraire (de Nestor), et un peu à l’écart, un de Thrasymédès, à ce qu’on dit. Et il y a dans la cité une grotte où, dit-on, les bœufs de Nestor restaient à l’étable, et auparavant, ceux de Néleus.

    Cultes héroïques

    Aristoménès (14.07 et 32.06)

    120La jeunesse se tourna vers d’autres lieux de Messénie, les plus nombreux et les plus braves à Andania, et parmi eux Aristoménès, qui reçoit aujourd’hui encore des honneurs comme héros de la part des Messéniens. Ceux-ci pensent que sa naissance se fit dans des circonstances particulières : selon la légende, à sa mère Nicotéléia se serait uni un démon ou un dieu sous la forme d’un serpent. Je sais qu’on a dit la même chose chez les Macédoniens à propos d’Olympias, et chez les Sicyoniens à propos d’Aristodama, mais il y a une différence : les Messéniens ne font pas d’Aristoménès le fils d’Héraclès ou de Zeus, comme les Macédoniens font d’Alexandre le fils d’Ammon, et les Sicyoniens d’Aratos le fils d’Asclépios. (→ Voir supra, II, Pers. héroïques, Tombeaux, Aratos). La plupart des Grecs affirment que son père était Pyrrhos, et j’ai entendu moi-même les Messéniens, lors de libations, l’appeler Aristoménès fils de Nicomédès.

    121Il y a aussi une statue de bronze d’Aristoménès dans le stade de Messène.

    Courètes (31.09)

    122À côté (du temple d’Ilithyie, les Messéniens ont construit) un mégaron des Courètes, où l’on sacrifie tous les animaux de la même façon : en commençant par les bœufs et les chèvres, ils passent aux oiseaux en les livrant au feu.

    Dryops (34.11)

    123(Les gens d’Asinè) ont là un temple d’Apollon et un sanctuaire et une statue ancienne de Dryops. Ils y célèbrent une fête annuelle en son honneur, et ils racontent que Dryops est un fils d’Apollon.

    Eurytos (03.10)

    124→ Voir supra, Pers. héroïques, Éponymie et fondations, Sybotas.

    Gorgasos et Nicomachos à Pharai (03.10 et 30.03)

    125→ Voir supra, Pers. héroïques, Éponymie et fondations, Gorgasos et Nicomachos et Nestor et les Asclépiades. Voici ce que j’ai entendu d’autre à Pharai : Dioclès, en plus de ses jumeaux, avait eu une fille Anticléia, qui elle-même avait eu de Machaon, le fils d’Asclépios, Nicomachos et Gorgasos. Ceux-ci étaient restés là et avaient succédé sur le trône à Dioclès lorsqu’il mourut. Ils avaient gardé en partage le don de guérir les maladies et les mutilations des hommes ; et en échange, on leur offre des sacrifices et des présents dans leur sanctuaire.

    Héraclès à Irè (30.01)

    126Il y avait là un sanctuaire remarquable d’Héraclès et aussi un d’Asclépios.

    Machaon (03.09)

    127→ Voir supra, Pers. héroïques, Tombeaux, Machaon.

    Messénè (03.09 et 31.11)

    128→ Voir supra, Pers. héroïques, Éponymie et fondations, Glaucos.

    129Il y a aussi (à Messène) un temple de Messénè, la fille de Triopas, avec une statue en or et en marbre de Paros ; à l’arrière du temple, il y a des peintures représentant ceux qui ont régné sur Messène, Aphareus et ses enfants, avant l’arrivée de l’expédition des Doriens dans le Péloponnèse, Cresphontès, lui aussi chef de la nation dorienne, lors du retour des Héraclides, et parmi les habitants de Pylos, Nestor, Thrasymédès et Antilochos, les préférés des enfants de Nestor, en raison de leur âge et parce qu’ils ont participé à l’expédition de Troie.

    Pamisos (03.10)

    130→ Voir supra, Pers. héroïques, Éponymie et fondations, Sybotas.

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    Ill. 43 : Plaine de Stényclaros en Messénie.

    Divinités

    Aphrodite

    Aphrodite à Messène (31.06)

    131Parmi les sanctuaires des dieux, il y en a un de Poséidon et un d’Aphrodite.

    Apollon

    Apollon Carnéios à Pharai (31.01)

    132Un peu à l’écart de Pharai, il y a un bois sacré d’Apollon Carnéios, et dedans une source d’eau. (→ Voir supra, III, Sparte, Divinités, Apollon Carnéios et Carnéios).

    Apollon Carnéios à Œchalie (33.04)

    133En face de cette plaine (de Sténycléros), il y a le lieu qu’on appelait jadis Œchalie, et de nos jours le Bois Carnasion, constitué surtout de cyprès. Comme statues de dieux, il y en a d’Apollon Carnéios et d’Hagnè, et aussi un Hermès portant un bélier. Hagnè (Pure) est une épiclèse de Corè, la fille de Déméter. De l’eau surgit d’une source près de cette statue. Les mystères des Grandes Déesses – car on célèbre aussi des cérémonies en leur honneur à Carnasion – qu’il me reste interdit de les dévoiler ; car je leur attribue le deuxième rang en honneur après ceux d’Éleusis.

    Apollon Corynthos à Coronè (34.07)

    134Quand on avance d’environ quatre-vingts stades depuis Coronè, il y a près de la mer un sanctuaire d’Apollon qui reçoit des honneurs ; d’après les récits des Messéniens,

    135il est très ancien, et le dieu guérit les maladies ; on l’appelle Apollon Corynthos (Casqué). Celui-ci est un xoanon, mais la statue d’Apollon Argéotas (d’Argo) est en bronze ; on dit que ce sont les navigateurs de l’Argo (les Argonautes) qui l’ont consacrée.

    Apollon à Asinè (34.11)

    136(Les gens d’Asinè) ont là un temple d’Apollon.

    Apollon à Kyparissia (36.07)

    137Il y a à Kyparissia un sanctuaire d’Apollon et d’Athéna dite Kyparissia.

    Artémis

    Artémis Limnatis (04.02-03)

    138→ Voir supra, Croyances générales, Les origines de la guerre.

    Artémis de l’Ithomè (13.01)

    139La statue d’Artémis, qui était en bronze comme ses armes, laissa tomber son bouclier.

    Artémis Limnatis à Calamai (31.03)

    140Il y a dans l’intérieur un village Calamai (les Roseaux) et un lieu-dit Limnai (les Marais) ; là se trouve le sanctuaire d’Artémis Limnatis (des Marais), où, d’après la légende, se produisit le décès de Téléclos, qui régnait à Sparte. (→ Voir supra, Croyances générales, Les origines de la guerre, et III, Croyances générales, Première extension de Sparte).

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    Thèbes, Tychè, Artémis Phosphoros et Épaminondas à Messène (31.10)

    141Quant à la cité de Thèbes, Épaminondas, fils de Cléommis, Tychè (Fortune) et Artémis Phosphoros (Porte-lumière), Damophon a réalisé les unes en pierre – je ne connais pas d’autre Messénien en dehors de lui qui ait fait une statue digne du moindre mot –, tandis que l’effigie d’Épaminondas est en fer, et l’œuvre d’un autre et non de ce Damophon.

    Artémis Paidotrophos à Coronè (34.06)

    142Il y a là (à Coronè) un temple d’Artémis Paidotrophos (Nourricière), de Dionysos et d’Asclépios ; Asclépios et Dionysos y ont des statues de pierre.

    Asclépios

    Asclépios en Messénie (03.02)

    143→ Voir supra, Éponymie et fondations, Nestor et les Asclépiades.

    Asclépios à Irè (30.01)

    144→ Voir supra, Pers. héroïques, Cultes héroïques, Héraclès.

    Asclépios, ses enfants, Apollon, les Muses et Héraclès à Messène (31.10)

    145Le sanctuaire (de Déméter) présente de très nombreuses statues d’Asclépios, et tout à fait dignes d’être vues. En dehors de celles du dieu, il y en a aussi de ses enfants, et encore à côté, d’Apollon, des Muses et d’Héraclès.

    Asclépios à Messène (31.12)

    146On trouve (dans le temple de Messénè à Messène) Leukippos, le frère d’Aphareus, ainsi qu’Hilaeira et Phoibè, et avec elles Arsinoè. Il y a également une peinture d’Asclépios, fils d’Arsinoè selon la légende des Messéniens, et de Machaon et Podaleirios (les fils d’Asclépios), parce qu’ils ont participé aussi à la guerre de Troie. Ces peintures sont d’Omphalion, le disciple de Nicias, fils de Nicomédès ; certains disent aussi qu’il était un esclave de Nicias, et qu’il était devenu son favori.

    Asclépios à Coronè (34.06)

    147→ Voir supra, Artémis Paidotrophos.

    Asclépios Aulonios à Aulon (36.07)

    148Au lieu-dit Aulon, il y a un temple et une statue d’Asclépios Aulonios (d’Aulon).

    Athéna

    Athéna à Coronè (34.06)

    149Sur l’acropole (de Coronè), la statue d’Athéna aussi en bronze, se trouve en plein air et tient une corneille dans la main.

    Athéna Anémotis à Mothonè (35.08)

    150À Mothonè, il y a un temple d’Athéna Anémotis (des Vents) : on dit que Diomède consacra la statue et donna son nom à la déesse. Car des vents qui soufflaient particulièrement fort et hors de saison, ravageaient le pays. Diomède pria Athéna et, depuis ce temps, plus aucun dommage dû au vent ne vint pour eux vers la terre.

    Athéna Kyparissia à Kyparissia (36.07)

    151→ Voir supra, Apollon à Kyparissia.

    Grandes Déesses

    Grandes déesses (01.05-06 et 03.10)

    152→ Voir supra, Éponymie et fondations, Caucon et Lycos. Avant la fête des Grandes Déesses qu’on célèbre encore aujourd’hui à Andania. (→ Voir supra, Éponymie et fondations, Andania, Lycos et Messénè).

    Grandes Déesses en Messénie (27.06)

    153→ Voir supra, Croyances générales, Retour des Messéniens, Refondation de Messène.

    Grandes déesses au Carnasion (33.04)

    154→ Voir supra, Apollon Carnéios.

    Déméter

    Déméter à Messène (31.09)

    155Et les Messéniens tiennent pour sacré un sanctuaire de Déméter, avec des statues des Dioscures enlevant les filles de Leukippos.

    Dionysos

    Dionysos à Coronè (34.06)

    156→ Voir supra, Artémis Paidotrophos.

    Dioscures

    Dioscures (27.06)

    157→ Voir supra, Croyances générales, Retour des Messéniens, Refondation de Messène.

    Dioscures à Messène (31.09)

    158→ Voir supra, Déméter.

    159Dans mes écrits précédents, j’ai déjà révélé que les Messéniens prétendent que les fils de Tyndare leur sont apparentés, à eux et non aux Lacédémoniens. (→ Voir supra, III, Laconie, Divinités, Dioscures à Pephnos).

    Héra

    Héra (12.06)

    160→ Voir supra, Croyances générales, 1e guerre, Révélations sur la fille de Lykiscos.

    Hermès

    Hermès, Héraclès et Thésée à Messène (32.01)

    161Les statues du gymnase, Hermès, Héraclès et Thésée, sont l’œuvre d’Égyptiens. Il est établi parmi tous les Grecs, et déjà chez la plupart des Barbares, de vénérer ces dieux dans les gymnases et les palestres.

    Hermès à Mégalopolis (33.03)

    162Quand on prend la route de l’Arcadie vers Mégalopolis, près de la porte, il y a un Hermès de style attique ; car la forme parallélépipédique chez les Hermès est un trait attique, que les autres peuples ont ensuite emprunté.

    Ilithyie

    Ilithyie à Messène (31.09)

    163Les Messéniens ont aussi construit un temple d’Ilithyie, avec une statue de pierre.

    Ino-Leucothéa

    Ino-Leucothéa à Coronè (34.04)

    164Coronè est une ville à droite du Pamisos, du côté de la mer, et au pied du Mont Mathia. Sur cette route, au bord de la mer, il y a un lieu qu’on dit consacré à Ino : c’est là qu’elle aurait repris pied en sortant de la mer, désormais considérée comme une déesse et appelée Leucothéa au lieu d’Ino. (→ Voir supra, I, Mégaride, Topographie et toponymie, Falaise Molouris ; I, Mégaride, Pers. héroïques, Tombeaux, Leucothéa et II, Corinthie, Divinités, Palémon à l’Isthme).

    Laphria

    Laphria à Messène (31.07)

    165De ce Damophon est aussi la déesse nommée Laphria chez les Messéniens ; voici à partir de quel événement ils instituèrent son culte : pour les Calydoniens, Artémis – c’est la déesse qu’ils révèrent le plus – avait pour épiclèse Laphria. Ceux des Messéniens qui reçurent Naupacte de la main des Athéniens, et qui habitaient alors tout près des Aitoliens, reçurent cette déesse des Calydoniens. Je dirai ailleurs quelle est son attitude. Le nom de Laphria n’est usité que chez les Messéniens et les Patréens d’Achaïe. (→ Voir infra, VII, Achaïe, Divinités, Artémis Laphria à Patras).

    Mère des Dieux

    Mère des Dieux à Messène (31.06)

    166Ce dont il faut surtout faire mention, c’est de la statue de la Mère des Dieux en marbre de Paros, œuvre de Damophon (de Messène), qui répara très précisément le Zeus d’Olympie, alors que l’ivoire s’en détachait déjà.

    Poséidon

    Poséidon à Messène (31.06)

    167Parmi les sanctuaires des dieux, il y en a un de Poséidon et un d’Aphrodite.

    Sarapis et Isis

    Sarapis et Isis à Messène (32.06)

    168Non loin du théâtre (de Messène), il y a un sanctuaire de Sérapis et d’Isis.

    Déesse syrienne

    Déesse Syrienne à Thourioi (31.02)

    169Les Thouriates quittèrent leur ville qui était jadis sur les hauteurs et descendirent s’installer dans la plaine. Mais ils n’abandonnèrent pas complètement la ville haute, où il reste des murs en ruines et un sanctuaire dit de la Déesse Syrienne.

    Tous les Dieux

    Tous les dieux à Messène (32.01)

    170Le monument appelé Hiérothésion (Réceptacle des rites) chez les Messéniens contient des statues de tous les dieux reconnus par les Grecs, ainsi qu’une effigie en bronze d’Épaminondas.

    Tychè

    Tychè à Pharai (30.03)

    171Les Pharéates ont aussi un temple de Tychè avec une statue très ancienne.

    Zeus

    Zeus Ithomatas (03.09 ; 19.03 et 33.02)

    172→ Voir supra, Pers. héroïques, Éponymie et fondations, Glaucos ; Croyances générales, 1e guerre, Mauvais présages et Croyances générales, Retour des messéniens, Refondation de Messène.

    173Aristoménès accomplit aussi pour le Zeus d’Ithomè le sacrifice dit hécatomphonia (meurtre des cent hommes). Celui-ci a été établi depuis des temps très reculés, et l’on estimait que devaient l’accomplir tous ceux des Messéniens qui avaient tué cent ennemis. Aristoménès l’accomplit une première fois après la bataille du Tombeau du Sanglier, et en eut l’occasion une deuxième fois lors du meurtre des Corinthiens au cours de la nuit. Et l’on raconte qu’il l’offrit une troisième fois après ses raids ultérieurs.

    174La statue de Zeus est une œuvre d’Hagéladas, et fut réalisée tout d’abord pour ceux des Messéniens qui habitaient Naupacte : le prêtre choisi chaque année la conserve dans sa demeure. Ils célèbrent aussi une fête annuelle, les Ithomaia, et jadis, il y avait aussi un concours musical.

    Zeus Soter à Messène (31.06)

    175Sur l’agora de Messène, il y a une statue de Zeus Soter (Sauveur) et une fontaine d’Arsinoè.

    Zeus Soter à Coronè (34.06)

    176Zeus Soter (Sauveur) a une statue réalisée en bronze sur l’agora (de Coronè).

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    Boulogne, J., Muller-Dufeu, M., & Picouet-de Crémoux, M. (éds.). (2015). Messénie. In Choses vues et entendues par Pausanias. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.109558
    Boulogne, Jacques, Marion Muller-Dufeu, et Maude Picouet-de Crémoux, éd. « Messénie ». In Choses vues et entendues par Pausanias. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2015. doi:10.4000/books.septentrion.109558.
    Boulogne, Jacques, et al., éditeurs. « Messénie ». Choses vues et entendues par Pausanias, Presses universitaires du Septentrion, 2015, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.109558.

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    Boulogne, J., Muller-Dufeu, M., & Picouet-de Crémoux, M. (éds.). (2015). Choses vues et entendues par Pausanias. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.109448
    Boulogne, Jacques, Marion Muller-Dufeu, et Maude Picouet-de Crémoux, éd. Choses vues et entendues par Pausanias. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2015. doi:10.4000/books.septentrion.109448.
    Boulogne, Jacques, et al., éditeurs. Choses vues et entendues par Pausanias. Presses universitaires du Septentrion, 2015, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.109448.
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