Godard frontalier
La syncope et le siphon
p. 147-156
Extrait
1La question de la frontière est au cœur même de la « création Godard ». La frontière dont je vais parler n’est pas celle, générique, que dégage Deleuze dans L’Image-temps et qui définit à ses yeux la méthode de l’entre-deux, de la coupure devenue interstice, où il voit l’essence même de la poétique godardienne. « Chez Godard, écrit-il, l’interaction de deux images engendre ou trace une frontière qui n’appartient ni à l’un ni à l’autre1. » La frontière dont il va être question ici est une figure beaucoup plus localisée dans les films de Godard, et qui concerne une situation bien précise. Elle relève de la syncope et non de l’interstice. Elle est syncope du film lui-même, et les deux bords de cette syncope ne sont pas dans un rapport de différenciation ni de disparation mais séparés par un trou noir temporel, une absence du film à son propre déroulement. La syncope n’est pas l’ellipse. Dans l’ellipse, on garde la conscience du morceau de temps qui manque. Dans la syncope, le te
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