1 Paul Valéry, « Variations sur les Bucoliques », dans Œuvres, édition établie, présentée et annotée par Jean Hytier, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1957, t. 1, p. 207.
2 Ibid., p. 207-208.
3 Ainsi, Valéry présente paradoxalement la contrainte comme naturelle : « Je me suis souvent demandé pourquoi l’acceptation de conventions nettement énoncées serait plus choquante en Littérature qu’elle ne l’est en Musique ou en Architecture ? Il ne faut pas opposer ce que l’on nomme la “Vie” à cette volonté. […] Ma main porte cinq doigts, ce que je puis considérer comme une détermination arbitraire : c’est à moi de retrouver quelque liberté en exerçant cette main aux cinq doigts, et les actes les plus adroits ou les plus agiles que j’en obtiendrai, ne seront dus qu’à la conscience de cette limitation et aux efforts que je ferai pour suppléer par l’art et l’exercice au petit groupe de moyens donné. Songez à présent au langage… » (Paul Valéry, « Fontaines de Mémoires », dans Œuvres, édition établie, présentée et annotée par Jean Hytier, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1960, t. 2, p. 1371).
4 Paul Valéry, « Variations sur les Bucoliques », op. cit., p. 217.
5 On retrouve d’ailleurs cette idée dans les Cahiers en 1942 : Paul Valéry, Cahiers, édition établie, présentée et annotée par Judith Robinson, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1974, t. 2, p. 1136.
6 « La syntaxe est une faculté de l’âme. On a trop réduit la connaissance de la langue à la simple mémoire. […] Mais c’est la manœuvre du langage qui importe, l’enchaînement des actes, l’acquisition de l’indépendance des mouvements de l’esprit ; et, déliés, la liberté de leur composition dans le discours… » (Paul Valéry, « Choses tues », dans Œuvres, t. 1, op. cit., p. 481-482).
7 « On peut fort bien écrire tout en ignorant [le latin], mais je ne crois pas que, l’ignorant, on puisse se sentir aussi bien construire ce qu’on écrit que si l’on a conscience d’un latin sous-jacent. On peut fort bien dessiner des corps humains sans connaître le moins du monde l’anatomie ; mais celui qui la connaît en doit tirer quelque avantage, ne fût-ce que celui d’abuser de ce savoir pour déformer plus hardiment et heureusement les figures de ses compositions. Le latin n’est pas seulement le père du français ; il est aussi son éducateur en matière de grand style » (Paul Valéry, « Variations sur les Bucoliques », op. cit., p. 212-213).
8 Paul Valéry, « Je disais quelquefois à Stéphane Mallarmé… », dans œuvres, t. 1, op. cit., p. 651.
9 Les échos de Rousseau résonnent ici, mais également ceux de Hugo qui, dans la préface de Cromwell, associe la poésie lyrique aux âges primitifs de l’humanité (Victor Hugo, Préface de Cromwell [1827], dans Œuvres complètes, Paris, Robert Laffont, « Bouquins », 1985, vol. « Critique », p. 4-5).
10 Le choix de cette expression n’est pas sans lien avec l’« Avant-dire » au Traité du verbe de René Ghil composé par Mallarmé. René Ghil le prit pour une préface, alors qu’il visait à dire l’en amont de la parole, ce qui vient avant, non ce qui la surplombe et la garantit d’une autorité magistrale. Comme le rappelle Pascal Durand, Mallarmé comprend le terme de « préface » selon son étymologie (prae-fari, parler avant) pour créer le terme d’« avant-dire » (Pascal Durand, « Don et déprédation. À propos de l’« Avant-dire » au Traité du Verbe », Revue des sciences humaines, n° 295, juillet-septembre 2009, p. 67-77).
11 Paul Valéry, Cahiers, t. 1, op. cit., p. 880.
12 « Virgile, donc, considéré en jeune poète, je ne puis y penser qu’il ne me souvienne du temps de mes commencements. […] Les Bucoliques, me tirant pour quelques instants de ma vieillesse, me remirent au temps de mes premiers vers. Il me semblait en retrouver les impressions. » (Paul Valéry, « Variations sur les Bucoliques », op. cit., p. 215-216).
13 Ibid., p. 212.
14 « Rien n’est inanimé, en ce temps-là ; rien n’est insensible et sourd, si ce n’est volontairement, pour ces paysans latins, qui donnent leurs vrais noms aux sources, aux bois, aux grottes, et savent comme il faut parler aux choses, les invoquer, les adjurer, les prendre à témoin ; et il se fait ainsi entre elles et l’homme un commerce de mystère et de services. » (ibid., p. 219).
15 Ibid.
16 Paul Valéry, « Littérature », dans Œuvres, t. 2, op. cit., p. 637.
17 Valéry emploie d’ailleurs lui-même les termes de « mystique » et de « mystères » (Paul Valéry, « Variations sur les Bucoliques », op. cit., p. 219) pour qualifier « cette étrange économie de la nature qui s’observait au Latium » (p. 218-219. Nous soulignons).
18 Paul Valéry, « Je disais quelquefois à Stéphane Mallarmé… », op. cit., p. 649.
19 Id., Cahiers, t. 2, op. cit., p. 1069.
20 « Il nous faut donner l’illusion de leur intimité profonde » (Paul Valéry, « Première leçon du cours de poétique », dans Œuvres, t. 1, op. cit., p. 1356. Nous soulignons), ou encore : « C’est l’affaire du poète de nous donner la sensation de l’union intime entre la parole et l’esprit » (« Poésie et pensée abstraite », ibid., p. 1333. Nous soulignons).
21 « Que voulons-nous, si ce n’est produire l’impression puissante, et pendant quelques temps continue, qu’il existe entre la forme sensible d’un discours et sa valeur d’échange en idées, je ne sais quelle union mystique, quelle harmonie, grâce auxquelles nous participons d’un tout autre monde où les paroles et les actes se répondent » (Paul Valéry, « Je disais quelquefois à Stéphane Mallarmé… », ibid., p. 647-648. Nous soulignons).
22 Nous soulignons.
23 Paul Valéry, « Variations sur les Bucoliques », op. cit., p. 219.
24 « Un poème […] doit créer l’illusion d’une composition indissoluble de son et de sens, quoiqu’il n’existe aucune relation rationnelle entre ces constituants du langage » (ibid., p. 210-211. Nous soulignons).
25 Ibid., p. 215.
26 Voir Paul Valéry, « Littérature », op. cit., p. 564. Notons que les traductions des écrivains antiques par les poètes classiques sont représentatives d’un mode de traduction ancien. Valéry, lui, cherche non pas à s’éloigner du texte d’origine, à creuser la distance entre la pensée et son expression (c’est le cas des « belles infidèles »), mais bien à les faire se rejoindre mentalement, et ce de manière rétrospective, cette rétrospection maintenant implicitement une conscience de la distance : il s’agit très exactement du processus inverse. Valéry inaugure donc un nouveau mode de traduction. La formule d’Antoine Berman, qui affirme, à propos de la traduction des Bucoliques, qu’elle est à la fois « belle et fidèle » (Antoine Berman, Pour une critique des traductions : John Donne, Paris, Gallimard, « Bibliothèque des idées », 1995, p. 242), renverse le topos de la traduction classique, et renvoie dos à dos les griefs traditionnels imputés à la traduction.
27 Walter Benjamin, « Sur le langage en général et le langage humain » [1916], dans Œuvres complètes, trad. Maurice de Gandillac, Pierre Rusch, Rainer Rochlitz, Paris, Gallimard, « Folio Essais », 2000, t. 1, p. 142.
28 Ibid., « La tâche du traducteur » [1923], p. 244.
29 « [La tâche du traducteur] consiste à découvrir l’intention, visant la langue dans laquelle on traduit, à partir de laquelle on éveille en cette langue l’écho de l’original » (ibid., p. 254). Benjamin définit une « convergence originale » entre les langues : « Elle consiste en ce que les langues ne sont pas étrangères les unes aux autres, mais, a priori et abstraction faite de toutes relations historiques, apparentées en ce qu’elles veulent dire » (p. 248. Nous soulignons).
30 « Le travail de traduire nous fait […] remonter à l’époque virtuelle de [la] formation [du texte] » (Paul Valéry, « Variations sur les Bucoliques », op. cit., p. 215-216).
31 Ibid., p. 212.
32 Paul Valéry, « Calepin d’un poète », dans Œuvres, t. 1, op. cit., p. 1457.
33 Ibid., p. 1458.
34 Ibid., « Variations sur les Bucoliques », p. 212.
35 « Je parle mille langages. Un pour ma femme, un pour mes enfants, un pour la cuisinière, un pour mon lecteur idéal – et chaque catégorie d’amis, de marchands, de gens d’affaires…, le sien » (Paul Valéry, Cahiers, t. 1, op. cit., p. 395).
36 Paul Valéry, « Variations sur les Bucoliques », op. cit., p. 212.
37 « En [la traduction] l’original croît et s’élève dans une atmosphère, pour ainsi dire plus haute et plus pure du langage, où certes il ne peut vivre durablement, et qu’il est en outre loin d’atteindre dans toutes les parties de sa forme, vers laquelle cependant, avec une pénétration qui tient du miracle, il fait au moins un signe, indiquant le lieu promis et interdit où les langues se réconcilieront et s’accompliront. Ce lieu, il ne l’atteint pas sans reste, mais c’est là que se trouve ce qui fait que traduire est plus que communiquer » (Walter Benjamin, « La tâche du traducteur » [1923], dans Œuvres complètes, op. cit., t. 1, p. 252).
38 Antoine Berman, L’Âge de la traduction. « La tâche du traducteur » de Walter Benjamin, un commentaire, Presses Universitaires de Vincennes, « Intempestives », 2008. op. cit., p. 115.
39 Paul Valéry, « Discours au Pen Club », dans Œuvres, t. 1, op. cit., p. 1361.
40 Rudolph Pannwitz, La Crise de la culture européenne [1917], cité par Walter Benjamin, « La tâche du traducteur » [1923], op. cit., p. 259.
41 Paul Valéry, « Variations sur les Bucoliques », op. cit., p. 212.
42 Walter Benjamin, « La tâche du traducteur » [1923], op. cit., p. 251. Nous soulignons.
43 Le terme d’« exercice » est entendu en ce sens, tel qu’il est évoqué dans Lettre sur Mallarmé : « J’étais conduit par ces étranges remarques à ne plus accorder qu’une valeur de pur exercice à l’acte d’écrire : ce jeu, fondé sur les propriétés du langage redéfinies à cette fin et généralisées avec précision, devant tendre à nous faire très libres et très sûrs dans son usage, et très détachés des illusions que ce même usage engendre, et sur lesquelles vivent les Lettres – et les hommes » (Paul Valéry « Lettre sur Mallarmé », dans Œuvres, t. 1, op. cit., p. 643).
44 Paul Valéry, Cahiers, t. 2, op. cit.,
p. 1029.
45 Cité dans Paul Guth, « Paul Valéry a laissé une étonnante traduction des Bucoliques », op. cit., p. 4.
46 Ibid.
47 Paul Valéry, Cahiers, t. 1, op. cit., p. 347.
48 « On peut fort bien écrire tout en ignorant [la langue latine], mais je ne crois pas que, l’ignorant, on puisse se sentir aussi bien construire ce qu’on écrit que si l’on a quelque conscience d’un latin sous-jacent. On peut fort bien dessiner des corps humains sans connaître le moins du monde l’anatomie ; mais celui qui la connaît en doit tirer quelque avantage, ne fût-ce que d’abuser de ce savoir pour déformer plus hardiment et plus heureusement les figures de ses compositions » (Paul Valéry, « Variations sur les Bucoliques », op. cit., p. 213. Nous soulignons).
49 Stéphane Mallarmé, « Notes pour un Tombeau d’Anatole », dans Œuvres complètes, t. 1, op. cit., p. 533.
50 Paul Valéry, « Variations sur les Bucoliques », op. cit., p. 212.
51 Voir l’analyse de William Marx : « Le projet serait à bien des égards injustifiable, si ne prévalait aussi le sentiment selon lequel tout travail poétique ressemble à s’y méprendre à un autre travail poétique. […] [Pour Valéry,] c’est une unique attitude de création poétique qui, malgré les diversités apparentes, se manifeste dans chaque poète au travail » (William Marx, Naissance de la critique moderne : la littérature selon Éliot et Valéry, 1889-1945, Arras, Artois presses université, « Études littéraires », 2002, p. 259-260).
52 Voir Robert Pickering, « Écriture et intertexte chez Valéry : portée et limites génétiques », dans Éric le Calvez et Marie-Claude Canova-Green (dir.), Texte(s) et intertexte(s), Amsterdam/Atlanta, Rodopi B.V., 1997, p. 220.
53 Paul Valéry, « Variations sur les Bucoliques », op. cit., p. 210. Voir l’analyse de ces syntagmes par William Marx, Naissance de la critique moderne : la littérature selon Éliot et Valéry, 1889-1945, op. cit., p. 253-254.
54 Stéphane Mallarmé, « La Musique et les Lettres », dans Œuvres complètes, édition établie, présentée et annotée par Bertrand Marchal, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 2003, t. 2, p. 65.
55 Paul Valéry, « Variations sur les Bucoliques », op. cit., p. 216.
56 Ibid., p. 210.
57 Voir par exemple Paul Valéry, Cahiers, t. 1, op. cit., p. 450.
58 Id., « Calepin d’un poète », op. cit., p. 1455.
59 Stéphane Mallarmé, Notes sur le langage, dans Œuvres complètes, édition établie, présentée et annotée par Bertrand Marchal, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Bibliothèque de la Pléiade », 1998, t. 1, p. 504. Dans la perspective de cette observation de soi, le mythe d’Écho et Narcisse, si obsédant chez Valéry, se révèle éloquent.
60 Paul Valéry, Œuvres, t. 2, op. cit., p. 1410.
61 Voir Philippe Marty, « De “ceci chante tout seul !” à “meditaris”, Paul Valéry et la traduction, Paul Valéry traducteur », Bulletin des études valéryennes, vol. 24, n° 74, 1997, Paris, L’Harmattan.
62 Ce texte semble réaliser ou tout au moins prolonger un projet de poème en prose à inspiration bucolique présent dans les Cahiers de 1902-1903, sous l’influence de la traduction de Virgile, qui permet à Valéry de réinscrire son projet dans le cadre de la tradition de l’idylle. La parenté entre ces deux textes est en effet flagrante. Voir Paul Valéry, Cahiers, t. 2, op. cit., p. 1250.
63 Pierre Brunel, L’Arcadie blessée, le monde de l’idylle dans la littérature et les arts de 1870 à nos jours, Paris, Eurédit, 1996, p. 248-249.
64 Ibid.
65 Paul Valéry, « Littérature », op. cit., p. 561-562.
66 Stéphane Mallarmé, « Crise de vers », dans Œuvres complètes, édition établie, présentée et annotée par Bertrand Marchal, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 2003, t. 2, p. 208.
67 Paul Valéry, « Dialogue de l’Arbre », dans Œuvres, t. 2, op. cit., p. 187.
68 Id., Œuvres, t. 1, op. cit., p. 1712.