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    Plan détaillé Texte intégral Introduction Déchoir les enfants de la deuxième génération de l’immigration postcoloniale : oscillations des gauches et des droites majoritaires La déchéance de la nationalité après 2015 Conclusion Notes de bas de page Auteur

    L'antiterrorisme français face aux attentats du xxie siècle

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    Table des matières

    Déchéance de la nationalité française : radicalisation des discours officiels et des pratiques institutionnelles antiterroristes

    Montassir Sakhi

    p. 137-154

    Texte intégral Introduction Déchoir les enfants de la deuxième génération de l’immigration postcoloniale : oscillations des gauches et des droites majoritaires Nicolas Sarkozy et la préfiguration de la déchéance de nationalité François Hollande et la tentative de réforme constitutionnelle en faveur de la déchéance La déchéance de la nationalité après 2015 Conclusion Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    Introduction

    1Ce chapitre explore comment la déchéance de nationalité, historiquement associée en France à des contextes de guerre, s’est transformée en un instrument majeur de politique antiterroriste depuis 2015, tant dans les discours officiels que dans la pratique. Il met en lumière l’interprétation répressive du droit administratif par le recours au Code de la nationalité, qui prévoit depuis 1945 la possibilité de distinguer entre les mono-nationaux et les naturalisés même lorsqu’ils sont nés en France. En complément de cette problématique, ce chapitre examine les difficultés structurelles empêchant les personnes déchues de leur nationalité, de faire systématiquement appel aux juridictions transnationales, notamment à la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH). Ainsi, en illustrant l’imbrication entre les discours politiques sur les binationaux et les descendants de l’immigration postcoloniale, et la mise en place de la politique de la déchéance de la nationalité pratiquée au lendemain des attentats de 2015, ce chapitre réinscrit cette peine juridico-administrative dans une politique fondée sur la dichotomie ami-ennemi et la promotion du droit de l’ennemi1 à chaque crise politique.

    2Au-delà de l’examen des discours officiels, cinq entretiens ethnographiques parmi une douzaine réalisés avec les premiers concernés, sont mobilisés pour illustrer notre propos. Ces entretiens revêtent un caractère longitudinal puisqu’ils prolongent un terrain d’une recherche précédente, entamé depuis 2015 avec les Français partis rejoindre le djihad et la révolution en Syrie2 : les mêmes personnes parmi les binationaux partis en Syrie et revenues en France sont aujourd’hui sous le coup de la déchéance de nationalité, plusieurs années après les départs (2013). Les entretiens mobilisés dans cet article sont les suivants : 1) un Français déchu de sa nationalité et retenu à l’heure d’aujourd’hui dans un Centre de rétention administratif (CRA) ; 2) un deuxième Français déchu de la nationalité et assigné à résidence permanente ; 3) un troisième Français déchu de la nationalité et ayant choisi de quitter la France dès la notification du projet de déchéance ; 4) une avocate, représentant l’une des rares voix qui s’expriment en France contre la déchéance et les expulsions. Ces entretiens sont complétés par des observations auprès des familles de personnes déchues de la nationalité.

    3Partant, il s’agit donc d’ examiner la pratique antiterroriste française se caractérisant par une politique génératrice d’une séparation à l’intérieur du droit et de l’interprétation de la nationalité. Comment, par le biais de l’antiterrorisme se fabrique une politique, face au même problème (une condamnation pour terrorisme), séparant, au sein de la même nation, deux populations : celle qui est française et « non-déchoyable » et celle que l’on peut déchoir de la nationalité alors même qu’elle est née en France et a acquis cette nationalité dès l’enfance ? Comment se manifeste ainsi la faiblesse de la nationalité censée protéger et intégrer les Français descendant de parents immigrés postcoloniaux et les Français naturalisés ?

    4Une telle problématique interroge l’argument des partisans de la déchéance qui avancent que la naturalisation n’est pas suffisante, car elle nécessiterait de la part des naturalisés une allégeance quotidienne à la nation. Comment cette injonction de la reconnaissance à la nation peut-elle se formuler quand la nationalité est acquise pendant l’enfance grâce au droit du sol ? Car en effet, ce sont majoritairement des enfants de la seconde génération, nés en France et naturalisés dès l’enfance, qui sont visés par les décrets de la déchéance depuis la séquence qui s’ouvre en 2015 à la suite des attentats.

    5Dans un premier temps, nous analyserons les discours politiques qui marquent la séquence de 2015 et qui s’incarnent dans les positions du gouvernement socialiste d’un côté et les institutions de la représentation politique – l’Assemblée nationale et le Sénat en l’occurrence, de l’autre. Cette première partie montre que derrière la question sécuritaire, c’est la représentation au sein de la nation des enfants de l’immigration postcoloniale qui se voit mise en question. Plus généralement se voit remise en cause l’unité nationale via une césure entre nationaux et populations issues de l’immigration, témoignant d’un héritage colonial refoulé et émergeant au moment de la crise politique. Ainsi le droit de la nationalité se trouve ébranlé par les mesures adoptées dans le sillage des attaques de 2015.

    6En s’appuyant sur des entretiens avec des personnes déchues de leur nationalité et leurs avocats, la seconde partie de ce chapitre décrit et analyse l’incohérence des politiques antiterroristes. Alors que ces politiques sont généralement orientées vers la réinsertion au sein de la société – avec un ensemble de discours portant sur la dé-radicalisation3 –, la déchéance de nationalité est, au contraire, pensée comme une mesure qui sape cet idéal en consacrant l’exclusion définitive de la société de naissance.

    Déchoir les enfants de la deuxième génération de l’immigration postcoloniale : oscillations des gauches et des droites majoritaires

    7La controverse suscitée par l’ancien président François Hollande en 2015, concernant la déchéance de la nationalité française à la suite des attentats de novembre de la même année, laisse une impression durable sur la solidité du droit de la nationalité dans une tradition démocratique. L’échec de l’obtention d’un consensus entre le Sénat et l’Assemblée nationale sur la proposition de déchoir de leur nationalité les citoyens nés français, ainsi que la division des acteurs politiques au-delà de la dichotomie gauche/droite, suggère l’existence d’une conscience historique nationale réfractaire à l’idée de la déchéance. Cette mesure renvoie l’imaginaire collectif, non seulement à certaines communautés déchues de la nationalité par le passé (notamment les Juifs et les descendants de l’immigration postcoloniale nord-africaine), mais aussi à l’ensemble de la nation, aux pires décisions judiciaires et administratives.

    8Cependant, malgré l’abandon de cette proposition improvisée par le président socialiste et ses regrets4 exprimés, il est notable que les discours postérieurs aux attentats de 2015 ont effectivement rendu possible et légitimé l’inflation de la pratique de la déchéance quelques années plus tard. En 2023, un tournant décisif s’opère sous la direction du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin. Contrairement au débat intense suscité par la réforme constitutionnelle de 2016, l’augmentation des déchéances en 20235 a rencontré une indifférence remarquable dans le débat public. L’impression d’une résistance historique face à la volonté de François Hollande s’effondre sous les gouvernements d’Emmanuel Macron.

    9Après l’accès au pouvoir de ce dernier, et notamment au deuxième quinquennat, les gouvernements successifs déchoient plus que l’ensemble des gouvernements réunis depuis 1953 – date de la fin des grandes vagues de déchéances des Français naturalisés, d’origine italienne ou allemande, ayant collaboré avec l’occupation. Ainsi, quarante-deux déchéances de nationalité française sont prononcées par décret entre 2019 et la première moitié de 20246. La première moitié de l’année 2024 connaît à elle seule treize déchéances prononcées7. De surcroît, ces chiffres ne prennent pas en compte un autre public, beaucoup plus conséquent et que nous rencontrons dans notre terrain d’enquête, à savoir les personnes notifiées pour déchéance de nationalité, c’est-à-dire en attente de la validation par le Conseil d’État. N’étant pas limitée par la loi, la période d’attente de certains des enquêtés est de plus d’un an déjà.

    10L’étude des discours et du droit encadrant la déchéance de la nationalité illustre ce que Hannah Arendt désigne sous le nom de « maladie totalitaire », c’est-à-dire l’utilisation par les gouvernements, y compris démocratiques8, du « droit souverain de [déchéance de la nationalité]9 ». Une telle maladie, qui est aussi une tentation, est inscrite dans les lois encadrant la nationalité, lesquelles permettent de déchoir des personnes supposées étrangères à la naissance et considérées comme binationales sans vérifier les conditions réelles les liant à la société française, le degré de la réinsertion et la faiblesse des liens avec une autre société, dite d’origine, et vers laquelle elles sont renvoyées. L’indignation politique contre la déchéance en 2016 s’explique par le fait que le projet présidentiel n’avait pas distingué entre les nationaux et les enfants de l’immigration postcoloniale. Cette distinction, ancrée dans les anciennes lois antiterroristes et le Code de la nationalité (notamment les réformes de 1993 et 1998)10 et la décision du Conseil constitutionnel élargissant la déchéance aux condamnations pour terrorisme de 199611), fait consensus au sein de la classe politique et sert aujourd’hui à justifier et accélérer les déchéances. Elles perpétuent une vision de la nationalité qui sépare deux populations : les personnes nées françaises et les personnes devenues françaises du fait de leur naissance en France. Cette nouvelle vague de déchéances, intervenant dans un climat politique marqué par la montée des discours contre l’islamisme, la radicalisation et le séparatisme, montre la fragilité des protections légales à l’égard des Français descendants de l’immigration postcoloniale et des naturalisés qui se trouvent tous – de fait – confrontés à la loi de la déchéance car potentiellement « déchoyables » par opposition aux « Français de souche » qui sont « indéchoyables ».

    11Il importe de distinguer, en matière de déchéance de nationalité, les oscillations des discours publics entre acceptation et refus de la déchéance, y compris chez les acteurs politiques, particulièrement ceux occupant des positions de pouvoir dans la hiérarchie gouvernementale. Dans le contexte du terrorisme revendiqué par l’État islamique (EI), la posture des présidents de la République illustre cette oscillation, enracinée dans une économie morale plus large liée à une vision normative de la République et de ses valeurs. Les discours et positionnements de Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron en témoignent.

    Nicolas Sarkozy et la préfiguration de la déchéance de nationalité

    12Le discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy, le 30 juillet 2010, reste un moment clé. En réponse aux émeutes déclenchées par la mort de Karim Boudouda (27 ans) à l’issue d’une course-poursuite avec la police, N. Sarkozy associe immigration, délinquance et déchéance. Évoquant « l’échec de l’intégration » des migrants tout au long des « cinquante années d’immigration », il exprime que la « nationalité française doit pouvoir être retirée à toute personne d’origine étrangère qui aurait volontairement porté atteinte à la vie d’un fonctionnaire de police ou d’un militaire de la gendarmerie ou de toute autre personne dépositaire de l’autorité publique. »12 Notons que cette même proposition sera de retour en 2023 et sera votée favorablement par les deux chambres, et adoptée par la commission mixte paritaire13 dans le cadre de la nouvelle loi « immigration », avant d’être censurée par le Conseil constitutionnel.

    13La persistance de la droite à faire de la nationalité une matière de sanction et de division est également illustrée par le souhait de N. Sarkozy de rendre l’acquisition de la nationalité française par un mineur délinquant non automatique à sa majorité, comme revendiqué dans le discours de Grenoble. Cette perspective législative trouve des opportunités de réalisation dans les amendements permanents de la loi sur l’immigration. Fin 2010, N. Sarkozy introduit, par l’intermédiaire de son ministre Éric Besson, un amendement visant la déchéance de nationalité des « Français naturalisés depuis moins de dix ans et condamnés pour meurtre ou tentative de meurtre sur personne dépositaire de l’autorité publique »14. Cet amendement, bien qu’adopté par l’Assemblée nationale en première lecture, a été rejeté par le Sénat grâce aux sénateurs centristes. La même proposition réapparaît en 2023 sous E. Macron, utilisant une formulation similaire.

    14Enfin, dans le cas de N. Sarkozy, le doute quant à l’adoption définitive de la possibilité de déchoir les personnes nées en France est illustré par son alignement, en 2016, en tant que chef du parti Les Républicains, avec la majorité sénatoriale qui bloque la réforme constitutionnelle de F. Hollande visant à élargir la déchéance, en raison du terrorisme, à l’ensemble des nationaux15.

    François Hollande et la tentative de réforme constitutionnelle en faveur de la déchéance

    15À l’Assemblée nationale, cette proposition est adoptée dans une version plus radicale, incluant même les mono-nationaux16. Convaincu de la perméabilité de l’opinion publique en contexte de terrorisme, l’exécutif socialiste fait campagne pour l’unité politique autour de l’inscription de la déchéance et de l’état d’urgence dans la Constitution. Cependant, les dissidences et les tactiques politiques, à quelques mois de l’élection présidentielle, amènent la droite à se limiter à ses revendications classiques : accepter la déchéance dans la limite de la binationalité. Le Sénat, dominé par la droite, rejette la proposition de F. Hollande et adopte une nouvelle version le 22 mars 2016, sapant le principe d’égalité, et ouvrant la déchéance à toute personne disposant d’une seconde nationalité afin d’éviter ainsi l’apatridie17.

    16Ainsi sous la présidence de François Hollande, la gauche socialiste, représentée par le gouvernement Valls, propose un projet de division profonde au-delà de l’oscillation précédemment décrite. F. Hollande envisage de déchoir des Français sans tenir compte de leur binationalité ou de la possibilité d’apatridie. Au lendemain des attentats du 13 novembre 2015, lors d’une allocution solennelle devant le Congrès du parlement (les deux chambres) à Versailles le 16 novembre 2015, il fait de la déchéance un cheval de bataille sécuritaire18. Le projet de loi constitutionnelle présenté par François Hollande, Manuel Valls et Christiane Taubira, prévoit que « la nationalité, y compris les conditions dans lesquelles une personne née française qui détient une autre nationalité peut être déchue de la nationalité française lorsqu’elle est condamnée pour un crime constituant une atteinte grave à la vie de la Nation ». Il précise que « la notion de personnes “nées françaises”, pour l’application de la sanction de la déchéance de nationalité prévue par les nouvelles dispositions constitutionnelles, inclut tant les personnes auxquelles la nationalité française a été attribuée par filiation, naturelle ou adoptive, que celles qui l’ont obtenue du fait de leur naissance en France, dans les conditions prévues au chapitre II du titre Ier bis du livre Ier du code civil »19.

    17La division insérée par le gouvernement Hollande, la volonté de constitutionnaliser l’apatridie dans le projet de révision constitutionnelle et le vote en faveur de l’exclusion des binationaux par le Sénat illustrent les contradictions profondes et l’évolution des positions sur la déchéance de nationalité en France. Ces évolutions soulignent la fragilité des protections légales des Français descendant de l’immigration postcoloniale et des naturalisés, exposés aux effets des discours nationalistes.

    18Quant à Emmanuel Macron, il illustre authentiquement ces oscillations faites de discours contradictoires sur la déchéance. Au lendemain des attentats de 2015, alors ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique sous le gouvernement Valls II, il affirme, le 20 janvier 2016, son soutien au projet de la déchéance de nationalité porté par F. Hollande : « Considérer que quelqu’un qui est en train de trahir son pays soit exclu de la communauté nationale ne me choque pas […] Le président de la République, le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur ont raison de défendre cette idée forte et ce symbole »20. Plus d’un an après, alors chef d’En marche et à la porte de l’Élysée, il présente son programme de lutte contre le terrorisme en affirmant son refus de la proposition de déchéance de la nationalité qu’il considère comme « une faute […] car changer la loi fondamentale de notre pays parce que nous sommes attaqués par les terroristes c’est leur donner ce qu’ils veulent. Donc [la déchéance] n’était pas une bonne idée et ça restera une mauvaise idée […] c’est une mauvaise réponse parce que c’est inefficace […] On ne va pas créer des apatrides, et si on le limite aux binationaux – je vous rappelle les débats totalement fous qu’à ce moment-là la France avait connus – qui nous prendra ceux dont nous enlevons la nationalité française ? […] Sur le plan moral et politique c’est une fausse bonne idée. Parce que c’est promettre à nos concitoyens que face au mal nous répondons en leur promettant d’expulser le mal de la communauté nationale. Mais c’est une promesse intenable. »21

    19L’oscillation des discours des acteurs politiques témoigne du rapport complexe vis-à-vis des enfants de la deuxième génération de l’immigration, marqué par le rejet et un appel continu à l’intégration. Lorsque des actes sont perçus par la justice et le législateur comme relevant du terrorisme – tels que les départs vers la Syrie pour s’opposer aux troupes du régime génocidaire de Bachar al-Assad – cette relation avec les enfants des immigrés postcoloniaux se clarifie et l’oscillation disparaît au profit de l’adoption de la déchéance de nationalité comme solution catégorique.

    La déchéance de la nationalité après 2015

    20Les discours de Grenoble et de Versailles, précédemment rappelés, ont remis en cause une notion fondamentale de la Constitution et du mythe fondateur de la République, à savoir l’égalité des citoyens devant le droit. Nous verrons plus loin que l’argument central des partisans « modérés » de la déchéance est que la nationalité, lorsqu’elle passe par la naturalisation, est une affaire de volonté et de choix d’appartenance à la nation. Les nationaux ne choisissent pas la France, alors que les naturalisés font ce choix en demandant la naturalisation. Ce discours suggère que la volonté d’appartenance à la nation cesse avec la commission d’un crime terroriste condamné.

    21Cependant, cet argument ne tient pas compte de la réalité de l’acquisition de la nationalité. Parmi les naturalisés (l’ensemble de nos interlocuteurs ayant été déchus) nombre de personnes n’ont ni choisi de naître en France ni de se faire naturaliser : ce sont leurs parents qui, par le biais du droit, les naturalisent alors qu’ils sont encore enfants – dans notre terrain, l’un est naturalisé à l’âge de 6 ans, un autre à 10 ans, et à 13 ans pour dix autres. La hausse de la période de la commission des faits de 10 à 15 ans requise après la naturalisation montre une volonté de s’attaquer aux personnes qui étaient encore enfants lors de l’acquisition de la nationalité. Ce virage inscrit cette hausse dans le resserrement de l’étau procédural contre les enfants de la deuxième génération de l’immigration qui, avec les primo-arrivants naturalisés, constituent la principale cible parmi les condamnés visés par la déchéance.

    22Le terrain de notre étude montre que cette modification de la loi prend complétement au dépourvu les personnes concernées par la déchéance. Ces dernières se considèrent comme des Français à part entière, n’ayant jamais eu le choix d’appartenir à un autre pays. Voici comment une personne déchue de la nationalité s’adresse dans ses courriers de négociation de la fin des gels de ses avoirs par le Ministère de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique, avant son expulsion du territoire :

    « Madame, Monsieur,

    Je soussigné […], né le […] à […] en France, forme par la présente un recours gracieux auprès de votre administration.
    En effet, vos services m’ont informé, via une parution au Journal Officiel en date du […], que je faisais l’objet d’un quatrième renouvellement du gel de mes avoirs. Vous n’êtes pas sans savoir qu’aujourd’hui, je me trouve en C.R.A dans l’attente d’une hypothétique expulsion vers […]
    Après tout ce tapage médiatique auquel vous vous êtes prêtés ; mon interpellation par l’antenne du GIGN de […], la délivrance d’un A.M.E sans possibilité de pouvoir passer en commission d’expulsion, vous vous êtes targué, gargarisé du fait que je possédais trois nationalités, que j’allais être expulsé très rapidement, pour au final sortir dans moins de deux mois. Quelle désillusion.
    Le moins que l’on puisse dire, c’est que votre communication et votre crédibilité risquent de prendre du plomb dans l’aile. Mais comme vous le savez, j’aspire à quitter la France, ce pays que j’affectionne, qui m’a vu grandir, éduquer, pour qui j’ai un profond attachement, malgré nos désaccords. […]
    La seule chose qui m’empêche aujourd’hui de me projeter concrètement hors de France est le gel de mes avoirs, puisqu’ils constituent un biais qui me permettra de m’installer ailleurs dans un minimum de décence, mais c’est aussi un combat qui m’oppose à vous et pour lequel je ne souhaiterais pas partir sans que le fruit de longs mois d’efforts ne me soit dûment rétabli. […]

    J’ai purgé ma peine de prison. J’ai tant bien que mal fourni les efforts pour me réinsérer, j’estime que pour appliquer cet énième gel, vous ne pouvez pas vous contenter de mettre en exergue ma condamnation antérieure, le risque d’un potentiel financement du terrorisme, mon non renoncement à mes convictions salafo-djihadistes, alors que vous savez pertinemment que je suis passé à autre chose, comme en atteste la dernière synthèse rédigée par les équipes pluridisciplinaires de la maison d’arrêt de […], vous ne pouvez pas sous couvert de la lutte contre le terrorisme me léser et affirmer de manière péremptoire vos allégations sur la base de notes blanches des services de renseignement sans pouvoir les étayer. L’objet de ma sollicitation, vous l’aurez compris, est que vous me permettiez de récupérer mon argent afin de me mettre dans des dispositions empreintes d’une dignité minimum pour quitter le territoire français et recommencer une nouvelle vie. […]. »

    23Nées et élevées en France, certaines personnes déchues ignoraient qu’elles étaient citoyennes d’un autre pays et n’ont jamais eu de passeport ni de lien réel avec le pays d’origine22. Beaucoup d’entre elles n’ont jamais demandé les documents d’identité du pays de leurs parents. Lorsqu’on leur notifie leur déchéance, le ministère considère qu’elles ont la nationalité de leurs parents de droit et qu’il leur suffit de « régulariser la situation auprès des autorités de la deuxième nationalité »23, même si elles n’ont jamais disposé des papiers administratifs de ces pays et, pour la plupart, n’y ont jamais mis les pieds – c’est le cas de huit parmi les douze interlocuteurs rencontrés.

    24Dans le contexte des départs de Français en Syrie-Irak entre 2011 et 2015 – une population surreprésentée dans l’application de la déchéance à partir de 2019 – l’augmentation de dix à quinze ans de la période durant laquelle le Conseil d’État peut valider la déchéance des binationaux naturalisés donne lieu à des schémas typiques comme celui-ci :

    • 1990 : naissance en France.
    • 2003 : acquisition de la nationalité française à la suite de la naturalisation d’un ou des deux parents étrangers (dans ce cas, la naturalisation de l’enfant pouvant se faire avant ses 13 ans) ou à la suite de la demande de la naturalisation par le droit du sol à partir de 13 ans.
    • 2013 : départ en Syrie et retour (l’âge moyen du moment des départs étant 23 ans dans le cas de nos enquêtés).
    • 2017 : condamnation pour des faits de terrorisme.
    • 2021 : sortie de la prison (des peines allant de cinq à neuf ans de prison).
    • 2023 : déchéance de nationalité, mise en centre de rétention et expulsion (âge moyen au moment de la notification de la déchéance étant 32 ans).

    25Ce schéma est représentatif de la situation des déchéances en cours24. L’augmentation de la durée à quinze ans pour la commission des faits après l’acquisition de la nationalité répond à une connaissance précise, par le ministère de l’Intérieur, de la sociologie des personnes binationales condamnées pour des faits de terrorisme, notamment concernant les départs et retours de Syrie (2011). Ce schéma est susceptible de se répéter dans les années à venir si la courbe des condamnations pour terrorisme se maintient au sein des populations jeunes et issues des minorités de l’immigration postcoloniale, et si rien n’est fait pour abroger dans la loi la déchéance des binationaux nés en France.

    26Le schéma susmentionné peut se lire comme un idéal-type prenant en compte l’effet générationnel sous-jacent à la crise déclenchant les vagues de déchéance, à savoir la question syrienne et le départ des enfants de la seconde génération de l’immigration en Syrie. Ces jeunes, nés principalement à la fin des années 1980 et au début des années 1990, forment l’essentiel des citoyens déchus après condamnation par la loi antiterroriste et souvent après l’écoulement de la peine et les conditions de mise en liberté. Leurs parents, pour la plupart des migrants ouvriers installés en France dans les années 1970-1980, avaient été contraints au regroupement familial au moment où les politiques des visas tendaient vers la Schengenisation25. Une maman d’un jeune déchu interpelle à ce propos :

    « Ils l’ont déchu alors qu’il a fait sa peine, il est sorti, il a commencé à nouveau sa vie et a tourné la page. Pourquoi ? Et pourquoi ils l’expulsent alors qu’il a fait toute sa vie en France ? Il ne connaît personne en Tunisie où il est maintenant expulsé (elle pleure). C’est la hogra, qui me fait le plus mal. La séparation ! Nos enfants sont français, mais ils ne veulent pas d’eux. Comment je vais me partager maintenant entre ici où j’ai mes petits-enfants et là-bas où ils l’ont expulsé (elle pleure).
    Ce n’est pas tant la déchéance qui me fait le plus mal au cœur, même si elle nous sépare de nos enfants, c’est plutôt la hogra des médias et des commentateurs. Je ne supporte pas ces journalistes qui disent du mal de nos enfants, qui les associent aux attentats, qui ne respectent pas qu’ils ont fait leur peine, sortis de la prison.
    Je ne comprends pas comment il n’y a pas de procès pour la déchéance et l’expulsion. Comment on ne peut pas se défendre. Je ne comprends pas qu’il n’existe pas d’association qui parle de ça. Où sont ces associations qui défendaient les droits des Français partis en Syrie. La déchéance c’est quand même grave. Elle est où cette dénonciation de 2015 quand Hollande voulait faire la déchéance. C’était pour les Français qu’on ne voulait pas l’accepter, mais maintenant ce sont nous, les parents étrangers qui sommes sanctionnés. »

    27Dans les entretiens avec les familles, ressort cette contestation des institutions fonctionnant suivant une logique de pouvoir administratif exclusif – celui qui ne laisse aucune place au procès équitable, à la défense, aux recours et à l’argumentation. La chronologie des déchéances sous E. Macron susmentionnée prend également en compte la réalité de l’acquisition de la nationalité française que nous rappelle le témoignage des parents des personnes déchues : ces jeunes sont nés en France, et leurs parents avaient une parfaite connaissance du droit de la naturalisation. Lorsqu’ils atteignent l’âge de 13 ans, leurs parents demandent la naturalisation automatique par droit du sol26. Pour les parents ayant acquis la nationalité française avant que leurs enfants n’atteignent 13 ans, ils avaient procédé à la naturalisation : ce sont ces différences arbitraires qui permettent de passer ou non sous la loi de la déchéance des binationaux :

    « Regarde Samir qui était avec moi en Syrie. Nous avons la même peine de prison. Aujourd’hui, il n’est pas déchu et ils ne peuvent pas le déchoir parce que tout simplement il avait 4 ans quand il a acquis la nationalité du fait que son père a été naturalisé à ce moment précis. Comme la loi de la déchéance prévoit 15 ans depuis la commission des faits [départ en Syrie], ils ne peuvent pas le déchoir. Moi, on me déchoit parce que j’ai été naturalisé à 6 ans et non pas à 4 comme lui. Tu vois comment c’est absurde. Ma faute c’est que mon père a eu un retard de 2 ans comparé au père de Samir. Mais ça ne veut pas dire qu’ils ne vont pas lui pourrir la vie sans la déchéance. Il y a les FIJAIT et encore d’autres peines administratives pour empêcher la réinsertion des gens qu’ils n’arrivent pas à déchoir. Et ils peuvent à tout moment augmenter de 15 à 20 ans la loi de la déchéance et donc le déchoir également. Comme ils peuvent inscrire comme le voulait Hollande cette déchéance pour tous les binationaux tout en se foutant des années passées comme naturalisé. Ce sont des injustes. Des hypocrites qui voient nos familles comme des bledards, et nous qui sommes nés en France comme des parias »27.

    28Nous l’avons vu, lorsque l’on se réfère aux binationaux concernés par la déchéance de la nationalité telle qu’elle émerge depuis les attentats de 2015, les personnes concernées sont des enfants de la seconde génération de l’immigration postcoloniale en France. Pourtant, dans les discours, la résistance quant à la déchéance, parfois portée par la gauche et d’autres fois par la droite républicaine dans un échange de rôle permanent, renvoie à une fausse dichotomie oppositionnelle : déchoir les naturalisés ou les binationaux versus les mono-nationaux et les personnes nées françaises. Le terrain d’enquête montre que les personnes visées par la pratique de la déchéance débordent la seule identité juridique de la nationalité que le gouvernement leur attribue au moment où il invoque leur binationalité pour justifier, en dernière instance, le recours à cette pratique radicale du droit. C’est ce qui est indiqué, dans les entretiens, par les termes « né, grandi, éduqué en France ». On assiste ainsi à une instrumentalisation de l’attribution et de la reconnaissance de la nationalité française.

    29L’application de la loi relative à la déchéance nous rappelle la position occupée par les familles et les communautés des Français déchus de la nationalité dans la hiérarchie sociale et symbolique de la société. Plus largement, l’exercice de la déchéance se fonde sur la distinction entre, d’un côté, les « Français de souche » qui n’ont pas d’autre nationalité que la nationalité française et qui échappent dans le droit à cette sanction – même si, dans l’histoire, des régimes comme celui de Vichy ont pu créer de nouvelles catégories, comme « les Juifs », pour pouvoir les exclure de la nation et les déchoir de la nationalité – et, de l’autre côté, les migrants et les descendants de l’immigration. Comme l’a souligné Jules Lepoutre « dans les faits, réserver la déchéance aux individus qui possèdent plusieurs nationalités conduit à cibler en particulier la “catégorie” des Français d’origine étrangère »28.

    30Enfin, l’arbitraire des déchéances appliquées à la catégorie des Français partis en Syrie entre 2011 et 2014 réside dans le fait qu’ils ignoraient entièrement non seulement que l’acte de départ en Syrie est passible de la déchéance, mais aussi qu’il appartient à la catégorie du crime terroriste, voire du crime et du délit tout court – les départs en Syrie n’étant pas incriminés entre 2011 et 2014. La catégorie du « crime terroriste » qui est venue, dès 2015, englober a posteriori des actes qui ne l’étaient pas avant les attentats et massifier29 les poursuites judiciaires, a été à nouveau, dès 2019, reprise par les services de sécurité et le gouvernement afin de l’inscrire dans la double peine récusant ainsi toute la dimension de la réinsertion et cédant aux discours sur le séparatisme. Même quand il se fonde sur le droit, l’accroissement des déchéances emprunte dans les faits à un schéma qui précède celui de la « canalisation » des vengeances dans des dispositifs de justice de l’État30. En témoigne dans le cas de notre étude le temps séparant la sortie de la prison de la décision de déchéance intervenant après la réinsertion. C’est dans ce sens que la peine de la déchéance est aujourd’hui incomprise par les déchus et leurs familles – car elle a agi comme une peine cachée, postérieure aux procès, c’est-à-dire fondée sur le droit administratif car formulée par le ministère de l’Intérieur, révisée et validée par le Conseil d’État et appliquée par décret du Premier ministre. Cette démarche prive les personnes de la possibilité de se défendre juridiquement, empêchant l’ensemble des recours du fait de l’accélération de la procédure de l’expulsion – et cela contrairement aux fondements des réformes portant sur la déchéance31.

    Conclusion

    31La présente étude a montré que, malgré la confusion entourant le débat sur la déchéance, cette mesure s’est massifiée depuis 2015 pour toucher des personnes qui se sont toujours perçues comme françaises et qui, parfois, ignorent même leur binationalité. Au-delà de la catégorie administrative de la binationalité, les personnes rencontrées témoignent de leur lien filial et existentiel avec la France. Expulsées, elles dénoncent cette pratique répressive de la double peine et témoignent de la conscience d’un traitement différencié comparé aux mono-nationaux. Sur le plan des pratiques, l’attribution et la reconnaissance de la nationalité se révèlent aujourd’hui instrumentalisées de telle sorte qu’elles jouent le rôle de sur-sanctions. Corrélativement, les décisions et pratiques de déchéance mettent en évidence la faiblesse des protections légales en matière d’acquisition de la nationalité française.

    32Au-delà des catégories juridiques portées par le droit français, ce sont les représentations des citoyens qui se dévoilent dans ces pratiques ainsi que les représentations différenciées de la nationalité française, diversement attribuée/assignée selon l’origine des citoyens. Par delà la reconnaissance de la nationalité, persiste une partition entre nationaux « non-déchoyables » et enfants de l’immigration postcoloniale. Cette distinction, héritée du Code de la nationalité (réforme de 1993), structure les représentations, se voit instrumentalisée dans le cadre des crises sécuritaires traversées par le pays et révèle qu’une représentation de la nationalité séparant deux groupes sociaux (ceux nés Français et ceux devenus Français du fait de leur naissance en France) est aujourd’hui assumée publiquement, politiquement et administrativement. Elle interroge le rapport des gouvernements élus, des juridictions et des administrations à ceux que l’on nomme les enfants de la deuxième génération d’immigration ainsi que les usages politiques de l’attribution de la nationalité.

    Notes de bas de page

    1Voir Alain Bertho, De l’émeute à la démocratie, Paris, La Dispute, 2024 (notamment le chapitre intitulé « Le droit pénal de l’ennemi », p. 77-81).

    2Montassir Sakhi, La révolution et le djihad. Syrie, France, Belgique, Paris, La Découverte, 2023.

    3 Caroline Guibet Lafaye, « Dénoncer la radicalisation, reconstruire un ordre moral et politique », Implications philosophiques, 2017, avril/mai. ⟨hal-01516579⟩.

    4 François Hollande faisant le point sur son quinquennat et renonçant à une seconde candidature présidentielle le 1er décembre 2016 : « Je n’ai qu’un seul regret, c’est d’avoir proposé la déchéance de nationalité ». Voir « Renoncement de François Hollande : “Exprimer des regrets, c’est une vraie erreur politique” », France Info, 02/12/16, Consulté le 14 juin 2024. https://www.francetvinfo.fr/politique/francois-hollande/renoncement-de-francois-hollande-exprimer-des-regrets-c-est-une-vraie-erreur-politique_1949383.html

    5Onze décrets de déchéance sont prononcés en 2023 contre treize en quinze ans. L’année 2023 connaît également un grand nombre de notifications pour déchéance de la nationalité. Nous en avons comptabilisé une vingtaine dans le sillage de notre terrain, composé de Français revenus de Syrie.

    620 Minutes avec AFP, « Strasbourg : Un Franco-Marocain déchu de la nationalité française après un séjour en Syrie, 20 Minutes, 05/06/2024. Nous ajoutons deux déchéances prononcées entre-temps depuis les statistiques rapportées par AFP. Consulté le 06 juin 2024. https://www.20minutes.fr/societe/4094657-20240605-strasbourg-franco-marocain-dechu-nationalite-francaise-apres-sejour-syrie

    7Voir Jean Chichizola, « Déchéance de nationalité : les décrets en hausse », Le Figaro, 26/01/2024. Voir également Pascal Charrier, « Déchéance de nationalité : une procédure rarement mise en œuvre », La Croix, 04/01/2024.

    8Hannah Arendt note dans le deuxième tome de son livre Les origines du totalitarisme. L’impérialisme : « Avant la dernière guerre, seules les dictatures totalitaires ou semi-totalitaires avaient recours à l’arme de la dénaturalisation à l’égard de ceux qui étaient citoyens de naissance ; nous avons désormais atteint le stade où même les démocraties libres, comme les États-Unis, se mettent à envisager sérieusement de priver de leur citoyenneté ceux des natifs américains qui sont communistes. L’aspect sinistre de ces mesures est qu’elles sont envisagées en toute innocence », Hannah Arendt, Les origines du totalitarisme. L’impérialisme, Paris, Librairie Arthème Fayard, 1982, p. 256-257.

    9Le mot « déchéance » auquel recourt Arendt a souvent été traduit vers le français soit par dénationalisation, soit par dénaturalisation. La déchéance de la nationalité, chez Arendt, étant une pratique distinctive par excellence du totalitarisme mais qui demeure utilisée par les régimes démocratiques libéraux dans les temps d’exception (la guerre) comme dans les moments de désignation d’une population stigmatisée par le gouvernement. Arendt note dans le même texte : « On est presque tenté de mesurer le degré de maladie totalitaire d’après le niveau auquel les gouvernements concernés utilisent leur droit souverain de dénationalisation » (Hannah Arendt, Les origines du totalitarisme. L’impérialisme, op. cit., p. 255).

    10Pour un aperçu général sur les contenus de ces réformes, voir « Nationalité française et immigration : l’évolution du droit », Vie-publique.fr, https://www.vie-publique.fr/eclairage/20181-nationalite-francaise-et-immigration-levolution-du-droit, consulté le 13 juillet 2024.

    11Voir Décision n° 96-377 DC du 16 juillet 1996 : https://www.conseil-constitutionnel.fr/decision/1996/96377DC.htm, consulté le 13 juillet 2024.

    12Pour l’intégralité du discours de Grenoble, voir Sophie Gerrier, « Le discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy », Le Figaro, 27/03/2014 : https://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/2014/03/27/25001-20140327ARTFIG00084-le-discours-de-grenoble-de-nicolas-sarkozy.php, consulté le 13 juillet 2024.

    13L’article de la commission mixte paritaire propose la déchéance des personnes condamnées définitivement pour homicide volontaire sur une personne dépositaire de l’autorité publique.

    1420 Minutes avec AFP, « Immigration : la déchéance de nationalité adoptée à l’Assemblée », 30/09/2010, https://www.20minutes.fr/societe/603350-20100930-societe-immigration-decheance-nationalitee-adoptee-assemblee, consulté le 13 juillet 2024.

    15Franceinfo avec AFP, « Nicolas Sarkozy s’oppose à la déchéance de nationalité pour tous les Français », 06/01/2016, https://www.francetvinfo.fr/politique/debat-sur-la-decheance-de-nationalite/nicolas-sarkozy-s-oppose-a-la-decheance-de-nationalite-pour-tous-les-francais_1255447.html. Voir également le documentaire de Public Sénat, Déchéance de nationalité : L’impossible réforme ‒ Sénat en action, 19/04/2026, https://www.youtube.com/watch?app=desktop&v=Gg1ttQvgAZE&ab_channel=PublicS%C3%A9nat.

    16« Le troisième alinéa de l’article 34 de la Constitution est remplacé par deux alinéas ainsi rédigés : - la nationalité, y compris les conditions dans lesquelles une personne peut être déchue de la nationalité française ou des droits attachés à celle-ci lorsqu’elle est condamnée pour un crime ou un délit constituant une atteinte grave à la vie de la Nation » : https://www.assemblee-nationale.fr/14/ta/ta0678.asp.

    17« La nationalité, dont la déchéance, prononcée par décret pris sur avis conforme du Conseil d’État, ne peut concerner qu’une personne condamnée définitivement pour un crime constituant une atteinte grave à la vie de la nation et disposant d’une autre nationalité que la nationalité française ». Voir les modifications apportées par les membres du Sénat : https://www.senat.fr/petite-loi-ameli/2015-2016/395.html.

    18« Ainsi, si la déchéance de nationalité ne doit pas avoir pour résultat de rendre quelqu’un apatride, nous devons pouvoir déchoir de sa nationalité française un individu condamné pour une atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation ou un acte terroriste, même s’il est né Français – je dis bien même s’il est né Français –, dès lors qu’il possède une autre nationalité ». Pour une version intégrale du discours de F. Hollande : « Congrès du Parlement, XIVe législature, Session ordinaire de 2015-2016 – Compte rendu intégral », 16 novembre 2015 : https://www.assemblee-nationale.fr/14/cri/congres/20154001.asp#:~:text=Notre%20d%C3%A9mocratie%20a%20triomph%C3%A9%20d,la%20protection%20de%20nos%20concitoyens.

    19Présenté au nom de François Hollande, président de la République, par Manuel Valls, Premier ministre, et par Christiane Taubira, garde des Sceaux, ministre de la Justice, « Projet de loi constitutionnelle de protection de la Nation », 23 décembre 2015. https://www.assemblee-nationale.fr/14/projets/pl3381.asp#:~:text=En%20revanche%2C%20seules%20les%20infractions,la%20vie%20de%20la%20Nation.

    20Invité de Jean-Jacques Bourdin, déchéance de nationalité : Hollande et Valls « ont raison de défendre ce symbole » pour Macron, BFMTv et RMC, 10 janvier 2016, consulté le 11 juin 2016. https://www.youtube.com/watch?v=oQvZ6jdOqng

    21Voir la vidéo de la déclaration d’E. Macron dans l’article de Ann D., « Loi immigration : quand Emmanuel Macron dénonçait la déchéance de nationalité », Yahoo Actualité, 20 décembre 2023. Consulté le 11 juin 2024. https://fr.news.yahoo.com/loi-immigration-quand-emmanuel-macron-denoncait-decheance-nationalite-082504723.html?guccounter=1&guce_referrer=aHR0cHM6Ly93d3cuZ29vZ2xlLmNvbS8&guce_referrer_sig=AQAAAHoJJ0MeHlYgSjc1D7lltqki1h-C38ZLtoCHOkHIlB-ius5quHcWOMUmDzHyT1xtmDULu2BxsW1afXguYcf5tW5-26jb9u7zJT2qtr05ecwP-uUyc8yCNYJ7kt8cgyS21oOsrvMpFBXqPaG4PXgqWJNUCuiBpH-VJJRt-_9uwwJU

    22Voir notre entretien, réalisé en compagnie de l’activiste anticarcéral Max Fraisier-Roux, avec Karim Mohamed-Aggad dans le centre de rétention de Metz. Karim se considère comme étant apatride au moment de sa déchéance car ne détenant pas de papiers d’identité des pays d’origine de ses parents, l’Algérie et le Maroc : Montassir Sakhi & Max Fraisier-Roux, « Entretien avec Karim Mohamed Aggad, déchu de sa nationalité française et désormais apatride », Caige.NGO, 12 mars 2024, https://www.cage.ngo/articles/entretien-avec-karim-mohamed-aggad-dechu-de-sa-nationalite-francaise-et-desormais-apatride.

    23Entretien avec Ibrahim, Français déchu de la nationalité, avril 2024.

    24 Il est important de rappeler ici une distinction qui n’est pas prise en compte par le gouvernement appliquant la déchéance. Notre étude se concentre sur les personnes ayant rejoint les rangs de la révolution et le front de combat contre Bachar al-Assad, ce qui explique leur sortie de prison dès 2019 ou parfois même avant. Ces individus, condamnés pour terrorisme, se voient retirer la nationalité française et expulsés après validation de la déchéance par le Conseil d’État. À cette population s’ajoutent des personnes actuellement en cours de déchéance : certains condamnés sont informés du projet de déchéance par le ministère de l’Intérieur alors qu’ils sont encore incarcérés. Cette dernière catégorie, que nous n’avons pas pu rencontrer, se compose de personnes condamnées pour être parties en Syrie après juin 2014, principalement pour rejoindre l’État islamique.

    25 Sakhi Montassir, « Colonisation, immigration et frontiérisation : Perspectives contemporaines des gauches marocaines et tunisiennes », Rosa-Luxembourg Stiftung.org, Tunis, avril 2024. https://rosaluxna.org/fr/publications/colonisation-immigration-et-frontierisation-perspectives-contemporaines-des-gauches-marocaines-et-tunisiennes/

    26Conformément à la loi du 16 mars 1998 rétablissant le principe de l’acquisition de plein droit de la nationalité française : « Art. 21-11. - L’enfant mineur né en France de parents étrangers peut à partir de l’âge de seize ans réclamer la nationalité française par déclaration, dans les conditions prévues aux articles 26 et suivants si, au moment de sa déclaration, il a en France sa résidence et s’il a eu sa résidence habituelle en France pendant une période continue ou discontinue d’au moins cinq ans, depuis l’âge de onze ans. « Dans les mêmes conditions, la nationalité française peut être réclamée, au nom de l’enfant mineur né en France de parents étrangers, à partir de l’âge de treize ans et avec son consentement personnel, la condition de résidence habituelle en France devant alors être remplie à partir de l’âge de huit ans. »

    27Entretien avec Hatim, Français déchu de la nationalité, le 6/06/2024.

    28Jules Lepoutre, « L’impasse de la déchéance de la nationalité », Plein droit, vol. 117, n° 2, 2018, p. 20-23.

    29Montassir Sakhi, « Terrorisme et radicalisation. Une anthropologie de l’exception politique », Journal des anthropologues, vol. 154-155, n° 3-4, 2018, p. 161-181. ‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬

    30Pour mesurer ce basculement vers l’État vengeresse, voir : Didier Fassin, Punir, une passion contemporaine, Paris, Seuil, 2017 ; voir également Raphaël Kempf, Ennemis d’État. Les lois scélérates, des anarchistes aux terroristes, Paris, La Fabrique éditions, 2019.

    31Comme le souligne Jean Lepoutre, la déchéance de la nationalité comme sanction et indignité tire son origine de « la jeune et éphémère IIe République. Elle est inaugurée par le célèbre décret d’abolition de l’esclavage adopté en 1848 ». Dès lors, les citoyens étaient informés de la transformation profonde d’une valeur – l’abolition de l’esclavage dans ce contexte – et de la mise en place d’une sanction radicale pour sa réalisation. Ainsi « la nationalité n’est donc plus seulement un élément qui reflète objectivement les liens territoriaux entre un individu et un État, elle devient à cette époque un statut lié au respect par l’individu d’un certain ordre de valeurs promu par l’État ». Dans le cas de la plupart des personnes déchues – notamment les personnes parties en Syrie avant la fondation de l’EI et la commission des attentats de 2015 – nous sommes loin de cette conception où les valeurs sont clairement publicisées. Voir Lepoutre, Jules. « L’impasse de la déchéance de la nationalité », Plein droit, vol. 117, n° 2, 2018, p. 20-23.

    Auteur

    • Montassir Sakhi

      Chercheur invité à l’Université Mohammed VI – Institute for Advanced Studies (Maroc), membre associé au département d’anthropologie de la KU Leuven.

      Il a été chargé de recherche au sein du projet DIAT. Ses travaux portent sur les phénomènes du religieux, la violence politique, l’antiterrorisme et la répression des circulations migratoires. Ses terrains de recherche ethnographiques sont situés en Europe (France, Belgique), au Maghreb (Maroc, Tunisie) et au Moyen-Orient (Syrie, Irak, Turquie).

      Il a notamment publié :

      • Le djihad et la révolution. Syrie, France, Belgique, Paris, La Découverte, 2023.
      • « Ce que l’immigration fait aux immigrés. Esquisse d’une anthropologie des primo-arrivants de l’immigration choisie en France », Revue de l’Institut des belles-lettres arabes IBLA, 2023.
      • « Des familles pour la réintégration, Retour sur les départs des Français et des Belges vers la Syrie et l’Irak », Cahiers de la sécurité et de la justice, no 58, 2023.
      • « Terrorisme et radicalisation. Une anthropologie de l’exception politique », Journal des anthropologues, no 154-155 (violences et terreurs), 2018.
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    1Voir Alain Bertho, De l’émeute à la démocratie, Paris, La Dispute, 2024 (notamment le chapitre intitulé « Le droit pénal de l’ennemi », p. 77-81).

    2Montassir Sakhi, La révolution et le djihad. Syrie, France, Belgique, Paris, La Découverte, 2023.

    3 Caroline Guibet Lafaye, « Dénoncer la radicalisation, reconstruire un ordre moral et politique », Implications philosophiques, 2017, avril/mai. ⟨hal-01516579⟩.

    4 François Hollande faisant le point sur son quinquennat et renonçant à une seconde candidature présidentielle le 1er décembre 2016 : « Je n’ai qu’un seul regret, c’est d’avoir proposé la déchéance de nationalité ». Voir « Renoncement de François Hollande : “Exprimer des regrets, c’est une vraie erreur politique” », France Info, 02/12/16, Consulté le 14 juin 2024. https://www.francetvinfo.fr/politique/francois-hollande/renoncement-de-francois-hollande-exprimer-des-regrets-c-est-une-vraie-erreur-politique_1949383.html

    5Onze décrets de déchéance sont prononcés en 2023 contre treize en quinze ans. L’année 2023 connaît également un grand nombre de notifications pour déchéance de la nationalité. Nous en avons comptabilisé une vingtaine dans le sillage de notre terrain, composé de Français revenus de Syrie.

    620 Minutes avec AFP, « Strasbourg : Un Franco-Marocain déchu de la nationalité française après un séjour en Syrie, 20 Minutes, 05/06/2024. Nous ajoutons deux déchéances prononcées entre-temps depuis les statistiques rapportées par AFP. Consulté le 06 juin 2024. https://www.20minutes.fr/societe/4094657-20240605-strasbourg-franco-marocain-dechu-nationalite-francaise-apres-sejour-syrie

    7Voir Jean Chichizola, « Déchéance de nationalité : les décrets en hausse », Le Figaro, 26/01/2024. Voir également Pascal Charrier, « Déchéance de nationalité : une procédure rarement mise en œuvre », La Croix, 04/01/2024.

    8Hannah Arendt note dans le deuxième tome de son livre Les origines du totalitarisme. L’impérialisme : « Avant la dernière guerre, seules les dictatures totalitaires ou semi-totalitaires avaient recours à l’arme de la dénaturalisation à l’égard de ceux qui étaient citoyens de naissance ; nous avons désormais atteint le stade où même les démocraties libres, comme les États-Unis, se mettent à envisager sérieusement de priver de leur citoyenneté ceux des natifs américains qui sont communistes. L’aspect sinistre de ces mesures est qu’elles sont envisagées en toute innocence », Hannah Arendt, Les origines du totalitarisme. L’impérialisme, Paris, Librairie Arthème Fayard, 1982, p. 256-257.

    9Le mot « déchéance » auquel recourt Arendt a souvent été traduit vers le français soit par dénationalisation, soit par dénaturalisation. La déchéance de la nationalité, chez Arendt, étant une pratique distinctive par excellence du totalitarisme mais qui demeure utilisée par les régimes démocratiques libéraux dans les temps d’exception (la guerre) comme dans les moments de désignation d’une population stigmatisée par le gouvernement. Arendt note dans le même texte : « On est presque tenté de mesurer le degré de maladie totalitaire d’après le niveau auquel les gouvernements concernés utilisent leur droit souverain de dénationalisation » (Hannah Arendt, Les origines du totalitarisme. L’impérialisme, op. cit., p. 255).

    10Pour un aperçu général sur les contenus de ces réformes, voir « Nationalité française et immigration : l’évolution du droit », Vie-publique.fr, https://www.vie-publique.fr/eclairage/20181-nationalite-francaise-et-immigration-levolution-du-droit, consulté le 13 juillet 2024.

    11Voir Décision n° 96-377 DC du 16 juillet 1996 : https://www.conseil-constitutionnel.fr/decision/1996/96377DC.htm, consulté le 13 juillet 2024.

    12Pour l’intégralité du discours de Grenoble, voir Sophie Gerrier, « Le discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy », Le Figaro, 27/03/2014 : https://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/2014/03/27/25001-20140327ARTFIG00084-le-discours-de-grenoble-de-nicolas-sarkozy.php, consulté le 13 juillet 2024.

    13L’article de la commission mixte paritaire propose la déchéance des personnes condamnées définitivement pour homicide volontaire sur une personne dépositaire de l’autorité publique.

    1420 Minutes avec AFP, « Immigration : la déchéance de nationalité adoptée à l’Assemblée », 30/09/2010, https://www.20minutes.fr/societe/603350-20100930-societe-immigration-decheance-nationalitee-adoptee-assemblee, consulté le 13 juillet 2024.

    15Franceinfo avec AFP, « Nicolas Sarkozy s’oppose à la déchéance de nationalité pour tous les Français », 06/01/2016, https://www.francetvinfo.fr/politique/debat-sur-la-decheance-de-nationalite/nicolas-sarkozy-s-oppose-a-la-decheance-de-nationalite-pour-tous-les-francais_1255447.html. Voir également le documentaire de Public Sénat, Déchéance de nationalité : L’impossible réforme ‒ Sénat en action, 19/04/2026, https://www.youtube.com/watch?app=desktop&v=Gg1ttQvgAZE&ab_channel=PublicS%C3%A9nat.

    16« Le troisième alinéa de l’article 34 de la Constitution est remplacé par deux alinéas ainsi rédigés : - la nationalité, y compris les conditions dans lesquelles une personne peut être déchue de la nationalité française ou des droits attachés à celle-ci lorsqu’elle est condamnée pour un crime ou un délit constituant une atteinte grave à la vie de la Nation » : https://www.assemblee-nationale.fr/14/ta/ta0678.asp.

    17« La nationalité, dont la déchéance, prononcée par décret pris sur avis conforme du Conseil d’État, ne peut concerner qu’une personne condamnée définitivement pour un crime constituant une atteinte grave à la vie de la nation et disposant d’une autre nationalité que la nationalité française ». Voir les modifications apportées par les membres du Sénat : https://www.senat.fr/petite-loi-ameli/2015-2016/395.html.

    18« Ainsi, si la déchéance de nationalité ne doit pas avoir pour résultat de rendre quelqu’un apatride, nous devons pouvoir déchoir de sa nationalité française un individu condamné pour une atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation ou un acte terroriste, même s’il est né Français – je dis bien même s’il est né Français –, dès lors qu’il possède une autre nationalité ». Pour une version intégrale du discours de F. Hollande : « Congrès du Parlement, XIVe législature, Session ordinaire de 2015-2016 – Compte rendu intégral », 16 novembre 2015 : https://www.assemblee-nationale.fr/14/cri/congres/20154001.asp#:~:text=Notre%20d%C3%A9mocratie%20a%20triomph%C3%A9%20d,la%20protection%20de%20nos%20concitoyens.

    19Présenté au nom de François Hollande, président de la République, par Manuel Valls, Premier ministre, et par Christiane Taubira, garde des Sceaux, ministre de la Justice, « Projet de loi constitutionnelle de protection de la Nation », 23 décembre 2015. https://www.assemblee-nationale.fr/14/projets/pl3381.asp#:~:text=En%20revanche%2C%20seules%20les%20infractions,la%20vie%20de%20la%20Nation.

    20Invité de Jean-Jacques Bourdin, déchéance de nationalité : Hollande et Valls « ont raison de défendre ce symbole » pour Macron, BFMTv et RMC, 10 janvier 2016, consulté le 11 juin 2016. https://www.youtube.com/watch?v=oQvZ6jdOqng

    21Voir la vidéo de la déclaration d’E. Macron dans l’article de Ann D., « Loi immigration : quand Emmanuel Macron dénonçait la déchéance de nationalité », Yahoo Actualité, 20 décembre 2023. Consulté le 11 juin 2024. https://fr.news.yahoo.com/loi-immigration-quand-emmanuel-macron-denoncait-decheance-nationalite-082504723.html?guccounter=1&guce_referrer=aHR0cHM6Ly93d3cuZ29vZ2xlLmNvbS8&guce_referrer_sig=AQAAAHoJJ0MeHlYgSjc1D7lltqki1h-C38ZLtoCHOkHIlB-ius5quHcWOMUmDzHyT1xtmDULu2BxsW1afXguYcf5tW5-26jb9u7zJT2qtr05ecwP-uUyc8yCNYJ7kt8cgyS21oOsrvMpFBXqPaG4PXgqWJNUCuiBpH-VJJRt-_9uwwJU

    22Voir notre entretien, réalisé en compagnie de l’activiste anticarcéral Max Fraisier-Roux, avec Karim Mohamed-Aggad dans le centre de rétention de Metz. Karim se considère comme étant apatride au moment de sa déchéance car ne détenant pas de papiers d’identité des pays d’origine de ses parents, l’Algérie et le Maroc : Montassir Sakhi & Max Fraisier-Roux, « Entretien avec Karim Mohamed Aggad, déchu de sa nationalité française et désormais apatride », Caige.NGO, 12 mars 2024, https://www.cage.ngo/articles/entretien-avec-karim-mohamed-aggad-dechu-de-sa-nationalite-francaise-et-desormais-apatride.

    23Entretien avec Ibrahim, Français déchu de la nationalité, avril 2024.

    24 Il est important de rappeler ici une distinction qui n’est pas prise en compte par le gouvernement appliquant la déchéance. Notre étude se concentre sur les personnes ayant rejoint les rangs de la révolution et le front de combat contre Bachar al-Assad, ce qui explique leur sortie de prison dès 2019 ou parfois même avant. Ces individus, condamnés pour terrorisme, se voient retirer la nationalité française et expulsés après validation de la déchéance par le Conseil d’État. À cette population s’ajoutent des personnes actuellement en cours de déchéance : certains condamnés sont informés du projet de déchéance par le ministère de l’Intérieur alors qu’ils sont encore incarcérés. Cette dernière catégorie, que nous n’avons pas pu rencontrer, se compose de personnes condamnées pour être parties en Syrie après juin 2014, principalement pour rejoindre l’État islamique.

    25 Sakhi Montassir, « Colonisation, immigration et frontiérisation : Perspectives contemporaines des gauches marocaines et tunisiennes », Rosa-Luxembourg Stiftung.org, Tunis, avril 2024. https://rosaluxna.org/fr/publications/colonisation-immigration-et-frontierisation-perspectives-contemporaines-des-gauches-marocaines-et-tunisiennes/

    26Conformément à la loi du 16 mars 1998 rétablissant le principe de l’acquisition de plein droit de la nationalité française : « Art. 21-11. - L’enfant mineur né en France de parents étrangers peut à partir de l’âge de seize ans réclamer la nationalité française par déclaration, dans les conditions prévues aux articles 26 et suivants si, au moment de sa déclaration, il a en France sa résidence et s’il a eu sa résidence habituelle en France pendant une période continue ou discontinue d’au moins cinq ans, depuis l’âge de onze ans. « Dans les mêmes conditions, la nationalité française peut être réclamée, au nom de l’enfant mineur né en France de parents étrangers, à partir de l’âge de treize ans et avec son consentement personnel, la condition de résidence habituelle en France devant alors être remplie à partir de l’âge de huit ans. »

    27Entretien avec Hatim, Français déchu de la nationalité, le 6/06/2024.

    28Jules Lepoutre, « L’impasse de la déchéance de la nationalité », Plein droit, vol. 117, n° 2, 2018, p. 20-23.

    29Montassir Sakhi, « Terrorisme et radicalisation. Une anthropologie de l’exception politique », Journal des anthropologues, vol. 154-155, n° 3-4, 2018, p. 161-181. ‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬

    30Pour mesurer ce basculement vers l’État vengeresse, voir : Didier Fassin, Punir, une passion contemporaine, Paris, Seuil, 2017 ; voir également Raphaël Kempf, Ennemis d’État. Les lois scélérates, des anarchistes aux terroristes, Paris, La Fabrique éditions, 2019.

    31Comme le souligne Jean Lepoutre, la déchéance de la nationalité comme sanction et indignité tire son origine de « la jeune et éphémère IIe République. Elle est inaugurée par le célèbre décret d’abolition de l’esclavage adopté en 1848 ». Dès lors, les citoyens étaient informés de la transformation profonde d’une valeur – l’abolition de l’esclavage dans ce contexte – et de la mise en place d’une sanction radicale pour sa réalisation. Ainsi « la nationalité n’est donc plus seulement un élément qui reflète objectivement les liens territoriaux entre un individu et un État, elle devient à cette époque un statut lié au respect par l’individu d’un certain ordre de valeurs promu par l’État ». Dans le cas de la plupart des personnes déchues – notamment les personnes parties en Syrie avant la fondation de l’EI et la commission des attentats de 2015 – nous sommes loin de cette conception où les valeurs sont clairement publicisées. Voir Lepoutre, Jules. « L’impasse de la déchéance de la nationalité », Plein droit, vol. 117, n° 2, 2018, p. 20-23.

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    Sakhi, M. (2025). Déchéance de la nationalité française : radicalisation des discours officiels et des pratiques institutionnelles antiterroristes. In C. Guibet Lafaye, A. Frénod, & P. Cazalbou (éds.), L’antiterrorisme français face aux attentats du xxie siècle. Toulouse: Presses de l’Université Toulouse Capitole. https://doi.org/10.4000/15jak
    Sakhi, Montassir. « Déchéance de la nationalité française : radicalisation des discours officiels et des pratiques institutionnelles antiterroristes ». In L’antiterrorisme français face aux attentats du xxie siècle, édité par Caroline Guibet Lafaye, Alexandra Frénod, et Paul Cazalbou. Toulouse: Presses de l’Université Toulouse Capitole, 2025. doi:10.4000/15jak.
    Sakhi, Montassir. « Déchéance de la nationalité française : radicalisation des discours officiels et des pratiques institutionnelles antiterroristes ». L’antiterrorisme français face aux attentats du xxie siècle, édité par Caroline Guibet Lafaye et al., Presses de l’Université Toulouse Capitole, 2025, https://doi.org/10.4000/15jak.

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    Guibet Lafaye, C., Frénod, A., & Cazalbou, P. (éds.). (2025). L’antiterrorisme français face aux attentats du xxie siècle. Toulouse: Presses de l’Université Toulouse Capitole. https://doi.org/10.4000/15jax
    Guibet Lafaye, Caroline, Alexandra Frénod, et Paul Cazalbou, éd. L’antiterrorisme français face aux attentats du xxie siècle. Toulouse: Presses de l’Université Toulouse Capitole, 2025. doi:10.4000/15jax.
    Guibet Lafaye, Caroline, et al., éditeurs. L’antiterrorisme français face aux attentats du xxie siècle. Presses de l’Université Toulouse Capitole, 2025, https://doi.org/10.4000/15jax.
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