1 Le titre du film est emprunté à Henri Michaux, à son poème Qu’il repose en révolte, écrit en 1949. Michaux expose les tourments d’un homme qui cherche à s’affranchir de toute autorité, qui explore des états limites et balise un espace à sa mesure, identifié à un territoire de l’intime : « dans le noir, dans le soir sera sa mémoire / dans ce qui souffre, dans ce qui suinte / dans ce qui cherche et ne trouve pas / dans le chaland de débarquement qui crève sur la grève / […] dans la route qui obsède / dans le cœur qui cherche sa plage / dans l’amant que son corps fuit / dans le voyageur que l’espace ronge », Henri Michaux, La Vie dans les plis, Paris, Gallimard, 1972, p. 93.
2 À la fin du film, des plans fixes cadrent des monticules de terre à Calais. Ils redoublent les images du désert du Sinaï. Un migrant prononce la phrase : « Le désert est ici. » Ce « désert » signe l’abandon et l’attente.
Il contribue à transformer l’espace de la frontière en paysage de l’errance.
3 Il s’agit de la pyramide érigée par Imhotep vers 2900 ans avant Jésus-Christ, qui se situe dans la nécropole de Saqqarah en Égypte.
4 Walter Benjamin, Critique de la violence [1920]. Œuvres, trad. Maurice de Gandillac, Pierre Rusch et Rainer Rochlitz, Paris, Gallimard, « Folio essais », 2000, t. 1, p. 238. Selon Léa Veinstein, « la violence divine est pensée comme un moteur possible de l’Histoire, en tant que Benjamin en pense également, dans les derniers paragraphes, les extensions dans le champ politique […]. En pensant les extensions de la violence divine, Benjamin introduit la question de la violence révolutionnaire », dans Violence et langage. Une lecture de la « Critique de la violence » de Walter Benjamin, Paris, EuroPhilosophie, « Bibliothèque de philosophie sociale et politique », 2011, p. 89. [En ligne] http://www.europhilosophie-editions.eu/fr/spip.php?article79 [consulté le 28 septembre 2015].
5 Walter Benjamin, Critique de la violence, op. cit., p. 236.
6 Les citations de ce paragraphe sont extraites d’un débat entre Sylvain George et le philosophe Jacques Rancière, organisé en 2011 à l’occasion de la sortie du film Qu’ils reposent en révolte par la revue Independencia, distributeur du film. [En ligne] http//vimeo.com/33493644 [consulté le 28 septembre 2015].
7 Gilles Deleuze et Félix Guattari, Kafka, pour une littérature mineure, Paris, Minuit, 1975, p. 133.
8 Ibid., p. 110.
9 [En ligne] http://vimeo.com/33493644 [consulté le 28 septembre 2015].
10 Michel Serres, Les Cinq sens, Paris, Grasset et Fasquelle, 1985, p. 409 sqq.
11 « L’Impossible - Pages arrachées / Les Éclats », entretien réalisé par Eugenio Renzi, Independencia/Groupement national des cinémas de recherche, 2012, p. 4 ; « Des figures de guerre I », entretien réalisé par Olivier Pierre à l’occasion du Festival international de cinéma de Marseille (FID Marseille), Journal, juillet 2011, p. 2.
12 Bertrand Tappolet, « Nulle part il n’y a de terre promise », Gauchebdo, 23 mars 2012. [En ligne] http://www.bottegazero.com/independencia216/spip.php?article621 [consulté le 28 septembre 2015].
13 En Éthiopie, par exemple, pays d’où proviennent des migrants de Calais, la pratique du tatouage par scarifications était autrefois très répandue. Des stries étaient réalisées au moyen de rasoirs, plus anciennement des obsidiennes.
14 Jacques Rancière souligne ces « chroniques du quotidien » et relève dans le même temps la « routine » des forces de l’ordre. [En ligne] http://vimeo.com/33493644 [consulté le 28 septembre 2015].
15 À la manière des partis pris esthétiques de John Mekas, comme ces plans bougés issus de son utilisation de la caméra Bolex exploités ensuite au montage en tant que tels.
16 Gilles Clément, Traité succinct de l’art involontaire, Paris, Sens & Tonka, 1999.
17 Id., Thomas et le voyageur, Paris, Gallimard, 1997, p. 102.
18 Entretien Sylvain George et Olivier Pierre, « Des figures de guerre I », op. cit., p. 3.
19 Roger de Piles, Cours de peinture par principes [1708], Paris, Gallimard, 1989.
20 Toute la puissance du coloris (un effet qui résulte du mélange et de l’emploi des couleurs) s’exprime dans ce film. Cela constitue l’un des sujets du film, le visible dans le film et le visible du film, suivant l’interprétation que nous proposons du propos de Jacqueline Lichtenstein : « le coloris, c’est le visible dans la peinture et le visible de la peinture. Parce que les conditions de sa perception sont purement visuelles et dépendent de la lumière […]. Mais aussi parce qu’il permet à la peinture [aux plans cinématographiques] de représenter ce qui bouge, ce qui est instable, trop fin ou trop délicat, tout ce monde du divers et de la qualité sur lequel la main n’a pas de prise et qui échappe par là même à la maîtrise du dessin », La Couleur éloquente, Paris, Flammarion, 1989, p. 181.