De la Curia à l’Évêque : traces matérielles du changement de pouvoir dans l’urbanisme des villes grecques du IVe au VIIe s. de notre ère
p. 13-27
Texte intégral
I. Introduction
1L’espace urbain, composante essentielle de la notion générale de l’espace à partir du moment où les premières agglomérations ont vu le jour, est soumis à des facteurs internes et externes et à des pouvoirs plus ou moins apparents qui interviennent dans sa formation et sa transformation ; cet espace n’est pas homogène, il se constitue d’entités différentes qui sont incluses les unes dans les autres, qui se superposent ou même qui s’opposent comme par exemple l’espace sacré, l’espace public, l’espace privé etc1.
2Avant de se concentrer sur l’espace urbain des villes grecques pendant la période protobyzantine, c’est-à-dire entre le ive et le viie siècle de notre ère, qui nous intéresse ici, et les pouvoirs qui sont à l’origine de ses mutations, il est important de se situer dans le cadre, d’examiner tout d’abord l’organisation spatiale du territoire byzantin dans les premiers siècles de l’empire, qui n’est guère différente de celle de l’époque romaine impériale.
3Dans cet immense espace territorial, de grandes artères de communication terrestre sillonnent l’empire, dont la plus importante pour la région qui nous intéresse est la Via Egnatia. Les villes qui ont été créées sur ces artères ou au bord de la mer continuent en général leur vie jusqu’aux premières décennies du viie s.2, sous la forme qu’elles avaient adoptée depuis l’époque romaine ; certaines subsistent même au-delà de ce siècle tumultueux. Dès le ive s., mais surtout pendant le vie s., l’insécurité permanente oblige le pouvoir central à renforcer leur défense par d’importantes fortifications. Ces murailles protègent non seulement le tissu urbain proprement dit, mais aussi une zone indispensable pour la survie en cas de siège : Constantinople en constitue l’exemple le plus connu, puisqu’elle est munie d’une zone-tampon occupée par des potagers et des citernes entre l’espace bâti et les fortifications, en gros entre la muraille de Constantin et celle de Théodose II. À part les murs d’enceinte des métropoles et des petites villes, d’autres constructions défensives sont parsemées dans la campagne comme par exemple des tours de garde solitaires et des petits forts ou même des aqueducs qui, en bloquant le passage entre deux montagnes, servent aussi de murs de défense. Ces fortifications successives forment un réseau de défense très dense et très efficace qui, à la manière d’un jeu d’échecs, a comme but final la protection de la « reine des villes » (basilis ton poleon) c’est-à-dire, Constantinople.
II. Problèmes méthodologiques
4Je dois dès à présent préciser que l’étude des transformations spatiales à l’intérieur de ces villes rencontre énormément de difficultés liées à des facteurs très divers.
5Tout d’abord, les restes architecturaux sont très fragmentaires et dispersés, enclavés dans un tissu urbain moderne et contemporain parfois très dense. Ensuite, provenant principalement de fouilles de sauvetage dont, même les mieux organisées, ne prévoient le plus souvent pas d’étude détaillée des découvertes architecturales, celles-ci ne font l’objet que de brefs rapports de fouilles. Ce sont ces rapports-là que le chercheur doit essayer d’associer pour arriver à une image de synthèse, sans avoir le plus souvent la possibilité d’accéder aux restes architecturaux, la plupart ayant été recouverts après leur mise au jour. Quant au mobilier archéologique sorti de ces fouilles, des décennies après sa découverte, celui-ci périt dans les réserves des musées sans être étudié3. Ce qui manque surtout ce sont les études d’ensemble ; à quelques exceptions près, il existe un nombre relativement réduit de monographies sur ces villes ou des articles très dispersés, souvent publiés plusieurs années après les fouilles4.
6Un autre problème méthodologique majeur est la difficulté de se prononcer sur des questions comme l’élargissement ou le rétrécissement du tissu urbain, quand on manque de données stratigraphiques précises pour chaque partie des villes et pour chaque phase de leur développement urbain ; il est d’ailleurs encore plus périlleux de tenter de chiffrer les fluctuations démographiques, surtout des villes de petite ou de moyenne taille, pour lesquelles les sources écrites sont plus que rares ; enfin, les tracés des murailles, autrefois considérés comme seul indicateur sûr des changements dans la superficie de l’espace réellement occupé des villes, s’avèrent un facteur peu crédible : les fouilles récentes prouvent que, très souvent, leur tracé à l’époque protobyzantine ne correspond qu’à la seule volonté de protéger hâtivement le centre administratif et cultuel et n’a rien à voir avec la superficie réelle de la ville. C’est le cas par exemple de la muraille tardoromaine d’Athènes5 construite autour du centre administratif et cultuel après le sac des Hérules, et dont les constructeurs avaient également pris soin de protéger les citernes situées sur le versant sud de l’Acropole ; plus récemment, la découverte inattendue d’une muraille protobyzantine au nord-ouest de Delphes, à une certaine distance de ce qui est considéré comme le centre de la ville protobyzantine, montre que cette fortification pourrait avoir été édifiée pour protéger un quartier d’excellence, peut-être résidence de l’évêque ou de notables locaux6.
III. Caractéristiques et appropriation de l’espace urbain
7En ce qui concerne les villes elles-mêmes, et en particulier celles de la péninsule grecque et des îles de la Mer Égée, indépendamment de leur superficie qui est, admettons-le, la plupart du temps très difficile à cerner avec certitude, elles ont comme principales caractéristiques jusqu’au Ve, voire le début du VIe s., un plan plus ou moins régulier, là où le relief le permettait, avec des decumani et des cardines qui se croisent, des espaces clairement définis entre privé et public, des bâtiments cultuels situés au centre de la ville7 et des maisons cantonnées à la périphérie de ce centre, organisées très souvent en îlots8.
A. Les maisons
8Ces maisons9, construites entre le IVe et le VIe s., suivent un plan hérité des périodes précédentes, hellénistique et romaine, avec un ou plusieurs triclinia, des pièces de fonctions multiples qui s’organisent en général autour de cours centrales, très souvent des thermes et même des nymphées. Une riche décoration interne reflétait le niveau financier et parfois aussi intellectuel des propriétaires10.
9C’est exactement la construction et les agrandissements progressifs de ces maisons qui nous aident à reconnaître, dans les tentatives d’appropriation de l’espace public, le reflet du changement de pouvoir au sein des villes. Ces tentatives sont détectées à partir du Ve siècle et sûrement au VIe siècle et concernent soit la récupération d’un bâtiment ou d’un espace ouvert, autrefois utilisé à des fins publiques, soit la construction ou l’extension d’une propriété privée sur la voie publique.
10À Delphes par exemple, une restructuration de l’espace urbain à partir du ive siècle dans le cadre d’un programme édilitaire centralisé, permet un nouveau développement de l’espace privé, et plus précisément de l’habitat, qui se développe à partir du Ve siècle sur des parties autrefois réservées à l’espace public et même cultuel. Deux luxueuses maisons privées ont été découvertes dans l’enceinte de l’ancien sanctuaire d’Apollon : la « maison A »11, installée dans le monument antique appelé Niche de Cratéros et autour de celui-ci, et la « maison B »12 construite à l’est de la Lesché des Cnidiens ; une autre, la « maison H »13, a été construite immédiatement à l’ouest du mur d’enceinte, à l’emplacement du Portique des Étoliens ou Portique Ouest. Dans ces trois cas, nous sommes devant l’appropriation de l’espace de monuments anciens tombés en désuétude, mais aussi devant l’empiètement de voies publiques, dont une contournait autrefois le temple et l’autre aboutissait à l’une des entrées du sanctuaire, juste au niveau du temple d’Apollon14. Pareille constatation à l’autre bout de la ville, à l’est, où un mur dont la construction remonte à l’époque romaine ou protobyzantine, a interrompu, encore une fois, le tracé d’une rue ancienne15.
11Dans une autre ville, insulaire cette-fois-ci, les empiètements sur la voie publique sont tout aussi flagrants : à Thasos, au Nord de l’Égée, la construction d’une vaste demeure privée au début du Ve siècle empiète à divers endroits sur la voirie établie depuis l’Antiquité. La maison « DOM5 »16, dès la première phase de sa construction, coupe la rue qui longe sa partie est à cause de l’emplacement de son triclinium rectangulaire, en saillie sur les autres pièces (Fig. 1) ; l’ajout postérieur d’une vaste abside à ce triclinium condamne pratiquement le passage à ce niveau. L’élargissement de la pièce d’angle de l’aile nord de la maison rétrécit également une autre rue qui longeait la maison du côté ouest. Enfin, la construction des bains privés de la demeure se fait aux dépens d’une autre rue et d’une ancienne place publique.
Figure 1 – Thasos, Le triclinium de la maison « DOM5 », Réalisation 3d Thomas Nicq.

12Plusieurs autres exemples de violation de l’espace public par des constructions privées pourraient être cités provenant de villes ayant des profils différents (villes portuaires, villes à l’intérieur des terres, villes montagnardes). Tous manifestent une indifférence vis-à-vis de l’espace public, protégé toutefois, au moins officiellement, par la législation17. Les cas très clairs de maisons empiétant sur la voie publique cités plus haut nous obligent à réfléchir tout d’abord sur l’application réelle d’une législation visant officiellement à la préservation de l’espace public. Cette législation semble être appliquée uniquement à Constantinople et peut-être dans les plus grandes villes, mais il est fort probable qu’elle soit délibérément ignorée en province.
B. Les églises
13Ces constructions, que l’on pourrait appeler « arbitraires » dans le sens actuel du terme, ne pourraient être réalisées et maintenues, si le curator civitatis (patèr tès poleos) ou plus généralement le pouvoir local de ces villes, la Curia, avait la force d’imposer l’application des lois et la protection de l’espace public. Les membres de la riche élite urbaine qui, dans le temps, dominaient les affaires de la cité et remplissaient leurs importantes charges avec bienveillance envers la ville, semblent avoir perdu le contrôle sur ces affaires ou tout simplement leur intérêt.
14Cette insuffisance ou indifférence des curiales locales à protéger les intérêts de la ville va de pair à mon avis avec l’apparition d’un nouveau pouvoir qui semble venir combler ce vide et en même temps s’approprier l’espace public sans aucune réserve.
15À la liste des cas d’appropriation, pour ne pas dire d’usurpation de l’espace public, on peut ajouter les constructions cultuelles de la religion chrétienne dont l’apparition dans le paysage urbain se place au IVe s., pour se multiplier surtout à partir du Ve s.
16Dans les deux villes mentionnées plus haut, Delphes et Thasos, l’existence d’un évêché est assurée par les sources écrites (notitiae episcopatuum) et les témoignages épigraphiques18. Dans ces deux villes, l’Église, pour construire des basiliques chrétiennes, s’approprie assez tôt des terrains qui ne sont pas reliés à l’ancienne religion, mais qui sont très fréquentés par la population. Il s’agit d’espaces très intelligemment choisis pour attirer des nouveaux fidèles, en contact avec le cœur de la cité, comme par exemple la grande place publique désignée comme Agora à Thasos19 et le Foros (ou Agora Romaine) à Delphes20 : les deux basiliques sont construites au contact de ces deux ensembles monumentaux dont au moins un, celui de Delphes, continuait à fonctionner.
17La période entre le IVe siècle et le VIe s., constitue en effet une longue phase de changements progressifs dans le paysage urbain ; les bâtiments publics anciens (gymnases, palestres, et même des bains) sont progressivement abandonnés et les anciens lieux d’expression politique désertés (autre preuve de l’indifférence ou de l’inexistence d’un pouvoir local laïque) ; les bâtiments cultuels des anciennes religions sont également abandonnés faute de fidèles qui, avec leur contribution aideraient à leur conservation ; les ruines sont systématiquement collectées ; des professionnels et des particuliers s’installent dans les espaces libérés ; des bâtiments nouveaux à caractère chrétien apparaissent et remplacent des sanctuaires païens ou autres bâtiments publics ; ces constructions provoquent des changements radicaux dans la circulation. Il s’agit là d’une série de phénomènes à longue durée qui ont commencé au courant du IVe siècle et arrivent à un point de maturité au VIe siècle et plus précisément pendant la période de Justinien21.
18Bien sûr, quand c’est l’Église qui s’approprie un espace public, nous ne sommes pas devant le même phénomène de violation de l’espace public par le privé, puisqu’on la considère comme une collectivité représentant une masse importante et, à partir du VIe siècle, presque la totalité de la population d’une ville. Mais à partir de cette période, et à cause du manque d’intérêt par le pouvoir local séculier dont il a été question plus haut, l’évêque et sa cour interviennent désormais drastiquement dans l’ensemble de l’espace de la ville.
19C’est ainsi que nous constatons par exemple à partir du Ve siècle la construction de lieux de culte chrétiens à l’emplacement de bâtiments publics tombés en désuétude, comme le soi-disant « atelier de Phidias » à Olympie22, lieu de sacrifices par la suite, devenu une basilique à trois nefs au milieu du Ve s., ou sur des thermes publics dont l’exemple le plus connu reste la fondation du centre de pèlerinage de Saint Démétrius à Thessalonique sur des thermes dont le puits a continué à alimenter la fontaine d’eau bénite (et ultérieurement de myron)23.
20La construction d’églises chrétiennes sur l’emplacement exact des temples païens n’est certainement pas une règle en Grèce24 ; il a même été soutenu, à forte raison je pense, que les chrétiens fuyaient les temples habités toujours par les démons de l’ancienne religion25. Ce qui n’a pas empêché bien sûr l’usage très généralisé de leurs matériaux de construction, comme de n’importe quel bâtiment ancien, surtout s’ils étaient de bonne qualité.
21À Athènes26, la première appropriation d’un lieu de culte païen fut celle du sanctuaire d’Asclépios, à la fin du Ve siècle ou au début du VIe s.27, la seule ancienne construction démantelée fut le petit temple d’Asclépios, le reste des bâtiments a été ingénieusement adapté à un plan de basilique chrétienne à trois nefs.
22Des édifices mieux conservés, construits en marbre ou en calcaire de bonne qualité, comme le Parthénon et l’Héphaisteion, et dont le plan s’offrait à une nouvelle fonction cultuelle, ont été convertis en églises, dans un souci constant d’économie de moyens et de matériaux28 ; ceci a été fait sans grands changements, avec l’ajout d’une abside tout en respectant en grande partie leur décor sculpté29, ce qui ne cesse de nous étonner. Si le Parthénon et l’Acropole en général devaient rester un lieu de culte fortement marqué dans l’imaginaire collectif et toujours central de point de vue urbanistique, l’Héphaisteion se trouvait à l’époque de sa transformation (peut-être le début du viie siècle) dans un endroit éloigné du centre-ville, aux abords de l’ancienne agora, elle aussi transformée en un vaste espace, muni d’installations artisanales et de moulins à eau. Le Tétraconque de la Bibliothèque d’Hadrien (Fig. 2) était en revanche situé, comme les basiliques à Thasos et à Delphes, à proximité immédiate de l’endroit où battait le cœur de la ville romaine et protobyzantine, c’est-à-dire à côté de l’Agora Romaine et dans l’enceinte de la Bibliothèque d’Hadrien. Malgré l’image imposée par une part de la bibliographie qui l’associe à l’impératrice Athénaïs-Eudocie30 et veut voir en lui la première manifestation édilitaire chrétienne de la ville, avec un mélange de romantisme et d’interprétation erronée de tout bâtiment à abside comme une église, le Tetraconque était à l’origine très probablement d’usage séculier, sans doute un bouleutérion31. Sa conversion en basilique chrétienne à trois nefs, munie de trois conques au viie siècle32, à la suite d’un incendie, constitue une nette expression du pouvoir de l’évêque local, une « manipulation du paysage urbain » comme le décrit Jacobs33 : il s’est vite approprié l’emplacement central d’un bâtiment séculier, bien situé pour propager ses idées et proclamer sa supériorité vis-à-vis des autres. L’évêque était d’ailleurs le seul à l’époque à disposer des fonds nécessaires pour une telle construction. Les notables locaux avaient abandonné, déjà depuis le ive siècle, l’intention de financer de gros projets de construction, soucieux de combler les lacunes qui pourraient apparaître dans le système de taxation de la ville dont ils étaient responsables ; ils se portaient de moins en moins volontaires pour entreprendre de telles bienveillances34.
23Si les basiliques édifiées sur des anciens thermes constituent un phénomène courant, c’est Philippes qui nous offre une éloquente combinaison des deux cas, c’est-à-dire de l’appropriation aussi bien d’espaces cultuels que profanes : la « basilique A », datée du ve s., est érigée au nord du forum, sur un plateau autrefois occupé par les temples païens35 ; quant à la « basilique B », plus tardive et datée du vie s., elle prend la place d’une partie de la palestre de la ville et d’un marché36, laissant intactes les latrines publiques. Toujours dans la même ville, Philippes, la construction du complexe de l’Octogone, comprenant non seulement l’église et ses dépendances liturgiques, mais aussi un xenodocheion37 condamne une série de rues parallèles immédiatement à l’est de l’ancien forum de la ville romaine, transformant complètement la circulation dans cette partie très centrale de la ville et imposant un nouveau découpage de l’espace.
Figure 2 – Athènes, Le Tétraconque de la Bibliothèque d’Hadrien, Intérieur. Reconstruction photoréaliste Dimitris Tsalkanis, Chrysanthos Kanellopoulos, 2022.

24Nous sommes donc ici devant une double « usurpation », telle que je l’ai définie plus haut : un empiètement sur ou plutôt une condamnation des espaces de circulation publique (les voies à l’est du forum) et en même temps une récupération de bâtiments anciens de caractère public (les temples païens, la palestre et le marché).
IV. Conclusions
25L’Église redessine donc le paysage urbain de Philippes et des autres villes, dans toutes leurs composantes. Les villes acquièrent une nouvelle physionomie tant sur le plan topographique et le réseau viaire qu’au niveau du changement des volumes : des basiliques ou des églises à plan central hautes s’imposent désormais comme les nouveaux repères, les landmarks d’une ville et nous constatons une multiplication des coupoles qui remplacent les toits à double pente des anciens bâtiments et l’apparition de bâtiments de culte de taille et de hauteur plus importantes qu’auparavant.
26Il ne faut pas oublier que ces bâtiments et leurs dépendances étaient souvent associés à une source de revenus importante : un centre de pèlerinage par exemple, comme, pour utiliser un cas précis venant des villes que nous avons examinées, celui de Saint Paul à Philippes ayant l’Octogone comme sanctuaire principal.
27Que signifie tout cela pour le pouvoir de l’évêque ? Si on l’associe d’abord à son pouvoir économique incontestable, attesté par les textes et par les restes de complexes reconnus (à tort ou à raison) comme episkopeia, des complexes munis des zones de stockage de biens agricoles et d’installations analogues, et ensuite à son rôle comme superviseur ou commanditaire de projets de grande envergure, non ecclésiastiques, comme la construction et la maintenance des fortifications de la ville38, cela signifie que l’évêque est progressivement devenu le maître incontestable des villes de province grecques et restera ainsi. Nuancé dans les siècles qui vont suivre, et selon les cas, par la présence d’une nouvelle caste d’aristocratie militaire à cause de la nouvelle division administrative de l’empire, son immense pouvoir ne pourra être comparé aux périodes ultérieures qu’à celui d’un autre pôle ecclésiastique, les monastères.
Bibliographie
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Format
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Notes de bas de page
1 Pour les rapports entre « espace privé » et « espace public » en Grèce protobyzantine voir plus en détail P. Petridis, « Espace public, espace privé en Grèce protobyzantine », Mondes Méditerranéens : perceptions et transformations de l’espace, C. Bobas, A. Muller, P. Petridis (eds.), Bruxelles, Peter Lang, 2022, p. 61-73.
2 P. Petridis, « Παρατηρήσεις στις πόλεις και τις αστικές οικίες της Ύστερης Αρχαιότητας στον ελλαδικό χώρο », Deltion tès Christianikès Archaiologikès Etaireias 29 (2008), p. 247 ; P. Petridis, « Late Roman/Early Byzantine Archaeology in Greece : a “Gateway” to the period of Transformations », Pharos ΧΧ.Ι (2014), p. 286-287.
3 P. Petridis, « De la réserve à la vitrine : la mise en valeur de la céramique byzantine en Grèce », XIe Congress AIECM3 on Medieval and Modern Period Mediterranean Ceramics, 19-24 October 2015, Antalya, F. Yenisehirlioglu (éd.), Ankara, Koç University VEKAM, 2018, p. 340-341.
4 Pour un état de la question voir P. Petridis loc. cit. n. 2 (2008), p. 247 n. 4 et P. Petridis loc. cit. n. 2 (2014), p. 273‑274.
5 Contrairement à des théories (p. ex. N. Gioles, Η Αθήνα στους πρώτους χριστιανικούς αιώνες. Πολεοδομική εξέλιξη, Athènes, G. Gelbesis, 2005, p. 24) qui voyaient en sa construction un rétrécissement définitif du tissu urbain et le début de la transformation de la cité antique en κάστρον médiéval à cette époque haute (IIIe s.).
6 N. Kyriakidis, P. Pétridis, S. Zugmeyer, « Recent researches on the so-called Philomelus’ fortifications in Delphi », The Archaeological Works in Thessaly and Continental Greece: Proceedings of the 5th Conference, Volos, University of Thessaly and Ministry of Culture and Sports, 2020, p. 966-968 ; N. Kyriakidis, P. Pétridis, S. Zugmeyer, « Excavating the Fortifications of Delphi », The Archaeological Works in Thessaly and Continental Greece: Proceedings of the 6th Conference, Volos, University of Thessaly and Ministry of Culture and Sports, 2022, p. 919‑920.
7 À l’exception bien sûr des églises cémétériales qui sont, au moins jusqu’au VIe s., obligatoirement situées en dehors des murailles.
8 P. Petridis loc. cit. n. 2 (2008), p. 247-248.
9 Pour la typologie et des cas exemplaires de ces maisons voir : J.-P. Sodini, « Habitat de l’Antiquité Tardive (2) », Topoi 7 (1997), p. 435-577 ; P. Petridis, « Un exemple d’architecture civile en Grèce : les maisons protobyzantines de Delphes (IVe–VII s.) », Mélanges Jean-Pierre Sodini, Travaux et Mémoires 15, Paris, De Boccard, 2005, p. 193-204 ; P. Petridis loc. cit. n. 2 (2008) ; P. Petridis, « From Pompous to Humble : Urban Villas at the Beginning of the “Period of Transformations” », Abitare nel Mediterraneo Tardoantico. Atti del II Convegno Internazionale del CISEM (Bologna 2-5 marzo 2016), I. Baldini, C. Sfameni (eds.), Bari, Edipuglia, 2018, p. 181‑187 ; P. Petridis, « Tesserae Thasiae : Early Byzantine houses from the island of Thasos and their integration at a universal model », Abitare nel Mediterraneo Tardoantico. Atti del III Convegno Internazionale del CISEM (Bologna 28‑31 ottobre 2019), I. Baldini, C. Sfameni (eds.), Bari, Edipuglia, 2021, p. 85‑92.
10 P. Petridis loc. cit. n. 2 (2008), 250-252.
11 P. Petridis loc cit. n. 9 (2005), p. 195-196 ; P. Petridis, La céramique protobyzantine de Delphes. Une production et son contexte. Fouilles de Delphes V, Monuments figurés 4, Athènes-Paris, École française d’Athènes-De Boccard, 2010, pl. 1, fig. 1 n. 6.
12 P. Petridis loc. cit. n. 9 (2005), p. 196-198 ; P. Petridis loc. cit. n. 11 (2010), pl. 1, fig. 1, n. 5.
13 P. Petridis loc. cit. n. 9 (2005), p. 200-202.
14 V. Déroche, Y. Rizakis, « Portique Ouest », BCH 108 (1984), p. 865 et plan p. 862.
15 J.-M. Luce, « La ville de Delphes », BCH 138 (2014), p. 714.
16 A. Muller, C. Aubry, F. Blondé, S. Dadaki, J. Fournier, T. Kozelj, P. Petridis, G. Sanidas, M. Sgourou, M. Wurch‑Kozelj, « Mutations et permanence architecturale au cœur de Thasos (VIIIe s. av. J.‑C. – VIIe s. ap. J.‑C.) », CRAI 156.4, 2012, p. 1877-1886 ; F. Blondé, S. Dadaki, T. Kozelj, Z. Bonias, A. Muller, D. Mulliez, P. Petridis, G. Sanidas, « Η πρωτοβυζαντινή οικία DOM5 στη Θάσο », Archaiologiko Ergo stè Makedonia kai Thrakè 24 (2010) [2015], p. 549‑556.
17 C. Saliou, Les lois des bâtiments : voisinage et habitat urbain dans l’Empire Romain. Recherches sur les rapports entre le droit et la construction privée du siècle d’Auguste au siècle de Justinien, Bibliothèque Archéologique et Historique 116, Beyrouth, Presses de l’IFPO, 1994, p. 287 ; G.H. Zarakas, Κατοικία και νομοθεσία: η προβολή της βυζαντινής νομοθεσίας και των εγγράφων στον τομέα της οικιστικής αρχιτεκτονικής στο μεσογειακό χώρο, Thèse de doctorat, Université Nationale et Capodistrienne d’Athènes, Athènes, 2017, p. 140-141.
18 L’inscription funéraire de la Diaconesse Athanassia découverte à Delphes [J. Laurent, « Delphes chrétien », BCH 23 (1899), p. 273-278] mentionne un évêque, Pantimianos.
19 Guide de Thasos, Y. Grandjean, F. Salviat (dir.), Athènes-Paris, École française d’Athènes-De Boccard, 2000, p. 77-78 et fig. 21 no 13.
20 P. Petridis, « Delphes dans l’Antiquité tardive : première approche topographique et céramologique », BCH 121 (1997), p. 686 n. 27.
21 P. Petridis loc. cit. n. 2 (2014), p. 286.
22 https://www.academia.edu/42713574/Die Kirche in der Werkstatt des Phidias in Olympia ; Pour l’ensemble des découvertes protobyzantines à Olympie voir en dernier lieu : T. Völling, H. Baitinger, S. Ladstätter, A. Rettner, M.A. Miller, Olympia in frühbyzantinischer Zeit: Siedlung – Landwirtschaftliches Gerät – Grabfunde – Spolienmauer, Olympische Forschunger, Band 34, Wiesbaden, Reichert Verlag, 2019.
23 G. et M. Sotiriou, 1952, Η βασιλική του Αγίου Δημητρίου Θεσσαλονίκης, Athènes, Η εν Αθήναις Αρχαιολογική Εταιρεία, 1952; Ch. Bakirtzis, « Pilgrimage to Thessalonike: the Tomb of St. Demetrios », Dumbarton Oaks Papers 56 (2002), p. 175-193.
24 L. Foschia, « La réutilisation des sanctuaires païens par les chrétiens en Grèce continentale (ive-viie s.) », Revue des études grecques 113 (2000), p. 413-434 ; L. Foschia, « The Preservation, Restoration and (Re)Construction of Pagan Cult Places in Pagan Antiquity with Particular Attention to Mainland Greece (Fourth-Fifth Centuries) », Journal of Late Antiquity 2 (2009), p. 210.
25 J.-M. Spieser, « La christianisation des sanctuaires païens en Grèce », Neue Forschungen in griechischen Heiligtümern, U. Jantzen (éd.), Tübingen, Wasmuth, 1976, p. 317.
26 Pour une discussion générale sur la question de la transformation des temples païens à Athènes et en particulier sur l’Acropole voir : B. Kiilerich 2013, « From Temple to Church: the Redefinition of the Sacred Landscape on the Acropolis », Sacred Sites and Holy Places, Studies in the Early Middle Ages 11, S. Brink, S.W. Nordeide (eds.) Turnhout, Brepols, 2013, p. 187-214.
27 J. Travlos, Pictorial Dictionary of Ancient Athens, London, Thames and Hudson, 1971, p. 128 ; A. Karivieri, « The Christianization of an Ancient Pilgrimage Site : A Case Study of the Athenian Asklepieion », Jahrbuch für Antike und Christentum, sup. ser. 20 (1995), p. 901; V. Papaefthymiou 2012, « Το Ασκληπιείο των Αθηνών στους χριστιανικούς χρόνους. Ευρήματα από την ανασκαφή της Αρχαιολογικής Εταιρείας », Archaeologikè Ephèmeris 2012, p. 83-84.
28 B. Kiilerich loc. cit. n. 26, p. 190.
29 B. Kiilerich loc. cit. n. 26, p. 197-201.
30 G. Fowden, « The Athenian Agora and the Progress of Christianity », JRA 3 (1990), p. 498-500 ; A. Karivieri, « The so-called Library of Hadrian and the Tetraconch Church in Athens », Post-Herulian Athens: Aspects of Life and Culture in Athens AD 267-529, P. Castrén (éd.), Helsinki, Foundation of the Finnish Institute at Athens, 1994, p. 111-112 ; N. Gioles, op. cit. n. 5, p. 43.
31 W.E. Kleinbauer, « Christian or secular? the Tetraconch in the so-called Library of Hadrien in Athens », Nova doctrina vetusque : essays on Early Christianity in honor of Frederic W. Schlatter S.J., D. Kries, C. Brown Tkacz (dir.), New York, 1999, p. 203-224. Pour des références bibliographiques sur la question voir B. Brenk, « Imperiale - cristiano - pagano - privato : dal contesto al significato », Acta ad archaeologiam et atrium historiam pertinentia 15, no 1 n.s. Imperial art as Christian art - Christian art as Imperial art, p. 153-157.
32 J. Travlos, op. cit. n. 27, p. 244.
33 I. Jacobs, Aesthetic Maintenance of Civic Space. The “Classical” City from the 4th to the 7th c. AD, Orientalia Lovaniensia Analecta 193, Leuven, Paris, Walpole MA, Peeters, 2013, p. 528.
34 Supra, p. 483-485.
35 L’espace grec. Cent cinquante ans de fouilles de l’École française d’Athènes, Paris, Fayard, 1996, p. 128-130.
36 Supra, p. 130.
37 Ch. Bakirtzis, « The Pilgrims’ Xenodocheion at Philippi », Routes of Faith in the Medieval Mediterranean. History, Monuments, People, Pilgrimage Perspectives. Proceedings of an International Symposium. Thessaloniki 7-10/11/2007, Thessaloniki, 2008, p. 367-371, 518-520.
38 I. Jabobs op. cit. n. 33, p. 489.
Auteur
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Platon Petridis
Université Nationale et Capodistrienne d’Athènes
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