Propos de fin de rencontres
p. 161-165
Texte intégral
1Le temps imparti au(x) jeu(x) et aux échanges était arrivé à son terme, il ne s’agissait pas de tenter de « refaire le match » ni de prétendre conclure ou de synthétiser (le risque ne fut pas accepté), mais de remercier et de louer l’esprit sportif qui régna parmi les « joueurs » et les spectateurs.
2Ces quelques lignes s’efforcent de retranscrire le ressenti et la perception de ces tiers temps, en avouant qu’à l’aube de ces différentes séances, pour l’auteur une certaine trame en filigrane du déroulé envisagé commençait à se dessiner : « la querelle des anciens et des modernes ou des classiques et des modernes ».
3Cette summa divisio pouvait certainement expliquer les thématiques sportives et des activités physiques et sportives1 au cœur de ce colloque.
D’où le réconfort voire la certitude – subjectivisme oblige – à l’écoute de certaines contributions de la matérialité ou de la consistance du fil d’Ariane trouvé pour relater cette manifestation scientifique.
4MM. Stéphane Rapha et Vincent Charlot explicitaient les figures du dirigeant « des gros par-dessus au troisième sociotype le président entrepreneur » dont on ne sait, s’il est plus entrepreneur que président.
Querelle des anciens et des modernes voire des post-modernes qui ressortait au travers des logiques de « marketer » les spectateurs et les supporters évoquées par M. Florian Escoubes.
Querelle à retrouver dans la gouvernance du sport dont M. Patrick Bayeux expliqua les trois temps et rappela que la nouvelle, issue des textes de 2019 avec l’Agence Nationale du sport ‒ ANS ‒, ne satisfaisait pas à une ventilation idoine entre l’État, les entités locales et les entreprises privées.
Entités locales fortement impliquées dans la pratique sportive qu’elle soit grand public ou sport de haut niveau tel que l’exposa et en témoigna M. Joseph Carles maire de Blagnac.
Querelle des anciens et des modernes qui paraissait partiellement ressurgir par et dans la confrontation des modèles et les présentations respectives de M. Jérémie Bastien et du Professeur Didier Blanc.
5Pourtant des nuances effleurèrent. Ainsi Mme Frédérique de la Morena, tout en insistant sur l’importance de la neutralité en tant que valeur de l’idéal du sport et ce depuis son origine moderne voire antique – trêve olympique –, expliqua qu’elle était très critiquée et la règle de l’article 50.2 de la charte olympique faisait l’objet à défaut de querelle à tout le moins de débats.
La construction intellectuelle envisagée fut balayée, mais n’était-ce pas ce qui était attendu de ce type de manifestation scientifique que de faire vaciller les certitudes, par quelques interventions. Du clan des anciens et des modernes, un tiers émergeait, « les révolutionnaires » et anti-manichéistes, les « défaiseurs de système ».
M. Aboubakar Diakité exposa les ambivalences de la lutte antidopage et l’évocation de la santé publique qui ne s’avérait pas en la matière l’alpha et l’omega.
Quant au fair-play, M. Romain Bouniol évoqua les racines et fondements, des temps de la chevalerie et de « l’esprit chevaleresque » (sic), de ce qui constitue en matière sportive un certain état d’esprit saisi – spécificité du cadre sportif – par une norme. Aujourd’hui où l’enjeu prend parfois le pas sur le jeu, qu’en est-il de ce principe fondamental de la lex sportiva ?
6Il perdure depuis l’époque du serment olympique des jeux d’Anvers et se retrouve dans les règlementations contemporaines de certaines disciplines –interdiction des coups bas, prohibition des tacles par derrière… – ou dans les valeurs de certains sports (notamment le rugby) réprimant le comportement déloyal du sportif.
« Loyauté », « fair-play », si le sport dispose de stigmates, il constitue également un fait sociétal, le reflet de la Cité dont parfois il illustre les travers.
Le Professeur Frank Latty expliqua que le sport n’échappait pas aux déviances de tous ordres (dopage, corruption, homophobie, violences…) des comités d’éthique ont été institués notamment « afin d’aider à contenir ces phénomènes contraires aux valeurs du sport ». Il montra que malheureusement le sport connaissait notamment en France la superposition des structures dont toutes n’étaient pas efficientes et que « le bilan des comités d’éthique est assez inégal selon les fédérations » (sic).
La querelle, d’aucuns diraient l’affrontement, des anciens et des modernes porte notamment sur les valeurs du sport et la perte de certaines, mais lesquelles préserver ? À cet égard, l’éthique relève de quelle sphère ? Ces interrogations prennent un sens particulier en des temps où les individus, les pratiquants sont de plus en plus procéduriers et a minima des justiciables, comme l’expliquèrent certains intervenants sur les enjeux de la responsabilité et des dommages2. Ils n’oublient pas de convoquer des acteurs supra nationaux, Fédérations sportives internationales, Comités Internationaux pour plaider leur cause ; ONG dont M. Saïd Hamdouni exposa le rôle majeur.
Le sport évolue. Pour autant était-ce mieux avant ?
N’en déplaise à ceux qui s’érigent en gardiens du temple, c’est loin d’être certain ! À tout le moins des réserves s’imposaient à l’issue de la table ronde sur l’environnement3 qui donna l’occasion à des universitaires et des représentants d’association d’échanger sur un volet ô combien fondamental !
À défaut de prendre parti quant à la nécessité de forger cette exceptio sportiva, il semblait à écouter les intervenants que les paradigmes devaient être révolutionnés.
Révolutionner par nécessité, la mondialisation du sport, des acteurs de et hors terrain, l’émergence d’enjeux économiques interpellent.
Révolution des paradigmes car s’il n’existait pas comme l’a indiqué le Professeur Didier Blanc de modèle sportif européen, ne faut-il pas l’inventer ? M. Olivier Blin invitait à attendre l’arrêt de la CJUE sur la superleague ; attente de courte durée dont les commentateurs et annotateurs diront, mais la solution peut-elle se réduire à la rhétorique sportive, s’il faut y voir une victoire, une défaite et qui ranger dans les divers camps.
Révolutionner ou du moins s’adapter face d’une part, aux nouvelles pratiques notamment dans la ville qui devient un vaste espace sportif (M. Joseph Carles) d’autre part, aux nouvelles attitudes des sportifs et des structures dont M. Matthieu Llorca fit une illustration à travers l’enjeu des cryptoactifs.
Révolution, adaptation car le numérique, le 3.0 touchent certaines valeurs du sport et relancent la problématique des addictions en ce domaine. M. Jérôme Ferret évoquait « les drogués du jogging », « les ultras » et pointait que l’addiction est au cœur de la pratique et de certaines conduites sportives. Dans ce registre, les paris sportifs, jeux d’argent et de hasard comme d’autres, peuvent en provoquer et interrogent sur le bon déroulement des rencontres. Tout en expliquant la régulation dont ils faisaient l’objet, M. Jean-Baptiste Vila identifia diverses limites endogènes et exogènes.
Révolution de l’environnement sociologique :
D’une part en portant une attention sur les « acteurs périphériques » en régulant notamment les agents dont le ou les visages de ceux parfois dénommés « le monsieur 10 % » furent présentés par M. David Gantschnig. Cette communication couplée à celle de Maître Arnaud Malik sur la relation sportif/ avocat clarifiaient la possible confusion des rôles.
D’autre part, en prenant en compte, quitte à les fondre les publics, tous les publics. Ainsi de l’exposé de Mme Mélie Fraysse aux participants des deux tables rondes4, tous soulignèrent que ces acteurs avant de constituer un enjeu – « avantage physique indu, police du genre » – étaient empiriquement en jeu et devaient donc en réexaminant certains paramètres (par exemple contrôle anti-dopage – contrôle de genre) être pris en considération. À cet égard, les interventions de M. Alain Gabrieli et M. Maxime Valet invitèrent et incitèrent à la réflexion et à l’approfondissement de cette incontestable réalité.
Révolutionner en réfléchissant normativement et jurisprudentiellement car si le sport comme le souligna le docteur Fabien Pillard s’avérait bon pour la santé, des débats voire des polémiques plus ou moins récents montrèrent et démontrèrent que l’état du droit est perfectible. Des blessures de certains sportifs professionnels aux accidents mettant en jeu la responsabilité (les évolutions quant à la théorie de l’acceptation des risques n’ont pas tout résolu) des instances sportives, il y avait beaucoup à dire, et à écrire. Tout en améliorant le régime de la protection des victimes, il convient également de permettre aux instances fédérales, notamment les moins riches, d’assumer leur mission a fortiori de service public auprès du grand public.
Les défis sont nombreux.
7S’interrogeant sur la gouvernance du sport et une possible transformation M. Patrick Bayeux employa les qualificatifs de réalisme et de pessimisme.
Sur la marchandisation des valeurs du sport, M. Vincent Charlot expliqua que certaines instances et disciplines, notamment le rugby, parvenaient à commercialiser certaines valeurs sans vendre pour l’heure leur âme. Exception, exemple à suivre, les travaux à venir le diront.
Le temps additionnel ou effectif était écoulé, les organisateurs tenaient à remercier les intervenants, l’auditoire et « les préparateurs, intendants, responsable vidéo… », tous ceux qui entourent une équipe ; travail collectif auquel cette manifestation et cet ouvrage ne font pas exception.
Notes de bas de page
1Cette dernière distinction pouvant elle-même reprendre cette querelle.
2Table ronde : Sport et dommages corporels
Céline MANGEMATIN, Professeur Université Toulouse Capitole
Didier KRAJESKI, Professeur Université Toulouse Capitole
Jérôme FERRET, Maître de conférences ‒ HDR, Université Toulouse Capitole
Alain RENAUD, ancien DTN et DG adjoints au sein de la FFME
3Table ronde : Sport et environnement
Carlos Manel ALVES, Maître de conférences, Université de Bordeaux
Marie-Pierre BLIN-FRANCHOMME, Maître de conférences ‒ HDR, Université Toulouse-Capitole
Morgane THOMAS, Co-fondatrice de l’association HexEco
4Le sport féminin,
Léa DURAND, Directrice de la Maison des sports au féminin ;
Sophie RAFFY, Présidente du Toulouse Université Club (TUC) ;
Rémi CHAMBELIN, Président du Toulouse Féminin handball,
Mélie FRAYSSE, Maîtresse de conférences, Université Toulouse 3 - Paul Sabatier, Cresco
Le handisport,
Alain GABRIELI, Conseiller départemental de Haute-Garonne,
Maxime VALET, Capitaine de l’équipe de France d’escrime paralympique
Auteur
-
Didier Guignard
Professeur en droit public, Université Toulouse Capitole (IDETCOM‒ EA 785)
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