Synthèse. De la donnée à l’intelligence collective sur les terres agricoles périurbaines : quels rôles pour l’information, les savoirs et l’action ?
p. 249-268
Texte intégral
Introduction
Les terres agricoles périurbaines face à l’étalement urbain
1Maintenir les terres agricoles périurbaines et les activités qui leur sont associées à proximité de centres urbains en expansion est une préoccupation à l’échelle mondiale. Face à une demande toujours croissante en terres à construire, le défi de conserver les terres agricoles périurbaines — notre préoccupation principale dans cet ouvrage — continue de faire débat.
2La littérature récente présente différentes initiatives qui ont été adoptées, ou pourraient l’être, pour protéger et conserver ces terres. Par exemple, Akimowicz et al. (2016) ont évalué, de manière critique, les mérites de la loi sur la ceinture verte (Greenbelt Act) en Ontario (États-Unis) concernant l’adaptation des agriculteurs et leurs stratégies d’investissement. Inwood et Sharp (2012) ont rendu compte de la résilience des exploitations agricoles dans les zones périurbaines en étudiant les phénomènes de succession et l’adaptation des fermes aux États-Unis. En tant que telle, cette étude ne propose pas d’initiatives qui pourraient être mises en place pour protéger et conserver les terres agricoles périurbaines, mais identifie des facteurs contribuant à expliquer le maintien de certaines exploitations agricoles en milieu périurbain. À partir de l’étude des conflits autour des usages agricoles dans la région du projet de Grand Paris, Darly et Torre (2013) analysent les expériences vécues par les agriculteurs ainsi que la couverture médiatique du projet, et présentent des mécanismes innovants de résolution de conflit.
3Les réseaux alimentaires alternatifs, comme initiatives contribuant à protéger les terres agricoles périurbaines, font aussi l’objet de recherches (Deverre et Lamine, 2010 ; Soulard et al., 2018 ; Brand et al., 2017). À travers l’étude de la région métropolitaine de Barcelone en Espagne, Paül et McKenzie (2013) concluent que ces réseaux alimentaires dans les zones périurbaines ne sont possibles que si la préservation des terres agricoles est garantie, mais qu’ils ne doivent pas en être qu’une simple conséquence car ils font partie de la solution. En Australie, Knowd (2013) a étudié le cas d’Hawkesbury Harvest, une organisation communautaire à but non lucratif créée dans les années 2000 dans le but de répondre aux menaces systémiques impactant l’agriculture dans le bassin de Sydney.
4Les onze chapitres de cet ouvrage se sont concentrés sur les terres agricoles périurbaines, leurs sols et les activités agricoles qui leur sont associées en Europe, plus particulièrement en France, ainsi qu’en Australie, plus particulièrement dans l’État de la Nouvelle-Galles du Sud où se situe Sydney. Comme plusieurs chapitres l’ont illustré, la question de la protection des sols est complexe et le développement d’une gouvernance des sols durable est urgent étant donné que la qualité et la disponibilité des sols sont intrinsèquement liées à la fourniture de services écosystémiques, dont la production d’aliments locaux et la sécurité alimentaire. Alors que le monde s’urbanise de plus en plus, la sécurité alimentaire émerge progressivement comme un défi dans les pays développés et en développement (Guillou et Matheron, 2011). Ainsi, il est permis de penser que les notions de « sécurité des sols » et de « sécurité alimentaire » sont intrinsèquement liées. Face à la menace grandissante de l’imperméabilisation des terres agricoles périurbaines et de leurs sols, leur protection devient un enjeu majeur pour des raisons socio-économiques et environnementales.
5Au-delà de la production alimentaire, les terres agricoles périurbaines remplissent un éventail plus vaste de services tels que les aménités paysagères, l’atténuation des îlots de chaleur en milieu urbain, les activités récréatives et le tourisme. Les agriculteurs contribuent également à la fabrique et l’entretien des paysages, services qui font partie intégrante de leur activité professionnelle. Des études montrent que certains agriculteurs commencent à considérer la protection de l’environnement comme faisant partie de leur métier et ne pratiquent plus uniquement l’agriculture à des fins de production alimentaire (Greiner et Gregg, 2011). L’idée de « cultiver les paysages » émerge progressivement comme une alternative à l’intensification et à l’industrialisation de l’agriculture : si l’agriculture productiviste traditionnelle ne s’avérait plus (complètement) viable économiquement, les agriculteurs pourraient aussi être rémunérés pour leur activité de gestion du paysage (Serrano, 2011). D’autres exemples concernent l’agriculture à faible intensité de carbone et la gestion du risque d’inondation par les agriculteurs. Ces activités consistent à préserver les paysages agricoles pour qu’ils remplissent des services allant au-delà de la production d’aliments et de fibres végétales, comme la régulation du climat, la réduction du risque d’inondation, la provision d’habitats, les aménités paysagères. Tout au long d’un continuum allant des sols aux paysages, les activités agricoles ont donc un rôle fondamental à jouer dans le maintien d’une variété de services écosystémiques.
6Cependant, comme l’ont montré plusieurs chapitres dans cet ouvrage, dans la pratique, ni les sols, ni les activités productives et de gestion des paysages ne sont vraiment pris en compte dans les politiques publiques traitant des zones périurbaines en France et en Australie. Les pressions liées au développement urbain et économique sur des terres peu abondantes génèrent inévitablement des coûts d’opportunité pour les propriétaires, invitant à la maximisation de la rente et à la spéculation foncière (Reckien et Karecha, 2007 ; Bertrand et al., 2006). De plus, les politiques publiques ont trop longtemps considéré les espaces périurbains comme des « vides », des « banlieues en devenir » (Bunker et Holloway, 2001, p. 13). Les rôles multiples remplis par les terres agricoles périurbaines et leurs bénéfices socio-économiques et environnementaux passent encore trop souvent inaperçus et restent sous-évalués.
Retour sur les objectifs de l’ouvrage
7Le débat public sur l’agriculture périurbaine ne peut pas avoir lieu sans tenir compte de la production agricole, des sols et de la dimension paysagère. Cela soulève nécessairement la question de la nature et du rôle des données et informations sur les sols, les paysages et les dynamiques de l’étalement urbain dans les processus de décision traitant des terres agricoles périurbaines. Cet ouvrage a pour but de comprendre comment l’Australie (plus particulièrement l’État de Nouvelle-Galles du Sud) et l’Europe (plus particulièrement la France) tentent de répondre aux défis complexes posés par la protection des terres agricoles périurbaines, avec un intérêt particulier pour le rôle de l’information dans la prise de décision et l’action.
8À ce stade, il est utile de rappeler au lecteur les questions posées dans l’avant-propos :
9Question 1 : Quels sont les enjeux ? Notre premier objectif était de clarifier la question de la perte de terres agricoles dans les zones périurbaines.
10Question 2 : Quels sont les outils disponibles pour faire face à cet enjeu ? Notre second but était d’évaluer, de manière critique, les théories et méthodes qui pourraient permettre de traiter la question de la perte de ces terres.
11Question 3 : Quelles sont les conditions d’adoption de nouvelles politiques et modalités de gouvernance et quels sont les bénéfices envisageables ? Notre troisième objectif était d’établir une feuille de route pour le futur. Que peut-on dire du développement, de l’adoption et de l’utilisation d’outils et de méthodes scientifiques pour générer des données, de l’information, des connaissances et de nouvelles pratiques sur les terres agricoles périurbaines ? En outre, qu’est-ce que cela supposerait comme changements en termes de gouvernance ?
12Les types d’informations présentés dans les divers chapitres de cet ouvrage incluent de l’information créée à l’aide d’une approche descendante, comme les cartes de potentiel agronomique des sols, de l’information créée à travers une approche ascendante, comme les services écosystémiques identifiés par les acteurs, ainsi que des informations créées par une approche hybride (ascendante et descendante), comme la coconstruction d’indicateurs. D’autres chapitres ont mis en évidence des cas d’utilisation d’informations peu adaptées, ou des usages à mauvais escient de données de qualité. Dans ce dernier chapitre, nous proposons une synthèse des divers enseignements et approches présentés dans les onze chapitres précédents, et cherchons à apporter des réponses à la question de savoir comment des données et des informations sur les sols et les paysages pourraient contribuer à une gouvernance durable des terres agricoles périurbaines et de leurs rôles et bénéfices.
Structure du chapitre
13Afin de structurer cette synthèse de manière cohérente, nous nous sommes appuyés sur un cadre conceptuel, présenté dans la deuxième section, qui permet de relier donnée, information, connaissance, action et intelligence collective. Dans la troisième section, nous abordons la question de la fabrique de l’information et du passage de la donnée à la connaissance. Dans la quatrième section, nous adoptons une perspective anthropologique sur la question des connaissances, et mettons en exergue des exemples de sous-utilisation, ou d’utilisation détournée, inattendue de l’information sur les terres agricoles périurbaines qui ouvrent des voies possibles d’innovation. La cinquième section explore la manière dont des données et des informations ad hoc, adaptées aux besoins, pourraient conforter des actions contribuant à une gouvernance durable des terres agricoles périurbaines et, en retour, bénéficier de moyens pour leur production. La coproduction d’informations ainsi que la notion d’observatoire sont abordées dans cette section. Dans la sixième et dernière section, nous concluons par une brève réflexion sur les leçons tirées de ces échanges franco-australiens, en nous interrogeant sur ce qu’apporterait l’adoption de bonnes pratiques en matière d’informations sur les terres agricoles périurbaines, avec quels résultats en fin de compte.
Cadre conceptuel
14Notre cadre conceptuel pour la synthèse (figure 1) est une adaptation de la pyramide donnée-information-connaissance-intelligence (Data Information Knowledge Wisdom, DIKW) d’Adler (1986). Elle offre une conceptualisation de la manière dont les humains passent de la donnée à l’action et aux décisions. Elle a été revisitée par plusieurs auteurs, certains proposant de rajouter des boucles de rétroaction pour rendre le processus itératif et non plus linéaire (Rowley, 2007 ; Kitchin, 2014 ; Adler, 1986).
Figure 1. De la donnée à l’intelligence : conceptualiser le rôle de l’information, de la connaissance et de l’action. D’après Adler (1986) et McCandles (2000), in Kitchin (2014) et Graham et al. (2000).
15Nous avons adapté cette représentation en insérant tout d’abord un niveau supplémentaire, celui de l’action (collective), entre la connaissance et l’intelligence (collective), pour insister sur le fait que la « preuve » de l’intelligence réside dans les conséquences pratiques de l’action et non dans la simple connaissance a priori. Cela revient à adopter la perspective épistémique pragmatique de Peirce (Peirce, 1905), que nous considérons comme une méthode de pensée réflexive sur les concepts et les hypothèses employés : nous clarifions une hypothèse en identifiant ses conséquences pratiques.
16Dans notre cadre conceptuel modifié, la donnée fait référence à une observation abstraite de la réalité, considérée dans une perspective sémiotique peircéenne (Deledalle, 2001) comme un système de signes obtenus à travers la perception humaine ou celle d’une machine. L’information fait référence à des données organisées, reliant des éléments pour leur donner sens (du latin informare, « mettre en forme »). Ensuite, la connaissance, qu’elle soit tacite (dans la tête des individus) ou explicite (codée), est le résultat de processus d’apprentissage. Il s’agit d’informations organisées en vue d’une prise de décision sur la base de faits avérés à des fins d’actions individuelles ou collectives. L’intelligence est une forme de connaissance appliquée. Enfin, l’action correspond aux actes entrepris par un groupe (directement ou en son nom par le biais d’une organisation) pour atteindre des intérêts communs perçus par ses membres (Marshall G., 1998). Au niveau collectif, cela correspond à une compréhension profonde des personnes, des choses, des événements et des situations qui permet de prendre des décisions et de passer à l’action de manière optimale et coordonnée pour atteindre un objectif donné et une vision partagée du futur. Comme nous nous intéressons à des actions et des décisions pour générer des résultats relevant de biens collectifs, nous adoptons donc une perspective centrée sur cet objectif.
17Nous avons apporté une deuxième modification à la pyramide en développant la composante connaissance. Le modèle de la connaissance à l’action développé par Graham et al. (2006) offre une conceptualisation où la production et l’application des connaissances sont intégrées, afin de clarifier les notions de traduction et de transfert de connaissance. Ces auteurs proposent une carte conceptuelle du processus allant de la connaissance à l’action pour aider ceux qui produisent et ceux qui utilisent les connaissances à comprendre la nature du terrain et à se frayer un chemin dans le processus complexe, itératif et organique de la traduction des connaissances.
18Cette deuxième modification repose aussi sur une approche anthropologique de la connaissance. Selon Barth (2002), la connaissance comprend toujours trois dimensions : un corpus d’assertions sur le réel, un éventail de moyens de représentations, et une organisation sociale. Dans la logique de notre pyramide, en prolongeant le raisonnement de Barth, nous pouvons voir que les humains créent de la donnée, de l’information et de l’action sur la base de leurs connaissances (et vivent et agissent en fonction). Par conséquent, nous devrions nous demander comment les diverses données, informations et actions sont produites, représentées, transmises et mises en application. Une perspective anthropologique du savoir nous paraît donc essentielle pour faire avancer le débat public et entre experts sur les terres agricoles périurbaines.
19Ceci nous amène à rajouter deux dimensions à notre pyramide, comme l’avait déjà fait Laplantine (2001) : la dimension de l’effet de structure et de structuration de la connaissance (à travers les systèmes d’informations et modèles qui accompagnent et cadrent les politiques publiques), présentée sur la gauche de la pyramide, et la dimension humaine de la connaissance sur la droite (ce que les acteurs décident en matière de connaissances nécessaires et de données sous-jacentes et ce qu’ils en font concrètement).
20Ces deux modifications amènent à un spectre dialectique qui englobe la création, l’utilisation et l’interprétation de la donnée, juxtaposées à la dimension structurelle d’un côté et à la dimension humaine de l’autre, les deux étant intimement liées. Les deux parties de cet ouvrage traitent des deux dimensions, structurelles et humaines, de la connaissance (Maury et al., 2014).
21La section ci-dessous (« Création d’informations ») s’appuie sur des études de cas français et australiens où l’information devient de la connaissance à travers le traitement et l’organisation des données. Elle se concentre sur les parties : donnée, information et connaissance de la pyramide. Elle traite aussi de la question de l’acquisition des données, des processus de réduction et d’abstraction du monde « réel ». La section suivante se concentre sur l’interprétation et l’utilisation concrète de l’information, y compris ce qui peut être perçu comme de mauvais usages ou des interprétations erronées. Cette section propose une analyse des raisons pour lesquelles la connaissance sur les terres agricoles périurbaines ne se traduit pas encore en action « intelligente ». Dans la dernière section, nous dressons un bilan, de manière spéculative, de la manière dont une meilleure organisation et une meilleure interprétation de l’information pourraient mener à une gouvernance durable des terres agricoles périurbaines.
Création d’informations
Création d’informations et production de connaissances guidées par les données
22La question des informations qui ont été produites, ou qui pourraient l’être d’un point de vue technique, pour mesurer la perte et la dégradation des terres agricoles périurbaines a fait l’objet de la partie I de l’ouvrage, Base factuelle de la planification (chapitres 2 à 6). De ces chapitres ressortent deux catégories d’information pertinentes : celles permettant le suivi des taux d’urbanisation (imperméabilisation des sols) et celles sur les sols et leur potentiel agronomique. Ces mesures doivent permettre aux décideurs de comprendre les dynamiques de changement, mais aussi d’identifier les terres dont la « bonne qualité » justifie de les protéger. Cependant, le choix des métriques détermine les types de connaissances qui peuvent être produites, en organisant l’information. Par exemple, mesurer l’imperméabilisation des sols ne renseigne pas sur leur qualité et leur potentiel agronomique, ceci nécessitant une analyse morpho-paysagère et des mesures de leurs propriétés bio-physico-chimiques. La métrique d’imperméabilisation des sols ne permet que d’identifier les terres ayant été construites ou qui sont en passe de l’être. Le chapitre 2 (par Bernard Clarimont, Éric Barbe et Philippe Lagacherie) présente un exemple de l’effet structurant de la connaissance qui peut émerger de la cartographie de l’imperméabilisation des sols et de leur potentiel agronomique. Dans le cas de l’ancienne région du Languedoc-Roussillon en France, des cartes représentant l’étendue de l’imperméabilisation des sols entre 1997 et 2009 et le potentiel agronomique des sols ont été produites à destination des acteurs de l’aménagement du territoire. C’est leur combinaison sous forme cartographique et d’indicateurs spatialisés qui a permis d’apporter des informations tangibles sur les dynamiques d’artificialisation et les types de sols concernés dans les commissions chargées d’évaluer les projets de développement urbain proposés par les collectivités locales.
23En Australie et en France, plusieurs projets visant à produire des informations pour éclairer les processus de prise de décision concernant les terres agricoles périurbaines ont vu le jour. En France, en plus des bases de données statistiques existantes sur les milieux urbains et ruraux, des centres de recherche ont commencé à créer de nouvelles informations (étalement urbain, propriétés des sols) sur des régions pilotes, à la demande d’acteurs publics. La question de leur production régulière à l’échelle nationale reste toutefois encore en suspens. En Australie, des agences gouvernementales fournissent de l’information directement exploitable sur les terres agricoles périurbaines (par exemple le Système d’information sur les sols et le foncier ; Soil and Land Information System, SALIS). À part cela, le reste de la production de connaissances sur ce sujet reste du ressort de la communauté scientifique. En embrassant une perspective historique, le chapitre 4 (par Pamela Hazelton) a montré que la productivité agricole avait été à l’origine de succès ou d’échecs dans la conquête de nouvelles terres à une époque où les ressources pédologiques de l’Australie étaient encore méconnues. Mais aujourd’hui, malgré la disponibilité des informations sur les propriétés pédologiques des sols, les aménageurs australiens continuent de privilégier, dans leur prise de décision, les questions de croissance démographique et de fluctuations économiques plutôt que de potentiel agronomique des sols.
24Le chapitre 5 (par Jane Brennan et Andrew Murrell) repose sur les hypothèses que des théories et des pratiques de planification proactives pourraient éviter l’étalement et l’imperméabilisation des terres, et qu’une prise de décision éclairée et basée sur des faits avérés est essentielle pour un aménagement du territoire durable. Il comprend un état de l’art sur la cartographie de l’étalement urbain et de l’imperméabilisation des sols en Australie ainsi qu’une analyse sur l’accès à des informations sur les sols. Les cartes de pédopaysages et de potentiel agronomique des sols constituent une source d’informations facilement interprétables par les aménageurs afin d’identifier des zones à préserver. Face au développement urbain rapide de l’Australie, la connaissance du potentiel agronomique sur l’intégralité du territoire sera essentielle. En France, il a été démontré que la cartographie de l’étalement urbain par télédétection et celle des propriétés des sols étaient réalisables à une échelle régionale (l’ancienne région Languedoc-Roussillon). En Australie, de telles cartes ne sont disponibles que sur certaines zones et ne couvrent pas de manière systématique les aires métropolitaines où les terres agricoles périurbaines sont les plus menacées (Sydney, Melbourne et Brisbane). De plus, elles nécessitent une évaluation par des experts, ce qui empêche une automatisation complète.
25En ce qui concerne le suivi automatisé de l’étalement urbain, l’image satellite offre un potentiel important du fait des avancées récentes en télédétection et de l’existence d’archives d’images qui permettent de mesurer les tendances passées et les taux de perte/préservation des terres agricoles périurbaines. Ces informations sont utiles aux décideurs, car elles leur offrent des bases objectives pour quantifier les dynamiques passées et caler des modèles prédictifs pour éclairer des scénarios de planification. Le chapitre 6 (par Paras Sidiqui, Rakhesh Devadas et Alfredo Huete) montre en quoi la télédétection et les SIG constituent des outils efficaces et à des coûts supportables pour suivre et cartographier, de manière régulière, les activités dans les zones périurbaines. Les images satellites, gratuites à partir de 10 mètres de résolution, fournissent des informations spatiales cohérentes ainsi que des vues à la fois synoptiques et détaillées. Quarante ans d’archives Landsat sont disponibles pour retracer les changements d’occupation du sol, notamment dans les zones de cultures et de pâtures. Plusieurs approches géospatiales pour le suivi, l’évaluation et la gestion des terres agricoles périurbaines sont présentées. L’étude de cas de Sydney (Australie) décrite dans ce chapitre démontre tout l’intérêt de passer par la production de paramètres biophysiques dérivés des images pour suivre avec précision la croissance urbaine et la consommation d’espaces agricoles. De nouvelles recherches combinant télédétection et écologie du paysage commencent aussi à être menées par la communauté scientifique pour aider à la gestion des dynamiques paysagères en milieu périurbain. Les métriques spatiales de diversité paysagère qui sont obtenues semblent prometteuses pour comprendre les impacts des changements de composition et de configuration paysagère sur la productivité agricole et les services écosystémiques qui lui sont associés. D’autres avancées prometteuses sont obtenues à partir de méthodes de classification orientée objet et d’algorithmes à base d’apprentissage machine. Elles permettent une distinction plus précise et détaillée de la couverture du sol. Jusqu’à présent, elles nécessitaient de disposer d’images satellites et de logiciels coûteux. Des programmes récents en observation de la Terre, tels que Copernicus en Europe, Geosud/Theia en France ou DataCube en Australie, diminuent ces limitations en fournissant un accès gratuit à des images satellites à haute et très haute résolution ainsi que des services à haute performance de traitements numériques en ligne des images.
26Le chapitre 3 (par Maud Balestrat, Éric Barbe, Jean-Pierre Chery et Jean-Philippe Tonneau) traite la question des indicateurs spatiaux pertinents pour le suivi et l’évaluation des dynamiques d’artificialisation des sols en milieu urbain et périurbain à partir d’une étude de cas couvrant l’ancienne région Languedoc-Roussillon en France. Il existe encore peu de méthodes reproductibles conçues spécifiquement pour mesurer quantitativement et qualitativement l’expansion urbaine sur les terres agricoles. Les auteurs explorent un processus de « coconstruction » d’un système d’indicateurs, basé sur un modèle conceptuel dynamique de socio-écosystème, et de consultation itérative de ces indicateurs. Cette analyse éclaire la manière dont différents acteurs choisissent d’interpréter, de communiquer et d’opérationnaliser des indicateurs d’imperméabilisation du sol, d’étalement urbain et de potentiel agronomique. L’adoption d’une démarche itérative est déjà en soi une innovation, car elle permet de prendre en compte les perspectives multiples des participants. Ce travail de coconstruction d’indicateurs est une bonne illustration de l’effet structurant d’un apprentissage collectif de nouvelles connaissances pour permettre aux acteurs de converger vers un but commun — ici la gouvernance durable des terres agricoles périurbaines. Les auteurs soulignent le pouvoir transformateur d’une telle approche et le potentiel qu’elle offre pour aboutir à un consensus. Elle permet par exemple aux agriculteurs de faire connaître leurs intérêts et de les légitimer durant le processus de coconstruction d’indicateurs. En Australie, il n’existe pas encore à ce jour de cartes et d’indicateurs coconstruits de l’étalement urbain (chapitre 8 par Laure-Élise Ruoso ; chapitre 10 par Dana Cordell, Laura Wynne et Brent Jacobs), l’adoption d’une telle démarche supposant chez les acteurs de l’aménagement du territoire une volonté politique de mettre à l’agenda la question des terres agricoles.
27Les processus de création d’information qui viennent d’être présentés ont comme point commun de reposer sur des approches soutenues par la technologie et axées sur la traduction d’informations scientifiques sur la qualité des sols en connaissances appropriables par les décideurs pour tenir compte de la dimension productive des terres agricoles périurbaines. Cependant, nous avons vu que ces espaces agricoles fournissaient une variété d’autres services qui ne peuvent être identifiés qu’à travers l’étude des perceptions et représentations que les acteurs ont de ces services.
Collection de données et création d’informations guidées par les connaissances
28La création d’informations basées sur des données n’est pas toujours suffisante dans les processus d’apprentissage. Il est parfois nécessaire d’adopter des approches participatives pour découvrir les valeurs que les acteurs attribuent aux terres agricoles périurbaines, puis ensuite pour formaliser ces connaissances subjectives en les traduisant sous la forme de produits et d’outils communicables, tels que des tableaux renseignés ou des cartes. Il ne s’agit pas ici de traduire de l’information scientifique en produits directement utilisables par les décideurs, mais plutôt de collecter des données et de produire sur mesure de l’information appropriable. Nous reprenons ci-dessous les points essentiels qui relèvent d’une telle approche dans la seconde partie de l’ouvrage (La mesure à l’épreuve de l’humain).
29Dans la partie II de l’ouvrage (La mesure à l’épreuve de l’humain), deux chapitres (chapitre 7 par Anja Martin-Scholz et Éric Barbe ; chapitre 8 par Laure-Élise Ruoso) illustrent ce qu’il peut se produire quand des données ne sont pas alignées sur les systèmes de valeurs des utilisateurs, ou ne sont pas adaptées à une situation. Les trois derniers chapitres (chapitre 9 par Xavier Augusseau, Jeremy Bourgoin, Daniel David, Pascal Degenne, Erwann Lagabrielle, Guillaume Lestrelin et Danny Lo Seen ; chapitre 10 par Dana Cordell, Laura Wynne et Brent Jacobs ; et chapitre 11 par Roel Plant, Pierre Maurel et Laure-Élise Ruoso) présentent diverses manières de surmonter ce problème.
30Le chapitre 7 (par Anja Martin-Scholz et Éric Barbe) traite d’un projet de recherche qui avait initialement pour but de déterminer les effets de la dissémination d’informations sur les terres agricoles périurbaines, en particulier sur les propriétés pédologiques des sols, auprès d’acteurs locaux de la planification spatiale en France. Cependant, il devint rapidement évident que les processus de communication associés à la construction et à la dissémination de l’information avaient joué un rôle critique. Ce chapitre fait appel à deux modèles théoriques de la communication — celui de Shannon et Weaver, fonctionnaliste et cybernétique, et celui de l’acteur-réseau —, pour étudier une seule et même situation dans laquelle une direction régionale du ministère de l’Agriculture (Draaf) a joué un rôle central (chapitre 2 par Bernard Clarimont, Éric Barbe et Philippe Lagacherie). La Draaf a adopté le premier modèle pour fonder une stratégie de dissémination des données supposée « efficace », c’est-à-dire permettant une appropriation parfaite du contenu et le bon usage des données tels qu’imaginés par leurs producteurs. Ce modèle s’est révélé incapable de représenter la complexité des processus communicationnels à l’œuvre parmi la diversité des acteurs et des organisations impliqués dans la cartographie de l’étalement urbain et de la qualité des sols et le développement de métriques. La théorie de l’acteur-réseau a permis une autre lecture de la situation en s’écartant de l’idée que les individus constituaient le système (de communication), pour s’intéresser aux relations qui se tissaient parmi l’ensemble des acteurs concernés lors des négociations et des intéressements successifs autour des données. L’analyse a mis en lumière la place centrale des valeurs des organisations et des individus à différentes échelles (du national au local) et la nécessité de les comprendre et de les partager. Une deuxième étude a été menée ultérieurement pour analyser les processus de communication à l’œuvre au sein d’un collectif d’acteurs publics et de scientifiques engagés dans la conception d’un module de formation à l’usage des données de la Draaf sur l’artificialisation et sur les sols (Martin-Scholz, 2017).
31Le chapitre 8 (par Laure-Élise Ruoso) adopte une perspective « anthropo-politique » sur les questions de conservation des terres agricoles périurbaines. En utilisant la littérature sur les notions de lieu et de paysage comme point de départ, le chapitre présente un modèle de la politique de l’identité de lieu, offrant une heuristique pour analyser l’identité de lieu dans les milieux périurbains soumis à un développement urbain rapide. L’application de ce modèle au gouvernement local de Wollondilly, situé dans le sud-ouest du bassin de Sydney, montre que l’identité de lieu défendue par le gouvernement local de Wollondilly est basée sur le maintien du « cadre de vie rural » à travers une séparation entre ville et campagne, mais que cette identité n’est pas traduite dans les pratiques de planification, où la séparation ville/campagne est utilisée pour justifier le développement urbain et marginaliser les terres agricoles en les définissant comme non viables. Ce chapitre analyse pourquoi l’image de la ruralité qui domine dans les documents de planification ne se matérialise pas dans les pratiques de planification. Il ressort de cette analyse que cela pourrait être lié au fait que les projections sur le besoin en logements dominent le processus de planification, et que les informations qui sont utilisées pour déterminer la viabilité des terres agricoles ne sont pas pertinentes. En effet, sur ce territoire, l’agriculture est souvent menée, en pratique, sur des terres considérées comme « non viables » en matière de taille et de potentiel agronomique des sols. Une solution identifiée dans ce chapitre consisterait à définir collectivement les critères déterminant la viabilité des terres, au-delà de la taille et du potentiel agronomique des sols.
32Le chapitre 9 (par Xavier Augusseau, Jeremy Bourgoin, Daniel David, Pascal Degenne, Erwann Lagabrielle, Guillaume Lestrelin et Danny Lo Seen) présente un exemple de planification spatiale sur l’île de la Réunion, dans l’océan Indien, à l’est de Madagascar et au sud-ouest de l’île Maurice, où la maîtrise de l’urbanisation constitue un défi majeur. Au cours d’un processus de modélisation participative, les participants ont identifié le problème de l’étalement urbain, et plus particulièrement du mitage, comme un enjeu à prendre en compte dans la planification spatiale, mais source de divisions. Pour l’équipe scientifique, l’un des principaux défis a été d’arriver à impliquer un grand nombre d’acteurs en leur donnant les moyens de débattre sur des questions transversales et de développer une approche intégrée. Pour cela, il a été fait appel à un langage de modélisation spatiale, Ocelet, déclinable sur des domaines spécifiques. Ce travail de modélisation participative et ses résultats en matière de connaissances spatiales ont permis d’évaluer rapidement un modèle, rendu ensuite plus pertinent, crédible et légitime. La légitimité du processus, du modèle et de ses résultats cartographiques a été démontrée à travers la capacité du projet à dépasser les divisions politiques sur les questions d’étalement urbain, et à stimuler des débats tournés vers la recherche de solutions. Les modèles développés ici ont agi comme des objets intermédiaires (Vinck, 2009).
33Un autre exemple d’interaction fructueuse entre les connaissances des acteurs et celles des scientifiques est présenté dans le chapitre 10 (par Dana Cordell, Laura Wynne et Brent Jacobs). Ce chapitre se concentre sur un projet de recherche ayant pour but la création d’un futur alimentaire résilient pour Sydney, à travers la cartographie — et donc l’objectivation — du potentiel des terres agricoles périurbaines de Sydney à fournir des aliments pour ses résidents. Des villes avec une croissance aussi rapide ont besoin de développer une planification stratégique à l’échelle métropolitaine pour mieux évaluer et protéger l’agriculture de l’étalement urbain. Dans le même temps, les aménageurs doivent prendre des décisions basées sur des informations qui prennent en considération la diversité des valeurs et bénéfices fournis par les terres agricoles périurbaines. Le processus participatif créatif et interactif présenté dans ce chapitre constitue un exemple de la manière dont le défi a priori insoluble de la préservation des terres agricoles périurbaines de Sydney pourrait être relevé.
34Guidé par des objectifs similaires, mais avec une méthodologie et dans un contexte socio-spatial différents, le chapitre 11 (par Roel Plant, Pierre Maurel et Laure-Élise Ruoso) présente une méthode d’évaluation participative des services écosystémiques dans le sud de la France. L’hypothèse de base de ce projet est que l’incorporation des valeurs et perceptions fondées sur l’explicitation de connaissances, perceptions et représentations d’acteurs locaux et d’experts, est essentielle pour aboutir à une évaluation ayant du sens à l’échelle locale des services écosystémiques rendus par les espaces agricoles périurbains.
35Ces chapitres montrent qu’il est possible de mobiliser des acteurs — experts avec des connaissances scientifiques et/ou acteurs et leurs savoirs locaux tacites — pour évaluer, de manière exhaustive, les rôles multiples que les terres agricoles périurbaines jouent pour leurs bénéficiaires, à l’échelle individuelle et collective. Ces projets de recherche ont abouti au développement d’une riche série d’artefacts allant de récits à des supports tangibles de connaissances tels que des matrices ou des cartes. Ces résultats constituent autant de points d’entrée légitimes pour envisager un « tournant scientifique » qui conduirait à une production accrue de données et d’informations fiables (par exemple, des cartes de services écosystémiques réalisées par les acteurs locaux à partir de cartes d’occupation du sol et d’images satellites).
Conclusion : vers des approches hybrides ?
36La synthèse de ces différentes contributions nous amène à conclure que les données conduisent bien au développement de connaissances sur les défis posés par la préservation des terres agricoles périurbaines. Cependant, ces mêmes connaissances — qu’elles soient tacites, basées sur l’expérience, ou explicites, basées sur la science — interrogent elles-mêmes en retour ce travail de recueil de données et de création d’informations « sur mesure ». De ce fait, il n’existe pas de solution « miracle », qu’elle soit ascendante (guidée par les données) ou descendante (guidée par les connaissances). Une approche hybride, bien que souvent plus élaborée et adaptée au contexte, semble constituer une voie plus prometteuse. Les différents chapitres proposent diverses approches : la coconstruction de données et d’indicateurs, la modélisation spatiale des phénomènes conduisant à l’artificialisation des terres, l’évaluation participative des services écosystémiques et la modélisation du potentiel de « bassins alimentaires » locaux.
37Cependant, la simple création d’informations et la production de connaissances, que ce soit par des approches descendantes, ascendantes ou hybrides, ne garantissent aucunement l’utilisation « appropriée » de ces connaissances dans les processus de planification. C’est ici que les politiques publiques peuvent entrer en jeu, en imposant réglementairement l’utilisation de certaines informations et connaissances, par exemple en rendant obligatoire la prise en compte de la qualité des sols dans les procédures d’approbation d’extensions urbaines. Avant de traiter plus en profondeur l’enjeu de la gouvernance dans la planification spatiale, nous allons développer, dans la prochaine section, la question de ce qui pourrait être considéré comme des « mauvais usages » ou des « non-usages » de l’information dans la création de connaissances.
Production de connaissances
Un manque de consensus autour de l’information sur les terres agricoles périurbaines
38En adoptant une posture naïve vis-à-vis de la question de la protection des terres agricoles périurbaines, nous pourrions penser qu’il suffirait de produire de nouvelles informations pour qu’elles soient automatiquement prises en compte dans le processus de planification spatiale. Cependant, comme cela est ressorti des divers chapitres de cet ouvrage, la planification périurbaine concerne une grande diversité d’acteurs, avec des valeurs, des perceptions, des intérêts et des objectifs différents. Le sens qu’ils donnent à l’information reçue peut largement différer de celui que lui avaient donné ses producteurs. Cela a pu être observé dans l’étude de cas française présentée au chapitre 7, où les informations sur le potentiel agronomique des sols ont été utilisées par des bureaux d’études pour justifier de projets urbains sur des terres agricoles périurbaines au motif qu’elles n’avaient pas une productivité élevée. Ceci illustre bien le fait que la simple création d’information ne suffit pas et n’empêche pas des usages détournés de l’intention initiale des producteurs. Pour que l’information se transforme en connaissance, il est nécessaire qu’une diversité d’acteurs interrogent et négocient, de manière collective, le sens qu’ils attribuent à ces informations, afin qu’elles soient utilisées dans un but commun codéfini par les divers groupes d’acteurs.
Accorder trop de crédits aux informations sur les terres agricoles périurbaines
39La synthèse des connaissances, les outils et les produits créés (cartes, matrices, ensemble d’indicateurs, récits, etc., à l’aide d’approches ascendantes ou descendantes) devraient être utilisés comme des outils de négociation pour la prise de décision plutôt que comme des outils mécanistes d’aide au zonage de l’espace. Ceci se justifie par le fait que coexistent dans les zones périurbaines des acteurs avec des intérêts, des représentations et des objectifs différents, et que le sens attribué aux données et aux informations a toujours besoin d’être construit collectivement pour se transformer en connaissances partagées. Plus particulièrement dans le cas des approches descendantes (exemple du chapitre 11), il existe souvent de bonnes raisons qui permettent de justifier que l’information joue un rôle — même modeste — comme outil de négociation plutôt que comme une réponse définitive à un problème d’aménagement. Les raisons sont que des produits vecteurs de connaissances, tels que des cartes ou d’autres types de données codifiées, ne prennent pas en compte l’intégralité des valeurs et préoccupations des différentes parties prenantes, et, de ce fait, ne sont qu’une représentation partielle des valeurs de certains acteurs dans un lieu et à un moment donné. De telles informations ne pourront jamais être automatiquement extrapolées. Il existe toutefois des cas où des cartes développées à des fins d’information ont finalement été utilisées comme outil de zonage. C’est le cas des Znieff (Zones naturelles d’intérêt écologique, faunistique et floristique), où des zones qui avaient été identifiées pour leur richesse écologique ont été transformées en zonages prescriptifs dans le cadre du programme Natura 2000 (Couderchet et Amelot, 2010).
Les informations sur les terres agricoles périurbaines ne sont pas obligatoires dans les procédures de planification et ne sont donc pas utilisées
40Il existe souvent un fossé entre les concepts utilisés en recherche (par exemple l’intérêt du monde académique pour le concept de services écosystémiques (chapitre 11), ou la création d’indices de qualité des sols par l’Inra (chapitre 2) et les besoins et/ou la capacité des décideurs à intégrer de tels concepts dans le processus de prise de décision. De ce fait, si des chercheurs créent de l’information pertinente d’un point de vue scientifique, mais qui ne répond pas au besoin immédiat en termes de politiques publiques et de planification, il est fort probable que cette information reste sous-utilisée ou soit laissée de côté.
Conclusion : l’information n’est pas la connaissance
41Pour résumer, l’utilisation d’une démarche scientifique classique pour transformer des données sur les terres agricoles périurbaines en informations ciblées ne mène pas automatiquement à des connaissances actionnables. De plus, lorsque des initiatives lancées par la recherche mobilisent des acteurs territoriaux autour de concepts sans aucune référence à leurs préoccupations professionnelles ou personnelles, il est peu probable que la synthèse des connaissances qui en découle mène en retour à des recueils de données et à la génération d’informations plus pertinentes. Il apparaît nécessaire d’interroger continuellement les besoins des acteurs et les méthodes scientifiques requises pour favoriser des processus itératifs pouvant déboucher sur des connaissances actionnables pour arriver à réellement préserver des terres agricoles périurbaines.
Créer de l’intelligence : vers une gouvernance durable des terres agricoles périurbaines
42Jusqu’ici, notre synthèse s’est intéressée aux premiers niveaux de la pyramide donnée-intelligence présentée au début de ce chapitre. Qu’en est-il des niveaux de l’action et de l’intelligence ? Il est tentant de penser que la solution pour une gouvernance durable des terres agricoles périurbaines réside dans les cadres législatifs et les régulations dont dispose un pays (France), un État fédéral (État australien) ou encore une région métropolitaine (le bassin de Sydney). Le chapitre 1 (par Jason Prior et Pierre Maurel) a présenté une vue d’ensemble comparative détaillée de la planification spatiale en France et en Australie. S’il existe des similarités évidentes entre les deux pays, ce chapitre met en lumière la manière dont l’approche en matière d’imperméabilisation des sols a émergé dans des contextes géographiques très éloignés et avec des logiques légales, politiques et administratives différentes. Trois points communs et trois différences concernant les terres agricoles périurbaines ressortent de l’analyse comparative : l’intégration progressive entre aménagement du territoire et gestion de l’environnement ; l’autonomie croissante des processus de planification aux échelles locales combinée au maintien du contrôle de l’État sur les affaires d’importance ; et la participation croissante des acteurs locaux et du citoyen dans la prise de décision et la conception d’instruments de planification. La capacité de répondre aux défis rencontrés par les terres agricoles périurbaines a changé, dans la planification spatiale française comme australienne, à travers le glissement progressif de systèmes de planification spatiale supervisés par des États centralisés et bureaucratiques vers une planification spatiale décentralisée et participative. En Australie, le terme d’aménagement axé sur les territoires (place-based planning) (Untaru, 2010) est de plus en plus fréquemment utilisé et peut être considéré comme un moyen pour les agences gouvernementales responsables de la planification régionale de se désengager, tout en encourageant les gouvernements locaux à gérer les problèmes qui se posent à leur échelle et qui peuvent profiter d’informations recueillies auprès des acteurs locaux. Avec l’émergence de la planification spatiale décentralisée et participative, le défi est d’arriver à renouveler la gouvernance territoriale pour équilibrer les rôles, les responsabilités et les liens entre une planification centralisée et les besoins locaux et régionaux.
43À côté des instruments de planification imposés par l’État, la décentralisation et une relative liberté dans le droit à l’expérimentation offrent aux gouvernements locaux la possibilité de développer des visions stratégiques qui ne considèrent plus le foncier agricole comme une ressource à consommer, mais qui intègrent l’agriculture périurbaine comme composante de projets de territoire innovants (Perrin et al., 2016). Cela contribue au développement d’une forme d’intelligence collective (Maurel et al., 2014). Nous avons vu toutefois l’extrême difficulté pour les gouvernements locaux à dépasser les intérêts sectoriels et à compenser les logiques économiques bien ancrées de rente foncière autour des terres agricoles et de ressources fiscales liées à l’urbanisation.
La cocréation d’informations : processus participatifs, observatoires
44Notre constat sur l’absence d’apprentissage collectif dû à des « mésusages » de l’information, du moins du point de vue de leurs concepteurs, réitère l’importance de la cocréation de l’information, afin que les acteurs négocient son sens ensemble et ainsi créent une connaissance qui puisse être considérée selon les théories de l’apprentissage comme des croyances vraies et justifiées (Nonaka et Takeuchi, 1995) et devenir ainsi des connaissances actionnables. Cela a été fait avec succès, du moins ponctuellement, dans le contexte australien et français avec la modélisation du bassin alimentaire de Sydney dans le chapitre 10 (par Dana Cordell, Laura Wynne et Brent Jacobs) et la modélisation de dynamiques territoriales sur l’île de la Réunion dans le chapitre 9 (par Xavier Augusseau, Jeremy Bourgoin, Daniel David, Pascal Degenne, Erwann Lagabrielle, Guillaume Lestrelin et Danny Lo Seen). Ces deux chapitres ont démontré que la modélisation participative pouvait être le point de départ d’une médiation sur le futur du développement et de la protection des terres agricoles périurbaines sur ces deux territoires. Dans le processus participatif organisé à la Réunion, des scénarios de l’étalement urbain ont été utilisés pour co-créer, avec les acteurs, des indicateurs pertinents et légitimes pour suivre des changements d’occupation du sol sur l’île. Dans le projet de modélisation du bassin alimentaire de Sydney, des scénarios ont été utilisés pour co-créer, avec les acteurs, des trajectoires d’innovation obligeant à s’extraire, au moins temporairement, des routines planificatrices. Dans les deux cas, l’un des facteurs clés du succès a été l’utilisation de scénarios afin de (co)créer de l’information qui soit considérée comme légitime (indicateurs ou trajectoires) et qui puisse mener à l’action.
45Des processus participatifs de cette nature ont l’avantage d’exposer différents groupes d’acteurs à la même information, leur permettant ainsi de discuter de leurs perspectives respectives. Cela encourage l’apprentissage collectif, permet de construire une vision partagée et de déterminer des trajectoires de changement communes. Cela peut aussi mener à un changement de perspective de la part des participants. Finalement, dans le cas de la Réunion, cela a aussi mené au développement d’une « arène » pour le travail collectif, sous la forme de l’organisation de divers ateliers et consultations.
46Le principal avantage de ces processus est la légitimité qu’ils donnent aux informations créées, car ils permettent aux participants de dépasser leurs divisions traditionnelles, leurs croyances, et de prendre du recul sur leurs propres schémas de pensée (Bateson, 1972), afin de débattre ensemble et de négocier le sens de l’information.
47Toutefois, les travaux en sciences politiques nous rappellent le poids et la stabilité des institutions ainsi que les routines solidement ancrées dans les processus d’apprentissage. Ils mobilisent pour cela le concept de « sentiers de dépendance », ou path dependance (Pierson, 2000), qui imprègnent sur le temps long les cultures administratives et professionnelles des acteurs socio-économiques, des fonctionnaires territoriaux, des responsables politiques, le traitement des questions d’agriculture périurbaine n’échappant pas à cette inertie (Douillet et Faure, 2010).
Vers une intelligence collective
48À ce stade de la synthèse, une question clé est de savoir comment une forme d’intelligence collective concernant les terres agricoles périurbaines pourrait être développée ?
49Les enseignements tirés des expériences présentées dans cet ouvrage laissent à penser que le dernier niveau de la pyramide, relevant de l’intelligence (collective), n’a pas encore été atteint et que plusieurs défis restent à relever. Le récent travail de Lehmann et al. (2017) propose des pistes intéressantes pour aller plus loin, même si leur étude ne concerne pas les terres agricoles périurbaines mais plutôt la durabilité en général, avec un intérêt particulier pour les aspects techniques liés à l’acquisition de données par télédétection. Faisant référence en introduction de leur discussion à la pyramide DIKW (Lehmann et al., 2017, p. 11), ces auteurs résument en ces termes les différents défis à relever : « La barrière A est d’avoir accès aux données, la barrière B est de transformer ces données en information, la barrière C est de générer de la connaissance, et la barrière D peut être considérée comme le moyen d’atteindre une sorte d’intelligence collective » (traduction par les auteurs).
50Même si désormais les enjeux pour la préservation des terres agricoles périurbaines relèvent surtout des niveaux supérieurs de notre pyramide adaptée (actions et intelligence collectives), cela implique des améliorations à tous les niveaux.
Niveaux données/information
51L’utilisation de bases de données cartographiques et foncières existantes ainsi que les progrès récents des technologies de l’observation de la Terre (comme par exemple le programme européen Copernicus) et du numérique (intelligence artificielle, big data, infrastructures de données spatiales interopérables) permettent d’envisager la production homogène et régulière d’informations sur l’étalement urbain aux échelles nationale, continentale, voire planétaire (Lehmann et al., 2017 ; Corbane et al., 2017). De telles données permettraient d’isoler et de mesurer plus finement les effets des instruments de régulation mis en place et l’atteinte des objectifs fixés (par exemple, stabilisation des espaces artificialisés en Europe d’ici 2050).
52Concernant les données sur les sols au sens agronomique du terme, des avancées significatives sont en cours, que ce soit au niveau international (ex. : projet de la Carte mondiale des sols, Global Soil Map46, de l’Union internationale en sciences du sol), ou à des échelles intermédiaires (ex. : programme national Inventaire, gestion et conservation des sols porté par le GIS Sol en France, Laroche et al., 2014).
53À l’échelon des gouvernements locaux, un autre enjeu est d’arriver à mettre en place des observatoires territoriaux (Tonneau et al., 2017), capables de s’appuyer sur des données de référence, de niveau international ou national, et de les affiner par des observations et des données complémentaires afin de disposer de représentations du phénomène reconnues comme vraies par les acteurs et les décideurs locaux. La connaissance du terrain de ces derniers permet aussi d’envisager la mise en place d’outils de cartographie collaborative afin d’enrichir ces données par leurs observations et savoirs locaux. Il peut être fait appel pour cela à des méthodologies spécifiques de conception collaborative d’observatoires territoriaux (Lemoisson et al., 2016).
54Ces propositions soulèvent les questions d’interopérabilité et de subsidiarité des systèmes d’information pour la gouvernance durable des terres agricoles périurbaines, plus particulièrement entre ceux développés aux échelles globales et les observatoires des territoires locaux. Cela suppose toutefois de s’accorder, d’un point de vue ontologique, sur une conceptualisation partagée de ce que sont les terres agricoles périurbaines et leur artificialisation, et sur la manière de les objectiver par une mise en nombres et en cartes. Cela suppose aussi de surmonter les réticences des détenteurs de données à les partager.
Niveau connaissance
55Des phénomènes restent encore mal connus et nécessitent des travaux académiques supplémentaires. C’est par exemple le cas des connaissances sur les effets de l’artificialisation sur la biodiversité et la physico-chimie des sols et les services qu’ils rendent. Créer des indices multifonctions de qualité des sols pour déterminer l’adéquation entre les propriétés bio-physico-chimiques et des usages possibles permettrait de prendre en compte la qualité du sol dans les décisions de conversion de terres agricoles en terrains constructibles. Les impacts de la fragmentation des paysages sur la perte d’habitats naturels et la biodiversité nécessitent également de mener davantage d’études à long terme.
56Mais l’enjeu principal à ce niveau de la pyramide est de favoriser les apprentissages collectifs aux échelons locaux, basés sur les données et informations des observatoires territoriaux en accordant de l’importance à leur mise en forme, à la formation à leurs usages (Martin-Scholz, 2017) et au dialogue territorial via la conception de dispositifs de médiation socio-techniques (Maurel, 2012).
Niveaux action collective et sagesse
57La question en suspens ici est d’arriver à construire aux échelons des gouvernements locaux des visions stratégiques partagées par l’ensemble des acteurs territoriaux, légitimées par les politiques publiques nationales et internationales, et que ces visions soient opérationnalisables en exploitant la boîte à outils de l’ingénierie territoriale, déjà très riche en instruments réglementaires et d’aménagement ainsi qu’en solutions techniques.
58Comme cela a été vu dans les chapitres 9 et 10, la construction de ces visions stratégiques peut passer par des phases de modélisation participative, de scénarios prospectifs, pour comprendre les mécanismes à l’œuvre dans les dynamiques de pertes de terres agricoles, prendre conscience des impacts différenciés sur les acteurs du territoire et les habitants, et évaluer les effets potentiels d’actions d’aménagement, de changements de pratiques.
59S’appuyer aussi sur l’élaboration collective de projets stratégiques, de projets de territoire qui incluraient l’agriculture périurbaine et qui seraient légitimés démocratiquement lors des élections des gouvernements locaux, constitue aussi une autre voie à explorer. Atteindre une intelligence collective reviendrait à développer l’intime conviction que les terres agricoles ne peuvent plus constituer une simple ressource foncière à urbaniser, mais deviennent une pièce centrale de nouveaux modèles de développement urbain exploitant la multifonctionnalité de l’agriculture périurbaine et permettant, par exemple, de bâtir des systèmes alimentaires locaux.
60L’échelle de gouvernance adaptée pour traiter ces enjeux suppose un bon dosage pour disposer à la fois d’une légitimité démocratique pour identifier et mettre en œuvre librement des solutions efficaces et partagées pour préserver l’agriculture périurbaine, tout en étant suffisamment à l’abri des pressions liées aux intérêts locaux sectoriels. Compte tenu de son mille-feuille institutionnel, cet aspect est plus prégnant en France qu’en Australie, et l’échelon intercommunal semble le plus approprié, malgré son faible niveau actuel de légitimité démocratique.
61Traiter la question des terres agricoles périurbaines soulève aussi, en creux, celle de la place des agriculteurs dans la gouvernance de ces territoires et des villes centres. Une voie d’avenir pourrait venir des nouveaux agriculteurs (péri)urbains, souvent à l’écart des structures professionnelles agricoles traditionnelles qui peinent à trouver leur place dans les gouvernances des territoires urbains (Bertrand et al., 2006).
Conclusion
62En conclusion de ce chapitre de synthèse de l’ouvrage, nous allons revenir brièvement sur les trois questions centrales qui avaient été présentées en Introduction en tentant d’apporter quelques éléments de réponse.
63Question 1 : Quels sont les enjeux ? Notre premier objectif était d’explorer la nature complexe du problème de la perte des terres agricoles périurbaines. Nous avons vu dans plusieurs chapitres que la menace de la perte rapide de terres agricoles périurbaines en France et en Australie ne relevait pas simplement d’un problème de manque de données ou de volonté politique, ou encore de chaînons intermédiaires manquants entre l’objectivation de situations territoriales par des mises en nombres, en cartes, en récits, et l’arène politique. Ce n’est pas non plus le simple dilemme de « la poule ou de l’œuf », qui ferait que nous n’avons pas de politiques publiques (ou de politiciens proactifs) parce que nous n’avons pas de données, et nous n’avons pas de données parce qu’il n’y a pas de politiques publiques en place qui requièrent de telles données. La complexité du phénomène réside plutôt dans la grande variété de facteurs et de leurs interactions (par exemple la croissance de la population, les politiques agricoles néolibérales, le droit de propriété, le manque de conscience au sein du grand public, l’absence de priorité donnée à la gouvernance des sols, la perception des zones périurbaines comme des banlieues en devenir, etc.). Tous ces facteurs et leurs interactions complexes devraient pouvoir être réinterrogés à l’aide de meilleures données, informations et connaissances sur tous les aspects traitant des terres agricoles périurbaines.
64Question 2 : Quels sont les outils disponibles pour faire face à cet enjeu ? Notre second objectif était d’évaluer les théories et méthodes utilisées pour aborder la question de la perte des terres agricoles périurbaines. Les douze chapitres de cet ouvrage ont présenté différentes approches, dans le contexte français ou australien, qui peuvent être considérées comme appartenant à trois groupes distincts : des approches techniques axées sur les données, des approches hybrides où les données, les informations et les modèles sont utilisés dans des processus participatifs, et des ouvertures sur des approches fondées sur d’autres cadres théoriques, comme par exemple les services écosystémiques. Pris ensemble, ces « outils » — associés à des retours d’expérience et à des recueils de bonnes pratiques — laissent entrevoir des progrès prometteurs. Avec l’avancée des technologies (par exemple, les nouveaux capteurs en télédétection combinés aux technologies du numérique), il est probable que de nouvelles opportunités émergeront, comme par exemple la possibilité d’accompagner en temps réel des exercices de modélisation participative pour évaluer les impacts de scénarios de développement ou des options en termes de politiques publiques. Mais il n’existe pas de solution miracle, des avancées dans ces trois catégories — les approches axées sur les données, les approches hybrides et les fondements théoriques — sont nécessaires et requerront des approches interdisciplinaires.
65Question 3 : Appropriation, gouvernance, résultats, changements des politiques publiques ? Notre troisième objectif était de développer des perspectives pour le futur. Que peut-on dire sur les développements à venir, sur l’adoption et l’utilisation d’outils et de méthodes scientifiques pour générer des données, des informations et des connaissances sur les terres agricoles périurbaines ? Quels changements en termes de gouvernance seraient nécessaires pour cela ? Nous pouvons conclure que la réponse réside probablement dans une articulation entre deux approches de la planification spatiale, celle basée sur des preuves, des faits tangibles (evidence-based planning, Davoudi, 2006) et celle dite « communicationnelle » au sein des dispositifs de gouvernance territoriale (communicative planning, Innes, 1998). Comme cela a été vu précédemment, l’utilisation de données et d’informations qualifiées, issues de systèmes d’informations interopérables globaux et locaux, constitue une voie d’avenir. Le principal défi pour l’ingénierie territoriale sera d’imaginer des formes de gouvernance et de modèles économiques de ces systèmes d’information qui encouragent les détenteurs de données à les mutualiser. Alors que les opérateurs privés de ces systèmes chercheront des bénéfices économiques, les acteurs publics viseront surtout à améliorer l’efficacité de leurs actions tout en réduisant leurs coûts (Klievink et al., 2016). Dans l’approche communicationnelle de la planification, l’information ne se limite pas à un apport de « preuves ». Elle agira d’autant plus qu’elle sera imbriquée dans des processus d’apprentissage, des pratiques et des institutions. La manière de produire de l’information, de la valider, de lui donner collectivement du sens, joue un rôle crucial et devrait constituer une dimension à part entière de la planification spatiale. Enfin, les informations « objectives » ne sont pas les seules à compter, il y a toutes les autres sur lesquelles reposent les systèmes de croyances. Les théories des apprentissages organisationnels (Argyris et Schön, 1978) mériteraient aussi d’être prises en compte pour arriver à modifier durablement les référentiels cognitifs, les institutions et les pratiques chez les différentes catégories d’acteurs concernées par les terres agricoles périurbaines.
66Nous espérons que les exemples et les analyses critiques présentés dans cet ouvrage constitueront une source d’inspiration pour les chercheurs et les acteurs de la planification spatiale, en France et en Australie, et que cela constituera pour eux une première étape dans leur trajectoire vers une intelligence collective pour la préservation des terres agricoles périurbaines.
Bibliographie
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Paroles de chercheurs
Environnement et interdisciplinarité
Évelyne Brun, Jean-François Ponge et Jean-Claude Lefeuvre
2017
La question des échelles en sciences humaines et sociales
Sébastien Boulay et Sylvie Fanchette (dir.)
2019
Systèmes agraires et changement climatique au Sud
Les chemins de l'adaptation
Hubert Cochet, Olivier Ducourtieux et Nadège Garambois (dir.)
2019
Les terres agricoles face à l’urbanisation
De la donnée à l’action, quels rôles pour l’information ?
Roel Plant, Pierre Maurel, Éric Barbe et al. (dir.)
2018
Sociologie des changements de pratiques en agriculture
L’apport de l’étude des réseaux de dialogues entre pairs
Claude Compagnone
2019
Construire des politiques alimentaires urbaines
Concepts et démarches
Caroline Brand, Nicolas Bricas, Damien Conaré et al. (dir.)
2017
Services écosystémiques et protection des sols
Analyses juridiques et éclairages agronomiques
Carole Hermon (dir.)
2018
Manger en ville
Regards socio-anthropologiques d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie
Nicolas Bricas, Olivier Lepiller, Audrey Soula et al. (dir.)
2020
La santé globale au prisme de l'analyse des politiques publiques
Sébastien Gardon, Amandine Gautier et Gwenola Le Naour
2020
Agroforesterie et services écosystémiques en zone tropicale
Recherche de compromis entre services d’approvisionnement et autres services écosystémiques
Josiane Seghieri et Jean-Michel Harmand (dir.)
2019
Méthodes d'investigation de l'alimentation et des mangeurs
MIAM
Olivier Lepiller, Tristan Fournier, Nicolas Bricas et al. (dir.)
2021
Télédétection et modélisation spatiale
Applications à la surveillance et au contrôle des maladies liées aux moustiques
Annelise Tran, Eric Daudé et Thibault Catry (dir.)
2022
