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    Plan détaillé Texte intégral L’inversion du chronotope romanesque Les personnages héroïques Temporalité et action Du roman à la série La gestion du savoir La description Notes de bas de page Auteur

    Qu’est-ce qu’un événement littéraire au xixe siècle ?

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Petite histoire d’une révolution épistémologique : la captation de l’héritage d’Alexandre Dumas par Jules Verne

    Jean-Marie Seillan

    p. 199-218

    Texte intégral L’inversion du chronotope romanesque Les personnages héroïques Temporalité et action Du roman à la série La gestion du savoir La description Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1L’importance d’un événement littéraire au xixe siècle est-elle proportionnée au bruit qu’il a fait dans la presse ? En d’autres termes, les médiatisations les plus célèbres, de Hernani à Cyrano de Bergerac, ont-elles correspondu à des événements littéraires effectivement déterminants ? Ou bien les événements les plus révélateurs des mutations profondes de l’épistémè n’ont-ils pas échappé, en raison de leur ampleur même, à l’événementialité journalistique ? L’étude qui suit prend le second parti puisqu’elle vise à montrer que la concurrence faite au roman historique par le roman géographique témoigne de la rupture épistémologique autour de laquelle le xixe siècle tout entier a pivoté.

    2Y parvenir, cependant, est plus malaisé qu’il ne paraît. D’abord parce que, s’agissant d’un glissement lent et non d’un événement sécant datable avec précision, de multiples chevauchements et coexistences génériques altèrent la lisibilité du phénomène. Mais surtout en raison de la dissymétrie affectant le statut des deux sous-genres. Les travaux d’histoire et de poétique littéraires reconnaissent aujourd’hui dans le roman historique « un genre qui se constitue – et se problématise en tant que genre – au xixe siècle, à partir de l’œuvre fondatrice de Walter Scott, en même temps que la discipline historique conquiert ses titres de scientificité en se détachant des Belles-Lettres1 », mais ils sont bien moins consensuels sur le roman géographique. Sa dénomination, légitimée pourtant par Jules Verne lui-même2, reste mal établie, rarement usitée3 et son analyse formelle, malgré des travaux récents4, paraît moins avancée. Il souffre en effet d’une image médiocre dans la recherche universitaire qui le tient pour subalterne, sinon illégitime du fait, parmi de multiples raisons exposées par Jean-Marc Moura5, de la rareté des « grands » romanciers à l’avoir pratiqué (on rencontre dans leurs rangs davantage d’auteurs pour la jeunesse et de feuilletonistes que d’artistes exigeants, plus de Boussenard ou de Paul d’Ivoi que d’Alfred de Vigny ou d’Honoré de Balzac6) et, plus gravement, de la double suspicion philosophique et idéologique qui frappe aujourd’hui ses rapports avec le positivisme et sa collusion avec l’impérialisme colonial. Sans compter que l’obligation fâcheuse où la langue française place le critique d’utiliser le lexique de la spatialité, comme dépaysement, exotisme et même couleur locale, pour désigner un éloignement d’ordre temporel contribue à brouiller son identité7.

    3La critique, pourtant, a pris acte à bien des reprises de cette substitution de la géographie à l’Histoire. Dans son étude sur Le Roman d’aventures, Jean-Yves Tadié constate que Verne « a voulu faire, pour la géographie, ce que Dumas a entrepris pour l’Histoire8 » ; Jean Delabroy évoque la « manœuvre en forme de coup de génie, qui consiste à déraper de l’histoire à la géographie9 » ; Louis Marin, dans Utopiques. Jeux d’espaces, définit le récit de voyage, réel ou fictif, comme « un type de récit où l’histoire bascule dans la géographie10 ». De même, on a souvent observé – singulière symétrie – que Dumas et Verne, mus par la même ambition encyclopédique, ont voulu mettre en fiction, l’un tout le passé de la France, l’autre toutes les parties du monde, le premier, successeur de Walter Scott, affabulant dans les blancs de l’Histoire, l’autre, héritier de Daniel Defoe, dans les blancs des cartes11. Mais peut-être faut-il pousser plus avant l’analyse de ce qui constitue un événement essentiel, quoique peu médiatisé en tant que tel à l’époque, dans l’histoire de la tectonique des genres littéraires au xixe siècle.

    L’inversion du chronotope romanesque

    4L’identité des deux sous-genres, ainsi que la symétrie qui les différencie et les rapproche à la fois, repose sur la combinaison de l’espace et du temps fictionnels mis en œuvre par chacun, c’est-à-dire sur leur chronotope particulier. Pour M. Bakhtine, qui a introduit le concept en littérature, « les chronotopes ont un caractère typique en ce qui concerne les genres, ils se placent à la base des variantes du genre “roman” qui s’est formé et s’est développé au long des siècles », et sont même « le principal générateur du sujet » du roman12. Il n’est donc pas indifférent de rappeler, quand on s’interroge sur ce glissement subgénérique, que le roman historique et le roman géographique reposent sur des chronotopes inversés, comme le montrent les cases grisées du tableau suivant :

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    5L’espace-temps du roman réaliste-naturaliste est celui du ici-maintenant ; avec des variantes d’une extrême diversité, c’est lui que Champfleury ou Duranty ont cherché à théoriser et qui court, pour en rester au xixe siècle, d’Eugénie Grandet à L’Assommoir. Le roman historique et le roman géographique s’en distinguent en ce que leur chronotope propre résulte de la variation d’un seul des deux paramètres. Le premier fait jouer la variable temporelle et répond à la formule ici-autrefois ; il suppose un recul chronologique et n’a pas coutume de délocaliser l’action. Le second explore les ressources de la variable spatiale et obéit au couple diagonalement opposé de l’ailleurs et du maintenant ; il propose des histoires contemporaines se déroulant dans des lieux lointains13.

    6Fondé sur la permanence du lieu et la différence des temps, un roman historique comme Notre-Dame de Paris ne manque pas de comparer, dans les chapitres « Notre-Dame » ou « Paris à vol d’oiseau », ce qu’il y avait ici autrefois à ce qu’il y a maintenant au même endroit. À l’inverse, le roman géographique, fondé sur la contemporanéité des événements et le changement de lieu, compare dans le même instant ce qui se passe ici à ce qui se passe ailleurs : ainsi dans Hector Servadac dont les héros, emportés dans l’espace par une météorite, se demandent sans cesse ce qu’est devenue la terre et ce qui s’y passe14. Mais cette symétrie apparente cache une dissymétrie réelle : dans un roman historique, seul le narrateur-auteur peut procéder à la superposition des temps (Hugo compare le Paris du xve siècle à celui du xixe, mais Quasimodo et Frollo, assignés à résidence dans le xvie siècle, sont dans l’incapacité de le faire), alors que dans le roman géographique ce sont les personnages eux-mêmes qui effectuent la relation, puisqu’ils connaissent les deux espaces et circulent entre eux. Ce simple constat permet d’entrevoir les incidences formelles et énonciatives qu’une telle différence chronotopique est susceptible de produire.

    7Notre hypothèse sera donc que, quelque part vers le milieu du siècle et peut-être autour de 1860 ou de 1863, dates respectives de la création par l’ex-saint-simonien Édouard Charton de la revue Le Tour du monde et de la parution du premier des Voyages extraordinaires de Jules Verne, le curseur subgénérique s’est déplacé et avec lui le centre de gravité du roman d’aventures. Il serait absurde de prétendre, bien sûr, que l’une ou l’autre de ces années ait marqué une rupture historique. Vérification faite, la parution de Cinq Semaines en ballon n’a pas constitué un événement médiatique et n’a ruiné en rien le succès du roman historique, 1863 étant également l’année de Salammbô et du Capitaine Fracasse. Inversement, les romans d’Indiens de Gustave Aimard ou de Gabriel Ferry, inspirés de Fenimore Cooper, lus en traduction française dès la Restauration, avaient acclimaté la formule géographique bien avant cette époque ; et le roman historique s’est perpétué au-delà de 1863 puisque c’est en 1902 seulement que Michel Zévaco lance sa longue série des Pardaillan. Mais la mutation était perceptible au xixe siècle même. À preuve, quand Auguste Maquet, survivant de la génération de 1830, disparaît en janvier 1888, la nécrologie du Siècle, quotidien co-inventeur du roman-feuilleton, enterre le roman historique avec le nègre de Dumas :

    Il est loin de nous, ce roman historique qui a passionné plusieurs générations et qui fut le roman populaire d’il y a trente ans. On le lit encore mais on ne le refait pas. Nos romanciers populaires préfèrent délayer des histoires de crimes contemporains. Serait-ce que l’actualité de nos jours ne s’intéresse plus à des faits lointains et que l’actualité le séduit et l’attache ? Ce qu’il y a de certain, c’est que le roman historique, en tant que roman populaire, n’existe plus15.

    8En imputant ce décès au seul roman feuilleton de type policier, le Siècle oubliait le principal suspect : le roman d’aventures géographiques. Car le Journal des voyages, lançant en 1899 sa deuxième série, présentait le « récit d’aventures » comme un « genre nouveau » et prétendait l’avoir fondé en 1877 :

    La vogue de ces grands récits s’est affirmée dès les commencements du Journal de voyages. C’était un genre nouveau, empruntant au Roman ses péripéties, ses émotions, ses surprises, élargissant le cadre habituel de ces sortes de publications en plaçant les scènes de l’action dans les divers pays du globe16.

    9Puisque, de l’avis des contemporains, les deux sous-genres se sont bien succédé, nous nous proposons de mettre en regard le roman historique et le roman géographique, son rival gagnant, sous cinq rapports : les figures héroïques qu’ils mettent en scène, leur traitement de la temporalité et du dénouement, leur aptitude à la sérialisation, leur mode de gestion du savoir, enfin leur usage de la description – dans l’espoir de montrer, par le résultat cumulé de ces comparaisons successives, que leur concurrence n’a pas été seulement subgénérique, mais aussi épistémologique.

    Les personnages héroïques

    10Sans vouloir les opposer comme héros aristocratiques et héros démocratiques, c’est un fait que ceux du roman historique sont majoritairement nobles, ceux du roman géographique roturiers. Dans les deux cas, leur acte de naissance diégétique est le même : le Cinq-Mars de Vigny, le d’Artagnan de Dumas, le Sigognac de Gautier accèdent à l’existence narrative de la même façon que le Phileas Fogg de Jules Verne ou le Lavarède de Paul d’Ivoi : par le départ de la maison familiale. Mais sa maison, le héros du roman historique l’emporte avec lui, avec son histoire et ses traditions qu’il ne cesse d’invoquer, et il n’est pas rare qu’il se propose à son retour de la relever, comme Sigognac son château. Dans le roman géographique en revanche, le héros la quitte moins pour y revenir que pour aller en fonder une autre, peuplée d’une nouvelle humanité sans ancêtres. Pour le premier, le départ est héritage, continuation, fidélité à une lignée ; pour l’autre, rupture et refondation. C’est pourquoi ces scènes de départ sont traitées différemment. Si l’on inventorie ses bagages, le héros de roman historique apparaît comme un héros léger, insoucieux de l’avoir. Il n’emporte, en prenant le galop, qu’un bagage moral17 ; une fois mousquetaire, d’Artagnan n’a jamais de quoi payer son équipement ou ne possède qu’une fortune dématérialisée (son diamant) ; quant à sa vie, il la dépense avec autant d’insouciance qu’il gaspille l’argent, quand il en a : « Longues rapières, mais bourses légères ; on connaît cela », résume Mazarin dans Vingt ans après18. L’explorateur, lui, est un héros pondéreux : il s’encombre de cartes et d’appareils de mesure scientifique, se fait suivre d’une cohorte de porteurs chargés de caisses contenant des tentes, de la literie, des tables, des provisions de nourriture et de médicaments ; parcimonieux, il inventorie son épicerie ambulante, recompte ses cartouches après chaque péripétie19. Aux figures de la consumation héroïque succèdent celles de la consommation bourgeoise.

    11À des degrés variables, le héros du roman historique garde en effet la nostalgie d’une Loi paternelle et monarchique. Lagardère, enfant trouvé élevé in fine au titre de duc20, jure de sauver la fille des Nevers, les mousquetaires l’honneur de la reine. Les plumes de leur chapeau portent haut l’orgueil nobiliaire et saluent bas le Prince à qui ils sont dévoués. Dans le roman géographique, au contraire, le fils s’érige en fondateur, énonce une loi nouvelle. Quand son prédécesseur historique mettait son honneur à servir et à rester sujet, il est toujours plus ou moins l’homme qui veut être roi, comme le héros de Kipling, ou qui finit par l’être, comme le capitaine Corcoran d’Alfred Assolant (1867)21. Le premier a des pairs qu’il peut au mieux égaler ; le second, à qui l’école de la République a enseigné le mot de Voltaire au chevalier de Rohan, crée sa propre lignée et doit les surpasser. C’est que l’un vit dans un monde ordonné, hiérarchisé, alors que l’autre cherche sa voie au travers d’un espace inconnu, sans ordre institué, horizontal. L’un obéit, étant de bon sang, aux valeurs ancestrales de la noblesse, au code chevaleresque qui lui dicte ses choix. « Foi de gentilhomme ! », selon le juron cher à Dumas. L’autre se fait l’explorateur d’un monde nouveau qui ne possède – à ses yeux du moins – aucune loi. Ou bien il y devient un aventurier amoral, un hors-la-loi mû par l’esprit de lucre, le goût du pillage et du massacre22, ou bien il se fait législateur, fonde des villes, rédige des codes et des règlements pour répondre à des situations inédites23. Dans ce cas, il n’est plus l’héritier de valeurs antérieures, mais l’inventeur de valeurs nouvelles ; il n’est plus féru de généalogie et d’alliances familiales, il est professeur ou ingénieur, à la façon des héros de Jules Verne qui excellent en sciences physiques. De ce fait, le dénouement du roman d’aventures historiques, souvent conservateur, tend à restaurer l’ordre ancien, comme le montrent ceux du Bossu, du Comte de Monte-Cristo ou du Capitaine Fracasse ; celui du roman géographique instaure plutôt un ordre nouveau ou bien étend, dans une visée colonisatrice, l’ordre occidental à des territoires qui n’y étaient pas encore assujettis24.

    Temporalité et action

    12La temporalité narrative du roman d’aventures historiques, on le sait, est saturée d’événements, tendue, haletante. Selon Vigny lui-même, c’est cette « rapidité du récit » qui expliquait le succès de Cinq-Mars25, et son effet est plus criant encore quand la nécessité de rapporter d’Angleterre dans les douze jours les ferrets pour le bal sert de deadline à l’histoire et fait galoper le récit. Quand la durée diégétique s’allonge (l’histoire de Monte-Cristo se développe sur un quart de siècle), les plages intermédiaires de l’aventure sont traitées par ellipse : dans les grands romans de vengeance, entre les deux phases hypernarratives du préjudice initial et du retour du vengeur qui composent l’essentiel du roman, la narration, passant à une vitesse supérieure, s’attarde peu sur ce que font Dantès en Orient ou Lagardère en Espagne. Rien de tel dans une aventure géographique, pour peu du moins qu’elle ne repose pas sur le principe de la course contre la montre (Le Tour du monde en quatre-vingts jours) ou de la compétition26. Car « les événements sont des lieux », selon la formule de J.-M. Moura27 : c’est le voyage lui-même, la translation d’un lieu en un autre qui constitue l’objet de la narration. Et en dépit des progrès accomplis par les modes de transport, le grand voyageur du xixe siècle, compte tenu des contretemps, des détours et des périls qu’il sait devoir trouver sur sa route, ne s’assigne aucune date de retour, heureux s’il réussit à donner de ses nouvelles et à rentrer après plusieurs années d’absence – quand il ne disparaît pas à jamais. Le drame résidant alors dans le non-événement et la narrativité zéro, le tempo narratif des fictions géographiques, réglé sur l’extrême lenteur de ces déplacements, inclut l’attente, raconte l’ennui, l’épuisement, comme dans l’épisode de l’aéronef encalminé de Cinq Semaines en ballon.

    13De ce traitement différent de la vitesse narrative, qui passe d’une temporalité de la crise à une temporalité de la durée longue, découlent des variations multiples. Le roman historique cultive les scènes, les théâtralise et donne à ses dialogues les plus dramatiques la forme stichomythique d’un affrontement verbal qui mime celui des épées28. Le roman géographique, lui, ne craint pas les sommaires itératifs ; il prend, voire perd son temps à proportion des étendues immenses qu’il fait parcourir à ses personnages. C’est pourquoi il se permet, à la façon du journal de route authentique dont il imite souvent le diarisme, de consigner l’insignifiant et le vide événementiel. Le dialogue appelé à combler ce déficit factuel compense en discours pédagogiques ce qu’il perd en urgence dramatique ; chez Verne et ses imitateurs, il se fait parfois aussi monologique qu’un exposé livresque puisqu’il sert à rendre intelligible, descriptions à l’appui, l’étrangeté du monde à découvrir.

    14La nature même de l’événement fictionnalisable n’est pas sans évoluer elle-même. C’est à juste titre qu’on a lié l’expansion du roman historique à l’enlisement de l’Histoire provoqué par l’accès de la bourgeoisie marchande au pouvoir et l’effondrement de la brève épopée napoléonienne. Dans les années 1820-1830, le retour au passé a compensé le défaut d’héroïsme et servi de refuge romanesque. Réinterprété à la lumière du présent, le Moyen Âge apparaissait comme « un temps où l’aventure était encore possible, face à un présent bloqué, fermé au rêve et à l’héroïsme29 ». La violence indispensable au roman d’aventures trouvait dans les sociétés d’autrefois, dont le supposé obscurantisme était souvent compris comme barbarie, des épisodes (croisades, guerres de religion, Saint-Barthélemy, etc.) aisément exploitables. Or les romans du présent perdent ce bénéfice. Dans la décennie où s’imposent les théories de Champfleury et de Duranty, dans celles plus encore où le roman, avec Goncourt et les naturalistes, répugne aux bassesses de l’intrigue, la violence, faute de pouvoir s’expatrier dans le passé, se réfugie dans les espaces lointains et la littérature populaire est chargée d’assumer l’exigence de narrativité. Ce transfert de la violence narrée du passé historique vers l’ailleurs géographique est caractéristique des romans d’aventures coloniales. La sauvagerie repoussante prêtée au personnage du roi nègre (ivrogne, cannibale, esclavagiste, etc.) s’explique, certes, par la pensée racialiste des romanciers et par la nécessité de légitimer la conquête par des raisons morales et humanitaires ; mais elle tient aussi à l’exigence de violence propre au genre même du roman d’aventures. Et sous ce rapport, les flots de sang qui rougissent la capitale des rois du Dahomey lors de la fête des Grandes coutumes valent bien, mutatis mutandis, ceux qui ruisselaient dans les rues romanesques de Paris le 24 août 1572.

    15Du même coup, les scènes d’affrontement physique, essentielles au dénouement de tout roman d’aventures, diffèrent elles aussi. Le roman historique, du moins dans sa version dite « de cape et d’épée » que Sarah Mombert appelle « le roman historique sans scrupules30 », se dénoue souvent par l’affrontement de deux adversaires axiologiquement opposés mais dotés d’un égal mérite qui garantit à la fois une issue (in)certaine et le respect du code de l’honneur. De là son goût pour le duel, manifestation de l’individualité héroïque qui résout définitivement et instantanément les conflits par la mort. À ces combats singuliers où la vie du bretteur dépend de sa seule adresse, fût-il épaulé par trois autres mousquetaires, le roman géographique préfère les entreprises collectives. Il met en scène de petites équipes au sein desquelles les fonctions sont spécialisées et complémentaires : chacun des membres recrutés représente un savoir ou un savoir-faire (interprète, médecin, artificier, cartographe, cuisinier, etc.)31 propre à la civilisation occidentale et indispensable à la survie du groupe. Rien de commun, on le voit, avec les mousquetaires de Dumas qui ne se différencient ni par leurs compétences ni par leurs fonctions, mais par des qualifications d’ordre moral ou social32.

    16Quant au duel terminal, il est remplacé par l’affrontement peuple contre peuple, combat collectif où le nombre d’adversaires et la maîtrise de la technologie militaire sont en rapport inverse. Selon un scénario dont Jules Verne a offert à la fin des Aventures de trois Russes et de trois Anglais dans l’Afrique australe (1872) un modèle souvent imité, une poignée d’Occidentaux équipés de façon ultramoderne (la mitrailleuse est l’arme emblématique de ces combats) met en déroute la horde innombrable des races dites inférieures qui l’assiège33. Phénomène lié sans doute à l’apparition de romanciers militaires racistes et nationalistes, comme Louis Noir, Fernand Hue et le capitaine Danrit : avec eux, comme l’écrit Martin Green, « the adventure narrative [is] the generic counterpart in literature to empire in politics34 » ; au heurt des individualités héroïques le roman substitue l’affrontement des peuples ; l’un ne triomphe plus de l’un, mais du multiple.

    Du roman à la série

    17Une mutation similaire s’exprime dans la structuration du roman, dès lors que l’espace se substitue au temps comme recteur de la diégèse. En dépit des anachronies que sa mise en récit peut lui faire subir, le temps de l’Histoire possède une vectorialité et une irréversibilité absolues. Pour le lecteur, pas de roman historique si les événements fictifs n’ont pas précédé l’époque où il le lit et s’ils n’entretiennent pas, de surcroît, quelque rapport direct ou indirect avec son présent. Dans l’ordre de la fiction, les événements obéissent à un principe de consécution tel que Vingt ans après ne peut pas précéder Les Trois Mousquetaires, ni Le Fils de Lagardère précéder Le Bossu – à moins que le roman historique, changeant de sous-catégorie, ne se fasse roman fantastique. Dans le roman géographique, c’est la translation spatiale qui constitue l’élément structurant du récit. Or le globe terrestre, du fait de sa sphéricité, n’a ni commencement ni fin et, en menant partout, il ne conduit nulle part. Comme le dit d’Artagnan lui-même dans les Trois Mousquetaires, « le monde a bien des bouts, par cela même qu’il est rond35 ». Il génère ainsi des scénarios romanesques inédits, inconcevables dans la linéarité temporelle du roman historique : parcours viatiques en forme d’errance, d’aller-retour ou de boucle circumterrestre abondamment exploités dans les récits du Tour du monde à la mode vers 1890.

     

    18Ce passage de la chronographie à la topographie affecte le processus d’engendrement des personnages et permet de distinguer deux types de sérialisation fort différentes sous le rapport épistémologique. La survie d’un héros fondateur de lignée pose en effet problème au romancier historique et restreint ses capacités en ce domaine. Généalogiquement parlant, les Lagardère ne peuvent pas s’éloigner du héros fondateur sans risquer de distendre démesurément le lien familial qui les unit. Que l’on raconte ses antécédents dans La Jeunesse du Bossu et l’histoire de sa proche descendance dans Le Fils de Lagardère (1893), soit ; que l’on étende cette dernière jusqu’à La Petite-Fille du Bossu (1931)36, admettons-le encore. Mais aller au-delà est peu concevable, à moins de contourner la difficulté comme l’a fait Eugène Sue dans Les Mystères du peuple en conservant pour héros, de l’Antiquité à nos jours, les membres de deux mêmes familles, mais en éludant au besoin plusieurs siècles de leur histoire pour les faire changer d’époque. Car le roman historique, du fait de son historicité, doit faire vieillir et (éventuellement) mourir ses personnages37 – qu’il en tire les accords pathétiques du Vicomte de Bragelonne ou bien un effet démythifiant, tel ce Robin des Bois à demi chauve qui, dans le film La Rose et la Flèche de Richard Lester, souffre de rhumatismes pour avoir trop longtemps dormi à la belle étoile dans la forêt de Sherwood.

    19La consubstantialité de la fiction et de l’Histoire se paie pour le roman historique d’un second assujettissement. Soumis à l’obligation de vieillir, un héros comme d’Artagnan impose une sérialisation généalogique qui inscrit son achèvement dans son principe même et borne du même coup sa mobilité spatiale à ce qu’une vie d’homme peut vraisemblablement contenir de déplacements. C’est pourquoi un héros de roman historique est difficilement séparable de son espace propre : pas de Robin sans bois ni de Quasimodo sans cathédrale. Preuve par l’absurde : imaginer un titre délocalisant un héros historique (par exemple D’Artagnan en Chine) fait basculer le roman dans la parodie et prouve l’attachement de ce type de héros à un espace donné – sauf à faire de lui une figure fantastique (pluritemporelle et plurispatiale) comme le Cagliostro de Dumas, ce qui revient encore à faire glisser le roman historique d’un sous-genre vers un autre.

    20Le roman géographique, lui, libère le héros de cette double peine. Soustrait au vieillissement physique (et, hélas parfois, intellectuel), son éternel adolescent peut courir le monde encore et encore dans une série potentiellement infinie d’aventures38. Car ce type de héros ubiquiste – inconnu à notre connaissance à l’époque romantique – est lié à une culture et à un imaginaire modernes de la spatialité : de là son apparition dans la seconde moitié du siècle et son immense succès populaire dans le suivant. C’est pourquoi aussi ces deux types de sérialisation ne sauraient être porteuses des mêmes charges idéologiques. Un héros généalogiquement sérialisé reçoit et lègue par filiation des valeurs, forcément aristocratiques, auxquelles chaque membre ultérieur de la lignée se doit, pour que série et lecteurs il y ait, de rester fidèle ; il est donc – en dépit d’exceptions célèbres comme les Pardaillan – structurellement conservateur. Un héros géographiquement sérialisé diffuse les siennes (celles de la République bourgeoise progressiste et civilisatrice) auprès des peuples qui ne les partagent pas. Convaincu que le lointain est le primitif et le voyage une remontée du temps39, il introduit chez eux une révolution anthropologique qui amorce un mouvement de mondialisation et d’uniformisation des cultures. Nul doute que ce passage du mode de sérialisation verticale au mode horizontal ne corresponde aux changements fondamentaux dans la constitution et la transmission des savoirs et des idéologies qu’a connus le xixe siècle.

    La gestion du savoir

    21Un même effet d’affranchissement apparaît dans la gestion du savoir dont ces fictions se nourrissent, puisqu’elles fondent l’une comme l’autre leur crédibilité sur des discours d’autorité scientifiques. Mais leurs sources d’information non fictionnelles diffèrent grandement, en principe du moins40. Le roman historique est censé puiser ses matériaux dans des documents d’archives (chroniques, mémoires, journaux intimes, etc.) légués par le passé41 ; entre la consignation originelle des faits historiques servant de source (réelle ou fictive) et leur mise en fiction romanesque s’intercale donc un indispensable intervalle de temps – dont la longueur, il est vrai, fait débat chez les spécialistes du genre. Le roman géographique, lui, est tributaire de l’actualité immédiate, et il la met en fiction dans des délais incomparablement plus brefs (quelques mois, un an ou deux)42, quand il ne s’efforce pas d’anticiper sur elle comme le font Jules Verne et le capitaine Danrit. Il vit ainsi sous la perfusion quasi-journalière des récits de voyages et comptes rendus d’expéditions publiés par les éditeurs, les revues spécialisées43 et les reporters de la presse quotidienne44. Au roman des vieux papiers succède et s’oppose ainsi le roman du papier journal.

    22Une autre différence apparaît au sein de la diégèse. Alors que le personnage de roman historique circule dans des lieux qui lui sont familiers (d’Artagnan n’a jamais de peine à trouver son chemin, même à Londres), le héros du roman géographique évolue dans un monde non cartographié où les accidents du sol (montagnes, fleuves…), les langues et les peuples eux-mêmes ne possèdent pas encore de nom – dans sa langue du moins. La production cartographique et la création toponymique, activités caractéristiques du héros explorateur, n’ont pas d’équivalent dans la fiction historique où les lieux (Pompéi, le vieux Louvre, etc.) sont connus, et faits pour être reconnus. De là l’écart séparant les deux types de héros. Formé à l’école du monde, tout entier investi dans l’action, le premier a acquis et met en œuvre des savoir-faire pragmatiques (escrime, art militaire, diplomatie, etc.), mais se soucie peu de posséder des connaissances scolaires et encore moins d’en produire ; il n’est pas homme de bibliothèque, il ne prend pas de notes, il n’écrit que pour des raisons liées à la marche de l’intrigue amoureuse ou politique. Le second, jeune diplômé ou vieux professeur, appartient à l’espèce nouvelle du héros scholastique : s’il n’a pas appris la botte de Nevers, les bibliothèques et les laboratoires lui ont enseigné une foule de connaissances spécialisées45, et il a en outre pour tâche, carnet de notes ou appareil de mesure sous la main, d’en recueillir et d’en produire de nouvelles, qu’il les fasse servir à sa gloire personnelle, comme le Fergusson de Cinq Semaines en ballon, ou qu’il les rapporte dans son pays pour en grossir le capital cognitif et, avec lui, sa supériorité sur les autres peuples, dominateurs ou dominés.

    23Cette dissemblance a son répondant du côté du lecteur. La vulgate historique possède et diffuse sur les grandes figures historiques (César, Richelieu, etc.) un pack d’informations sans lequel l’adhésion du lecteur serait impossible, pour cette raison que l’Histoire est, dans ses grandes masses, présupposée connue. Effet dont joue Dumas dans la préface des Trois Mousquetaires en citant le manuscrit des mémoires de d’Artagnan : « Mes lecteurs […] n’y reconnaîtront pas moins, aussi ressemblantes que dans l’histoire de M. Anquetil, les images de Louis XIII, d’Anne d’Autriche, de Richelieu46 […] ». Le lecteur possède en effet dans sa bibliothèque doxale, Umberto Eco l’a montré, une fiche permettant de donner ou de refuser son agrément à la fiction, même si c’est le roman lui-même, on le sait, qui lui fournit par artifice ce savoir47. Car le roman historique renvoie moins au passé lui-même qu’à une stéréotypie intermédiaire, à un corpus d’images et de mythes sans rapport exact avec l’Histoire et fortement marqués idéologiquement. De même, le lexique historique véhiculé par l’exigence de couleur locale romantique (mobilier, vêtement, armement du temps des Croisades, par exemple) est antérieur et extérieur à la fiction ; il est attesté par les chroniques, illustré par les peintres et les graveurs, conservé dans les cabinets de curiosité et les musées naissants ; il est même si vite adopté par les lecteurs que les souliers à la poulaine sont devenus, dès les années 1830, la caricature emblématique du roman médiéval48.

    24Dans un roman de l’espace, à l’inverse, le monde est présupposé inconnu. Avant 1860, l’Europe ignore à peu près tout de l’intérieur de l’Asie ou des profondeurs sous-marines ; durant les trois ou quatre dernières décennies du xixe siècle, il a donc été loisible à un romancier d’écrire et de faire lire à peu près n’importe quoi à propos de ces espaces ignorés49. De même, l’ambition ethnologique, sérieuse ou feinte, du roman géographique introduit des mots inconnus dans une diversité de langues qui laisse loin en arrière le dépaysement linguistique recherché par le français d’Ancien Régime ou les provincialismes prêtés aux Cocardasses du roman historique. Certes, le roman géographique possèdera vite, comme son aîné historique, sa stéréotypie propre, mais la différence est qu’il devra la constituer lui-même alors que le roman historique l’avait reçue préconstituée.

    25Les intentions pédagogiques communes aux deux sous-genres diffèrent donc. Le roman historique, en citant ses sources, se fonde sur ce que le lecteur sait du passé et se prétend vérifiable ; le roman géographique, en se pourvoyant de notes de bas de page, de lexiques et de cartes, ouvre sur des lieux ignorés et des paroles inouïes, invérifiables. C’est pourquoi la latitude accordée à la fictionnalisation y est plus étendue50. Le roi Louis XI, pour ressembler à Louis XI, est obligé de mettre en cage le cardinal La Ballue, tandis que le roi Mounza, souverain tout aussi authentique, n’obéit à aucun modèle préconstitué : il peut donc ressembler à n’importe quoi – ce dont les romanciers ne le privent pas51. Là encore, le roman historique, en invitant le lecteur à reconnaître ses préacquis ou en les lui prêtant, s’inscrit dans une culture de l’héritage, de la transmission patrimoniale ; le roman géographique, en visant un lecteur ignorant dans le dessein de l’étonner et de l’informer, relève d’une culture nouvelle de l’investigation spatiale et de la découverte.

    La description

    26Cette redéfinition des sources du savoir fictionnel a des incidences sur le régime de la description. Significativement, la vogue du roman géographique coïncide avec l’apparition, en 1863, d’un moyen de transport et d’exploration romanesque inédit : le ballon. Or le ballon, dont le succès paralittéraire ira, sous la plume de Léo Dex, jusqu’à engendrer autour de 1900 le sous-genre du « roman aérostatique52 », a offert à la description un champ visuel et cognitif sans égal. Grâce à lui, le roman est passé d’un monde plat, vu à hauteur d’homme ou au mieux du haut des tours de Notre-Dame, à une troisième dimension qui a libéré le regard descripteur. La titrologie vernienne en témoigne : en annonçant une spatialité organisée sur l’axe vertical, Voyage au centre de la terre, Vingt Mille Lieues sous les mers, De la terre à la lune multiplient les angles de vue et rénovent les effets cognitifs et plastiques de la description.

    27L’innovation n’affecte pas seulement l’angle du regard descripteur, mais aussi son objet. Le roman historique, qui reconstitue par l’écriture de fiction une société d’ordres au moment où l’Histoire réelle achève de la faire disparaître, cultive les scènes où le pouvoir monarchique expose à la vénération de ses sujets sa pompe théâtrale et ses emblèmes. Il aime la mise en spectacle d’une société verticale ordonnée autour de l’autorité théologique, monarchique, nobiliaire. Les entrées du souverain dans sa capitale, les prestations de serments, signatures de traités, tableaux de reddition ou d’exécution, scènes de bal à la cour, etc., sont perçus à partir d’un point fixe ; ils immobilisent et immortalisent les moments de théophanie royale, comme le faisait la peinture d’histoire qu’ils relaient au moment où celle-ci, perdant sa nécessité technique, régresse dans la hiérarchie des genres picturaux. Rien de tel dans le roman géographique, dont la devise pourrait être celle, bien connue, du capitaine Nemo : mobilis in mobili. La description y abandonne tout à la fois sa fixité, sa verticalité et sa centralité. Elle obéit au principe du défilement, elle suit le regard du voyageur qui se déplace, en train, en ballon ou en bateau, dans un univers en mouvement. Nul doute que ce passage du tableau statique pyramidal à la description ambulatoire ne réponde à la redistribution du pouvoir dans une société en voie de démocratisation. Dans le roman historique, un roi exerçait le pouvoir sur des sujets, fussent-ils rebelles ; dans le roman géographique, c’est le sujet devenu libre qui exerce ce pouvoir sur la nature et sur les autres hommes – qu’il lui suffit pour cela de déclarer plongés dans l’état de nature.

    28Quant au paysage naturel, il voit lui aussi s’étendre son objet et ses fonctions. Dans le roman historique, relativement pauvre sous ce rapport dans sa version la plus populaire, la description servait surtout à configurer les péripéties de l’action (la tempête sur la Manche retarde d’Artagnan, l’obscurité protège l’anonymat de Gonzague) et à orchestrer de façon romantique les scènes idylliques ou dramatiques (Milady est exécutée par une nuit « orageuse et sombre »). Mais dès lors que l’espace est massivement revalorisé, il se trouve investi d’une valeur intrinsèque. La montée en puissance du descriptif face au narratif, favorisée par l’intention éducative inhérente au roman de voyage, ne modifie pas seulement les équilibres lexicaux en surreprésentant les catégories du nom et de l’adjectif au détriment de celle du verbe (en particulier dans les notes explicatives parenthétiques ou infrapaginales), mais son importance quantitative s’accroît à proportion des déplacements accomplis par les personnages. L’auberge, lieu de rencontre et de rendez-vous récurrent des héros d’aventures historiques, cède ainsi la place au bivouac dont le déplacement quotidien diversifie considérablement les paysages à décrire. Jules Verne et ses épigones, désireux d’offrir aux lecteurs l’inédit géographique promis par le genre, choisissent des espaces riches en effets dramatiques (le radeau de Voyage au centre de la terre navigue sur la lave d’un volcan) et visuels surprenants (la terre vue d’un ballon chez Léo Dex53, depuis la lune chez André Laurie54).

    29Quant à l’aventurier, phénomène sans précédent, il parcourt ces étendues pour se les approprier. Appropriation cognitive dans les fictions des années 1860-70 où il se borne, dans un projet descriptif de type positiviste, à les traduire en relevés topographiques et en cartes. Appropriation par la ruse ou la force à partir des années 1880, ces étendues devenant territoires de conquête en raison de leur situation géopolitique (Fachoda) et/ou de leurs ressources économiques et commerciales. Les connaissances géographiques, ethnographiques, linguistiques, etc., recueillies par le savant ou l’explorateur naguère encore désintéressé constituent ainsi un avoir et un pouvoir potentiels que le colonisateur à qui ils ont frayé la voie ne tardera pas à mettre à son service pour en tirer puissance et profit. Car coloniser suppose, comme l’écrira le ministre Gabriel Hanotaux en 1928, « que l’aventure se transforme en entreprise et l’entreprise en administration55 ». C’est dire qu’à cette date le roman d’aventures géographique aura cédé la place au roman colonial.

     

    30Au total, la captation de l’héritage littéraire d’Alexandre Dumas par Jules Verne, si elle n’a pas été marquée par une rupture événementielle immédiatement médiatisée, semble bien témoigner d’un changement graduel mais profond de modèle épistémologique. Toutes considérations esthétiques mises à part, le roman d’aventures a enregistré en bon sismographe les indices de la mutation médiologique moderne décrite par Régis Debray56. D’un bout à l’autre du siècle, la concurrence faite aux fictions de l’ici-autre-fois par les fictions du maintenant-ailleurs correspond à la transformation d’une société de conservation, consciente de léguer des valeurs patrimoniales et cherchant à se rassurer ou du moins à s’interroger sur leur permanence, à une société de communication, réactive aux informations diffusées par la presse et admettant leur caractère éphémère. Ce passage graduel d’une relative sédentarité à une mobilité accrue, de la diachronie à la synchronie, d’une culture aux rythmes lents à une culture aux rythmes informationnels rapides, est inscrit dans le changement du chronotope romanesque.

    31Plus précisément, l’Histoire avait été imposée par la Révolution de 1789 comme grille d’interrogation politique à la génération romantique ; elle lui avait insufflé sa « volonté de lier les événements à des perspectives globales57 », et le roman historique qui se nourrissait d’elle « trait[ait] de l’Histoire-passé […] en réponse à une anxiété relative à l’Histoire contemporaine58 ». Or le renversement chronotopique du roman d’aventures illustre l’invalidation graduelle de la formule définie par Hugo dans l’avertissement de Marie Tudor en 1833 : ce que la fiction entreprend de raconter, ce n’est plus « l’histoire que nos pères ont faite confrontée avec l’histoire que nous faisons », c’est celle des fils sans père. L’Histoire cède la place à la géographie dont la globalité, tout aussi réelle, n’est plus de nature temporelle, mais spatiale. À partir du second Empire, le siècle ne juge plus aussi nécessaire de s’interroger sur son identité présente ou future par la mise en fiction de l’Histoire dont il se sent l’héritier ; fort d’un cadre cognitif nouveau, il adresse désormais ses questions au monde qui l’environne et qu’il s’applique à découvrir. Moins curieux des pourquoi que des comment, il cesse peu à peu de rechercher sa grandeur perdue dans le retour nostalgique vers un système théologique et monarchique qu’il consent majoritairement à déclarer aboli ; il la trouve dans la confrontation avec les autres cultures auxquelles il se jugera supérieur en les déclarant sauvages ou primitives pour s’autoriser à les assujettir. La ligne de clivage qui sépare et hiérarchise les personnages de fiction n’est plus celle, historique, des trois ordres de l’Ancien régime59, c’est celle, géographique, des cinq continents et des quatre « races » de l’humanité.

    32Hugo avait mieux que d’autres compris le sens de cette revanche de l’espace sur le temps en allégorisant dans le poème « Plein ciel » de la Légende des siècles de 1859 la rupture de l’Histoire par l’envol et le voyage de l’aéroscaphe. Mais il faut reconnaître que des écrivains de moindre ampleur, probablement plus attentifs aux revenus de leurs feuilletons qu’au sens de l’Histoire, avaient eux-mêmes senti, en bousculant un chronotope romanesque solidement établi, qu’il était temps de reconnaître que la page de la Révolution, lue et relue depuis des décennies, était définitivement tournée.

    Notes de bas de page

    1 Dominique Peyrache-Leborgne et Daniel Couégnas, Le Roman historique. Récit et histoire, Nantes, éd. Pleins Feux, 2000. Vigny, l’introducteur du genre en France, en a pleine conscience quand il écrit dans ses Réflexions sur la Vérité dans l’art, datées de 1827 : « Dans ces dernières années (et c’est peut-être une suite de nos mouvements politiques), l’Art s’est empreint d’histoire plus fortement que jamais » (Préface de Cinq-Mars, éd. A. Picherot, Folio classique, 1980, p. 21).

    2 Par exemple en désignant Cinq Semaines en ballon, dans une interview publiée dans The Strand Magazine de février 1895, comme « le premier de [s]a longue série de romans géographiques ». In Entretiens avec Jules Verne (1873-1905), réunis et commentés par Daniel Compère et Jean-Michel Margot, Genève, Slatkine, 1998, p. 101.

    3 Comme le montre le titre de son ouvrage La Littérature des Lointains. Histoire de l’exotisme européen au xxe siècle (Paris, Champion, 1998), Jean-Marc Moura choisit des dénominations plus vastes englobant textes fictionnels et non fictionnels. Dans Le Roman-feuilleton français au xixe siècle (Paris, PUF, 1989), Lise Queffélec emploie le terme de roman exotique, qui nous paraît désigner une variante interne du roman géographique. Sylvain Venayre, dans La Gloire de l’aventure. Genèse d’une mystique moderne, 1850-1940 (Paris, Aubier, coll. « Historique », 2002), juge indissociables aventure et géographie (« Parler d’aventure […] implique le surgissement des espaces lointains », p. 45-46) mais ne recourt pas à cette dénomination. Quoi qu’il en soit, la différence est écrasante entre les deux dénominations : sur les pages francophones de Google, l’appel « roman historique » ouvre quatre mille fois plus de pages que l’appel « roman géographique »…

    4 Au premier rang desquels Poétiques du roman d’aventures, Daniel Couégnas et Alain-Michel Boyer (dir.), université de Nantes, « Horizons comparatistes », 2004.

    5 J.-M. Moura, La Littérature des lointains, op. cit., p. 101-102.

    6 Le déclin du roman historique à la fin du siècle ne fait pas de doute : « Le roman d’aventures se distingue sensiblement du roman historique qui n’a plus, au début du xxe siècle, le même public ni la même valeur qu’au temps d’Alexandre Dumas », écrit par exemple Anne-Marie Thiesse dans Le Roman du quotidien, Paris, Le Chemin vert, 1984, p. 215.

    7 Nous empruntons à Gérard Gengembre un exemple de cette équivoque lexicale forcée. Il écrit à propos du roman historique : « Embarqué dans le passé, le lecteur se trouve du même coup entraîné ailleurs, dans un monde autre » (Le Roman historique, Paris, Klincksieck, 2006, p. 24). Nous soulignons.

    8 Jean-Yves Tadié, Le Roman d’aventures, Paris, PUF, 1982, p. 69.

    9 « Jules Verne ou le procès de l’aventure et de son livre », L’Aventure dans la littérature populaire au xixe siècle, Roger Bellet (dir.), Presses universitaires de Lyon, coll. « Littérature et idéologies », 1985, p. 127.

    10 Louis Marin, Utopiques. Jeux d’espaces, Paris, Éditions de Minuit, 1973, passage cité par J.-M. Moura, La Littérature des lointains, op. cit., p. 64-65.

    11 Sur cette double filiation, lire Martin Green, Dreams of Adventure, Deeds of Empire, London, Routledge and Kegan Paul, 1979 : « Though Verne imitated Dumas to begin with, he had more in common with Defoe than with Scott, while Dumas’s affinity was the reverse » (p. 225). Dans Seven Types of Adventure Tales. An Etiology of a Major Genre (The Pennsylvania State University Press, 1984), M. Green différencie fermement le « Three Musqueteers type » du « Cooper’s type ».

    12 Mikhaïl Bakhtine, Esthétique et Théorie du roman, Paris, Gallimard, rééd. « Tel », 1978, p. 391. Nous soulignons.

    13 Nous ne nous interrogerons pas sur les romans de l’ailleurs et de l’autrefois qui font varier les deux paramètres, comme Atala, Salammbô ou Le Roman de la Momie.

    14 Jules Verne, 1874. Même interrogation dans L’Île mystérieuse : « Deux ans déjà ! et depuis deux ans les colons n’avaient eu aucune communication avec leurs semblables ! […] Que se passait-il dans leur pays ? L’image de la patrie était toujours présente à leurs yeux […] » (IIe partie, ch. XIX, Paris, Le Livre de Poche, 1978, t. II, p. 568). De façon voisine, les explorateurs fictifs de La Vénus noire d’Adolphe Belot (Paris, Dentu, 1877, 1200 pages) se promettent à leur départ de juger le monde africain par comparaison avec leur expérience de Parisiens : « En traversant le désert, nous essaierons de nous figurer que nous allons de la Chaussée d’Antin au rond-point des Champs-Élysées ; nous confondrons à dessein les grands lacs de l’Afrique australe avec la mare d’Auteuil » (p. 26) ; ils tiennent parole aux pages 271, 315, 318, 477, 551, etc.

    15 Article paru dans Le Siècle le 13 janvier sous la signature de Dethée.

    16 Journal des voyages et des aventures de terre et de mer, deuxième série, juin-novembre 1899.

    17 « Le même jour, le jeune homme se mit en route, muni des trois présents paternels et qui se composaient […] de quinze écus, du cheval et de la lettre pour M. de Tréville » (Les Trois Mousquetaires, Le Livre de Poche, 1972, chap. I, p. 15) ; « Le fidèle serviteur […] eut bientôt rempli une valise du peu d’effets que possédait son maître, réuni dans une bourse de cuir les quelques pistoles disséminées dans les tiroirs du vieux bahut […] » (Le Capitaine Fracasse, éd. Garnier, chap. II, p. 44).

    18 Alexandre Dumas, Vingt ans après, Paris, Le Livre de Poche, 1989, chap. V, p. 92.

    19 Les préparatifs de l’expédition et l’installation quotidienne du campement composent toujours une partie importante des récits de voyages lointains et donc des romans qui s’en inspirent. Outre de nombreux exemples chez J. Verne, voir Les Colons du Tanganyka d’Armand Dubarry (Paris, Firmin Didot, 1884).

    20 Phrase finale du Bossu (VI, 10) : « Comte de Lagardère, le roi seul, le roi majeur, peut vous faire duc de Nevers » (Paris, Le Livre de Poche, 1997, p. 695).

    21 Voir Le Pays des Nègres blancs, d’Edmond Deschaumes (Paris, Marpon et Flammarion, 1893), et La Capitaine Nilia de Paul d’Ivoi (Paris, Société d’édition et de librairie, 1900) où l’un des frères Lavarède finit empereur d’Égypte. Même scénario sur le mode enfantin dans Moumousse. Aventures d’une petite fille dans le Sud africain, de Camille Debans (Mongrédien et Cie, 1900).

    22 Voir les héros de Louis Jacolliot dans L’Afrique mystérieuse (Paris, Librairie illustrée, 4 vol., 1884), celui de Louis Noir nommé D’Ussonville dans la série Voyages – Explorations – Aventures (Paris, Fayard, 1899), ou encore Harry Killer dans L’Étonnante Aventure de la mission Barsac, de Jules (et Michel) Verne (Le Matin, 1914 ; Paris, Hachette, 1919). La littérature pour la jeunesse propose une version édulcorée de ces aventuriers free lance en la personne d’enfants globe-trotters, comme le Friquet de Louis Boussenard, dont la débrouillardise insolente est censée faire oublier l’amoralité.

    23 On trouvera des héros législateurs dans Le Roi Boubou, d’Edgar Monteil (Paris, Charavay, Mantoux, Martin, 1892), Le Filon de Gérard, d’André Laurie (Paris, Hetzel, 1900), Gaétan Faradel explorateur malgré lui, de Paul de Sémant (Paris, Flammarion, 1907). Les romans parodiques respectent évidemment la règle : le héros des Voyages très-extraordinaires de Saturnin Farandoul dans les cinq ou six parties du monde et dans tous les pays connus et même inconnus de M. Jules Verne, devenu Saturnin Ier, roi de Farandoulie, promulgue deux lois : « Hommes et singes sont égaux devant la loi. Le régime parlementaire est aboli » (Albert Robida, Paris, Librairie illustrée, 1879, p. 100).

    24 Cas limite dans Le Monde Noir. Roman sur l’avenir des Sociétés humaines, de Marcel Barrière (Paris, Lemerre, 1909), utopie fondée sur l’extension pacifique du processus de colonisation au continent africain tout entier.

    25 Dans le Journal d’un poète, cité par Sarah Mombert, « Le public, le romanesque et l’Histoire. Vigny et Mérimée explorateurs du roman historique », Le Roman historique. Récit et histoire, op. cit., p. 119.

    26 De nombreux romans d’aventures reposent autour de 1900 sur le principe d’un tour du monde effectué soit par des moyens de transport incertains (vélocipède, auto, aéroplane…), soit par des personnages improbables (des enfants, un épicier, deux orphelines, etc.), soit sous la forme d’une compétition dotée d’un prix.

    27 J.-M. Moura, La Littérature des lointains, op. cit., p. 64-65. À la suite de Louis Marin dans Utopiques. Jeux d’espaces, l’auteur définit en effet le récit de voyage réel ou fictif comme « un type de récit où l’histoire bascule dans la géographie, où la ligne successive qui est la trame formelle du récit ne relie point, les uns aux autres, des événements, des accidents, des acteurs narratifs, mais des lieux dont le parcours et la traversée constituent la narration elle-même » (ibid., p. 56).

    28 Exemple type dans les fossés du château de Caylus, où Lagardère blesse Gonzague à la main (« Tu es marqué ! ») en même temps qu’il lui lance son défi (« Si tu ne viens pas à Lagardère… ») (Le Bossu, op. cit., p. 89).

    29 Isabelle Durand-Le Guern, « Le Moyen Âge dans le roman historique », in Le Roman historique. Récit et histoire, op. cit., p. 83-84.

    30 S. Mombert, « Le public, le romanesque et l’histoire », article cité, p. 119.

    31 Voir la composition des deux expéditions fictives dont La Vénus noire, d’Adolphe Belot (Paris, Dentu, 1877), raconte les aventures.

    32 D’Artagnan cumule les traits identitaires de ses trois compagnons : « Athos lui donnait de sa grandeur, Porthos de sa verve, Aramis de son élégance » (A. Dumas, Vingt ans après, op. cit., chap. VI, p. 93).

    33 L’Invasion noire du capitaine Danrit (Paris, Flammarion, 4 vol., 1894) étend ce scénario au niveau d’une guerre intercontinentale à la fin de laquelle treize millions de cannibales fanatisés assiègent Paris après avoir ravagé toutes les capitales d’Europe.

    34 M. Green, Dreams of Adventure, op. cit., p. 37.

    35 A. Dumas, Les Trois mousquetaires, op. cit., chap. XXX, p. 402.

    36 Preuve que cette sérialisation généalogique est limitée, S. Mombert observe que ce roman aurait dû s’appeler L’Arrière-Petite-Fille de Lagardère, mais que « l’auteur a préféré éviter ce monstre en sacrifiant la logique narrative » (« Lagardère de père en fils ou les aventures d’un genre populaire », Le Roman populaire en question(s), Jacques Migozzi (dir.), Limoges, PULIM, 1997, p. 410). Sur ce point, on lira aussi Daniel Compère, « L’art de la suite chez Paul Féval fils », Le Rocambole, n° 23, 2003.

    37 Féval précise, il est vrai, que Lagardère, « quel que fût son âge, était un jeune homme » (cité par René Garguilo, Paul Féval romancier, J. Rohou et J. Dugast éd., PU de Rennes, 1993, p. 118). Mais cette citation n’autorise pas à le comparer avec « les héros des séries policières ou les James Bond des romans d’espionnage » (ibid.) puisque Lagardère a été sérialisé moins dans sa personne propre que dans sa descendance.

    38 Exemple, le Gamin de Paris que son auteur, Louis Boussenard, promène en Océanie, au pays des bisons, des lions, des tigres…

    39 L’exploration du passé par la fiction est effective dans les romans des mondes perdus comme King Solomon’s mines, de Rider Haggard (1885), ou L’Étonnant Voyage de Hareton Ironcastle, de Rosny aîné (1919), où une expédition géographique remonte le temps jusqu’aux époques les plus archaïques de l’humanité et de l’évolution des espèces.

    40 En principe, puisque, à mesure qu’ils se popularisent et diffusent leurs sous-produits narratifs, les auteurs de séries se passent de sources authentiques et se réfèrent à la stéréotypie intertextuelle d’une littérature de genre fabriquée à très bas coût. Ligne de clivage qui sépare, selon Matthieu Letourneux, la littérature de la paralittérature, dans laquelle « il n’y a pas […] de mise en scène d’un monde, mais un renvoi, à travers quelques termes clés, à un univers générique purement intertextuel » (« Répétition, variation… et autoplagiat. Les pratiques d’écriture de Jean de La Hire et la question des stéréotypes dans les genres populaires », Loxias, n° 17, < http://revel.unice.fr/loxias/ >).

    41 Exemple canonique dans la préface des Trois Mousquetaires, op. cit., p. 7-9 : « Il y a un an à peu près, qu’en faisant à la Bibliothèque royale des recherches pour mon histoire de Louis XIV, je tombai par hasard sur les Mémoires de M. d’Artagnan […]. Nous trouvâmes enfin, guidé par les conseils de notre illustre et savant ami Paulin Paris, un manuscrit in-folio, coté sous le n° 4772 ou 4773, nous ne nous le rappelons plus bien, ayant pour titre : “Mémoires de M. le comte de la Fère, concernant quelques-uns des événements qui se passèrent en France vers la fin du règne du roi Louis XIII et le commencement du règne du roi Louis XIV”. »

    42 Cette hâte s’explique : l’Histoire, les romanciers n’en doutent pas, leur offrira toujours des interstices vacants où loger leurs affabulations, alors que les terres vierges, de l’avis même des voyageurs du xixe siècle, disparaissent rapidement, et avec elles la sauvagerie qui les rend romanesques – sauf à écrire des romans géographiques historiques ou à aller rechercher l’inconnu dans des espaces extraterrestres et à ouvrir au roman d’aventures un sous-genre nouveau.

    43 Hachette était alors le principal éditeur des récits d’exploration britanniques et français. Trois grandes revues spécialisées dominaient le marché dans le dernier quart du siècle : Le Tour du monde (créé en 1857), le Magasin d’éducation et de récréation (1864), et Le Journal des voyages (1877).

    44 Les phases principales de la conquête militaire de l’Afrique donnent ainsi naissance à des vagues de romans d’actualité, probablement précipitées par la concurrence des feuilletonistes entre eux : romans soudanais inspirés par les campagnes contre Samory, romans du Dahomey consécutifs à la prise d’Abomey et à la défaite de Béhanzin, romans de Madagascar, etc.

    45 Exemple l’ingénieur américain Cyrus Smith capable de recomposer la quasi-totalité du savoir scientifique et de la technologie modernes, jusqu’au télégraphe électrique, dans L’Île mystérieuse de J. Verne (1874).

    46 A. Dumas, Les Trois Mousquetaires, op. cit., p. 7. Nous soulignons.

    47 [M. de Tréville] « était l’ami du roi, lequel honorait fort, comme chacun sait, la mémoire de son père Henri IV » ; « Richelieu, comme chacun sait, avait été amoureux de la reine », Les Trois Mousquetaires, op. cit., chap. II, p. 29 et chap. XLI, p. 508. Nous soulignons.

    48 Le Cabinet des antiques de Balzac (1839) raille le « Moyen Âge qui commençait alors à montrer ses dagues, ses mâchicoulis, ses cottes, ses hauberts, ses souliers à la poulaine, et tout son romantique attirail de carton peint » (Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1952, p. 386).

    49 On trouvera des exemples de cette témérité informative dans le cycle romanesque publié par Louis Noir en 1869 sous le titre du Coupeur de têtes (3 vol.), suivi du Lion du Soudan (2 vol.).

    50 « L’Histoire précède et téléguide l’histoire, et la marge de manœuvre du romancier est d’autant plus réduite qu’il met en avant des figures connues », Yves Ansel, « L’irrésistible ascension du romanesque dans le roman historique », Le Roman historique. Récit et histoire, op. cit., p. 110.

    51 Comparer La Vénus Noire d’Adolphe Belot (Paris, Dentu, 1877), Mounza, récits africains de Daniel Arnaud (Paris, Firmin Didot, 1889) et L’Invasion noire du capitaine Danrit (Paris, Flammarion, 1894).

    52 Pseudonyme du capitaine commandant d’aérostiers Édouard Deburaux (1864-1904) à qui l’on doit, entre autres romans : Voyages et Aventures d’un aérostat. À travers Madagascar insurgée (Paris, Mame, 1895) ; Sur la route du pôle : voyage et aventures de l’aéronaute Gradnier (Paris, Mame, 1897) ; Du Tchad au Dahomey en ballon. Voyage aérien au long cours (Paris, Hachette, 1897) ; Le Record du tour de la terre en vingt-neuf jours, une heure, dix minutes… (Paris, Société d’édition et de librairie, 1899) ; Le Sahara et le Soudan en ballon, roman aérostatique (1902) ; Vers le Tchad, roman aérostatique (Paris, Hachette, 1904).

    53 « Voyez, voyez avec quelle netteté se découpent les rivages de l’île ; […] et ces jeux de soleil sur le sommet des vagues, quel admirable spectacle ! quel plaisir d’en jouir avec cette tranquillité ; on se croirait dans sa chambre, penché au-dessus d’une carte géante étendue sur le sol » (Voyages et Aventures d’un aérostat. À travers Madagascar insurgée, op. cit., p. 37).

    54 Dans Les Naufragés de l’espace, second volume du cycle Les Exilés de la terre (Paris, Hetzel, 1888), où un pool de banquiers mus par le seul profit commandite la colonisation de la lune.

    55 Préface de La Politique coloniale de la France, d’Albert Duchêne, Paris, Payot, 1928, p. X.

    56 Régis Debray, Cours de médiologie générale, Paris, Gallimard, 1991.

    57 G. Gengembre, op. cit., p. 39.

    58 Claudie Bernard, Le Passé recomposé : le roman historique français du xixe siècle, Paris, Hachette, 1996, p. 68.

    59 Exception faite des romanciers idéalistes (Feuillet, Cherbuliez, etc.) dont les fictions font survivre jusqu’à la fin du siècle une société et des valeurs anachroniques d’Ancien Régime.

    Auteur

    • Jean-Marie Seillan

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    1 Dominique Peyrache-Leborgne et Daniel Couégnas, Le Roman historique. Récit et histoire, Nantes, éd. Pleins Feux, 2000. Vigny, l’introducteur du genre en France, en a pleine conscience quand il écrit dans ses Réflexions sur la Vérité dans l’art, datées de 1827 : « Dans ces dernières années (et c’est peut-être une suite de nos mouvements politiques), l’Art s’est empreint d’histoire plus fortement que jamais » (Préface de Cinq-Mars, éd. A. Picherot, Folio classique, 1980, p. 21).

    2 Par exemple en désignant Cinq Semaines en ballon, dans une interview publiée dans The Strand Magazine de février 1895, comme « le premier de [s]a longue série de romans géographiques ». In Entretiens avec Jules Verne (1873-1905), réunis et commentés par Daniel Compère et Jean-Michel Margot, Genève, Slatkine, 1998, p. 101.

    3 Comme le montre le titre de son ouvrage La Littérature des Lointains. Histoire de l’exotisme européen au xxe siècle (Paris, Champion, 1998), Jean-Marc Moura choisit des dénominations plus vastes englobant textes fictionnels et non fictionnels. Dans Le Roman-feuilleton français au xixe siècle (Paris, PUF, 1989), Lise Queffélec emploie le terme de roman exotique, qui nous paraît désigner une variante interne du roman géographique. Sylvain Venayre, dans La Gloire de l’aventure. Genèse d’une mystique moderne, 1850-1940 (Paris, Aubier, coll. « Historique », 2002), juge indissociables aventure et géographie (« Parler d’aventure […] implique le surgissement des espaces lointains », p. 45-46) mais ne recourt pas à cette dénomination. Quoi qu’il en soit, la différence est écrasante entre les deux dénominations : sur les pages francophones de Google, l’appel « roman historique » ouvre quatre mille fois plus de pages que l’appel « roman géographique »…

    4 Au premier rang desquels Poétiques du roman d’aventures, Daniel Couégnas et Alain-Michel Boyer (dir.), université de Nantes, « Horizons comparatistes », 2004.

    5 J.-M. Moura, La Littérature des lointains, op. cit., p. 101-102.

    6 Le déclin du roman historique à la fin du siècle ne fait pas de doute : « Le roman d’aventures se distingue sensiblement du roman historique qui n’a plus, au début du xxe siècle, le même public ni la même valeur qu’au temps d’Alexandre Dumas », écrit par exemple Anne-Marie Thiesse dans Le Roman du quotidien, Paris, Le Chemin vert, 1984, p. 215.

    7 Nous empruntons à Gérard Gengembre un exemple de cette équivoque lexicale forcée. Il écrit à propos du roman historique : « Embarqué dans le passé, le lecteur se trouve du même coup entraîné ailleurs, dans un monde autre » (Le Roman historique, Paris, Klincksieck, 2006, p. 24). Nous soulignons.

    8 Jean-Yves Tadié, Le Roman d’aventures, Paris, PUF, 1982, p. 69.

    9 « Jules Verne ou le procès de l’aventure et de son livre », L’Aventure dans la littérature populaire au xixe siècle, Roger Bellet (dir.), Presses universitaires de Lyon, coll. « Littérature et idéologies », 1985, p. 127.

    10 Louis Marin, Utopiques. Jeux d’espaces, Paris, Éditions de Minuit, 1973, passage cité par J.-M. Moura, La Littérature des lointains, op. cit., p. 64-65.

    11 Sur cette double filiation, lire Martin Green, Dreams of Adventure, Deeds of Empire, London, Routledge and Kegan Paul, 1979 : « Though Verne imitated Dumas to begin with, he had more in common with Defoe than with Scott, while Dumas’s affinity was the reverse » (p. 225). Dans Seven Types of Adventure Tales. An Etiology of a Major Genre (The Pennsylvania State University Press, 1984), M. Green différencie fermement le « Three Musqueteers type » du « Cooper’s type ».

    12 Mikhaïl Bakhtine, Esthétique et Théorie du roman, Paris, Gallimard, rééd. « Tel », 1978, p. 391. Nous soulignons.

    13 Nous ne nous interrogerons pas sur les romans de l’ailleurs et de l’autrefois qui font varier les deux paramètres, comme Atala, Salammbô ou Le Roman de la Momie.

    14 Jules Verne, 1874. Même interrogation dans L’Île mystérieuse : « Deux ans déjà ! et depuis deux ans les colons n’avaient eu aucune communication avec leurs semblables ! […] Que se passait-il dans leur pays ? L’image de la patrie était toujours présente à leurs yeux […] » (IIe partie, ch. XIX, Paris, Le Livre de Poche, 1978, t. II, p. 568). De façon voisine, les explorateurs fictifs de La Vénus noire d’Adolphe Belot (Paris, Dentu, 1877, 1200 pages) se promettent à leur départ de juger le monde africain par comparaison avec leur expérience de Parisiens : « En traversant le désert, nous essaierons de nous figurer que nous allons de la Chaussée d’Antin au rond-point des Champs-Élysées ; nous confondrons à dessein les grands lacs de l’Afrique australe avec la mare d’Auteuil » (p. 26) ; ils tiennent parole aux pages 271, 315, 318, 477, 551, etc.

    15 Article paru dans Le Siècle le 13 janvier sous la signature de Dethée.

    16 Journal des voyages et des aventures de terre et de mer, deuxième série, juin-novembre 1899.

    17 « Le même jour, le jeune homme se mit en route, muni des trois présents paternels et qui se composaient […] de quinze écus, du cheval et de la lettre pour M. de Tréville » (Les Trois Mousquetaires, Le Livre de Poche, 1972, chap. I, p. 15) ; « Le fidèle serviteur […] eut bientôt rempli une valise du peu d’effets que possédait son maître, réuni dans une bourse de cuir les quelques pistoles disséminées dans les tiroirs du vieux bahut […] » (Le Capitaine Fracasse, éd. Garnier, chap. II, p. 44).

    18 Alexandre Dumas, Vingt ans après, Paris, Le Livre de Poche, 1989, chap. V, p. 92.

    19 Les préparatifs de l’expédition et l’installation quotidienne du campement composent toujours une partie importante des récits de voyages lointains et donc des romans qui s’en inspirent. Outre de nombreux exemples chez J. Verne, voir Les Colons du Tanganyka d’Armand Dubarry (Paris, Firmin Didot, 1884).

    20 Phrase finale du Bossu (VI, 10) : « Comte de Lagardère, le roi seul, le roi majeur, peut vous faire duc de Nevers » (Paris, Le Livre de Poche, 1997, p. 695).

    21 Voir Le Pays des Nègres blancs, d’Edmond Deschaumes (Paris, Marpon et Flammarion, 1893), et La Capitaine Nilia de Paul d’Ivoi (Paris, Société d’édition et de librairie, 1900) où l’un des frères Lavarède finit empereur d’Égypte. Même scénario sur le mode enfantin dans Moumousse. Aventures d’une petite fille dans le Sud africain, de Camille Debans (Mongrédien et Cie, 1900).

    22 Voir les héros de Louis Jacolliot dans L’Afrique mystérieuse (Paris, Librairie illustrée, 4 vol., 1884), celui de Louis Noir nommé D’Ussonville dans la série Voyages – Explorations – Aventures (Paris, Fayard, 1899), ou encore Harry Killer dans L’Étonnante Aventure de la mission Barsac, de Jules (et Michel) Verne (Le Matin, 1914 ; Paris, Hachette, 1919). La littérature pour la jeunesse propose une version édulcorée de ces aventuriers free lance en la personne d’enfants globe-trotters, comme le Friquet de Louis Boussenard, dont la débrouillardise insolente est censée faire oublier l’amoralité.

    23 On trouvera des héros législateurs dans Le Roi Boubou, d’Edgar Monteil (Paris, Charavay, Mantoux, Martin, 1892), Le Filon de Gérard, d’André Laurie (Paris, Hetzel, 1900), Gaétan Faradel explorateur malgré lui, de Paul de Sémant (Paris, Flammarion, 1907). Les romans parodiques respectent évidemment la règle : le héros des Voyages très-extraordinaires de Saturnin Farandoul dans les cinq ou six parties du monde et dans tous les pays connus et même inconnus de M. Jules Verne, devenu Saturnin Ier, roi de Farandoulie, promulgue deux lois : « Hommes et singes sont égaux devant la loi. Le régime parlementaire est aboli » (Albert Robida, Paris, Librairie illustrée, 1879, p. 100).

    24 Cas limite dans Le Monde Noir. Roman sur l’avenir des Sociétés humaines, de Marcel Barrière (Paris, Lemerre, 1909), utopie fondée sur l’extension pacifique du processus de colonisation au continent africain tout entier.

    25 Dans le Journal d’un poète, cité par Sarah Mombert, « Le public, le romanesque et l’Histoire. Vigny et Mérimée explorateurs du roman historique », Le Roman historique. Récit et histoire, op. cit., p. 119.

    26 De nombreux romans d’aventures reposent autour de 1900 sur le principe d’un tour du monde effectué soit par des moyens de transport incertains (vélocipède, auto, aéroplane…), soit par des personnages improbables (des enfants, un épicier, deux orphelines, etc.), soit sous la forme d’une compétition dotée d’un prix.

    27 J.-M. Moura, La Littérature des lointains, op. cit., p. 64-65. À la suite de Louis Marin dans Utopiques. Jeux d’espaces, l’auteur définit en effet le récit de voyage réel ou fictif comme « un type de récit où l’histoire bascule dans la géographie, où la ligne successive qui est la trame formelle du récit ne relie point, les uns aux autres, des événements, des accidents, des acteurs narratifs, mais des lieux dont le parcours et la traversée constituent la narration elle-même » (ibid., p. 56).

    28 Exemple type dans les fossés du château de Caylus, où Lagardère blesse Gonzague à la main (« Tu es marqué ! ») en même temps qu’il lui lance son défi (« Si tu ne viens pas à Lagardère… ») (Le Bossu, op. cit., p. 89).

    29 Isabelle Durand-Le Guern, « Le Moyen Âge dans le roman historique », in Le Roman historique. Récit et histoire, op. cit., p. 83-84.

    30 S. Mombert, « Le public, le romanesque et l’histoire », article cité, p. 119.

    31 Voir la composition des deux expéditions fictives dont La Vénus noire, d’Adolphe Belot (Paris, Dentu, 1877), raconte les aventures.

    32 D’Artagnan cumule les traits identitaires de ses trois compagnons : « Athos lui donnait de sa grandeur, Porthos de sa verve, Aramis de son élégance » (A. Dumas, Vingt ans après, op. cit., chap. VI, p. 93).

    33 L’Invasion noire du capitaine Danrit (Paris, Flammarion, 4 vol., 1894) étend ce scénario au niveau d’une guerre intercontinentale à la fin de laquelle treize millions de cannibales fanatisés assiègent Paris après avoir ravagé toutes les capitales d’Europe.

    34 M. Green, Dreams of Adventure, op. cit., p. 37.

    35 A. Dumas, Les Trois mousquetaires, op. cit., chap. XXX, p. 402.

    36 Preuve que cette sérialisation généalogique est limitée, S. Mombert observe que ce roman aurait dû s’appeler L’Arrière-Petite-Fille de Lagardère, mais que « l’auteur a préféré éviter ce monstre en sacrifiant la logique narrative » (« Lagardère de père en fils ou les aventures d’un genre populaire », Le Roman populaire en question(s), Jacques Migozzi (dir.), Limoges, PULIM, 1997, p. 410). Sur ce point, on lira aussi Daniel Compère, « L’art de la suite chez Paul Féval fils », Le Rocambole, n° 23, 2003.

    37 Féval précise, il est vrai, que Lagardère, « quel que fût son âge, était un jeune homme » (cité par René Garguilo, Paul Féval romancier, J. Rohou et J. Dugast éd., PU de Rennes, 1993, p. 118). Mais cette citation n’autorise pas à le comparer avec « les héros des séries policières ou les James Bond des romans d’espionnage » (ibid.) puisque Lagardère a été sérialisé moins dans sa personne propre que dans sa descendance.

    38 Exemple, le Gamin de Paris que son auteur, Louis Boussenard, promène en Océanie, au pays des bisons, des lions, des tigres…

    39 L’exploration du passé par la fiction est effective dans les romans des mondes perdus comme King Solomon’s mines, de Rider Haggard (1885), ou L’Étonnant Voyage de Hareton Ironcastle, de Rosny aîné (1919), où une expédition géographique remonte le temps jusqu’aux époques les plus archaïques de l’humanité et de l’évolution des espèces.

    40 En principe, puisque, à mesure qu’ils se popularisent et diffusent leurs sous-produits narratifs, les auteurs de séries se passent de sources authentiques et se réfèrent à la stéréotypie intertextuelle d’une littérature de genre fabriquée à très bas coût. Ligne de clivage qui sépare, selon Matthieu Letourneux, la littérature de la paralittérature, dans laquelle « il n’y a pas […] de mise en scène d’un monde, mais un renvoi, à travers quelques termes clés, à un univers générique purement intertextuel » (« Répétition, variation… et autoplagiat. Les pratiques d’écriture de Jean de La Hire et la question des stéréotypes dans les genres populaires », Loxias, n° 17, < http://revel.unice.fr/loxias/ >).

    41 Exemple canonique dans la préface des Trois Mousquetaires, op. cit., p. 7-9 : « Il y a un an à peu près, qu’en faisant à la Bibliothèque royale des recherches pour mon histoire de Louis XIV, je tombai par hasard sur les Mémoires de M. d’Artagnan […]. Nous trouvâmes enfin, guidé par les conseils de notre illustre et savant ami Paulin Paris, un manuscrit in-folio, coté sous le n° 4772 ou 4773, nous ne nous le rappelons plus bien, ayant pour titre : “Mémoires de M. le comte de la Fère, concernant quelques-uns des événements qui se passèrent en France vers la fin du règne du roi Louis XIII et le commencement du règne du roi Louis XIV”. »

    42 Cette hâte s’explique : l’Histoire, les romanciers n’en doutent pas, leur offrira toujours des interstices vacants où loger leurs affabulations, alors que les terres vierges, de l’avis même des voyageurs du xixe siècle, disparaissent rapidement, et avec elles la sauvagerie qui les rend romanesques – sauf à écrire des romans géographiques historiques ou à aller rechercher l’inconnu dans des espaces extraterrestres et à ouvrir au roman d’aventures un sous-genre nouveau.

    43 Hachette était alors le principal éditeur des récits d’exploration britanniques et français. Trois grandes revues spécialisées dominaient le marché dans le dernier quart du siècle : Le Tour du monde (créé en 1857), le Magasin d’éducation et de récréation (1864), et Le Journal des voyages (1877).

    44 Les phases principales de la conquête militaire de l’Afrique donnent ainsi naissance à des vagues de romans d’actualité, probablement précipitées par la concurrence des feuilletonistes entre eux : romans soudanais inspirés par les campagnes contre Samory, romans du Dahomey consécutifs à la prise d’Abomey et à la défaite de Béhanzin, romans de Madagascar, etc.

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    50 « L’Histoire précède et téléguide l’histoire, et la marge de manœuvre du romancier est d’autant plus réduite qu’il met en avant des figures connues », Yves Ansel, « L’irrésistible ascension du romanesque dans le roman historique », Le Roman historique. Récit et histoire, op. cit., p. 110.

    51 Comparer La Vénus Noire d’Adolphe Belot (Paris, Dentu, 1877), Mounza, récits africains de Daniel Arnaud (Paris, Firmin Didot, 1889) et L’Invasion noire du capitaine Danrit (Paris, Flammarion, 1894).

    52 Pseudonyme du capitaine commandant d’aérostiers Édouard Deburaux (1864-1904) à qui l’on doit, entre autres romans : Voyages et Aventures d’un aérostat. À travers Madagascar insurgée (Paris, Mame, 1895) ; Sur la route du pôle : voyage et aventures de l’aéronaute Gradnier (Paris, Mame, 1897) ; Du Tchad au Dahomey en ballon. Voyage aérien au long cours (Paris, Hachette, 1897) ; Le Record du tour de la terre en vingt-neuf jours, une heure, dix minutes… (Paris, Société d’édition et de librairie, 1899) ; Le Sahara et le Soudan en ballon, roman aérostatique (1902) ; Vers le Tchad, roman aérostatique (Paris, Hachette, 1904).

    53 « Voyez, voyez avec quelle netteté se découpent les rivages de l’île ; […] et ces jeux de soleil sur le sommet des vagues, quel admirable spectacle ! quel plaisir d’en jouir avec cette tranquillité ; on se croirait dans sa chambre, penché au-dessus d’une carte géante étendue sur le sol » (Voyages et Aventures d’un aérostat. À travers Madagascar insurgée, op. cit., p. 37).

    54 Dans Les Naufragés de l’espace, second volume du cycle Les Exilés de la terre (Paris, Hetzel, 1888), où un pool de banquiers mus par le seul profit commandite la colonisation de la lune.

    55 Préface de La Politique coloniale de la France, d’Albert Duchêne, Paris, Payot, 1928, p. X.

    56 Régis Debray, Cours de médiologie générale, Paris, Gallimard, 1991.

    57 G. Gengembre, op. cit., p. 39.

    58 Claudie Bernard, Le Passé recomposé : le roman historique français du xixe siècle, Paris, Hachette, 1996, p. 68.

    59 Exception faite des romanciers idéalistes (Feuillet, Cherbuliez, etc.) dont les fictions font survivre jusqu’à la fin du siècle une société et des valeurs anachroniques d’Ancien Régime.

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    Ce livre est cité par

    • (2012) Bibliographie sélective. Romantisme, n°155. DOI: 10.3917/rom.155.0105
    • Portebois, Yannick. Speirs, Dorothy Elizabeth. (2013) Entre le livre et le journal. DOI: 10.4000/books.enseditions.33535
    • Reggiani, Christelle. (2019) Le style peut-il faire événement ?. Cahiers de Narratologie. DOI: 10.4000/narratologie.9385
    • Geslot, Jean-Charles. (2025) Un événement éditorial peut en cacher un autre. Balisages, 9. DOI: 10.4000/140s3
    • (2011) L'écho de l'évènement. DOI: 10.4000/books.pur.40815
    • Lépinard, Marine. (2023) Alfred de Musset à l’Hôtel des haricots. Itinéraires, 2022-2. DOI: 10.4000/itineraires.12704
    • Heering, Xénia de. (2025) Faire événement, dans les interstices. Le cas d’un témoignage historique tibétain devenu best-seller dans la Chine des années 2000. Balisages, 9. DOI: 10.4000/140s6
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    Ce chapitre est cité par

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    • Dupuy, Lionel. (2011) Une métaphore de la démarche géographique et de l’histoire du XIXe siècle : L’Île Mystérieuse de Jules Verne (1874-75). Cybergeo. DOI: 10.4000/cybergeo.24646

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    Seillan, Jean-Marie. « Petite histoire d’une révolution épistémologique : la captation de l’héritage d’Alexandre Dumas par Jules Verne ». Qu’est-ce qu’un événement littéraire au xixe siècle ?, édité par Corinne Saminadayar-Perrin, Presses universitaires de Saint-Étienne, 2008, https://doi.org/10.4000/books.puse.2851.

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    Saminadayar-Perrin, C. (éd.). (2008). Qu’est-ce qu’un événement littéraire au xixe siècle ?. Saint-Étienne: Presses universitaires de Saint-Étienne. https://doi.org/10.4000/books.puse.2725
    Saminadayar-Perrin, Corinne, éd. Qu’est-ce qu’un événement littéraire au xixe siècle ?. Saint-Étienne: Presses universitaires de Saint-Étienne, 2008. doi:10.4000/books.puse.2725.
    Saminadayar-Perrin, Corinne, éditeur. Qu’est-ce qu’un événement littéraire au xixe siècle ?. Presses universitaires de Saint-Étienne, 2008, https://doi.org/10.4000/books.puse.2725.
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