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    Plan détaillé Texte intégral Une participation (toujours) inversement proportionnelle à la taille des marchés électoraux Transformations morphologiques des marchés électoraux et démobilisation autour du scrutin municipal Recompositions des échelles d’appartenance locale et abstentionnisme électoral Notes de bas de page Auteur

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    Table des matières

    2. Vers une dé-singularisation tendancielle des communes rurales en matière de participation électorale ?

    Le cas des élections municipales en Picardie

    Sébastien Vignon

    p. 53-84

    Texte intégral Une participation (toujours) inversement proportionnelle à la taille des marchés électoraux Transformations morphologiques des marchés électoraux et démobilisation autour du scrutin municipal Recompositions des échelles d’appartenance locale et abstentionnisme électoral Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Bien que la France se caractérise par un nombre très important de petites communes, les travaux consacrés à la participation électorale dans les espaces ruraux sont très marginaux. Depuis plusieurs décennies, les apports de la science politique sur le sujet, qu’elle reste concentrée sur les pratiques de vote ou qu’elle s’attache à déterminer les facteurs socio-politiques susceptibles de les influencer (vote/abstention), demeurent en effet modestes s’agissant des « campagnes » françaises. Ce déficit de recherche peut s’expliquer, au moins partiellement, par deux phénomènes. D’une part, la sociologie électorale est beaucoup plus fréquemment centrée sur l’orientation des préférences partisanes des « ruraux1 » que sur la signification de « l’acte de vote » lui-même2. D’autre part, les changements sociaux (déprise des effectifs agricoles, installation de nouveaux résidents issus des centres urbains, accès contrarié au marché immobilier urbain, etc.) enclenchés depuis plusieurs décennies rendent de moins en moins opératoire l’usage du vocable « ruralité » pour caractériser ces espaces de plus en plus complexes à définir « géographiquement3 ».

    2Face aux mutations profondes des territoires et à l’accroissement des mouvements de population, une nouvelle nomenclature – le zonage en aires urbaines – a été élaborée en 2010 par l’Insee (avec le concours de l’Inra et de la Datar). Comprenant neuf catégories, ce zonage ne distingue plus explicitement le « rural » et l’« urbain » puisque les communes sont classées selon leur appartenance à des « aires » composées de pôles, définis à partir du nombre d’emplois disponibles, et de leurs zones d’influence4. Si dans les recherches consacrées à la politisation dans les territoires ruraux, ceux-ci ont longtemps rimé avec « agricoles5 », une telle assimilation semble de moins en moins pertinente, même si l’agriculture structure toujours (en partie) l’économie « rurale ».

    3La carence des études consacrées aux élections locales6 et la complexité croissante à définir l’« objet rural » – comme l’attestent les nomenclatures spatiales successives visant à délimiter les espaces (« ruraux »/« périurbains »/« urbains »)7 – ne peuvent donc qu’entretenir un imaginaire politique, voire un mythe : celui qui fait de la « communauté » villageoise – caractérisée par les très fortes relations d’interconnaissance8 qui y prédominent et une conception organiciste – la condition sine qua non d’une participation très active des citoyens aux affaires publiques locales. Une telle configuration permettrait ainsi aux prétendants à la mairie de faire l’économie du travail multiforme de mobilisation du corps électoral (élaboration et diffusion d’un programme, organisation de réunions publiques, collage d’affiches, porte-à-porte, etc.), et ce d’autant plus que la souplesse du mode de scrutin9 favoriserait la personnalisation des critères de vote.

    4Pourtant, les transformations sociales des territoires ruraux, qui s’expriment à des rythmes et à des intensités variables, sont susceptibles de bouleverser les liens politiques, y compris dans les zones les plus excentrées des grandes villes. Longtemps appréhendés comme des espaces de cohésion sociale, voire comme des « micro-sociétés » fermées sur elles-mêmes10, ces villages sont habités par des individus aux trajectoires, aux conditions de vie, de revenus, aux attentes et aux modes d’identification et d’expression culturelle très contrastés11.

    5La Picardie, en raison du très fort émiettement communal et de la surreprésentation des communes « rurales » qui la caractérisent, constitue un site d’observation privilégié. Ses trois départements (Aisne, Somme et Oise) comprennent 2 291 communes parmi lesquelles on dénombre plus du tiers de communes « rurales » (781 communes) selon la classification retenue ici. Afin de simplifier la nomenclature du ZAU-201012, nous avons opéré un regroupement de ses différentes catégories afin de distinguer les communes en trois principaux types13 ; l’espace rural étant défini comme l’ensemble des petits et moyens pôles, de leurs couronnes respectives, des autres communes multipolarisées et des communes isolées hors influence des pôles.

    6Le dispositif empirique repose sur la complémentarité des méthodes d’enquête afin d’objectiver la participation électorale sur le temps long et de ré-encastrer les (non) pratiques électorales dans l’épaisseur des relations sociales dans lesquelles elles s’insèrent pour que leur compréhension puisse gagner en réalisme sociologique14. D’un côté, nous avons élaboré une base de données communale croisant les taux de participation aux élections municipales (2001-2014) avec les caractéristiques démographiques des marchés électoraux (population, Zonage en aire urbaine). Des données électorales localisées (communes et canton) ont par ailleurs été mobilisées dans une perspective diachronique (2014-1965 pour les communes d’un canton). De l’autre, nous avons réalisé une série d’observations in situ et d’entretiens (parfois longs et répétés15) avec des habitants d’un canton rural de l’est de la Somme16 afin de repérer les différents registres de justification de leur (non) vote17.

    7Réinvestir l’analyse des rapports à l’acte de vote dans les territoires ruraux, à partir d’une approche localisée et intensive, permet de mettre en évidence un processus déterminant des comportements politiques que constitue le décrochage constant de la participation électorale. La mobilisation autour du scrutin municipal reste inversement proportionnelle à la taille des marchés électoraux. Le haut degré de réalité des enjeux parvient toujours à contourner la logique censitaire d’accès à la participation électorale et par conséquent à mobiliser massivement les électeurs indépendamment de l’intérêt qu’ils accordent aux événements du champ politique central. Néanmoins, la « consistance » du territoire de l’élection ne constitue plus une condition suffisante pour prémunir les petites communes contre l’abstentionnisme. En effet, en dépit d’une rhétorique de la proximité18 de plus en plus exaltée par les élus, la participation ne cesse de diminuer. Les transformations morphologiques des marchés électoraux – qualifiés par commodité de « ruraux » – offrent une perspective d’analyse heuristique pour appréhender la diversité des perceptions des citoyens de la vie politique locale et de leurs rapports à l’acte de vote. S’opère effectivement un processus de redéfinition des échelles d’appartenance locale qui est au fondement de rapports différenciés à l’implication dans la vie municipale, et plus particulièrement aux pratiques électorales.

    Une participation (toujours) inversement proportionnelle à la taille des marchés électoraux

    8Au regard du tableau 1, on constate qu’une relation statistique linéaire prévaut entre la taille des marchés électoraux et le niveau de participation au scrutin municipal. En effet, plus la commune gagne en poids démographique et moins la participation au scrutin municipal est élevée19. À titre d’exemple, on observe un écart de près de 27 points entre les villages de moins de 200 habitants et les grandes villes picardes (Amiens, Saint-Quentin, Beauvais, Soissons et Creil). Indépendamment de la nature, « locale » ou « nationale », des consultations électorales et des enjeux politiques qu’elles sous-tendent, les électeurs des territoires « ruraux » se déplacent (toujours) plus fréquemment aux urnes que ceux des grandes villes, même si la relation statistique entre le degré de mobilisation et la taille des communes n’est pas strictement linéaire pour ce qui est du scrutin présidentiel lorsque l’on intègre les communes urbaines (au sens où nous les avons définies précédemment à partir du ZAU-2010) dans l’analyse.

    Tableau 1. Taux de participation aux élections (1er tour) dans les communes rurales de Picardie.

    Mun. 2014MinMaxÉcart-typeRég. 2015Dép. 2015Euro 2014Lég. 2012Prés. 2012
    - de 1 000 h (727)78,949,2100,08,161,960,551,865,585,1
    + de 1 000 h (79)68,442,189,69,354,654,043,159,981,1
    0-199 h81,049,2100,08,664,663,455,768,085,8
    200-499 h77,657,895,67,360,158,449,063,784,7
    500-999 h75,553,990,46,858,556,946,962,383,9
    1 000-3 499 h70,048,189,69,055,555,043,960,782,1
    3 500-8 999 h64,759,773,14,150,350,340,457,577,8
    9 000-29 999 h55,242,164,08,147,846,836,553,473,3
    + de 30 000 h*54,551,959,53,647,644,236,452,575,5

    *Il s’agit de communes « urbaines ».

    Source : ministère de l’Intérieur, Insee.

    9Les élections municipales restent incontestablement un scrutin prisé par les citoyens comme l’atteste sa position avantageuse parmi les consultations les plus participationnistes. Seul le scrutin présidentiel parvient à susciter davantage l’intérêt des citoyens. Plusieurs éléments sont généralement avancés pour l’expliquer.

    10D’une part, la souplesse des règles du jeu électoral (scrutin majoritaire à deux tours, listes incomplètes autorisées et « panachage » dans les communes comprenant moins de 1 000 habitants) qui permet une plus grande diversification du choix des électeurs, même en cas de liste unique20.

    11D’autre part, la très faible division du travail de représentation symbolique et, de manière corrélative le haut degré de réalité des enjeux21, qui tendent à diminuer les obstacles sociaux et culturels à la participation des citoyens aux activités politiques communales22. Les principes d’opposition des candidats au pouvoir municipal ne sont pas perçus comme « politiques », ne serait-ce que parce que la compétition municipale s’organise en dehors de tout arbitrage des entreprises partisanes23. Les électeurs peuvent ainsi activer des schèmes de perception et d’appréciation qu’ils mettent en œuvre dans leur vie quotidienne pour émettre une préférence électorale. L’atténuation, voire l’indifférenciation, entre les sphères privées et publiques, induite par la faible distance entre les élus et la population favorise leur sentiment de compétence. Ce qui explique que les groupes sociaux les plus faiblement politisés, et donc peu disposés à s’intéresser aux élections nationales, se sentent à l’inverse très concernés par les enjeux municipaux24. Ces agents sociaux adoptent d’ailleurs bien souvent un point de vue bien plus « privatif » lorsqu’il s’agit d’aborder la politique locale et ses enjeux25.

    Un lien entre catégorie d’unité urbaine et participation électorale confirmé par les données individuelles

    Des analyses secondaires opérées à partir des données de l’Insee (2008) – qui prennent en compte les pratiques effectives de participation et non les réponses déclaratives des électeurs (cas des sondages post-électoraux)26 – mettent en évidence le lien prégnant entre la participation au scrutin municipal et la catégorie d’unité urbaine. Le zonage en unités urbaines produit par l’Insee depuis le recensement de la population 1954 définit par défaut les « communes rurales » comme celles n’appartenant pas aux principales zones de concentration de la population, nommées unités urbaines27.
    L’exploitation inédite de cette base de données montre ainsi que 18,8 % des ouvriers inscrits les communes situées en dehors des unités urbaines n’ont voté à aucun des deux tours des municipales contre près d’un tiers (31,9 % exactement) de ceux vivant dans une commune urbaine. Dans ces zones rurales, les cadres et professions intellectuelles supérieures, pourtant les plus investis dans le jeu électoral lors des autres consultations, enregistrent un taux d’abstention quasiment identique à celui des ouvriers (18,4 %) et plus élevé que l’autre composante des mondes populaires salariés, à savoir les employés. Au niveau des communes urbaines, l’écart entre ces trois groupes socio-professionnels est beaucoup plus important, les ouvriers et les employés se déplaçant beaucoup moins fréquemment aux urnes pour désigner leur conseil municipal (plus d’un tiers des ouvriers non-qualifiés se sont abstenus aux deux tours).

    Tableau 2. Vote aux élections municipales de 2008 selon la Catégorie socioprofessionnelle contrôlée par le type d’espace résidentiel.
    Vote systématiqueIntermittenceAbstention systématique
    Agriculteurs exploitantsRural91,21,47,4
    Urbain82,72,514,8
    Artisans, commerçants et chefs d’entrepriseRural80,34,115,6
    Urbain71,66,122,3
    Cadres et professions intellectuelles supérieuresRural783,618,4
    Urbain726,421,6
    Professions intermédiairesRural78,83,917,3
    Urbain70,15,524,4
    EmployésRural79,34,116,6
    Urbain65,75,428,9
    OuvriersRural774,218,8
    Urbain635,131,9
    RetraitésRural76,93,919,2
    Urbain71,34,224,5
    InactifsRural62,25,432,4
    Urbain45,56,248,3
    Source : enquête Participation 2008, Insee.

    Des analyses statistiques secondaires effectuées à partir de l’enquête Participation 2007-2008 (Insee), qui permettent de reconstituer dans une perspective longitudinale les itinéraires de (non) vote d’un échantillon d’individus sur trois scrutins (présidentiel, législatif et municipal), confirment que la distribution sociale de l’abstention tend à être modifiée pour ce qui concerne le scrutin municipal en milieu « rural ». En effet, lors des élections législatives, dont on sait qu’elles constituent un scrutin de faible intensité, le désinvestissement des ouvriers non-qualifiés était beaucoup plus important (près de 30 points) ; l’écart avec leurs homologues « urbains » étant d’ailleurs très faible (+ 1,9 points contre - 14,3 % aux municipales). Les cadres du secteur public (et assimilés), indépendamment de leur lieu de résidence, se sont rendus beaucoup plus massivement dans les bureaux de vote que les ouvriers non qualifiés aux élections législatives, les enjeux paraissant à beaucoup d’entre eux bien lointains et peu compréhensibles. Comme on le sait, moins l’offre de produits politiques est ésotérique, plus il est probable que les électeurs accordent de l’intérêt au scrutin28.

    Graphique 1. Abstention systématique aux élections législatives (2007) et municipales (2008).
    Image
    Source : Enquête Participation 2007-2008, Insee.

    12La personnalisation des postes électifs, la proximité entre les candidats et la population, y compris (et surtout) hors conjoncture électorale, comptent davantage que le rapport cognitif des individus à la politique. Leur choix peut se fonder sur des éléments d’ordre pratique ou éthique, qui consiste en une forme de retraduction d’un problème « politique » dans un autre registre29. Le cas de Joseph, ouvrier non qualifié retraité, âgé de 66 ans et résidant un village (320 habitants), illustre très bien notre propos :

    — Moi, je vote à chaque municipale, à chaque élection depuis que j’ai l’âge de voter ! […].
    — Et aux autres élections aussi ?
    — La présidentielle oui, oui. Mais bon après euh, ça dépend, je ne vote pas à chaque fois. Faut dire que la politique politicienne, les grands discours, tout çà, ce n’est pas mon truc quoi. On a du mal à suivre tout ça de toute manière hein. C’est pas toujours facile de se faire un avis hein. […]. Je connais tous ceux qui se présentent ici pour la mairie, je suis né ici, ma femme aussi […]. C’est pas des élections politiques. On va pas voter pour untel parce qu’il est de gauche ou de droite ou du centre ou de je ne sais où ! Ici, les partis et tout ça, on n’en parle jamais [rires]. C’est pour faire avancer notre village quoi. On choisit les gens parce qu’on sait ce qu’ils sont valables.
    — C’est-à-dire ?
    — Et bien, ceux qui ne sont pas sérieux, ou bien malhonnêtes, je ne vote pas pour eux ! […] Mon voisin, en face, et bien je n’ai pas voté pour lui […]. Il ne se prend pas pour n’importe qui celui-là ! Et puis ses gosses, ils ne disent même pas « bonjour » ! […] Il veut être dans le conseil alors que bon ses affaires [il est artisan], c’est pas brillant hein ! C’est pas un type qui ira faire beaucoup de choses gratuitement pour le village. Il a déjà du mal à gérer sa propre entreprise !

    13Le caractère très étroit de l’espace géographique du vote et la familiarité que les électeurs entretiennent avec celui-ci, font de l’acte électoral un acte de conformité sociale30. L’existence d’un sentiment d’« identité communale » et d’intégration sociale qui en découle, ne peut que donner une meilleure visibilité aux enjeux en présence qui s’articulent avec les préoccupations quotidiennes personnelles/collectives. Si les enjeux en présence dans les communes rurales ne sont pas traduits et conçus selon les catégories du champ politique central, la dichotomie traditionnellement opérée entre « enjeux (proprement) politiques » et « enjeux sociaux », que constitueraient a contrario les enjeux qui ne sont pas spécifiquement politiques (enjeux profanes)31, doit être affinée. Malgré la frontière ténue qui les sépare parfois, deux types d’enjeux, qui peuvent se superposer et se confondre, méritent d’être distingués32.

    14Les « enjeux pratiques » se rattachent directement aux préoccupations quotidiennes de la population (vie associative, assainissement de l’eau, création d’équipements et de services, etc.). Les désaccords peuvent porter sur des questions foncières (concurrence entre usages agricoles et résidentiels, des plans locaux d’urbanisme), des problématiques relatives aux externalités négatives d’activités productives (pollutions diverses, nuisances sonores) ou l’intégration des nouveaux résidents. Les « enjeux personnalisés » sont, par définition, structurés autour de conflits entre habitants ou entre familles du village. Ils renvoient davantage à des luttes pour le prestige social que procure à certains groupes leur représentation au sein de l’assemblée municipale qu’à des divergences insurmontables sur la manière de gouverner l’espace communal. Les enjeux liés au « monde privé33 » des protagonistes (styles de vie, parentèles, inscription dans des réseaux localisés) s’immiscent ainsi régulièrement dans les campagnes électorales où ils sont mobilisés comme des registres (politiques ou non) de perception et d’évaluation des protagonistes34. Le « paratexte » (dessins, caricatures35) peut occuper une place très importante dans les stratégies élaborées de disqualification. Seuls les individus connaissant a minima les candidats discrédités peuvent saisir la portée humoristique des traits et défauts qui leur sont prêtés.

    Image

    15Ces formes de personnalisation, que le tract reproduit ci-dessus distribué dans un village de 222 habitants (où l’équipe du maire sortant était opposée à une liste conduite par sa première adjointe) laisse transparaître, sont difficilement perceptibles. En effet, elles peuvent être « sublimées » ou « transfigurées » dans des catégories en apparence pratiques (le « dynamisme associatif », par exemple) dans l’objectif de rationaliser des considérations personnelles plus ou moins avouables. Les clivages structurés autour d’enjeux d’action publique et d’aménagement n’épuisent donc pas ces « conflits », et peuvent même s’y superposer. Dans ce village très excentré des grands pôles urbains, à dominante agricole, où les migrations résidentielles restent marginales36 et les relations d’interconnaissance toujours prégnantes, l’âpreté des campagnes électorales (insultes, pressions sociales) permet de mesurer l’intensité des investissements à l’œuvre dans le cadre des élections communales et de comprendre alors le niveau exceptionnellement élevé de mobilisation37. Dans ce type d’espace, les individus ont des relations mais aussi des références communes, des expériences partagées et disposent donc d’une réputation38. Ce qui leur permet de confronter leurs connaissances de chacun39, alimentant ainsi le « marché aux ragots » pour reprendre l’expression de Patrick Champagne. Il existe bien une « mémoire longue40 » qui inscrit les tensions et les différends dans une histoire à la fois locale et générale. Pour certains habitants, les élections municipales sont l’occasion privilégiée de « régler des comptes » en toute impunité. Les rivalités (professionnelles, sentimentales, familiales) ne concernent pas uniquement les individus intéressés directement par la compétition électorale (candidats) mais également leurs proches. Ces divisions engendrent très souvent une détérioration des rapports sociaux villageois. Celle-ci se traduit bien souvent, comme l’ont confirmé nos observations, par des querelles de voisinage, de famille, ou encore par la rupture des mécanismes de solidarité, la cessation d’une entraide professionnelle (entre agriculteurs notamment), etc. L’âpreté des luttes débouche parfois sur des actes de dénonciation et de représailles, ce qui démontre encore une fois l’interpénétration des sphères privée et publique. Les extraits d’entretien qui suivent peuvent donner une idée des tensions engendrées par les élections municipales :

    Ici, pendant les élections, c’est toujours très mouvementé. C’est des vieilles rivalités qui ressortent, les gens en profitent pour régler des comptes. C’est pas évident de se porter candidat car vous faites des déplaisirs à certains si vous allez sur une liste et pas sur l’autre. Et ça crée des divisions, on ne vous dit plus « bonjour » ou on vous évite, on vous dénigre parce que certaines personnes avec qui vous vous présentez et bien elles ont fait du tort à X ou Y il y a quelque temps et donc vous êtes marqués au fer rouge quoi ! C’est parfois mesquin tout ça, vous ne pouvez pas vous imaginer. Donc il faut s’attendre à des coups bas quand on se présente, c’est pas toujours marrant pour la famille non plus41.

    16La densité des rapports sociaux, en permettant à une partie des électeurs les moins prédisposés à maîtriser les codes et enjeux de la politique nationale, est perçue comme un des éléments explicatifs des différences de participation entre les grandes villes et les petites communes « rurales ». Cependant, la prise en compte des moyennes tend à masquer de gros écarts de participation entre les communes d’une même catégorie de population et du coup à livrer une lecture trop réductrice des comportements électoraux. Le taux moyen de participation au sein des plus petites communes « rurales » masque effectivement des variations de mobilisation de forte amplitude, celle-ci oscillant entre 49,2 % et 100 %. Comme on peut le constater, au sein de micro-espaces politiques (communes de moins de 200 habitants), les candidats rencontrent des difficultés croissantes à mobiliser massivement les électeurs. Les recompositions sociales des campagnes imposent de s’affranchir de dénominations réificatrices et homogénéisantes comme le rural, qui serait opposé à l’urbain42 dans une vision peu respectueuse des processus sociaux, pour raisonner en termes de « mondes ruraux43 ». Comme le soulignent Julian Mischi et Nicolas Renahy, cette perspective permet d’éclater l’unicité supposée d’une « communauté rurale » et prend en considération la pluralité des configurations (diversité des comportements, hétérogénéité des rapports aux autres, à l’espace, etc.) au sein desquelles les pratiques électorales doivent être ré-encastrées pour comprendre le processus de démobilisation électorale et restituer toute sa complexité.

    Transformations morphologiques des marchés électoraux et démobilisation autour du scrutin municipal

    17En dépit de leurs apports respectifs sur les facteurs sociopolitiques de la participation, la recherche pionnière de Mark Kesselman, auprès de trois départements français (Calvados, Gironde, Nord) et celle de Jean-Yves Nevers, sur la région Midi-Pyrénées44 saisissent le scrutin municipal dans une conjoncture singulière (respectivement 1959 et 1983) et non dans une perspective diachronique. Ces deux enquêtes statistiques laissent alors l’impression que le scrutin municipal en milieu rural reste toujours très mobilisateur, parce que placé parmi les plus participationnistes. Elles ne permettent pas de déterminer si l’intérêt des citoyens pour cette consultation électorale connaît des évolutions et, le cas échéant, dans quel sens celles-ci s’orientent.

    Tableau 3. Taux de participation aux élections municipales (1er tour) de 2001, 2008 et 2014 dans les communes rurales de Picardie.

     2001200820142008 / 20012014 / 20082014 / 2001
    - de 1 000 h (727)84,382,878,9- 1,5- 3,9- 5,2
    + de 1 000 h (79)73,773,268,4- 0,5- 4,8- 4,7
    0-199 h85,685,481,0- 0,2- 4,4- 4,6
    200-499 h83,381,077,6- 2,3- 3,4- 5,7
    500-999 h80,579,575,5- 1,0- 4,0- 5,0
    1 000-3 499 h75,374,870,0- 0,5- 4,8- 5,3
    3 500-8 999 h68,569,964,7+ 1,4- 5,2- 3,8
    9 000-29 999 h60,958,155,2- 2,8- 2,9- 5,7
    + de 30 000 h (communes urbaines)60,055,454,5- 4,6- 0,9- 5,5

    Source : ministère de l’Intérieur, Insee.

    18Quelle que soit la catégorie de commune retenue, la participation ne cesse de rétrograder au fil des consultations, à l’exception des petites villes comprenant entre 3 500 et 8 999 habitants qui la voient s’amplifier aux municipales de 2008. Pour preuve, les communes comprenant moins de 1 000 habitants, où le panachage reste pourtant en vigueur45, n’ont pas été les plus épargnées par la montée de l’abstention : un peu plus de 5 points (5,2 points exactement) entre 2001 et 2014. Lors des dernières élections municipales, les plus forts reculs de participation ne s’observent pas uniquement dans les plus grandes agglomérations mais dans les plus petites collectivités (moins de 500 habitants). Un tel constat vient du coup remettre en cause l’équation essentialiste qui tend à assimiler mécaniquement les scènes politiques les plus « visibles » à des modèles de démocratie locale.

    19La mise en perspective des taux de participation aux scrutins municipaux de 1965 et 2014 dans les 22 communes46 d’un canton rural de la Somme – Garchant47 – permet d’objectiver l’amplitude de ce « relâchement de la norme participationniste48 ». Dans ce territoire à vocation agricole49 (grandes exploitations, socle de développement d’une industrie agro-alimentaire puissante) situé au cœur du Santerre, la population, certes avec des variations communales, augmente depuis trois décennies50. Ce mouvement démographique a ainsi participé à l’élargissement de la taille des marchés électoraux municipaux.

    Carte 1. Taux de participation aux élections municipales de 2014 dans les communes du canton de Garchant.

    Image

    Carte 2. Taux de participation aux élections municipales de 1965 dans les communes du canton de Garchant.

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    Source : Courrier Picard, ministère de l’Intérieur.

    20Considéré sur l’ensemble des 22 communes du canton, le nombre des inscrits sur les listes électorales enregistre une hausse non négligeable : + 1 466 individus51 entre 2014 et 1965. Bien sûr, la structuration de l’offre électorale peut avoir un impact sur le niveau de participation des électeurs. Lorsque les citoyens ont le sentiment que l’issue du scrutin est déjà connue puisqu’une seule liste brigue les mandats municipaux, l’abstention progresse probablement plus que lorsque plusieurs équipes se disputent la mairie, et que le dénouement est par conséquent moins prévisible52. Pour autant, la présence d’une liste concurrente ne suffit pas mécaniquement à contrarier la progression de l’abstention. À Labasset, le taux d’abstention augmente de plus de 20 points sur la séquence observée alors que deux listes complètes s’affrontaient en 1965 comme en 2014. À Domont, les candidats de la liste unique étaient parvenus à mobiliser plus de 91 % (91,3 % exactement) du corps électoral lors du scrutin de 1965. La présence d’une liste d’opposition face à celle du maire sortant lors du dernier renouvellement municipal n’a pas fait déplacer autant de citoyens vers le bureau de vote : seulement 74,6 % d’entre eux ont pris part au premier tour de scrutin.

    21À côté de ce facteur politique conjoncturel, il faut donc évoquer un autre élément cette fois-ci lié à la structure morphologique des marchés électoraux qui se sont considérablement (mais inégalement) transformés. À l’image des campagnes françaises53, ce territoire « rural » picard revêt aujourd’hui des aspects plus contrastés qu’il y a trente ans. Le fait le plus saillant réside effectivement dans le processus de « dépaysannisation54 » observable d’ailleurs au plan national55 : le nombre d’exploitations agricoles y est passé de 210 en 1988 à 118 en 2010. La forte diminution de la population agricole, les pressions foncières grandissantes sous l’effet de la périurbanisation, l’arrivée de ménages urbains en lotissement, ont modifié en profondeur la composition sociale du canton et l’économie des formes de sociabilité locale.

    22De 2006 à 2011, la croissance s’est intensifiée avec, en plus, l’apport d’une nouvelle population56 venue investir ce territoire de Haute-Picardie, (en raison d’un foncier attractif et d’une accessibilité plus aisée57), sur lequel l’influence du pôle amiénois est de plus en plus importante. La proportion de ménages arrivés au cours des cinq dernières années y atteint un peu plus du quart (27,4 %) de la population.

    23Les statistiques nationales renseignent non seulement sur l’ampleur des mouvements migratoires mais aussi sur les caractéristiques socioprofessionnelles et résidentielles des nouveaux habitants58. La diversité de leurs origines géographiques confirme que le processus de périurbanisation de ce territoire ne peut être réduit à un exode massif de population depuis les villes-centres vers les espaces périphériques : les mobilités internes à l’espace rural sont importantes (44,1 %) et une fraction non négligeable de nouveaux habitants sont issus des zones périurbaines (un peu plus du quart). La représentation dominante selon laquelle les nouvelles populations des « campagnes » sont très majoritairement originaires de « la ville » ou y ont vécu ne correspond donc que partiellement à la réalité de ce territoire de Haute-Picardie59. Les mobilités résidentielles peuvent se réduire et se déployer à proximité de la commune de résidence antérieure.

    24Au niveau des caractéristiques socioprofessionnelles, les arrivants, dont la mobilité résidentielle s’inscrit très fréquemment dans un environnement départemental, apparaissent comme un groupe plutôt hétérogène. Si une bonne partie des personnes qui migrent vers ce canton font partie des catégories « employés » et « ouvriers » (49,1 %), le territoire attire aussi une fraction non négligeable de classes moyennes et supérieures (près de 25 %). La part des cadres et professions intellectuelles supérieures est plus élevée que celle qu’ils occupent parmi l’ensemble de la population active du canton (+ 6 points). Confirmant la proportion très réduite des retraités parmi les nouveaux habitants, les moins de 35 ans en représentent un contingent important.

    25Les migrations résidentielles se sont donc également affirmées hors des grandes couronnes des agglomérations au point que certains maires déplorent la menace de l’« identité rurale » qu’elles feraient peser sur leur commune. Jusque dans les années 1970, les espaces ruraux auraient été porteurs d’une culture et de coutumes spécifiques, de relations de voisinage et d’une vie collective très fortement influencées par le monde paysan. Du fait de rapports sociaux fortement régis par les règles de l’interconnaissance (« Ici tout le monde se connaît »), les villages se distinguaient des villes où le mode d’échange entre les individus repose davantage sur l’anonymat. La fermeture des commerces (café, épicerie notamment) et des écoles, lieux traditionnels de sociabilité villageoise et d’intégration locale, est vécue comme un facteur de délitement des liens sociaux. S’agissant des cafés, le canton n’en compte effectivement plus que 5 contre 27 il y a près de 30 ans60.

    Propriétés sociodémographiques des nouveaux résidents (2008) du canton de Garchant.

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    Source : extraction de la base Migcom 2008, Insee61.

    26Les effets de ces restructurations socioéconomiques sont d’ailleurs perceptibles à travers les discours d’édiles du canton qui regrettent l’affaiblissement des liens communautaires caractérisant désormais la vie dans ces « villages qui ont perdu le moral » pour reprendre une belle formule de Charles Suaud62. La mobilité résidentielle, le fractionnement des espaces de vie, la pluralité des formes d’inscription sociale et professionnelle fragiliseraient la cohésion sociale villageoise. C’est ce qu’attestent les propos du maire de Leplanne-en-Santerre (205 habitants en 200963) qui, bien qu’excentrée des grands pôles urbains, accueille depuis les années 1990 une part non négligeable de résidents, dont certains sont issus de la ville, sans attaches familiales avec le territoire64.

    « La ruralité est en train de se casser la gueule… »

    J’ai toujours dit, il y a trois choses importantes dans un village qui peuvent réunir les gens, quelles que soient d’ailleurs leurs idées. C’est l’école, un café qui est un lieu de rencontres, et l’église hein […]. Le café nous il a disparu depuis longtemps, l’église n’est plus utilisée, donc on a plus que l’école mais avec le RPC [Regroupement pédagogique concentré] dans deux trois ans, elle est condamnée quoi. Il n’y a plus rien. Ce village est condamné, et il l’est déjà partiellement d’ailleurs, à être un village dortoir quoi […]. La ruralité est en train de se casser la gueule hein !
    — C’est quoi pour vous cette ruralité ?
    La ruralité, pour moi c’était les gens qui vivaient dans un village. Ça ne peut plus être comme il y a trente ans. Tous les gens qui habitaient ici travaillaient dans le monde agricole. Ils travaillaient à cinquante mètres de chez eux. […] Il reste trois ou quatre agriculteurs ici aujourd’hui et certains sont certainement voués à disparaître. Donc effectivement, ça ne peut plus être la même chose. Mais pour moi, la ruralité c’est quand même les gens qui sont nés à un endroit ou qui sont venus vivre à un endroit et qui aiment ça et qui ne se contentent pas de considérer l’endroit où ils vivent comme un dortoir. On vient ici, on a une maison ici, on dort ici et puis après on vit à l’extérieur. Ils n’ont plus d’attaches ici. Ils ont leur maison, ils viennent, ils y dorment, vont travailler, et euh à la limite même leurs enfants ne vont pas à l’école ici quoi. Pour moi, la ruralité, c’est s’intégrer dans le village, participer à ce qui se fait. Notre problème ici c’est qu’on essaye de faire des choses, on manque d’effectif bien sûr, parce qu’il y a des gens vous pouvez faire tout ce que vous voulez, ils ne viendront jamais. Ils ne viendront jamais [déception]. Même si vous allez les chercher, je ne pense pas qu’ils viendront. […] Quand je discute avec des anciens du village, ils le disent aussi que ça a changé ici, ils se disent « mais c’est incroyable comment c’est devenu ! »
    — Et comment vous expliquez cela ? C’est en rapport avec l’arrivée de nouveaux habitants comme vous le mentionniez tout à l’heure ou c’est pour d’autres raisons ?
    Et bien, les nouveaux, c’est-à-dire qu’ils ne s’intègrent pas. On fait la fête du village tous les ans. Et bien heureusement qu’on a des gens de l’extérieur du village qui viennent. Il y a des jeunes couples qui sont arrivés ici il y a un an, deux ans ou trois ans, et bien ils ne viennent même pas […]. Les gens ne viennent pas tous se présenter en mairie quand ils arrivent dans le village ! Je ne connais pas certains couples de mon village maintenant ! Je serai incapable de vous dire que font ces gens dans la vie ! Avant le maire il connaissait tout le monde !
    Monsieur Dorsant, maire de Leplane-en-Santerre

    27Au sein de certains territoires en voie de périurbanisation, le contrôle social et les pressions communautaires au vote ne fonctionnent plus sur l’ensemble de la population65. La plus grande mobilité résidentielle tend d’une part à contrarier les mécanismes locaux de stigmatisation des abstentionnistes et, d’autre part, à engendrer un dévouement « anonymisé66 » ; les élus devant agir et « se donner » pour un nombre de plus en plus important d’administrés qu’ils ne connaissent pas personnellement. Cette dépersonnalisation des relations politiques est ainsi déplorée par les maires quand ils affirment ne pas « connaître » certains habitants de leur commune. Les arrivants ne feraient pas tous systématiquement la démarche de se présenter à eux (« On les voit quand ils ne peuvent pas faire autrement, quand ils ont un papier à demander, c’est tout ! », etc.).

    28La disparition progressive de la main-d’œuvre salariée agricole conjuguée à la fermeture d’usines dans un contexte de crise industrielle a constitué un obstacle à la reproduction de certaines formes antérieures de captation des suffrages : celles qui s’énonçaient dans les registres de la proximité individuelle de type « clientéliste » entre « patrons » et « salariés » dont on sait qu’ils ont créé les loyautés politiques et favorisaient la politisation des mondes ruraux67. La difficulté pour les maires réside désormais dans leur capacité (inégale) à élargir leur audience en favorisant la participation des nouveaux résidents. Les règles du jeu électoral sont désormais rappelées dans les supports de mobilisation électorale (profession de foi, tracts) afin de conjurer la méconnaissance présumée du mode de scrutin par des nouveaux habitants. Les prétendants à la mairie redoutent effectivement que les nouveaux électeurs, majoritairement issus d’une commune où le scrutin de liste bloquée prévalait (un peu plus de 52 % des cas en 2008 au niveau du canton de Garchant), importent des pratiques de vote désajustées par rapport au système électoral atypique qui prévaut et qui permet de rayer ou de panacher les listes. L’extrait du programme électoral distribué par la liste du maire sortant de Labasset (642 habitants)68 est particulièrement évocateur.

    Rappel des opérations de vote aux élections municipales car vous avez le choix :

    • Les bulletins panachés sont valables, de même que les bulletins incomplets.
    • Les électeurs conservent le droit de déposer dans l’urne des bulletins dont la liste est incomplète (art. L256 du code électoral).
    • Les bulletins comportant un nombre inférieur à celui des sièges à pourvoir sont donc valables (art. L257 du code électoral).
    • Possibilité de rayer le(s) nom(s) du ou des candidats pour lesquels on ne veut pas voter en barrant simplement le nom.
    • Si une enveloppe contient plusieurs bulletins de listes différentes, le vote ne sera pas nul si, au total, il ne reste pas plus que le nombre de noms, non rayés correspondant au nombre de poste à pourvoir (15 au total).
    • C’est ce que l’on appelle le panachage.

    Source : donnée personnelle.

    29Lieu où s’exerçaient des rapports d’interconnaissance et de dépendance personnelle, la commune était le cadre « réel » de mobilisation des électeurs69. Les propriétés des groupes d’appartenance (relations professionnelles et de voisinage, réseaux amicaux et familiaux) constituaient des facteurs déterminants des comportements électoraux. Or le déclin des lieux de sociabilité collective et des structures d’encadrement (Église70) s’est accompagné d’une part de l’amenuisement de l’autarcie économique et, d’autre part, d’une transformation de la hiérarchie sociale locale. La restructuration morphologique des espaces électoraux, et ses effets sur les formes d’appartenance locale, constitue un cadre analytique pertinent pour saisir, à l’aide d’une approche « microscopique71 », les perceptions différenciées des citoyens de la vie politique municipale et de leurs rapports à l’acte de vote.

    Recompositions des échelles d’appartenance locale et abstentionnisme électoral

    30Pour mettre en relation les rapports au vote avec les formes plurielles d’appartenance, la commune de Saint-Vast, située dans le canton de Garchant, constitue un site d’observation fécond à double titre.

    31D’une part, ce village localisé respectivement à une trentaine de kilomètres d’Amiens et de Saint-Quentin a subi de profondes mutations sociales (arrivée de nouveaux résidents, réduction des effectifs agricoles et des professions indépendantes, etc.) obéissant, en grande partie, aux logiques de « restructuration de l’espace villageois72 ». Cette commune comprend une population à forte composante populaire : près de 45 % des actifs du village sont ouvriers en 2009 et 21 % de la population non scolarisée ne détient aucun diplôme. Quant au nombre d’agriculteurs, il a très fortement diminué, passant de 12 à 5 en l’espace de deux décennies73. Depuis 1999, la commune enregistre un très net regain démographique gagnant un peu plus de 100 habitants. Ce très net accroissement aboutit à la co-existence d’une population installée (31 % de la population y réside depuis au moins 30 ans) et de « néo-résidents » (45 %) ayant investi la commune depuis moins de 10 ans qui trouvent là des terrains à bâtir et des logements en location à des prix abordables. Avec les constructions de nombreux pavillons (93 habitations supplémentaires entre 1968 et 2009) au sein de cinq lotissements dont certaines habitations (15 au total) sont dédiées au logement locatif social (maisons jumelées), la population du village avoisine le seuil des 800 habitants.

    Photo 1. Lotissement « Le Chemin Murgot » à Saint-Vast.

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    Ce lotissement achevé en 2019 est situé à proximité de la route nationale. Il comprend 21 logements (propriétaires) et a permis l’installation de 80 nouveaux habitants.

    Photo : Sébastien Vignon.

    32Une part croissante des actifs exercent leur profession hors de la commune (86 %). En dépit d’une progression des professions intermédiaires (+ 3 %) et des cadres et professions intellectuelles supérieures (aucun en 1982, 5 % de la population active en 2009), Saint-Vast est davantage un territoire de relégation sociale pour les ménages les plus modestes qu’un « nouveau » lieu à investir pour des couples très aisés en quête d’une « néo-ruralité » distinctive. En témoignent notamment un taux de chômage supérieur à la moyenne départementale et un revenu mensuel moyen par foyer fiscal modeste (1 821 euros contre 2 129 euros au niveau national).

    33D’autre part, Saint-Vast ne déroge pas au processus de démobilisation électorale qui affecte l’ensemble des scrutins74. L’évolution des taux de participation permet d’objectiver ce rapport de plus en plus distancié aux urnes. Les élections municipales se classent (toujours) au second rang des consultations les plus participationnistes. Cependant, la progression de l’abstention – sur la séquence ici considérée – y est plus marquée qu’à l’élection présidentielle et, de manière plus surprenante, les élections régionales et surtout européennes aux enjeux parfois mal identifiés.

    Tableau 4. Évolution des taux de participation aux élections à Saint-Vast.

    EuropéennesPrésidentielleLégislativesRégionalesDépartementalesMunicipales
    201919842017198120171981201519862015198220141983
    58,965,282,087,254,780,061,374,452,776,767,184,7
    - 9,6 %75- 5,9 %- 31,6 %- 17,6 %- 31,3 %- 20,8 %

    Source : Courrier Picard, cahiers spéciaux.

    34La mise en perspective de l’abstention depuis le scrutin municipal de 1965 montre qu’elle a progressé à un rythme soutenu au cours des quatre décennies : + 27 points. Au milieu des années 60, les habitants de Saint-Vast se rendaient plus massivement au bureau de vote pour désigner leur conseil municipal que pour élire le président de la République : 94,1 % contre 88,1 %. Comme l’indique le graphique ci-dessous, les consultations de 1995 et de 2014 font figure de scrutins pivots en matière de recul de la participation (8 points de moins). Celle-ci a connu un regain d’intérêt lorsque l’enjeu politique s’est avéré plus saillant : aux élections de 1983, lorsque plusieurs candidats isolés se sont présentés face à la liste du conseil sortant, et de manière plus nette encore en 1989, quand le maire a choisi de ne pas briguer un nouveau mandat. En revanche, une telle configuration politique – le premier magistrat n’était plus candidat à sa succession – n’a pas provoqué une hausse de la participation lors du scrutin de 2008. Seule l’élection présidentielle – où le Rassemblement National réalise des scores très élevés depuis 199576 – semble (mieux) résister : - 4,2 points entre le scrutin de 2017 et celui de 1965.

    Taux de participation aux élections municipales à Saint-Vast (1965-2014).

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    Source : Données personnelles, ministère de l’Intérieur.

    35La reconfiguration des liens interpersonnels engendrée par les transformations sociales et économiques communales offre une grille d’analyse pertinente pour comprendre les formes de (dé)mobilisation lors des élections municipales au-delà des seuls mouvements de population très souvent convoqués comme explication suffisante. C’est effectivement en prêtant une attention toute particulière aux manières dont les individus sont inscrits dans des lieux (de résidence, de loisirs, de travail etc.), créent et entretiennent leurs relations sociales77 qu’il est possible de saisir les significations (plurielles) de l’abstention78.

    36Lorsque le lieu de résidence est plus subi que choisi, celui-ci cesse d’être considéré comme un signe d’« identité ». L’individualisation, voire l’atomisation, des rapports sociaux non compensée par l’insertion dans des groupes et réseaux – favorisant le cas échéant la participation – est susceptible de maintenir les individus à l’écart du jeu politique local. L’interconnaissance renforçant le contrôle social, l’ancrage résidentiel peut prendre la forme d’une « assignation à résidence ». C’est le cas de Denis (ouvrier qualifié au chômage) et sa compagne Nadine (ouvrière saisonnière) qui, bien qu’ils considèrent leur installation à Saint-Vast comme définitive, ne réussissent toujours pas à nouer, au sein de la commune, les liens qu’ils espéraient. S’ils ont déménagé à la campagne pour améliorer la qualité de leur lieu de vie, les désillusions professionnelles (licenciement économique de Denis juste après leur arrivée) et les difficultés financières (baisse importante des revenus, endettement croissant) les ont conduits à s’isoler de leur voisinage immédiat. Ils jouent d’ailleurs sur l’opacité sociale pour maintenir le statut de propriétaire sur la scène résidentielle et s’affranchir du contrôle social à l’égard de leurs autres statuts parfois moins valorisants79 (« chômeur professionnel80 », « assisté ») :

    — Vous rencontrez souvent des gens du village ?
    Non, non. Au début quand on est arrivé on parlait comme ça avec les voisins d’à côté si on les voyait dans leur cour quoi. Mais bon c’était juste comme ça par politesse de voisinage j’ai envie de dire. Et puis les gens sont assez curieux. C’est différent de là où on était avant […]. On discutait puis après on a pris nos distances si on peut dire ça comme ça. C’est pas pour dire du mal mais les gens essaient toujours de savoir qui vous êtes, ce que vous faites. Bon et puis comment dire ça. J’ai pas trop envie d’étaler mes problèmes hein. Les gens ont vite fait de vous cataloguer […]. Quand vous ne travaillez pas hein, et bien on a vite fait de vous dire que c’est parce que vous ne voulez pas ! Vous êtes le chômeur professionnel quoi ! […] C’est pas ce qu’on cherchait en venant ici !

    37Le commérage n’a pas qu’une fonction intégratrice au sein de l’espace villageois. Il sert aussi à exclure. À ce titre, il peut constituer un vecteur de rejet très efficace81. En raison de leur budget modeste, Nadine et Denis doivent limiter leurs déplacements. Ce qui d’une part les prive progressivement de leurs relations sociales, qu’ils peinent à entretenir et à conserver dans leur ville d’origine, et d’autre part les maintient éloignés des équipements et services qu’ils ne peuvent fréquenter à leur guise. S’ils ne quittent pas Saint-Vast, c’est parce que les liens qu’ils avaient noués dans leurs lieux de résidence précédents se sont distendus. Denis et sa compagne rêvaient d’y trouver le bonheur en famille et une situation professionnelle stable, autant d’éléments associés pour eux au « rêve pavillonnaire82 ». Or, ils s’y sentent rejetés socialement et leur sentiment d’appartenance locale est très affaibli.

    38Cependant, l’abstention aux élections municipales n’est pas toujours à mettre à l’actif de ménages modestes « captifs » déjà tenus en marge des échéances électorales. En effet, des ménages confortablement installés, pouvant se prévaloir d’une forte capacité de mobilité et ayant fait le choix de résider à la campagne pour la qualité de l’environnement (calme, espace, verdure, etc), se placent à distance de la vie politique municipale. C’est le cas de Karine et David (fonctionnaire de catégorie B et cadre moyen), bien qu’ils participent aux autres consultations électorales et qu’ils accordent, en raison de leur socialisation et de leurs ressources socioculturelles, beaucoup d’importance à l’acte de vote. Si ce couple a procédé à son inscription sur les listes électorales de Saint-Vast, il établit néanmoins une hiérarchie des scrutins et des « lieux qui comptent ». Leur insertion dans des réseaux de sociabilité s’opère exclusivement hors de l’espace communal83 et leurs relations de voisinage relèvent de ce qu’Éric Charmes appelle la « cordiale ignorance84 ». Effectivement ces dernières se limitent aux règles de savoir-vivre et de la politesse. Ce couple perçoit les élections municipales comme des « petites élections » (« querelles de clocher ») n’ayant rien de comparable avec la saillance et l’importance des scrutins nationaux (« changer l’avenir des gens »)85. L’offre politique très réduite (une seule liste) priverait le scrutin de véritables enjeux et d’un véritable intérêt, et ce d’autant plus qu’ils méconnaissent la spécificité des règles électorales en vigueur (possibilité de barrer des noms de candidats) :

    K. : Bon, il faut dire aussi qu’on ne cherche pas vraiment non plus à faire des connaissances. […]. On salue les voisins quand on les croise, ce qui est rare d’ailleurs car on rentre quand même à des heures où eux ne sortent plus [il s’agit d’un couple de personnes âgées]. […] On a des copains et des bons amis, attention. Mais ils sont amiénois. On se voit souvent […].
    D. : Parce que dans les villages souvent c’est çà quoi. Tu parles aux gens, c’est sympa. Mais certains peuvent être très intrusifs […].
    — Est-ce que vous êtes allés voter lors des élections municipales ?
    D. : Ah non, on est pas allés voter pour les municipales.
    K. : Mais par contre, on y est allé pour la présidentielle et la législative juste après […]. Et on va aussi aux régionales.
    — Et pourquoi si ce n’est pas indiscret ?
    D. : Je ne vois pas vraiment l’intérêt d’aller voter, les candidats je ne les connais pas. Ici, ce n’est pas comme à Amiens où on peut choisir une liste en fonction de ses opinions politiques ou à la limite sur des programmes, des projets très importants […]. Là, le maire du village je le connais à peine ! Les conseillers n’en parlons pas ! Et puis, l’élection ne va pas changer la donne concernant l’avenir du pays et celui de nos enfants !
    K. : […]. La politique ça m’intéresse. Mais là, dans le village, ce n’est pas pareil en fait […]. Et puis s’il n’y a qu’une liste, ils sont certains d’être élus de toute manière !
    — Mais vous pouvez éliminer des candidats ou en ajouter…
    K. : Ah bon ? [Elle regarde son compagnon l’air très surprise]. On ne vote pas la liste entière comme à Amiens ? C’est bizarre ça. On ne le savait même pas [rires]. Bon, mais de toute manière, on les connaît pas les candidats, donc sur la base de quoi, je pourrais en rayer !

    39Pour autant, la mise à distance du scrutin municipal ne caractérise pas exclusivement les « nouveaux » résidents. Au contraire, certains d’entre eux s’insèrent dans des réseaux localisés préconstitués et manifestent beaucoup d’intérêt pour la vie municipale au point d’investir les associations communales86, voire le conseil municipal87. La plupart du temps, il s’agit de catégories moyennes ou supérieures pour qui l’installation dans la commune s’est inscrite dans une trajectoire sociale et résidentielle ayant permis de se constituer un certain nombre de ressources (capital relationnel, savoir-faire professionnels, etc.). Bien installés dans leur vie professionnelle, ayant « choisi » de vivre à la campagne tout en gardant la possibilité de vivre ailleurs, leur accession à la propriété est censée consacrer une réussite sociale qui les incite à s’engager dans la sphère municipale88.

    40L’abstention concerne également des « anciens » du village, pour qui le vote aux élections municipales cesse d’être la norme. Les contraintes quotidiennes (prescriptions familiales, insertions et fidélité à des réseaux sociaux localisés) qui renforçaient la participation électorale sont moins prégnantes chez certains électeurs. Les « micro-incitations » – et surtout les « micro-sanctions » sociales – se raréfient dans un contexte de transformation de l’entre-soi rural et de déclin des lieux traditionnels de sociabilité villageoise (fermeture du bureau de poste, des commerces, recomposition de l’offre associative communale)89. L’éclatement des groupes familiaux et la transformation des principes générateurs de leur cohésion peuvent expliquer la perte d’influence de l’appartenance familiale sur l’accomplissement de l’acte électoral. Le cas de Nicolas, célibataire de 29 ans, dont la famille est originaire de Saint-Vast, l’atteste. Ouvrier non qualifié dans une usine du canton, il n’est pas allé voter lors du scrutin de 2001, quelques mois seulement après que ses parents ont quitté la commune pour s’installer dans le sud de la France afin d’y vivre leur retraite. Si la famille a constitué une instance potentielle de mobilisation efficace en contexte électoral, tel n’est plus le cas. D’autant plus que, nonobstant la distance géographique qui sépare désormais Nicolas de ses parents, leurs liens se sont rompus. Par conséquent, les injonctions familiales au vote ne peuvent plus fonctionner90. Cet élément est d’autant plus crucial pour comprendre pourquoi Nicolas ne se rend plus au bureau de vote, que ce dernier ne participe plus à la vie associative communale qui aurait pu probablement fonctionner comme « dispositif informel de mobilisation électorale91 ».

    41La désagrégation des solidarités à base strictement « locale », voire « familiale », a engendré des effets sur les rapports au vote aux élections municipales. Lorsque le sentiment de n’être plus relié aux autres habitants de son espace de vie – par des relations étroites de proximité, de solidarité et d’interdépendance – se cumule à une critique acerbe du personnel politique municipal qui ne trouve pas à s’exprimer politiquement en raison de l’offre électorale très restreinte, des électeurs peuvent choisir de s’abstenir. L’abstention à un scrutin municipal qui rassemble une majorité d’électeurs peut en effet exprimer ostensiblement une forme de défiance à l’encontre d’un espace social et politique et des groupes qui le dominent. Si la décision de Monique, agent de service retraitée qui fut très investie dans la vie associative communale jusqu’au début des années 1990, de ne plus voter aux élections « nationales » peut se justifier par un faible niveau de politisation, son choix de ne plus participer au scrutin municipal trouve une autre explication. Il vise à signifier aux « autres » [les candidats de la commune et leurs proches] qu’elle ne se sent plus appartenir au groupe villageois qu’elle et son mari ont délaissé au profit d’univers sociaux plus larges (sociabilités extra-communales) consécutivement à des désengagements multiples de la sphère communale qui n’est plus perçue comme le lieu privilégié d’épanouissement personnel :

    Les conseillers disent tous « amen » en réunion. À vrai dire, le village ne m’intéresse plus. Plus du tout. On ne sort plus d’ailleurs ici. Déjà là je voulais aller m’inscrire à Lortebois [village de ses parents], mais bon euh. Ce sera pour la prochaine fois […]. Avant, c’est vrai, on fréquentait pas mal le voisinage. Je me souviens quand les enfants étaient petits, ils jouaient sur la pelouse en face et entre parents, le soir l’été on discutait jusqu’à tard le soir. Mais tout ça après ça s’est terminé. Chacun était toujours prêt à se rendre service. Il y avait comme une sorte d’entraide entre voisins. C’est fini malheureusement ce temps-là ! Les mentalités ont changé […].

    42La récente montée des taux d’abstention aux élections municipales traduit sans doute un relâchement des formes de « solidarité mécanique ». Les interactions entre les individus permettent moins mécaniquement que par le passé de soutenir la conviction d’appartenir à un groupe lié par de multiples échanges. Si le vote est l’expression de convictions politiques, il est d’abord une pratique collective. À partir du moment où ce collectif n’existe plus ou que les individus n’ont pas ou plus le sentiment d’y appartenir, les incitations au vote (pressions des pairs, rappels à l’ordre civique etc.) disparaissent et les abstentionnistes ne risquent plus la réprobation morale. La pluralité des manières de « vivre ensemble » dans des territoires ruraux en mutation nécessite donc des démarches compréhensives afin de restituer toute l’épaisseur des espaces de vie (sociabilités, interactions ordinaires)92, qui s’étendent de plus en plus, et la multiplication des appartenances territoriales93. C’est en intégrant systématiquement des indicateurs relatifs aux modes d’appartenance (degré d’attachement au lieu de résidence, motifs d’installation, avenir résidentiel) dans les enquêtes post-électorales94 et en multipliant les études ethnographiques relatives aux types d’ancrage local (réseaux de sociabilité, lieux fréquentés, engagement associatif, modes de cohabitation, etc.) que la science électorale engrangerait des profits certains pour comprendre les ressorts (complexes) de l’abstention aux élections municipales dans les mondes ruraux.

     

    43Les communes rurales, trop souvent considérées comme homogènes, sont traditionnellement perçues dans les représentations ordinaires comme des espaces préservés de la déconnexion grandissante qui s’instaure entre les électeurs et leurs élus. Pourtant, cette conception résiste de moins en bien à la réalité. Bien que les citoyens soient censés s’intéresser davantage aux affaires communales qui les affectent directement, et dont les effets sont plus nettement perceptibles qu’au niveau national et européen, leur participation est, certes à des degrés divers, en déclin constant. La variation des jeux d’échelle d’observation95 et la mise en perspective longitudinale des pratiques électorales (2014-1965) ont mis en évidence un processus de démobilisation des citoyens pour la désignation de leurs représentants politiques municipaux. C’est en restituant les formes d’appartenance et les représentations subjectives des sociabilités locales, ainsi que leur mode de construction et les tensions qui les traversent, qu’il est possible de reconsidérer la force de la norme sociale du vote et de restituer les logiques (nécessairement) complexes de l’abstention. Sa progression, qui traduit la difficulté croissante des élus à s’assurer politiquement des soutiens desquels découle leur légitimité à exercer le pouvoir municipal, est susceptible d’affecter la structure des rétributions sociales et politiques96 de l’exercice du rôle de maire en portant atteinte à la prétention de ces derniers à agir au nom de l’ensemble de la population.

    Notes de bas de page

    1 Voir notamment Jean-Claude Bontron et Agnès Roche, « La résistance du vote rural (1981-2002) », Études rurales, n° 171-172, 2004, p. 35-44 ; Emmanuel Pierru et Sébastien Vignon, « L’inconnue de l’équation FN : ruralité et vote d’extrême-droite. Quelques éléments à propos de la Somme », dans A. Antoine et J. Mischi (dir.), Sociabilité et politique en milieu rural, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2008, p. 407-419 ; Sylvain Barone et Emmanuel Négrier, « Voter Front National en milieu rural. Une perspective ethnographique », dans S. Crépon, A. Dézé et N. Mayer (dir.), Les faux-semblants du Front national, Paris, Presses de Sciences Po, 2015, p. 417-434.

    2 Yves Déloye et Olivier Ihl, L’acte de vote, Paris, Presses de Sciences-Po, 2008. Pour deux exceptions, voir Lucie Bargel, « Les “originaires” en politique. Migration, attachement local et mobilisations électorales de montagnards », Politix, n° 113-1, 2016, p. 171-199 ; Jean-Louis Briquet, « Le vote au village des Corses de l’extérieur. Dispositifs de contrôle et expressions des sentiments (xixe-xxe siècles) », Revue française de science politique, n° 2, 2016, p. 751-771.

    3 Valérie Jousseaume et Michaël Bermond, « La disparition statistique de l’espace rural » dans C. Margeric et al., Atlas des campagnes de l’Ouest, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2014, p. 70-71.

    4 Définir l’espace rural comme simple complément de l’espace sous influence urbaine ne suffisait plus à rendre compte de la variété des interactions entre villes et campagnes.

    5 Le titre de l’ouvrage collectif dirigé par Bertrand Hervieu au début des années 1990 et rassemblant des contributions centrées sur les espaces ruraux en est très illustratif : Bertrand Hervieu (dir.), Les agriculteurs français aux urnes, Paris, L’Harmattan, 1992.

    6 Patrick Lehingue, « L’inégale dignité des terrains d’étude : la sociologie électorale et l’analyse des scrutins locaux », dans C. Bidegaray, S. Cadiou et C. Pina (dir), L’élu local aujourd’hui, Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, 2009, p. 163-186.

    7 Pour une mise en perspective, voir Julien Damon, Hervé Marchal et Jean-Marc Stébé, « Les sociologues et le périurbain : découverte tardive, caractérisations mouvantes, controverses nourries », Revue française de sociologie, n° 57-4, 2016, p. 619-639.

    8 Marcel Maget, « Remarques sur le village comme cadre de recherches anthropologiques », Bulletin de psychologie, n° 8, 1955, p. 373-382.

    9 Dans les communes de moins de 1 000 habitants, le décompte des voix s’effectue de manière individuelle et le panachage est autorisé.

    10 Voir notamment Marcel Jollivet et Henri Mendras, Les collectivités rurales françaises. Étude comparative du changement social, Paris, Armand Colin, 1971 ; Marcel Jollivet et Henri Mendras, Sociétés paysannes ou luttes de classes au village ? Les collectivités rurales françaises, II, Paris, Armand Colin, 1974.

    11 Dès 1976, Patrick Champagne a en effet proposé de substituer la notion d’« espace villageois » aux notions préconstruites de « village » ou de « communauté rurale » afin de ne pas « réifier » l’entité villageoise par la monographie : Patrick Champagne, « La restructuration de l’espace villageois » [1976], repris dans L’héritage refusé. La crise de la reproduction sociale de la paysannerie française, 1950-2000, Paris, Seuil, 2002, p. 51-95.

    12 Nous reprenons ainsi la classification spatiale établie dans Julian Mischi, Nicolas Renahy et Abdoul Diallo, « Les classes populaires en milieu rural », dans S. Blancard, C. Détang-Dessendre et N. Renahy (dir.), Campagnes contemporaines. Enjeux économiques et sociaux des espaces ruraux français, Versailles, éditions Quæ, 2016, p. 23-34.

    13 Les trois catégories sont les suivantes : les communes urbaines (communes appartenant à un grand pôle), les communes périurbaines (communes appartenant à une couronne d’un grand pôle et les communes multipolarisées des grandes aires urbaines) et les communes rurales (composées des autres communes).

    14 Céline Braconnier, Une autre sociologie du vote. Les électeurs dans leurs contextes, Paris, Lextenso, 2010.

    15 Cette méthode a été convoquée dans une perspective ethnographique, voir Stéphane Beaud, « L’usage de l’entretien en sciences sociales. Plaidoyer pour l’entretien ethnographique », Politix, n° 35, 1996, p. 226-257.

    16 Conformément aux règles de restitution des données ethnographiques, nous avons changé le nom des territoires ruraux et des enquêté-e-s.

    17 Des entretiens avec des maires de ce territoire ont également été mobilisés dans le cadre de cette recherche. Ils ont permis de saisir leurs représentations des transformations des rapports sociaux villageois et de leurs effets sur l’exercice de leur rôle. Trente entretiens (élus et habitants) ont été réalisés entre 2001 et 2015.

    18 Christian Le Bart et Rémi Lefebvre, La proximité en politique. Usages, rhétoriques, pratiques, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2005.

    19 Comme le souligne Alain Lancelot, la dimension réduite du corps électoral est susceptible d’être une incitation au vote dans la mesure où chaque électeur peut mesurer la « valeur marginale » de son bulletin de vote : Alain Lancelot, L’abstentionnisme électoral en France, Paris, Presses de la Fondation Nationale des Sciences Politique, 1968.

    20 Ces derniers peuvent en effet rayer, panacher ou voter pour une liste complète. Un tel système électoral fait de l’élection une procédure moins contraignante que dans les villes avec le système des listes bloquées où le choix est plus encadré. Voir Sylvain Barone et Aurélia Troupel, « Les usages d’un mode de scrutin particulier. Les élections municipales dans les très petites communes », Pôle Sud, n° 29-2, 2008, p. 95-109.

    21 Dans les plus petites entités prévaut une certaine connaissance pratique à la fois de la nature des problèmes, de leur origine, voire dans certains cas du coût de leur résolution. Voir Daniel Gaxie et Patrick Lehingue, Enjeux municipaux. La constitution des enjeux politiques dans une élection municipale, Paris, PUF, 1984.

    22 Daniel Gaxie, Le cens caché. Inégalités culturelles et ségrégation politique, Paris, Seuil, 1978.

    23 Sur les 125 listes (et les matériaux de propagande qui leur sont associés) collectées lors des élections municipales de 2014 dans la Somme (communes « rurales » et « périurbaines » de moins de 3 500 habitants), seules deux contiennent un label/référent idéologique.

    24 L’une des propriétés de la politique « locale » est effectivement, comme le rappelle Daniel Gaxie de donner le sentiment d’une compétence d’évaluation à ceux qui en sont dépourvus quand il s’agit de « politique nationale » : Daniel Gaxie, « Vu du sens commun », EspacesTemps. Les Cahiers, n° 76-77, 2001, p. 82-94.

    25 Un tel mode de production des préférences électorales correspond à la « pensée indiciaire » spécifique aux catégories populaires : Michel Verret, La culture ouvrière, Paris, L’Harmattan, 1996 [1988] ; Bernard Pudal, « Politisations ouvrières et communisme », dans M. Dreyfus (dir.), Le siècle des communismes, Paris, L’Atelier, 2000, p. 513-526.

    26 La participation électorale d’un vaste échantillon d’individus est relevée par les agents de l’Insee sur les listes d’émargements au sein des préfectures dans les dix jours qui suivent le déroulement des scrutins.

    27 Ce zonage combine deux critères qui contribuent à délimiter les zones de concentration urbaine des populations, d’une part, par l’agglomération du bâti (moins de 200 mètres entre les bâtiments, sauf exceptions) et, d’autre part, par le nombre d’habitants (minimum de 2 000 habitants par zone monocommunale ou multicommunale agglomérée). Pour l’Insee, une zone agglomérée de moins de 2 000 habitants est une commune rurale.

    28 Pierre Bourdieu, « Questions de politique », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 16, 1977, p. 55-89 ; Daniel Gaxie et Patrick Lehingue, Enjeux municipaux, op. cit.

    29 Pierre Bourdieu et Claude Darbel, L’amour de l’art. Les musées d’art européens et leur public, Paris, Minuit, 1969.

    30 Daniel Gaxie, Le cens caché, op. cit.

    31 Daniel Gaxie et Patrick Lehingue, Enjeux municipaux, op. cit.

    32 Sébastien Vignon, « La dynamique des marchés électoraux périphériques : le cas des communes rurales de la Somme », dans J. Lagroye, P. Lehingue et F. Sawicki (dir.), Mobilisations électorales. L’exemple des élections municipales de mars 2001, Paris, PUF, 2005, p. 145‑167.

    33 Olivier Schwartz, Le monde privé des ouvriers, Paris, PUF, 2002 [1989].

    34 Sur les poncifs de cette représentation graphique de l’incompétence civique, voir Michel Offerlé, « Les figures du vote. Pour une iconographie du suffrage universel », Sociétés & Représentations, n° 12, 2001, p. 108-130.

    35 L’usage de traits humoristiques ou satiriques en conjoncture électorale a été mis en évidence par Yves Déloye et Olivier Ihl concernant les bulletins de vote dans les campagnes de la IIIe République. L’objectif était de contourner le sérieux affiché du rituel électoral, voir Yves Déloye et Olivier Ihl, « Légitimité et déviance. L’annulation des votes dans les campagnes de la IIIe République », Politix, n° 5-4, 1991, p. 13-24.

    36 Seulement 2 % des résidents (Insee, 2013) ont emménagé dans leur logement depuis moins de 2 ans.

    37 Dans ce village, 95 % des électeurs inscrits se sont déplacés au premier tour.

    38 Philippe Aldrin, « S’accommoder du politique. Économie et pratiques de l’information politique », Politix, n° 64-4, 2003, p. 177-203.

    39 Florence Weber, Le travail à-côté. Étude d’ethnographie ouvrière, Paris, INRA/Éditions EHESS, 2001 [1989].

    40 Françoise Zonabend, La mémoire longue. Temps et histoire au village, Paris, PUF, 1980.

    41 Monsieur Guacci, conseiller municipal d’une commune rurale.

    42 Jean-Claude Chamboredon, « Les usages urbains de l’espace rural : du moyen de production au lieu de récréation », Revue française de sociologie, n° 20-1, 1980, p. 97-119.

    43 Julian Mischi et Nicolas Renahy, « Pour une sociologie politique des mondes ruraux », Politix, n° 83-3, 2008, p. 9-21.

    44 Mark Kesselman, Le consensus ambigu. Étude sur le gouvernement local, Paris, Cujas, 1972 ; Jean-Yves Nevers, « La participation aux élections municipales dans les communes rurales », dans B. Hervieu (dir.), Les agriculteurs français aux urnes, op. cit.

    45 Avec la loi du 17 mai 2013, le seuil à partir duquel les communes élisent leurs conseillers au scrutin proportionnel de liste a été abaissé de 3 500 à 1 000 habitants.

    46 Une seule de ces communes comprend plus de 1 000 habitants. Il s’agit du chef-lieu (1 990 habitants).

    47 Conformément aux règles de restitution des données ethnographiques, nous avons changé le nom des lieux et des enquêtés.

    48 Céline Braconnier et Jean-Yves Dormagen, La démocratie de l’abstention. Aux origines de la démobilisation électorale en milieux populaires, Paris, Gallimard, 2007.

    49 L’agriculture conserve un rôle prépondérant dans l’économie locale malgré la baisse du nombre d’exploitations : 3 % d’agriculteurs, contre 1,6 % pour la moyenne départementale.

    50 Le canton comptait 6 064 habitants en 1982 contre 7 489 en 2013.

    51 Source : Courrier Picard, données personnelles.

    52 Comme le soulignait André Siegfried, les élections de « combat » sont toujours plus favorables à la participation que les élections d’« apaisement ».

    53 Stéphane Blancard, Cécile Détang-Dessendre et Nicolas Renahy, Campagnes contemporaines, op. cit.

    54 Pour une analyse des ressorts de ce processus, on renvoie notamment à Patrick Champagne, « La restructuration de l’espace villageois », art. cité.

    55 La France comptait 2 307 000 exploitations agricoles en 1955 contre 664 000 en 2000.

    56 Le solde migratoire est positif depuis 1999.

    57 L’indice de construction 2007-2012 est de 5,5 logements/1 000 habitants/an (Somme : 4,7). Les données de l’Insee (2012) indiquent que 10 % des résidences principales du territoire ont été construites entre 2006 et 2011. Entre 1968 et 2014, le nombre de logements est passé de 2 596 à 3 886.

    58 La définition des « nouveaux résidents » retenue ici présente une limite puisque les migrations résidentielles intercensitaires ne sont pas prises en compte dans la base « Migcom » 2008 produite par l’Insee. En effet, les arrivants sont les personnes âgées de cinq ans ou plus au 1er janvier 2008 qui ont changé de commune de résidence à cinq ans d’intervalle (n = 365). Ont été exclus par ailleurs les individus qui ont changé de commune au sein du canton de Garchant.

    59 C’est ce qu’avaient déjà mis en évidence plusieurs études, voir par exemple Valérie Jousseaume et François Madoré, « Les parcours résidentiels des nouveaux habitants des communes de Saffré et Vay », Les Cahiers nantais, n° 1, 2008, p. 51-60.

    60 En 1988, 15 des 22 communes avaient un café contre seulement 4 aujourd’hui. Données personnelles (2014) et L’inventaire communal, Insee, 1988.

    61 Les données ne sont pas certes exhaustives (sondages au quart) mais permettent malgré tout de caractériser les propriétés sociales et résidentielles des ménages.

    62 Expression formulée par Charles Suaud lors de notre soutenance de thèse le 17 novembre 2009 : Sébastien Vignon, « Des maires en campagne. Les logiques spécifiques de (re)construction d’un rôle politique spécifique », thèse de doctorat en science politique, Université de Picardie Jules Verne, 2009.

    63 Au recensement de 1999, la commune comptait 174 habitants.

    64 En 1999, 18 des 34 nouveaux habitants vivaient en ville lors du précédent recensement Reconstitutions statistiques opérées par nos soins à partir de la base de données « Mobilités » de l’Insee permettant de recenser les communes d’origine des migrants entre deux recensements.

    65 Sébastien Vignon, « Des maires en campagne. Transformations des répertoires de mobilisation électorale et des registres de légitimité politique dans les mondes ruraux », Politix, n° 113, 2016, p. 17-42.

    66 À l’instar des sapeurs-pompiers volontaires dépeints par Jean-Noël Retière, « Être sapeur-pompier volontaire. Du dévouement à la compétence », Genèses, n° 16, 1994, p. 94-113.

    67 Se reporter notamment à Alain Garrigou, Le vote et la vertu. Comment les Français sont devenus électeurs, Paris, Presses de Science Po, 1992, ou encore à Christine Guionnet, L’apprentissage de la politique moderne. Les élections municipales sous la monarchie de Juillet, Paris, L’Harmattan, 1997.

    68 Dans cette commune du canton de Garchant, près d’un quart des ménages réside dans la commune depuis moins de 5 ans.

    69 Jean-Louis Briquet, La tradition en mouvement. Clientélisme et politique en Corse, Paris, Belin, 1997.

    70 Sur les capacités de mobilisation et de politisation d’organisations comme l’Église catholique, voir notamment Anthony Oberschall, Social conflict and social movements, Englewood Cliffs, Prentice Hall, 1973.

    71 Frédéric Sawicki, « Les politistes et le microscope », dans M. Bachir (dir.), Les méthodes au concret. Démarches, formes de l’expérience et terrains d’investigation en science politique, Paris, PUF, 2000, p. 143-164.

    72 Patrick Champagne, « La restructuration de l’espace villageois », art. cité.

    73 En 1974, il y avait 11 exploitations inférieures à 100 hectares, aucune aujourd’hui. Dans le mouvement de concentration des exploitations, les terres des petits agriculteurs ont été reprises par les plus gros agriculteurs du village.

    74 Céline Braconnier et Jean-Yves Dormagen, La démocratie de l’abstention, op. cit.

    75 Taux de variation.

    76 Emmanuel Pierru et Sébastien Vignon, « Déstabilisation des lieux d’intégration traditionnels et transformation de l’“entre soi” rural. L’exemple du département de la Somme », dans C. Bessière, É. Doidy, O. Jacquet, G. Laferté, J. Mischi, N. Rénahy et Y. Sencébé (dir.), Les mondes ruraux à l’épreuve des sciences sociales, Versailles, éditions Quae, 2007. Lors du 1er tour de l’élection présidentielle de 2017, Marine Le Pen a recueilli 31 % des inscrits (37,8 % des suffrages exprimés). Lors du second tour, elle élargit son audience électorale et devance Emmanuel Macron en obtenant 42 % des inscrits (60 % des suffrages exprimés).

    77 Des études ont bien montré que l’installation à « la campagne » résultait de logiques contrastées ; voir notamment Lionel Rougé, « Accession à la propriété et modes de vie en maisons individuelles des familles modestes installées en périurbain toulousain. Les captifs du périurbain », thèse de doctorat de géographie, Université de Toulouse 2, 2005.

    78 Les développements ci-dessous reprennent des éléments d’analyse présentés dans Sébastien Vignon, « Abstentionnisme électoral et recompositions des échelles d’appartenance locale. Le cas des élections municipales dans un village de la Somme », dans F. Buton, P. Lehingue, N. Mariot et S. Rozier (dir.), L’ordinaire du politique. Enquêtes sur les rapports profanes au politique, Villeneuve-d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2016.

    79 Jean-Claude Chamboredon, Jean-Philippe Mathy, Anne Mejean et Florence Weber, « L’appartenance territoriale comme principe de classement et d’identification », Sociologie du sud-est, n° 41-44, 1984-1985, p. 61-86.

    80 Sur l’ensemble des indignités politiques et sociales condensées par le chômeur, voir Didier Demazière, Sociologie des chômeurs, Paris, La Découverte, 2006 et Emmanuel Pierru, Guerre aux chômeurs ou guerre au chômage, Bellecombe-en-Bauges, Éditions du Croquant, 2005.

    81 Norbert Elias et John L. Scotson, Logiques de l’exclusion, Paris, Fayard, 1997.

    82 François Madoré, « La demande en logements : de la pavillonnarisation de l’espace périurbain à la revalorisation de quartiers anciens », dans J.-R. Bertrand et J. Chevallier (dir.), Logement et habitat dans les villes européennes, Paris, L’Harmattan, 1998, p. 165-181.

    83 Sur ce point, voir également Anne Jadot, « Les électeurs ruraux et le lien représentatif : approche comparative de la (dé)valorisation et de la (dé)politisation des élections locales », dans S. Barone et A. Troupel (dir.), Battre la campagne. Élections et pouvoir municipal en milieu rural, Paris, L’Harmattan, 2010, p. 75-111.

    84 Éric Charmes, La vie périurbaine face à la menace des gated communities, Paris, L’Harmattan, 2005.

    85 On peut rapprocher ce type de comportement du « cynical chic » dont parle Nina Eliasoph, « Political culture and the presentation of a political “self” : a study of the public sphere in the spirit of Erving Goffman », Theory and Society, n° 19-4, 1990, p. 465-494.

    86 Trois des neuf associations du village sont actuellement présidées par des personnes installées depuis moins de 10 ans à Saint-Vast.

    87 La part des « natifs » parmi les membres du conseil municipal a considérablement diminué : sept sur treize en 1977 contre deux sur 15 à l’issue du renouvellement municipal de 2014.

    88 Catherine Bidou, Les aventuriers du quotidien. Essai sur les nouvelles classes moyennes, Paris, PUF, 1984.

    89 Emmanuel Pierru et Sébastien Vignon, « Déstabilisation des lieux d’intégration traditionnels », art. cité.

    90 François Buton, Claire Lemercier et Nicolas Mariot, « The household effect on electoral participation : a contextual analysis of voter signatures from a French polling station (1982-2007) », Electoral Studies, n° 31-2, 2012, p. 434-447.

    91 Céline Braconnier et Jean-Yves Dormagen, La démocratie de l’abstention, op. cit., p. 378.

    92 Alan S. Zuckerman, « Returning to the Social Logic of Political Behavior », dans A. S. Zuckerman (dir.), The Social Logic of Politics : Personal Networks as Contexts for Political Behavior, Philadelphie, Temple University Press, 2005, p. 3-20 ; Jessica Sainty, « Contextualiser les comportements politiques par le territoire », L’Espace Politique [En ligne], 23 | 2014-2.

    93 Jean-Claude Chamboredon, Jean-Philippe Mathy, Anne Mejean et Florence Weber, « L’appartenance territoriale comme principe de classement », art. cité.

    94 La relation entre le niveau d’intégration locale et les pratiques électorales n’a quasiment jamais été explorée en science politique à l’exception des travaux d’Annie Laurent, « Vote et ancienneté des attaches résidentielles », dans É. Dupoirier et J.-L. Parodi (dir.), Les indicateurs socio-politiques aujourd’hui, Paris, L’Harmattan, 1997, p. 335-349.

    95 Jacques Revel (dir.), Jeux d’échelles. La micro- analyse à l’expérience, Paris, Gallimard-Seuil, 1996 ; Laurent Le Gall, L’Électeur en campagnes dans le Finistère. Une Seconde République de Bas-Bretons, Paris, Les Indes Savantes/La Boutique de l’Histoire, 2009.

    96 Daniel Gaxie, « Économie des partis et rétributions du militantisme », Revue française de science politique, n° 27-1, 1977, p. 123-154.

    Auteur

    • Sébastien Vignon

      Politiste, maître de conférences à l’Université de Picardie Jules-Verne, chercheur au CURAPP-ESS

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    1 Voir notamment Jean-Claude Bontron et Agnès Roche, « La résistance du vote rural (1981-2002) », Études rurales, n° 171-172, 2004, p. 35-44 ; Emmanuel Pierru et Sébastien Vignon, « L’inconnue de l’équation FN : ruralité et vote d’extrême-droite. Quelques éléments à propos de la Somme », dans A. Antoine et J. Mischi (dir.), Sociabilité et politique en milieu rural, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2008, p. 407-419 ; Sylvain Barone et Emmanuel Négrier, « Voter Front National en milieu rural. Une perspective ethnographique », dans S. Crépon, A. Dézé et N. Mayer (dir.), Les faux-semblants du Front national, Paris, Presses de Sciences Po, 2015, p. 417-434.

    2 Yves Déloye et Olivier Ihl, L’acte de vote, Paris, Presses de Sciences-Po, 2008. Pour deux exceptions, voir Lucie Bargel, « Les “originaires” en politique. Migration, attachement local et mobilisations électorales de montagnards », Politix, n° 113-1, 2016, p. 171-199 ; Jean-Louis Briquet, « Le vote au village des Corses de l’extérieur. Dispositifs de contrôle et expressions des sentiments (xixe-xxe siècles) », Revue française de science politique, n° 2, 2016, p. 751-771.

    3 Valérie Jousseaume et Michaël Bermond, « La disparition statistique de l’espace rural » dans C. Margeric et al., Atlas des campagnes de l’Ouest, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2014, p. 70-71.

    4 Définir l’espace rural comme simple complément de l’espace sous influence urbaine ne suffisait plus à rendre compte de la variété des interactions entre villes et campagnes.

    5 Le titre de l’ouvrage collectif dirigé par Bertrand Hervieu au début des années 1990 et rassemblant des contributions centrées sur les espaces ruraux en est très illustratif : Bertrand Hervieu (dir.), Les agriculteurs français aux urnes, Paris, L’Harmattan, 1992.

    6 Patrick Lehingue, « L’inégale dignité des terrains d’étude : la sociologie électorale et l’analyse des scrutins locaux », dans C. Bidegaray, S. Cadiou et C. Pina (dir), L’élu local aujourd’hui, Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, 2009, p. 163-186.

    7 Pour une mise en perspective, voir Julien Damon, Hervé Marchal et Jean-Marc Stébé, « Les sociologues et le périurbain : découverte tardive, caractérisations mouvantes, controverses nourries », Revue française de sociologie, n° 57-4, 2016, p. 619-639.

    8 Marcel Maget, « Remarques sur le village comme cadre de recherches anthropologiques », Bulletin de psychologie, n° 8, 1955, p. 373-382.

    9 Dans les communes de moins de 1 000 habitants, le décompte des voix s’effectue de manière individuelle et le panachage est autorisé.

    10 Voir notamment Marcel Jollivet et Henri Mendras, Les collectivités rurales françaises. Étude comparative du changement social, Paris, Armand Colin, 1971 ; Marcel Jollivet et Henri Mendras, Sociétés paysannes ou luttes de classes au village ? Les collectivités rurales françaises, II, Paris, Armand Colin, 1974.

    11 Dès 1976, Patrick Champagne a en effet proposé de substituer la notion d’« espace villageois » aux notions préconstruites de « village » ou de « communauté rurale » afin de ne pas « réifier » l’entité villageoise par la monographie : Patrick Champagne, « La restructuration de l’espace villageois » [1976], repris dans L’héritage refusé. La crise de la reproduction sociale de la paysannerie française, 1950-2000, Paris, Seuil, 2002, p. 51-95.

    12 Nous reprenons ainsi la classification spatiale établie dans Julian Mischi, Nicolas Renahy et Abdoul Diallo, « Les classes populaires en milieu rural », dans S. Blancard, C. Détang-Dessendre et N. Renahy (dir.), Campagnes contemporaines. Enjeux économiques et sociaux des espaces ruraux français, Versailles, éditions Quæ, 2016, p. 23-34.

    13 Les trois catégories sont les suivantes : les communes urbaines (communes appartenant à un grand pôle), les communes périurbaines (communes appartenant à une couronne d’un grand pôle et les communes multipolarisées des grandes aires urbaines) et les communes rurales (composées des autres communes).

    14 Céline Braconnier, Une autre sociologie du vote. Les électeurs dans leurs contextes, Paris, Lextenso, 2010.

    15 Cette méthode a été convoquée dans une perspective ethnographique, voir Stéphane Beaud, « L’usage de l’entretien en sciences sociales. Plaidoyer pour l’entretien ethnographique », Politix, n° 35, 1996, p. 226-257.

    16 Conformément aux règles de restitution des données ethnographiques, nous avons changé le nom des territoires ruraux et des enquêté-e-s.

    17 Des entretiens avec des maires de ce territoire ont également été mobilisés dans le cadre de cette recherche. Ils ont permis de saisir leurs représentations des transformations des rapports sociaux villageois et de leurs effets sur l’exercice de leur rôle. Trente entretiens (élus et habitants) ont été réalisés entre 2001 et 2015.

    18 Christian Le Bart et Rémi Lefebvre, La proximité en politique. Usages, rhétoriques, pratiques, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2005.

    19 Comme le souligne Alain Lancelot, la dimension réduite du corps électoral est susceptible d’être une incitation au vote dans la mesure où chaque électeur peut mesurer la « valeur marginale » de son bulletin de vote : Alain Lancelot, L’abstentionnisme électoral en France, Paris, Presses de la Fondation Nationale des Sciences Politique, 1968.

    20 Ces derniers peuvent en effet rayer, panacher ou voter pour une liste complète. Un tel système électoral fait de l’élection une procédure moins contraignante que dans les villes avec le système des listes bloquées où le choix est plus encadré. Voir Sylvain Barone et Aurélia Troupel, « Les usages d’un mode de scrutin particulier. Les élections municipales dans les très petites communes », Pôle Sud, n° 29-2, 2008, p. 95-109.

    21 Dans les plus petites entités prévaut une certaine connaissance pratique à la fois de la nature des problèmes, de leur origine, voire dans certains cas du coût de leur résolution. Voir Daniel Gaxie et Patrick Lehingue, Enjeux municipaux. La constitution des enjeux politiques dans une élection municipale, Paris, PUF, 1984.

    22 Daniel Gaxie, Le cens caché. Inégalités culturelles et ségrégation politique, Paris, Seuil, 1978.

    23 Sur les 125 listes (et les matériaux de propagande qui leur sont associés) collectées lors des élections municipales de 2014 dans la Somme (communes « rurales » et « périurbaines » de moins de 3 500 habitants), seules deux contiennent un label/référent idéologique.

    24 L’une des propriétés de la politique « locale » est effectivement, comme le rappelle Daniel Gaxie de donner le sentiment d’une compétence d’évaluation à ceux qui en sont dépourvus quand il s’agit de « politique nationale » : Daniel Gaxie, « Vu du sens commun », EspacesTemps. Les Cahiers, n° 76-77, 2001, p. 82-94.

    25 Un tel mode de production des préférences électorales correspond à la « pensée indiciaire » spécifique aux catégories populaires : Michel Verret, La culture ouvrière, Paris, L’Harmattan, 1996 [1988] ; Bernard Pudal, « Politisations ouvrières et communisme », dans M. Dreyfus (dir.), Le siècle des communismes, Paris, L’Atelier, 2000, p. 513-526.

    26 La participation électorale d’un vaste échantillon d’individus est relevée par les agents de l’Insee sur les listes d’émargements au sein des préfectures dans les dix jours qui suivent le déroulement des scrutins.

    27 Ce zonage combine deux critères qui contribuent à délimiter les zones de concentration urbaine des populations, d’une part, par l’agglomération du bâti (moins de 200 mètres entre les bâtiments, sauf exceptions) et, d’autre part, par le nombre d’habitants (minimum de 2 000 habitants par zone monocommunale ou multicommunale agglomérée). Pour l’Insee, une zone agglomérée de moins de 2 000 habitants est une commune rurale.

    28 Pierre Bourdieu, « Questions de politique », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 16, 1977, p. 55-89 ; Daniel Gaxie et Patrick Lehingue, Enjeux municipaux, op. cit.

    29 Pierre Bourdieu et Claude Darbel, L’amour de l’art. Les musées d’art européens et leur public, Paris, Minuit, 1969.

    30 Daniel Gaxie, Le cens caché, op. cit.

    31 Daniel Gaxie et Patrick Lehingue, Enjeux municipaux, op. cit.

    32 Sébastien Vignon, « La dynamique des marchés électoraux périphériques : le cas des communes rurales de la Somme », dans J. Lagroye, P. Lehingue et F. Sawicki (dir.), Mobilisations électorales. L’exemple des élections municipales de mars 2001, Paris, PUF, 2005, p. 145‑167.

    33 Olivier Schwartz, Le monde privé des ouvriers, Paris, PUF, 2002 [1989].

    34 Sur les poncifs de cette représentation graphique de l’incompétence civique, voir Michel Offerlé, « Les figures du vote. Pour une iconographie du suffrage universel », Sociétés & Représentations, n° 12, 2001, p. 108-130.

    35 L’usage de traits humoristiques ou satiriques en conjoncture électorale a été mis en évidence par Yves Déloye et Olivier Ihl concernant les bulletins de vote dans les campagnes de la IIIe République. L’objectif était de contourner le sérieux affiché du rituel électoral, voir Yves Déloye et Olivier Ihl, « Légitimité et déviance. L’annulation des votes dans les campagnes de la IIIe République », Politix, n° 5-4, 1991, p. 13-24.

    36 Seulement 2 % des résidents (Insee, 2013) ont emménagé dans leur logement depuis moins de 2 ans.

    37 Dans ce village, 95 % des électeurs inscrits se sont déplacés au premier tour.

    38 Philippe Aldrin, « S’accommoder du politique. Économie et pratiques de l’information politique », Politix, n° 64-4, 2003, p. 177-203.

    39 Florence Weber, Le travail à-côté. Étude d’ethnographie ouvrière, Paris, INRA/Éditions EHESS, 2001 [1989].

    40 Françoise Zonabend, La mémoire longue. Temps et histoire au village, Paris, PUF, 1980.

    41 Monsieur Guacci, conseiller municipal d’une commune rurale.

    42 Jean-Claude Chamboredon, « Les usages urbains de l’espace rural : du moyen de production au lieu de récréation », Revue française de sociologie, n° 20-1, 1980, p. 97-119.

    43 Julian Mischi et Nicolas Renahy, « Pour une sociologie politique des mondes ruraux », Politix, n° 83-3, 2008, p. 9-21.

    44 Mark Kesselman, Le consensus ambigu. Étude sur le gouvernement local, Paris, Cujas, 1972 ; Jean-Yves Nevers, « La participation aux élections municipales dans les communes rurales », dans B. Hervieu (dir.), Les agriculteurs français aux urnes, op. cit.

    45 Avec la loi du 17 mai 2013, le seuil à partir duquel les communes élisent leurs conseillers au scrutin proportionnel de liste a été abaissé de 3 500 à 1 000 habitants.

    46 Une seule de ces communes comprend plus de 1 000 habitants. Il s’agit du chef-lieu (1 990 habitants).

    47 Conformément aux règles de restitution des données ethnographiques, nous avons changé le nom des lieux et des enquêtés.

    48 Céline Braconnier et Jean-Yves Dormagen, La démocratie de l’abstention. Aux origines de la démobilisation électorale en milieux populaires, Paris, Gallimard, 2007.

    49 L’agriculture conserve un rôle prépondérant dans l’économie locale malgré la baisse du nombre d’exploitations : 3 % d’agriculteurs, contre 1,6 % pour la moyenne départementale.

    50 Le canton comptait 6 064 habitants en 1982 contre 7 489 en 2013.

    51 Source : Courrier Picard, données personnelles.

    52 Comme le soulignait André Siegfried, les élections de « combat » sont toujours plus favorables à la participation que les élections d’« apaisement ».

    53 Stéphane Blancard, Cécile Détang-Dessendre et Nicolas Renahy, Campagnes contemporaines, op. cit.

    54 Pour une analyse des ressorts de ce processus, on renvoie notamment à Patrick Champagne, « La restructuration de l’espace villageois », art. cité.

    55 La France comptait 2 307 000 exploitations agricoles en 1955 contre 664 000 en 2000.

    56 Le solde migratoire est positif depuis 1999.

    57 L’indice de construction 2007-2012 est de 5,5 logements/1 000 habitants/an (Somme : 4,7). Les données de l’Insee (2012) indiquent que 10 % des résidences principales du territoire ont été construites entre 2006 et 2011. Entre 1968 et 2014, le nombre de logements est passé de 2 596 à 3 886.

    58 La définition des « nouveaux résidents » retenue ici présente une limite puisque les migrations résidentielles intercensitaires ne sont pas prises en compte dans la base « Migcom » 2008 produite par l’Insee. En effet, les arrivants sont les personnes âgées de cinq ans ou plus au 1er janvier 2008 qui ont changé de commune de résidence à cinq ans d’intervalle (n = 365). Ont été exclus par ailleurs les individus qui ont changé de commune au sein du canton de Garchant.

    59 C’est ce qu’avaient déjà mis en évidence plusieurs études, voir par exemple Valérie Jousseaume et François Madoré, « Les parcours résidentiels des nouveaux habitants des communes de Saffré et Vay », Les Cahiers nantais, n° 1, 2008, p. 51-60.

    60 En 1988, 15 des 22 communes avaient un café contre seulement 4 aujourd’hui. Données personnelles (2014) et L’inventaire communal, Insee, 1988.

    61 Les données ne sont pas certes exhaustives (sondages au quart) mais permettent malgré tout de caractériser les propriétés sociales et résidentielles des ménages.

    62 Expression formulée par Charles Suaud lors de notre soutenance de thèse le 17 novembre 2009 : Sébastien Vignon, « Des maires en campagne. Les logiques spécifiques de (re)construction d’un rôle politique spécifique », thèse de doctorat en science politique, Université de Picardie Jules Verne, 2009.

    63 Au recensement de 1999, la commune comptait 174 habitants.

    64 En 1999, 18 des 34 nouveaux habitants vivaient en ville lors du précédent recensement Reconstitutions statistiques opérées par nos soins à partir de la base de données « Mobilités » de l’Insee permettant de recenser les communes d’origine des migrants entre deux recensements.

    65 Sébastien Vignon, « Des maires en campagne. Transformations des répertoires de mobilisation électorale et des registres de légitimité politique dans les mondes ruraux », Politix, n° 113, 2016, p. 17-42.

    66 À l’instar des sapeurs-pompiers volontaires dépeints par Jean-Noël Retière, « Être sapeur-pompier volontaire. Du dévouement à la compétence », Genèses, n° 16, 1994, p. 94-113.

    67 Se reporter notamment à Alain Garrigou, Le vote et la vertu. Comment les Français sont devenus électeurs, Paris, Presses de Science Po, 1992, ou encore à Christine Guionnet, L’apprentissage de la politique moderne. Les élections municipales sous la monarchie de Juillet, Paris, L’Harmattan, 1997.

    68 Dans cette commune du canton de Garchant, près d’un quart des ménages réside dans la commune depuis moins de 5 ans.

    69 Jean-Louis Briquet, La tradition en mouvement. Clientélisme et politique en Corse, Paris, Belin, 1997.

    70 Sur les capacités de mobilisation et de politisation d’organisations comme l’Église catholique, voir notamment Anthony Oberschall, Social conflict and social movements, Englewood Cliffs, Prentice Hall, 1973.

    71 Frédéric Sawicki, « Les politistes et le microscope », dans M. Bachir (dir.), Les méthodes au concret. Démarches, formes de l’expérience et terrains d’investigation en science politique, Paris, PUF, 2000, p. 143-164.

    72 Patrick Champagne, « La restructuration de l’espace villageois », art. cité.

    73 En 1974, il y avait 11 exploitations inférieures à 100 hectares, aucune aujourd’hui. Dans le mouvement de concentration des exploitations, les terres des petits agriculteurs ont été reprises par les plus gros agriculteurs du village.

    74 Céline Braconnier et Jean-Yves Dormagen, La démocratie de l’abstention, op. cit.

    75 Taux de variation.

    76 Emmanuel Pierru et Sébastien Vignon, « Déstabilisation des lieux d’intégration traditionnels et transformation de l’“entre soi” rural. L’exemple du département de la Somme », dans C. Bessière, É. Doidy, O. Jacquet, G. Laferté, J. Mischi, N. Rénahy et Y. Sencébé (dir.), Les mondes ruraux à l’épreuve des sciences sociales, Versailles, éditions Quae, 2007. Lors du 1er tour de l’élection présidentielle de 2017, Marine Le Pen a recueilli 31 % des inscrits (37,8 % des suffrages exprimés). Lors du second tour, elle élargit son audience électorale et devance Emmanuel Macron en obtenant 42 % des inscrits (60 % des suffrages exprimés).

    77 Des études ont bien montré que l’installation à « la campagne » résultait de logiques contrastées ; voir notamment Lionel Rougé, « Accession à la propriété et modes de vie en maisons individuelles des familles modestes installées en périurbain toulousain. Les captifs du périurbain », thèse de doctorat de géographie, Université de Toulouse 2, 2005.

    78 Les développements ci-dessous reprennent des éléments d’analyse présentés dans Sébastien Vignon, « Abstentionnisme électoral et recompositions des échelles d’appartenance locale. Le cas des élections municipales dans un village de la Somme », dans F. Buton, P. Lehingue, N. Mariot et S. Rozier (dir.), L’ordinaire du politique. Enquêtes sur les rapports profanes au politique, Villeneuve-d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2016.

    79 Jean-Claude Chamboredon, Jean-Philippe Mathy, Anne Mejean et Florence Weber, « L’appartenance territoriale comme principe de classement et d’identification », Sociologie du sud-est, n° 41-44, 1984-1985, p. 61-86.

    80 Sur l’ensemble des indignités politiques et sociales condensées par le chômeur, voir Didier Demazière, Sociologie des chômeurs, Paris, La Découverte, 2006 et Emmanuel Pierru, Guerre aux chômeurs ou guerre au chômage, Bellecombe-en-Bauges, Éditions du Croquant, 2005.

    81 Norbert Elias et John L. Scotson, Logiques de l’exclusion, Paris, Fayard, 1997.

    82 François Madoré, « La demande en logements : de la pavillonnarisation de l’espace périurbain à la revalorisation de quartiers anciens », dans J.-R. Bertrand et J. Chevallier (dir.), Logement et habitat dans les villes européennes, Paris, L’Harmattan, 1998, p. 165-181.

    83 Sur ce point, voir également Anne Jadot, « Les électeurs ruraux et le lien représentatif : approche comparative de la (dé)valorisation et de la (dé)politisation des élections locales », dans S. Barone et A. Troupel (dir.), Battre la campagne. Élections et pouvoir municipal en milieu rural, Paris, L’Harmattan, 2010, p. 75-111.

    84 Éric Charmes, La vie périurbaine face à la menace des gated communities, Paris, L’Harmattan, 2005.

    85 On peut rapprocher ce type de comportement du « cynical chic » dont parle Nina Eliasoph, « Political culture and the presentation of a political “self” : a study of the public sphere in the spirit of Erving Goffman », Theory and Society, n° 19-4, 1990, p. 465-494.

    86 Trois des neuf associations du village sont actuellement présidées par des personnes installées depuis moins de 10 ans à Saint-Vast.

    87 La part des « natifs » parmi les membres du conseil municipal a considérablement diminué : sept sur treize en 1977 contre deux sur 15 à l’issue du renouvellement municipal de 2014.

    88 Catherine Bidou, Les aventuriers du quotidien. Essai sur les nouvelles classes moyennes, Paris, PUF, 1984.

    89 Emmanuel Pierru et Sébastien Vignon, « Déstabilisation des lieux d’intégration traditionnels », art. cité.

    90 François Buton, Claire Lemercier et Nicolas Mariot, « The household effect on electoral participation : a contextual analysis of voter signatures from a French polling station (1982-2007) », Electoral Studies, n° 31-2, 2012, p. 434-447.

    91 Céline Braconnier et Jean-Yves Dormagen, La démocratie de l’abstention, op. cit., p. 378.

    92 Alan S. Zuckerman, « Returning to the Social Logic of Political Behavior », dans A. S. Zuckerman (dir.), The Social Logic of Politics : Personal Networks as Contexts for Political Behavior, Philadelphie, Temple University Press, 2005, p. 3-20 ; Jessica Sainty, « Contextualiser les comportements politiques par le territoire », L’Espace Politique [En ligne], 23 | 2014-2.

    93 Jean-Claude Chamboredon, Jean-Philippe Mathy, Anne Mejean et Florence Weber, « L’appartenance territoriale comme principe de classement », art. cité.

    94 La relation entre le niveau d’intégration locale et les pratiques électorales n’a quasiment jamais été explorée en science politique à l’exception des travaux d’Annie Laurent, « Vote et ancienneté des attaches résidentielles », dans É. Dupoirier et J.-L. Parodi (dir.), Les indicateurs socio-politiques aujourd’hui, Paris, L’Harmattan, 1997, p. 335-349.

    95 Jacques Revel (dir.), Jeux d’échelles. La micro- analyse à l’expérience, Paris, Gallimard-Seuil, 1996 ; Laurent Le Gall, L’Électeur en campagnes dans le Finistère. Une Seconde République de Bas-Bretons, Paris, Les Indes Savantes/La Boutique de l’Histoire, 2009.

    96 Daniel Gaxie, « Économie des partis et rétributions du militantisme », Revue française de science politique, n° 27-1, 1977, p. 123-154.

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    • Sussman, Sarah. (2022) Recent Books and Dissertations on French History. French Historical Studies, 45. DOI: 10.1215/00161071-9532038
    • (2025) Conflits politiques en milieu rural. DOI: 10.3917/pug.bue.2025.01.0193
    • Pina, Christine. (2023) Une participation électorale sous conditions. Études rurales, 211. DOI: 10.4000/etudesrurales.31151

    Ce chapitre est cité par

    • Haute, Tristan. Hébert, Timoté. (2025) Voter aux élections sociales et professionnelles en Belgique et en France : des ressorts communs ?. La Revue de l'Ires, n° 114. DOI: 10.3917/rdli.114.0091

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    Vignon, S. (2021). 2. Vers une dé-singularisation tendancielle des communes rurales en matière de participation électorale ?. In C. Granger, L. Le Gall, & S. Vignon (éds.), Voter au village. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.102744
    Vignon, Sébastien. « 2. Vers une dé-singularisation tendancielle des communes rurales en matière de participation électorale ? ». In Voter au village, édité par Christophe Granger, Laurent Le Gall, et Sébastien Vignon. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2021. doi:10.4000/books.septentrion.102744.
    Vignon, Sébastien. « 2. Vers une dé-singularisation tendancielle des communes rurales en matière de participation électorale ? ». Voter au village, édité par Christophe Granger et al., Presses universitaires du Septentrion, 2021, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.102744.

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    Granger, C., Le Gall, L., & Vignon, S. (éds.). (2021). Voter au village. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.102679
    Granger, Christophe, Laurent Le Gall, et Sébastien Vignon, éd. Voter au village. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2021. doi:10.4000/books.septentrion.102679.
    Granger, Christophe, et al., éditeurs. Voter au village. Presses universitaires du Septentrion, 2021, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.102679.
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