Chapitre III. Synthèses historiques. Les Eletok
p. 17-42
Texte intégral
1Des indigènes se sont posés la question de leurs origines, longtemps même avant l’arrivée des Européens. Certaines synthèses se sont transmises d’une génération à l’autre. Leur étude présente un grand intérêt non seulement pour connaître la psychologie de leurs auteurs, mais aussi pour la révélation de faits peu connus de la masse des gens.
2Il faut cependant se rappeler que la mémoire des Maréens est semblable à celle des autres hommes. Elle se souvient par tranches. Les temps intermédiaires sont court-circuités. Des épisodes peuvent être intervertis ou confondus. De plus, ces textes ne sont pas neutres. Ils ont été rédigés pour soutenir la légitimité de telle chefferie. A l’enquêteur de faire preuve de circonspection.
3Il faut également penser qu’aucun Maréen n’a une connaissance globale de son île. L’ignorance amène des confusions. Ainsi le drikon Jon de Ro était persuadé que les si Medu sont d’origine si Welo, parce qu’il existe sur le plateau de Welo, au nord-ouest de Maré, un lieu-dit nommé Medu. Mais cet informateur ignorait que lorsque s’organisa le massacre des Eletok, ceux de la région du Sud-Est eurent vent de la chose. Les si Medu jugèrent préférable de prendre leur distance et s’en allèrent le plus loin possible, à Welo. Lorsque le massacre fut en train, ils revinrent chez eux en emportant un plant d’arbre de rivage, nommé we, qu’ils plantèrent chez eux en souvenir du pays où ils s’étaient réfugiés.
4Mais qu’étaient ces Eletok, mot à mot “les têtes-chefs” ? Sarrazin et Roux ont faussé le problème en parlant des “mystérieux Eletok”. Or ces gens ne sont pas du tout mystérieux pour les Maréens actuels. Ils le sont d’autant moins que leur descendance existe encore parmi eux.
5Pour Cocokat si Tadeng (cf. D 1 et D 2), les Eletok sont des étrangers venus de la Grande Terre de Nouvelle-Calédonie, de l’Ile des Pins, de Lifou, d’Ouvéa, attirés par le double courant des richesses, le la-ni, celui des pierres vertes issu de l’Ile Ouen par l’Ile des Pins ; et celui des coquillages venu du Nord de la Grande Terre par Ouvéa et Lifou. Tous deux se rencontraient à Maré.
6Les vrais Maréens leur ont donné la chefferie. Cocokat n’en donne pas la raison. De même, il omet d’expliquer ce qui fonde la qualité de vrai Maréen. Quand ces Eletok furent plus nombreux que les autochtones, ils devinrent dominateurs et arrogants, au point de fendre les cocos secs sur la tête et les genoux des gens. Les Maréens ont heureusement la tête suffisamment dure, et ont survécu à une telle cruauté. Toujours est-il qu’ils en eurent assez et ils se révoltèrent.
7Wapurune si Ruemec commença le massacre des dominateurs, aidé par Cocokat si Tadeng, l’ancêtre du rédacteur des notes citées. Ce Cocokat, par pure bonté d’âme, laissa la vie à un certain nombre d’entre eux, après leur avoir tout de même pris leur terrain. On cite les si Tawakan, qui devinrent les aca-nia des si Tadeng, c’est-à-dire les protecteurs de leur chefferie, les si Hnathege, les Acakaze si Lehmi retok, les si Tapep(a), les si Tawai(e), les si Xacace, Waicane si Gurewoe. Wapurune le grand vainqueur laissa le droit au terrain à Cocokat comme prix du sang, thuba-dra, comme remerciement de l’avoir aidé dans la guerre.
8Cocokat exigea des vaincus un droit d’hommage pour pouvoir contrôler cette population remuante. Son descendant homonyme regrette que la chefferie des si Tae, à La Roche, se soit emparée de ce droit et qu’elle soutienne des individus frondeurs, en particulier le groupe des si Tapep(a) de la famille Alan. Ces derniers, vrais chefs de tous les si Tapep(a) de Maré, sont venus de Hnadid, où ils étaient réfugiés auprès des si Drowedr, eux-mêmes d’origine si Tapep(a). Ils soutiennent la chefferie des si Tae contre les si Tadeng.
9La thèse de Cocokat junior est à la fois très partielle et très partiale. A l’en croire, les Eletok seraient d’origine plus récente que celle de l’ensemble des Maréens, et en particulier que celle des si Tadeng. Retenons de son exposé, que la qualité d’Eletok ne vise pas une race spéciale, mais un état social : celui de la domination des hommes, unie à la possession du sol.
10Le point de vue du père Boillot se rapproche du précédent, avec cependant de notables différences. Le père Boillot fut missionnaire mariste de 1881 à 1892 à Penelo et Medu. Au cours de son enquête faite pour répondre au questionnaire des conférences ecclésiastiques de 1890, ce missionnaire conclut (cf. Géographie mythique et traditionnelle de Maré, p. 8-9) : les tribus actuelles sont modernes non pas quant à l’origine, mais quant à la puissance. C’étaient des familles inférieures, souvent maltraitées et reléguées dans des terrains peu avantageux et même prêtés. Elles se révoltèrent et massacrèrent les castes supérieures, il y a quelques générations. Ce Père voit par de nombreux indices que la sauvagerie était moindre du temps des anciens maîtres. On dit même que l’anthropophagie n’était pas connue et que les vieillards arrivés à un âge qui ne leur permettait plus de travailler, se réunissaient dans des grottes où on leur apportait leur nourriture et où ils attendaient la mort en chantant.
11Le Père Boillot ne se pose pas de question d’origine. Elle se perd dans la nuit des temps.
12Le Père Beaulieu resta comme missionnaire mariste à Maré de 1866 à 1926. A l’exception de deux séjours à l’Ile des Pins de 1870 à 1875 et en 1910-1911, il demeura toujours à Maré. Il a laissé une abondante documentation concernant l’histoire de la mission catholique. L’histoire païenne ne l’intéressait pas directement. Cependant il était au courant de beaucoup de choses. Pour répondre à des demandes de renseignements du résident de Maré, M. Perrault, concernant les anciennes populations, il a laissé des brouillons à l’état brut qui semblent avoir été écrits en 1911. Ces textes se répètent. En voici quelques échantillons :
13“En ce temps-là, il y avait à Maré, notamment dans cette partie Est de Maré, une grande quantité de familles ou petites tribus ayant chacune leur nom particulier.
14“C’étaient les propriétaires des terres de culture. Il y en avait jusque dans la grande plaine où l’on voit encore des traces de culture (même dans des endroits qui semblent stériles) des tas de petits cailloux ramassés pour le nettoyage des plantations. Ces familles sont désignées sous le nom générique de Eletoke. Ces familles se faisaient la guerre entre elles. Les si Ruemeje dit l’histoire, ayant été maltraités par les si Pecuace (le nom exact est Pecuaen) qui étaient les patriciens dans la partie occupée maintenant par les si Gurewoce et les si Ruemeje, les Ruemeje aidés des si Gurewoce … (le texte est brusquement interrompu).
15“L’extermination des si Pecuae commencée par les Ruemeje, fut achevée par les Gurewoce. Et avec les si Pecuae toutes les familles Eletoke subirent le même sort.
16“Ce que faisaient les si Gurewoce et si Ruemec fut imité à Medu et jusqu’à Wabawo.
17“De ce côté-ci de La Roche les mêmes exécutions eurent lieu. Les si Gurewoe dépossédés par les si Natheg, et à leur tour ces derniers détrônés par les si Gureshaba actuels.”
18Dans un autre brouillon, le Père écrit :
19“Après l’extermination des si Pecuae, les si Ruemeje allèrent s’établir à Wanuman (partie boisée et cultivable derrière le village actuel de Tawaïned). Les si Gurewoce de même allèrent s’établir dans la partie opposée de Cerethi, où ils se soumirent de gré ou de force les tribus ou familles qui l’occupaient, les unes pour demander protection, les autres pour échapper au casse-tête.
20“Ces familles étaient également en guerres perpétuelles.
21“Les survivants sont plus ou moins dispersés, réservés par leurs vainqueurs. Ils sont dispersés dans les tribus et passés au 2e ou 3e rang.
22“Les si Pecuae ont complètement disparu.
23“Les autres familles ont eu des survivants et continuent. Si Xacace, si Kadic, si Urawa, si Nadid, si Kayece, si Ruezi.
24“Après l’extermination des si Pecuahe, les autres familles des Eletoke eurent à se soumettre, etc.”
25Le Père Beaulieu continue ainsi longtemps en se répétant. Dans le Document 3, non reproduit, double feuillet de brouillon, le père fait d’abord allusion à l’histoire précédente et donne les noms d’un certain nombre de clans eletok. Il parle en outre de l’origine du conflit entre si Gurewoc et si Ruemec. La tradition dont il se fait l’écho donne tort à ces derniers. Vaincus à Wanuman, ils se sauvent à La Roche, alors dépourvue de défenseurs depuis le massacre des si Xacace. Les si Ruemec firent venir les si Gureshaba pour la garder, et eux-mêmes et leurs sujets s’établirent dans la région de Wabamen et de Hnadid.
26Après les massacres, si Tadeng, si Tawakan et si Thubawae cultivèrent le hnahnerec, la grande savane centrale, devenue désertique.Pour l’Ouest de Maré, le Père est moins prolixe. Il cite les noms des siHnathege et des Acakaze ; il rappelle les luttes perpétuelles des si Guama contre les si Waek(o) et finit en citant l’acte de cruauté de Lakoreden si Turepaw(a), aca-nia des Node ri Kurub(u). Il brûla dans sa case Awanedr si Xacace, auquel il venait de donner asile. Awanedr mourut en maudissant Lakoreden : “Tu mourras demain” (bo orore co taeto).
27Le 26 avril 1944, un homme âgé, habitant Tawainedr, nommé Awanedr si Ruemec, fit un véritable cours magistral, auquel je fus prié d’assister. Voici le résumé de cet exposé :
28Selon Awanedr, l’histoire de Maré se présente d’une manière très simple. Les premiers habitants de Maré occupaient les deux buttes volcaniques nommées maintenant Rawa etPeorawa, c’est-à-dire “la terre” et “la surface de la terre”. Awanedr désignait plutôt le territoire entourant cette deuxième butte, Ta-Peorawa. A cette époque, elles se nommaient Ezi. De là le nom de clan des si Rue Ezi, (= habitants des deux Ezi) donné à celui des chefs qui habitaient Tapeorawa.
29A cette époque le Hnahnerec était une région marécageuse, un gu-la “boue” suivant le mot utilisé par Awanedr (on dirait plus correctement gu-la-cec).
30Un rocher situé au sud d’Enene s’élevait de l’eau comme une voile de bateau. On l’appela le bateau des si Rueezi, Koe ni si Rueezi. Mais il n’y a pas de souvenir que ceux-ci soient venus par mer, dit Awanedr.
31Le premier à faire bande à part fut Wadrarepien, qui vint habiter le sommet de La Roche. Il est l’ancêtre des si Puan, issus de Tapeorawa.
32Le gu-cele (= morceau de mer) se dessécha, et l’eau s’engouffra dans des failles qu’Awanedr appelle Hna-ru-lu re cele (= l’endroit de l’enfoncement de la mer). Il en connaissait trois entre La Roche et Tawainedr, en particulier la fente que contourne la route moderne près de Hna-thede-ni-men.
33Viennent de Tapeorawa d’abord les si Rueezi eux-mêmes qui se réservèrent la plage de Dranin, les si Kayec, les si Pecuaen qui supplantèrent les si Rueezi, en particulier à Dranin et domineront tout l’Est de Maré, les si’Mer(i), et enfin du côté de La Roche, les si Gi et les siPuan, etc. Awenedr distingue les si Puan des si Xacace.
34Viennent de Rawa les si Gai(e) qui habitaient la savane du côté de Terol, les si Tapep(a), les si Xacace, les si Gurewoe avec Waishitine pour premier chef, les si Hnerec dont se détacha une branche importante, les Acakaze, etc.
35Les premiers clans avaient tout le loisir de se choisir de bons terrains et d’en devenir les propriétaires. Ce sont les Eletok. Ces tribus avaient des chefs descendants de l’ancêtre des si Rueezi : Wakon, c’est-à-dire “le bourgeon”, parce qu’il est sorti de terre comme un bourgeon. Quand un puîné ne voulait pas se soumettre à son aîné, il se séparait de lui avec un certain nombre de sujets.
36Les si Hnathege ne sont pas une branche détachée des si Rueezi. Ils sont issus d’une migration postérieure, débarquée du côté de Cara. Ces séparations se firent à des époques très différentes.
37L’ancêtre Wakon (cf. D 4) eut deux fils : Deiwane l’aîné (de : re iwe = le long, le grand par la taille) expression donnant le mot de la langue respectueuse deiwa qui a le même sens) et Waicane (de waica = le petit garçon). L’aîné avait beaucoup de sujets et recevait de nombreux présents. Mais il se montra ingrat à l’égard de son père et de son cadet. Il gardait tout pour lui, et ne voulait pas partager. Ils lui dirent : “Pourquoi ne penses-tu pas à nous ?” Mais il les éconduisit. Alors Wakon et Waicane maudirent Deiwane dans son terrain de Peorawa. Cet endroit est abandonné depuis un temps immémorial et les indigènes n’ont pas fait de difficulté pour laisser le colon Claudius Gambey s’y installer.
38Cette malédiction est l’origine des guerres et des massacres de Maré. Jusqu’alors les Maréens ne formaient qu’une grande famille et l’anthropophagie n’existait pas. Celle-ci commença lorsque les Maréens devinrent comme des étrangers les uns pour les autres.
39Les si Rueezi sont les premiers, hna-dan. Ils n’étaient qu’un seul peuple avec les si Pecuaen. Les si Hnerec sont les derniers-nés = wananaas. Tous ensemble habitaient Peorawa. Le chef des si Rueezi dit à ses sujets de porter le présent aux chefs si Hnerec, mais ils refusèrent. Les si Hnerec et leurs sujets partirent à Rawa.
40Les si Hnerec sont les chefs des ignames : si Hnerec doku no re wakoko. C’est à eux qu’on donnait le présent d’igname. Par contre les si Rueezi étaient les maîtres du sol de toute la savane centrale. Il fallait leur autorisation pour s’y installer depuis Pewaet jusqu’à Lawadeng etMenaku.
41Les si Ruemec, toujours selon Awanedr, sont originaires des si Rueezi de Tapeorawa, mais d’une origine beaucoup plus récente. Leur fondateur est Ilei qui est enterré dans une grotte à stalactites de la falaise de Dranin. Ce fut lui qui secoua le joug des si Pecuaen et donna le nom de Ruemec (= double gloire) à son clan. Son fils Sarengom continua l’œuvre de son père, mais ne vécut pas longtemps. Wapurune, le fils de Sarengom, battit les si Pecuaen à Hnanewaso et les extermina. (Awanedr m’a donné plus tard une autre version de l’origine des si Ruemec. Il en fait une branche issue d’Awanedr si Xacace, lorsque celui-ci se sauva de La Roche après s’être battu avec son chef Kuma).
42Enfin mon informateur Awanedr fait le rapprochement, légitime à mes yeux, entre le nom des premiers chefs de Maré Ezi avec le mot servant à désigner le temps, la durée, le moment ezien (ezi, -ien désinence possessive). Mais il donne à ce dernier mot une étymologie un tantinet confuse, certainement sans valeur philologique :
43Rue Ezi so ezien ekowe so ko re nodei ezien = les deux Ezi pour que les temps soient toujours les temps (de faire ce qu’il faut faire).
44Ezien ekow ko re ezien : roi ko re ezien, nia ko re ezien, co ca = que le temps soit le temps ; que le temps soit bon, que le temps soit mauvais, il faut planter (pour offrir le présent).
45Les traditions que j’ai recueillies donnent une origine complexe au clan des si Rueezi. L’histoire totale de Maré est passablement touffue. Mais tout ce que dit notre informateur n’est pas faux. Disons qu’il donne l’apparentement “juridique” des anciens clans. Il est non moins certain qu’il fallait le consentement des si Rueezi pour des cessions de terrain dans la savane centrale.
46Cela s’est perpétué jusqu’à nos jours (cf. D 5). Lorsqu’il fallut décider la cession du terrain de l’aérodrome de La Roche, on demanda le consentement, au moins théorique, du représentant actuel de la chef-ferie des si Rueezi.
47J’ai rendu deux fois visite à un vieux drikona de Ro, Jon Ukan serei Eoce, en compagnie d’Abraham Manane si Pure qui recherchait comme moi les traditions des anciens. On m’avait dit que le vieux Jon possédait des cahiers de langue pene Welo, langue pene Nengone aux phonèmes intervertis pour la rendre incompréhensible aux ouïes des profanes. Il n’en était rien. Il m’expliqua la formation du pene Welo et de fil en aiguille en vint à me raconter comment ses ancêtres se représentaient les diverses migrations venues à Maré (cf. D 6).
48Selon le drikon Jon, l’histoire de Maré commence vraiment avec l’arrivée des si Welo, dans le Nord-Ouest de l’Ile. A ses yeux, ces si Welo sont les premiers habitants de Maré.
49Avant ceux-ci, il y avait bien cependant des individus auxquels Jon n’ose pas appliquer l’épithète de ngome, individu humain, qui sert à désigner les gens semblables aux Maréens de maintenant. Jon leur donne le titre de ngome-ac = “individu-chose”, mi-homme, mi-être surnaturel. Cependant Jon ne les décrit pas comme étant des êtres mythiques, mais vraiment comme étant faits de chair et d’os. Ils sont différents des mo-yaac, les génies vivants en bande, principalement des maica (m. à m. les petits garçons), les lutins qu’on voit seulement de loin ou en rêve, et qui jouent des tours aux humains.
50Jon les appelle serei Rawa ce qui mot à mot signifie “habitants de la terre” ; mais il fait de la butte de Rawa leur centre de rayonnement. Jon ne parle pas de leur taille. Selon lui, c’étaient des noirs, au nez plat très court, aux cheveux très longs. Leur organisation sociale était très rudimentaire. Ils vivaient en bande, sans chefferie, allant chercher une nourriture grossière, formée de racines et de toutes les bestioles qui leur tombaient sous la main : limace, lézard, gecko géant, bulime, crabe terrestre. Ils ne savaient pas soigner leurs malades. Ils les abandonnaient à leur sort. S’ils guérissaient, ils rejoignaient la bande ; s’ils mouraient, on les ensevelissaient à Rawa.
51Ils n’avaient pas de yaac, divinités du style des envahisseurs postérieurs.
52Ensuite vinrent les si Welo. A leur débarquement, l’île était plus basse que maintenant au-dessus du niveau de la mer ; et devant l’étonnement des auditeurs, gens de Ro, Jon multiplia les arguments, parlant en particulier de la cachette de poulpe de Tiga, un vrai nuo, qui se trouve maintenant à une haute altitude (Jon n’avait pas entendu parler du nuo de La-Thoon, près de La Roche).
53Ces si Welo sont venus on ne sait d’où. Chassés par la guerre, ils émigraient de pays en pays. Les uns se fixaient, d’autres continuaient leur route, jusqu’à ce qu’ils vinssent se fixer à leur tour. Jon donne une étymologie populaire de leur nom Welo, qu’il fait venir de welon, qui signifie “accorder ce qui avait été refusé, accueillir des fugitifs sur un terrain”. Ce sont des si Welo, wen o re hna welon = “parce qu’ils ont obtenu du terrain”.
54Les si Welo possédaient une véritable civilisation. Ils possédaient plusieurs variétés d’ignames, mais de qualité inférieure à celles de Ma. C’est pourquoi, on les appelle les “mauvaises ignames” wakoko me tho, ou les ignames qui ne sont pas les vraies ignames, deko ma nidi wakoko.
55Ils étaient également des spécialistes de la pêche. Jon cite comme étant leurs instruments de pêche l’épuisette yegun, la senne courte eoc, la sagaie à plusieurs pointes ye-caac d’un type spécial, à distinguer de la sagaie de pêche amenée par les migrants suivants, les si Gu-re-Wabao, la grande nasse ronde thugoc, les nasses aeo, wakeo, waro, ujen, la ligne, xedid(i), tressée en tapa, utilisée pour porter les appâts d’un carrelet.
56Ils auraient également apporté la canne à sucre waea, sans plus de spécification, le bourao à écorce comestible ee, l’hibiscus à feuille comestible weli ; le bananier à rhizome comestible, nama, et le Musa troglodytarum, namaco ni du.
57Lorsque les si Welo débarquèrent, les falaises ne portaient pas encore de forêt, mais seulement une végétation clairsemée. Il n’y avait pas de grands arbres. La plaine centrale était nue et couverte d’embruns lors des cyclones.
58Et Jon profite de l’occasion pour expliquer comment suivant les dires des vieux, Maré s’est formé et s’est couvert de végétation. Le corail a poussé, il s’est soulevé. Lorsqu’il a été suffisamment élevé pour que sa surface ne fut plus balayée par les grandes vagues de cyclone, il est devenu véritablement de la roche. Les oiseaux s’y sont posés et y ont fait leurs déjections. C’est ainsi que s’est constituée la vraie terre. Les semences, sans doute amenées par le vent, ont pu alors prendre racine. De plus les graines flottantes ont pu également constituer de la végétation.
59Ces si Welo étaient des noirs de grande taille, comme le prouve une mesure de tête à Piedr, la pointe qui sépare Ro de Cara. Les jeunes gens devaient pouvoir l’atteindre avec le sommet du crâne pour pouvoir convoler en justes noces.
60A l’inverse, les premiers habitants de Tiga, les si Toka, venus de Kiam(u), (Anatom) étaient tout petits, comme le prouve une mesure de nombrils que leurs jeunes gens devaient atteindre pour pouvoir se marier. (Jon n’a pas entendu parler du Hna-tuo-wadid du sentier de Dranin, et il ne fait pas de rapprochement entre les si Toka et les serei Rawa dont nous avons parlé).
61Les si Welo ne possédaient pas de yaac, dit Jon, mais des lutins maica, dont il nomme deux d’entre eux : Nuthal(a) et Neguthal(a). Il cite cependant le nom d’une petite vieille, la Petite Boiteuse de Lohngae, Guakida i Lohngae, appartenant aux si Welo de Dodon.
62Pour jon, si Welo et si Gurewoe ont la même origine. Mais les relations ont été rompues.
63Les si Welo ont souvent la désinence de leurs noms en ngo : Nipiengo, Wamejonengo. Le nom de Kainga leur appartiendrait.
64Les si Welo se sont partagé le pays.
65Puis Jon fait venir après eux les si Gu-re-Wabao, les habitants de la région de Wabao. Lors de ma première visite, Jon les distinguait nettement des si Welo. Dans le texte qu’il me dicta ensuite, il commença par les confondre. Devant mon étonnement, il m’expliqua qu’il avait peur du gendarme. Les traditions qu’il rapportait prouvaient en effet que les chefferies actuelles et principalement celle de Nece, n’avaient pas d’ancienneté et ne pouvaient ainsi prétendre à la légitimité. Aussi essayait-il d’atténuer l’écart entre les premiers venus et les chefferies postérieures. Du moins est-ce ainsi que j’ai compris son argumentation. Je le rassurai aussitôt et Abraham Manane fit de même. D’ailleurs dans la suite de la conversation, sans s’en rendre compte, il se mit à les séparer comme auparavant.
66Tout comme les si Welo, les si Gurewabao sont des Eletok. Ils sont venus en radeau, et non en pirogue. Jon est affirmatif sur ce point. Ils ne connaissaient ni la voile ni la pagaie. Ils se laissaient porter au gré du vent et des courants. Ils se dirigeaient avec une rame-gouvernail et de grandes gaules. Ils pouvaient, parait-il, aller et revenir ainsi de Kiam(u) (Anatom).
67Jon leur attribue l’introduction du cocotier nu.
68Puis vint une double migration de Kiam(u).
69La première débarqua à Dranin. Ces gens se protégeaient des ennemis par une petite vieille, Kazenir (m. à m. le dieu brillant) qui mangeait le foie. Wanakam(i) est leur chef.
70La seconde arriva à Cerethi. Elle apportait les “vraies ignames” o re nidi wakoko, le bananier kiam(u) et le coq autochtone titew. Mais le vrai Kiam(u), leur vrai pays d’origine n’est pas Anatom près de Tanna, au sud de l’archipel des Nouvelles-Hébrides, mais très loin en direction de l’Est, mazo, du moins approximativement. C’est le pays de Ma. Il a disparu. Comme cela était très honteux pour eux, ils le dissimulèrent sous le nom de Kiam(u). Le chant du coq leur désigna le pays où ils devaient se fixer. Jon ignore le motif de leur départ de Ma.
71Selon Jon, les gens de Kiam(u) ne sont pas Eletok.
72Puis vinrent les si Ta-legu-kaw = ceux qui habitent sous (des maisons) de paille legu (de couleur) claire. Ils abordèrent également à Cerethi. Ils montaient des pirogues géantes. C’étaient de joyeux lurons, aimant le chant et la danse. Ce fut même leur vraie caractéristique. Ils charmaient les soirées des chefs maréens. Ceux-ci pour les remercier leur donnaient femmes et terrains. Ils se dispersèrent ainsi dans toute l’île sans constituer de clans définis.
73Pour finir Jon décrit les chefferies eletok :
74Waya si Pecuaen chef à Cerethi jusqu’à Dranin ; Kuma et Awanedr si Xacace de Dranin à La Roche ; les si Hnathege dominaient de La Roche à Tenan ; de Tenan à Enew dans le Nord-Ouest, c’était le territoire de Wacamane i Ajec. D’Enew à Niri, c’était celui de Wahnara serei Guam, et de Niri à Cerethi celui d’Ihngane si Weba.
75Evidemment ce que dit Jon Ukan laisse rêveur. Il en dit à la fois trop et pas assez. J’ai essayé de lui poser des questions après son exposé. Je me suis vite aperçu qu’il ne fallait pas s’égarer sur le terrain des réflexions personnelles.
76Jon n’explique pas comment les vieux ont pris connaissance de la formation géologique du pays. Il n’a pas entendu dire, non plus, que l’île ait été à un moment donné couverte par la mer. Selon lui les premiers habitants n’étaient pas tout à fait des hommes, tandis que les gens de l’Est s’estimaient tels. Ceux-ci disent simplement que leurs ancêtres étaient tout petits, et qu’ils vivaient misérablement.
77Les si Welo se présentent comme étant des Mélanésiens. Leurs apports correspondent à ceux des anciennes migrations mélanésiennes.
78Qu’étaient les si Gurewabao ? Jon s’est refusé à nommer des clans issus d’eux. Il leur attribue le cocotier nu. Reste à savoir quand cet arbre est arrivé. Les indigènes disent qu’il n’y a pas longtemps. Mais ils parlent de même à propos de la présence du lagon dans la plaine !
79Jon semble rattacher aux si Welo l’introduction de la case commune des jeunes gens, le tacaere. Mais c’était également le fait des si Gurewabao. Sa pensée est floue. Cette institution fut faite en vue de la bonne éducation des jeunes. Notre informateur attribue à ces Eletok un état de moralité supérieur à celui que connurent plus tard les Maréens. Cette remarque n’est pas seulement issue de la mentalité d’un drikon. Plusieurs mythes restent les témoins de ce passé. Toujours selon Jon, primitivement ces Eletok ne se faisaient pas la guerre ; ils n’étaient pas anthropophages ; ils étaient monogammes et pratiquaient la justice. Nous avons vu le Père Boillot se faire l’écho d’une tradition semblable.
80La première population issue de Kiam(u), débarquée à Dranin, dont Wanakam(i) était le chef, qui possédait Kazenir, s’identifie à n’en pas douter aux si Mer(i), clan considéré comme Eletok, dans le Nord-Est de Maré. Il s’est éteint dans le cours du xixe siècle et au début du xxe. Les si Eledid, comptés comme si Mer(i), en sont maintenant les héritiers.
81La deuxième migration de Kiam(u), celle de Ma, qui aborda à Cerethi, s’identifie à celle qui débarqua à Watheo les “vraies ignames”, le bananier kiam(u) et le gallinacé titew. Elle s’installa à Dradrac et Cerethi. Les si Thunu en sont les principaux représentants. Ils sont également connus comme Eletok. Mais plusieurs autres clans ont dû en venir, en particulier les si Rawa, chefs des si Hnerec. Ils sont à distinguer des serei Rawa de tout à l’heure. Eux aussi étaient Eletok.
82Il semble bien que Jon se soit trompé en déniant aux gens de Ma la qualité d’Eletok. Peut-être a-t-il été induit en erreur parce que l’on traite d’étrangères les ignames de Ma. Cela n’empêche pas de dire également que ce sont les vraies ignames de Maré.
83Jon ignore où se trouvait Ma. Il sait seulement que ce n’est pas Anatom, le Kiam(u) des Nouvelles-Hébrides proche de Tanna, que Ma était très loin à l’Est, et qu’il a disparu, Ma ha tako.
84A son idée, les gens de Ma étaient des noirs comme les autres Maréens.
85Il ne donne pas non plus de précision sur les si Talegukaw. Toujours selon Jon, ils auraient été des noirs. Ce seraient les premiers à être venus en grandes pirogues. Leurs prédécesseurs sont venus en radeau.
86Jon leur attribue les danses pehua, nyineuatro, wahiek(u), wayai. Mais celles-ci sont à Maré fortement influencées par Lifou dans leurs titres, tel nyineuatro, leurs ritournelles comme pedha. Le nom de la danse pia rappelle le mot fiafia qui désigne à Samoa une fête, une joyeuse réunion.
87On connaît à Kurin une passe des gens de Ma, La-the ni si Ma. Les habitants de Kurin, les si Lawacele et les si Weba, ne savent plus à quel groupe social les rattacher. S’agit-il des si Talegukaw ? Ce n’est pas certain du tout.
88Enfin Jon énumère les clans eletok dominants. Ses divergences avec d’autres informateurs sont secondaires. Il ne faut pas lui demander de précisions. Son survol de Maré est trop rapide. Jon se contente d’une très grossière approximation.
89Les gens de Nece ont publié deux textes de synthèse de l’histoire de Maré. La perspective est beaucoup plus courte que celle des deux précédentes.
90Voyons d’abord celui publié sous les auspices de M. J. Guiart dans les Etudes mélanésiennes, nouvelle série, Nouméa, n° 10-11, décembre 1956 - décembre 1957, p. 29-30. Il a été communiqué par Monsieur le Pasteur Raymond Charlemagne.
91L’article intitulé “La Vie de jadis et celle d’Aujourd’hui” est sans signature. Mais le contexte me fait supposer que l’auteur est un membre de l’entourage de la chefferie de Nece. J’en extrais le passage qui nous intéresse, au début de l’article :
92“A Maré la vie de nos ancêtres ressemblait à celle des animaux.
93“Ils demeuraient dans des cavernes.
94“Ils ne mangeaient que des fruits et des feuilles.
95“Ils étaient vêtus d’espèces de nattes tressées appelées à Lifou : zi, à Maré : ote. “Leur vie était très dure.
96“La vie la plus dure était celle des femmes. Lorsqu’elles allaient à la recherche de la nourriture, elles portaient la nourriture en même temps que leurs enfants. Elles s’occupaient de la cuisine et tous les travaux étaient à leur charge.
97“C’est à partir de la sixième génération que nos ancêtres commencèrent à se battre et à manger la chair d’homme. Auparavant, ils ne le faisaient pas.
98“L’évangélisation est arrivée au temps de la septième génération, c’est-à-dire au temps du septième chef et le chef actuel est le neuvième. Voici le récit de cette arrivée…”
99L’auteur raconte à sa façon l’arrivée des deux teachers samoans Tataio et Taniela à Ro. Il la date de l’année 1842 (Cocokat dans son cahier fait la même erreur). D’après le Rev. A. W. Murray, le débarquement eut lieu le 9 avril 1841.
100Passons au crible ce que dit notre auteur :
101Il se fait l’écho de l’état précaire des premiers Maréens. Il rejoint en cela le drikon Jon et des traditions que j’ai recueillies dans l’Est de Maré. Le souvenir s’est conservé de feuilles, bourgeons, racines que mangeaient les “vieux”. Que ne mangeaient-ils pas ?
102Il en fait des troglodytes, ce qui m’a été dit des si Peu.
103Puis l’auteur court-circuite le temps, pour nous parler des vêtements (il s’agit de jupons de femme) faits avec les feuilles effilochées et tressées de ote (= Taetsia sp. = Cordyline terminalis, Kunth. Liliacées). On sait dans l’Est que, par exemple, la vieille Nederumele était toute nue, tandis que la vieille Shotin, yaac des si Tae, portait le jupon ca-ot en feuilles de cordyline.
104Il s’apitoie sur le sort des femmes, au passé, à propos d’un état de choses qui existe encore en grande partie. Il met tous les travaux à leur charge. Au moment de l’arrivée des Européens, les hommes avaient également leur part de travail. Mais il est certain que les corvées fastidieuses étaient l’apanage des femmes.
105Puis l’auteur fixe à la sixième génération l’origine de l’anthropophagie. Il s’agit évidemment de la sixième génération de la chefferie actuelle de Nece, celle de Yeiwene doku. C’est de son temps que s’opéra le massacre des Eletok dans l’Ouest de Maré, massacre qui s’accompagna d’une orgie de cannibalisme. Ce serait erroné de conclure : 1°) que les Maréens n’ont commencé à exister qu’avec la chefferie de Nece ; 2°) que l’anthropophagie n’a débuté qu’au massacre des Eletok. La tradition maréenne rapporte des cas bien antérieurs, en particulier lorsque des chefs tuaient les présentateurs des offrandes d’ignames pour que leurs cadavres servissent de “condiments” hmezin aux tubercules offerts. Il est arrivé que des chefs eux-mêmes fassent les frais du festin.
106L’auteur fait arriver la mission protestante à la septième génération. Il vise certainement le grand chef Hnaisilin Nidoish(i). Et, dit-il, le chef actuel serait au temps de la neuvième. Il ne peut s’agir que du petit-fils de Nidoish(i), le chef Henri Hnaisilin I, le père de l’actuel chef de Guama, en 1973.
107Cette synthèse tend à prouver, d’abord que l’actuelle chefferie de Nece est la chefferie de toujours, ensuite que les indigènes étaient de sombres sauvages, sauvés par la Mission.
108La deuxième synthèse est beaucoup plus développée. J’en donne le texte presque complet à DOCUMENT 7. Il a été publié dans les Etudes Mélanésiennes, nouvelle série, n° 8, décembre 1954. Il a été rédigé par un groupe d’informateurs sous la direction du grand chef Henri Hnaisilin II (p. 34-42).
109L’article divise l’histoire de Maré en trois parties : 1) L’époque préhistorique, 2) Moyenne époque ou époque des Eletok, 3) Le règne des grands chefs actuels.
110L’alinéa concernant l’époque moyenne dite des Eletok ne nous apprend rien, sinon qu’ils furent massacrés par de nouveaux venus. Certains mythes de la troisième partie seraient à leur place dans la première. L’intérêt de l’“Histoire mythique de Maré” est de nous donner le point de vue officiel de la chefferie de Nece.
111Elle rapporte des mythes très connus dans le pays. Mais elle fait des confusions. Nous allons du reste raconter ces mythes en leur place.
112Relevons seulement ici sa conception des Eletok. Elle est à l’inverse de celle de Cocokat si Tadeng : les Eletok seraient les descendants des premiers occupants qui tyrannisaient de nouveaux venus et furent anéantis par eux.
113Cette définition correspond mieux à ce que pensent les indigènes en général. Le fait d’être ancien occupant n’exclut pas cependant la qualité d’être étranger. Ainsi, selon les si Guama, Warekaicane viendrait de Bélèp. Les Eletok de l’Ouest proviennent en partie de Lifou, etc.
114Admettons qu’il y ait eu des degrés dans l’ancienneté des Eletok, comme il y en avait dans celle des roturiers qui les éliminèrent.
DOCUMENT I. SYNTHESE DE L’HISTOIRE DE MARE par COCOKAT SI TADENG
115Textes tirés d’un cahier où Cocokat consignait ses opinions concernant ses litiges avec la chefferie de Jean Tahmuhmfu) Sinewami si Tae.
1er texte
1161/ Ta nodei guhnen ne ta receluani pa.
1171/ Les lieux et les sujets de grand-père.
1182/ Roi di ha hna nue bot hnei pa co iu i retok ko re yewakoko ne il o re ta lae-kaka.
1192/ Mais (ils) ont été abandonnés par grand-père pour qu’arrivent au chef les présents dûs à la chef-ferie (m. à m. : les tiges-petites-ignames et les acquérir-nourriture ).
1203/ Ke o re rawa ca pina ri cele melei inu ko ne Pa ko.
1213/ Mais la terre jusqu’à la mer, ça c’est à moi et à grand-père.
1224/ Ta nodei guhnameneng wene ri mosic ne wene ri ethakui ni pa Cocokat.
1234/ Les clans originaires de fugitifs et de (gens) épargnés par (m. à m. de) grand-père Cocokat.
1245/ Ile me hnei pa hna foroseon co du du retok Sinewami, ta nodei guhnameneng me wene ri Eletok.
1255/ Alors par grand-père ont été forcés à cultiver pour le chef Sinewami, (c.-à.d. à lui présenter l’offrande due au chef) les clans qui viennent des Eletok.
1266/ Roi di hna ridi hnen o re ta nodei doku si Nengone, thu co thati atangoni.
1276/ Mais (ils) ont été frappés par les chefs de Maré pour être complètement mis à mort.
1287/ Orne ko re ta yelen o re ta guhnameneng omelei me ha om ri pahnameneng ca co nidi iara ule tedrene ko,
1297/ Voici les noms de ces clans qui sont ici dans les villages et pour être sans cesse contrôlés (m.à m. regardés-collés),
1308/ o re padoku buic co iara ineko re pahnameneng.
1318/ les chefferies (qui) doivent être (considérées) comme villages, (c.-à-d. comme des sujets, et non des grands chefs).
1329/ Ka ngei eje ma deko hna uletedren, ile me co iara enede ko, ko re padoku hnei buic ;
1339/ Et si nous ne (les) contrôlons pas, alors elles seront sans cesse agitées les chefferies, par eux ;
13410/ wen o re buic wene ri Eletok meneng me etaraje.
13510/ parce qu’ils viennent des Eletok, clans d’étrangers.
13611/ Rabuni Waicane, Wanyanyap ne Uregei :
13711/ Les petits-fils de Waicane, Wanyanyap et Uregei :
13812/ o re whani bushengon hna sice lu serei Wahmet(u), Molu (écrit : Mulu)rinidin o Wakone ne Tawainedr.
13912/ leur origine à eux deux (est qu’ils) se sont sauvés de Wahmet(u), (de) Molu, entre Wakone et Tawainedr.
14013/ Ri ezien o re ci fuie o buic kei si Ruemec,
14113/ Au moment de les fouiller (c.-à-d. où les si Ruemec fouillaient pour les chercher) les si Ruemec,
14214/ 2/ ko re si Hnathege, 3/ ko re si Tapep(a), 4/ si Tawaife), 5/ si Thubawae, 6/ si Lehmi tok, 7/ non ( ?, peut-être : nodei) si Xacace.
14314/ 2/ les si Hnathege, 3/ les si Tapep(a), 4/ les si Tawai(e), 5/ Les si Thubawae, 6/ Les si Lehmi chefs, 7/ les si Xacace.
14415/ Melei ko re ta guhnameneng wene ri Eletok, ma ha ome te ri hnoren o re padoku i pa, ta hna-awarumani hnei pa.
14515/ Tels sont les clans venant des Eletok, qui sont ici à l’intérieur de la chefferie de grand-père, ceux qui ont eu la vie sauve de grand-père.
14616/ Ka numu osoten o re si Tapep(a) ni pa Cocokat.
14716/ Et il y a d’autres si Tapep(a) (que ceux) de grand-père Cocokat.
14817/ Melei Wadrane, Siorehm(u), Agajedi ( ? ), tel Wadrane ; ka ri gula-Alan, Wacial(o), ne Yedridr(i).
14917/ Ce sont Wadrane, Siorehm(u), (peut-être :) Wajeijen ( ?), fils de Wadrane ; et du côté d’Alan, Wacial(o) et Yedridr(i).
15018/ Melei buic hna hue lu serei Wakone, sei Simijane, re-abuni Simijane.
15118/ Ceux-là sont venus de Wakone, de chez Simijane, (des) petits-fils de Simijane.
15219/ Buic hna uririon o re padoku ni Wanakam (i) ri pene Wabamen.
15319/ Ils ont chuchoté (c.à.d. comploté contre) la chefferie de Wanakam(i) à la bataille de Wabamen (m.à m. à la manière de Wabamen).
15420/ Hna de ko re si Ruemec hnen o re re-papani Wacial(o).
15520/ Les si Ruemec ont été anéantis par les grands-parents de Wacial(o).
15621/ Hna uririon, ile me sice lu ke bon ome ri tit(i) du Pa.
15721/ (Il) a comploté, alors il s’est enfui ici à La Roche pour (= chez) grand-père.
15822/ Ile me menenge lu te ne si Tapep(a) sei Wadrane ;
15922/ Alors il a demeuré avec les si Tapep(a) chez Wadrane ;
16023/ ke bon deko ma si Tapep(a) ; bone celuani Simijane.
16123/ mais il n’est pas si Tapep(a) ; il est sujet de Simijane (si Hnadid).
16224/ Si Pula (écrit : Bula) celuani retok Setifan, serei Cengeite, hna meneng i Yejele, Shini, melei Cengeite.
16324/ Les si Pula sujets du chef Stéphane venus de Cengeite, ont demeuré à Yejele, Shini, (et) là à Cengeite.
16425/ Ca ri rawa ni pa, ngei ma ci duon kei Siorehm(u), bone netit(i), si Tapep(a) ni pa jo ko.
16525/ Ensuite, sur la terre de grand-père, si Siorehm(u) cultive, il est correct, (il est un) si Tapep(a) de grand-père également.
16626/ Roi di yose lo o re kenen du pa.
16726/ Mais il apporte le présent du sol à grand-père.
Explication
168Cocokat était un excité qui regrettait la splendeur de l’ancienne chefferie de son clan, celle des si Tadeng. Cette chefferie avait été passée aux si Gureshaba, à La Roche, à condition que ceux-ci transmettraient à la chefferie des si Tadeng les présents pour reconnaître le haut domaine du sol. Quand je suis arrivé à Maré en 1939, cette coutume était tombée en désuétude. C’était le chef Waturu qui apportait l’igname au chef Jean Sinewami, si Tae.
169Mais ce présent du sol, que désirait Cocokat junior, avait un sens. C’était pour contrôler une population despotique et remuante, celle des Eletok que les chefs de Maré massacrèrent et mangèrent pour leur apprendre le savoir-vivre. L’ancêtre homonyme du moderne Cocokat en avait sauvé les restes par pure grandeur d’âme, après leur avoir pris leurs terrains. Pour Cocokat, ces Eletok sont des étrangers, qualité qui leur fait perdre tout droit, droit à la vie, et droit au terrain. Il en énumère plusieurs de la chefferie de La Roche : Wahaicane si Gurewoe, dont viennent Wanyanyap et Uregei (cf. Géographie mythique et traditionnelle de Maré, p. 59). Il est revenu de Molu (entre Wakone et Tawainedr, à distinguer des autres Molu) où les si Ruemec le recherchaient pour le tuer, après le massacre des si Xacace, vers 1800. Mais Cocokat omet de dire que ce Molu n’étaient qu’un lieu de refuge de Wahaicane. Celui-ci s’était sauvé de son domaine de Gurewoe.
170Puis Cocokat énumère les si Hnathege, les si Tapep(a), les si Tawai(e), les si Thubawae, les si Lehmi retok, les si Xacace, tous devenus sujets de Cocokat le vieux, mais passés ensuite à la chefferie des si Tae. Cocokat en veut spécialement à la famille Alan, la branche des chefs de tous les si Tapep(a) de Maré, réfugiée chez les si Drowedr, de Simijane, de Hnadid, eux-mêmes d’origine si Tapep(a), et aca-nia des chefs si Hnadid. Cocokat la rend responsable de l’incendie du tacaere de Wabamen par les si Gurewoc, où périt Lali serei Koe, qui était alors régent des si Ruemec. Wanakam(i) n’était qu’un jeune homme d’une quinzaine d’années.
171La famille Alan avait pris le parti des si Tae, tandis que Siorehm(u), d’une autre branche des si Tapep(a) donnait un présent aux si Tadeng.
DOCUMENT 2. SYNTHESE DE L’HISTOIRE DE MARE par COCOKAT SI TADENG
2e texte
1721/ O re tan thu nue o re rawa ome ri Tit(i) kei retok Wapurune du pa Cocokat, thuba-dra.
1731/ Le motif pour lequel le chef Wapurune (si Ruemec) laissa le terrain de La Roche à grand-père Cocokat, est le prix du sang (pour remercier les si Tadeng d’avoir aidé les si Ruemec dans la guerre contre les Eletok).
1742/ Retok Wapurune ko re ci-doku ni buic ri ezien omelei si Ruemec.
1752/ Le chef Wapurune était leur chef en ce temps-là, aux si Ruemec.
1763/ Hna ridi o re Eletok thu co kanon kei retok Wapurune o re hna-iru(e) ri ezien omelei hnei pa Cocokat ne pa Yeiw.
1773/ Ont été frappés les Eletok pour donner (au) chef Wapurune la guerre en ce temps-là par grand-père Cocokat et grand-père Yeiw (c.-à-d. Cocokat et Yeiw ont fait la guerre pour donner un coup de main à Wapurune).
1784/ Ci doku kei pa Cocokat ne pa Yeiw ne pa Wapurune.
1794/ Etaient chefs grand-père Cocokat, grand-père Yeiw, et grand-père Wapurune.
1805/ Ome ko re pengene ko o re Eletok serei cele, si Rusi, ne si Eal(i), ne si Caledonia, ne si Lidepa.
1815/ Voici la manière (= l’origine) des Eletok venus de la mer, des Lifous, des Ouvéens, des Calédoniens, des gens de l’Ile des Pins.
1826/ Roi di ri ran omelei, buic ma ci menenge lu ome ri nod, il o re nodei doku me nue but du buic o re node Nengone ;
1836/ Mais en ces jours-là, quand ils demeurèrent en ce pays, les chefs leur laissèrent le pays de Maré ;
1847/ wen o re buic ci sibon o re ta nodei doku ko buic ci alan co menenge te ome ri node Nengone.
1857/ parce-qu’ils demandèrent les chefferies qu’ils voulaient garder ici dans le pays de Maré.
1868/ Buic thu pina omei Nengone, buic ci hue lewe jo o re cengeni ci hue lo serei Caledonia, ko re sio, ne waened, ne ham(u), ca pina ome i Nengone serei Caledonia.
1878/ Eux, arrivant à Maré, ils allèrent après les richesses, venant de Nouvelle-Calédonie, hache os-tensoire, bracelet, tonna, (qui) venaient ici à Maré, de Nouvelle-Calédonie.
1889/ Ile me pina i Lidepa ; Ile me hue but ome i Nengone.
1899/ Alors (elles) arrivaient à l’Ile des Pins, alors elles venaient à Maré.
19010/ Se inomelei ko re cenge-ni hna la Eal(i), ca pina i Driphu, ile me pina omei Nengone.
19110/ Il en est de même des richesses suivant le chemin d’Ouvéa, jusqu’à Lifou, alors elles arrivent ici à Mare.
19211/ Bushengon ci eked i Nengone, ka ci eked yawe i Caledonia.
19311/ Eux deux (les deux courants d’échange) se rencontrent à Maré, et se rencontrent encore en Nouvelle-Calédonie.
19412/ Melei ko re bushengon ci emeo ( ?) ko re bushengon ci ekedeil ko re cengeni no re nod : drera, ne deo ci hue lo serei Driphu ; (peut-être faut-il lire : enew = se séparer, au lieu de emeo, qui n’a pas de sens).
19512/ Là les deux (courants) se séparent ( ?) là où ils se sont rencontrés les richesses du pays : tresses de poils de roussette, perles-monnaies viennent de Lifou. (La phrase est embrouillée).
19613/ Ile me inomelei ko re thu nunu Eletok ;
19713/ Alors c’est ainsi qu’on (les) laisse aux Eletok ;
19814/ tan o re hna nue but du buic ko-re node Nengone co menengon.
19914/ parce qu’on leur a laissé le pays de Maré, pour y rester.
20015/ Roi di ma xaranum(u) ri pon i si Nengone, ile buic me ha ci lawadoku,
20115/ Mais quand ils furent plus nombreux que les gens de Maré, alors ils furent tyranniques,
20216/ melei ko re thu co numu uane lo ko re si Nengone, ta nodei doku si Nengone,
20316/ là pour qu’ils pensèrent, les gens de Maré, les chefs de Maré,
20417/ ko ha co iru (e) ne buic o re Eletok ;
20517/ de faire la guerre avec (c.-à-d. contre) les Eletok,
20618/ wen o re buic ha ci hulolia, ci lawadokuon o re ta si Nengone,
20718/ parce qu’ils étaient ingrats, ils tyrannisaient les gens de Maré,
20819/ ci thoe ta wanu nese ri ta hawo no re ta si Nengone, ne rue kared(i)
20919/ ils fendaient les cocos secs sur la tête des gens de Maré, et sur leurs genoux.
21020/ Ka deko hna uan o re hna-doku buic ci dokuon, ne il o re rawa hna adokuni buic hnen o re ta si Nengone.
21120/ Et ils ne pensaient pas (que) la chefferie (sur laquelle) ils régnaient, et la terre (sur laquelle) ils dominaient, (c’était) par les gens de Maré.
21221/ Melei ko re tan thu ridi o re Eletok co atangoni.
21321/ Tel est le motif de frapper les Eletok pour les faire mourir.
21422/ Ke ri ta ezien me hna-dan eje ci hue lewe o re cengeni inome buic si Caledonia, ne si Rusi, ne si Lidepa, ne si Eal.
21522/ Mais au premier temps (c.-à-d. autrefois) nous allions après les richesses, comme eux les Calédoniens, les Lifous, les Ouvéens et les gens de l’Ile des Pins.
21623/ O re kakail ko eje bane ci kodraru o re ken ri se nod ne se nod, buic se inekomelei o re pengen.
21723/ La raison pour laquelle nous mangeons le présent du terrain de lieu en lieu, c’était ainsi leur manière.
21824/ Melei ko re pengen o re hna whane bot huni thu co numu rawa kei Pa omei ri Tit (i)
21924/ C’est là la manière qu’il a commencé là-bas pour avoir un terrain, grand-père, ici à La Roche.
22025/ Wenei si Ruemec, ca co iara wa-Kaku ri ta nodei kodraru ngei me numu ca-wai (e).
22125/ (Cela) vient des si Ruemec, et pour qu’il y ait toujours un tas pour (le chef) Kaku de nourritures s’il y a du poisson.
22226/ Deko ma forose, roi di co iara wa-Kaku thu numu rawa ke ej wenei Kaku.
22326/ Ce n’est pas forcé (c.-à-d. obligatoire), mais qu’il y ait toujours un tas pour Kaku, pour que nous ayons une terre venant de Kaku.
Explication
224Le texte de Cocokat est de plus en plus embrouillé au fur et à mesure qu’on approche de la fin. Cocokat explique comment La Roche lui appartient, et comment elle n’appartient pas aux si Tae. Ce sont les si Ruemec, chef Wapurune, qui tapèrent les Eletok. Cocokat si Tadeng et Yeiw sont venus à la rescousse. Cocokat ne précise pas de quel Yeiw il s’agit. Peut-être pense-t-il qu’il s’agit de Yeiwene si Guama. Mais en réalité, c’est Yeiwene Kicine serei Wo qui massacra les Eletok de l’Ouest.
225Qu’étaient donc ces Eletok ? Des étrangers venus de Lifou, Ouvéa, la Grande Terre de Nouvelle-Calédonie dont le vrai nom est Eak(o) ou Mak(o), l’Ile des Pins, qu’on nomme en Maré : Kunye ou Uzeri. Ces gens sont venus à Maré et les anciens habitants leur ont donné la chefferie. Les nouveaux venus étaient attirés par les richesses, dont le double courant du la-ni, celui des pierres vertes, venues de l’Ile Ouen par l’Ile des Pins, et celui des coquillages en provenance de la Grande Terre par Ouvéa et Lifou, se rejoignait à Maré.
226Lorsque ces Eletok sont devenus puissants et nombreux, ils se sont transformés en tyrans. Mais les chefs actuels, leurs remplaçants, eux aussi courent après les richesses canaques. Pour leur part, les si Tadeng ont reçu La Roche dessi Ruemec. En retour, les si Tadeng donnent aux si Ruemec un présent de bon vouloir, un tas de poisson. Lorsque l’actuel Cocokat écrivait, le chef si Ruemec s’appelait Kaku. Plus exactement, on lui donnait le nom de son père, mais il se nommait en réalité Ilei Kaeawi.
DOCUMENT 4. WAKON
227Récit d’Awanedr si Ruemec, texte d’Henri Siwoine si Hnatafa).
2281/ Wakon ko re doku me hna-dan ni si Rue-Ezi, hadu i Peorawa.
2291/ Wakon est le premier chef des si Rue-Ezi, là-bas à Peorawa.
2302/ Numu rewe tenen aicahman. Deiwane ko re tok, ka Waicane ko re cel.
2312/ Il a deux fils. Deiwane est l’aîné, et Waicane le cadet.
2323/ O re tok, bone hmaiai ko re receluaieni bon.
2333/ L’aîné a beaucoup de sujets.
2344/ Ka bone ci kedi hmaiai ko re ac.
2354/ Et il reçoit beaucoup de choses (présents).
2365/ Ka bone ci keco ceceni bon, ne celuani bon me cel.
2375/ Et il méprise son père et son frère cadet.
2386/ Ka bone deko ci thue bushengon o re nodei ac bone ci kedi.
2396/ Et il ne leur donne pas ce qu’il reçoit.
2407/ Ka bushengon ci ie du bon : “Tane re nge ke bo deko ci ua ehne ?”
2417/ Et ils lui disent : “Pourquoi ne penses-tu pas à nous deux ?”
2428/ Ka bone ci papa bushengon, wen o re bone ci uan ko bone nidi engetac.
2438/ Et il les insulte (m.à m. il est sec eux deux), parce qu’il pense qu’il est très fort.
2449/ Ka bushengon ci ca-cede o re ta gu-rawa ni bon :
2459/ Et eux deux maudissent son terrain :
24610/ “O re gu-rawa ni bo ha co de du nubo, ka deko yawe co mece ri nod.
24710/ “Ton terrain sera perdu pour toi, et il ne sera pas renommé dans le pays.
24811/ Ka bo deko yawe co nen, ka bo deko yawe ci ile ri pon ;
24911/ Et tu ne seras pas puissant encore et tu ne domineras pas ;
25012/ ka deko yawe buic co ule bo ko bo doku hmaiai. Ka o re rawa ni bo deko co uran hnei buic.
25112/ et désormais on ne te regardera pas (comme) le grand chef. Et ta terre ne sera pas admirée.
25213/ Ka o re nodei ngom co ule di o re celuani bo inom o re doku. Ka buic co cili bo wenom”.
25313/ Et les gens reconnaîtront ton cadet comme chef. Et ils te chasseront d’ici”.
25414/ Wene ri ezien omelei, buic ci kecon o re nod i Peorawa ca pina ri ranom.
25514/ De ce temps-là, on méprise le pays de Peorawa, jusqu’à ce jour.
25615/ Wene kodrihne deko ngom ci menengon ;
25715/ Depuis autrefois, personne n’y habite ;
25816/ buic ci du so, hna dan son o re doku si Rueezi ; ka onom bane son o re doku si Ruemec, o re wini doku si Rueezi. Athua.
25916/ on y cultive seulement, d’abord pour les chefs si Rueezi ; et maintenant pour les chefs si Ruemec, successeurs des chefs si Rueezi. C’est fini.
DOCUMENT 5
260Texte écrit par Cocokat si Tadeng après la cession du terrain de l’aérodrome de La Roche au service de l’Aéronautique civile de Nouvelle-Calédonie :
2611/ Le 30 mars 1960
262Melei ko re ezien ehnij ci anetitini o re guhne ome ri hna-avio.
2631/ Le 30 mars 1960
264Voici le moment où nous avons réglé (l’affaire) de cet endroit de l’aérodrome,
2652/ Si Ruemec ne ehnij si Gureshaba. Ile me beredron kei retok Kaeaw(i) ne si Rumece kom :
2662/ les si Ruemec et nous les si Gureshaba. Alors parla le chef Kaeawf i) (si Ruemec) et les si Ruemec ici :
2673/ “Ri Titi ri rawa melei, rawa ni ehnij si Ruemec hna kanu Waturu ne Wapita, ke deko ma bua retok Tahmuhm(u)”.
2683/ “A La Roche, à cette terre, notre terre à nous les si Ruemec a été donnée à Waturu et Wapita (si Tadeng), et non à vous chef Tahmuhm(u) (=Jean Sinewami si Tae)”.
2694/ Ka se ngom ome ri Tit(i).
2704/ Et c’est quelqu’un ici à La Roche ( ?).
2715/ Ile me aehngeni buti kei retok Kaeawi ne si Ruemece ko :
2725/ Alors le chef Kaeaw(i) et les si Ruemec expliquèrent :
2736/ “O re rawa ome ri hna-avio, rawa ni drikona Wakon hna kanu Waturu ne Wapita, hnei retok Wapurune,
2746/ “Cette terre-ci de l’aérodrome, c’est la terre du diacre Wakon (si Rueezi) donnée par lui à Waturu et Wapita, par le chef Wapurune (si Ruemec)
2757/ ne il o re padoku hna kanon hnei retok Wapurune ri be bon ko ri ci-doku i Ruemec, du pa Cocokat.”
2767/ avec la chefferie donnée par le chef Wapurune quand il était encore à la chefferie des si Ruemec, à grand-père Cocokat (si Tadeng)”.
2778/ Ile me ahnga buti ko re netit(i) ri pon o re hna-avio ko :
2788/ Alors il montra le bon-droit sur l’aérodrome, à savoir que :
2799/ ace ni inu ne Buyune ne drikona Wakon.
2809/ c’est mon bien et celui de Buyune (si Tadeng) et du diacre Wakon.
28110/ Ile me singeon (= “signéon”) ri pepa no re ledran kei Buyune ne drikona Wakon o re guhne omelei ri hna-avio,
28210/ Alors signèrent sur le papier de l’Administration Buyune et le diacre Wakon (au sujet de) cet endroit de l’aérodrome,
28311/ co ethawan ko re mane thuben o re gurawa ri hna-avio.
28411/ pour partager l’argent, prix du terrain de l’aérodrome.
28512/ Melei ko re hna-singeon (= signéon) o re pepa hnei Buyune ne in(u), ne il o re hna-lae-bun o re hna-avio ne drikona Wakon aca-rawa ri gularetok Kaku.
28612/ Là a été signé le papier par Buyune et par moi, et a été achevée (l’affaire) de l’aérodrome avec le diacre Wakon, maître du sol dans la chefferie de Kaku (= Kaeawi si Ruemec).
28713/ Roi di hna ane o re enengoco di hnei retok Tahmuhm(u) ne il o re pa-hna-meneng orne ri Tit(i), ko :
28813/ Mais a été posée une parole par le chef Tahmuhm(u) et (les gens de) ce village de La Roche :
28914/ Deko co ie ko : Inu ne Buyune ko re aca-rawa ome ri Tit(i) ; ka co ie ko : rawa ni retok Tahmuhm(u) ne Waol ; ile me anetitini lo.”
29014/ “Il ne faut pas dire : “Moi et Buyune sommes maîtres du sol ici à La Roche”, mais il faut dire que c’est la terre du chef Tahmuhm(u) et de Waol (autre branche des si Tadeng) ; alors c’est régler correctement.”
29115/ Ile me cihmug i retok Tahmuhm(u) ne Waol, rue deko sa rawa.
29215/ Alors c’est une fausseté du chef Tahmuhm(u) et de Waol, les deux n’ont pas de terre.
29316/O re rawa acegu ne Buyune ko re rawa.
29416/ La terre est mon bien et de Buyune, la terre.
29517/ Melei ko re hna-lae-bun ri hna-enengoco ti o re hna-avio ri ran 30 mars 1960 ri mekeredi.
29617/ Là a été la conclusion de la conversation au sujet de l’aérodrome en ce jour du 30 mars 1960 le mercredi.
29718/ Hna pina ko re chef de afer adijene ri avio ri ran omelei ri 3 h ne il o re necen ci meneng ri biro no re Keredi Kaledoni ne chef de Kabine ni Guverneur. Athua Drikona Cocokat.
29818/ Est arrivé le chef des Affaires indigènes dans l’avion de ce jour à 3 heures avec le président qui reste au bureau du Crédit de la Nouvelle-Calédonie et le Chef de Cabinet du Gouverneur. C’est fini. Diacre Cocokat.
Explication
299Cette scène mémorable a été une crise de mauvais esprit de la part des si Gureshaba contre leur chef Jean Tahmuhm(u) Sinewami, qui se conduisait alors en véritable tyranneau.
300Les si Ruemec avaient bien été les chefs du sol des environs de La Roche, pour avoir mené le massacre des si Xacace et pour posséder comme sujets les si Rueezi, maîtres du sol du hnahnerec. Ils avaient cédé la propriété du sol en partie aux si Tadeng pour leur aide dans la guerre ; et les si Rueezi gardaient le haut domaine. Mais les si Tae regardaient ce droit comme périmé. Les si Ruemec n’avaient pu rester en place que grâce à la protection des si Tae. Ceux-ci avaient donné le droit du terrain à la branche si Tadeng de Waol. L’ancêtre de ce dernier, Rueyen, s’était fait voler sa femme par son cousin le chef Buyune. Rueyen se sauva à la Roche et prit le parti de la chefferie des si Tae. Ce fut l’écroulement définitif de la chefferie des si Tadeng. Le point de vue de Cocokat, Buyune et Kaeawi est contestable, car l’état de chose dont se prévalait Sinewami crée une prescription remontant à environ 110 ans, et cela du strict point de vue coutumier maréen. Mais personne n’a contesté le droit d’aca-rawa, de maître du sol, du représentant du clan des si Rueezi, le drikona Wakon.
301L’Administration française se rangea du côté de la majorité, et donna 30.000 F CFP au propriétaire désigné par elle de cette plaine stérile, le petit chef d’Atha, Buyune si Tadeng. Il faisait pour la première fois acte de propriété sur ce sol, tandis que Paul Waol cultivait à côté. Ceux qui voulaient travailler dans cette région lui en demandait la permission.
DOCUMENT 6. TEXTE DU DRIKONA JON LES ORIGINES DE MARE
302Texte dicté à Ro, par le drikon Jon serei Eoce, le 15 mai 1965, devant Abraham Manane si Pure.
3031/ Serei Rawa, buic inom o re ngom ne se inom o re uianet.
3041/ Les gens de Rawa ressemblaient à des hommes et à des génies.
3052/ Buic deko ci kakan : ci kakan wene-re-serei(e), ne ci ian wethong(o) ne weweng(o) ne waeni-rawa, ne yekewi, ne ta buyu jo ko ;
3062/ Ils ne mangeaient pas (la vraie nourriture) : ils mangeaient des racines, de grands geckos, des buli-mes, des limaces, des crabes terrestres, des lézards également.
3073/ ia ni buic, buyu ne waeni-rawa. Deko guian onom.
3083/ Leur viande était le lézard et la limace. Ce qui ne se mange pas maintenant.
3094/ Paupara ko re gupied ni buic. Nidi gukokod.
3104/ Leur nez était plat, très court.
3115/ Yehawo ni buic nidi iwe ne dridri.
3125/ Leur chevelure était très longue et noire.
3136/ Nenun dridr(i) jo ko. Menenge ni buic Rawa.
3146/ Leur peau était noire également. Ils habitaient Rawa.
3157/ Deko ci ia ngom. Deko ci iru(e). Deko ta caac. Ma ci menenge oden, deko ma numu ngom co int(e) ne buic.
3167/ Ils n’étaient pas anthropophages. Ils ne faisaient pas de guerre. Ils n’avaient pas de sagaies. Tant qu’ils demeurèrent seuls, il n’y avait personne pour faire la guerre avec eux.
3178/ Deko ma ahnga ko re doku. Ekowe so. Deko wakoko. Ci kaio buice ko : ngome-ac.
3188/ Ils n’avaient pas de chefs. Ils étaient tous égaux. Ils n’avaient pas d’ignames. On les appelle : hommes-choses (c.-à-d. mi-hommes, mi-esprits).
3199/ Buic deko ci ice-thatha ; ma ci cawa ke buic, ci hue sese ileoden, ba thu there kaka,
3209/ Ils ne se déplaçaient pas en sautant de branche en branche. Quand ils avaient faim, ils partaient tous ensemble pour chercher leur nourriture,
32110/ o re wene-re-serei(e), ne buyu, ne waeni-rawa, bane bezin. Ci kakan wene-re-serei(e) ileoden.
32210/ racines d’arbres, avec lézards et limaces comme condiments. Ils mangeaient toutes les racines.
32311/ Ngei ma uedr kome xara-sa buic, buic ci theron o re kaka ; buic ci nue bone di oden me uedr.
32411/ Si l’un d’eux était malade, ils allaient chercher à manger, ils le laissaient tout seul malade.
32512/ Ka ma bone ha roi lo, bone ci yewe yawe jew o Rawa, ri guhneni buic.
32612/ Quand il était guéri, il revenait à Rawa à leur lieu.
32713/ Buic co tango so i Rawa, ri node ni buic. Rawa tapua ni si Rawa, tapo ni si Rawa.
32813/ Ils mouraient seulement à Rawa, dans leur pays. Rawa est le cimetière des si Rawa, le lieu sacré des si Rawa.
32914/ Deko ma carajewe o re ta pengen o re’ma ni buic.
33014/ (Je) ne sais pas quel était leur genre de maison.
33115/ Buic si Rawa deko ma ekowe sese ne moaica ; buic yaac. Deko yaace so buic si Rawa.
33215/ Les si Rawa ne sont pas pareils aux lutins. Ceux-ci sont des génies. Il n’y avait pas de yaac pour eux les gens de Rawa.
33316/ Pina ko re si Welo i Nengone. Si Welo ci tice o re guhneni buic.
33416/ Arrivée des si Welo à Maré. Les si Welo ont émigré de chez eux.
33517/ Si Welo ma ngei buic hna pina ri se nod, ka deko ngom, ile buic ci menenge lu omelei, ne ato yelen omelei : “Welo”, wen o re hna welon.
33617/ Les si Welo quand ils arrivaient dans un pays, où il n’y avait personne, ils y demeuraient et l’appelaient “Welo” parce qu’ils y avaient été accueillis (comme fugitifs).
33718/ Hna iru(e) ri node ni buic. Buic hna won.
33818/ Ils ont fait la guerre dans leur pays. Ils l’ont quitté.
33919/ Si Welo, buice dridr(i), ta hma, nidi iwe.
34019/ Les si Welo étaient des noirs, grands, très longs.
34120/ Numu tu ni si Welo.i Piedr, tun o re hawo. ha om o re ezien co lae hmenew.
34220/ Il y a une mesure des si Welo à Piedr (à la pointe qui sépare Ro de Cara), une mesure de la tête.
34321/ Ngei o re aicahman hna iu omelei ko re hawo, ha om o re ezien co lae hmenew.
34421/ Quand un jeune homme atteignait de la tête (cette mesure), il était temps (pour lui) de prendre femme.
34522/ Se numu tu inomelei i Toka, deko ma ekowe sese ko re tu.
34622/ Il y a de même une mesure à Tiga, mais c’est une mesure différente.
34723/ Melei si Toka ci tun o re wadid(i) ne il o re ye-ete.
34823/ Là les gens de Tiga mesuraient leur nombril avec un rocher.
34924/ Ngei o re wadid( i) hna ekowe sese ne il o re ete, melei ha ezien co lae hmenew.
35024/ Lorsque le nombril atteignait la pierre, il était temps de prendre femme.
35125/ Roi di buic nidi gukokod. Nidi iwe ko re tu ni si Welo, gukokod ko re tu ni si Toka.
35225/ Mais eux étaient tout petits. Très haute la mesure des si Welo, basse (m. à m. courte) la mesure des si Toka.
35326/ Nidi ngome ko, ko re si Toka ; deko ma ngome-ac. Si Toka wenei Kiam(u).
35426/ Les si Toka étaient de vrais hommes, et non des hommes-génies. Les si Toka venaient de Kiam(u) (= Anatom).
35527/ Si Welo hna thalo i Welo, nacadua. Ri ezien omelei, deko ma numu tit(i), ka deko ma nidi hmaiai ko re serei(e).
35627/ Les si Welo débarquèrent à Welo, au grand cap. A cette époque, il n’y avait pas de grandes roches, il y avait peu de végétation.
35728/ Ngei ma wene, deko ma therie hnei wene.
35828/ Lorsqu’il y avait un cyclone, (tout) n’était pas entraîné par le cyclone.
35929/ Ha tace lu ko re didi. Ma ha tace lu ko re didi, ha ete.
36029/ Le corail devint dur. Quand le corail fut dur, ce fut de la pierre.
36130/ O re ete thuni co hma, nod ko re pengen ;
36230/ La pierre devint grande ; elle prit allure de pays.
36331/ o re ta ia thuni co te ri pon. Iara guhneni buic.
36431/ Les animaux purent monter sur lui. Ils y restèrent en permanence.
36532/ Ngei buic ma iara te omelei, ile buic me shebu ri pon o re ete ;
36632/ S’ils se juchaient sans cesse dessus, ils firent leurs déjections sur la pierre.
36733/ ile me numu ko re rawa ri pon o re ete. Ha thuni co puja ko re wawen ne il o re serei(e). Melei se pengen o re serei(e).
36833/ Alors il y eut de la terre sur la pierre. Les graines purent pousser ainsi que les plantes. Telle est une manière des plantes (pour pouvoir pousser sur l’Ile).
36934/ Ka o re se pengene di : ngei me numu ko re wene, thuni co apinani ko re wawen jew o re nod omelei, hnen o re wene ri se nod.
37034/ Il y a aussi cette manière : s’il y a un cyclone, les graines peuvent être amenées dans ce pays par le cyclone. Elles ont été prises par la mer dans un autre pays.
37135/ O re titi wene ri cele, wene ri se nod. Dongo serei(e) wene ri cele jo ko.
37235/ Le faux tamanou (titi) vient de la mer, d’un pays. Le Brughiera (dongo) vient de la mer, également.
37336/ O re papago hna ie du nu ko, ri ezien odrihne, deko ma hmaiai ko re serei(e) ; numu etha sa ko re serei(e).
37436/ Mon grand-père m’a dit qu’autrefois, il n’y avait pas beaucoup de végétation ; elle était clairsemée.
37537/ 0 re nod hna hma lo re ran. Nengone ekowe sese ne Toka. Ci hma lo ne paupara. O re nuo i Toka nidi thuaiaion o re cele.
37637/ Le pays s’est élevé en l’air. Maré est comme Tiga. Il a grandi et est devenu plat. La cachette de poulpe (nuo) de Tiga est très loin de la mer.
37738/ Si Gu-re-Wabao Eletok ileoden, pina i Welo. Si Welo ne si Gu-re-Wabao ekowe sese so.
37838/ Les si Gu-re-Wabao (= les gens de la région de Wabao sont tous Eletok, sont tous arrivés à Welo. Si Welo et si Gurewabao, c’est la même chose.
37939/ Ri a-ekowe-ni, ma pina lu kei si Welo, buic ci hue sese, ngei ma pina ri se nod, ile me menenge lu di kosoten, ka buic ci hue ko.
38039/ En explication : quand sont arrivés les si Welo, ils allaient ensemble. Arrivés dans un pays, les uns se fixaient sur place, d’autres continuaient.
38140/ Wabao o re eberedro pene awamohma, ekowe sese ne gu-re-hu(e) onom.
38240/ Wabao est un mot de la langue des vieux, ayant le sens de “gu-re-hu(e)” (= qui vont ensemble) de maintenant.
38341/ Ri ezieni si Welo deko wakoko me roi.
38441/ Au temps des si Welo, il n’y avait pas de bonnes ignames.
38542/ Numu adhiadh(i) (ci acen o walubulen, walu-bulen apue), adhiadh(i) ada, waeki, wahneor, wakacapa, triretro, ileoden wakoko me tho ; gu-e ; nama, namaco ni du.
38642/ Il y avait adhiadh(i) (elle s’approche de walubulen, de walubulen tendre), adhiadh(i) ada (ada = à chair ferme, non fibreuse et non spongieuse), waeki, wahneor, wakacapa, triretro, toutes mauvaises ignames ; le bourao comestible (ee), le bananier à rhyzôme comestible (nama), le fehi, (namaco ni du = le bananier du soleil).
38743/ Co sin, buic ngomenata.
38843/ Ils étaient habiles à la pêche.
38944/ Numu ko re netit(i) so buic. Buic ma ci aneti-tini, ci nidi anetitini roion. Deko ci ian o re tango. O re ci-ia-tango wene ri nia, wene ri iru(e). Deko ko re lae, saso ko re hmenew.
39044/ Il y avait une justice pour eux. Quand ils jugeaient, ils jugeaient très bien. Ils n’étaient pas anthropophages. L’anthropophagie vient de la méchanceté, de la guerre. Ils n’étaient pas polygames, ils n’avaient qu’une seule femme.
39145/ Tacaere buic co pina ti orne. Tacaere ’ma no re lata me nitit(i), ’ma no re wathebo, wathebo so buic co menenge sese ;
39245/ Ils ont amené la case commune des jeunes gens (tacaere). Le tacaere est la maison d’une manière juste, la maison de l’ordre, l’ordre de demeurer ensemble ;
39346/ o re morow ca pina aicahman ci okone lo ri tacaere, ma numu ngomenata, eitr ca nain ko re kenereken. Ci okone bot ma ci lae hmenew.
39446/ les petits enfants jusqu’aux jeunes gens vont au tacaere quand ils ont l’âge de raison, vers huit ou neuf ans. Ils en sortent quand ils se marient.
39547/ O re serei Gu-re-Wabao hna te ri weg, deko ma nidi koe.
39647/ Les si Gurewabao sont venus en radeau, pas en vraie pirogue.
39748/ Deko sinyeu. O re yeng(o) ko re yengo ci uteni buic.
39848/ Pas de voile. Ils se laissaient porter au gré du vent (m. à m. le vent, le vent qui les soufflait).
39949/ Ci hu(e) yengo ri neshebun. Numu ko re waol, deko numu xaru(e), numu ko re tho.
40049/ Ils allaient par vent arrière. Ils avaient un gouvernail, pas de rame. Ils avaient une perche pour pousser.
40150/ Thuni co lenge jew o Kiam(u) ri wegen.
40250/ Ils pouvaient aller à Anatom (Kiamu) en radeau.
40351/ Serei Kiam(u), kosoten hna thalo i Dranin. Pina ri dan, ri thuben o re si Gurewabao.
40451/ Les gens de Kiam(u), certains ont débarqué à Dranin. Ils sont arrivés les premiers, après les si Gurewabao.
40552/ Kiam(u) acenon i Tanna. Roi di nidi Kiam(u) nidi ithuaiai, deko ma acenon i Tanna, nidi mazo.
40652/ Kiam(u) (= Anatom) est à côté de Tanna. Mais le vrai Kiam(u) est très loin, pas du tout à côté de Tanna, tout à fait vers l’Est.
40753/ O re si Kiam(u), hna pina ri hna-da, hna pina ti o re kazenir(i), waeteshet ci ian o re guat.
40853/ Les gens de Kiam(u) arrivés les premiers ont amené avec eux une petite vieille qui mange le foie.
40954/ Serei Kiam(u) hna y ose bane cumo buic.
41054/ Les gens de Kiam(u) l’ont prise pour les protéger.
41155/ Ma ci eked o se ta ngom, ci beridr(i) du bon, ka ma nubon deko ma cedi, melei nubon ci ia guat.
41255/ Quand elle rencontre quelqu’un qui lui parle, et qu’elle ne répond pas, c’est qu’elle mange le foie.
41356/ Deko ma carajewe o re tan hna sic serei Kiam(u). Wanakam(i) ko re doku ni buic.
41456/ (Je) ne sais pas pourquoi ils se sont sauvés de Kiam(u). Wanakam(i) est leur chef.
41557/ Serei Kiam(u) hna pina hna-diri hna thalo I Cerethi.
41657/ Les gens de Kiam(u) arrivés en dernier ont débarqué à Cerethi.
41758/ Numu ko re wakoko : wadrawa, wacacathuma, wakokorawa, wajakag. Numu namaco, yelen Kiam(u), sa ko re titew.
41858/ Ils avaient des ignames : Wadrawa, Wacacathuma, Wakokorawa, Wajakag. Ils avaient un bananier, nommé Kiam(u), un gallinacé.
41959/ Numu enengoco ri pon o re titew ; ci aehngeni o re Ce-re-thi du serei Kiam(u). Bone ci kukurek.
42059/ Il y a une parole au sujet de ce gallinacé ; il montre le pays de Thi aux gens de Kiam(u). Il chante cocorico.
42160/ Hada ri nod Kiam(u) ithuaiai : “Ma kukerek hnei coco ri se nod, menenge lu”.
42260/ Là-bas au pays de Kiam(u) lointain, (on leur a dit) : “Quand le coq chantera dans un pays, restez-y”.
42361/ Ci meneng i Cerethi lew o re hna kukerek hnei titew. Buic si Kiam(u) serei Ma.
42461/ Ils sont restés à Cerethi d’après le chant du gallinacé. Les gens de Kiam(u) sont les gens de Ma.
42562/ Yeleni Kiam(u) hna diri, Ma. Deko ma Eletok serei Kiam(u).
42662/ Le nom du dernier Kiam(u) (c.-à-d. du plus éloigné) est Ma. Les gens de Kiam(u) ne sont pas Eletok.
42763/ Si Ta-legu-kaw hna pina ri diri. Buic ha deko guhne.
42863/ Les si Ta-legu-kaw (c.-à-d. les gens qui sont sous les cases de paille de couleur claire) sont arrivés en dernier. Ils n’ont pas de territoire.
42964/ Mado i Cerethi, Waya i Pecuaen, serei Cerethi jew o Dranin.
43064/ A l’Est, à Cerethi, Waya de Pecuaen réside de Cerethi jusqu’à Dranin.
43165/ Serei Dranin ca pina i Tit(i), guhneni Kuma ne Awanedr.
43265/ De Dranin jusqu’à La Roche, c’est le territoire de Kuma et Awanedr.
43366/ Ka serei di ome ri Tit(i) ca pina i Tenan, si Hnathege.
43466/ Et d’ici La Roche, jusqu’à Tenan, ce sont les si Hnathege.
43567/ Wenei Tenan ca pina i Enew, guhneni Wacah-mane i Ajec.
43667/ De Tenan jusqu’à Enew, c’est le territoire de Wacahmane d’Ajec.
43768/ Serei di Enew ca pina Niri, i Wabao, melei guhneni Wahnara serei Guam.
43868/ D’Enew jusqu’à Niri de Wabao, c’est le territoire de Wahnara serei Guam.
43969/ Serei di Niri ca pina i Cerethi, Ihngane si Weba.
44069/ De Niri à Cerethi, celui d’Ihngane si Weba.
44170/ Si Talegukaw se nod. Buic dridri.
44270/ Les si Talegukaw étaient un peuple. C’étaient des noirs.
44371/ Deko ma ahnga ko re’doku. Hna te ri koe nidi hmajiadr(a).
44471/ Ils n’avaient pas de chefs. Ils sont venus dans des pirogues géantes.
44572/ Buic hna cede i Cerethi. Deko se ac sei buic.
44672/ Ils ont débarqué à Cerethi. Ils n’avaient pas de sorcellerie.
44773/ O re thuni ni buic, o re era, ne thuruket.
44873/ Leur spécialité était le chant et la danse thuruket.
44974/ Ono re nodei doku Eletok ileoden, co ujeni buic co era, ta era me nidi shed, theni o re ta wata ni buic, ile me thaeti bot ko re nodei doku.
45074/ Tous les chefs eletok leur demandaient de chanter, des chants très beaux, de sentir la cadence de leurs pieds, jusqu’à ce que les chefs s’endorment.
45175/ Ngei buic me hna era, ci shudu buic ne il o re ta cenew, ineko hmenueni buic, ne rawa bane rawa ni buic.
45275/ Lorsqu’ils (les si Talegukaw) avaient chanté, ils (les chefs eletok) leur donnaient des filles pour être leurs femmes, et de la terre pour être leur terre.
45376/ Inomelei ko re buic thu numu te rawa omei Nengone. Ka buic me etha kawi bot omei Nengone.
45476/ C’est ainsi qu’ils ont eu de la terre à Maré. Et ils se sont installés en se dispersant à Maré.
DOCUMENT 7
455Extrait des Etudes Mélanésiennes, Numéro 8, Décembre 1954, nouvelle série, p. 34-41.
HISTOIRE MYTHIQUE DE L’ILE MARE
456“N.D.L.R. - Ce texte a été rédigé à votre intention par un groupe d’informateurs sous la direction du Grand Chef Henri Naisseline. Il représente donc non seulement un travail de valeur émanant directement de la société autochtone de Maré, mais encore, et par cela même, un document sociologique de grand intérêt.”
457“Nous pouvons diviser l’histoire de l’île Maré en trois grandes époques :
458“1.- L’époque préhistorique marquée par la domination des quatre grands chefs, à savoir :
- Wacamane i Ajej qui possédait la partie Ouest de l’île ;
- Wamejonengo i Welo qui possédait la partie Nord ;
- Waya i Pecuaen qui possédait la partie Est ;
- Warekaicane i Cacago qui possédait la partie Sud.
459“2.- Moyenne époque ou époque des Eletok qui paraît prendre fin en 1818 ;
460“3.- Le règne des grands chefs actuels qui paraît ne devenir stable qu’à partir de 1825.”
1.- L’EPOQUE PREHISTORIQUE
461“Ce fut l’époque des légendes. Ces légendes, encore si courantes de nos jours, parlent souvent d’un caillou, d’un animal, d’un arbre, etc.. qui se personnifie. Ce fut l’époque où les premiers habitants de l’île ont été formés.”
462“Histoire et Origine de WACAMANE I AJEJ et WAMEJONENGO I WELO” “Il y avait à Lifou une vieille Yaac et son petit-fils. La vieille avait un martin-pêcheur qui était son kaze. Un jour, la vieille dit à son petit-fils : “Chéri, va à la chasse. Tue pour moi un oiseau pour manger, car je suis malade et très fatiguée.” L’enfant alla donc à la chasse ; mais, fatigué de vaines courses, il rentra bredouille à la maison. A son retour, il aperçut un joli oiseau à plumes bleues perché sur un arbre à côté de leur case. Il tua l’oiseau et se dépêcha de l’apprêter, de peur que sa grand-mère ne meure de faim. Une fois cuit, l’oiseau fut présenté à la vieille qui n’en fit qu’une bouchée. Mais, malheur ! la chair de l’oiseau est aussi amère à avaler qu’un bloc de sel. La vieille reconnut que son petit-fils avait tué son oiseau. Maudissant l’enfant, elle se jeta à la mer et gagna Maré à la nage. Elle mit pied à Hnacede re haze (lieu où les kazés abordent). A bout de force et mourant de froid, elle s’étendit sur la plage appréciant la chaleur du soleil levant”.
463“Deux Moaica (lutins), assis sur la falaise, distinguèrent une masse noire sur le bord de la mer. “Descends”, dit le cadet, “va voir ce que c’est ; moi, je me tiendrai ici ; je te montrerai où elle se trouve.” Touchant presque la vieille du pied, l’aîné se retourna du côté de la falaise et demanda, par signes, à son frère, où se trouvait le corps. Du doigt celui-ci s’efforça de le lui montrer, mais il ne vit rien. Il allait retourner sur la falaise lorsqu’il entendit une voix tout près de lui. Il sursauta de peur, car, s’il avait avancé d’un pas, il eut marché sur le dos de la vieille femme à plat ventre sur le sol.”
464“Les deux Moaica l’invitèrent à habiter chez eux. La vieille devint alors leur femme.”
465“Avec l’aîné, elle engendra les si Xacacé, les si None, Si Hnacue, Si Hnabungu, Hnaeroc, Si Pula, Si Waek (descendants de Wacamane i Ajej).”
466“Avec le cadet, elle engendra les si Welo, Si Eoce, les si Dudun, Si Cara, Si Hnathege, serei Hname-ceretiti, Serei Yethebo.”
467“Histoire et Origines de WAYA I PECUAEN”
“Lo (oursin) était la plus jolie fille de tous les habitants de la mer. Sa beauté et sa conduite lui attiraient tous les regards de ses camarades : poissons, mollusques, coquillages, etc…”
468“Un jour, un jeune et beau coquillage lui tint poliment ce langage : “Lo, je viens vous demander en mariage, voulez-vous être ma femme ?”
- “Je regrette de repousser votre proposition”, lui répond celle-ci, “mais je ne veux pas me marier.”
- “Vous ne voulez pas être ma femme ?” continua l’autre ; vous pensez devenir un jour la femme de Buyu iPeorawa (lézard de Peorawa) ?”
469“Un second coquillage vint encore la demander en mariage et obtint la même réponse. Lo tint parole, mais elle remarqua que chacun de ses admirateurs, après son refus, lui parlait toujours de Buyu i Peorawa.”
470“Enfin, un troisième se présenta et lui fit la même demande. Lo, encore une fois, voulut rester célibataire.”
471“Vous ne voulez pas être ma femme ?” riposta le coquillage. “Croyez-vous devenir la femme de Buyu i Peorawa ?”
472– “Qui m’empêchera d’être sa femme ?” répondit Lo, un peu irritée. “Qui m’empêchera d’aller le voir tout de suite ?”
473“D’un bon elle atteignit le rivage et prit la direction du plateau. Arrivée à une petite forêt, elle aperçut un monsieur somnolant sur une branche de banian.”
474“Que voulez-vous ?” dit le monsieur haut perché.
- “Je cherche où habite Buyu i Peorawa”, répondit Lo un peu gênée.
- “Buyu, c’est moi, et Peorawa, c’est ici”, lui répondit-il.
475“Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants :Re-tei-Buyu (les enfants de Buyu), dont Waya est l’aîné.”
476Histoires et Origines de WAREKAICANE I CACAGO
“Warekaicane, originaire de Belep (Nouvelle-Calédonie), est né un beau jour de l’écorce d’un arbrisseau (anoumi) dont la fibre, très résistante, est employée à la confection des lignes de pêche, des filets, etc…”
477“Très aimé de tous les hôtes de la forêt, en grandissant, il devint le plus puissant. De tout ce que ses maîtres et protecteurs lui proposèrent pour son avenir l’idée d’aventure domina tous ses désirs. Il fabriqua une longue et belle pirogue qu’il gréa pour une longue excursion. Il côtoya le littoral Est de la Calédonie cherchant un endroit qui lui plût pour y passer quelque temps. Enfin, Yaté satisfit son désir. Ayant appris des habitants du lieu qu’un groupe d’îles se trouvait à l’Est, non loin de la Grande Terre, il poussa ses aventures au Sud-Est et atteignit l’île des Pins.”
478“De son mariage avec une femme de l’île, il eut quatre enfants et donna le nom de Wadjomea au dernier-né.”
479“L’île des Pins était très peuplée et il y manquait de place. Il voulait un pays à lui, un pays qui ne dépende de personne et puisse appartenir définitivement à ses enfants. Il embarqua donc sa famille dans la pirogue et ayant mis le cap vers l’Est, il aborda à Maré (Wabawo). La famille s’installa à côté de la plage. Le père envoya ses enfants couper du bois pour la construction de leur future maison. Les trois grands garçons prirent plus d’intérêt à se laisser glisser sur les crêtes des vagues qu’à se rémémorer les recommandations de leur père. Pour être plus vite à leurs jeux, ils coupèrent sans choisir du bois tordu et de mauvaise qualité, ce qui suscita le mépris de leur père contre eux. Le dernier-né, resté près de son père, exécuta les moindres recommandations de ce dernier.”
480“Un jour abandonnant le travail par suite du manque de matériaux, le père demanda à son fils : “Où sont tes frères ? – Tout au bord du récif, lui répondit-il, en les lui montrant du doigt. “Puisqu’ils ne m’obéissent pas, je les maudis. Là où ils sont, sera leur tombeau. Va jouer avec eux ; il viendra une grosse vague, n’aies pas peur de te laisser glisser dessus.”
481“A peine fut-il auprès de ses frères qu’une montagne de flots se dressa devant eux. Le dernier-né, sans hésitation, se laissa emporter et se retrouva sain et sauf sur la plage, à côté de son père.
482“Les trois autres, au passage de la vague, plongèrent au fond de la mer, évitant d’être entraînés par la violence du courant superficiel et disparurent pour toujours.”
483“Wadjomea, seul descendant de Warekaicane eut deux enfants :
484“L’aîné, Warekaicane, engendra les si Medu ;
485“le cadet, Thawa, engendra les si Hmed.”
2 - L’EPOQUE MOYENNE ou EPOQUE des ELETOK
486“Nous appelons Eletok, les descendants directs des quatre grandes chefferies effondrées. Les Eletok sont les premiers habitants de l’île Maré. Jaloux de l’arrivée d’étrangers dans leur pays, ils devinrent méchants et cruels. C’est pour cela qu’un accord eut lieu entre les nouveaux-venus pour exterminer les Eletok. La plupart d’entre eux furent tués, mais il y eut des rescapés qui trouvèrent refuge auprès des chefferies modernes qui les prirent sous leur protection.
3.- LES CHEFFERIES MODERNES
487“Les chefferies modernes se divisent en deux parties :
488Si Guahma, chefs : Wahnara – Yeiw
489Si Gureshaba, chefs : Cocokate – Sinewami
490Si Ruemec, chefs : Si Mer – Wahnakam
491Si Gurewoc, chefs : Hmaene – Jalo
492Si Medu, chefs : Laie - Waekosone”.
GUAHMA = GUAM
493“Dans la partie Ouest de Guahma actuel régna Wahnara, du clan des Serei Guam. Ce n’est qu’à partir du moment où Wahnara céda le trône à Yeiw que Guam devint Guahma, c’est-à-dire : Guam agrandi.”
494“Les sujets de Wahnara étaient : les serei Wacebeu (Wadra), serei Tadeng (Wayewol), Nodei Kurub (Matrune), serei Sheburecei, si Waek, si Cara, si Non(e), Serei Welo, Serei Eoc, Si Tahned, Si Hnaeroc, Si Udekeu, Warawi, si Hmed(e), Si Xacace, Si Hnacue, Si Taxeru(e).
GUAHMA ACTUEL (Chef : YEIW(E)
495“Limites de Guahma actuel sous la domination de Yeiw :
- au Nord, à Wo, sur le rivage de Menaku, lieu dit “Walenede” ;
- en ligne droite, jusqu’à Wabao (Yewe), lieu dit “Kare eru.”
ORIGINES DE YEIW
496“Yeiw(e) habitait la contrée dite “Thuamijoce”. Ce lieu est très fertile car il y a plusieurs grottes où l’on peut se procurer de l’eau douce. La possibilité de se baigner et la fertilité de la terre firent des habitants de Thuahmijoce, du clan de Yeiw(e), des gens robustes, bien portants et propres. A plusieurs reprises ils allèrent reconnaître le bord de mer, Thuahmijoce étant au milieu de l’île. Le chemin passait à côté de la chefferie de Guam. Warawi, chef des serviteurs de Wahnara en même temps que son neveu, remarqua la belle prestance des habitants de Thuahmijoce et leur nombre important qui présentait un grand danger pour la sûreté de la chefferie de Serei Guam et proposa à Wahnara, son oncle maternel, de la céder à Yeiw, ce qui fut convenu.”
497“Tous les clans sous la domination de Wahnara passèrent, en 1825, sous celle de Yeiw, à l’exception des si Waek. Ces clans prirent donc la décision que Yeiw habiterait à Degene, entre les si Non(e) serei Degene et les si Non(e) serei Tawe, sous la protection de Warawi qui demeura à Wegec, près de Degene et devint le chef des serviteurs de la nouvelle chefferie.”
498“N’ayant pas l’habitude d’être privé d’eau, Yeiw tomba malade à Degene ; ce fut alors que les clans de Warawi et les deux si Non(e) décidèrent d’emmener Yeiw habiter Nece, au bord de mer. Près de lui, Warawi et les deux clans si Non(e), l’un à droite et l’autre à gauche.”
499“Yeiw qui fut nommé chef à la place de Wahnara était le chef de file des habitants de Thuahmijoce. Ils étaient très nombreux ; on les appela les les Abuni Yeiw, ayant comme nom de famille Yeiwene. A leur sortie de Thuahmijoc avec Yeiw, les Abuni Yeiw s’éparpillèrent dans toutes les contrées confiées à leur chef de file : les serei Gowi et les serei Wakuarori à Wakuarori ; les serei Thuma à Thuma ; les serei Tadeng, à Mebwet ; les Nodei Kurub, à Tadine, Cengeite, Wabao, les serei Wo, à Wo (propriété près de Degene).”
500“Après avoir confié la chefferie à Yeiw, Wahnara et les clans sous sa domination décidèrent de confier les droits de chef à la nouvelle chefferie, tels que : rekoko, puec, etc..”
LE RALLIEMENT DES ACAKAZE ET DES SI-WAEK A LA NOUVELLE CHEFFERIE
501“1° Histoire et origines des deux ACAKAZE Si TADRERE et Si LEHMI.”
1) ACAKAZE Si TADRERE
502“a) ses origines : Il existe à Kumo (Lifou) une caverne qui était la retraite des Kaze (sorciers). Deux d’entre ces sorciers, deux jeunes gens, prirent congé de leurs camarades et partirent à la découverte du pays. Ils arrivèrent à MOU (Lifou) district de LOESSI, chez CO, et restèrent quelque temps. S’étant engagés dans l’orifice d’une grotte, ils y trouvèrent un passage souterrain qu’ils s’empressèrent de suivre, assurés d’y trouver du nouveau. En effet, à la sortie, ils aperçurent un pays et constatèrent que le passage avait été tantôt souterrain, tantôt sous-marin, car un bras de mer séparait Lifou du pays où ils se trouvaient. L’endroit Hnacau (Thogone, Nord de Maré). Cette contrée était habitée par les si Tadréré qui ne tardèrent pas à révéler la présence des deux Kaze dans leur territoire. Ces derniers, chaque fois qu’ils se sentaient découverts, se réfugiaient dans leur grotte. Ayant appris par les si Hnathégé que les serei Wo (Serei Wadrere) possédaient un médicament pour capturer les deux sorciers, les si Tadrere leur demandèrent ce médicament grâce auquel, par la suite, ils s’emparèrent des sorciers qui se soumirent à leur autorité. Voyant que les nouveaux camarades étaient des kaze, les si Tadréré les choisirent pour chefs. Ce fut à partir de ce moment que les si Tadréré prirent le nom de Acakazé Si Tadréré. Et les descendants des deux kazé conservèrent la dignité de chef des Acakazé Si Tadréré jusqu’à nos jours.”
503“Wiako Gocene, chef actuel des Acakazé Si Tadréré a donné à son fils récemment né, le prénom de Co Me Kumon, nom de son ancêtre ; Co, en souvenir du déjour des deux kazé à Mou, chez Co, Kumon en souvenir de leur point d’origine (Kumo).”
504“b) Guerre des ACAKAZE contre les SI HNATHEGE (Eletok) : Les Acakazé vinrent s’installer à Wakwarori, chez Kiciné (Abuni Yeiw), venant de Guahma. Ce dernier prit pour femme la soeur de Comekumon (chef des Acakazé Si Tadréré). De ce mariage naquit la bonne entente entre les deux chefs. Comekumon eut l’idée d’attaquer les si Hnathégé qui dominaient tout le littoral nord de Maré. Avec l’appui de son beau-frère Kiciné, il les attaqua à Rekabeco, dont il ne tarda pas à s’emparer. Les si Hnathege se replièrent sur Ceni et, malgré leur courage subirent une deuxième défaite. Ils continuèrent leur retraite sur Ekur. Là, ils jurèrent de ne plus reculer d’un pas. Les Acakazé si Lehmi vinrent en aide aux Acakazé Si Tadréré. Les deux Acakazé poursuivirent leurs ennemis qui essayèrent encore une fois de leur résister à Wo. Mais, malgré leur courage ïnoui, ils subirent une défaite complète et vinrent se réfugier à Pakat (plage de Hnaenedre). Les vainqueurs prirent possession du rivage conquis qui leur appartient aujourd’hui.”
505“c) Ralliement des Acakazé si Tadréré au Grand Chef de Guahma : Yeiw. Après la grande victoire sur les Hnathege, Comekumon eut l’idée de préparer un grand puec qu’il donna à sa soeur aînée, mariée à Kiciné. Ce dernier ayant peur d’accepter le grand puec de sa femme proposa à son beau-frère de le porter directement chez Yeiw, le grand chef de Guahma. A dater de ce moment, les Acakazé si Tadréré devinrent les sujets de Yeiw.
506“d) Rôle des Acakazé : Les Acakazé fournissent le poisson à la chefferie de Guahma. Chaque fois qu’ils pèchent une grosse tortue, poissons de chef, etc.. ils les envoient à la chefferie. Ils font le puec, en coprah ou en argent. Comme les Acakazé sont les Hnakasese de Warawi, ils peuvent aider ce dernier dans ses fonctions d’acania à l’intérieur de la chefferie. Les Acakazé sont l’un des grands intermédiaires dans les relations de Guahma et Lôssi (Lifou). Ce sont eux et les si Ahnarewedre qui doivent précéder le grand chef Boula en tournée dans les différents districts de Maré ou bien le grand chef de Guahma en tournée dans les différents districts de Lifou.”
2) ACAKAZE SI LEHMI
507“Les Acakazé si Lehmi ont à peu près la même histoire et le même rôle que les Acakazé si Tadréré. Ils diffèrent seulement de ces derniers par leur origine. Il y avait un Yaac nommé Kalé, venant de Roi, à un kilomètre de Lyon, propriété actuelle du grand chef Naisseline. Kalé alla s’installer à Kaewatine chez deux Moaica, Watu et Drahwiné dont la famille s’appelait si Lehmi. Watu et Drahwiné étaient les chefs de tous les clans de si Lehmi : Si Tanadeng, Si Bomen, Si Tahnin, Si Tadréré. Les si Tadréré étaient également des si Lehmi ayant pour chefs de clan Watu et Drahwiné. Ils ne se séparèrent de leur clan de Si Lehmi qu’après la capture des deux kazé dans la grotte de Hnacauc et leur désignation comme chefs de clan. C’est alors qu’ils prirent le nom de Acakazé si Tadréré. A part les si Tadréré, les autres clans restèrent Si Lehmi et nommèrent le yaac Kalé, chef des Acakazé si Lehmi. Pendant ce temps, la guerre éclata entre les si Tadréré et les si Hnathégé. Pendant la bataille de Ekur, les Si Lehmi vinrent en aide aux si Tadréré et prirent ensuite également le nom de Acakazé si Lehmi…”
Explication
508Le texte dont nous venons de reproduire la plus grande partie, réécrit l’histoire et les traditions de Maré pour les faire servir à la prééminence de la chefferie de Nece.
509“L’époque préhistorique” vise un passé beaucoup moins ancien que celui auquel remontent Awanedr et Jon Ukan. Le mythe de Wacamane i Ajejet de Wamejonengo i Welo parle en réalité de l’invasion lifoue, principalement celle des si Hnathege, des si Xacace, de la venue du kaze, et de la domination des clans eletok par des éléments lifous, qui seront également appelés eletok.Très approximativement on peut dater cela du xvie siècle.
510Le mythe de Waya i Pecuaen rapporte en réalité l’histoire des “fils du Lézard”, des Re-tei-Buyu. Il est fait allusion à un passé notablement plus ancien que le précédent. Selon les gens de Nece, Waya i Pecuaen serait l’aîné des fils du Lézard. Les gens de l’Est disent aussi que les si Pecuaen étaient à l’origine un seul peuple avec les si Rueezi. Le mythe de l’oursin Lo vise plutôt les clans des si Gurewoe et des si Neye.
511L”’origine de Warekaicane i Cacago” présente une confusion entre les si Cohmu, dont le chef-lieu était Cacag(o), dans la forêt dite de Medu, et Warekaicane si Thatha qui, d’après les mythes, faisait ses cultures de canne à sucre dans le marais de Wabao. De par ailleurs, si Hmed et si Thatha sont deux populations distinctes. Il en est de même des si Thatha et des si Medu. Les si Medu ont massacré et mangé les si Thatha. Ils n’ont gardé qu’un groupe de leurs sujets, les si Wairu, issus de l’île des Pins.
512“L’histoire moyenne” ne se distingue pas en réalité de la précédente. Tous les clans que nous venons de citer, sauf les si Medu, sont dits eletok. Les informateurs de Nece prennent une position diamétralement opposée à celle de Cocokat si Tadeng (cf. D 1 et 2) : Les Eletok sont les descendants des premiers occupants. Ils ont été massacrés par de nouveaux venus.
513En commençant l’histoire des chefferies modernes, le texte cite cinq noms de tribus, avec une paire de noms de chefs pour chacune. Ces citations sont pleines de sous-entendus.
514Puis le récit nous donne la version officielle de l’origine de la chefferie de Nece.
515Les informateurs de Nece ne nous expliquent pas comment ils ont déterminé les dates de 1818 pour la fin du massacre des Eletok, et de 1825 pour la cession de la chefferie de Wahnara serei Guam à Yeiw si Thuahmijoc.
516L’origine donnée aux clans des si Tadeng, des serei Wakuarori, des serei Wo, des Node ri Kurub(u) est difficilement défendable.
517L’installation des serei Wakuarori à Wakuarori est bien antérieure à la cession de la chefferie de Wahnara. Les serei Wo ont une origine complexe. Ce sont eux qui possédaient la chefferie dans l’Ouest de Maré au moment du massacre des Eletok.et ce furent eux qui chassèrent les si Waek(o) de leur territoire de la région de Betcéda.
518Yeiw était un sujet et non le grand chef des si Thuahmijoc. Ceux-ci ont formé la chefferie des Node ri Kurub(u) de Tadin(u). Ceci tout le monde le sait à Maré. Pour le détail des discussions, je traiterai dans la thèse “les chefferies de Maré” de l’origine des si Guama, des si Tadeng, des Node ri Kurub(u), des Aca-Kaze.
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