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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral 1. Qu’est-ce qu’un prédicat sortal ? 2. Les NA en tant que prédicats sortaux 3. Bilan de chapitre Notes de bas de page

    Des noms d’âge aux noms de phase

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Chapitre 4. Les noms d’âge en tant que prédicats sortaux

    p. 129-158

    Texte intégral 1. Qu’est-ce qu’un prédicat sortal ? 1.1. Approche philosophique 1.1.1. Problématique de l’identité à travers le temps 1.1.2. Prédicats sortaux et prédicats de phase 1.1.2.1. Prédicats sortaux de substance 1.1.2.2. Prédicats sortaux de phase 1.2. Approche linguistique 1.2.1. Typologie linguistique des prédicats sortaux (Reboul, 1993) 1.2.1.1. Prédicats de Substance vs Prédicats Biologiques 1.2.1.2. Limites de la typologie de Reboul 2. Les NA en tant que prédicats sortaux 2.1. Prédicats sortaux et accès aux connaissances 2.2. Caractérisation linguistique des prédicats sortaux 2.2.1. Prédicats sortaux et types de propriétés 2.2.2. Les prédicats sortaux sont des prédicats analytiques 2.2.3. Structures agentives 2.2.4. Prédicats sortaux vs prédicats caractérisants 3. Bilan de chapitre Notes de bas de page

    Texte intégral

    1Au terme de l’étude syntaxico-sémantique nous sommes arrivée au constat qu’une approche « classique » de la description nominale ne permet pas de rendre compte de la spécificité des NA aussi bien au sein de leur ensemble (qu’est-ce qui différencie enfant de vieillard) qu’en comparaison avec d’autres NH prédicatifs. Dans le chapitre précédent nous avons apporté quelques éléments de réponse en termes de structures lexicales, cependant plusieurs zones d’ombre demeurent. Si la description des NA en tant qu’ensemble lexical éclaire leur interdépendance sémantique et permet de les distinguer d’autres NH, on ne voit toujours pas comment les NA réconcilient d’une part une certaine stabilité référentielle (faut-il encore savoir ce que l’on entend par là) et une contingence temporelle. Dit en d’autres termes comment quelque chose qui est irrévocablement transitoire peut être constitutif d’une entité et, donc, en quelque sorte permanent ?

    2Ce chapitre est consacré à l’étude de la première facette du fonctionnement hybride des NA. L’hypothèse que nous avons formulée – les NA dénotent des propriétés essentielles pour la classe des humains tout en étant transitoires – demande à ce que l’on s’interroge sur ce qui constitue l’identité d’un individu. Nous avons choisi d’aborder cette problématique par l’examen la notion, au départ philosophique, de prédicat sortal.

    1. Qu’est-ce qu’un prédicat sortal ?

    3Les travaux linguistiques qui font appel aux prédicats sortaux s’inspirent des études philosophiques sur l’identité. Nous commencerons par présenter brièvement les problèmes majeurs liés à cette notion dans le domaine de la philosophie ainsi que l’œuvre qui a eu le mérite de raviver le débat autour de ce sujet. Il s’agit du travail de Wiggins, Sameness and Substance (1980) qui reprend une monographie antérieure traitant déjà de ce sujet (Wiggins, 1967).

    1.1. Approche philosophique

    4Dans le cadre de notre recherche, il est impossible (et peut-être inutile) de rendre compte de la complexité du débat philosophique sur la notion d’identité. Contentons-nous plutôt de relever quelques points qui ont alimenté notre propre réflexion sur les NA et qui sont au cœur des problèmes posés par l’identité.

    1.1.1. Problématique de l’identité à travers le temps

    5Pour introduire la problématique relative à l’identité, on évoque le paradoxe bien connu du bateau de Thésée. Si, progressivement, on répare un bateau en changeant petit à petit ses planches, est-ce qu’on peut dire qu’il s’agit toujours du même bateau ? Et qu’en est-il si l’on reconstruit un bateau avec les anciennes planches récupérées d’après le plan d’origine ? Suivant le point de vue que l’on adopte face à ce paradoxe, on conçoit l’identité soit comme un continuum spatio-temporel (il s’agit toujours du même bateau), soit comme une donnée d’origine (l’identité est celle de la fabrication). Le problème ainsi posé appelle inévitablement la question du vague, comme le signale Kripke, avec un exemple similaire :

    Par exemple, si l’on remplace diverses parties de cette table, s’agit-il toujours du même objet ? Il y a un peu de vague ici. Si un petit morceau (ou une molécule) d’une table avait été remplacé, par un autre, nous dirions sans hésiter qu’il s’agit toujours de la même table. Mais si trop de morceaux sont différents, il semblera qu’on ait une table différente. Le même problème peut se poser en rapport avec l’identité à travers le temps. (1982, 39)

    6En somme, on aboutit au paradoxe suivant selon lequel soit un individu qui change demeure le même (et donc il n’est pas changé), soit l’individu change et n’est plus donc le même. Comment réconcilier identité et changement ? Comme l’observe très justement Ferret, il s’agit de savoir si le problème est d’ordre réaliste ou conceptuel, autrement dit, si « notre attribution de l’identité dépend des choses elles-mêmes ou de notre vision du monde ? » (1998, 26). La réponse à cette question semble devoir tenir compte de la nature de l’entité observée. Si, dans les cas des artéfacts (et même pour les objets naturels inanimés), le processus d’identification dépend en grande partie de notre propre conception (est-ce qu’un bateau est un objet inscrit dans un continuum ou bien le même ensemble de planches ?), il n’en va pas de même pour les entités organiques.

    7Pour remédier au paradoxe énoncé plus haut, les philosophes opèrent la distinction entre deux types de changements – ceux au cours desquels il y a un maintien identitaire (type 1) et ceux qui provoquent une rupture identitaire (type 2). Le type 1 regroupe des changements de degré (p. ex. le développement de l’homme, du bébé au vieillard) et le type 2 renvoie aux changements de nature (les philosophes donnent comme exemple la différence entre l’homme vivant et son cadavre). Pour l’analyse philosophique, ces deux cas de figure posent des problèmes différents : dans l’un, il s’agit d’une entité qui change, tout en restant la même ; dans l’autre, il est question de plusieurs entités, mises en relation. L’approche de Wiggins (cf. infra) est une réponse possible à la tentative de tracer une frontière conceptuelle entre les deux types de changements.

    8Dans le cas des référents organiques, le processus de changement est celui de leur développement naturel, totalement indépendant de notre découpage du monde. C’est la raison pour laquelle il convient d’opérer une seconde distinction entre des changements qui sont intrinsèques à l’individu (l’agent de l’action de changement est endogène), et des changements qui sont extrinsèques à l’individu (l’agent de l’action de changement est exogène). En effet, en suivant Ferret, nous pensons qu’il ne suffit pas de rendre compte de la distinction entre entités naturelles et les artéfacts en termes d’opposition binaire naturels vs fabriqués (que dire, dans ce cas, d’un nid d’oiseau, qui est à la fois un objet naturel et fabriqué ?). En revanche, il faut admettre que les entités organiques sont dotées d’un principe de changement interne (développement), indépendant de notre conception du développement1.

    9Jusqu’à présent, nous avons posé l’identité en négligeant l’aspect psychologique de l’individu. Miri (1973) discute Shoemaker pour qui la mémoire est le critère de l’identité à travers le temps (un individu se souvient de ce qu’il vient de faire ainsi que de son parcours personnel, de son enfance, etc.). En effet, « the battle is between memory and bodily continuity » (Miri, ibid., 14) et demande une précision de notre part. Il est clair qu’on ne peut nier la part psychologique constitutive de l’identité d’un individu (sinon comment expliquer un énoncé comme Dr Jekyll et Mr Hyde sont le même individu mais non la même personne)2. Par contre, s’il est possible qu’un individu perde sa mémoire (après un accident par exemple), ses souvenirs d’enfance et même toute connaissance de son identité, il est moins sûr qu’il « oublie » le fait d’avoir été enfant. Autrement dit, il est plus probable qu’une personne se demande comment elle était quand elle était enfant plutôt que si elle a été enfant. Dans ce travail, la notion d’identité va ignorer la dimension psychologique de l’individu, il ne s’agira donc pas de l’identité personnelle (ex. Dr Jekyll & Mr Hyde)3. Nous nous concentrons sur la continuité « corporelle » d’une entité, son existence physique à travers le temps et nous nous demandons comment le changement est conceptualisé dans la langue, s’il peut y avoir une rupture d’identité ?

    10L’identité spécifique pose la question du découpage du monde extralinguistique, de l’identité sortale. En suivant Kripke (1982), Ferret postule une prééminence des essences constitutives à l’homme à celles qu’il développe, construit, acquiert… Ainsi, l’essence sortale, le fait d’être un être humain, un homme, précède ou prédétermine le fait d’être cet homme (identité numérique). Sous identité spécifique il faut entendre la « relation que plusieurs objets entretiennent entre eux lorsqu’ils sont regroupés sous un même terme d’espèce (ou de sorte) » (Ferret 1998, 214). Autrement dit, l’identité spécifique détermine ce que X est tout au long de sa vie, et répond à la question « qu’est-ce ? ». Remarquons que, souvent, les termes qui réfèrent à l’identité spécifique d’un individu sont des termes sous-déterminés. L’exemple de Ferret est celui d’animal : par son sens général, ce terme ne donne aucun renseignement sur les conditions d’individualisation (traits définitoires) ou de persistance (conservation de l’intégrité ontologique) de l’individu qu’il qualifie.

    11Le deuxième concept que le terme d’identité recouvre est celui de l’identité qualitative. Ferret la définit de la manière suivante : « indiscernabilité qui désigne le degré maximal de ressemblance qui existe nécessairement entre une chose et elle-même et qui pourrait en principe exister entre plusieurs choses numériquement différentes » (ibid., 12). Il existe deux raisons de séparer l’identité qualitative de l’identité spécifique. La première est que deux objets d’espèces différentes peuvent en effet être indiscernables (p. ex. du faux et du vrai or). La deuxième est que les membres d’une même espèce peuvent renvoyer à des objets très différents4. Un fait très important à souligner quand il s’agit de déterminer l’identité qualitative d’un individu, est qu’on a recours non à des critères mais à des symptômes identitaires. Si les critères constituent un ensemble de conditions nécessaires et suffisantes permettant à un objet d’être ce qu’il est (ce qui permet de dire qu’un individu est un homme), les symptômes relèvent de la connaissance (i.e. ce qui nous permet de savoir qu’il s’agit de cet homme).

    12Bref, la problématique liée à l’identité numérique est le fait que, malgré les changements de type 1, un individu reste lui-même, il n’y a pas de rupture d’identité. Et la question suivante ne se laisse pas attendre : comment savoir à quelles conditions les occurrences des entités sont des occurrences de la carrière d’une seule et même entité. Pour cela, une condition est énoncée par Ferret (loi de restriction) : « l’identité sortale est une condition nécessaire d’identité numérique » (1996, 84). Autrement dit, avant d’être cet homme, il faut d’abord être un homme (être humain)5. Partant du principe que deux individus ne peuvent pas se trouver en même temps au même endroit, on postule la thèse de la continuité spatio-temporelle, selon laquelle deux occurrences font partie de la carrière d’un individu à condition d’être reliées par une trajectoire spatio-temporelle continue. Autrement dit, si l’on peut dire que l’enfant Max est le même être humain que l’adulte Max, c’est parce que les deux occurrences (enfant/adulte) peuvent être reliées par une seule trajectoire spatio-temporelle. Il convient toutefois d’apporter quelques précisions à la thèse ainsi formulée, notamment suite à l’observation suivante :

    Non seulement des particuliers numériquement différents peuvent être spatio-temporellement continus (la condition de continuité spatio-temporelle n’est donc pas suffisante)6, mais encore un seul et même particulier peut présenter une trajectoire spatio-temporelle discontinue7 (la condition de continuité spatio-temporelle n’est donc pas nécessaire). (Ferret 1996, 88)

    13La thèse de la continuité spatio-temporelle doit être complétée par la condition d’identité sortale des deux occurrences mises en relation. C’est-à-dire que deux occurrences peuvent être considérées comme étant de la carrière d’un seul et même individu si elles sont sortalement identiques et si elles sont reliées par une trajectoire spatio-temporelle continue. La thèse ainsi redéfinie explique pourquoi l’identité sortale est une condition à l’identité numérique d’un individu.

    1.1.2. Prédicats sortaux et prédicats de phase

    1.1.2.1. Prédicats sortaux de substance8

    14Selon Wiggins, un prédicat sortal est une réponse adéquate à la question aristotélicienne qui fait référence à l’identité d’un individu. Il s’agit d’un terme qui correspond à un concept sortal et qui pose l’existence de l’individu dans son être. Dans l’édition de 1980, on peut lire la définition suivante, reprise par Reboul (1993) :

    « Prédicat sortal » est un terme technique qui est associé à « substance » et qui appartient au métalangage. Tout prédicat dont l’extension est constituée (et est déterminée, par une théorie de vérité satisfaisante, à être constituée de) toutes les choses particulières ou substances d’une espèce particulière, par exemple, chevaux, bateaux ou serpettes sera appelé prédicat sortal (Wiggins 1980, 7).

    15On avance généralement trois critères pour distinguer les prédicats sortaux des prédicats non-sortaux. Le premier est grammatical – les prédicats sortaux sont désignés par des N communs et non par des ADJ ou des V. Le deuxième critère est celui du caractère dénombrable des prédicats sortaux, qui constituent une réponse adéquate à la question « Combien y a –t –il de X à tel endroit ? » et remarquons de suite que, d’après ce critère, les N massifs ne constituent pas de prédicats sortaux. Le troisième critère est temporel : l’énoncé « ce X était à ce moment à un tel endroit » doit impliquer logiquement « il y avait un X à ce moment à cet endroit ». Selon ce critère, table, contrairement à rouge est un prédicat sortal. Par exemple, si cette table était à Paris en 1900 implique que en 1900 il y avait une table à Paris, l’énoncé cette table rouge était à Paris en 1900 n’implique pas en 1900 il y avait une table rouge à Paris, parce qu’elle aurait pu être peinte par la suite. Le critère temporel sert à opérer deux types de distinctions : les prédicats sortaux vs prédicats non-sortaux comme on vient de le voir, mais aussi les prédicats sortaux de substance vs les prédicats sortaux de phase.

    1.1.2.2. Prédicats sortaux de phase

    16Ici, nous nous limiterons à présenter les points de la théorie9 de Wiggins, importants pour la suite de notre travail10. Pour développer la notion d’identité à travers le temps Wiggins pose deux thèses : la thèse de dépendance sortale (Thesis of Sortal Dependency of Individuation, appelée Thèse-D) et la thèse de la relativité identitaire (Thesis of the Relativity of Identity, appelée Thèse-R). La Thèse-D est illustrée par le fait que, si l’on dit que a est le même que b (a=b), cela implique qu’on détermine le même quoi que b. En d’autres termes, a est identique à b, d’après un concept englobant g, illustré de la manière suivante :

    (a=b)/g a is the same g as b
    ex. Mr Hyde est le même individu que Dr. Jekyll

    17L’identité de deux individus est toutefois aussi relative (Thèse-R) parce que ceux-ci peuvent être à fois identiques sous un concept g, et différents sous un autre concept f (p. ex. Mr Hyde est le même individu que Dr. Jekyll, mais non la même personne). Wiggins identifie cinq cas de figure pour lesquels la thèse-D est invalidée. Par exemple, c’est bien le cas si g n’est pas le concept approprié (p. ex. *Mr Hyde est le même chien que Dr. Jekyll) ou encore quand il n’y a rien de commun entre a et b, etc. Nous nous focaliserons plus particulièrement sur un cas11, parce qu’il permettra d’introduire la notion d’un prédicat de phase.

    18Imaginons l’existence d’un être humain, le garçon John Doe, qui, une fois grand, devient Lord John Doe, ministre et père de cinq filles. Étant donné que être humain est un prédicat sortal, l’exemple de Wiggins illustrant la thèse-D est le suivant :

    (350) John Doe, the boy, is the same human being as Sir John John Doe, the Lord Major of London.

    19On peut déduire qu’à la fois garçon, être humain, ministre, sont des prédicats sortaux. Cependant, les énoncés suivants montrent que certains prédicats sortaux ne peuvent pas recouvrir les deux occurrences de la vie de John Doe (John Doe-garçon et Sir John Doe) :

    (351) *John Doe est le même garçon que Sir John Doe.
    (352) *John Doe est le même ministre/père de 5 filles que Sir John Doe.

    20Wiggins explique ce fait de la manière suivante :

    ((a=b)/f) & not ((a=b)/g) & (ga v gb) & not (gb)
    Si a et b sont deux occurrences de la vie de John Doe, f = être humain, g = enfant, a cesse de tomber sous le concept « enfant » mais persiste sous un autre concept « être humain »12.

    21Par conséquent, il est nécessaire de faire la distinction entre les prédicats sortaux (de type être humain) et les prédicats de phase (qui ne sont instanciés que pour un laps de temps). Un critère pour tracer la différence fondamentale entre les deux types sont les valeurs de vérité dans les énoncés au présent (temps verbal). Ainsi on remarque qu’à chaque moment de l’existence de l’individu John Doe, le prédicat sortal de substance être humain est vrai :

    (353) John Doe est un être humain
    → vrai à n’importe quel instant t de la vie de l’individu John Doe

    22En revanche, il n’en va pas de même pour les prédicats sortaux de phase, pour lesquels il faut rester attentif aux temps verbaux dans la détermination des valeurs de vérité des énoncés.

    (354) *Sir John Doe est le même garçon que John Doe
    → faux, si John Doe n’est plus un garçon.

    23Pour Wiggins, les prédicats de phase sont par leur nature des qualifications ou bien des restrictions aux prédicats sortaux sous-jacents. Ainsi garçon peut être défini comme être humain (prédicat sortal sous-jacent) qui est mâle (restriction) et biologiquement immature (restriction). Toutefois, pour Wiggins, il existe une différence fondamentale entre un prédicat de phase comme enfant et fugitif. Selon lui :

    … further refinements could be introduced at this point, e.g. between predicates like “infant”, “adult”, “pupa”, “tadpole”, which every member of the extension of the substance term that they restrict must in due course satisfy if only it lives so long, and predicates like “conscript”, “alcoholic”, “captive”, “fugitive” or “fisherman”, of which this does not hold13. (2001, 33)

    24Cette distinction se trouve à la base de la typologie des prédicats, proposée par Reboul, que nous présentons dans la section suivante.

    1.2. Approche linguistique

    25Dans la littérature linguistique, l’étiquette sortal est souvent associée à différentes notions : concept sortal, prédicat sortal, identité sortale ou trait sortal :

    On appelle identité sortale le fait que tel particulier relève de telle catégorie générique. Par définition, les traits sortaux ne peuvent suffire à identifier un particulier déterminé, ils le définissent seulement comme appartenant à une certaine classe. (Charolles 1997, 74)

    Le fait que cette instance soit dénommée un carré suppose qu’elle présente un certain nombre de prédicats sortaux qui sont inhérents à l’espèce « carré » : « être une figure à 2 dimensions qui a 4 sommets, 4 côtés égaux, 4 angles droits et qui délimite une surface plane et continue ». Ces traits constituent des propriétés qui sont intrinsèques à la dénomination de l’objet. (Charolles & Schnedecker 1993, 119)

    N’importe quel prédicat dont l’extension consiste de tous les objets ou substances particulières d’une espèce particulière, disons les chevaux ou les moutons ou les serpettes, sera appelé un prédicat sortal. (Reboul 1997, 158)

    26En effet, comme il a été dit auparavant, la notion de prédicat sortal a été empruntée aux philosophes (cf. définition d’universel sortal, ou typant de Strawson (1973, 189) et Wiggins14 (1980, 2001)). En linguistique, les prédicats sortaux sont souvent mis en rapport, de façon plus ou moins explicite, avec les problèmes de catégorisation (approche aristotélicienne, approche prototypique), de généricité (Hiérarchie-être), d’inclusion de classes (termes génériques), de relations lexicales (hyponymie), de continuité référentielle, etc. La discussion que nous proposons n’abordera ces problèmes que de façon indirecte, parce qu’il s’agit avant tout de revenir à la définition même de prédicat sortal.

    1.2.1. Typologie linguistique des prédicats sortaux (Reboul, 1993)

    27Dans son article de 1993, Reboul propose d’étudier quelques N communs qui renvoient à des phases de l’existence d’un individu. Elle distingue notamment les N de phases biologiques (enfant, adulte), professionnels (apprenti, footballeur), familiaux (mère, père), etc.

    1.2.1.1. Prédicats de Substance vs Prédicats Biologiques

    28L’objectif principal est d’expliquer pourquoi, parmi ces prédicats de phase, certains ont besoin d’un modifieur temporel même quand l’individu dénoté ne se trouve plus ou pas encore dans la phase en question, alors que d’autres peuvent s’en passer d’un tel modifieur. Voici un exemple emprunté à l’auteure, où, de toute évidence, le père du locuteur ne l’était pas encore au moment de l’énonciation :

    (355) Mon père est entré dans une corderie qui embauchait garçons et filles dès l’âge de treize ans. (A. Ernaux, La place)

    29Dans cette optique, Reboul opère au sein des prédicats sortaux, dans un premier temps, une distinction entre des prédicats de substance et des prédicats de phase à la manière de Wiggins (cf. supra).

    … il y a plusieurs sortes de prédicats sortaux, ceux qui comme cheval, mouton ou serpette désignent des objets et s’appliquent à eux tout au long de leur existence véridiquement et sans nécessité d’un modificateur temporel comme ceux que nous avons évoqués et ceux qui ne s’appliquent à un objet que sur une partie de son existence comme footballeur, condamné, père, mère, enfant, adulte, etc. Les premiers sont des prédicats sortaux de substance, les seconds des prédicats sortaux de phase. (1993, 232)

    30Le critère qui permet de les dissocier réside dans la possibilité, pour les prédicats de phase, d’accepter une modification temporelle du type ex-, futur, ancien.

    (356) *ex-cheval, *ex-chat, *ex-serpette
    (357) ex-ministre, ex-footballeur, ex-apprenti

    31Dans un deuxième temps, au sein des prédicats de phase, Reboul identifie ceux qui correspondent à une phase « biologique » (prédicats de phase biologique) et qu’un individu satisfait obligatoirement au cours naturel de son existence. Enfant, adulte, têtard, grenouille, chenille, papillon, poussin en sont des exemples. Ils s’opposent aux prédicats de phase non biologique, qui eux, sont contingents et qu’un individu, même s’il appartient à l’espèce appropriée, peut ne jamais satisfaire (ibid., 240-241). Les prédicats de phase relationnels sont des exemples de ce deuxième type. Reboul attire l’attention sur le fait que, parmi les prédicats relationnels, on doit distinguer ceux qui demandent la présence d’un modifieur temporel (p. ex. président) et ceux qui peuvent s’en passer (p. ex. mère). Dans (358), on peut supprimer le modifieur temporel petite fille sans conséquence pour l’assignation du référent du prédicat familial mère :

    (358) C’est qu’autrefois ma mère petite fille allait aux commissions15.

    32L’auteure porte son attention sur cette dernière distinction et tente d’expliquer la relative liberté des prédicats relationnels familiaux de référer sans modificateurs ou indications temporels. Pour elle, cela est dû au fait que certaines relations familiales sont uniques (une personne ne peut avoir qu’un père, une mère, etc.). Par conséquent, les descriptions définies le père de X, le fils de X sont référentiellement « déterminées » indépendamment du temps de l’énonciation. En suivant Kripke (1982), Reboul est d’accord pour assimiler dans ce sens-là les prédicats relationnels familiaux aux noms propres, qui fonctionnent comme des désignateurs rigides16 (« ils désignent le même individu dans tous les mondes possibles et à toutes les époques de la vie », ibid., 242). Une remarque importante à nos yeux est le fait que « la relation qu’ils [les prédicats relationnels familiaux] mettent en jeu est une relation génétique ou biologique (et pas une phase biologique) »17 (Reboul 1993, 242). La figure suivante résume la classification des prédicats sortaux :

    Figure 6 : Typologie prédicats (Reboul, 1993)

    Image

    33Nous ne poursuivons pas avec l’analyse de Reboul, qui porte notamment sur le N mère, non qu’elle ne présente pas d’intérêt en soi, mais parce que l’objectif de notre recherche est de discuter la typologie des prédicats sortaux ainsi formulée. Revenons sur les faits accumulés afin d’évaluer l’état de connaissances et de faire le point sur ce que nous retenons de cette étude pour le futur examen des NA.

    1.2.1.2. Limites de la typologie de Reboul

    34La typologie de Reboul présente l’intérêt indéniable de proposer une classification des prédicats sortaux en faisant intervenir deux facteurs : le caractère immuable de la propriété dénotée par le prédicat (les prédicats sortaux de substance) et le caractère transitoire de celle-ci (les prédicats sortaux de phase). Toutefois, elle présente un certain nombre de problèmes non négligeables.

    Problème d’opérationnalité

    35L’inconvénient principal de cette typologie est que le seul test linguistique avancé pour la distinction entre les prédicats de substance et les prédicats de phase n’est pas opératoire. S’il est vrai, comme le dit Reboul, qu’enfant est un prédicat sortal de phase, il nous semble impossible de concevoir des énoncés avec le modifieur ex- :

    (359) *Je connais un ex-enfant/adulte/adolescent/vieillard/bébé.
    (360) *Ex-enfant, il était très timide.

    36Cette intuition est confirmée par les résultats de notre corpus : nous n’avons trouvé aucune occurrence de type ex-NA18. Le corpus n’offre qu’une occurrence d’ancien adolescent et quatre occurrences d’ancien enfant19. Avec futur, les résultats ne sont pas plus encourageants – deux occurrences uniquement avec adulte20.

    Problème métalinguistique

    37Au sujet de la terminologie utilisée, on doit souligner deux choses. D’abord, il est nécessaire de clarifier l’utilisation du terme « biologique ». Dans son travail, Reboul semble l’assimiler à des propriétés, des relations génétiques (p. ex. la relation de consanguinité entre parents et enfants), et, sur ce point, nous la rejoignons. En revanche, si l’on y regarde de plus près, le tableau laisse entendre que, en tant que prédicats relationnels familiaux, père, mère, etc., sont des prédicats de phase non biologiques alors que, dans la suite de son article, Reboul avance justement le caractère biologique pour expliquer leur relative liberté de fonctionner sans modifieur temporel. On en déduit que, dans le premier cas, « biologique » renvoie uniquement à une donnée, à un état nécessaire dans la carrière d’un individu, qui, dans le deuxième sens, « biologique » dénote la relation génétique existante entre deux individus (notamment la relation de filiation).

    38Par conséquent, étant donné la non pertinence du critère des modifieurs et cette définition on ne comprend pas très bien ce qui différencie les prédicats sortaux de substance et les prédicats biologiques (cf. Figure 6)21. Autrement dit, la classification de Reboul aurait été plausible si nous avions disposé d’un critère opérant qui permet de distinguer les prédicats de substance des prédicats de phase (en effet la démarche de l’auteure est de distinguer, dans un premier temps, les prédicats « permanents » ou « stables » des prédicats « transitoires » phasiques, et, dans un deuxième temps, parmi les prédicats de phase ceux qui ont un caractère obligatoire ou pas). À ce propos, notons que cette distinction, même si c’est de façon implicite, repose bien sur un critère temporel d’instanciation des prédicats.

    Problème définitoire

    39Une troisième remarque concerne le caractère « obligatoire » ou non d’un prédicat de phase. Reboul oppose sur ce point fils à père, parce que seul ce dernier est un prédicat biologique de phase. Si nous sommes d’accord pour dire que fils est un prédicat sortal relationnel non phasique (parce qu’un individu est nécessairement le fils de quelqu’un de manière continue pendant toute sa vie), il nous semble que le caractère biologique et phasique de père, tel qu’il a été défini par l’auteure, n’est pas fondé. Cela, essentiellement pour deux raisons.

    40D’abord, père n’est pas d’une instanciation nécessaire pour la vie d’un homme (on peut très bien terminer sa vie sans avoir été géniteur), contrairement à un prédicat comme adolescent ou têtard, qui dénotent des phases inéluctables dans le processus de développement d’un individu. Deuxièmement, à notre sens, père doit être distingué d’autres prédicats comme malade par exemple. Si, dans les deux cas, il s’agit de deux états, dans lesquels un individu est susceptible de se trouver (potentiellement un individu peut devenir père au cours de sa vie ainsi que tomber malade), il faut aussi tenir compte d’une éventuelle possibilité de sortir de cet « état », pour poser le caractère phasique du prédicat. Sur ce point, père et malade, ne fonctionnent pas de la même façon – une fois qu’on devient père, on le reste, contrairement à ce qui se passe quand on tombe malade, un état dont justement on peut guérir22. Partant, la notion de « phase » et surtout les critères linguistiques de sa définition, gagneront à être développés.

    41En somme, si la distinction de Reboul entre prédicats de substance et prédicats de phase paraît plausible sur le plan notionnel, elle demande à être appuyée par des tests linguistiques. Toutefois, même si le critère de modification temporelle ne s’applique pas aux NA, nous soutenons qu’ils dénotent bien des phases biologiques (dans les termes de Reboul). Nous proposons de reprendre la discussion à son point de départ – les prédicats sortaux. Étant donné qu’il s’agit d’une notion empruntée à la philosophie, il est nécessaire avant tout de s’assurer de sa pertinence en linguistique.

    2. Les NA en tant que prédicats sortaux

    42Pour commencer, admettons qu’un concept sortal permet de concevoir une entité en tant que telle et pas comme une autre : le concept d’« être humain » implique un certain nombre de choses pour qu’un référent puisse être désigné par être humain. Or, et c’est un fait trivial, un référent humain peut recevoir un nombre théoriquement infini de prédicats (avec un peu d’imagination un seul individu est à la fois voisin, homme, adulte, eskimo, architecte, communiste, fêtard, bouddhiste, joueur de pétanque, millionnaire,… ). La question qui vient tout naturellement est de savoir quels NH sont les bons candidats pour être des prédicats sortaux et surtout quels sont les critères linguistiques de leur discrimination ? La question ainsi posée – de la pertinence linguistique du prédicat sortal – est extrêmement complexe, nous en sommes consciente. Néanmoins, il nous semble souhaitable d’entamer une réflexion sur la manière de circonscrire linguistiquement les prédicats sortaux spécifiques aux humains. Notre point de départ est le fait qu’un prédicat sortal dénote ce que, depuis Aristote, nous appelons des essences (déterminées par des contraintes ontologiques (Charolles 1997, 75)) et dans le but de voir dans quelle mesure la langue leur réserve un traitement à part. Nous examinerons successivement la façon dont se fait l’accès aux connaissances des prédicats sortaux et leur caractérisation linguistique.

    2.1. Prédicats sortaux et accès aux connaissances

    43Examiner le fonctionnement linguistique des prédicats sortaux pose d’emblée la question, a priori simple, de savoir quelles sont les unités linguistiques les plus à même de constituer des prédicats sortaux ? Une réponse peut être donnée par le rapprochement de ceux-ci avec ce qu’on appelle dans la littérature anglo-saxonne des natural kind terms23.

    44La dichotomie natural kind terms vs nominal kind terms (désormais natural/nominal term) est bien connue (parmi d’autres : Putnam 1975, Schwartz 1979, 1980, Wiggins 2001, Cruse 2002), mais rappelons brièvement ses fondements. Il est globalement admis que la différence entre les deux types de termes réside dans la façon dont se détermine leur extension. Les exemples de natural term sont des N comme eau, tigre, or, citron, chat, c’est-à-dire des N qui dénotent des entités « naturelles » (des espèces ou des substances). Contrairement aux nominal terms comme stylo, célibataire, etc., ils présupposent une ou plusieurs propriétés sous-jacentes (underlying property) que les référents partagent. Selon Putnam

    A natural kind term (…) is a term that plays a special kind of role. If I describe something as a lemon, or an acid, I indicate that it is likely to have certain characteristics (yellow peel, or sour taste in dilute water solution as the case may be); but I also indicate that the presence of those characteristics, if they are present, is likely to be accounted for by some other members of the natural kind. What the essential nature is not a matter of language analysis but of a scientific theory construction (…). Thus it is tempting to say that a natural kind term is simply a term that plays a certain kind of role in scientific or pre scientific theory. (1975, 141)

    45S’il est vrai qu’à la fois, les natural terms et les nominal terms impliquent un certain nombre de propriétés constituant leur intension, l’extension des premiers est déterminée de manière empirique et ne peut être vérifiée que par rapport aux faits. Selon Schwartz (1979, 1980), les natural terms peuvent remplir la fonction de sujet dans des généralisations stables. Ces généralisations doivent être à la fois synthétiques, déterminées a posteriori, nécessaires si vraies tout en restant corrigibles. Un exemple devrait éclairer ce qui vient d’être dit – considérons le N tigre. Pour déterminer si une généralisation est « nécessaire si vraie », elle doit passer le test du « contre-exemple ». Le caractère générique de l’énoncé Les tigres sont des animaux implique que tous les référents-tigres soient aussi des référents-animaux. S’il est possible de trouver un contre-exemple à cette généralisation, c’est-à-dire un tigre qui ne soit pas un animal, la phrase générique ne passe pas le test du contre-exemple et, par conséquent, n’est pas nécessaire dans la définition de tigre. Dans le cas contraire – la réponse à la question s’il existe un tigre qui ne soit pas un animal est négative – l’énoncé passe le test. Le fait que tigre apparaît comme sujet dans ce type de généralisation n’est pourtant pas suffisant pour qu’on puisse lui accorder le statut de natural term. Il faut que ce type de généralisation soit aussi corrigible. Cela veut dire que les valeurs de vérité des phrases génériques de type Les tigres sont des animaux, L’or est un métal, etc. reflètent notre connaissance actuelle sur ce qu’est un tigre, l’or, etc. Puisqu’il s’agit de connaissances empiriques, il n’est pas exclu que des nouvelles données viennent améliorer ou bouleverser nos connaissances sur les entités du monde. Donc le trait sous-jacent qui fait que l’or est de l’or, que les tigres sont des animaux, etc. est totalement dépendant de ce que nous savons sur le monde qui nous entoure. Ce fait constitue également la plus grande difficulté dans l’appréhension des natural terms – ce trait sous-jacent peut être totalement ignoré. Le fait que l’extension est empiriquement associée au terme explique qu’elle soit toujours déterminée a posteriori24. Par conséquent, les natural terms peuvent être rapprochés des Npr, parce qu’ils fonctionnent comme des désignateurs rigides. Prenons un exemple : supposons que vous avez un ami – Max – et qu’un jour, en le voyant nu, que vous découvrez que Max est une femme. Très certainement, on continuera de référer à cet individu par son Npr mais on ne dira plus que Max est un homme. Avec les natural terms, les choses sont semblables. Si un jour on découvre que ce qu’on appelle, jusqu’à là, tigre ou chat, sont en fait des robots extra-terrestres et non plus des animaux, il y a plus de chances qu’on se dise que Les chats ne sont pas ce qu’on pensait, plutôt que Ce ne sont pas des chats !25

    46Ces observations liminaires sont suffisantes pour apercevoir quelques similitudes avec les prédicats sortaux, dont voici une partie de la définition que Wiggins propose :

    f is a substance concept only if f determines (with or without the help of further empirical information about the classe of fs) what can and cannot befall an x in the extension of f, and what changes x tolerates without there ceasing to exist such a thing as x;26 (Wiggins 2001, 70)

    47Chez Wiggins, f est la relation sous-jacente ou le concept qui permet de décider de l’appartenance d’un réfèrent à la classe à laquelle s’applique le prédicat sortal (le fait que f prévoit aussi les conditions de persistance du référent sera étudié plus loin). Pour l’instant, retenons que si les nominal terms ne sont pas (aussi) à même de dénoter des essences sortales c’est précisément parce qu’ils laissent inexpliquées deux choses : 1) le fait que nos conceptions d’une catégorie sortale demeurent stables en même temps que le jugement de conformité d’un référent à la catégorie peut évoluer et 2) le caractère non-arbitraire de cette évolution (op. cit., 78).

    48Les natural terms ont un statut cognitif particulier – ils permettent de dénoter des catégories naturelles de référents. Depuis de nombreuses années, différentes études dans le domaine psycholinguistique démontrent que les traits que l’on peut qualifier de centraux ont un poids important dans les jugements de catégorisation (Rosch (1976), Keil (1979), Tarr & Pinker (1990), Pinker & Prince (1996), Ahn (1998), Sloman et al. (1998), Sloman & Ahn (1999), Pinker (2005)). Certains vont jusqu’à observer que :

    In general, features internal to the object, such as molecular structure are considered more important for categorization of an object as a natural kind term than a categorization of an object as an artifact27. (Ahn 1998, 136)

    49Dans cette étude, les entités naturelles ont une structure biologique moléculaire (contrairement aux artéfacts qui se définissent par leur fonction) qui est à l’origine de ce qui fait qu’un X soit une vache par exemple (une des caractéristiques centrales dans la définition de vache est que le référent soit biologiquement prédéterminé à donner du lait). En revanche, la raison pour qu’un X soit une chaise, c’est parce qu’elle est faite pour s’asseoir et dont l’artéfact est de préférence fait de bois ou de métal (les exemples sont de l’auteur). Nous n’entrons pas dans la discussion de ces exemples mais ils nous permettent d’aborder un point qui est souvent passé sous silence. Ce qui relève de nos connaissances de la nature « biologique » ou intrinsèque d’un référent entre rarement dans les traits catégoriels définitoires d’une espèce naturelle. Deux raisons à cela : soit parce que ces connaissances sont ignorées (nous ne saurons pas dire ce qui fait l’essence d’un tigre ou un arbre), soit parce qu’elles sont… évidentes. Sur ce point, nous rejoignons Keil qui, en discutant l’expérience menée par Rosch sur des sujets qui devaient déterminer les catégories naturelles superordonnées, observe que :

    That is, Rosch’s subjects presupposed certain attributes as given and proceeded to list others. Thus, when subjects were asked to list characteristics of a particular vegetable, they did not tend to list features like “is a plant”, “has cells”, “has roots”, or “grows”. Nor did they list any features also common to a superordinate category, such as for physical objects, “has mass”, “has volume”, or “has a rigid structure”. It seems that the subjects inferred from the instructions that they should give attributes appropriate for distinguishing a particular member from other members of the same class. But simply because they did not list high-level features, does not mean that subjects did not think vegetables had such attributes28. (Keil 1979, 51)

    50Venons enfin aux êtres humains. Indubitablement, être humain est un prédicat sortal. Savoir quelles sont les propriétés ontologiques qui déterminent cette classe est une question complexe qui fera intervenir des considérations d’ordre biologique, anthropologique, sociologique, psychologique, bref autant de domaines que nous nous garderons d’aborder. En revanche, il est plus que tentant de vouloir observer comment on en « parle ». Il nous semble qu’on peut faire exactement le même raisonnement que Keil sur la définition d’un végétal – ne serait-il pas curieux de retrouver dans la liste des caractéristiques définitoires de être humain des traits comme « composé de molécules/organes… », « sexué », « qui vit », « qui grandit », « a une forme », « a une couleur », « a une tête »29, etc. À ce jour, nous n’avons pas connaissance de travaux psycholinguistiques qui ont mis au jour les traits d’essence biologique caractéristiques jugés centrales par des sujets pour être humain30. Il sera aussi intéressant de voir les résultats que donnerait une approche prototypique de cette catégorie naturelle… mais nous laissons ces perspectives pour des travaux à venir. En tout cas, en l’état actuel de nos recherches, les caractéristiques biologiquement prédéterminées, inscrites dans notre patrimoine générique en tant qu’espèce naturelle, bref, les conditions sine qua non de l’existence même d’un être humain et qui normalement font de être humain un prédicat sortal, sont tellement évidentes qu’elles deviennent triviales.

    51C’est en tout cas, ce qui se passe avec des prédicats comme être humain, homme, adulte. Imaginons la situation suivante où il s’agit de se présenter soi-même. L’assertion d’un de ces trois prédicats, ou de leur ensemble, est pragmatiquement très difficile. Il suffit de comparer les deux énoncés suivants :

    (361) *Bonjour, moi c’est Max. Je suis un être humain, homme et adulte et je ne bois plus depuis un mois31.
    (362) Bonjour, moi c’est Max. J’ai 33 ans, je suis marié, père de deux enfants, architecte et je ne bois plus depuis un mois.

    52L’observation peut paraître banale, certes, mais elle est éclairante sur un des aspects des prédicats sortaux. Leur emploi attributif notamment semble contextuellement très contraint. Étant donné qu’ils sont censés dénoter des essences sur le plan ontologique, la discrimination d’un être humain au sein du reste du monde est une chose aisée, tant elle relève de notre expérience de tous les jours et surtout d’une perception immédiate. En revanche sur le plan linguistique, les contextes où un individu sera qualifié de être humain, homme, etc., pour être identifié en tant que tel, sont assez exigeants. À notre avis, cela est dû au fait que la classe naturelle des humains jouit d’un statut unique, au sens propre du terme. Partant, on comprend bien que, si les prédicats sortaux sont employés pour identifier un individu comme appartenant à une classe sortale et non pas à une autre (ce qui est très courant avec les N d’animaux), ce type d’énoncés soit difficile, puisque être humain dénote une classe sortale unique. Une étude approfondie sur ce prédicat sortal devra déterminer les contextes qui favorisent l’emploi d’être humain en tant que prédicat identificatoire (p. ex. ouvrages de science fiction où le système ontologique n’est plus valable).

    53Si les choses sont relativement claires pour être humain en tant que natural term et prédicat sortal, elles le sont beaucoup moins avec des NA32. En fait, ils correspondent à ce que Schwartz (1980) appelle des termes hybrides, qui se distinguent des strict nominal kind terms. Le caractère hybride vient du fait que la définition des NA comporte aussi bien un autre natural kind term33 que des propriétés sémantiques. Autrement dit, en plus de participer aux définitions analytiques, les NA peuvent aussi être sujets dans des généralisations stables (Tous les enfants sont des êtres humains), donc ils combinent des propriétés qui leurs sont assignées à la fois de façon analytique et empirique.

    54Les NA ne doivent pas être considérés comme des prédicats sortaux à proprement parler. Étant donné leur caractère hybride, le piège sera de ne voir qu’une de leurs facettes : soit on considère qu’un référent possède un trait sous-jacent qui fait que ce X sera qualifié d’un NA précis (et dans ce cas on est obligé de postuler l’existence des sous-classes des enfants, adolescents, etc.), soit on ne retient que le caractère « subordonné » par rapport à être humain (le choix fait par les dictionnaires). Tout cela semble relativement clair mais nous empêche de voir l’essentiel dans les rapports entre être humain et les prédicats d’âge (être NA). Pire, cela conduit à mettre sur un pied d’égalité deux types de prédicats qui sont, comme on va le voir, très différents : les NA et les N de professionnels (N-[Pro]). En effet, on peut avoir exactement le même raisonnement pour un NH comme architecte, qui sera un terme hybride, puisque tous les architectes sont des êtres humains et parce que ce N se définit par un certain nombre de traits sémantiques. Le critère de représentation ne sera pas toutefois d’un grand secours parce que certains N-[Pro] se définissent, de même que les NA, par des attributs stéréotypiquement associés34. Il est donc nécessaire de poursuivre l’investigation en faisant intervenir d’autres paramètres.

    2.2. Caractérisation linguistique des prédicats sortaux

    55L’objectif de cette section est de caractériser les prédicats sortaux relatifs aux humains sur le plan linguistique. Il est par conséquent nécessaire d’examiner un certain nombre de paramètres qui permettront de mieux juger de la pertinence linguistique de la notion de prédicat sortal. Si l’on prend comme point de départ le fait qu’un prédicat sortal permet de déterminer l’appartenance d’une entité à une classe référentielle (dans notre cas il s’agit d’un humain), on peut énoncer les hypothèses de travail suivantes :

    • H1 : premièrement, les prédicats sortaux expriment des propriétés intrinsèques à l’individu, partagées par l’ensemble des individus d’une classe référentielle (i. e. les humains) ;
    • H2 : deuxièmement, dans la mesure où il s’agit d’une propriété « définitoire » (même si ignorée, cf. supra), l’expression d’un prédicat sortal ne devrait qu’expliciter un contenu sémantique (implicite) et donc ne pas servir à étendre nos connaissances ;
    • H3 : troisièmement, si le prédicat sortal exprime une propriété qui définit l’individu pendant toute son existence, il devrait être incompatible avec, d’une part, une circonscription temporelle et, d’autre part, avec des structures volitives qui font intervenir un agent.

    56Précisons que notre objectif, au terme de cette section, est double : avancer des critères linguistiques pour la caractérisation des prédicats sortaux humains et déterminer si les NA en font partie.

    2.2.1. Prédicats sortaux et types de propriétés

    57Afin d’étudier en quoi un prédicat sortal est l’expression d’une propriété intrinsèque, il convient de préciser ce que l’on entend par là. Mais avant toute autre chose, il est nécessaire d’opérer, suivant Anscombre (2010), une distinction entre le mode d’attribution et le mode de manifestation des propriétés. Même si, comme on va le voir, parfois il n’est pas aisé de faire la part des choses de ce qui relève de l’un ou l’autre mode, cette distinction méthodologique nous semble indispensable comme point de départ de l’analyse.

    58Le mode d’attribution implique l’étude de la nature du lien entre l’individu et la propriété qui lui est attribuée. Étant donné qu’un état est considéré comme le résultat de l’attribution d’une propriété, il est plus juste de parler de prédication intrinsèque/extrinsèque plutôt que de propriété intrinsèque/extrinsèque (dans la mesure où une propriété peut être intrinsèque pour un type d’entité et extrinsèque pour un autre type d’entité). En réalité, le caractère intrinsèque (ou constitutif) peut être dû au sémantisme propre des différents NH mais peut être aussi le résultat de différentes structures prédicatives (et il en sera de même pour les propriétés extrinsèques et le mode de manifestation).

    59Tandis que le mode d’attribution de la propriété indique si la propriété est vue comme étant intrinsèque ou extrinsèque pour un individu, le mode de manifestation nous renseigne sur la façon dont la propriété est « acquise » (ou « perdue ») par le sujet (Anscombre, 2010). Autrement dit, la question n’est plus de savoir si le prédicat exprime une propriété constitutive ou non de l’individu humain mais d’analyser les modalités de son instanciation.

    60Anscombre (1990, 2002, 2010) distingue deux oppositions de propriétés : essentielles vs accidentelles et intrinsèques vs extrinsèques. La première opposition traduit le fait qu’une propriété essentielle est commune à tous les individus qui constituent une classe (p. ex. pour la classe des humains avoir un cœur, avoir une tête, avoir un âge), et, inversement une propriété accidentelle n’est partagée que par un sous-ensemble d’individus au sein de cette classe (p. ex. être thésard). La deuxième opposition – intrinsèque/extrinsèque – traduit la relation entre l’entité et la propriété. Contrairement aux propriétés intrinsèques, l’attribution des propriétés extrinsèques aboutit à des états contingents. Anscombre observe que les combinaisons entre les quatre types de propriétés ainsi définies donnent lieu à différents types de phrases génériques (les exemples ci-dessous sont de l’auteur).

    61Chaque type de phrases génériques se définit par la possibilité ou non (dans l’ordre) :

    • d’une phrase au SN défini pluriel générique sujet ;
    • d’une phrase existentielle au SN démonstratif sujet ;
    • d’une phrase générique au SN sujet partitif ;
    • d’une phrase existentielle introduite par je trouve/pense que ;
    • de portée de la négation / interrogation.

    62Propriétés essentielles (phrase générique analytique)

    (363) Les chimpanzés sont des singes.
    (364) *Ce chimpanzé (n’) est (pas) un singe.
    (365) *Certains chimpanzés sont des singes.
    (366) *Je trouve que ce chimpanzé est un singe.
    (367) *Est-ce que ce chimpanzé est un singe ?

    63Propriétés essentielles intrinsèques (phrase générique typifiante a priori)

    (368) Les voitures ont quatre roues.
    (369) *Cette voiture a quatre roues/ Cette voiture n’a pas quatre roues (mais trois).
    (370) *Certaines voitures ont quatre roues.
    (371) *Je pense que cette voiture a quatre roues.
    (372) *Est-ce que cette voiture a quatre roues ?

    64Propriétés essentielles extrinsèques (phrase générique typifiante locale)

    (373) Les singes sont amusants.
    (374) Ce singe (n’) est (pas) amusant.
    (375) Certains chimpanzés sont amusants.
    (376) Je trouve que ce singe (n’) est (pas) amusant.
    (377) Est-ce que ce singe est amusant ?

    65Propriétés accidentelles intrinsèques (phrase générique partitive ne faisant pas objet d’interrogation)

    (378) *Les hommes sont blonds.
    (379) Cet homme (n’) est (pas) blond.
    (380) Certains hommes sont blonds.
    (381) Je pense que cet homme (n’) est (pas) blond.
    (382) *Est-ce que certains hommes sont blonds ?

    66Propriétés accidentelles extrinsèques (phrase générique partitive faisant objet d’interrogation)

    (383) ??Les trains ont un wagon-restaurant.
    (384) Ce train (n’) a (pas) de wagon-restaurant.
    (385) Certains trains ont un wagon-restaurant.
    (386) Je pense que ce train a un wagon-restaurant.
    (387) Est-ce que certains trains ont un wagon-restaurant ?

    67Selon cette batterie de critères, le prédicat avoir un âge/durée de vie apparaît comme étant un prédicat sortal parce qu’il exprime une propriété essentielle pour tout individu humain.

    (388) Les êtres humains ont un âge/une durée de vie.
    (389) *Cet être humain (n’) a (pas) un (d’)âge/durée de vie.
    (390) *Certains êtres humains ont un âge/une durée de vie.
    (391) *Je trouve que cet être humain a un âge/durée de vie.
    (392) *Est-ce que cet être humain a un âge/une durée de vie ?

    68En revanche, l’application des tests aux NA prédicatifs demandent quelques aménagements. Prenons à titre d’exemple les prédicats statifs être enfant et être adulte et considérons les énoncés suivants :

    (393) *Les êtres humains sont des enfants/adultes.
    (394) Cet être humain est un enfant/adulte.
    (395) Cet être humain n’est pas un enfant/adulte.
    (396) Certains êtres humains sont des enfants/adultes.
    (397) *Je trouve que cet être humain est un enfant/un adulte.
    (398) *Est-ce que certains êtres humains sont des enfants/adultes ?

    69Tels quels, les résultats des tests ne sont pas concluants parce qu’on peut voir dans les NA l’expression soit des propriétés essentielles intrinsèques, soit des propriétés accidentelles intrinsèques. L’hésitation tombe si l’on reconsidère le test de la phrase analytique (393). L’insertion des NA dans une phrase générique analytique exige à la fois la présence du déterminant tous les pour le sujet défini pluriel, et le respect du temps verbal en fonction du NA sélectionné35.

    (399) Tous les êtres humains ont été des bébés.
    (400) Tous les êtres humains ont été des enfants, etc.

    70Cependant, s’il est clair pourquoi un NA exprime une propriété accidentelle (à comprendre au sens de propriété référentiellement contingente parce qu’elle n’est partagée que par une sous-classe de référents), il reste à savoir en quoi consiste leur caractère intrinsèque/extrinsèque. De prime abord, nous sommes tentée de dire que les NA expriment des propriétés temporellement contingentes (on ne peut pas rester un enfant pour toujours), mais comme nous allons le voir, il faut éviter le piège d’un raisonnement qui amalgame, d’une part, les propriétés intrinsèques aux propriétés stables et, d’autre part, les propriétés extrinsèques aux propriétés transitoires (ou temporellement contingentes). Pour l’instant, retenons qu’un NA exprime des propriétés accidentelles intrinsèques, c’est-à-dire des propriétés constitutives pour une sous-classe des référents humains.

    2.2.2. Les prédicats sortaux sont des prédicats analytiques

    71Le travail de Wiggins sur l’identité à travers le temps rend compte du fait qu’un individu peut persister sous un concept tout au long de sa vie (p. ex. être humain) et, en même temps, tomber temporairement sous un autre concept (p. ex. enfant, architecte, étudiant, etc.). Il remarque que les temps verbaux jouent un rôle très important dans l’expression de cette opposition. Ainsi, un prédicat sortal de substance (être humain) est toujours vrai au présent. En d’autres termes, à chaque instant de la vie d’un individu humain (401) est vrai. D’après ce critère, un nom dénotant l’appartenance ethnique (N-[Eth]) est un prédicat sortal au même titre que être humain, parce que, quand on est kurde, on ne peut pas l’être ni pour un laps de temps déterminé, ni de façon discontinue (cf. infra) :

    (401) Max est un être humain.
    (402) Max est un kurde.

    72Remarquons, toutefois, que la négation respective de ces deux prédicats sortaux n’a pas les mêmes conséquences sur la présupposition d’existence de l’individu : avec (404) c’est l’appartenance ethnique qui est niée et aucunement son appartenance sortale comme dans (sauf bien évidemment dans les contextes marqués) (403).

    (403) Max n’est pas un être humain.
    (404) Max n’est pas un kurde.

    73Ce fait s’explique tout naturellement par le caractère immuable des prédicats sortaux. Étant donné qu’ils renvoient à ce qui définit ontologiquement une espèce, les prédicats sortaux doivent être instanciés de façon continue tout au long de la vie d’un individu. Autrement, il y a une rupture d’identité sortale et transformation. Pour autant, qu’il soit clair et tout à fait pertinent, à notre sens, ce critère demande à être précisé (cf. infra).

    74À l’opposé on retrouve les NA et les N-[Pro] qui sont des prédicats instanciés pendant un laps de temps déterminé et ne peuvent pas être considérés, par conséquent, comme des prédicats sortaux à proprement parler (les prédicats sortaux de substance de Wiggins). La valeur de vérité des énoncés (405) et (406) ne peut pas être vraie tout au long de la vie d’un individu : avec un NA36 elle l’est uniquement pendant la période d’âge correspondante (vrai si T0 se situe pendant l’enfance de Max). Il est aussi important de noter qu’un N-[Pro] obéit aussi à des contraintes d’ordre temporel (407) puisqu’il est incompatible avec certains NA.

    (405) (à T0) Max est enfant.
    (406) (à T0) Max et un médecin.
    (407) *Cet enfant est un architecte.

    75Si nous refusons ce dernier exemple, c’est uniquement à condition qu’à la fois le sujet et l’attribut soient employés dans leur sens propre. Autrement, l’énoncé est tout à fait intelligible : soit il a une valeur dépréciative (avec une intonation exclamative à l’oral, il signifie qu’on traite un architecte d’enfant), soit méliorative (il peut être énoncé en voyant un enfant s’amuser avec son jeu de construction). Mais, si les deux NH sont compris dans leur sens respectivement de NA et de N-[Pro], il se produit un conflit d’instanciation temporelle, parce que, pour des raisons évidentes, un enfant ne peut pas être architecte. Ces remarques vont dans le sens de Wiggins, certes, mais il existe tout de même une différence non négligeable entre ces deux types de prédicats.

    76Revenons sur le « sens » du test de la négation employé plus haut : il montre que les prédicats sortaux dénotent des propriétés immuables pour l’individu auquel elles sont prédiquées, parce qu’ils impliquent la disparition de l’individu. C’est exactement ce qui se passe aussi avec les NA en contraste avec les N-[Pro] :

    (408) #Max n’a jamais été enfant.
    (409) Max n’a jamais été architecte.

    77Les deux énoncés sont parfaitement intelligibles à ceci près que le NA dans une phrase négative change automatiquement de sens. Dans (408) la négation fait basculer le prédicat d’âge vers un sens par extension et l’énoncé peut vouloir dire que Max n’a pas pu avoir une vraie enfance, que Max n’a jamais été insouciant, que Max a eu très tôt des grandes responsabilités, bref, tout sauf que Max a pu être adulte, sans jamais avoir été enfant. Il en va de même dans les phrases interrogatives qui ne peuvent pas porter sur le NA, ni sur le N de période d’âge en tant que tel, cf. (411) vs (412), de la même façon qu’elles ne peuvent pas porter sur être humain :

    (410) *Est-ce qu’il a été bébé/enfant/adulte ?
    (411) *Est-ce qu’il a eu une enfance ?
    (412) Est-ce qu’il a eu une enfance douloureuse ?
    (413) *Est-ce qu’il a été être humain ?

    78Il nous semble que les énoncés au présent ne sont pas plus heureux, si l’on garde à l’esprit que les NA doivent dénoter un individu du point de vue de son âge, et rien d’autre (par exemple adulte au sens de « majeur ») :

    (414) *Est-ce qu’il est un être humain ?
    (415) *Est-ce qu’il est bébé/enfant/adolescent/adulte/vieillard ?

    79Autant de questions que l’on peut poser sans aucune difficulté sur d’autres prédicats temporaires comme les N-[Pro] (416), les NH de statuts, (417) et (418), les NH d’adeptes (419), ainsi que sur les N-[Eth], qui pourtant sont instanciés de façon stable :

    (416) Est-ce qu’il a été architecte ?
    (417) Est-ce qu’il a été étudiant (fait des études) ?
    (418) Est-ce qu’il a été directeur ?
    (419) Est-ce qu’il a été communiste ?
    (420) Est-ce qu’il est kurde ?

    80Si les NA ne passent pas ces tests c’est parce que, de façon inhérente, ils dénotent un individu dans des portions de temps sur l’échelle de l’âge. Plus précisément, si les NA ne peuvent pas être assimilés aux prédicats sortaux à cause de leur caractère temporaire, phasique, ce qu’ils expriment – l’âge – est bien une donnée permanente tout au long de la vie d’un individu (cf. supra, ex. (388)-(392)). Ce que l’on veut dire par là, c’est que, de la même façon qu’il est impossible de concevoir un être humain sans pouvoir dire que c’est un être humain, l’existence de cet individu implique qu’on peut lui assigner un âge, plus ou moins précis peut-être, mais une durée de vie en tout cas. Inversement, il est tout à fait possible d’envisager quelqu’un sans profession, sans statut social…

    81Il faut cependant, étant donné le statut transitoire des NA, expliquer l’impossibilité des exemples suivants37 :

    (421) *Max a changé d’âge, il est adulte.
    (422) *L’âge de Max a changé d’enfant à adolescent.
    (423) *Il y a un changement chez Max : il est vieillard (maintenant).
    (424) *Max a changé. Il est NA maintenant.
    (425) ??Max est passé d’enfant à adolescent.

    82Nous nous trouvons devant un paradoxe : les NA sont des prédicats transitoires dont on ne peut pas envisager le changement. Il convient donc de faire la part des choses et déterminer ce qui est du côté du « changement », et ce qui est du côté de « l’invariabilité ». Pour l’instant, nous pouvons faire une double conclusion. D’une part, le critère avancé par Wiggins permet de distinguer des propriétés qui sont instanciées de façon stable pendant toute la vie d’un individu et d’autres qui ne le sont pas (être humain/kurde vs NA, N-[Pro]). D’autre part, ce critère, à lui seul, n’est pas suffisant parce que des prédicats, de toute évidence transitoires (notamment les NA), sont réticents à l’interrogation et à la négation, ce qui confirme leur statut de données immuables sous peine d’entraver la présupposition d’existence de l’individu (contrairement à ce qui se passe avec un prédicat d’ethnie comme kurde). Sur ce point les NA sont plus proches d’un prédicat sortal comme être humain que des prédicats transitoires comme les N-[Pro]. Des zones d’ombre demeurent sur le tableau général pourtant, notamment la question de savoir comment les NA concilient-ils la « stabilité » sortale et le caractère phasique38 ? On verra que le paradoxe énoncé plus haut n’est qu’apparent.

    2.2.3. Structures agentives

    83Faisons donc un point : les NA peuvent être rapprochés aux prédicats sortaux parce qu’ils dénotent des propriétés accidentelles (référentiellement nécessaires) sans pour autant s’y assimiler parce qu’ils sont temporellement contingents. Dans l’expression de l’âge ce qui doit être considéré comme étant un prédicat sortal à proprement parler ce sont des énoncés du type avoir un âge, être âgé de (qui énoncent des propriétés essentielles). Si ces propriétés ont une essence biologique (ou naturelle si l’on préfère, de même que, être l’enfant de quelqu’un, avoir un cœur, avoir une tête, etc.), elles devraient être en quelque sorte prédéterminées, encodées dans la carrière d’un individu et, normalement, elles ne sont susceptibles d’aucune intervention extérieure. Ce fait transparaît dans le fonctionnement des prédicats sortaux dans les structures agentives, encore une caractéristique qu’ils partagent avec les NA.

    84Contrairement à ce qui se passe avec différents N-[Pro] (exemples b et d), les NA, les N-[Eth] et être humain ne peuvent pas figurer en objet des V volitifs ou des structures verbales impliquant le sujet (exemples a et c) :

    (426) Vouloir/Choisir/Décider

    • a. *J’ai voulu/choisi/décidé d’être/devenir être humain/kurde/#NA.
    • b. J’ai voulu / choisi / décidé (d’)être / devenir architecte / médecin.

    (427) Tout faire pour

    • c. *J’ai tout fait pour être / devenir être humain / kurde/ NA.
    • d. J’ai tout fait pour devenir architecte/médecin.

    85Il est important d’insister sur le fait que les NA, dans ces exemples, ne signifient rien d’autre que l’âge. Autrement, certains énoncés sont acceptables : j’ai décidé de devenir adulte est compréhensible dans le sens où le locuteur a pris une décision d’être plus raisonnable, responsable, bref, tout ce qui peut faire partie de ses représentations de ce qu’est un adulte. Il va sans dire, qu’à partir du moment où adulte ne dénote l’individu que du strict point de vue de son âge, il ne peut pas faire l’objet d’une quelconque décision, parce que, de toute façon, si l’individu vit suffisamment longtemps, un jour il sera adulte.

    86Ces observations placent la frontière entre les prédicats sortaux vs non-sortaux, sur le plan de l’agentivité. Cette frontière ne recoupe pas tout à fait celle qui se dessinait plus haut, parce qu’elle regroupe, d’un côté, les NA, les N-[Eth] et être humain, et les N-[Pro] et éventuellement les N de statuts (de type directeur, président, étudiant) de l’autre.

    87En réalité, le test de l’agentivité permet de déterminer les propriétés vues comme intrinsèques à l’individu39. En principe, si une propriété est vue en langue comme essentielle ou intrinsèque d’un individu, c’est-à-dire comme constitutive, elle ne donne pas lieu à des prédicats statifs dont le sujet grammatical se voit attribuer un rôle thématique d’agent ou de patient. Autrement dit, l’attribution de la propriété essentielle/intrinsèque ne dépend pas d’une volonté ou d’une intervention quelconque, interne (le sujet lui-même) ou externe (un tiers actant).

    88Les structures faisant intervenir la notion d’agentivité peuvent avoir différentes réalisations. L’ensemble des manipulations permet de tracer de façon univoque une frontière entre les prédicats qui sont obligatoirement prévus dans la carrière d’un individu humain (être humain, NA, N-[Eth], N de filiation, prédicat d’origine) et ceux qui ne le sont pas (N relationnels désignant le géniteur40, N dénotant la nationalité ou encore les N-[Pro]).

    (428) Verbes volitifs

    • a. *J’ai décidé/voulu/choisi d’être un être humain.
    • b. *J’ai décidé/voulu/choisi d’être un NA.
    • c. *J’ai décidé/voulu/choisi d’être un eskimo.
    • d. J’ai décidé/voulu/choisi d’être français (de nationalité) /*français (de France).
    • e. J’ai décidé/voulu/choisi d’être une mère.
    • f. J’ai décidé/voulu/choisi d’être un architecte.

    (429) Tout faire pour/Faire le maximum pour /faire le nécessaire pour

    • a. *J’ai tout fait pour être un être humain.
    • b. *J’ai tout fait pour être un adulte.
    • c. *J’ai tout fait pour être un eskimo.
    • d. J’ai tout fait pour être un français (de nationalité) /*français (de France).
    • e. J’ai tout fait pour être une mère.
    • f. J’ai tout fait pour être un architecte.

    (430) Être contraint/forcé/obligé

    • a. *J’ai été contraint/forcé/obligé d’être un être humain.
    • b. *J’ai été contraint/forcé/obligé d’être un NA.
    • c. *J’ai été contraint/forcé/obligé d’être un eskimo.
    • d. J’ai été contraint/forcé/obligé d’être un français (de nationalité) / *français (de France).
    • e. J’ai été contrainte/forcée/obligée d’être une mère.
    • f. J’ai été contraint/forcé/obligé d’être un architecte.

    89À condition d’interpréter les NH attributifs dans leur sens propre, les prédicats dénotant des propriétés intrinsèques ne peuvent pas figurer en complément de verbes ou locutions agentives. Inversement, les NH qui impliquent ou peuvent être le résultat d’une volonté, n’y sont pas contraints.

    2.2.4. Prédicats sortaux vs prédicats caractérisants

    90Si nous nous efforçons de montrer que les prédicats sortaux caractérisent l’individu pendant toute sa vie, il nous incombe de montrer qu’ils ne doivent pas être pour autant confondus avec ce qu’on retrouve parfois dans la littérature sous l’appellation de prédicat caractérisant.

    91Traditionnellement, quand on parle de prédicats caractérisants, il est question de prédicats qui entrent dans des constructions de type C’est un homme/femme + ADJ, être quelqu’un d’ADJ.

    (431) C’est un homme bon.
    (432) C’est quelqu’un de bon.

    92Selon Martin (2008), ce test est révélateur du fait que le prédicat est instancié pendant une période « significative » de la vie de l’individu, parce qu’il n’exige pas que l’état soit directement observable (ibid., 146). En effet, il est vrai que Max peut être quelqu’un de bon, sans pour autant avoir un signe particulier de bonté. Inversement, pour qu’un prédicat dispositionnel, habituel (c’est-à-dire « non-significatif », la terminologique étant de l’auteure p. ex. ivre) soit reconnu, il est indispensable d’avoir des réalisations concrètes et multiples d’une même action qui généreront la série d’occurrences d’un état. Martin avance l’argument suivant : les prédicats caractérisants peuvent qualifier un individu même si l’état dénoté n’est pas directement observable tandis que les prédicats dispositionnels, étant des séries d’occurrences, doivent être observables et donc ne pas accepter l’adjonction de ça ne se voyait pas (ainsi Martin refuse l’énoncé L’année passée, elle était autoritaire/gentille. Simplement ça ne se voyait pas). À notre sens, la logique est incontestable – on ne peut pas prédiquer Max est souvent ivre, si on ne l’a jamais vu boire ou si on l’a vu très rarement dans pareil état. Le problème, selon nous, tient au test censé trancher entre ces deux cas. Considérons les exemples de Martin (2008, 99, ex. 50-53) :

    (433) Petit, c’était quelqu’un d’autoritaire. Simplement, ça ne se voyait pas souvent.
    (434) ?? L’année passée, elle était autoritaire. Simplement, ça ne se voyait pas souvent.
    (435) Petit, c’était quelqu’un de gentil. Simplement, ça ne se voyait pas souvent.
    (436) ??L’année passée, elle était gentille. Simplement, ça ne se voyait pas souvent.

    93Martin considère qu’un prédicat caractérisant peut être réalisé sans manifestation extérieure (« peut rester caché », ibid., 99), sans observation directe. Plus précisément, le fait que l’on ne peut pas concevoir un sujet sans la propriété dénotée par le prédicat caractérisant (433) fait que celui-ci n’est pas dépendant d’une manifestation externe. Inversement, dans (434), le prédicat dispositionnel et la lecture habituelle qu’il induit implique l’observation directe de l’état et/ou de l’action qui est à son origine. Dans cet exemple, on ne peut pas qualifier quelqu’un de gentil ou d’autoritaire sans se fonder sur des faits, des moments concrets où la gentillesse ou l’autorité est manifestée. Nous ne suivons pas Martin dans cette analyse. Cet argument n’est pas très convainquant (voire contradictoire), puisqu’on peut très bien avoir L’année dernière elle était (souvent) gentille avec tout le monde/elle manifestait (souvent) son autorité devant tout le monde, l’ADV étant justement un critère d’identification des prédicats caractérisants.

    94Concentrons-nous sur ce qu’elle définit comme prédicats significatifs41. La question est de savoir comment on pourrait qualifier quelqu’un de gentil ou encore d’autoritaire, si « ça ne se voit pas » ? Comment la gentillesse ou l’autorité peuvent-elles être perçues sans manifestation, sans acte gentil ou autoritaire ? D’autant que, sur le plan linguistique, on peut très bien concevoir les énoncés suivants :

    (437) Max est quelqu’un de très gentil – il rend toujours service aux autres.
    (438) Il aime bien manifester son autorité devants les jeunes au travail.

    95Il convient de remarquer aussi que l’opérationnalité du test est limitée parce qu’il ne sélectionne que des prédicats adjectivaux42. Parmi les NA, seuls adolescent et adulte, qui peuvent être des ADJ, entrent dans ce type de configurations, dans leur sens évaluatif :

    (439) *C’est un homme bébé/C’est quelqu’un de bébé.
    (440) *C’est un homme enfant/C’est quelqu’un d’enfant.
    (441) C’est un homme adolescent/C’est quelqu’un d’adolescent.
    (442) C’est un homme adulte/C’est quelqu’un d’adulte.
    (443) *C’est un homme vieillard/C’est quelqu’un de vieillard.

    96Remarquons par ailleurs que, quand ce sont des prédicats dénotant des propriétés essentielles, ou intrinsèques, cette structure induit toujours leur sens évaluatif, quand il y a le prédicat adjectival correspondant :

    (444) C’était un homme (très) humain/Il a été quelqu’un d’humain.
    (445) C’était un homme [puéril, infantile] /Il a été quelqu’un de [puéril, infantile].
    (446) C’était une femme maternelle/Je ne suis pas quelqu’un de maternel.

    97Par contre, quelqu’un de admet difficilement les N-[Eth] (qui pourtant peuvent fonctionner en tant qu’adjectifs), les N-[Pro], les N agent (fumeur, danseur), ou encore albinos (exemple de Martin) :

    (447) *C’est quelqu’un de français / architecte / président / fumeur / albinos.

    98Comparons les séries d’exemples suivants, comportant trois prédicats – gentil, adulte, albinos – tous les trois exprimant des propriétés a priori accidentelles intrinsèques.

    (448) Gentil

    • a. Max, c’est quelqu’un de gentil.
    • b. Max c’est un homme gentil.
    • c. Max a toujours été gentil (avec tout le monde).
    • d. Max est gentil par nature.
    • e. À l’époque, Max c’était quelqu’un de gentil. Apparemment il a changé depuis.
    • f. Je ne m’explique pas son comportement, moi je le connaissais gentil.
    • g. Max il est plutôt gentil.
    • h. Pendant des années/La semaine dernière, Max était gentil avec tout le monde.

    (449) Adulte

    • a. #Max, c’est quelqu’un d’adulte.
    • b. Max c’est un homme adulte.
    • c. #Max a toujours été adulte (dans les prises de décisions).
    • d. ??Max est adulte par nature.
    • e. #À l’époque, Max c’était quelqu’un d’adulte. Apparemment il a changé depuis.
    • f. #Je ne m’explique pas son comportement, moi je le connaissais adulte.
    • g. #Max il est plutôt adulte.
    • h. ??Pendant des années/La semaine dernière, Max était adulte.

    (450) Albinos

    • a. *Max, c’est quelqu’un d’albinos.
    • b. ? Max c’est un homme albinos
    • c. *Max a toujours été albinos.
    • d. Max est albinos par nature.
    • e. *À l’époque, Max était albinos.
    • f. ?? (Je ne comprends pas) moi je le connaissais albinos.
    • g. *Max il est plutôt albinos.
    • h. *Pendant des années/La semaine dernière, Max était albinos.

    99Les exemples (a)-(d) des trois séries témoignent du fonctionnement stable (« permanent » dans les termes de Martin) et irréversible des prédicats. Les exemples (e)-(h) présentent les mêmes prédicats toujours comme caractérisants mais réversibles. On voit qu’un prédicat comme albinos ne peut pas être considéré comme caractérisant au même titre qu’adulte ou gentil. Il est très important de souligner que, si l’interprétation d’adulte était celle de dénoter l’âge de l’individu, son comportement sera semblable à celui d’albinos (à ceci près qu’on ne pourra pas avoir *être adulte par nature, à cause de son caractère phasique). Par ailleurs, le complément prépositionnel par nature a une signification différente avec les trois ADJ, précisée par les transformations suivantes :

    (451) Max est gentil de/par nature → Max est de nature gentille → La gentillesse est sa seconde nature.
    (452) Max est albinos de/par nature → * Max est de nature albinos → *L’albinisme est sa seconde nature.
    (453) ??#Max est adulte par nature → *Max est de nature adulte → *L’(âge) adulte est sa seconde nature

    100Avec le prédicat gentil, nature est synonyme de tempérament, caractère, ce qui n’est pas le cas avec albinos où le complément par nature renvoie aux données biologiques de l’individu. Ici, la paraphrase appropriée sera de naissance (Max est albinos de naissance vs *Max est gentil de naissance). L’inacceptabilité des énoncés avec adulte s’explique aisément par ce que nous avons observé en début de section. Si, à la limite, on peut concevoir l’énoncé où adulte a un sens appréciatif (nature sera compris comme caractère, comportement), il est clair que le caractère transitoire du prédicat d’âge empêche de le conceptualiser comme dénotant une propriété essentielle (de naissance).

    101Comme on le remarque dans les exemples ci-dessus, les différents modifieurs temporels jouent un rôle très important dans l’interprétation plus ou moins stable des prédicats. Ce point sera examiné dans le chapitre suivant qui traitera de la deuxième facette des prédicats d’âge – l’expression d’une contingence temporelle.

    3. Bilan de chapitre

    102En guise de bilan, considérons le tableau suivant qui regroupe les tests appliqués pour tester le caractère sortal d’un prédicat NH.

    Tableau 16 : Prédicats sortaux et prédicats non sortaux

    Prédicat sortal de substance
    être humain
    Prédicat sortal de phase
    NA
    Prédicat non sortal de phase
    N-[Pro]
    prédicat au présent toujours vrai+--
    une phrase au SN défini pluriel générique sujet ;+--
    phrase existentielle au SN démonstratif sujet ;-++
    phrase générique au SN sujet partitif ;-++
    phrase existentielle introduite par je trouve/pense que ;--+
    négation-++
    interrogation--+
    objet de verbes volitifs--+
    objet dans locutions agentives--+

    103En tenant compte des critères passés en revue, il nous semble judicieux d’abandonner une conception « étroite » du prédicat sortal selon laquelle celui-ci dénote une propriété sans laquelle une entité ne peut pas exister, en faveur d’un faisceau de propriétés essentielles. Ces propriétés sont essentielles en ce qu’elles qualifient l’individu pendant toute son existence et se définissent par un caractère immuable, exhaustif et réfractaire à l’agentivité. Cet élargissement permet de voir que, sur le plan linguistique, un certain nombre de prédicats sont proches de être humain, dont le statut sortal est reconnu. Ainsi les NA ont un comportement linguistique proche de celui des prédicats sortaux, sans pour autant s’y assimiler : ils doivent plutôt être envisagés comme les valeurs que la propriété essentielle intrinsèque « avoir un âge » peut avoir.

    104En revanche, les NA ne doivent pas être considérés comme sortaux à cause de leur caractère intrinsèquement transitoire. Ceci étant dit, pour l’instant il n’est pas clair comment ce caractère transitoire opère sur le plan linguistique. Le tableau supra laisse entendre que la distinction entre les prédicats sortaux de phase et les prédicats non sortaux de phase tient à… leur caractère sortal. Vérifier si c’est le seul paramètre à prendre en compte dans la distinction entre les NA et les N-[Pro] en revanche implique que l’on examine de plus près la notion-même de phase. Le chapitre suivant y sera consacré.

    Notes de bas de page

    1 Pour plus de détails sur cette distinction voir Ferret (1996, 38-44).

    2 C’est à Locke qu’on attribue la distinction entre identité humaine et identité personnelle. En effet, même si les deux N – homme et personne – sont coréférentiels ils ne sont pas pour autant co-signifiants. Si un homme est avant tout un représentant d’une espèce naturelle, une personne, elle, est un être doté de conscience (selon Strawson (1973), peuvent être qualifiés de personne les êtres susceptibles de recevoir à la fois des prédicats matériels, p. ex. peser 80 kg, et des prédicats psychologiques, p. ex. avoir l’intention de…).

    3 Même s’il est tout à fait important de la considérer. Dans une perspective sociologique, voir notamment le travail de J.-C. Kaufman (2008) où il démontre avec beaucoup de finesse que l’identité est non seulement une donnée multidimensionnelle, mais surtout en construction perpétuelle, en mouvance, tout sauf stable.

    4 L’exemple de Ferret est celui des différents types de tire-bouchons : type feuille de vigne, articulé, à pompe à gaz, etc.

    5 Sans entrer dans les détails, notons que cette condition a des modalités différentes s’agissant des référents naturels ou artéfactuels.

    6 Par exemple un individu, malgré le fait d’être spatio-temporellement continu à son cadavre, ne lui est pas identique.

    7 Ce qui est particulièrement vrai pour les artéfacts. Une montre, une arme, une usine, peuvent être entièrement démontées et reconstruits par la suite en formant ainsi la même montre, la même arme, la même usine.

    8 Ici nous nous limiterons à l’étude de Wiggins. Toutefois, pour une vision élargie sur la notion de prédicat sortal, ainsi que sur les relations entre « prédicat sortal » et « substance », cf. parmi d’autres Van Fraassen (1967), Feldman (1973), Mackie (1994).

    9 Pour présenter les thèses de Wiggins, nous avons consulté la version revue et corrigée du travail auquel se réfère Reboul – Sameness and substance renewed (2001).

    10 En effet, le contraire implique notamment de présenter l’approche philosophique de certaines notions et, au moins, les points problématiques qu’elles soulèvent. Non dénuée d’intérêt, une telle présentation dépasserait le cadre de notre domaine de recherche. Toutefois, sur la notion d’identité en philosophie voir, parmi d’autres, Taylor (1955), Wilson (1955), et Ricœur (1987). Voir également Shoemaker (1970), Chapman (1973), Noonan (1978), Forbes (1983) et Gale (1984) pour une vision critique sur les travaux de Wiggins (1967, 2001).

    11 Pour les autres, cf. Wiggins (2001, 28-34).

    12 Dans le texte original : “a cuts out, under a sortal concept g (e.d. boy) but persiste under another sortal concept f (e.g. human being)” (Wiggins 2001, 29).

    13 « … d’autres améliorations pourraient être introduites à ce stade, par exemple, entre prédicats comme « enfant », « adulte », « nymphe », « têtard », où chaque membre de l’extension du terme sortal restreint doit satisfaire de façon appropriée si seulement il vit si longtemps, et prédicats comme « conscrit », « alcoolique », « captif », « en fuite » ou de « pêcheur », pour lesquels ce n’est pas le cas » (nous traduisons).

    14 Pour être plus précis, pour Wiggins à chaque concept sortal correspond un prédicat sortal.

    15 Exemple de Reboul.

    16 Sur la distinction entre nominal kind terms et natural kind terms, voir aussi Schwartz (1979, 1980) et la section suivante.

    17 L’auteure montre notamment la différence de fonctionnement entre mère en tant que prédicat relationnel familial qui implique la consanguinité et mère, en tant que mère adoptive. Ce n’est que dans ce deuxième cas que le prédicat peut recevoir un modificateur temporel : ex-mère ne peut désigner que la mère adoptive, ou bien la belle-mère, mais non la mère biologique.

    18 Toutefois, elle n’est pas impossible, mais uniquement dans un sens autre que l’âge : Autant que la brièveté stupéfiante de la forme, l’assimilation du « mono no aware » nippon à mon ‘sentiment de la nature’ d’ex-enfant carcassonnais exilé (Roubaud J., 2002, La Bibliothèque de Warburg, 155-156).

    19 Il faudra expliquer pourquoi on peut adjoindre ancien et non pas ex d’une part, et pourquoi futur ne marche qu’avec adulte. Étant donné les objectifs fixés, ce point, certes très important, ne sera pas discuté ici.

    20 Avec le modifieur futur, enfant est à comprendre au sens de filiation, raison pour laquelle il n’entre pas en compte ici.

    21 D’ailleurs, il sera pertinent de se demander si, pour les référents humains ou vivants, on peut assimiler les prédicats biologiques aux prédicats de substance, ce qui n’est de toute évidence pas le cas pour les artéfacts.

    22 Bien évidemment, la réalité est un peu plus complexe, parce qu’il y a des états physiques irréversibles (être handicapé, amputé, etc.). Cet exemple doit être considéré avec précaution, à titre comparatif.

    23 Toute traduction en français des nominal kind terms et natural kind terms nous paraît peu parlante et maladroite. Nous préférons garder la terminologie anglaise.

    24 Il est inutile de développer le cas des nominal terms (p. ex. stylo) mais précisons qu’ils présentent les propriétés inverses : même s’ils peuvent faire l’objet de généralisations (les stylos sont des fournitures), ces généralisations ne sont pas nécessaires, même si elles sont vraies et sont toujours corrigibles.

    25 Prenons un exemple concret et relativement récent. Depuis 2006, nos connaissances sur les corps célestes ont évolué et des rectifications ont été nécessaires au sujet de Pluton, qui ne doit plus être considéré comme une planète, parce qu’il ne répond pas à la redéfinition de celle-ci (c’est-à-dire un corps céleste, qui (a) est en orbite autour du Soleil, (b) a une masse suffisante pour que sa gravité l’emporte sur les forces de cohésion du corps solide et le maintienne en équilibre hydrostatique, sous une forme presque sphérique, (c) a éliminé tout corps susceptible de se déplacer sur une orbite proche). La décision a été prise lors de la 26e Assemblée Générale de l’Union astronomique Internationale (14-15 août, Prague).

    26 « f est un concept de substance que si f détermine (avec ou sans autres informations empiriques sur la classe de fs) ce qui peut et ne peut pas arriver à un x dans l’extension de f, et quels changements x tolère sans qu’il cesse d’exister une telle chose comme x » (nous traduisons).

    27 « En général, les caractéristiques internes à l’objet, comme la structure moléculaire, sont considérées comme plus importantes pour la catégorisation d’une entité plutôt comme un natural kind term qu’artéfact » (nous traduisons).

    28 « Cela dit, les sujets de Rosch présupposent certains attributs comme donnés et à procéder à lister d’autres. Ainsi, lorsqu’on a demandé aux sujets d’énumérer les caractéristiques d’un légume particulier, ils n’ont pas la tendance à donner des caractéristiques telles que “est une plante”, “a des cellules”, “a des racines”, ou “pousse”. Ils n’énumèrent pas non plus toutes les caractéristiques communes à la catégorie superordonnée, par exemple pour les objets physiques, “a une masse”, “a un volume”, ou “a une structure rigide”. Il semble que les sujets déduisent de la consigne qu’ils devraient donner les attributs appropriés permettant de distinguer un membre particulier par rapport aux autres membres de la même classe. Mais le simple fait qu’ils ne donnent pas les caractéristiques du niveau superordonné ne signifie pas que les sujets pensent que les légumes n’ont pas de telles caractéristiques » (nous traduisons).

    29 En tout cas ce n’est pas ce que nous apprend le TLFi, qui ne propose pas d’entrée être humain (qu’on retrouve classé sous humain), mais homme, qui se définit en termes taxinomiques comme : Mammifère de l’ordre des Primates, seule espèce vivante des Hominidés, caractérisé par son cerveau volumineux, sa station verticale, ses mains préhensiles et par une intelligence douée de facultés d’abstraction, de généralisation, et capable d’engendrer le langage articulé.

    30 Cf. pourtant les travaux de Dahlgren (1985).

    31 On peut retrouver dans les manuels de français, ou bien sur les sites web de FLE (niveau grand débutant) destinés à l’apprentissage du vocabulaire français de base et regroupés souvent dans la rubrique « Présenter quelqu’un » (cf. www.lefrançaisfacile.com) des exemples comme « Je suis un garçon/une fille/un enfant ».

    32 Comme nous l’avons montré ailleurs (Aleksandrova 2014), les NA ne constituent pas une sous-classe des êtres humains au sens taxinomique du terme.

    33 Précisons, avec Schwartz, qu’un natural kind term ne peut participer dans la définition que d’un autre natural kind term.

    34 Pour s’en convaincre, il suffit de répondre à la demande d’un enfant qui veut qu’on lui dessine un architecte, un ouvrier, une secrétaire, un médecin,…

    35 Cette deuxième contrainte résulte directement du caractère phasique des NA et qui nécessite un développement plus approfondi, raison pour laquelle nous y reviendrons plus loin.

    36 Dans son sens dénotatif et non appréciatif.

    37 Qui sont non sans rappeler ce que nous avons vu dans la première section sur le paradoxe de l’identité à travers le temps.

    38 Nous aurons à y revenir lors de l’examen du caractère phasique des NA.

    39 Le test est d’Anscombre.

    40 Les N fille/fils/mère/père, etc. sont tous des N relationnels, mais ils ont un fonctionnement toutefois différent, et on doit distinguer les N relationnels exprimant la filiation des N relationnels désignant les géniteurs. Une étude plus poussée dépasse le cadre de notre analyse, et nous nous contenterons de les utiliser comme exemples à des fins comparatives.

    41 Par ailleurs, on peut se demander s’il faut assimiler, comme le fait l’auteure, les prédicats dispositionnels aux prédicats habituels, mais ce n’est pas notre propos ici.

    42 Ce constat ne constitue pas un point de désaccord avec Martin, parce que l’auteure ne s’intéresse qu’aux prédicats adjectivaux précisément.

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    2016

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    2018

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    Gilbert Lazard et Claire Moyse-Faurie

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    Le temps, de la phrase au texte

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    Pour une sémantique des mots construits

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    1996

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    1996

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    1996

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    L’antériorité temporelle dans la préfixation en français

    Dany Amiot

    1997

    Questions de grammaire

    Questions de grammaire

    Pierre Attal

    1999

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    1 Pour plus de détails sur cette distinction voir Ferret (1996, 38-44).

    2 C’est à Locke qu’on attribue la distinction entre identité humaine et identité personnelle. En effet, même si les deux N – homme et personne – sont coréférentiels ils ne sont pas pour autant co-signifiants. Si un homme est avant tout un représentant d’une espèce naturelle, une personne, elle, est un être doté de conscience (selon Strawson (1973), peuvent être qualifiés de personne les êtres susceptibles de recevoir à la fois des prédicats matériels, p. ex. peser 80 kg, et des prédicats psychologiques, p. ex. avoir l’intention de…).

    3 Même s’il est tout à fait important de la considérer. Dans une perspective sociologique, voir notamment le travail de J.-C. Kaufman (2008) où il démontre avec beaucoup de finesse que l’identité est non seulement une donnée multidimensionnelle, mais surtout en construction perpétuelle, en mouvance, tout sauf stable.

    4 L’exemple de Ferret est celui des différents types de tire-bouchons : type feuille de vigne, articulé, à pompe à gaz, etc.

    5 Sans entrer dans les détails, notons que cette condition a des modalités différentes s’agissant des référents naturels ou artéfactuels.

    6 Par exemple un individu, malgré le fait d’être spatio-temporellement continu à son cadavre, ne lui est pas identique.

    7 Ce qui est particulièrement vrai pour les artéfacts. Une montre, une arme, une usine, peuvent être entièrement démontées et reconstruits par la suite en formant ainsi la même montre, la même arme, la même usine.

    8 Ici nous nous limiterons à l’étude de Wiggins. Toutefois, pour une vision élargie sur la notion de prédicat sortal, ainsi que sur les relations entre « prédicat sortal » et « substance », cf. parmi d’autres Van Fraassen (1967), Feldman (1973), Mackie (1994).

    9 Pour présenter les thèses de Wiggins, nous avons consulté la version revue et corrigée du travail auquel se réfère Reboul – Sameness and substance renewed (2001).

    10 En effet, le contraire implique notamment de présenter l’approche philosophique de certaines notions et, au moins, les points problématiques qu’elles soulèvent. Non dénuée d’intérêt, une telle présentation dépasserait le cadre de notre domaine de recherche. Toutefois, sur la notion d’identité en philosophie voir, parmi d’autres, Taylor (1955), Wilson (1955), et Ricœur (1987). Voir également Shoemaker (1970), Chapman (1973), Noonan (1978), Forbes (1983) et Gale (1984) pour une vision critique sur les travaux de Wiggins (1967, 2001).

    11 Pour les autres, cf. Wiggins (2001, 28-34).

    12 Dans le texte original : “a cuts out, under a sortal concept g (e.d. boy) but persiste under another sortal concept f (e.g. human being)” (Wiggins 2001, 29).

    13 « … d’autres améliorations pourraient être introduites à ce stade, par exemple, entre prédicats comme « enfant », « adulte », « nymphe », « têtard », où chaque membre de l’extension du terme sortal restreint doit satisfaire de façon appropriée si seulement il vit si longtemps, et prédicats comme « conscrit », « alcoolique », « captif », « en fuite » ou de « pêcheur », pour lesquels ce n’est pas le cas » (nous traduisons).

    14 Pour être plus précis, pour Wiggins à chaque concept sortal correspond un prédicat sortal.

    15 Exemple de Reboul.

    16 Sur la distinction entre nominal kind terms et natural kind terms, voir aussi Schwartz (1979, 1980) et la section suivante.

    17 L’auteure montre notamment la différence de fonctionnement entre mère en tant que prédicat relationnel familial qui implique la consanguinité et mère, en tant que mère adoptive. Ce n’est que dans ce deuxième cas que le prédicat peut recevoir un modificateur temporel : ex-mère ne peut désigner que la mère adoptive, ou bien la belle-mère, mais non la mère biologique.

    18 Toutefois, elle n’est pas impossible, mais uniquement dans un sens autre que l’âge : Autant que la brièveté stupéfiante de la forme, l’assimilation du « mono no aware » nippon à mon ‘sentiment de la nature’ d’ex-enfant carcassonnais exilé (Roubaud J., 2002, La Bibliothèque de Warburg, 155-156).

    19 Il faudra expliquer pourquoi on peut adjoindre ancien et non pas ex d’une part, et pourquoi futur ne marche qu’avec adulte. Étant donné les objectifs fixés, ce point, certes très important, ne sera pas discuté ici.

    20 Avec le modifieur futur, enfant est à comprendre au sens de filiation, raison pour laquelle il n’entre pas en compte ici.

    21 D’ailleurs, il sera pertinent de se demander si, pour les référents humains ou vivants, on peut assimiler les prédicats biologiques aux prédicats de substance, ce qui n’est de toute évidence pas le cas pour les artéfacts.

    22 Bien évidemment, la réalité est un peu plus complexe, parce qu’il y a des états physiques irréversibles (être handicapé, amputé, etc.). Cet exemple doit être considéré avec précaution, à titre comparatif.

    23 Toute traduction en français des nominal kind terms et natural kind terms nous paraît peu parlante et maladroite. Nous préférons garder la terminologie anglaise.

    24 Il est inutile de développer le cas des nominal terms (p. ex. stylo) mais précisons qu’ils présentent les propriétés inverses : même s’ils peuvent faire l’objet de généralisations (les stylos sont des fournitures), ces généralisations ne sont pas nécessaires, même si elles sont vraies et sont toujours corrigibles.

    25 Prenons un exemple concret et relativement récent. Depuis 2006, nos connaissances sur les corps célestes ont évolué et des rectifications ont été nécessaires au sujet de Pluton, qui ne doit plus être considéré comme une planète, parce qu’il ne répond pas à la redéfinition de celle-ci (c’est-à-dire un corps céleste, qui (a) est en orbite autour du Soleil, (b) a une masse suffisante pour que sa gravité l’emporte sur les forces de cohésion du corps solide et le maintienne en équilibre hydrostatique, sous une forme presque sphérique, (c) a éliminé tout corps susceptible de se déplacer sur une orbite proche). La décision a été prise lors de la 26e Assemblée Générale de l’Union astronomique Internationale (14-15 août, Prague).

    26 « f est un concept de substance que si f détermine (avec ou sans autres informations empiriques sur la classe de fs) ce qui peut et ne peut pas arriver à un x dans l’extension de f, et quels changements x tolère sans qu’il cesse d’exister une telle chose comme x » (nous traduisons).

    27 « En général, les caractéristiques internes à l’objet, comme la structure moléculaire, sont considérées comme plus importantes pour la catégorisation d’une entité plutôt comme un natural kind term qu’artéfact » (nous traduisons).

    28 « Cela dit, les sujets de Rosch présupposent certains attributs comme donnés et à procéder à lister d’autres. Ainsi, lorsqu’on a demandé aux sujets d’énumérer les caractéristiques d’un légume particulier, ils n’ont pas la tendance à donner des caractéristiques telles que “est une plante”, “a des cellules”, “a des racines”, ou “pousse”. Ils n’énumèrent pas non plus toutes les caractéristiques communes à la catégorie superordonnée, par exemple pour les objets physiques, “a une masse”, “a un volume”, ou “a une structure rigide”. Il semble que les sujets déduisent de la consigne qu’ils devraient donner les attributs appropriés permettant de distinguer un membre particulier par rapport aux autres membres de la même classe. Mais le simple fait qu’ils ne donnent pas les caractéristiques du niveau superordonné ne signifie pas que les sujets pensent que les légumes n’ont pas de telles caractéristiques » (nous traduisons).

    29 En tout cas ce n’est pas ce que nous apprend le TLFi, qui ne propose pas d’entrée être humain (qu’on retrouve classé sous humain), mais homme, qui se définit en termes taxinomiques comme : Mammifère de l’ordre des Primates, seule espèce vivante des Hominidés, caractérisé par son cerveau volumineux, sa station verticale, ses mains préhensiles et par une intelligence douée de facultés d’abstraction, de généralisation, et capable d’engendrer le langage articulé.

    30 Cf. pourtant les travaux de Dahlgren (1985).

    31 On peut retrouver dans les manuels de français, ou bien sur les sites web de FLE (niveau grand débutant) destinés à l’apprentissage du vocabulaire français de base et regroupés souvent dans la rubrique « Présenter quelqu’un » (cf. www.lefrançaisfacile.com) des exemples comme « Je suis un garçon/une fille/un enfant ».

    32 Comme nous l’avons montré ailleurs (Aleksandrova 2014), les NA ne constituent pas une sous-classe des êtres humains au sens taxinomique du terme.

    33 Précisons, avec Schwartz, qu’un natural kind term ne peut participer dans la définition que d’un autre natural kind term.

    34 Pour s’en convaincre, il suffit de répondre à la demande d’un enfant qui veut qu’on lui dessine un architecte, un ouvrier, une secrétaire, un médecin,…

    35 Cette deuxième contrainte résulte directement du caractère phasique des NA et qui nécessite un développement plus approfondi, raison pour laquelle nous y reviendrons plus loin.

    36 Dans son sens dénotatif et non appréciatif.

    37 Qui sont non sans rappeler ce que nous avons vu dans la première section sur le paradoxe de l’identité à travers le temps.

    38 Nous aurons à y revenir lors de l’examen du caractère phasique des NA.

    39 Le test est d’Anscombre.

    40 Les N fille/fils/mère/père, etc. sont tous des N relationnels, mais ils ont un fonctionnement toutefois différent, et on doit distinguer les N relationnels exprimant la filiation des N relationnels désignant les géniteurs. Une étude plus poussée dépasse le cadre de notre analyse, et nous nous contenterons de les utiliser comme exemples à des fins comparatives.

    41 Par ailleurs, on peut se demander s’il faut assimiler, comme le fait l’auteure, les prédicats dispositionnels aux prédicats habituels, mais ce n’est pas notre propos ici.

    42 Ce constat ne constitue pas un point de désaccord avec Martin, parce que l’auteure ne s’intéresse qu’aux prédicats adjectivaux précisément.

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    Aleksandrova, A. (2016). Chapitre 4. Les noms d’âge en tant que prédicats sortaux. In Des noms d’âge aux noms de phase. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.106948
    Aleksandrova, Angelina. « Chapitre 4. Les noms d’âge en tant que prédicats sortaux ». In Des noms d’âge aux noms de phase. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2016. doi:10.4000/books.septentrion.106948.
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