1Il est possible de rapprocher de conte du « Baiser d’un cadavre, conte fantastique » de Camille Périer en ce qui concerne la problématisation du deuil comme processus mental et comme situation favorisant la revenance sous sa forme populaire. Le vicomte d’Urbal épouse la belle Elmée d’Uretch dont la famille a la réputation d’être en relation étroite avec les morts. Lorsque leur tout jeune fils meurt, Elmée, avant de le suivre, initie son mari au secret de faire revenir les morts : il doit d’abord embrasser son cadavre, et ensuite déposer maints baisers sur son portrait tous les jours. D’abord sceptique, le jeune homme s’aperçoit vite que le portrait s’anime par ses signes d’un amour profond. Mais la mère du héros, pour qui le comportement de celui-ci relève de la folie, le pousse à se remarier. La mère trouve en effet que le deuil de son fils dure trop longtemps et prend une forme inappropriée, maladive et malsaine, alors qu’il est déjà convalescent parce qu’un phénomène surnaturel s’est produit, selon lui. Elle ne voit pas que son fils, dont la santé s’était d’abord altérée, est déjà heureux à sa manière. Lorsque le portrait d’Elmée se brise, le vicomte se résigne à son sort. Mais la nuit des noces, Elmée apparaît à son amant qui affirme n’avoir jamais arrêté de l’aimer. Elmée et le vicomte montent au ciel ; le lendemain, on trouve les corps inanimés de la seconde épouse et du vicomte. L’œuvre oppose ainsi l’équilibre entre le devoir du souvenir et le droit à l’oubli ainsi que le conflit entre le désir et l’obligation. Elle ne vise pas à démontrer l’égarement de l’esprit du vicomte pour reléguer la revenance au rang d’un rêve. Elle dit plutôt à quel point non seulement l’excès du deuil, mais aussi l’impossibilité de mener sa vie sans obligations restrictives entrant en conflit avec les convictions personnelles menacent l’intégrité psychique.
2Reiffenberg Frédéric baron de (fils), « La maîtresse morte », Bulletin de la Société des Gens de Lettres, janvier 1856, p. 417.
9Binet Alfred, La Psychologie du raisonnement. Recherches expérimentales par l’hypnotisme, Paris, Alcan, 1886, p. 153.
10Reiffenberg F. baron de (fils), op. cit., p. 418.
14Reiffenberg F. baron de (fils), op. cit., p. 419.
17Ibid., p. 420. L’adverbe « quelquefois » indique que la revenance n’est pas un événement unique ; la répétition nie la mort.
19Reiffenberg F. baron de (fils), op. cit., p. 420. Cette expression ainsi que la reconfiguration de plusieurs éléments de ce texte dans « Les morts se vengent » de Claude Vignon autorisent l’hypothèse que Vignon a pu prendre connaissance de l’œuvre de Reiffenberg fils.
20Voir Fabre Éric, « La destruction des loups au xixe siècle. La technique, l’État et les milieux naturels en France », Revue d’histoire du xixe siècle, no 54, 2017, p. 92.
21Milin Gaël, Les Chiens de Dieu. La représentation du loup-garou en Occident (xie-xxe siècles), Brest, Centre de recherche bretonne et celtique, coll. « Cahiers de Bretagne occidentale », 1993, p. 171. La lycanthropie relève de la littérature des élites et de la littérature orale ; la seconde étant connue grâce à la première, on constate des distorsions, voire des contresens, qui peuvent constituer des éléments stimulants pour les écrivains.
22Aycard Marie, « Les loups de Montfort », La Presse littéraire, 5 avril 1854, p. 267.
23Plichon Caroline, « Sous la peau de bête », Gaia, no 16, 2013, p. 156.
24Aycard M., op. cit., p. 268.
27Aycard M., op. cit., p. 267.
28Le terme d’« aliénation » se réfère également au transfert de biens, comme si l’héritage et le déplacement à Montfort ouvraient la porte à un état particulier de la conscience s’exprimant sur l’identité.
29Plichon C., op. cit., p. 155.
30« Devenue objet, la peau n’en demeure donc pas moins l’empreinte de l’animal vivant et l’indice de la sauvagerie. C’est pourquoi elle définit, telle un sceau, l’identité de celui qui la porte. », Plichon C., op. cit., p. 160.
31Aycard M., op. cit., p. 269. Nonobstant, associer le loup à une large gueule peut relever autant d’un cliché et d’une représentation stéréotypée du loup que de la mythologie nordique : Fenrir, fils de Loki, est un grand loup monstrueux et dévore Odin. La gueule et la mention de la battue évoquent la bête du Gévaudan, dont la traque et les ravages sont amplement relayés par la presse de l’époque.
33Ce détail peut être une allusion au lai breton de Bisclavret, un homme qui se transforme en loup-garou. Lorsqu’il enlève ses vêtements et les cache, la métamorphose s’opère.
34On pense également à « Arria Marcella » de Gautier où la station de railway de l’antique Pompéi fait rire les trois amis.
35Aycard M., op. cit., p. 270.
36Aycard M., op. cit., p. 269.
38Jacquart Danielle (dir.), « Avant-propos », De la science en littérature à la science-fiction, Paris, CTHS, 1996, p. 8.
39Zimra Georges, « Y a-t-il une machine derrière la machine ? », Connexions, no 97, 2012, p. 41.
40Barbara pourrait faire allusion ici au Turc mécanique, le faux automate joueur d’échecs. Whittington aurait réalisé une prouesse impossible pour les savants du xviiie siècle.
41Barbara Charles, « Le Major Whittington », Revue française, 1er février 1858, p. 20. Italiques ajoutés.
42Compère Daniel, « Les Monstres nouveaux », Romantisme, no 41, 1983.
43Grauby Françoise, Le Corps de l’artiste. Discours médical et représentations littéraires de l’artiste au xixe siècle, Lyon, PUL, 2001, p. 16.
44Le substantif « inconscient » apparaît seulement vers 1869 et est lié à la notion du réflexe. James Tony, Vies secondes, Paris, Gallimard, coll. « Connaissance de l’Inconscient », 1997 [1995], p. 220.
45Lermina Jules, « Les fous », Le Gaulois, 10 octobre 1869, p. 3. La précision temporelle évoque le comportement de Pittonaccio du conte « Maître Zacharius » de Verne. Les deux personnages dérangent par leur mécanicisme.
46Bertrand Alexandre, Traité du somnambulisme, et des différentes modifications qu’il présente, Paris, Dentu, 1823, p. 182.
47Baillarger Jules, « Théorie de l’automatisme », Recherches sur les maladies mentales, Paris, G. Masson, 1890 [1856], t. 1.
49Baillarger J., op. cit., p. 497.
50Lermina J., « Les fous », op. cit., 10 octobre 1869, p. 3.
51Lermina est fasciné par l’enjeu du contrôle, qu’il explore également dans « Le testament » : Arthur est un criminel sadique qui tue celui qui le prend pour son meilleur ami, Turnpike. Quand ce dernier veut épouser la belle Clary, Arthur se sent trahi. Dix ans plus tard, il réussit à enterrer Turnpike vivant. Pendant ce temps, il recherche une apparence contrôlée, calme et pondérée, ce qui se traduit par le champ lexical des sciences. Mais le héros vit une contradiction interne, voulant faire croire à lui-même qu’il se contrôle. Arthur doit continûment déployer des efforts mentaux afin de maintenir une image fausse de lui-même. Toutefois, des indices dans le texte trahissent son dérèglement mental. Son apparence rationnelle est le symptôme de son obsession. Toujours soucieux de justifier l’assassinat, Arthur réinterprète la réalité à son avantage.
52C’est la raison pour laquelle l’existence des explications sur les parois de la boîte crânienne de Golding n’est pas assurée : les mots pourraient relever de la vérité psychique et être provoqués par une hallucination. L’ouverture du crâne met de ce fait en dialogue la croyance en une lecture sans équivoque du corps humain, comme le stipulent la phrénologie et la physiognomonie, et un état altéré de la conscience.
53Goulet Andrea, « Nerfs, folie, et temporalité (dé)réglée. Crises d’attention dans la vision fantastique (Jules Lermina) », SERD, 2020, [en ligne] < https://serd.hypotheses.org/5948 >, consulté le 4 novembre 2022.
54Lermina J., « Les fous », op. cit., 12 octobre 1869, p. 3.
55Lermina J., « Les fous », op. cit., 11 octobre 1869, p. 3.
56« Il était parti. Si vite, si délibérément, sans un mot d’excuse, sans un geste d’avis ! […] Parti, ou plutôt glissé dehors », ibid., 10 octobre 1869, p. 3. L’adverbe « délibérément » qui décrit son déplacement laisse supposer que la volonté n’est pas anéantie.
58Ibid., 13 octobre 1869, p. 3.
59Ibid., 12 octobre 1869, p. 3.
61Lermina J., « Les fous », Histoires incroyables, Paris, Boulanger, coll. « Lectures pour tous. Aventures et voyages », 1895, p. 16.
62« Un jour, il s’est dit : “Tous les jours, à six heures, je ferai cela.” Et au bout d’un certain temps, il n’a plus été nécessaire pour lui d’avoir recours à l’acte coercitif de la volonté. La volonté a été reléguée au second plan. Aujourd’hui, le voulût-il, il ne pourrait s’abstenir de faire ce quelque chose. » Lermina J., « Les fous », op. cit., 12 octobre 1869, p. 3. L’homme se fait prisonnier d’un schéma qui perd du sens et qu’il respecte tout de même.
63Ibid., 22 octobre 1869, p. 2.
64Goulet A., « Neurosyphilitics and Madmen: The French Fin-de-siècle Fictions of Huysmans, Lermina and Maupassant », in Finger S. et al. (dir.), Literature, Neurology and Neuroscience: Neurological and Psychiatric Disorders, Amsterdam, Elsevier, 2013, p. 84.
65Lermina J., « Les fous », op. cit., 22 octobre 1869, p. 2. La concentration n’exclut pas des états proches de la folie : pour Hervey de Saint-Denys, elle peut même se manifester pendant le rêve : « C’est assurément l’un des côtés les plus intéressants du sujet qui nous occupe, que cette perspicacité si puissante, cette sorte de divination intuitive à laquelle l’esprit peut s’élever parfois, dans l’état de rêve, grâce à la concentration absolue de toutes les forces de l’attention, en même temps qu’à l’extrême exaltation de la sensibilité physique ou morale, condensée pour ainsi dire sur un seul point. » Hervey de Saint-Denys Léon d’, Les Rêves et les Moyens de les diriger. Observations pratiques, Paris, Amyot, 1867, p. 71. En même temps que le savant prend soin de proscrire le surnaturel de sa théorie (« Le surnaturel ne peut jouer aucun rôle dans un recueil d’observations pratiques », ibid., p. 26), il évoque une pratique liée aux croyances populaires (la divination) et un concept débattu au milieu du siècle (la condensation sur un seul point évoque la monomanie).
66Ibid., 26 octobre 1869, p. 3.
67Ibid., 10 octobre 1869, p. 3.
68Lermina J., « Les fous », op. cit., 22 octobre 1869, p. 2.
69Lermina J., « Les fous », op. cit., 23 octobre 1869, p. 2. Il y est probablement question de Wolfgang von Kempelen, l’inventeur du Turc mécanique. Son automate est en vérité un leurre, car un être humain se cache derrière le prodige mécanique. Ainsi, l’œuvre tente de mettre en relief que les automatismes sont causés par l’homme, c’est-à-dire par une vie industrialisée.
70Maury Alfred, Le Sommeil et les Rêves. Études psychologiques sur ces phénomènes et les divers états qui s’y rattachent, Paris, Didier, 1861, p. 158.
71On peut évoquer les travaux de Pierre Janet à la fin du siècle : « L’idée du moi, en effet, est un phénomène psychologique fort compliqué qui comprend les souvenirs des actions passées, la notion de notre situation, de nos pouvoirs, de notre corps, de notre nom même. » Janet Pierre, L’Automatisme psychologique. Essai de psychologie expérimentale sur les formes inférieures de l’activité humaine, Paris, Alcan, 1894 [1889], p. 39. Il précise ensuite : « Les phénomènes de la mémoire sont peut-être les plus importants de notre organisation psychologique », ibid., p. 73.
72Saintine Xavier Boniface, « Le Grand Fauteuil », La Seconde Vie, Paris, Hachette, 1864, p. 38.
73Ariès Philippe, Images de l’homme devant la mort, Paris, Seuil, 1983, p. 249.
74Saintine X. B., « Le Grand Fauteuil », op. cit., p. 37. Les quatre points de suspension apparaissant dans la version publiée en volume sont fidèlement reproduits. L’adverbe « déjà » véhicule l’impression que le narrateur se comporte comme s’il venait de se réveiller (impression renforcée par les points de suspension) ; cette absence mentale fait partie des allusions à l’isolement.
75Saintine X. B., « Le Grand Fauteuil », op. cit., p. 38.
76Saintine X. B., « Le Grand Fauteuil », op. cit., p. 37.
83Saintine X. B., « Le Grand Fauteuil », op. cit., p. 39. La précision « rien autre » encadrée par une pause prolongée (dont la ponctuation est fidèlement reproduite) évoque un certain inconfort du narrateur, comme s’il savait bien dans quel état se trouve son père, sans toutefois pouvoir le nommer explicitement.
84Ibid., p. 37. Italiques ajoutés.
85Ibid., p. 39. Italiques ajoutés.
86Saintine X. B., « Le Grand Fauteuil », op. cit., p. 40.
87Idem. L’interruption de la fixation du fauteuil fait disparaître le revenant.
88Voir Martin Roxane, « La “naissance” de la mise en scène et sa théorisation », in Martin R. et Nordera M. (dir.), Les Arts de la scène à l’épreuve de l’histoire. Les objets et les méthodes de l’historiographie des spectacles produits sur la scène française (1635-1906), Paris, Champion, coll. « Colloques, congrès et conférences sur la Littérature comparée », 2011, p. 164.
89Folco Alice, « Images médiatiques du metteur en scène (1830-1900) », Médias 19, 2012, p. 4, [en ligne] < https://www.medias19.org/publications/presse-et-scene-au-xixe-siecle/images-mediatiques-du-metteur-en-scene-1830-1900 >, consulté le 5 novembre 2024.
90Martin R., « L’apparition des termes “mise en scène” et “metteur en scène” dans le vocabulaire dramatique français », in Fazio M. et Frantz P. (dir.), La Fabrique du théâtre. Avant la mise en scène (1650-1880), Paris, Desjonquères, coll. « L’esprit des lettres », 2010, p. 28.
91Martin R., L’Émergence de la notion de mise en scène dans le paysage théâtral français (1789-1914), Paris, Classiques Garnier, coll. « Études sur le théâtre et les arts de la scène », 2013, p. 163.
92Robert Adrien, « La Main embaumée », Contes fantasques et fantastiques, Paris, Charlieu frères et Huillery, 1867, p. 5.
93Gigou Marie-Odile, « Conserver le spectacle, ou de l’utilité de la conservation des mises en scène », in Moindrot I. (dir.), Le Spectaculaire dans les arts de la scène, du romantisme à la Belle Époque, Paris, CNRS Éditions, coll. « Arts du spectacle », 2006, p. 47.
94Robert A., « La Main embaumée », op. cit., p. 6.
95Robert A., « La Main embaumée », op. cit., p. 11.
98Robert A., « La Main embaumée », op. cit., p. 27.