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    Plan détaillé Texte intégral Militarisation et résistance : le rapport ambivalent des maquis au modèle de l’armée régulière Les maquisards vus par la France libre : civils en armes ou armée nationale ? Parachutés au maquis : une acculturation à l’armée des ombres ? Conclusion Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Militaires en résistances en France et en Europe

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Militaires en résistance et maquisards de France : les identités combattantes à l’épreuve de la Seconde Guerre mondiale

    Raphaële Balu

    p. 133-150

    Résumé

    Les relations entre militaires en résistance et maquisards de France pendant la Seconde Guerre mondiale interrogent leurs identités combattantes respectives. De part et d’autre en effet existait un fort esprit de corps qui alimenta des préjugés réciproques. Les maquisards, civils en armes, se rattachaient à la tradition des citoyens-soldats tandis que les militaires en résistance pouvaient leur reprocher leur amateurisme. Pourtant, les maquis passèrent par une militarisation, certes adaptée à la clandestinité, mais nécessaire à leur survie et à leur efficacité. Dans ce processus, ils purent être amenés à travailler avec des militaires et à les reconnaître comme leurs chefs. Le cas des agents et des soldats parachutés par Londres et Alger pour combattre aux côtés des maquis révèle par ailleurs la possibilité d’une acculturation, née dans l’expérience commune de la résistance, et donc une perméabilité de ces identités.

    Texte intégral Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    « Un officier, venu d’Afrique du Nord, s’étonne que mes “bougres de maquisards”, comme il les appelle, s’expriment dans une langue dont le sens lui échappe, son oreille étant rebelle “au parler des images” […]1 »

    1Dans les Feuillets d’Hypnos, le poète et chef de maquis René Char évoquait la manière dont les maquis français, durant la Seconde Guerre mondiale, avaient interrogé à la fois l’éthique et les pratiques militaires, opposant les identités de civils en armes et celles de militaires en résistance. Nés au tournant de 1942 et de 1943, les maquis avaient en effet été d’abord constitués de jeunes gens refusant la conscription des travailleurs français pour l’Allemagne nazie : au début de 1943, plusieurs dizaines de milliers de réfractaires, entrés dans l’illégalité, avaient gagné les bois et les montagnes pour échapper aux autorités de Vichy2 ; ils rejoignaient de petits noyaux de résistants et d’illégaux dispersés en milieu rural3. Ces nouveaux effectifs obligeaient à penser une organisation pour les maquis ; leur militarisation fut donc un processus progressivement impulsé par leurs chefs et les organisations de résistance4, parfois avec l’aide des officiers de l’armée régulière qui avaient rejoint l’armée des ombres. Sur les 11 000 officiers présents en France en novembre 1942, 4 000 étaient entrés dans la résistance intérieure, dont 1 500 dans l’Organisation de Résistance de l’Armée (ORA), tandis que 1 500 autres avaient rejoint l’Afrique du Nord5.

    2De son côté, la France libre chapeautait en théorie les organisations de résistance intérieure et la lutte armée, maquisarde ou non. Devenue en juillet 1942 France combattante, elle prit successivement la forme institutionnelle du Comité Français de Libération Nationale (CFLN) à partir de juin 1943 puis, un an plus tard, du Gouvernement Provisoire de la République Française (GPRF) – même si l’usage permet de continuer à recourir au terme de « France libre6 ». À partir du début de l’année 1944, les instances du CFLN se préoccupèrent de généraliser une coopération déjà amorcée entre les forces armées issues des résistances intérieures et extérieures : il s’agissait désormais de placer l’ensemble des résistances armées, maquis inclus, sous commandement des états-majors de Londres et d’Alger7. Cette officialisation passa par l’intégration des résistants de l’intérieur à l’état-major des Forces Françaises de l’Intérieur (EM-FFI), commandé depuis Londres par le général Kœnig et intégré à la chaîne de commandement alliée8.

    3Mais, même pour le CFLN, déterminer le statut militaire des combattants de l’ombre n’alla pas de soi. Le processus occupa les services algérois et londoniens plusieurs mois durant et souleva un certain nombre de questions, comme en témoigne une note anonyme issue des archives du Bureau Central de Renseignements et d’Action de la France libre (BCRA) :

    « Les combattants de la Résistance ne sont pas des soldats “réguliers”. Le combat qu’ils mènent, leur conception de la discipline (réelle et solide en général mais sans formalisme), leur phobie de tout ce qui rappelle la caserne et les formes périmées de la vie militaire, tout contribue à en faire des irréguliers, des supplétifs. Seuls les goums marocains donnent une manière approximative de leur manière d’être. Seuls les combattants de Jemappes leur sont dans le passé comparables. Leur mot d’ordre pourrait être “la liberté ou la mort” si l’on ne craignait en 1944 la grandiloquence. À ces supplétifs qui sont des soldats et pas des militaires, c’est un statut de supplétif qu’il faut donner9. »

    4On ne saurait mieux exprimer les préjugés que la résistance armée pouvait susciter dans les milieux militaires, y compris parmi ceux qui avaient rejoint la France libre et partageaient avec les résistants de l’intérieur l’objectif immédiat de la libération du territoire national. Du côté de la résistance armée, les préventions à l’égard de l’armée régulière n’étaient pas moindres. À l’été 1944, le COMAC (Comité d’Action militaire), issu de la résistance intérieure et dominé alors par les communistes10, résumait en ces termes les soupçons qui pesaient sur l’armée régulière au sein de bien des organisations de la résistance intérieure :

    « Le principal obstacle au développement des FFI a été l’absence de moyens. Notre pays livré à l’envahisseur par la trahison de 1940 avait pourtant manifesté sa volonté de résister. Cette Résistance rend impardonnable l’attitude de certains chefs de l’armée d’Armistice qui, en particulier au moment de l’entrée des Allemands en zone Sud, ont préféré laisser tomber entre les mains de l’ennemi d’importants stocks d’armes et de matériel, plutôt que de les donner aux Combattants français11. »

    5Inscrite dans la période tardive de la Libération, cette déclaration reflétait certes le poids croissant des enjeux politiques qui divisaient des résistances porteuses de projets différents pour la France libérée. Mais elle exprimait aussi des reproches qui avaient été formulés tout au long de la guerre par une partie des résistants de l’intérieur : l’armée française était responsable de la défaite en 1940 ; elle avait trahi, d’abord en acceptant l’armistice puis, en 1942, lorsque l’occupation avait été étendue à la zone Sud et que les officiers français avaient remis à l’occupant une grande partie des stocks d’armes constitués dans cette zone jusque-là considérée comme libre. Si cette dernière accusation était justifiée, elle servait aussi les projets politiques des organisations de résistance communistes pour la France libérée, en discréditant les institutions d’hier et en oubliant opportunément les résistants issus de l’armée régulière12.

    6À bien des égards, les citoyens soldats de l’armée des ombres entendaient se distinguer des militaires en résistance13, englobant souvent dans un même préjugé ceux qui avaient rejoint la résistance intérieure et ceux qui avaient rejoint les Forces Françaises Libres. Cette fracture des identités résistantes, mais aussi la tension qui existait entre le modèle militaire fourni par l’armée et le rejet partiel de ce que cette institution incarnait, étaient tout particulièrement marquées au sein des maquis. Cette situation paradoxale conduit à interroger les modalités et les limites de la militarisation des maquis, ainsi que la manière dont elles se traduisirent dans la rencontre entre maquisards et militaires en résistance.

    Militarisation et résistance : le rapport ambivalent des maquis au modèle de l’armée régulière

    7Les maquisards et leurs chefs entretenaient un rapport ambivalent au modèle que leur fournissait l’armée. Soucieux de gagner en discipline et en efficacité, ils s’inspiraient fréquemment de ses pratiques, tout en revendiquant une identité différente, voire opposée à celle des forces armées régulières.

    La nécessaire militarisation des maquis

    8Si certains chefs de maquis étaient des militaires en résistance, tous ne partageaient pas cette condition ; surtout, l’appartenance militaire et/ou institutionnelle du chef ne présageait pas de celle de ses maquisards, qui, eux, étaient avant tout des civils en armes. Mais la référence au modèle de l’armée régulière s’imposa à tous les maquis pour assurer autant leur sécurité que l’efficacité de leur action – et ce, quelle que soit leur appartenance organisationnelle14. Ils en vinrent donc progressivement à une forme de militarisation inspirée de l’armée régulière. Celle-ci put passer par l’aide d’officiers ou d’élèves officiers entrés en résistance, même dans des maquis n’étant pas rattachés à l’ORA – cette dernière, partisane d’une action déclenchée au Jour-J, ayant pris en charge très peu de maquis avant le débarquement15. Malgré des exceptions notables comme celle du corps franc Pommiès dans le Sud-Ouest de la France, les officiers qui offrirent leur aide aux maquisards, voire prirent leur commandement, le firent donc à titre individuel, ou pour le compte d’autres organisations de résistance. En Normandie par exemple, des élèves-officiers avaient pris en charge l’entraînement du maquis Surcouf, à la demande de son chef Robert Leblanc. Tenant un modeste café-épicerie à Saint-Étienne-l’Allier, entré en résistance au plus tard en 1941, Robert Leblanc n’appartenait à aucune organisation clandestine lorsqu’il avait décidé de commander des maquisards de l’Eure. L’aide que lui apportèrent les Saint-Cyriens donna lieu à ce commentaire d’un maquisard à ses camarades, à la fin de 1943 :

    « Oh ! moi au début, ça ne me plaisait pas d’y aller ; maintenant je vois que les Saint-Cyriens ne sont pas des Messieurs comme vous dites. Ce sont des types comme nous, mon vieux, des gonflés ! D’ailleurs, vous le verrez vous-même, puisque Robert vous enverra tous […] pendant une semaine, pour l’instruction16… »

    9Tout était dit dans cette courte citation, qui soulignait volontiers l’opposition entre une identité maquisarde, plutôt populaire et fondée sur la transgression et celle d’officiers entrés en résistance, issus d’un milieu social tout différent et soupçonnés de ne pas pouvoir adopter les usages de la clandestinité. Ces distinctions initiales s’estompaient cependant au fil de la lutte partagée.

    Mais une militarisation adaptée à la clandestinité : les hiérarchies refondées ?

    10La construction du lien d’autorité au maquis était révélatrice d’une adaptation du modèle militaire, et ce à tous les degrés de la hiérarchie. Robert Leblanc rapportait ainsi dans une lettre datée de janvier 1944 s’être rendu à Paris pour rencontrer les chefs d’une organisation de résistance susceptibles de lui fournir des armes. Il concluait, après avoir comparé ses maquisards aux chefs qu’il avait rencontrés :

    « […] Mais ces types que j’ai vus dans de vastes fauteuils, fumant le cigare… ces grands caïds de la Résistance savent-ils seulement ce qu’est un maquis, eux qui prennent le métro ou marchent sur le macadam savent-ils qu’au Maquis il y a de l’eau, de la boue, et les boches autour17 ? »

    11De cette critique habituelle des chefs trop éloignés du terrain, il ressort aussi qu’au maquis, les galons et l’acceptation de la hiérarchie étaient d’abord conférés par le partage des risques et des conditions de la vie clandestine. Dans le cas de la Première Guerre mondiale, Emmanuel de Saint-Fuscien a démontré que les dangers partagés du front avaient entraîné une redéfinition du lien d’autorité entre les soldats et « les officiers de contact qui encadrent les hommes18 ». Ce phénomène joua d’autant plus au sein des maquis que, pour les maquisards comme pour leurs chefs, il existait des temps de repos, mais pas « d’arrière » véritable : la traque était continue. Si le lien d’autorité et la discipline persistaient, ils étaient adaptés à la clandestinité. Jean-Pierre Chabrol, un maquisard qui avait rejoint un maquis communiste des Cévennes au printemps 1944, se souvenait ainsi « [qu’]il n’y avait pas de démocratie. On obéissait aux ordres. L’égalité, oui. Tout le monde avait les mêmes droits. Le chef du camp n’avait pas un grain de tabac de plus que les autres19 ». Une fois bien accepté, le chef de maquis pouvait en revanche instaurer des pratiques qui s’apparentaient à celles de l’armée, par exemple en instaurant des levers aux couleurs ou encore des corvées20. Un ouvrage sur les Ardennes cite ainsi le témoignage d’un maquisard âgé de 18 ans au moment des faits :

    « Ce 14 juillet 1944 au matin, nous recevons l’ordre de rassemblement de tous les hommes en arme. Nous nous retrouvons au pied d’un grand mât installé au centre du dispositif. Le commandant nous fait face […].
    Tout doucement, très lentement, dans un profond silence monte notre drapeau.
    Je vois, nous voyons, car tous les yeux suivent avec émotion, monter les couleurs françaises. J’ai 18 ans et je pleure pour la première fois depuis mon arrivée. Je n’ai pas honte de mes larmes, pas honte du tout. Je suis surpris […].
    Les anciens m’observent, me dévisagent. Je m’aperçois alors que je n’ai pas été le seul à pleurer. Quelle cérémonie émouvante21 ! »

    12Ces pratiques contribuaient à créer un esprit de corps et donc à l’efficacité des maquis, comme le résumait un soldat britannique au parcours singulier : le lieutenant Wakelin était un prisonnier de la campagne de 1940 évadé, qui était parvenu à gagner la Suisse, où il avait pris contact avec les autorités britanniques. Celles-ci l’avaient envoyé en Savoie pour y contribuer à l’entraînement des maquisards ; il n’avait donc bénéficié d’aucune préparation particulière à la clandestinité. Arrivé, de son propre aveu, trop tard pour accomplir sa tâche, il avait rejoint les envoyés de la mission interalliée Union, parachutée pour assurer la liaison entre les états-majors et les maquis savoyards22. Wakelin avait observé plusieurs maquis, principalement dans la vallée de la Maurienne, entre mai et septembre 1944. Tous les maquis, à cette date, étaient en théorie rattachés à l’EMFFI ; le lieutenant britannique distinguait cependant, comme souvent, les maquis communistes appartenant aux Francs-Tireurs et Partisans des maquis FFI et concluait en septembre 1944 : « La discipline des maquis est améliorée par l’uniforme : quelques groupes sont désormais vêtus de la même manière […]23 ». Le développement de pratiques militaires au sein des maquis était donc progressif, mais réel ; il n’impliquait pas la transformation des maquisards en soldats réguliers : ni leur encadrement, qui était insuffisant, ni les conditions de leur combat, ni enfin la stratification de leur identité ne permettaient de les assimiler à une armée régulière. La difficulté des cercles militaires de la France libre à penser l’intégration des résistants de l’intérieur – et parmi eux des maquisards – à une chaîne de commandement traditionnelle reflétait cette complexité.

    Les maquisards vus par la France libre : civils en armes ou armée nationale ?

    13Du côté des officiers de la France libre en effet, la perception des maquisards était tout aussi ambivalente. Pour l’État en quête de reconnaissance qu’incarnèrent le CFLN puis le GPRF, le commandement de la résistance armée intérieure représentait une nécessité militaire et politique ; pour autant, le statut de ses combattants demeura toujours débattu.

    Une reconnaissance nécessaire à tous égards

    14En juillet 1944, un responsable britannique résumait en ces termes sa dernière entrevue avec le général Kœnig :

    « Il me fit d’abord une longue dissertation sur sa détermination à fondre les maquis et la résistance en général en une armée véritable [proper army]. Il insista particulièrement sur cette nécessité, car seul le sentiment d’appartenance à quelque organisme commun pourrait surmonter les divergences de race, principe, foi, conviction politique, etc. qui tendaient à présent à compromettre l’action de ses forces, qui incluaient des membres de la droite, des communistes, des francs-maçons, des socialistes, juifs et bien d’autres de toutes qualités. Il dit qu’il était absolument nécessaire d’introduire une discipline militaire ainsi que de véritables chaînes de commandement ; l’un des points communs entre ces divers éléments était leur appartenance (membership) à l’Armée de l’Intérieur24 ».

    15L’insistance de Kœnig révélait que l’intégration militaire de la résistance intérieure recouvrit tout au long de la guerre des enjeux fondamentaux pour les Français libres. Elle répondait au projet gaullien de libération de la France par elle-même. Elle permettait aussi de conférer aux résistants le statut de soldats réguliers de l’alliance, qui leur offrait en théorie la protection du droit international de la guerre – un statut qui, en pratique, ne fut jamais accepté par Vichy et par l’occupant. Elle assurait une forme de contrôle français libre sur la résistance armée. Elle réaffirmait, enfin, la légitimité des institutions nées de la France libre : faire reconnaître les FFI comme des soldats réguliers intégrés à une chaîne de commandement était supposé favoriser, à terme, la reconnaissance du Gouvernement provisoire de la République française (GPRF) comme État légitime, du moins par ses Alliés. Le 9 juin 1944, une ordonnance du GPRF avait officiellement défini le statut des FFI, combattants français de l’alliance25. La mesure ne mit cependant pas fin à tous les débats : la qualité militaire des FFI souleva des objections tout au long de la période chez bien des officiers de carrière.

    Controverses autour du statut des FFI : l’exemple des grades

    16Ces hésitations sur le statut des FFI s’exprimèrent entre autres dans la réflexion sur les grades qu’il convenait d’accorder à leurs chefs. Une note du BCRA, revenait sur les grades accordés dans la région militaire R5 – région qui s’étendait sur le Limousin et un peu au-delà :

    « Sont conférés à titre fictif les grades suivants à ceux qui ne sont pas titulaires d’un grade au moins égal :
         Chef militaire : colonel
         Chef départemental : commandant
         Chef 2 000 hommes et au-dessus : lieutenant-colonel
         Chef mille hommes : commandant
         Chef trois cents hommes : capitaine
         Chef centaine : lieutenant
         Chef trentaine : sous-lieutenant ou aspirant
         Ceux à qui sont conférés ces grades sont autorisés à en porter les insignes.
         Ces grades seront reconnus par les troupes françaises et alliées
    Le fait de porter les insignes ou le titre équivaut à acceptation de la hiérarchie et de la discipline militaire.
    Le délégué militaire en R5 est nommé commandant à titre fictif26. »

    17Le ton était donné : les grades, fictifs, devaient assurer le contrôle sur les chefs FFI. La consigne ne se limitait pas à la seule région R5 puisque le service de renseignements américain (l’OSS) notait au 14 juin 1944 que le général Kœnig avait étendu cette mesure à l’ensemble des FFI. Dans cette consigne, les officiers réguliers en résistance titulaires d’un grade supérieur à celui que leur valait leur action clandestine conservaient leur rang antérieur27. Mais les officiers de carrière entrés en résistance ne purent pas toujours faire valoir leurs grades au sein des FFI, en particulier quand ils étaient tard-venus au maquis : dans la hiérarchie FFI comme dans l’ensemble de la résistance, l’antériorité de l’engagement l’emportait sur la qualité de militaire et le grade qui l’accompagnait28. Dans les maquis de la région de Cluny par exemple, un capitaine des FFI rapporta dans ses mémoires de guerre, à la date du 17 août 1944 :

    « Nous nous montrons extrêmement sévères pour les officiers de réserve et d’active qui auraient dû, selon les ordres donnés, rejoindre beaucoup plus tôt. Tous les postes importants ont été naturellement pris par ceux qui sont arrivés les premiers.
    Il est amusant de voir sursauter un colonel à qui l’on déclare froidement que l’on peut lui offrir, et encore parce qu’il s’agit d’un officier supérieur, le commandement d’un groupe de combat :
    “Mais vous me donnez un poste de sous-officier ? Vous vous moquez de moi”.
    L’esprit maquisard n’habite pas cette cervelle galonnée [et], sèchement, on fait comprendre au colonel qu’une place de sergent au Maquis vaut bien celle d’un officier sans emploi […]29 »

    18Il ne s’agissait pourtant ni d’un maquis réfractaire à la discipline militaire ni d’un maquis hostile à l’institution : commandé par un officier réserviste de l’armée de l’air, ancien pilote de chasse, le commandant Laurent Bazot, ce maquis rejoignit par la suite l’armée française débarquée, au sein de laquelle il forma le « 4e commando de choc ». Il y avait bien cependant concurrence des légitimités entre résistants venus de la vie civile et résistants issus de l’armée. Face à cette concurrence, le CFLN puis le GPRF restèrent fermes dans leur volonté de conserver sa préséance à l’institution militaire. Au sein de l’alliance, et même entre résistants français, ce fossé entre identités combattantes régulières et irrégulières fut en partie franchi, dès avant les débarquements de Normandie et de Provence, par les envoyés de Londres et d’Alger auprès des maquis.

    Parachutés au maquis : une acculturation à l’armée des ombres ?

    19La coopération entre résistances extérieures et intérieures françaises s’apparenta donc parfois à un face-à-face entre des exilés garants de l’institution militaire et des civils en armes garants d’un renouveau citoyen – une thématique souvent mise en avant par la résistance communiste, mais qui n’était pas, loin s’en faut, portée par elle seule. Au sein des maquis, la construction des identités combattantes put s’appuyer sur cette fracture initiale entre militaires et civils en résistance, fracture qui se réduisit dans l’épreuve commune de la clandestinité pour aboutir à une forme d’acculturation réciproque. L’étude comparée des civils et des militaires parachutés par les Alliés et la France libre auprès des maquis permet d’interroger l’étendue de ce processus.

    Des agents plutôt que des soldats ?

    20Les Alliés britanniques et américains comme la France libre parachutèrent en effet, dès le début de leurs guerres respectives, des agents et des soldats en France occupée pour établir des liens avec la résistance. Ces envoyés agissaient donc derrière les lignes ennemies aux côtés des résistants puis des FFI. Ils pouvaient tous être amenés à travailler avec les maquis et relevaient pour la majorité d’entre eux de trois services de renseignement créés pendant la guerre afin d’établir des liens avec les résistances intérieures, de les aider dans leurs combats et de les intégrer à des stratégies d’ensemble : le Special Operations Executive britannique (SOE) et le BCRA français, créés en 1940, ainsi que l’Office of Strategic Services américain (OSS), né en 1942. 1 500 à 1 800 agents de ces trois services furent parachutés en civil entre 1940 et 1944, dont certains avaient pour ordre de mission explicite de rejoindre les maquis. 300 Jedburghs30, mandatés eux aussi par le SOE, le BCRA et l’OSS, furent également parachutés en uniformes à partir du débarquement de Normandie. Les groupes opérationnels américains (OG’s), qui comptèrent 100 à 200 hommes en France, furent quant à eux parachutés en uniforme, par l’OSS, en groupes de quinze à trente hommes, à partir du débarquement31. Enfin, les 1 300 hommes du Special Air Service britannique (SAS), corps d’élite de la Royal Air Force qui comprenait aussi des unités françaises et belges, constituaient une catégorie à part parmi ces envoyés : ils portaient l’uniforme au moment de leur parachutage et ils étaient mandatés par l’armée. Pour tous, et surtout pour les SAS, la clandestinité impliquait une transgression de leur formation militaire ; leur adaptation aux combats de l’ombre interroge donc la manière dont l’expérience de la clandestinité put influer sur les identités combattantes. Exista-t-il une ligne de partage entre, d’une part, des agents qui auraient été susceptibles de mieux s’adapter à la guerre irrégulière pour travailler avec les maquis, parce qu’issus de la vie civile et, d’autre part, des troupes régulières aéroportées qui se seraient montrées plus dubitatives à l’égard des maquisards ?

    21Ce facteur d’explication semble insuffisant, car la distinction entre civil et militaire était brouillée dans les quatre premières catégories de parachutés. Le SOE, le BCRA et l’OSS ne dépendaient pas, initialement, des armées régulières ; perçus par les services du renseignement militaire comme des concurrents, ils étaient souvent brocardés pour leur amateurisme. Mais ils avaient un fonctionnement et une hiérarchie militaires. En outre, ils comptaient dans leurs rangs comme dans leurs états-majors de nombreux officiers de carrière. Ils furent intégrés au début de 1944 à la chaîne de commandement interalliée. Enfin, une fois derrière les lignes ennemies, tous les envoyés – agents comme SAS – connurent des évolutions similaires de leurs pratiques combattantes, vraisemblablement nées d’une forme d’accoutumance à la clandestinité.

    Parachutés au maquis : d’un premier contact rugueux à la communauté d’armes

    22Pour être acceptés par les maquisards, les parachutés devaient d’abord et surtout être acceptés par leurs chefs. Leur atout maître était de disposer de contacts avec Londres ou Alger et d’être en mesure de faire parachuter des armes. Mais il leur fallait aussi surmonter des préjugés réciproques qui n’étaient pas différents de ceux qui régissaient les rapports entre armée régulière et résistance armée. Dès 1943 par exemple, les parachutés – qu’ils fussent agents ou soldats – se montraient souvent déçus à leur arrivée non seulement par la faiblesse des moyens dont disposaient les maquis, mais aussi par leur manque de discipline et d’organisation. L’agent français Jean Rosenthal, mobilisé comme lieutenant de réserve en 1939, travaillait avant-guerre dans le négoce de pierres précieuses ; il avait rejoint le BCRA londonien en 1943. À l’issue de sa première mission auprès des maquis de Haute-Savoie à l’automne 1943, il craignait que sa mission ne soit pas renouvelée, probablement parce que les maquis n’avaient pas été à la hauteur de ses espérances32. Il perçut son second parachutage comme un arrachement, se plaignant de recevoir trop peu de messages de ses anciens camarades de Londres et demandant même un congé33. Mais, après quatre mois passés dans la clandestinité, il envoyait ce message :

    « Je n’ai pas cessé de travailler à la question des maquis et chacun en France peut en témoigner. Non content de vivre comme mon compagnon en sédentaire dans un PC départemental, je vis tantôt dans les camps, tantôt en ville auprès des chefs AS, tantôt auprès des chefs de secteurs dans chacun de mes départements. Là, je puis me rendre compte des besoins de mes gars, de leur esprit, de l’évolution de leur moral34. »

    23Aucun entraînement n’avait pu préparer les parachutés aux réalités de guerre clandestine. Bien des éléments témoignent que l’immersion brutale dans la clandestinité représentait un choc pour les nouveaux arrivants ; les agents, qui laissaient derrière eux leurs compagnons d’armes du Royaume-Uni ou d’Afrique du Nord, ressentaient plus durement cette rupture que les SAS ou les OG’s, parachutés, quant à eux, en groupe35. Les différences entre les cultures militaires amplifiaient ce choc : la résistance correspondait rarement aux représentations que des soldats et agents entraînés s’en étaient faites. Comme Rosenthal, tous les parachutés montrèrent d’abord des réserves, parfois importantes, à l’égard des maquis – réserves également représentées chez les agents, chez les FFL et chez les officiers de carrière. Mais ceux qui avaient été envoyés tardivement en 1944 disposèrent de moins de temps pour s’adapter et revenir sur leur déception initiale – comme le montre le cas du sous-lieutenant Jean-Louis Dallet parachuté par les services spéciaux le 1er septembre 1944 seulement, à Ossun, entre Tarbes et Lourdes. « Concernant les cadres FFI, un changement est impératif, car beaucoup d’entre eux sont bien trop jeunes et inexpérimentés. Certains officiers sont incapables de mener leurs hommes au combat36 », affirma-t-il ainsi dans son rapport, un mois et demi seulement après son arrivée. D’autres se montraient plus durs encore ; le capitaine SAS Riding livra ainsi un rapport ambigu, très critique à l’égard des maquis et de leurs méthodes d’approvisionnement, mais révélant, en creux, que les SAS en bénéficièrent aussi :

    « Notre expérience avec les maquis ne fut pas aussi heureuse. Dans l’ensemble ils étaient à peine meilleurs que des gangs de terroristes et de brigands. Leur plus grand désir se révéla d’obtenir des armes pour rançonner les fermiers locaux (ou toute personne contre laquelle ils avaient une dent). Ils persistèrent dans leur envie de camper auprès de nous, ce qui nous obligea en réalité à lever le camp très souvent. Ils n’avaient ni discipline ni organisation et s’effondraient quand ils étaient attaqués. Nous les escortâmes dans plusieurs de leurs missions, l’une d’entre elles nous rapportant 7 000 cigarettes boches et une grande quantité de sucre. En une autre occasion nous obtînmes suffisamment de beurre et de fromage pour tenir jusqu’à la fin de la guerre. En toutes occasions ces missions s’apparentaient à un cirque sous le feu des projecteurs, aussi bruyant qu’il était possible37 ».

    24Rien n’indiquait qu’il se fût agi d’un faux maquis, prétextant d’une activité résistante pour camoufler son brigandage, ou même d’un maquis noir, alliant résistance et rançonnement de la population38 : les réquisitions des maquis étaient courantes et souvent dirigées contre des présumés collaborateurs. De toute évidence, le temps passé dans la clandestinité rendait ces méthodes plus acceptables, puisque Riding en vint à accompagner les maquisards dans ces « missions ». Il permit à la plupart de surmonter le clivage initial entre parachutés et maquisards, comme en témoigne de rapport de l’opération SAS Bulbasket, parachutée en France au 12 juin 1944 pour deux mois :

    « Les maquis nous furent de la plus grande aide possible à tous égards. Ils m’ont fourni des transports, des rations (viande, pain, sucre et une fois du café), des guides, des informations, de la main-d’œuvre sur les zones de parachutage et même des bottes. Ils doivent être traités sans réserve comme des amis et des alliés et la plus grande confiance peut être placée en eux. Toute erreur qu’ils pourraient faire vient de leur enthousiasme et de leur volonté d’aider. Leur organisation fut à ses débuts confuse mais elle est maintenant bien clarifiée39. »

    Parachutés au maquis : la clandestinité partagée

    25Cette expérience commune déboucha sur une acculturation réciproque – les parachutés contribuant à l’entraînement militaire des maquis, au contact desquels leurs propres pratiques changeaient. Ce processus fut longtemps occulté par les terribles massacres de maquisards, qui marquèrent durablement les mémoires comme l’historiographie. Qu’il s’agît des Glières, du Vercors, du Mont Mouchet, ou encore du maquis breton de Saint-Marcel, le sort tragique des maquis de regroupement invita plusieurs décennies durant à chercher des coupables du côté des états-majors qui avaient validé ces plans, occultant dès lors la coopération entre réguliers et irréguliers. Pourtant, sur le terrain, parachutés et maquisards affrontèrent ensemble ces épreuves, encourant les mêmes risques : agents et soldats entrés en clandestinité avaient fait leurs preuves sur le terrain. Chemin faisant, ils avaient adopté les usages de l’armée des ombres. Le capitaine Leblond, officier français des SAS parachuté en Bretagne dans la nuit du 9 au 10 juin, affirmait par exemple à l’issue de sa mission, dans des recommandations à ses pairs : « Ne pas hésiter à se changer pour des vêtements civils pour réaliser une mission si cela offre des avantages. Si vous êtes capturé, vous êtes abattu quel que soit votre habillement40 » ; l’abandon de l’uniforme, même temporaire, revêtant une forte valeur symbolique, on peut supposer que c’est le temps passé dans la résistance qui amena Leblond à passer du côté des irréguliers. C’est aussi ce que suggère, dans ses mémoires, l’agente du SOE Anne-Marie Walters, parachutée au début de l’année 1944 dans le Gers où elle travailla auprès des maquis. Elle décrit dans ses mémoires l’adaptation à la clandestinité de deux pilotes alliés recueillis par les maquisards. Le Néo-Zélandais Leslie Brown, adulé par les maquisards, reporta son passage de la frontière espagnole pour rester à leurs côtés. Quant à l’aviateur américain Lee Davis, Walters jugea d’abord durement sa méconnaissance de la résistance, mais résuma son séjour au maquis en ces termes : « Et c’est ainsi que Lee Davis vint en France et apprit à penser par lui-même »41.

    Conclusion

    26Facilité peut-être chez les agents arrivés de la vie civile, le processus d’acculturation se retrouvait donc chez les soldats, qu’il s’agît de SAS, d’agents issus de l’armée ou encore de pilotes de passage dans les maquis. Pique mise à part, le témoignage d’Anne-Marie Walters montre qu’il avait été possible de dépasser le clivage entre réguliers et irréguliers. Cela passait d’abord par une expérience partagée de la clandestinité – expérience qui se fondait aussi sur l’intérêt réciproque et le développement d’une haine commune de l’ennemi dont tous, derrière les lignes, enduraient les représailles contraires au droit de la guerre. Certains SAS l’exprimaient en des termes que les maquisards n’auraient pas reniés :

    « [Ceux de] la Milice ou Militia étaient de vrais “bâtards”. Hypnotisés par le Boche au commencement de la guerre, ils l’avaient rejoint et ils étaient entraînés, disciplinés, armés et contaminés par la terreur boche. Leur position est maintenant fort peu enviable, en ce qu’ils sont des traîtres à leur patrie et qu’ils le savent aussi bien que les maquisards. La Milice ne reculera devant rien42. »

    27Il est possible que ce processus ait été facilité pour les envoyés français. Car ces derniers étaient désireux de combattre sur le sol national et avec des compatriotes, ce qui les disposait davantage à accepter les usages de la clandestinité. Les unités de SAS français étaient par ailleurs souvent constituées, notait le colonel Eon pour la Bretagne43, d’officiers de réserve et non d’active, ce qui favorisa peut-être cette adaptation. Quoi qu’il en soit, leur évolution témoigne de ce que la fracture entre réguliers et irréguliers n’était pas irréductible, et tenait en premier lieu à leurs expériences opposées du combat ainsi qu’à des préjugés réciproques qu’une épreuve commune du feu et de la répression pouvait faire oublier.

    Bibliographie

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    Format

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    Notes de bas de page

    1 René Char, Feuillets d’Hypnos, 1943-1944 [n° 61], Paris, Gallimard, « Poésie », 1967 (1re éd. 1946).

    2 Sur le STO et les réfractaires, voir Raphaël Spina, La France et les Français devant le Service du Travail Obligatoire (1942-1945), thèse de l’ENS de Cachan dirigée par O. Wieviorka, 2012.

    3 Harry R. Kedward, « STO et maquis » « STO et maquis », dans Jean-Pierre Azéma et François Bédarida (dir.), La France des années noires, vol. 2 : De L’Occupation à la Libération, Paris, Seuil, coll. « Points », 2000 (1re éd. : 1993), p 309-332. Olivier Wieviorka, Histoire de la Résistance, 1940-1945, Paris, Perrin, 2013, p. 213-214.

    4 Sur cette militarisation progressive, je me permets de renvoyer à Raphaële Balu, « Les maquisards de France pendant la Seconde Guerre mondiale, combattants irréguliers ou armée de la nation ? », 20 & 21, revue d’histoire, 2019/1, n° 141, p. 81-95.

    5 O. Wieviorka, op. cit., p. 322.

    6 Jean-Louis Crémieux-Brilhac, La France libre : de l’appel du 18 juin à la Libération, Paris, Gallimard, coll. « Folio », 2 vol., 2001 (1re éd. 1996), vol. 1, p. 43-44.

    7 Jean-François Muracciole, « La France libre et la lutte armée », dans François Marcot (dir.), Lutte armée et maquis, colloque international de Besançon, Paris, Les Belles Lettres, 1996, p. 159-169.

    8 Sur ce processus, voir J.-L. Crémieux-Brilhac, op. cit., vol. 2, p. 1258 et suiv.

    9 Archives Nationales, Pierrefitte-sur-Seine (désormais AN), 3AG2 457, remarques sur le projet de statut des FFI [non signé, non daté].

    10 François Marcot, « Comité d’Action militaire », dans F. Marcot (dir.), op. cit., p. 175-176.

    11 AN, 72 AJ 624, Mémoire sur le commandement des Forces Françaises de l’Intérieur [document postérieur au 14 juin 1944].

    12 O. Wieviorka, op. cit., p. 195-200 et p. 322.

    13 Claire Miot, Sortir l’armée des ombres. Soldats de l’Empire, combattants de la Libération, armée de la Nation : la Première armée française, du débarquement en Provence à la capitulation allemande (1944-1945), thèse de doctorat de l’ENS Cachan dirigée par Olivier Wieviorka, 2016, 2 vol., notamment p. 256 et suiv. et 366 et suiv.

    14 Sébastien Albertelli, Histoire du sabotage. De la CGT à la Résistance, Paris, Perrin, 2016, 504 p. URL : https://www-cairn-info.janus.biu.sorbonne.fr/histoire-du-sabotage--9782262067823.htm [consulté le 03/02/2018], chapitre 15, parag. 10 de la version électronique.

    15 Georges Roidot, « Les maquis de l’Organisation de Résistance de l’Armée », dans Colloque sur les maquis, 22 et 23 novembre 1984, Paris, Institut d’histoire des conflits contemporains, 1986, p. 99-113.

    16 Simone Sauteur, Au cœur du Vièvre avec le maquis Surcouf. Le journal de Simone Sauteur, secrétaire de Robert Leblanc, Société Historique de Lisieux, 2016, p. 108.

    17 Ibid., p. 127-128.

    18 Emmanuel Saint-Fuscien, « Pourquoi obéit-on ? Discipline et liens hiérarchiques dans l’armée française de la Première Guerre mondiale », Genèses, 2009/2 (n° 75), p. 4-23.

    19 Harry Roderick Kedward, À la recherche du Maquis, Paris, Cerf, 1999, p. 333. Témoignage de Jean-Pierre Chabrol (Génolhac, Gard, 2 mars 1982).

    20 Yves Pérotin, La vie inimitable dans les maquis du Trièves et du Vercors en 1943 et 1944, Presses universitaires de Grenoble, 2014, p. 89.

    21 Témoignage de Michel Breton cité dans Paul Lotterie, Hargnies, un village ardennais pendant les deux guerres mondiales, Charleville-Mézières, P. Lotterie, 1981, p. 122.

    22 The National Archives, Kew Gardens (désormais TNA), WO 204/1960. Copy of a statement written by Lieut. H.M. Wakelin […] on 18 Sept. 44.

    23 Ibid.

    24 TNA, HS6/337. Interview with General Kœnig, July 1st, 1944.

    25 AN, 3AG2 457, ordonnance du 9 juin 1944 fixant le statut des Forces Françaises de l’Intérieur.

    26 AN, 3AG2 458, note manuscrite non titrée, non datée. C’est nous qui soulignons.

    27 National Archives and Records Administration, Washington DC (désormais NARA), RG 226, entry 190, box 441. Political Intelligence Bulletin n° 27, 14th June 1944 [p. 7].

    28 Laurent Douzou, « La démocratie sans le vote », in Actes de la recherche en sciences sociales vol. 140, p. 57-67.

    29 Capitaine Jacques, Maquis. Victoires avec le régiment de Cluny, Mâcon, chez l’auteur, 1944, p. 87.

    30 Le « plan Jedburgh » avait été pensé par les services de renseignements dès l’été 1942 puis affiné, notamment pour prendre en compte les maquis. Il s’agissait de parachuter derrière les lignes ennemies des groupes de 3 hommes en uniforme, parmi lesquels un opérateur radio, et dont l’un devait avoir la nationalité du pays où se déroulait la mission pour faciliter la coopération avec les résistants. Ils devaient recevoir des ordres de mission précis (sabotage, guérilla ou collecte d’informations pour les troupes régulières que l’on prévoyait de débarquer) et les mener à bien avec l’aide de la résistance locale, au sein de laquelle ils devaient recruter des hommes. Plus tard, certaines équipes partirent pour des régions de maquis avec l’ordre de travailler avec les maquisards. Au sein du SOE, les Jedburgh disposaient de leur propre section. Voir William Irwin, Les Jedburghs. L’histoire secrète des forces spéciales alliées en 1944, Paris, Perrin, 2008 et NARA, RG 226, entry 190, box 356. G.H.Q. Exercise “Spartan”. Final Reports. 18 Mar. 1943.

    31 Les « OG’s », parachutés en uniforme mais mandatés par l’OSS, se trouvaient donc à mi-chemin entre l’armée et le service de renseignement américain. Leurs missions, similaires à celles des Jedburghs, avaient pour objectif de porter assistance à la résistance ; mais, plus nombreux que les « jeds », ils pouvaient soit agir seuls soit avec l’aide des résistants et ils n’assumaient pas de mission de liaison entre la résistance intérieure et leur service. Il était prévu de les parachuter à partir des 3 jours précédant le débarquement et ensuite, tout au long de l’été voire de l’automne 1944. Voir S. Albertelli, op. cit., chap. 16, Olivier Wieviorka, Une histoire de la résistance en Europe occidentale, 1940-1945, Paris, Perrin, 2017, p. 294. Pour le détail du plan jedburgh voir NARA, RG 226, entry 190, box 329. From Lt-General Bedell Smith to General Wilson. Supreme Headquarters, Allied Expeditionary Forces. Subject: Role of resistance groups in the South of France. 21st May, 1944 et Hoover Institution (Stanford, Californie), papiers Paul Van der Stricht, document non daté et non signé intitulé « Striking behind the enemy or Resistance support for Overlord », p. 27.

    32 Richard Heslop, Xavier, The Famous British Agent’s Dramatic Account of his work in the French Resistance, London, Rupert Hart-Davis, 1970, p. 154.

    33 AN, 3AG2 460, télégramme non daté arrivé le 9 février 1944.

    34 Ibid., télégramme du 2 février 1944.

    35 Voir sur ce point AN, 3AG2/460, dossier 19, pièce 19. Cantinier au Commandant Manuel, BCRA, arrivé le 9 février 1944 [télégramme].

    36 NARA, RG 226, entry 190, box 128, folder 687. Op. Segur, S/Lt Jean-Louis Dallet [Translation]. Avignon, 17 October 1944.

    37 NARA, RG 226, entry 190, box 328. Folder 7. Report on Operation “Gain” by Capt. C. L. Riding.

    38 Sur cette distinction, voir Fabrice Grenard, Maquis noirs et faux maquis, Paris, Vendémiaire, 2011.

    39 NARA, RG 226, entry 190, box 328. Folder 7. Reports on operation Bulbasket. Duration of Operation 12/6/44 – 8/8/44.

    40 NARA, RG 226, entry 190, box 328. Folder 7. Report on Operations of 4 French Para Bn and on the Present Situation in Britanny by Capitaine Leblond.

    41 Anne-Marie Walters, Parachutée au clair de Lune. Une Anglaise dans la Résistance française, Marseille, Gaussen, 2012, p. 100-101.

    42 NARA, RG 226, entry 190, box 328. Folder 7. Reports on operation Bulbasket. Duration of Operation 12/6/44 – 8/8/44.

    43 AN, 3AG1/369, dossier « Libération de la Bretagne ». Journal des marches et opérations du commandement FFI en Bretagne (4 juillet au 10 septembre 1944). Étude de A. Éon.

    Auteur

    • Raphaële Balu

      Laboratoire HISTEMÉ, Histoire, Territoires, Mémoires, Université de Caen-Normandie

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    1 René Char, Feuillets d’Hypnos, 1943-1944 [n° 61], Paris, Gallimard, « Poésie », 1967 (1re éd. 1946).

    2 Sur le STO et les réfractaires, voir Raphaël Spina, La France et les Français devant le Service du Travail Obligatoire (1942-1945), thèse de l’ENS de Cachan dirigée par O. Wieviorka, 2012.

    3 Harry R. Kedward, « STO et maquis » « STO et maquis », dans Jean-Pierre Azéma et François Bédarida (dir.), La France des années noires, vol. 2 : De L’Occupation à la Libération, Paris, Seuil, coll. « Points », 2000 (1re éd. : 1993), p 309-332. Olivier Wieviorka, Histoire de la Résistance, 1940-1945, Paris, Perrin, 2013, p. 213-214.

    4 Sur cette militarisation progressive, je me permets de renvoyer à Raphaële Balu, « Les maquisards de France pendant la Seconde Guerre mondiale, combattants irréguliers ou armée de la nation ? », 20 & 21, revue d’histoire, 2019/1, n° 141, p. 81-95.

    5 O. Wieviorka, op. cit., p. 322.

    6 Jean-Louis Crémieux-Brilhac, La France libre : de l’appel du 18 juin à la Libération, Paris, Gallimard, coll. « Folio », 2 vol., 2001 (1re éd. 1996), vol. 1, p. 43-44.

    7 Jean-François Muracciole, « La France libre et la lutte armée », dans François Marcot (dir.), Lutte armée et maquis, colloque international de Besançon, Paris, Les Belles Lettres, 1996, p. 159-169.

    8 Sur ce processus, voir J.-L. Crémieux-Brilhac, op. cit., vol. 2, p. 1258 et suiv.

    9 Archives Nationales, Pierrefitte-sur-Seine (désormais AN), 3AG2 457, remarques sur le projet de statut des FFI [non signé, non daté].

    10 François Marcot, « Comité d’Action militaire », dans F. Marcot (dir.), op. cit., p. 175-176.

    11 AN, 72 AJ 624, Mémoire sur le commandement des Forces Françaises de l’Intérieur [document postérieur au 14 juin 1944].

    12 O. Wieviorka, op. cit., p. 195-200 et p. 322.

    13 Claire Miot, Sortir l’armée des ombres. Soldats de l’Empire, combattants de la Libération, armée de la Nation : la Première armée française, du débarquement en Provence à la capitulation allemande (1944-1945), thèse de doctorat de l’ENS Cachan dirigée par Olivier Wieviorka, 2016, 2 vol., notamment p. 256 et suiv. et 366 et suiv.

    14 Sébastien Albertelli, Histoire du sabotage. De la CGT à la Résistance, Paris, Perrin, 2016, 504 p. URL : https://www-cairn-info.janus.biu.sorbonne.fr/histoire-du-sabotage--9782262067823.htm [consulté le 03/02/2018], chapitre 15, parag. 10 de la version électronique.

    15 Georges Roidot, « Les maquis de l’Organisation de Résistance de l’Armée », dans Colloque sur les maquis, 22 et 23 novembre 1984, Paris, Institut d’histoire des conflits contemporains, 1986, p. 99-113.

    16 Simone Sauteur, Au cœur du Vièvre avec le maquis Surcouf. Le journal de Simone Sauteur, secrétaire de Robert Leblanc, Société Historique de Lisieux, 2016, p. 108.

    17 Ibid., p. 127-128.

    18 Emmanuel Saint-Fuscien, « Pourquoi obéit-on ? Discipline et liens hiérarchiques dans l’armée française de la Première Guerre mondiale », Genèses, 2009/2 (n° 75), p. 4-23.

    19 Harry Roderick Kedward, À la recherche du Maquis, Paris, Cerf, 1999, p. 333. Témoignage de Jean-Pierre Chabrol (Génolhac, Gard, 2 mars 1982).

    20 Yves Pérotin, La vie inimitable dans les maquis du Trièves et du Vercors en 1943 et 1944, Presses universitaires de Grenoble, 2014, p. 89.

    21 Témoignage de Michel Breton cité dans Paul Lotterie, Hargnies, un village ardennais pendant les deux guerres mondiales, Charleville-Mézières, P. Lotterie, 1981, p. 122.

    22 The National Archives, Kew Gardens (désormais TNA), WO 204/1960. Copy of a statement written by Lieut. H.M. Wakelin […] on 18 Sept. 44.

    23 Ibid.

    24 TNA, HS6/337. Interview with General Kœnig, July 1st, 1944.

    25 AN, 3AG2 457, ordonnance du 9 juin 1944 fixant le statut des Forces Françaises de l’Intérieur.

    26 AN, 3AG2 458, note manuscrite non titrée, non datée. C’est nous qui soulignons.

    27 National Archives and Records Administration, Washington DC (désormais NARA), RG 226, entry 190, box 441. Political Intelligence Bulletin n° 27, 14th June 1944 [p. 7].

    28 Laurent Douzou, « La démocratie sans le vote », in Actes de la recherche en sciences sociales vol. 140, p. 57-67.

    29 Capitaine Jacques, Maquis. Victoires avec le régiment de Cluny, Mâcon, chez l’auteur, 1944, p. 87.

    30 Le « plan Jedburgh » avait été pensé par les services de renseignements dès l’été 1942 puis affiné, notamment pour prendre en compte les maquis. Il s’agissait de parachuter derrière les lignes ennemies des groupes de 3 hommes en uniforme, parmi lesquels un opérateur radio, et dont l’un devait avoir la nationalité du pays où se déroulait la mission pour faciliter la coopération avec les résistants. Ils devaient recevoir des ordres de mission précis (sabotage, guérilla ou collecte d’informations pour les troupes régulières que l’on prévoyait de débarquer) et les mener à bien avec l’aide de la résistance locale, au sein de laquelle ils devaient recruter des hommes. Plus tard, certaines équipes partirent pour des régions de maquis avec l’ordre de travailler avec les maquisards. Au sein du SOE, les Jedburgh disposaient de leur propre section. Voir William Irwin, Les Jedburghs. L’histoire secrète des forces spéciales alliées en 1944, Paris, Perrin, 2008 et NARA, RG 226, entry 190, box 356. G.H.Q. Exercise “Spartan”. Final Reports. 18 Mar. 1943.

    31 Les « OG’s », parachutés en uniforme mais mandatés par l’OSS, se trouvaient donc à mi-chemin entre l’armée et le service de renseignement américain. Leurs missions, similaires à celles des Jedburghs, avaient pour objectif de porter assistance à la résistance ; mais, plus nombreux que les « jeds », ils pouvaient soit agir seuls soit avec l’aide des résistants et ils n’assumaient pas de mission de liaison entre la résistance intérieure et leur service. Il était prévu de les parachuter à partir des 3 jours précédant le débarquement et ensuite, tout au long de l’été voire de l’automne 1944. Voir S. Albertelli, op. cit., chap. 16, Olivier Wieviorka, Une histoire de la résistance en Europe occidentale, 1940-1945, Paris, Perrin, 2017, p. 294. Pour le détail du plan jedburgh voir NARA, RG 226, entry 190, box 329. From Lt-General Bedell Smith to General Wilson. Supreme Headquarters, Allied Expeditionary Forces. Subject: Role of resistance groups in the South of France. 21st May, 1944 et Hoover Institution (Stanford, Californie), papiers Paul Van der Stricht, document non daté et non signé intitulé « Striking behind the enemy or Resistance support for Overlord », p. 27.

    32 Richard Heslop, Xavier, The Famous British Agent’s Dramatic Account of his work in the French Resistance, London, Rupert Hart-Davis, 1970, p. 154.

    33 AN, 3AG2 460, télégramme non daté arrivé le 9 février 1944.

    34 Ibid., télégramme du 2 février 1944.

    35 Voir sur ce point AN, 3AG2/460, dossier 19, pièce 19. Cantinier au Commandant Manuel, BCRA, arrivé le 9 février 1944 [télégramme].

    36 NARA, RG 226, entry 190, box 128, folder 687. Op. Segur, S/Lt Jean-Louis Dallet [Translation]. Avignon, 17 October 1944.

    37 NARA, RG 226, entry 190, box 328. Folder 7. Report on Operation “Gain” by Capt. C. L. Riding.

    38 Sur cette distinction, voir Fabrice Grenard, Maquis noirs et faux maquis, Paris, Vendémiaire, 2011.

    39 NARA, RG 226, entry 190, box 328. Folder 7. Reports on operation Bulbasket. Duration of Operation 12/6/44 – 8/8/44.

    40 NARA, RG 226, entry 190, box 328. Folder 7. Report on Operations of 4 French Para Bn and on the Present Situation in Britanny by Capitaine Leblond.

    41 Anne-Marie Walters, Parachutée au clair de Lune. Une Anglaise dans la Résistance française, Marseille, Gaussen, 2012, p. 100-101.

    42 NARA, RG 226, entry 190, box 328. Folder 7. Reports on operation Bulbasket. Duration of Operation 12/6/44 – 8/8/44.

    43 AN, 3AG1/369, dossier « Libération de la Bretagne ». Journal des marches et opérations du commandement FFI en Bretagne (4 juillet au 10 septembre 1944). Étude de A. Éon.

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    Balu, R. (2020). Militaires en résistance et maquisards de France : les identités combattantes à l’épreuve de la Seconde Guerre mondiale. In C. Miot, G. Piketty, & T. Vaisset (éds.), Militaires en résistances en France et en Europe. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.105790
    Balu, Raphaële. « Militaires en résistance et maquisards de France : les identités combattantes à l’épreuve de la Seconde Guerre mondiale ». In Militaires en résistances en France et en Europe, édité par Claire Miot, Guillaume Piketty, et Thomas Vaisset. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2020. doi:10.4000/books.septentrion.105790.
    Balu, Raphaële. « Militaires en résistance et maquisards de France : les identités combattantes à l’épreuve de la Seconde Guerre mondiale ». Militaires en résistances en France et en Europe, édité par Claire Miot et al., Presses universitaires du Septentrion, 2020, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.105790.

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    Miot, C., Piketty, G., & Vaisset, T. (éds.). (2020). Militaires en résistances en France et en Europe. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.105670
    Miot, Claire, Guillaume Piketty, et Thomas Vaisset, éd. Militaires en résistances en France et en Europe. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2020. doi:10.4000/books.septentrion.105670.
    Miot, Claire, et al., éditeurs. Militaires en résistances en France et en Europe. Presses universitaires du Septentrion, 2020, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.105670.
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