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    Plan détaillé Texte intégral « Napoléon le Petit ! » – La profération initiale (été 1851) Napoléon le Petit – Le pamphlet (jusqu’en août 1852) « Petit, petit ». La poésie (jusqu’en novembre 1853) « Par Dieu je reprendrais mon fouet » – Un lent désamorçage (jusqu’en septembre 1870) « Ce soir, on crie dans les rues Napoléon le Petit » – Napoléon le Petit après Napoléon III (jusqu’en 1877) Notes de bas de page Auteur

    Qu’est-ce qu’un événement littéraire au xixe siècle ?

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Couper-coudre. La fabrication de Napoléon-le-Petit (1851-1877)

    Thomas Bouchet

    p. 169-181

    Texte intégral « Napoléon le Petit ! » – La profération initiale (été 1851) Napoléon le Petit – Le pamphlet (jusqu’en août 1852) « Petit, petit ». La poésie (jusqu’en novembre 1853) « Par Dieu je reprendrais mon fouet » – Un lent désamorçage (jusqu’en septembre 1870) « Ce soir, on crie dans les rues Napoléon le Petit » – Napoléon le Petit après Napoléon III (jusqu’en 1877) Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1La 4e partie des Misérables a pour titre « L’idylle rue Plumet et l’épopée rue Saint-Denis1 ». Elle s’ouvre sur « Quelques pages d’histoire », un chapitre lui-même subdivisé comme suit : « I. Bien coupé », « II. Mal cousu », etc. Il y est question d’un événement historique – la révolution de juillet 1830 – et de ses suites – les premières années de monarchie de Juillet.

    2« Bien coupé ». « Mal cousu » : l’identité de l’événement, selon Hugo, serait en fait double ; les « Trois glorieuses » de juillet 1830 marqueraient à la fois une rupture dans le devenir et le moment fondateur d’une construction de beaucoup plus longue haleine. Deux processus en vérité indissociables : la rupture événementielle s’inscrit dans un ensemble d’histoires qui lui préexistaient ; la construction de l’événement est faite aussi de réitérations de la rupture d’origine, ou de ruptures nouvelles.

    3L’année de parution des Misérables – 1862 – n’est pas sans importance. S’il m’a semblé stimulant de prendre appui sur ce roman, ce n’est pas seulement parce qu’il déploie une passionnante réflexion sur l’événement, mais aussi parce qu’il paraît à égale distance de deux faits : onze ans plus tôt (1851), Victor Hugo prononce à l’Assemblée législative un discours contre la révision constitutionnelle voulue par le président Louis-Napoléon Bonaparte et il emploie à cette occasion l’expression « Napoléon le Petit » ; onze ans plus tard (1873), Louis-Napoléon Bonaparte meurt en exil après l’effondrement de l’Empire. Telle est approximativement ma période de référence, sans que ces bornes aient pour autant une valeur absolue : le discours du 17 juillet 1851 est incompréhensible sans mention à ce qui précède dans l’histoire de Victor Hugo, dans l’histoire de la Seconde République, dans l’histoire de la parole politique2 ; l’expression « Napoléon le Petit » reste vivante bien après 1873 et c’est plutôt la publication d’Histoire d’un crime qui marque en 1877 le terme de mon analyse3. Mais la fabrication de Napoléon le Petit se poursuit bien après la mort de Hugo ; peut-être n’est-elle pas encore achevée.

    4Les hypothèses qui suivent s’inscrivent à la convergence de deux domaines de recherche où se croisent sans toujours se voir les spécialistes d’études littéraires et les historiens : la question de l’événement, le cas Victor Hugo. Les interrogations sur l’« événement littéraire » me paraissent propices à une mise en relation de ces univers de référence, à la lumière notamment de textes datés de l’exil (Napoléon le Petit, Châtiments, Les Misérables) ou du retour d’exil (Les Châtiments, Histoire d’un crime)4. Un très fin et très complexe réseau de correspondances unit ces œuvres et les lie avec d’autres écrits encore, que j’aborderai de manière plus ponctuelle : Actes et Paroles, Choses vues5.

    5Mais pourquoi extraire « Napoléon le Petit » de ces milliers de pages pour en faire le centre de l’étude ? Cette expression insultante6 est à la fois un objet en soi, un point de réfraction et la source d’une construction historique et littéraire inédite. Elle peut fournir un intéressant point d’observation pour certaines des caractéristiques de l’événement littéraire. Elle est préméditée mais soumise aux aléas d’une séance à l’Assemblée ; elle est tranchante, brutale, mais elle s’inscrit aussi d’emblée dans un système où entrent en jeu le monde de l’édition, la presse, le marché du livre, diverses institutions7 ; « Napoléon le Petit » renvoie aussi à la question de la réception (Hugo y est extrêmement sensible), à l’état du discours au xixe siècle. Autant de pistes à mon avis prometteuses, mais que je ne ferai qu’esquisser ici.

    6Dernière remarque : l’enquête que je propose s’inscrit évidemment dans la diachronie, mais la coexistence de temporalités et modalités d’expression multiples impose de renoncer à une présentation de séquences dans une relation linéaire, homogène. « Napoléon le Petit » évoque plutôt des phénomènes de type alluvionnaire où chaque couche nouvelle est en même temps teintée des précédentes. Cette logique cumulative de conservation et de modulation est à mon avis l’effet d’une stratégie d’écriture de Hugo qui entend imposer un événement de discours, qui s’ingénie à faire rupture et à prolonger cette rupture, à fabriquer en somme Napoléon le Petit.

    « Napoléon le Petit ! » – La profération initiale (été 1851)

    7Le 17 juillet 1851, Victor Hugo occupe pendant plusieurs heures la tribune de l’Assemblée législative. C’est là qu’il s’écrie : « Quoi ! parce que nous avons eu Napoléon le Grand, il faut que nous ayons Napoléon le Petit8 ! » Le côté amusant du sobriquet ne doit pas faire oublier sa violence. Les trois mots en question visent à déposséder la cible de son nom propre pour lui en attribuer un autre, extrêmement dévalorisant. La provocation joue avec les limites de l’acceptable, d’autant qu’elle jaillit en l’absence du principal intéressé, le président Bonaparte. Elle fait événement : « C’est une invention grotesque et c’est une infraction ouverte, choquante aux normes de l’insulte politique », commente Guy Rosa9. Hugo récidive dans des termes voisins et sur un mode mineur quelques minutes plus tard. Par la dénégation, il fait entrer davantage encore l’insulte dans les esprits. « Ce n’est pas offenser [Louis-Napoléon Bonaparte] que de dire qu’il n’est pas un grand homme. »

    8L’expression se veut brisure. L’atmosphère de l’Assemblée législative est ce jour-là chargée d’électricité : lorsqu’il prend la parole, Hugo n’est pas sûr qu’il la conservera, qu’il ne sera pas empêché d’atteindre son « Napoléon le Petit ». Au milieu des interruptions, des sifflets ou des quolibets, il avance vaille que vaille. Il a prévu qu’il lancerait son assaut, mais il reste dans l’incertitude : l’Assemblée est incontrôlable. Les réactions de ses opposants sont à la mesure de l’attaque. « À l’ordre ! à l’ordre ! » fulminent-ils, conscients du pouvoir subversif et déstabilisateur des mots. Le comte de Falloux tente même de désamorcer la charge par une mise en garde à l’adresse de ses collègues : « Je crois que l’Assemblée aurait tort de permettre que quelques-unes des paroles de M. Victor Hugo soient répandues ce soir dans Paris, et se répandissent demain dans la France entière, sans une seule rectification. » C’est peine perdue : dans la presse, la séance est commentée avec passion10 ; la formule se répand comme une traînée de poudre.

    9La brisure, pourtant, n’est pas radicale. Elle s’inscrit dans un ensemble de temporalités repérables. D’abord, « Napoléon le Petit » est l’acmé d’une longue philippique :

    Quoi ! parce que après dix ans d’une gloire immense, d’une gloire presque fabuleuse à force de grandeur, il [Napoléon le Grand] a, à son tour, laissé tomber d’épuisement ce sceptre et ce glaive qui avait [sic] accompli tant de choses colossales, vous venez, vous, vous voulez, vous, les ramasser après lui, comme il les a ramassés, lui, Napoléon, après Charlemagne, vos voulez prendre, dans vos petites mains, ce sceptre des Titans, cette épée des géants ! pourquoi faire ? Quoi ! après Auguste, Augustule ! Quoi ! parce que nous avons eu Napoléon le Grand, il faut que nous ayons Napoléon le Petit !

    10Ces coups assénés aux partisans du président Bonaparte sont une forme de revanche. Ils ne peuvent se comprendre que ressaisis dans le parcours de Victor Hugo. Copieusement maltraité depuis son élection comme représentant du peuple en 1848, sans cesse insulté, moqué, interrompu (« Poète ! » ; « C’est digne de l’Ambigu Comique ! »), il tient en juillet 1851 l’occasion qu’il attendait. Quant à l’expression elle-même, elle se situe dans une tradition de l’insulte : Louis-Napoléon Bonaparte a depuis longtemps reçu le surnom de Badinguet ; en avril 1850, d’après Choses vues, le comte d’Orsay appelle ce même Bonaparte « le perroquet endormi ». Avec le neveu rejouent en outre des insultes adressées naguère à l’oncle : on se souvient que les Britanniques ont baptisé le consul Bonaparte « Little Boney11 » et que les caricatures sur sa silhouette de lilliputien ont fleuri chez les opposants à l’Empire12. Sous la Seconde République, d’autres que le président de la République essuient des moqueries insultantes sur leur taille : Louis Blanc, « nain » de l’Assemblée (Choses vues), Thiers aussi.

    11Hugo lui-même n’en est pas à son coup d’essai : il a écrit en octobre 1849 un poème où il stigmatisait le président et les siens, coupables selon lui d’avoir défendu le pape Pie IX contre les patriotes italiens au moment de l’expédition de Rome : Hugo y décrivait l’« abaissement », la « petitesse » d’adversaires « d’une chétive espèce », « pauvres nains vainqueurs13 »… Enfin, si l’on en croit Jacques Seebacher, « c’est un souvenir de Chateaubriand qui fournit au discours contre la révision de la Constitution l’outrage historique en même temps que le titre futur14. »

    Napoléon le Petit – Le pamphlet (jusqu’en août 1852)

    12Adviennent le coup d’État du Deux-décembre 1851, des actions de résistance nombreuses et multiformes, pour Hugo l’exil précipité en Belgique15. Il y rassemble très vite des matériaux en vue d’écrire une histoire du Deux-décembre, puis (juin 1852), il modifie sa stratégie. C’est un pamphlet qu’il choisit de composer : Napoléon le Petit est achevé à l’été 1852. Hugo s’est forgé là une arme assez redoutable. « Arme de jet16 » ? Arme de poing plutôt, lame conçue pour s’enfoncer profond dans les chairs de l’ennemi. Les pages du pamphlet débordent d’images et de sonorités qui répètent inlassablement l’attaque de l’été précédent. L’ennemi est « le dernier des hommes », un « voleur », un « criminel », un « filou », ou encore un « bouffon ». Il est aussi et surtout un tout petit homme à tous points de vue. Il s’appelle « Louis Bonaparte » ou « M. Bonaparte » car Hugo lui confisque « Napoléon », sauf dans le sobriquet. Petit, une fois pour toutes : ici, « Napoléon-le-Petit : rien de plus, rien de moins. Le titre de ce livre est bon » ; là, « Bonaparte le Petit ». Rapetissé, réduit, rétréci, grotesque caricature des plus grands que lui : « M. Bonaparte, quia nominor Poleo » ; « pygmée » ou « avorton » ; « Césarion » ou « Augustule » ; « Naboléon ! » Cet homme, écrit Hugo, est contagieux : il « a amoindri les âmes ». Dans Choses vues (fin 1848) il n’était pas spécialement petit, parce que Victor Hugo n’avait rien à lui reprocher ; il le devient dans Napoléon le Petit : un « front étroit » et un « œil petit » le caractérisent désormais.

    13Napoléon le Petit est l’inlassable modulation de l’insulte initiale. Il fait directement écho à la tribune : des procédés rhétoriques sont repris tels quels (« Quoi ! quoi ! », écrit par exemple à plusieurs reprises le Hugo du pamphlet, dans le droit fil de ses exclamations de l’année précédente). Pourtant l’écrivain parvient à passer par Napoléon le Petit du verbal à l’écrit. Il inscrit l’assaut dans la durée et lui donne une seconde vie, de papier celle-là. Il entend de la sorte résister par le flot des mots imprimés à leur dévoiement par l’homme du Deux-décembre. L’usurpateur, traître à son serment de fidélité à la République, a brutalisé la langue. Il se fait passer pour ce qu’il n’est pas : « […] Un chat ne s’appelle plus un chat, […] Louis Bonaparte est identique à Napoléon le Grand. » Écrire Napoléon le Petit, c’est en somme recommencer à appeler un chat un chat.

    14Hugo sait que le pouvoir en place interdira et condamnera à la clandestinité son pamphlet de proscrit. Il espère pourtant que le texte se diffusera en France et qu’il empoisonnera les hommes du Deux-décembre. De fait, dès le 8 août 1852, l’ambassadeur de France à Bruxelles envoie un exemplaire du livre tout juste sorti des presses au ministre des Affaires étrangères Drouyn de Luys, ce qui fait de ce dernier l’un des premiers lecteurs de Napoléon le Petit17.

    « Petit, petit ». La poésie (jusqu’en novembre 1853)

    15« Comme Jésus, je frappe de toutes mes forces. Nap.-le-Petit est violent. Ce livre-ci sera violent. » C’est dans ces termes que Victor Hugo décrit début 1853 à l’éditeur Hetzel la nouvelle arme qu’il fourbit contre le prince-président devenu empereur en décembre 185218. Châtiments traduit en effet l’acharnement – l’obsession ? – du poète. En voici quelques exemples, recueillis dans les pièces écrites entre novembre 1852 et septembre 1853, et qui rejouent l’effet de contraste expérimenté depuis l’été 1851. Dans Éblouissements, l’empereur est « Napoléon le Nain ». Dans Nox, « le nain grimpe au géant [Napoléon Ier] ».

    16Dans Querelles du sérail :

    Après Danton, Saint-Just et Mirabeau, ces hommes,
    Ces titans – aujourd’hui, cette France où nous sommes
    Contemple l’embryon !
    L’infiniment petit, monstrueux et féroce !
    Et, dans la goutte d’eau, les guerres du volvoce
    Contre le vibrion !

    17Dans Chanson (VIe pièce du Livre septième) :

    […] Toi, son singe, marche derrière,
    Petit, petit.
    […] Voici de l’or, viens, pille et vole,
    Petit, petit.
    […] Voici pour toi, voici des filles,
    Petit, petit.
    […] Voici du sang, accours, viens boire,
    Petit, petit.
    […] Toi, tu te noieras dans la fange,
    Petit, petit.

    18La composition même de Châtiments est caractéristique. La XIIe pièce de L’Autorité est sacrée (décembre 1852) consiste en un court poème pour Napoléon le Petit ; vient immédiatement après un long poème pour Napoléon [le Grand]. Quant à la pièce écrite après l’expédition de Rome et citée plus haut, elle est remobilisée pour Châtiments et postdatée de Jersey, juin 1853. De sorte que Châtiments fonctionne selon Jean-Marie Gleize comme « un seul et même texte, cent fois repris, réécrit, relancé19 ».

    19Le recueil paraît à Bruxelles en novembre 1853 tandis que Napoléon le Petit poursuit son existence clandestine et que depuis août 1853 sont en vente les Œuvres oratoires de Victor Hugo, qui contiennent le discours du 17 juillet. Le proscrit est extrêmement sensible à l’impact de ses écrits tandis qu’il peaufine Châtiments. Il peut le mesurer de plusieurs manières. En Belgique, la loi Faider réprime dès la mi-décembre 1852 la liberté d’expression, en réaction (entre autres) aux attaques portées par Hugo contre la puissance voisine et potentiellement menaçante. Dans les îles d’exil, les proscrits font des commentaires retranscrits sans déplaisir dans Choses vues, dont celui-ci : « 27 août 1853 – Jersey. P. ++ [Leroux ?] me disait hier : – Le 2 décembre ! Coup de police plus encore que coup d’État. Vous avez bien fait d’intituler cet homme Napoléon le Petit » ; Hugo lit à ses compagnons d’infortune les pièces qu’il compose et agence pour Châtiments ; il cite en tête de L’Homme a ri (octobre 1852) un commentaire qu’aurait fait le prince-président à la lecture de son pamphlet (« Voyez, Messieurs, voici Napoléon le Petit par Victor Hugo le Grand. ») Ajoutons qu’en France – mais Hugo ne le sait pas – des exemplaires ou des pages de Napoléon le Petit sont saisis dans les bottes d’un gentilhomme de Vire (septembre 1852), chez un cordonnier colporteur lyonnais (juillet 1853), dans des bustes de plâtre représentant Napoléon III et transportés sur le chemin de fer du Nord (octobre 1853)20.

    20Le rapport de force est pourtant défavorable aux opposants. Le parjure l’a emporté. L’Empire s’installe et s’affermit semaine après semaine. Hugo est contraint d’en tenir compte ; c’est pour cela que dans On loge à la nuit (écrit en février 1853 et non, comme le prétend Hugo, en novembre 1852…), l’ennemi devient « Tom-Pouce Attila », subtil mélange de ridicule et de brutale puissance.

    « Par Dieu je reprendrais mon fouet » – Un lent désamorçage (jusqu’en septembre 1870)

    21Les « papiers d’État » étudiés avec grande attention par Pierre Angrand informent sur les réactions qu’inspirent les attaques menées par Hugo contre le régime en place. Début 1854, Châtiments est distribué gratuitement aux Verrières (sur la route Neuchâtel-Pontarlier, à la frontière franco-suisse) : l’information remonte jusqu’au garde des Sceaux et au ministre des Affaires étrangères. Taule, un ami du jeune Clemenceau, a lu une pièce de Châtiments dans un café en présence de trois amis et d’un délateur ; il écope d’un mois de prison en avril 1862 ; Hugo, reconnaissant, envoie son portrait à Taule emprisonné21. Mais les occurrences se font de plus en plus rares et certaines informations alarmistes sont même sujettes à caution : les renseignements réunis sur des imprimeries clandestines ou sur des filières subversives nous renseignent aussi et parfois surtout sur les fantasmes des autorités.

    22Hugo ne reste pourtant pas inactif. Sa haine ne faiblit pas ; il entend lui donner ses lettres de noblesse face à des insinuations qu’il considère comme malveillantes. Peel déclare à Londres le 12 décembre 1854 que le proscrit mène contre son adversaire « une sorte de querelle personnelle22 ». Aussitôt ou presque Hugo publie une réponse déterminée dans L’Homme, le journal des proscrits. Il revient sur la petitesse de son adversaire : « Je préviens M. Bonaparte que je me rends parfaitement compte des ressorts qu’il fait mouvoir et qui sont à sa taille » ; il déclare aussi que se joue là en fait « la vieille querelle personnelle du juge sur son siège et de l’accusé sur son banc23 ».

    23Ses efforts sont plutôt vains. Châtiments se vend moins que Napoléon le Petit ; la surveillance et la répression contre les menées des opposants portent leurs fruits ; les victoires remportées par les troupes françaises en Crimée au milieu des années cinquante ainsi que l’ordre et la prospérité ambiante désamorcent une partie des hostilités. Modéré au regard de certains autres proscrits, tel Pyat, Hugo se montre de moins en moins vindicatif au fil des années soixante. Son combat, en fait, change de forme. Il estime prioritaire son œuvre d’écrivain et il désire que le lectorat français lui reste fidèle. Pour ce faire, il a tout intérêt à rester discret. Les Misérables est à ce titre un test intéressant. L’adversaire politique n’y apparaît pas, que ce soit sous le nom de Louis-Napoléon Bonaparte ou sous celui de Napoléon III. « La critique s’inclina, commente Guy Rosa, soit avec ferveur devant l’évidence du génie, soit avec déférence devant celle de la réussite, parfois avec la satisfaction de voir le régime de Napoléon III épargné contre toute attente24… » On repère simplement çà et là des bribes de Châtiments et des matériaux destinés initialement à « Histoire d’un crime », par exemple dans l’épisode de la barricade25. Car Victor Hugo avance en réalité dans une autre direction. Il théorise sa vision de l’événement – « bien coupé », « mal cousu » sont des titres de l’exil « et, plus précisément, de la dernière phase du travail26 ». Il montre que le sens de l’événement ne s’impose pas au moment où il advient, mais qu’il peut n’être saisissable, compréhensible, mobilisable qu’à moyen ou long terme. Dès lors, le Deux-décembre, ou le discours de juillet 1851 contre « Napoléon le Petit », restent des événements ouverts. Dans l’un et l’autre cas le dernier mot n’est pas dit encore.

    24Hugo entend défendre son œuvre en construction contre toute attaque. Il répète à son éditeur qu’il ne saurait tolérer une quelconque censure. En cas de menace, il envisage de repartir au combat.

    Si M. Bonaparte persécute Les Misérables, la littérature en dedans de la France m’étant fermée, je reprendrai la littérature du dehors et je recommencerai la guerre de Napoléon le Petit et de Châtiments. (8 mai 1862, à son éditeur Lacroix)
    Le cas échéant, ah ! l’univers en verrait de belles ; par Dieu je reprendrais mon fouet, mon chat à neuf queues, ma poignée de verges et l’on entendrait les fesses de Louis Bonaparte sonner jusqu’au soleil ! (sans date, à son éditeur Lacroix)

    25La censure impériale épargne en définitive Les Misérables. Le roman se vend bien. À la fin des années soixante, la colère de Victor Hugo contre l’empereur s’est atténuée – du moins ne s’exprime-t-elle plus avec la virulence de naguère. Le proscrit reste inflexible sur les conditions de son éventuel retour en France. Mais l’expression « Napoléon le Petit » ne résonne plus.

    « Ce soir, on crie dans les rues Napoléon le Petit » – Napoléon le Petit après Napoléon III (jusqu’en 1877)

    26Après la défaite militaire de 1870 et l’effondrement de l’Empire, Napoléon le Petit se fait de nouveau entendre, et plus nettement que jamais. Châtiments est édité en France et paraît en octobre 1870 dans une version augmentée et retravaillée qui prend pour titre Les Châtiments. Elle connaît un immense succès ; elle atteint son 21e mille en février 1871 ; elle est lue, déclamée. Une caricature de Faustin traduit la victoire très inattendue, victoire à retardement du poète sur l’empereur : l’implacable Hugo écrase Napoléon le Petit sous un énorme volume des Châtiments. « On dit des pièces des Châtiments à tous les spectacles, écrit Hugo dans ses carnets. C’est affiché partout. Le mot Châtiments couvre les murs. Ce soir, on crie dans les rues Napoléon le Petit27. » De fait, le pamphlet de l’été 1852 paraît en France le 2 décembre 1870 – date symbolique, dix-neuf ans tout juste après le coup d’État.

    27Napoléon le Petit connaît alors la gloire réservée aux formules historiques. Le Grand Dictionnaire universel du xixe siècle, à son entrée « Hugo » (1872), héroïse la scène fondatrice de juillet 1851 :

    Quand il s’agit de combattre la réélection de Louis Bonaparte, il occupa la tribune pendant plusieurs séances, avec un éclat qu’il n’avait pas encore atteint et qu’il n’a point dépassé. Il faut relire, dans le Moniteur, ces réquisitoires passionnés contre le retour aux idées monarchiques, et surtout contre l’astuce de l’évadé de Ham, rêvant dans l’ombre la restauration de sa dynastie. En face de celui qui, le lendemain, allait le proscrire, Victor Hugo ne craignit pas de le cribler de sarcasmes et de l’appeler déjà Napoléon le Petit et Augustule. Ces terribles séances de novembre 1851, pendant l’une desquelles il faillit s’évanouir à la tribune, après avoir parlé cinq heures contre le rétablissement de l’Empire, qu’il prévoyait, doivent lui être comptées comme une des plus belles campagnes de sa vie28.

    28Le texte amplifie et dramatise démesurément la scène : Hugo n’a occupé la tribune que le 17 juillet (et non à plusieurs reprises en novembre) ; la cible de son attaque n’était pas présente en face de lui. Mais l’expression « Napoléon le Petit » s’installe, et la séance compte désormais parmi les grandes heures de l’histoire républicaine.

    29La mort de l’empereur déchu (1873) ne met pas un terme à cette dynamique, bien au contraire. L’entrée « Napoléon III » (1874) du Grand Dictionnaire universel du xixe siècle est habitée par Hugo : « […] Napoléon III repose à Chiselhurst ; si la France, qui, grâce aux Bonaparte, a vu par trois fois son sol envahi, lui doit une épitaphe, ce ne peut être que celle-ci : NAPOLÉON LE DERNIER ! » ; suivent un extrait de Napoléon le Petit et un extrait des Châtiments, une citation (« Il est douteux que l’histoire conserve à l’oncle le nom de Napoléon le Grand, mais il est certain qu’elle serait indulgente en n’appelant le neveu que Napoléon le Petit », d’après Le Rappel). Un article élogieux à l’entrée « Napoléon le Petit » (« un livre qui restera ; il faut le lire et le relire ») complète le dispositif.

    30Hugo contribue très efficacement à ce travail d’enracinement. Il perfectionne son œuvre écrite. Pour l’édition française de 1870 de Châtiments, il reprend son discours du 17 juillet 1851 pour le colorer de teintes nouvelles et pour le compléter à son gré : il aurait ainsi employé l’expression insultante à deux reprises : peu après la première profération, il se serait écrié : « Eh bien, si la tribune est respectée, je vais voir. Je continue. Non ! Après Napoléon le Grand, je ne veux pas de Napoléon le Petit ! » Puis, dans la présentation qu’il rédige à la troisième personne du singulier pour Actes et Paroles (1875), il « hugotise un peu les faits29 » à propos de la loi Faider, qui aurait été selon l’écrivain « faite exprès pour Victor Hugo ». Et puis, toujours pour Actes et Paroles, il ne puise qu’aux sources qui le servent. Il réécrit une fois encore le discours du 17 juillet, ajoute des indications scéniques (« Profond silence », au moment où il prend la parole). Il aménage même les réactions des représentants après « Napoléon le Petit » : il prend cette fois ses distances vis à vis d’une version trop pâle à son goût, celle du Moniteur (« Applaudissements et rires prolongés sur quelques bancs à gauche. Rumeurs sur plusieurs bancs à droite ») ; il lui préfère celle de La Presse : « La gauche applaudit, la droite crie. La séance est interrompue pendant plusieurs minutes. Tumulte inexprimable. »

    31La publication d’Histoire d’un crime (1877) est l’ultime remobilisation notable de l’écrivain contre l’adversaire défunt, cette fois par ricochet. Les circonstances exigent selon Hugo la publication du texte commencé au lendemain du coup d’État de 1851, laissé ensuite en jachère, mais jamais abandonné : « Ce livre est plus qu’actuel ; il est urgent. Je le publie. V. H. Paris, 1er octobre 1877. » Il s’agit pour lui de prendre parti après la crise constitutionnelle qui en mai a menacé la République naissante. En dénonçant les menées royalistes et bonapartistes, Hugo revient une fois encore à l’homme du Deux-décembre et fait rejouer l’opposition grand-petit. Le parjure de 1851 est « Monsieur Louis Bonaparte », un homme de « chétive pensée » ; Hugo lui attribue ces mots : « La République étant donnée, je ne suis pas un grand homme » ; défait par l’armée prussienne, humilié par Guillaume et Bismarck, l’empereur redevient in fine ce qu’il a toujours été, « un homme, la cigarette à la bouche ».

     

    32Après la mort de Victor Hugo (1885), Napoléon le Petit continue d’agir. Il faudrait pour s’en convaincre reconstituer les principales étapes de cette histoire. Un exemple : L’Encyclopédie par l’image (Hachette, 1927) reprend pour ses très nombreux jeunes lecteurs une partie de l’article « Hugo » du Grand Dictionnaire universel du xixe siècle et participe de la sorte à un intéressant phénomène d’imprégnation. Auparavant (lors de la crise boulangiste, à propos de la tentative de coup d’Etat par Déroulède…), et ensuite (en février 1934, pendant la guerre d’Algérie…) l’anti-bonapartisme remobilise en partie l’héritage de Victor Hugo ; telle est du moins l’hypothèse que formule Pierre Milza en conclusion d’une synthèse historique récente sur Napoléon III : « Je ne pense pas, indique Milza, qu’il soit très utile de se demander lequel des deux Napoléon fut le “grand” ou le “petit”30. » Et pourtant… Hugo contamine son livre : le portrait de l’empereur, en couverture, est cadré très grand (pour faire pièce à l’entreprise de stigmatisation engagée en 1851 ?) ; Hugo est cité à plusieurs reprises, de sorte qu’il occupe le 8e rang dans l’index des noms propres derrière l’impératrice Eugénie, quelques hommes forts du régime, Adolphe Thiers, le prince Jérôme. Milza interprète longuement le discours du 17 juillet qu’il considère comme une « gifle » ; il dénonce – en la reproduisant ! – « la légende noire de “Napoléon le petit” ».

    33La profondeur de l’empreinte prouve-t-elle que Hugo a fait événement avec Napoléon le Petit ? Et peut-on qualifier les trois mots prononcés à l’Assemblée d’« événement littéraire » ? Il me semble que oui, pour deux raisons complémentaires : une volonté affirmée et traduite dans les faits de faire rupture par le verbe (Hugo « coupe ») ; le souci d’inscrire l’insulte dans la durée, avec constance et souplesse, fidélité aux principes et capacité d’adaptation aux circonstances (Hugo « coud »). Attention néanmoins aux erreurs d’optique. Parmi les expressions de l’hostilité à l’empereur et à l’Empire entre 1852 et 1870, les chansonnettes colportées ont beaucoup plus d’impact que les diatribes de Hugo. Et il est évident que « Napoléon le Petit n’a pas changé le cours de l’histoire31 ». L’écrivain parvient pourtant à s’adjuger la maîtrise du langage et la maîtrise du temps aux dépens de son adversaire. Maîtrise du langage ? Jean-Marc Hovasse note à juste titre que Victor Hugo peut s’estimer le parrain de Napoléon III en lieu et place de Napoléon Ier puisqu’il lui a donné un nom de baptême32. Ou encore, pour reprendre cette fois la très belle formule de Pierre Angrand, c’est en 1852 « Napoléon le Petit [qui] expulse son auteur de Belgique33. » Maîtrise du temps ? Napoléon le Petit a défié les années et les siècles. Tonitruante à l’été 1851, discrète (voire inaudible) entre le coup d’État et la défaite de Sedan, l’expression a refait surface, éclatante, à partir de 1870. En somme, Hugo a su fabriquer dans le même temps deux personnages – son adversaire et lui-même – en un seul et même mouvement de sculpture de l’autre et de sculpture de soi. Avec Châtiments, selon Jacques Seebacher, Hugo « scelle en une sorte de fraternité impossible, avec celui de l’empereur, son propre et prophétique destin34 ». La mort des protagonistes n’y a rien changé ; aujourd’hui encore, écrire ou dire « Napoléon le Petit » c’est réactiver la rupture de l’été 1851.

    Notes de bas de page

    1 Édition utilisée : Les Misérables, dans Œuvres complètes, Paris, Laffont, 1985 (notice et notes par Annette et Guy Rosa).

    2 Quelques jalons dans Thomas Bouchet, « Figures libres. L’orateur Hugo en République, 1848-1851 », dans Jean-Claude Caron et Annie Stora-Lamarre (dir.), Hugo politique, Besançon, Presses de l’université de Franche-Comté, 2004.

    3 Édition utilisée : Histoire d’un crime, dans Œuvres complètes, Histoire, Paris, Laffont, 1987 (notice et notes par Jean-Claude Fizaine).

    4 Éditions utilisées : Napoléon le Petit, dans Œuvres complètes, Histoire, Paris, Laffont, 1987 (notice et notes de Sheila Gaudon) ; Les Châtiments, Paris, Le Livre de Poche, 1998 (préface, commentaires et notes par Guy Rosa et Jean-Marie Gleize) ; Les Châtiments, Paris, Garnier-Flammarion, 1998 (sous la direction de Jean-Marc Hovasse).

    5 Éditions utilisées : Actes et Paroles II et III, dans Œuvres complètes, Politique, Paris, Laffont, 1985 (notices et notes par Josette Acher et Marie-Christine Bellosta) ; Choses vues, dans Œuvres complètes, Histoire, Paris, Laffont, 1987 (notices et notes par Jean-Claude Nabet et al.).

    6 Sur cette question : Thomas Bouchet, « Napoléon le Petit », dans Thomas Bouchet, Matthew Leggett, Geneviève Verdo et Jean Vigreux (dir.), L’Insulte (en) politique, Dijon, EUD, 2005.

    7 Dans son Introduction au présent volume, Corinne Saminadayar-Perrin souligne le rôle de ces « systèmes communicationnels, culturels, éditoriaux » et elle rappelle que « l’événement littéraire résulte d’une opération médiatique et économique complexe » (p. 11).

    8 Pour cette citation, et celles qui suivent, Moniteur universel du 18 juillet 1851.

    9 Interview sur Radio-France Internationale (RFI), en ligne sur le site de la station depuis décembre 2005.

    10 Des exemples probants dans La Presse du 18 juillet (il y est question du « fouet de l’histoire, de l’histoire impartiale, impartialement racontée dans le magnifique langage de Victor Hugo »), dans Le Constitutionnel qui dénonce le 18 juillet une « révoltante impudeur ».

    11 L’expression est à double détente : « bone » signifie « os » (on pourrait donc traduire « little Boney » par « petit sac d’os ») ; mais « Boney » est aussi un diminutif ridicule pour « Bonaparte ».

    12 Fabrice Bensimon et Pascal Dupuy, « L’insulte à Napoléon Bonaparte dans les caricatures anglaises », dans L’Insulte (en) politique, op. cit.

    13 Il s’agit du 5e poème, non titré, du Livre cinquième (« L’autorité est sacrée »).

    14 Jacques Seebacher, « Esthétique du coup d’État : la prise à partie de Louis-Napoléon Bonaparte », dans Victor Hugo ou le calcul des profondeurs, Paris, PUF, 1993. Je n’ai pas réussi à éclaircir cette référence à Chateaubriand.

    15 Sur les années d’exil : Guy Rosa, « Ce que c’est que l’exil de Victor Hugo », Groupe Hugo (Paris VII), communication du 20 octobre 2001, consultable et téléchargeable sur le site du Groupe Hugo.

    16 Pierre Angrand, Victor Hugo raconté par les papiers d’État, Paris, Gallimard, 1961, p. 27.

    17 Ibid., p. 32.

    18 Lettre du 6 février, citée par Jean-Marc Hovasse dans sa préface aux Châtiments. Plus largement, et à propos de Châtiments comme de Napoléon le Petit : Sheila Gaudon, Correspondance entre Victor Hugo et Pierre-Jules Hetzel. La publication de Napoléon le Petit et des Châtiments, tome 1 (1852-1853), Paris, Klincksieck, 1979.

    19 Dans V. Hugo, Les Châtiments, op. cit., p. 423.

    20 Faits rapportés par Pierre Angrand, Victor Hugo raconté par les papiers d’État, op. cit., passim.

    21 Lettre à Meurice du 18 avril 1862. Ibid.

    22 Un tel reproche est déjà formulé par Marx dans Le Dix-huit Brumaire de Louis-Napoléon Bonaparte, en 1852.

    23 Cité par Pierre Angrand, Victor Hugo raconté par les papiers d’État, op. cit., p. 139.

    24 V. Hugo, Les Misérables, op. cit., p. 1166.

    25 Ibid., p. 1165.

    26 René Journet et Guy Robert, Le Manuscrit des Misérables, Besançon, Annales littéraires de l’université de Besançon, 1963.

    27 27 novembre 1870. Cité par Jean-Marc Hovasse dans sa préface aux Châtiments, op. cit.

    28 Pierre Larousse (dir.), Grand Dictionnaire universel du xixe siècle, Paris, Administration du Grand dictionnaire universel, s. d. [1872].

    29 Pierre Angrand, Victor Hugo raconté par les papiers d’État, op. cit., p. 25.

    30 Pierre Milza, Napoléon III, Paris, Perrin, 2004, p. 647. Je laisse ici de côté un ouvrage signé par Philippe Seguin, au contenu beaucoup moins solide mais au titre évocateur dans la perspective qui m’occupe : Louis-Napoléon le Grand, Paris, Grasset, 1990.

    31 Notice de Napoléon le Petit, Histoire, op. cit.

    32 Cité par Jean-Marc Hovasse dans sa préface aux Châtiments.

    33 Pierre Angrand, Victor Hugo raconté par les papiers d’État, op. cit., p. 25.

    34 Jacques Seebacher, « Esthétique du coup d’Etat […] », loc. cit.

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    • Thomas Bouchet

      IdRef : 053295676

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    1 Édition utilisée : Les Misérables, dans Œuvres complètes, Paris, Laffont, 1985 (notice et notes par Annette et Guy Rosa).

    2 Quelques jalons dans Thomas Bouchet, « Figures libres. L’orateur Hugo en République, 1848-1851 », dans Jean-Claude Caron et Annie Stora-Lamarre (dir.), Hugo politique, Besançon, Presses de l’université de Franche-Comté, 2004.

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    4 Éditions utilisées : Napoléon le Petit, dans Œuvres complètes, Histoire, Paris, Laffont, 1987 (notice et notes de Sheila Gaudon) ; Les Châtiments, Paris, Le Livre de Poche, 1998 (préface, commentaires et notes par Guy Rosa et Jean-Marie Gleize) ; Les Châtiments, Paris, Garnier-Flammarion, 1998 (sous la direction de Jean-Marc Hovasse).

    5 Éditions utilisées : Actes et Paroles II et III, dans Œuvres complètes, Politique, Paris, Laffont, 1985 (notices et notes par Josette Acher et Marie-Christine Bellosta) ; Choses vues, dans Œuvres complètes, Histoire, Paris, Laffont, 1987 (notices et notes par Jean-Claude Nabet et al.).

    6 Sur cette question : Thomas Bouchet, « Napoléon le Petit », dans Thomas Bouchet, Matthew Leggett, Geneviève Verdo et Jean Vigreux (dir.), L’Insulte (en) politique, Dijon, EUD, 2005.

    7 Dans son Introduction au présent volume, Corinne Saminadayar-Perrin souligne le rôle de ces « systèmes communicationnels, culturels, éditoriaux » et elle rappelle que « l’événement littéraire résulte d’une opération médiatique et économique complexe » (p. 11).

    8 Pour cette citation, et celles qui suivent, Moniteur universel du 18 juillet 1851.

    9 Interview sur Radio-France Internationale (RFI), en ligne sur le site de la station depuis décembre 2005.

    10 Des exemples probants dans La Presse du 18 juillet (il y est question du « fouet de l’histoire, de l’histoire impartiale, impartialement racontée dans le magnifique langage de Victor Hugo »), dans Le Constitutionnel qui dénonce le 18 juillet une « révoltante impudeur ».

    11 L’expression est à double détente : « bone » signifie « os » (on pourrait donc traduire « little Boney » par « petit sac d’os ») ; mais « Boney » est aussi un diminutif ridicule pour « Bonaparte ».

    12 Fabrice Bensimon et Pascal Dupuy, « L’insulte à Napoléon Bonaparte dans les caricatures anglaises », dans L’Insulte (en) politique, op. cit.

    13 Il s’agit du 5e poème, non titré, du Livre cinquième (« L’autorité est sacrée »).

    14 Jacques Seebacher, « Esthétique du coup d’État : la prise à partie de Louis-Napoléon Bonaparte », dans Victor Hugo ou le calcul des profondeurs, Paris, PUF, 1993. Je n’ai pas réussi à éclaircir cette référence à Chateaubriand.

    15 Sur les années d’exil : Guy Rosa, « Ce que c’est que l’exil de Victor Hugo », Groupe Hugo (Paris VII), communication du 20 octobre 2001, consultable et téléchargeable sur le site du Groupe Hugo.

    16 Pierre Angrand, Victor Hugo raconté par les papiers d’État, Paris, Gallimard, 1961, p. 27.

    17 Ibid., p. 32.

    18 Lettre du 6 février, citée par Jean-Marc Hovasse dans sa préface aux Châtiments. Plus largement, et à propos de Châtiments comme de Napoléon le Petit : Sheila Gaudon, Correspondance entre Victor Hugo et Pierre-Jules Hetzel. La publication de Napoléon le Petit et des Châtiments, tome 1 (1852-1853), Paris, Klincksieck, 1979.

    19 Dans V. Hugo, Les Châtiments, op. cit., p. 423.

    20 Faits rapportés par Pierre Angrand, Victor Hugo raconté par les papiers d’État, op. cit., passim.

    21 Lettre à Meurice du 18 avril 1862. Ibid.

    22 Un tel reproche est déjà formulé par Marx dans Le Dix-huit Brumaire de Louis-Napoléon Bonaparte, en 1852.

    23 Cité par Pierre Angrand, Victor Hugo raconté par les papiers d’État, op. cit., p. 139.

    24 V. Hugo, Les Misérables, op. cit., p. 1166.

    25 Ibid., p. 1165.

    26 René Journet et Guy Robert, Le Manuscrit des Misérables, Besançon, Annales littéraires de l’université de Besançon, 1963.

    27 27 novembre 1870. Cité par Jean-Marc Hovasse dans sa préface aux Châtiments, op. cit.

    28 Pierre Larousse (dir.), Grand Dictionnaire universel du xixe siècle, Paris, Administration du Grand dictionnaire universel, s. d. [1872].

    29 Pierre Angrand, Victor Hugo raconté par les papiers d’État, op. cit., p. 25.

    30 Pierre Milza, Napoléon III, Paris, Perrin, 2004, p. 647. Je laisse ici de côté un ouvrage signé par Philippe Seguin, au contenu beaucoup moins solide mais au titre évocateur dans la perspective qui m’occupe : Louis-Napoléon le Grand, Paris, Grasset, 1990.

    31 Notice de Napoléon le Petit, Histoire, op. cit.

    32 Cité par Jean-Marc Hovasse dans sa préface aux Châtiments.

    33 Pierre Angrand, Victor Hugo raconté par les papiers d’État, op. cit., p. 25.

    34 Jacques Seebacher, « Esthétique du coup d’Etat […] », loc. cit.

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    • (2012) Bibliographie sélective. Romantisme, n°155. DOI: 10.3917/rom.155.0105
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    • Geslot, Jean-Charles. (2025) Un événement éditorial peut en cacher un autre. Balisages, 9. DOI: 10.4000/140s3
    • (2011) L'écho de l'évènement. DOI: 10.4000/books.pur.40815
    • Lépinard, Marine. (2023) Alfred de Musset à l’Hôtel des haricots. Itinéraires, 2022-2. DOI: 10.4000/itineraires.12704
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    • (2024) The Oxford Handbook of the French Language. DOI: 10.1093/oxfordhb/9780198865131.001.0001

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    Bouchet, T. (2008). Couper-coudre. La fabrication de Napoléon-le-Petit (1851-1877). In C. Saminadayar-Perrin (éd.), Qu’est-ce qu’un événement littéraire au xixe siècle ?. Saint-Étienne: Presses universitaires de Saint-Étienne. https://doi.org/10.4000/books.puse.2838
    Bouchet, Thomas. « Couper-coudre. La fabrication de Napoléon-le-Petit (1851-1877) ». In Qu’est-ce qu’un événement littéraire au xixe siècle ?, édité par Corinne Saminadayar-Perrin. Saint-Étienne: Presses universitaires de Saint-Étienne, 2008. doi:10.4000/books.puse.2838.
    Bouchet, Thomas. « Couper-coudre. La fabrication de Napoléon-le-Petit (1851-1877) ». Qu’est-ce qu’un événement littéraire au xixe siècle ?, édité par Corinne Saminadayar-Perrin, Presses universitaires de Saint-Étienne, 2008, https://doi.org/10.4000/books.puse.2838.

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    Saminadayar-Perrin, C. (éd.). (2008). Qu’est-ce qu’un événement littéraire au xixe siècle ?. Saint-Étienne: Presses universitaires de Saint-Étienne. https://doi.org/10.4000/books.puse.2725
    Saminadayar-Perrin, Corinne, éd. Qu’est-ce qu’un événement littéraire au xixe siècle ?. Saint-Étienne: Presses universitaires de Saint-Étienne, 2008. doi:10.4000/books.puse.2725.
    Saminadayar-Perrin, Corinne, éditeur. Qu’est-ce qu’un événement littéraire au xixe siècle ?. Presses universitaires de Saint-Étienne, 2008, https://doi.org/10.4000/books.puse.2725.
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