• Contenu principal
  • Menu
OpenEdition Books
  • Accueil
  • Catalogue de 16479 livres
  • Éditeurs
  • Auteurs
  • Facebook
  • X
  • Partager
    • Facebook

    • X

    • Accueil
    • Catalogue de 16479 livres
    • Éditeurs
    • Auteurs
  • Ressources numériques en sciences humaines et sociales

    • OpenEdition
  • Nos plateformes

    • OpenEdition Books
    • OpenEdition Journals
    • Hypothèses
    • Calenda
  • Bibliothèques

    • OpenEdition Freemium
  • Suivez-nous

  • Lettre d’information
OpenEdition Search

Redirection vers OpenEdition Search.

À quel endroit ?
  • Presses universitaires du Septentrion
  • ›
  • Perspectives
  • ›
  • Ce que Mai 68 a fait à la littérature
  • ›
  • L’hémisphère 68 de la génération inculte...
  • Presses universitaires du Septentrion
  • Presses universitaires du Septentrion
    Presses universitaires du Septentrion
    Informations sur la couverture
    Table des matières
    Liens vers le livre
    Informations sur la couverture
    Table des matières
    Formats de lecture

    Plan

    Plan détaillé Texte intégral Figurations du moment 68 chez Arno Bertina, Claro et François Bégaudeau 68 par la bibliothèque : Gilles Deleuze et Jacques Rancière De Mai 68 à Nuit Debout : groupes littéraires et mouvements sociaux Notes de bas de page Auteur

    Ce que Mai 68 a fait à la littérature

    Ce livre est recensé par

    Précédent Suivant
    Table des matières

    L’hémisphère 68 de la génération inculte

    Jean-Marc Baud

    p. 143-154

    Texte intégral Figurations du moment 68 chez Arno Bertina, Claro et François Bégaudeau 68 par la bibliothèque : Gilles Deleuze et Jacques Rancière De Mai 68 à Nuit Debout : groupes littéraires et mouvements sociaux Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Dans la préface écrite pour le livre de Jean-Baptiste Harang, Jours de Mai, on trouve ce passage écrit par Mathias Énard :

    Il convient tout d’abord de préciser qu’un fâcheux retard à la naissance m’empêcha non seulement d’y participer, mais même d’en être témoin, fût-ce depuis les langes. Mai 68 eut lieu sans moi. Et pourtant cette date m’est encore plus familière que, par exemple, Mai 43 (prise de la Smala d’Abd el-Kader par le duc d’Aumale), Mai 1871 (écrasement dans le sang de la Commune de Paris) ou même Mai 1936 (Front Populaire). Je dirais même plus : j’ai toujours considéré, bon an mal an, que ces événements de Mai 68 faisaient partie de notre héritage, qu’ils nous avaient formés, que bonne part de notre culture actuelle s’était construite sur les événements de Mai. Événements qui, en ce qui me concerne, nourrissent une immense curiosité. Une curiosité mêlée de tendresse pour la génération qui nous a précédés, ce peuple de héros1.

    2Ce témoignage synthétise, me semble-t-il, le regard que portent les membres du collectif Inculte2 sur Mai-Juin 68. Ses auteurs sont pour la plupart nés après 1968 : le plus âgé, Claro, avait six ans pendant l’insurrection de Mai et la plus jeune, Hélène Gaudy, est née en 1979. Cependant, leurs ouvrages individuels et collectifs, la revue Inculte et la maison d’édition du même nom portent la trace de cette « curiosité » et de cette « tendresse » pour 68, événement électif pour ces auteurs à qui l’on demande aujourd’hui d’intervenir dans divers cadres pour les cinquante ans de Mai 683. C’est cette filiation de Mai chez des écrivains nés après lui que je voudrais interroger, c’est-à-dire à la fois les représentations qu’ils en proposent et les filiations esthétiques, philosophiques et politiques qui en dérivent.

    Figurations du moment 68 chez Arno Bertina, Claro et François Bégaudeau

    368 est un motif de plusieurs fictions écrites par les incultes : il occupe souvent une place importante dans l’économie générale de ces romans et dessine dans le même temps une certaine interprétation de l’événement. Je voudrais en donner trois exemples, qui sont autant de vignettes narratives de 68 chez trois membres ou anciens membres du collectif.

    4La première d’entre elles se trouve dans Le Dehors ou la migration des truites (2001) d’Arno Bertina : ce premier roman raconte, de 1961 à 1968, le parcours d’un médecin français et d’un kabyle qui ont dû fuir l’Algérie lors de la guerre d’indépendance pour s’installer en France. L’épisode vaut d’une certaine manière comme épilogue et comme contrepoint tonal et narratif. Là où tout le récit suit les trajectoires de ces personnages en échec, pris dans les tourments de l’histoire, dans la mélancolie d’une identité amputée et d’un pays perdu, Mai 68 joue comme relève du roman, à la fois collective et individuelle, y compris au sein du personnel narratif, puisque cette dernière partie se concentre sur la fille de Kateb, l’immigré kabyle, qui assume davantage que les deux personnages principaux son identité mêlée dans une société en pleine effervescence. La position finale de l’épisode vient ainsi déjouer l’interprétation du récit comme roman du trauma et de l’impossible réinvention de soi. Cette position finale dit aussi autre chose : elle vaut comme indice postural pour le jeune auteur qu’est Arno Bertina, comme promesse d’une œuvre à venir qui refuse de se cantonner à une littérature historique, de la mélancolie et de l’exil et affirmera peu à peu son désir, pour reprendre le titre d’un petit récit aux allures de manifeste, d’une « déconfite gigantale du sérieux »4, d’une littérature vitaliste, de la joie, des métamorphoses et du grotesque. L’auteur n’en livre pas moins une représentation ambiguë de 68. L’événement est en effet figuré à travers l’occupation de l’Odéon. Le roman y puise une vitalité qui se marque stylistiquement par un dispositif polyphonique, à la ponctuation effondrée qui mime le chaos joueur et revendicatif des prises de parole5. Mais le choix métonymique effectué par l’auteur souligne également le caractère théâtral de Mai, d’une révolte qui prend d’assaut les théâtres plutôt que l’assemblée et qui échoue peut-être, malgré cette parole multiple et grisante, à effacer les barrières sociales qui la parcourent : l’une des locutrices se fait par exemple huer en évoquant à la tribune les rêves bourgeois de son père prolétaire et le récit décrit également les dissensus entre les machinistes et les occupants.

    5Un premier déplacement de 68 s’opère chez Claro dans Tous les diamants du ciel, paru en 2012. Le récit constitue la fresque du second vingtième-siècle (celui de la contre-culture et de la guerre froide), traversé par deux personnages, Antoine et Lucy, une ex-junkie américaine. Ce qui est intéressant dans ce tableau, c’est le choix d’escamoter Mai 68, expédié en un paragraphe, pour se focaliser sur l’année 69-70 qui occupe quatre des six chapitres du livre. Significativement, Antoine arrive après les derniers mouvements de mai-juin à Paris, il manque l’histoire et manque également la communauté qui s’y forme. C’est un personnage définitivement décalé, historiquement et psychiquement, auquel 68 n’offre aucun espoir de sursaut. L’autre raison tient à l’économie générale du roman : l’énergie de Mai-Juin 68 le cède à l’enthousiasme du 67 américain, l’été de l’amour de San Francisco auquel le second personnage, Lucy, participe et qui donne lieu à une description plus détaillée. Cette substitution témoigne de l’intérêt de Claro, traducteur reconnu de l’américain, et plus largement du collectif Inculte pour l’histoire et la littérature américaines. Elle montre aussi comment, pour ces auteurs, 68 déborde Mai, s’étend temporellement et spatialement, pour devenir un moment-monde aux foyers multiples. Mais, comme chez Bertina, ce 68 hors de Mai, est placé tout à la fois sous le signe de l’énergie et de l’illusion6. Le départ pour San Francisco et l’été 67 valent comme émancipation paradoxale : Lucy quitte l’identité aliénante qu’elle s’était donnée pour se ranger, celle de Mrs Nideker, bonne épouse et bonne mère de famille californienne engluée dans une vie familiale monotone. C’est aussi cet événement qui lui donne par la suite l’impulsion du départ pour une nouvelle vie en France, l’été 67 servant donc de pivot au roman. Pourtant, si cette émancipation est bien réelle, elle est aussi contrainte : elle se fait sous la houlette de Wen Kroy, un membre de la CIA, ange gardien ambigu l’ayant enrôlée pour mener des expériences et obtenir des informations sur ses clients consommateurs de LSD, en plein contexte de guerre froide et de contestation de la jeunesse. Risquant d’être assassinée, elle est poussée par Wen Kroy à s’installer d’abord quatorze ans durant dans cette vie de famille, puis en 67 à partir vers San Francisco, enfin à quitter les USA pour la France. L’enthousiasme de l’été 67 est ainsi miné, dégrisé par le double jeu auquel est contrainte Lucy, à la fois militante anarchiste et indic pour la CIA.

    6Enfin, c’est sans doute François Bégaudeau7 qui manifeste le plus d’admiration et d’intérêt pour 68, se définissant lui-même dans un entretien comme « soixante-huitard absolu »8. Certains des articles qu’il écrit dans la revue Inculte constituent un éloge et une défense de l’événement mais aussi de la génération 68, souvent accusée d’avoir été récupérée9. L’un des meilleurs exemples de sa représentation de 68 serait peut-être, étrangement, la biographie fictionnalisée qu’il a consacrée à Mick Jagger, Un démocrate : Mick Jagger (1960-1969). 68 n’est plus seulement déplacé, comme chez Claro, mais dilué à l’échelle d’une décennie. Le livre se présente en effet comme le portrait de la décennie 60 à travers celui du leader des Rolling Stones, que le narrateur fait naître en 1960 et mourir en 1969. Les années 60 et la vie de Mick Jagger défilent dans un crescendo qui fait de 68 l’acmé ou l’orgasme de la décennie, où s’opère la rencontre du rock et de la lutte, d’Elvis Presley et de Marx10. Le narrateur oscille entre l’ethos de l’historien assertif et sûr de son fait et celui du fan, écrivant par exemple à propos de One+One de Godard : « En 1968 le plus grand cinéaste du monde filme le plus grand groupe du monde en train d’enregistrer la plus grande chanson du monde »11. Mick Jagger, mythe sans intériorité, énergie pure, est l’emblème de ce que le narrateur puise en 68 et qui constitue ce qu’il appelle « démocratie » : la triple effraction du corps, du désir et de la foule.

    7Le motif de 68, on le voit, est protéiforme : chaque auteur lui compose un visage divers, que 68 soit français ou international, qu’il se déroule à l’échelle d’un mois ou de plusieurs années, qu’il soit emblématisé par un théâtre, une drogue ou une rock star. À des intensités et des degrés de « tendresse » et d’admiration variables, les incultes trouvent en 68 un événement électif, une « boîte à outils »12, c’est-à-dire un territoire historique à arraisonner, philosophiquement, politiquement et esthétiquement. Plutôt que la déploration post-romantique d’être né trop tard, c’est la joie et l’énergie de pouvoir saisir librement cet héritage qui domine. Mais de quoi et de qui les incultes héritent-ils dans 68 ?

    68 par la bibliothèque : Gilles Deleuze et Jacques Rancière

    8Pour tenter de sonder l’héritage de 68 chez les incultes sans extrapoler trop généreusement sur les conséquences de Mai, ni effectuer de parallèles hasardeux, il me semble qu’il faut identifier des circuits, des canaux, des courroies par où l’événement a pu filtrer jusqu’à eux, marquant à la fois leurs convictions politiques et esthétiques mais aussi peut-être leurs pratiques de groupe. L’hypothèse que je ferais est que cet héritage se fait par le truchement de trois philosophes chez qui Mai 68 a joué un rôle important : Gilles Deleuze et Félix Guattari d’une part, et Jacques Rancière d’autre part. Il y a chez les incultes une capillarité de Mai par la bibliothèque. Au-delà de leur engagement en 68, l’événement a agi chez ces philosophes comme une sorte de réveil dogmatique donnant un tour nouveau à leur pensée. François Dosse, dans la biographie qu’il consacre à Deleuze et Guattari, parle, en reprenant une expression de Michel de Certeau, de « rupture instauratrice »13. Dans un entretien mené avec les deux philosophes qu’Inculte réédite dans le numéro 4 de sa revue, Félix Guattari considère L’Anti-Œdipe comme « une suite de Mai »14. De la même façon, Mai-Juin 68 joue un rôle important dans le parcours intellectuel de Jacques Rancière et sa rupture avec son maître, Althusser, sur laquelle nous reviendrons. Or, ces figures sont les penseurs-mana du collectif. À certains égards, Inculte pourrait être décrit comme une scène de lecture collective de Deleuze et de Rancière, tant les références aux philosophes sont nombreuses, tant leurs concepts et leurs citations émaillent la revue, les ouvrages collectifs mais aussi les entretiens des auteurs qui les mobilisent pour le commentaire de leurs propres œuvres. Sans revenir sur toutes les facettes de cette filiation, je voudrais me concentrer précisément sur ce que leur héritage charrie de Mai 68, la façon dont ces philosophes sont les matériaux conducteurs de 68 chez les incultes15.

    9Je partirai pour cela d’un exemple : le dossier du numéro 12 d’Inculte, intitulé « Les forces de l’ordre ». On pourrait dire qu’il s’agit d’un dossier soixante-huitard de la revue. Tout d’abord, dans son imagerie : le dossier est illustré de tags et d’affiches issus de la grammaire contestataire. Référence qui semble prolongée par la contribution de Bernard Wallet, le fondateur de Verticales, qui propose dans « Un peu d’ordre dans le désordre des ordres », un montage de citations qui imite une notice de dictionnaire mais peut aussi faire référence à la poésie murale dont 68 a été un moment-clé. Soixante-huitard, le dossier l’est aussi par ses lignes de force : au-delà de l’expression lexicalisée de « forces de l’ordre » désignant les policiers, les contributeurs composent un éloge du désordre, à la fois politique (dans les articles de François Bégaudeau et Mathieu Larnaudie) mais aussi esthétique (avec « Fiction de la norme » de Matthieu Rémy, qui mentionne notamment Guy Debord, et « Logique du désordre » d’Oliver Rohe). Se dessine là un spontanéisme qui travaille plus généralement les convictions politiques anti-institutionnelles de plusieurs incultes mais aussi leurs parti-pris formels et la trajectoire de leurs personnages. Il informe peut-être aussi les pratiques du groupe lui-même qui, dans sa posture, insiste sur le refus de tout programme littéraire et de tout manifeste. Dans l’article de François Bégaudeau, qui évoque les « divines saillies »16 comme Mai 68, le désordre est institué comme ligne de partage entre la droite et la gauche, dont il serait l’« affect matriciel »17. À la fin du texte, il invite à constituer pour soi-même une « Police Quotidienne du Désordre » pour « neutraliser les pulsions d’ordre »18 chez chacun, qui rappelle fortement le fascisme moléculaire19 de Deleuze ou l’exhortation à ne pas susciter un général en soi20. Cette politique du désordre, conçue comme effraction, convoque aussi Jacques Rancière, qu’on retrouve au cœur de la contribution de Mathieu Larnaudie, un compte rendu de l’ouvrage La Haine de la démocratie. L’auteur y rappelle sa définition de la démocratie comme règne de l’excès et pratique du dissensus, et celle de la politique comme nouveau partage du sensible, c’est-à-dire une redistribution des légitimités (à parler, à savoir, à apparaître). Dans la note finale de sa contribution, Mathieu Larnaudie cite quelques contre-mots d’ordre à mettre en œuvre à partir de cette lecture :

    […] injecter du multiple et de l’effraction dans l’espace commun de la langue ; perturber le sens, l’ordre du discours, la distribution du sensible ; convoquer les énonciateurs incultes, non-initiés, non-autorisés, quelconques ; mettre au travail le dissensus démocratique dans le rapport au mot ; « mettre la pagaïe chez soi-même » (Jean Genet) ; instruire des contre-modèles ; introduire de la complexité, du jeu, dans la syntaxe des dispositifs dominants […]21

    10Le passage résonne, avec ses infinitifs jussifs, à la fois comme un art poétique et un art politique. Ce qui me semble intéressant, c’est l’usage du mot « inculte ». Alors que le terme est présent seulement deux ou trois fois dans la revue et très peu théorisé, Mathieu Larnaudie offre ici une interprétation possible du nom collectif : l’inculte se donne comme l’antonyme de l’expert, à mi-chemin de l’amateur et de l’idiot, deux figures dont on sait la fortune en littérature contemporaine. Il me semble que c’est dans cette question du savoir et de la maîtrise que se joue principalement l’héritage de 68, médié par la philosophie de Jacques Rancière.

    11Chez Rancière, l’événement 68 et la fondation de l’université de Vincennes quelques temps plus tard favorisent la rupture avec son maître, Althusser, autour du rapport entre connaissance et politique. Il rompt ainsi avec la dichotomie entre science et idéologie qui faisait du parti d’avant-garde et de l’intellectuel le guide des masses, pour privilégier l’idée d’une démocratie comme effraction du multiple, du n’importe qui, fondée sur le principe de l’égalité des intelligences22. En 1968, dans un moment de créativité généralisée et de rejet de la spécialisation et de la maîtrise, s’amorce « une destitution symbolique »23 des figures d’autorité qui s’amplifiera dans les décennies suivantes pour l’auteur, bientôt débordé par le journaliste et le chercheur en sciences sociales. Le nom « inculte » et le projet du collectif témoignent d’un double effet de 68, comme en boomerang : il prend acte de cette marginalité de l’écrivain dans les champs du savoir et de la politique, qui vient en droite ligne de 68, mais il la renverse, grâce à Rancière, en éloge démocratique d’un savoir autodidacte, en capacité de déplacement de l’écrivain, amateur par excellence, dans tous les domaines de la connaissance. C’est ce que Mathieu Larnaudie appelle, dans ses « Propositions pour une littérature inculte », une « littérature profane » :

    Nous assumons une certaine négligence, qui brouille et enjambe les partages admis, et dont le corollaire tient en une autre acception ordinaire du mot « profane » : le profane, en quelque matière que ce soit, est aussi celui qui n’est pas autorisé d’avance, qui ne se prévaut d’aucune légitimité. Nous désirons une littérature qui ne s’autorise que d’elle-même, de sa propre liberté, de sa propre souveraineté ; qui ne se justifie d’aucune autorité ; qui ruine, ce faisant, l’idée même d’autorité ; qui soit libre de s’emparer de tout, de parcourir, traverser toute la culture, sans distinction hiérarchique de genres ou d’objets […]24

    12Cette verticalité perdue de l’écrivain se renverse ainsi en horizontalité, en puissance de décloisonnement des champs émiettés du savoir et de connexion des champs sociaux par la revendication d’une illégitimité joyeuse et conquérante qui fait de l’écrivain non plus une « autorité » mais un nouveau « profane ». L’injonction à « s’autoriser » revient à de très nombreuses reprises dans les propos des différents membres du collectif et exprime le projet de la revue, qui se veut une exploration buissonnière, hors de tout statut de spécialiste, de terres arides ou de territoires réservés de la connaissance (l’ordinaire, le faux, le ressentiment) mais aussi de terres incultes (le football, la téléréalité…) comme une façon de défaire les hiérarchies culturelles. Ce geste de déplacement se lit également dans les œuvres collectives, comme En Procès25, dont les contributeurs, ni historiens, ni juristes, proposent une histoire du XXe siècle à travers ses grands procès, ou encore Une année en France26, écrit par trois incultes sur les événements politiques qui traversent la France en 2005-2006. Conduite par Jacques Rancière (au sens électrique du terme), il y a dans la contestation des intimidations des savoirs spécialisés27 et des confiscations expertes, un héritage de Mai, qui rend sans doute caduque, pour l’écrivain d’aujourd’hui, l’alternative entre intellectuel spécifique et intellectuel total, les incultes récusant la spécialisation de l’un et le surplomb de l’autre.

    De Mai 68 à Nuit Debout : groupes littéraires et mouvements sociaux

    13Dans Le Mai 68 des écrivains, Boris Gobille montre comment Mai-Juin 68 a bousculé les hiérarchies symboliques des avant-gardes et les a obligées à se repositionner dans le champ, à renouveler leur stratégie politique et poétique, à infléchir leurs pratiques collectives. En guise d’ouverture, j’aimerais esquisser une analyse de l’articulation entre les mouvements sociaux du début du XXIe siècle et le collectif Inculte, pour exposer à travers ces deux instantanés à cinquante ans d’écart un raccourci de l’évolution du champ et des groupes littéraires.

    14Le collectif Inculte témoigne d’un intérêt important pour les mouvements sociaux. Deux de leurs productions leur sont consacrées : Une année en France, écrit par François Bégaudeau, Arno Bertina et Oliver Rohe, projet para-Inculte qui essaie de cartographier les trois non de 2005-2006 : le non des émeutes de banlieues, celui au référendum européen et le mouvement anti-CPE. Ainsi qu’en avril 2018 Le Livre des places, consacré au mouvement des places dans le monde. 1968, dans ces livres et dans la revue, fait office de mouvement-témoin : dans Une année en France, les références qui lui sont faites donnent une profondeur de champ à l’analyse des mouvements contemporains. De même, dans le numéro 8 d’Inculte sont réédités trois textes28 tirés de la revue Opus international, parue en juin 1968 : il s’agit de trois manifestes qui appellent à la violence, à la fois dans le cinéma et dans la société. Le numéro d’Inculte paraît en janvier 2006, quelques mois après les émeutes en banlieue de 2005 : cette réédition vient relativiser la violence des conflits en cours en la replaçant dans un contexte plus large et vaut aussi d’une certaine façon comme prise de position oblique, de biais, par le collectif. Mais, enserré dans cette section « Réédition », le texte tranche également, par sa rhétorique polémique, avec le ton général de la revue et le refus par le groupe de se positionner collectivement.

    15C’est sans doute que le modèle même d’un engagement de groupe s’est érodé. Plusieurs des membres du collectif ont participé plus ou moins activement aux mouvements sociaux de ces dernières années29, mais ils ne se sont pas positionnés ouvertement et collectivement en leur faveur, et n’ont pas mobilisé les formes traditionnelles du manifeste, du communiqué ou de la tribune que 1968 avait à la fois fait pulluler et mises en crise. Plusieurs raisons l’expliquent : les divergences idéologiques au sein du collectif30, l’absence de groupe concurrent qui obligerait à un positionnement tactique, comme ce fut le cas en 68, ou encore la distorsion des liens entre organisations militantes et groupes littéraires. L’intervention du collectif se fait donc davantage dans l’après-coup de l’événement, dans une démarche presque historique, visible en particulier dans Le Livre des places. Si l’on suit l’avant-propos, c’est en effet un parti-pris historiographique qui semble motiver le livre, celui d’éviter au mouvement « d’être confiné dans l’angle mort de l’Histoire »31, façon d’en rappeler les potentialités pour l’avenir et, dans le même temps, de l’archiver en l’historicisant. Les contributions sont parfois des témoignages militants mais plus souvent des analyses critiques assez distanciées, où l’écrivain se fait enquêteur ou « chercheur »32. Les textes écrits par des membres du collectif témoignent de ce positionnement ambigu. Celui de Mathias Énard33, par exemple, consacré à la place de la Révolution à Barcelone où il habitait alors, propose un dispositif polyphonique où se mêlent les paroles de la foule et des policiers et des interventions narratoriales. Ces interventions sont écrites entre crochets, comme dégagées, exclues de la place et de l’énonciation. Des photos de l’occupation et du mouvement émaillent le texte, mais elles ne sont ni légendées, ni référencées, si bien qu’on ne sait si on doit les attribuer ou non à Mathias Énard, autre indice de cet effacement de l’auteur et de son positionnement. En revanche, le dispositif démocratique du mouvement des places se rejoue, de façon analogique, à l’échelle du livre, conçu comme une place ou un ensemble de places singulières mais reliées. Plus d’un tiers des textes est écrit à quatre mains et les contributeurs participent, par leurs multiples nationalités, de cette internationale des places.

    16Une année en France déploie avec plus d’ambition la même analogie. L’année 2005-2006 y est décrite comme un moment politique où s’opère un nouveau partage du sensible que tente d’amplifier le dispositif énonciatif, pour contrer le mouvement de confiscation des débats sur l’Europe, la violence ou le CPE, par les éditorialistes, les experts et les intellectuels médiatiques. Le livre est constitué d’une centaine de fragments anonymes, qui agencent les différentes prises de parole et accordent ainsi la même place aux propos moqués d’Alain Finkielkraut qu’à la poésie d’un jeune émeutier, mêlant les analyses des associatifs, des urbanistes, des écrivains ou de simples proches ou collègues de travail… Dans cette foule énonciative, l’auteur tient une place ambivalente : le nom des trois écrivains est bien présent sur la couverture et il leur revient d’organiser la parole, de relier les voix, de rassembler la complexité du jeu social, en somme de redistribuer le sensible à l’intérieur du livre. Dans le même temps, leur parole s’efface souvent derrière d’autres énonciateurs et, surtout, les fragments sont anonymes. On ne sait auquel des trois auteurs attribuer telle ou telle prise de parole, comme si le mouvement social appelait, comme en Mai 68, une dispersion de l’auteur dans la foule et une mise en cause du mythe de l’écrivain solitaire. Le triple narrateur, décrit comme un monstre de dessin animé avec ses trois têtes, ses six bras et ses six jambes redouble ainsi par son énonciation plurielle, insituable, le foisonnement des opinions, des acteurs et des propos qui donne au livre l’apparence d’un grand forum.

    17Pour conclure, je voudrais citer à nouveau Mathias Énard : « Ô génération précédente, si glorieuse que vous fûtes, vous voici au musée »34, c’est par cette invocation paradoxale en forme de congédiement que l’auteur clôt sa préface à Jours de Mai. « La France de papa […] avec ses Aragon, ses préfets de police, ses Pompidou, ses DS, ses Grenelle »35 a en effet quelque chose d’un peu vieilli pour la génération suivante, y compris dans les formes d’intervention des écrivains, les guerres de position des avant-gardes et leur rhétorique tapageuse auxquelles Inculte est assez étranger, témoignant d’un nouvel état du champ, sans doute moins conflictualisé et moins polarisé, et d’un nouveau temps de la conjonction où l’homologie révolutionnaire le cède peut-être à l’analogie démocratique. Mais la crise qu’ouvre Mai dans tous les champs, social, politique, littéraire, fait de ces pièces de musée un formidable réservoir de potentialités pour les écrivains du collectif, par les références qu’il charrie (Deleuze, Rancière, les situationnistes) et les questions qu’il continue de poser aux auteurs et aux groupes d’aujourd’hui (la signature et l’anonymat, le spontanéisme et le programme, la question de l’autorité et de la maîtrise).

    Notes de bas de page

    1 Mathias Énard, « De l’importance des véhicules à moteur pour les activités subversives (et autres considérations révolutionnaires) », préface à Jours de Mai de Jean-Baptiste Harang, Lagrasse, Verdier, 2018, p. 7.

    2 Le groupe est composé d’une dizaine de romanciers, philosophes, traducteurs et éditeurs, dont Mathias Énard, Maylis de Kerangal, Arno Bertina, Mathieu Larnaudie, Oliver Rohe, Hélène Gaudy, Bruce Bégout, Claro ainsi que, durant les premières années, François Bégaudeau et Joy Sorman.

    3 À la préface de Jours de Mai écrite par Mathias Énard, on peut ajouter les différentes interventions d’Arno Bertina lors des colloques « Les mondes de 68 », organisé au Centre Pompidou le 19 mai 2018, et « L’imaginaire de Mai 68 dans la littérature contemporaine, en France et en Italie » qui s’est tenu à Rome le 10 mai 2018. On peut aussi signaler l’article de Joy Sorman, « Le 21 mai 1968 vu par Joy Sorman : “Que les écrivains se mettent en grève !” », publié dans Libération le 20 mai 2018.

    4 Arno Bertina, La Déconfite gigantale du sérieux, Paris, Lignes/Éditions Léo Scheer, 2004.

    5 « Ça manipule des concepts, des grandes idées mais des idées vendues trop vertes. Au risque de ne pas mûrir. Comités consultatifs… commune étudiante… l’humanité… On ne peut taire ce qui s’est passé, ils racontent leur journée, ce qu’ils ont vu Violences policières signe d’un ordre établi qui vacille, qui ne croit plus en ses valeurs. Qui rallier à la Cause ? Ouvriers, parents, bourgeois… Tous à l’Odéon il donne rendez-vous Ce que l’on veut en faire : que les raisons d’être en colère Les raisons de la colère ! reprennent les autres en riant, il continue Qu’elles s’annulent, on veut qu’elles s’annulent voyez-vous parce qu’à partir du moment où tout le monde est avec nous, les opprimés de tous les bords, les ouvriers, les femmes, les femmes dépressives parce que délaissées, les chihuahuas neurasthéniques du 16e arrondissement opprimés par leurs maîtres qui s’ennuient et qui pourraient bien eux aussi, pour des raisons existentielles, rejoindre les rangs de la contestation, nos rangs, si l’on fraternise avec tout ça, qu’est-ce que l’on fait de notre colère ? », Arno Bertina, Le Dehors ou la migration des truites, Arles, Actes Sud, « Babel », 2003 [2001], p. 177-178.

    6 « L’acide 67, produit par kilos, avait l’avantage de vous révéler à vous-même, c’est-à-dire à pas grand-chose sinon au vertige du contexte qui vous avalait et vous déglutissait à tout moment. Oh, ils étaient tous frères et sœurs, certes, ils s’emboîtaient et se déboîtaient sans compter, dansaient des ghost dances qui ne réveillaient aucun mort, et bien sûr, tout ça était réjouissant, tout ça était exaltant, les talents ne manquaient pas, les ressources abondaient, et tôt ou tard ils allaient s’éclater au-delà de l’arc-en-ciel, puis plus rien, c’était une question de patience, ils rentreraient dans la matrice, réclameraient un bercail, enfin manufacturés, et quand le soir tomberait ils n’auraient plus qu’à pisser sagement contre les haies qu’il leur faudrait bien tailler au printemps, bon gré mal gré, pour ne pas froisser les voisins. », Claro, Tous les diamants du ciel, Arles, Actes Sud, « Babel », 2015 [2012], p. 88.

    7 Il quitte le collectif Inculte en 2008.

    8 Thibaut Allemand, « Entre les murs, interview de François Bégaudeau », sur let’smotiv [en ligne], URL : http://www.letsmotiv.com, consulté le 2 janvier 2018.

    9 Voir notamment François Bégaudeau, « Récupérez-moi », Inculte, n° 8, janvier 2006, p. 57-64.

    10 « On l’a dit et on a eu raison, 68 c’est la rencontre d’Elvis Presley et de Marx. Je précise : c’est la rencontre de Marx et d’Elvis électrisé. De ce cocktail plus puissant que le Molotov les Stones ont fait un album, qui est le plus grand album du monde, qui s’appelle Beggars Banquet, et qui est sorti en décembre, en queue de la comète 68, ramassant tout le pactole énergétique. […] Oh non, les pères et les mères ne se doutaient pas que leurs créatures en viendraient, criant comme ça, à dissembler d’eux à ce point, et leurs créatures n’envisageaient pas à quel point, coupant le cordon organique pour brancher le cœur sur des amplis Marshall, elles se modifieraient et finiraient par dissembler d’elles-mêmes. Au cœur de ce cyclone trônent Mick et son band, eux-mêmes convertis à une vitesse qui ne procède qu’à moitié d’eux. Menant la danse, menés par elle. […] », François Bégaudeau, Un démocrate. Mick Jagger (1960-1969), Gallimard, « Folio », 2014 [2005], p. 40-41.

    11 Ibid., p. 16.

    12 Comme l’écrit Renaud Pasquier, à propos de François Bégaudeau et d’Arno Bertina : « Le passé ne se subit pas, il se choisit. On peut y puiser comme dans une boîte à outils. Ainsi de Mai 68, point d’incandescence de la décennie, dont l’écho est perceptible dans les œuvres, emblème du « Dehors » (un concept là encore forgé dans les années soixante, par Blanchot, Foucault, Deleuze) vers lequel elles tendent. », Renaud Pasquier, « Espaces communs. Hétérotopies romanesques : François Bégaudeau, Arno Bertina, Philippe Vasset » in Matteo Majorano (dir.), Tendance-Présent, Bari, B.A. Graphis, « Marges critiques / Margini critici », 2007, p. 210.

    13 François Dosse, Gilles Deleuze et Félix Guattari : biographie croisée, Paris, La Découverte, 2007, p. 218.

    14 Catherine Clément, « Capitalisme et schizophrénie. Entretien avec Félix Guattari et Gilles Deleuze », Inculte, n° 4, mars 2005 [1972], p. 79.

    15 Signe de cette corrélation, Mathias Énard fait même de la rencontre entre Deleuze et Guattari « le seul véritable événement de mai 1968 » dans sa préface à Jours de Mai, « De l’importance des véhicules à moteur pour les activités subversives (et autres considérations révolutionnaires) », op. cit., p. 10.

    16 François Bégaudeau, « Pour une PQD », Inculte, n° 12, janvier 2007, p. 12.

    17 Ibid., p. 14.

    18 Ibid., p. 16.

    19 « C’est trop facile d’être anti-fasciste au niveau molaire, sans voir le fasciste qu’on est soi-même, qu’on entretient et nourrit, qu’on chérit soi-même, avec des molécules, personnelles et collectives. » (Gilles Deleuze, Félix Guattari, Capitalisme et schizophrénie 2. Mille Plateaux, Paris, Éditions de Minuit, 1980, p. 262).

    20 « Ne suscitez pas un Général en vous ! », ibid., p. 36.

    21 Mathieu Larnaudie, « Le Mot d’ordre », Inculte, n° 12, op. cit., p. 29-30.

    22 Pour une mise au point synthétique sur la trajectoire intellectuelle de Jacques Rancière, voir Razmig Keucheyan, Hémisphère gauche. Une cartographie des nouvelles pensées critiques, Paris, La Découverte, 2013 [2010], p. 276-285.

    23 Boris Gobille, Le Mai 68 des écrivains. Crise politique et avant-gardes littéraires, Paris, CNRS Éditions, 2018, p. 24.

    24 Mathieu Larnaudie, Propositions pour une littérature inculte, NRF, n° 588, Paris, Gallimard, 2009, p. 345.

    25 Collectif Inculte, En Procès. Une histoire du XXe siècle, Paris, Inculte/Dernière marge, 2016. Cet ouvrage était à l’origine un dossier du numéro 17 de la revue Inculte.

    26 François Bégaudeau, Arno Bertina, Oliver Rohe, Une année en France : référendum/banlieue/CPE, Paris, Gallimard, 2007.

    27 Nous empruntons cette expression à Laurent Demanze qui décrit ainsi le collectif Inculte dans son essai Les Fictions encyclopédiques : « Ce collectif à géométrie variable prône le mélange des voix et des genres, en conciliant l’exigence de pensée et la dérision carnavalesque : c’est une gourmandise de savoir, potache et désinvolte, qui désamorce les interdits et les intimidations du discours spécialiste, pour que la littérature réinvestisse les champs qu’elle avait délaissés. » (Laurent Demanze, Les Fictions encyclopédiques. De Gustave Flaubert à Pierre Senges, Paris, Éditions Corti, 2015, p. 19).

    28 « Le monde est aux violents » d’Alain Jouffroy, « Manifeste pour un cinéma violent » de Philippe Garrel et un texte collectif « Appel à la violence ». Voir « Les Violents », Inculte, n° 8, janvier 2006, p. 89-94.

    29 À l’image d’Arno Bertina, dont on peut retrouver en ligne certaines interventions lors de Nuit Debout à Paris : « Ciné-tract #1 – Il faut venir », URL : https://www.youtube.com/watch?v=43gennYZufE&t=26s [consulté le 3 janvier 2018].

    30 Dans un entretien réalisé avec l’auteur le 17 avril 2017 à Paris, Mathieu Larnaudie décrivait Inculte comme un collectif de « gauche plurielle ».

    31 Collectif, Le Livre des places, Paris, Inculte, 2018, p. 13.

    32 « Le Livre des places repose sur des alliances, des liaisons, des correspondances entre de multiples pratiques, où l’écrivain est chercheur et le chercheur écrivain […] », ibid., p. 12.

    33 Voir Mathias Énard, « Place de la Révolution, Barcelone », Le Livre des places, op. cit., p. 225-237.

    34 Mathias Énard, « De l’importance des véhicules à moteur pour les activités subversives (et autres considérations révolutionnaires) », op. cit., p. 11.

    35 Idem.

    Auteur

    • Jean-Marc Baud

      ENS Lyon

    Précédent Suivant
    Table des matières

    Le texte seul est utilisable sous licence Licence OpenEdition Books. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

    Voir plus de livres
    Pas d’Animaux

    Pas d’Animaux

    De la bête en littérature-monde

    Annabelle Marie et Jean-Louis Cornille

    2017

    Beauvoir intime et politique

    Beauvoir intime et politique

    La fabrique des Mémoires

    Annabelle Martin Golay

    2013

    L’engagement littéraire à l’ère néolibérale

    L’engagement littéraire à l’ère néolibérale

    Sonya Florey

    2013

    Camille Laurens, le kaléidoscope d’une écriture hantée

    Camille Laurens, le kaléidoscope d’une écriture hantée

    Jutta Fortin

    2017

    Ruines de l’utopie. Antoine Volodine, Olivier Rolin

    Ruines de l’utopie. Antoine Volodine, Olivier Rolin

    Mélanie Lamarre

    2014

    Proses du monde

    Proses du monde

    Les enjeux sociaux des styles littéraires

    Nelly Wolf

    2014

    Vers une théorie de la pratique théâtrale

    Vers une théorie de la pratique théâtrale

    Voix et images de la scène. 4e édition revue et augmentée

    Patrice Pavis

    2007

    Georges Bataille, la terreur et les lettres

    Georges Bataille, la terreur et les lettres

    Elisabeth Arnould-Bloomfield

    2009

    La littérature française du 20e siècle lue de l'étranger

    La littérature française du 20e siècle lue de l'étranger

    Dominique Viart

    2011

    Le sens du récit

    Le sens du récit

    Pour une approche esthétique de la narrativité contemporaine

    Marie-Pascale Huglo

    2007

    Ménage à trois. littérature, médecine, religion

    Ménage à trois. littérature, médecine, religion

    Vincent Kaufmann

    2007

    Antoine Volodine, l’affolement des langues

    Antoine Volodine, l’affolement des langues

    Dominique Soulès

    2017

    Voir plus de livres
    1 / 12
    Pas d’Animaux

    Pas d’Animaux

    De la bête en littérature-monde

    Annabelle Marie et Jean-Louis Cornille

    2017

    Beauvoir intime et politique

    Beauvoir intime et politique

    La fabrique des Mémoires

    Annabelle Martin Golay

    2013

    L’engagement littéraire à l’ère néolibérale

    L’engagement littéraire à l’ère néolibérale

    Sonya Florey

    2013

    Camille Laurens, le kaléidoscope d’une écriture hantée

    Camille Laurens, le kaléidoscope d’une écriture hantée

    Jutta Fortin

    2017

    Ruines de l’utopie. Antoine Volodine, Olivier Rolin

    Ruines de l’utopie. Antoine Volodine, Olivier Rolin

    Mélanie Lamarre

    2014

    Proses du monde

    Proses du monde

    Les enjeux sociaux des styles littéraires

    Nelly Wolf

    2014

    Vers une théorie de la pratique théâtrale

    Vers une théorie de la pratique théâtrale

    Voix et images de la scène. 4e édition revue et augmentée

    Patrice Pavis

    2007

    Georges Bataille, la terreur et les lettres

    Georges Bataille, la terreur et les lettres

    Elisabeth Arnould-Bloomfield

    2009

    La littérature française du 20e siècle lue de l'étranger

    La littérature française du 20e siècle lue de l'étranger

    Dominique Viart

    2011

    Le sens du récit

    Le sens du récit

    Pour une approche esthétique de la narrativité contemporaine

    Marie-Pascale Huglo

    2007

    Ménage à trois. littérature, médecine, religion

    Ménage à trois. littérature, médecine, religion

    Vincent Kaufmann

    2007

    Antoine Volodine, l’affolement des langues

    Antoine Volodine, l’affolement des langues

    Dominique Soulès

    2017

    Accès ouvert

    Accès ouvert freemium

    ePub

    PDF

    PDF du chapitre

    Suggérer l’acquisition à votre bibliothèque

    Acheter

    Édition imprimée

    Presses universitaires du Septentrion
    • amazon.fr
    • decitre.fr
    • mollat.com
    • leslibraires.fr
    • placedeslibraires.fr
    • lcdpu.fr
    ePub / PDF

    1 Mathias Énard, « De l’importance des véhicules à moteur pour les activités subversives (et autres considérations révolutionnaires) », préface à Jours de Mai de Jean-Baptiste Harang, Lagrasse, Verdier, 2018, p. 7.

    2 Le groupe est composé d’une dizaine de romanciers, philosophes, traducteurs et éditeurs, dont Mathias Énard, Maylis de Kerangal, Arno Bertina, Mathieu Larnaudie, Oliver Rohe, Hélène Gaudy, Bruce Bégout, Claro ainsi que, durant les premières années, François Bégaudeau et Joy Sorman.

    3 À la préface de Jours de Mai écrite par Mathias Énard, on peut ajouter les différentes interventions d’Arno Bertina lors des colloques « Les mondes de 68 », organisé au Centre Pompidou le 19 mai 2018, et « L’imaginaire de Mai 68 dans la littérature contemporaine, en France et en Italie » qui s’est tenu à Rome le 10 mai 2018. On peut aussi signaler l’article de Joy Sorman, « Le 21 mai 1968 vu par Joy Sorman : “Que les écrivains se mettent en grève !” », publié dans Libération le 20 mai 2018.

    4 Arno Bertina, La Déconfite gigantale du sérieux, Paris, Lignes/Éditions Léo Scheer, 2004.

    5 « Ça manipule des concepts, des grandes idées mais des idées vendues trop vertes. Au risque de ne pas mûrir. Comités consultatifs… commune étudiante… l’humanité… On ne peut taire ce qui s’est passé, ils racontent leur journée, ce qu’ils ont vu Violences policières signe d’un ordre établi qui vacille, qui ne croit plus en ses valeurs. Qui rallier à la Cause ? Ouvriers, parents, bourgeois… Tous à l’Odéon il donne rendez-vous Ce que l’on veut en faire : que les raisons d’être en colère Les raisons de la colère ! reprennent les autres en riant, il continue Qu’elles s’annulent, on veut qu’elles s’annulent voyez-vous parce qu’à partir du moment où tout le monde est avec nous, les opprimés de tous les bords, les ouvriers, les femmes, les femmes dépressives parce que délaissées, les chihuahuas neurasthéniques du 16e arrondissement opprimés par leurs maîtres qui s’ennuient et qui pourraient bien eux aussi, pour des raisons existentielles, rejoindre les rangs de la contestation, nos rangs, si l’on fraternise avec tout ça, qu’est-ce que l’on fait de notre colère ? », Arno Bertina, Le Dehors ou la migration des truites, Arles, Actes Sud, « Babel », 2003 [2001], p. 177-178.

    6 « L’acide 67, produit par kilos, avait l’avantage de vous révéler à vous-même, c’est-à-dire à pas grand-chose sinon au vertige du contexte qui vous avalait et vous déglutissait à tout moment. Oh, ils étaient tous frères et sœurs, certes, ils s’emboîtaient et se déboîtaient sans compter, dansaient des ghost dances qui ne réveillaient aucun mort, et bien sûr, tout ça était réjouissant, tout ça était exaltant, les talents ne manquaient pas, les ressources abondaient, et tôt ou tard ils allaient s’éclater au-delà de l’arc-en-ciel, puis plus rien, c’était une question de patience, ils rentreraient dans la matrice, réclameraient un bercail, enfin manufacturés, et quand le soir tomberait ils n’auraient plus qu’à pisser sagement contre les haies qu’il leur faudrait bien tailler au printemps, bon gré mal gré, pour ne pas froisser les voisins. », Claro, Tous les diamants du ciel, Arles, Actes Sud, « Babel », 2015 [2012], p. 88.

    7 Il quitte le collectif Inculte en 2008.

    8 Thibaut Allemand, « Entre les murs, interview de François Bégaudeau », sur let’smotiv [en ligne], URL : http://www.letsmotiv.com, consulté le 2 janvier 2018.

    9 Voir notamment François Bégaudeau, « Récupérez-moi », Inculte, n° 8, janvier 2006, p. 57-64.

    10 « On l’a dit et on a eu raison, 68 c’est la rencontre d’Elvis Presley et de Marx. Je précise : c’est la rencontre de Marx et d’Elvis électrisé. De ce cocktail plus puissant que le Molotov les Stones ont fait un album, qui est le plus grand album du monde, qui s’appelle Beggars Banquet, et qui est sorti en décembre, en queue de la comète 68, ramassant tout le pactole énergétique. […] Oh non, les pères et les mères ne se doutaient pas que leurs créatures en viendraient, criant comme ça, à dissembler d’eux à ce point, et leurs créatures n’envisageaient pas à quel point, coupant le cordon organique pour brancher le cœur sur des amplis Marshall, elles se modifieraient et finiraient par dissembler d’elles-mêmes. Au cœur de ce cyclone trônent Mick et son band, eux-mêmes convertis à une vitesse qui ne procède qu’à moitié d’eux. Menant la danse, menés par elle. […] », François Bégaudeau, Un démocrate. Mick Jagger (1960-1969), Gallimard, « Folio », 2014 [2005], p. 40-41.

    11 Ibid., p. 16.

    12 Comme l’écrit Renaud Pasquier, à propos de François Bégaudeau et d’Arno Bertina : « Le passé ne se subit pas, il se choisit. On peut y puiser comme dans une boîte à outils. Ainsi de Mai 68, point d’incandescence de la décennie, dont l’écho est perceptible dans les œuvres, emblème du « Dehors » (un concept là encore forgé dans les années soixante, par Blanchot, Foucault, Deleuze) vers lequel elles tendent. », Renaud Pasquier, « Espaces communs. Hétérotopies romanesques : François Bégaudeau, Arno Bertina, Philippe Vasset » in Matteo Majorano (dir.), Tendance-Présent, Bari, B.A. Graphis, « Marges critiques / Margini critici », 2007, p. 210.

    13 François Dosse, Gilles Deleuze et Félix Guattari : biographie croisée, Paris, La Découverte, 2007, p. 218.

    14 Catherine Clément, « Capitalisme et schizophrénie. Entretien avec Félix Guattari et Gilles Deleuze », Inculte, n° 4, mars 2005 [1972], p. 79.

    15 Signe de cette corrélation, Mathias Énard fait même de la rencontre entre Deleuze et Guattari « le seul véritable événement de mai 1968 » dans sa préface à Jours de Mai, « De l’importance des véhicules à moteur pour les activités subversives (et autres considérations révolutionnaires) », op. cit., p. 10.

    16 François Bégaudeau, « Pour une PQD », Inculte, n° 12, janvier 2007, p. 12.

    17 Ibid., p. 14.

    18 Ibid., p. 16.

    19 « C’est trop facile d’être anti-fasciste au niveau molaire, sans voir le fasciste qu’on est soi-même, qu’on entretient et nourrit, qu’on chérit soi-même, avec des molécules, personnelles et collectives. » (Gilles Deleuze, Félix Guattari, Capitalisme et schizophrénie 2. Mille Plateaux, Paris, Éditions de Minuit, 1980, p. 262).

    20 « Ne suscitez pas un Général en vous ! », ibid., p. 36.

    21 Mathieu Larnaudie, « Le Mot d’ordre », Inculte, n° 12, op. cit., p. 29-30.

    22 Pour une mise au point synthétique sur la trajectoire intellectuelle de Jacques Rancière, voir Razmig Keucheyan, Hémisphère gauche. Une cartographie des nouvelles pensées critiques, Paris, La Découverte, 2013 [2010], p. 276-285.

    23 Boris Gobille, Le Mai 68 des écrivains. Crise politique et avant-gardes littéraires, Paris, CNRS Éditions, 2018, p. 24.

    24 Mathieu Larnaudie, Propositions pour une littérature inculte, NRF, n° 588, Paris, Gallimard, 2009, p. 345.

    25 Collectif Inculte, En Procès. Une histoire du XXe siècle, Paris, Inculte/Dernière marge, 2016. Cet ouvrage était à l’origine un dossier du numéro 17 de la revue Inculte.

    26 François Bégaudeau, Arno Bertina, Oliver Rohe, Une année en France : référendum/banlieue/CPE, Paris, Gallimard, 2007.

    27 Nous empruntons cette expression à Laurent Demanze qui décrit ainsi le collectif Inculte dans son essai Les Fictions encyclopédiques : « Ce collectif à géométrie variable prône le mélange des voix et des genres, en conciliant l’exigence de pensée et la dérision carnavalesque : c’est une gourmandise de savoir, potache et désinvolte, qui désamorce les interdits et les intimidations du discours spécialiste, pour que la littérature réinvestisse les champs qu’elle avait délaissés. » (Laurent Demanze, Les Fictions encyclopédiques. De Gustave Flaubert à Pierre Senges, Paris, Éditions Corti, 2015, p. 19).

    28 « Le monde est aux violents » d’Alain Jouffroy, « Manifeste pour un cinéma violent » de Philippe Garrel et un texte collectif « Appel à la violence ». Voir « Les Violents », Inculte, n° 8, janvier 2006, p. 89-94.

    29 À l’image d’Arno Bertina, dont on peut retrouver en ligne certaines interventions lors de Nuit Debout à Paris : « Ciné-tract #1 – Il faut venir », URL : https://www.youtube.com/watch?v=43gennYZufE&t=26s [consulté le 3 janvier 2018].

    30 Dans un entretien réalisé avec l’auteur le 17 avril 2017 à Paris, Mathieu Larnaudie décrivait Inculte comme un collectif de « gauche plurielle ».

    31 Collectif, Le Livre des places, Paris, Inculte, 2018, p. 13.

    32 « Le Livre des places repose sur des alliances, des liaisons, des correspondances entre de multiples pratiques, où l’écrivain est chercheur et le chercheur écrivain […] », ibid., p. 12.

    33 Voir Mathias Énard, « Place de la Révolution, Barcelone », Le Livre des places, op. cit., p. 225-237.

    34 Mathias Énard, « De l’importance des véhicules à moteur pour les activités subversives (et autres considérations révolutionnaires) », op. cit., p. 11.

    35 Idem.

    Ce que Mai 68 a fait à la littérature

    X Facebook Email

    Ce que Mai 68 a fait à la littérature

    Ce livre est diffusé en accès ouvert freemium. L’accès à la lecture en ligne est disponible. L’accès aux versions PDF et ePub est réservé aux bibliothèques l’ayant acquis. Vous pouvez vous connecter à votre bibliothèque à l’adresse suivante : https://freemium.openedition.org/oebooks

    Suggérer l’acquisition à votre bibliothèque Acheter ce livre aux formats PDF et ePub

    Si vous avez des questions, vous pouvez nous écrire à access[at]openedition.org

    Ce que Mai 68 a fait à la littérature

    Vérifiez si votre bibliothèque a déjà acquis ce livre : authentifiez-vous à OpenEdition Freemium for Books.

    Vous pouvez suggérer à votre bibliothèque d’acquérir un ou plusieurs livres publiés sur OpenEdition Books. N’hésitez pas à lui indiquer nos coordonnées : access[at]openedition.org

    Vous pouvez également nous indiquer, à l’aide du formulaire suivant, les coordonnées de votre bibliothèque afin que nous la contactions pour lui suggérer l’achat de ce livre. Les champs suivis de (*) sont obligatoires.

    Veuillez, s’il vous plaît, remplir tous les champs.

    La syntaxe de l’email est incorrecte.

    Référence numérique du chapitre

    Format

    Baud, J.-M. (2020). L’hémisphère 68 de la génération inculte. In N. Wolf & M. Rémy (éds.), Ce que Mai 68 a fait à la littérature. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.101749
    Baud, Jean-Marc. « L’hémisphère 68 de la génération inculte ». In Ce que Mai 68 a fait à la littérature, édité par Nelly Wolf et Matthieu Rémy. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2020. doi:10.4000/books.septentrion.101749.
    Baud, Jean-Marc. « L’hémisphère 68 de la génération inculte ». Ce que Mai 68 a fait à la littérature, édité par Nelly Wolf et Matthieu Rémy, Presses universitaires du Septentrion, 2020, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.101749.

    Référence numérique du livre

    Format

    Wolf, N., & Rémy, M. (éds.). (2020). Ce que Mai 68 a fait à la littérature. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.101634
    Wolf, Nelly, et Matthieu Rémy, éd. Ce que Mai 68 a fait à la littérature. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2020. doi:10.4000/books.septentrion.101634.
    Wolf, Nelly, et Matthieu Rémy, éditeurs. Ce que Mai 68 a fait à la littérature. Presses universitaires du Septentrion, 2020, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.101634.
    Compatible avec Zotero Zotero

    1 / 3

    Presses universitaires du Septentrion

    Presses universitaires du Septentrion

    • Mentions légales
    • Plan du site
    • Se connecter

    Suivez-nous

    • Facebook
    • LinkedIn
    • Instagram
    • X
    • Bluesky
    • Flux RSS

    URL : http://www.septentrion.com

    Email : contact@septentrion.com

    OpenEdition
    • Candidater à OpenEdition Books
    • Connaître le programme OpenEdition Freemium
    • Commander des livres
    • S’abonner à la lettre d’OpenEdition
    • CGU d’OpenEdition Books
    • Accessibilité : partiellement conforme
    • Données personnelles
    • Gestion des cookies
    • Système de signalement