1BAMIP, n° 1522 du 7 juin 1902, pp. 780-791.
2En 1898, la Société pour la propagation de l'étude des langues étrangères en France, que nous avons vue à l'œuvre dans le cadre du Congrès de 1900, avait lancé un concours dont le sujet était :» Que faut-il penser de ce principe que les langues modernes ne s'apprennent rapidement et conformément à leur génie qu'au moyen de la langue même qu'il s'agit d'enseigner ? » ; le jury comprenait, entre autres, Bossert, Ferdinand Buisson, Sigwalt. Parmi les mémoires soumis au jury, trois furent primés. Le premier prix revint à Laudenbach, professeur d'allemand au lycée Saint-Louis, qui prônait une approche fondée sur la « divination », qu'il propose d'appeler la méthode psychologique ; le second au phonéticien Paul Passy, directeur adjoint à l'Ecole des Hautes études, qui se réfère à la méthode Gouin et donne une bibliographie où figurent quelques ouvrages allemands contemporains ; le troisième, Delobel, cite également Gouin, mais pour s'en distancer, et propose une méthode mixte. Ces mémoires sont publiés en 1899 par A. Colin, sous le titre De La Méthode directe dans L'enseignement des langues vivantes.
3Pour rendre compte de ces débats, nous nous appuyons ici sur trois sources principales, outre les textes officiels : les conférences des inspecteurs généraux Firmery et Hovelaque, les commentaires des partisans et des opposants publiés dans la presse pédagogique, et l'ouvrage, tardif puisque publié en 1917, de Schweitzer et Simonnot, qui reprend l'ensemble de leurs propres propositions et donne un aperçu rétrospectif des débats.
4Edgar Morin :» La nature des idées », in : Sciences humaines, n° 21, juin-juillet 1998, p. 9.
5Charles Sigwalt : De L'enseignement des Langues vivantes. Idées d'un vieux professeur dédiées aux jeunes, p. 233.
6Emile Chasles en fait le récit dans la RELV en janvier 1894 : « En 1848 parut un article dans la Revue des Deux Mondes, qui demandait des réformes radicales de l'enseignement public. Cet article était signé Philarète Chasles [le père d'E. Chasles, professeur au Collège de France]. Un homme qui se trouvait alors en prison, lut l'article avec tout l'intérêt que pouvait y attacher quelqu'un connaissant bien l'Europe, et pensant au rôle de notre pays. C'était le prisonnier de Ham, lequel devint Président, puis Empereur. Arrivé au pouvoir, il entretint ses ministres de la question, comme d'une question capitale. Il en parla un jour à M. Duruy, lequel voulut bien me faire appeler. [...] Je ne dissimulai pas à M. Duruy les difficultés de l'œuvre à accomplir. Changer les mœurs intellectuelles d'un pays est une chose presque irréalisable. « Combien demandez-vous de temps ? » me dit M. Duruy ;» Quarante ans », lui répondis-je. On ne croyait pas alors qu'il suffise d'un décret ou d'un arrêté pour transformer les cerveaux d'un peuple », RELV, vol. 10, p. 489.
7Ernest Mérimée, professeur de langues méridionales à l'Université de Bordeaux, chargé d'une mission d'inspection, avait, selon sa propre formulation, à « recommander à nos maîtres les méthodes de l'enseignement direct préconisées avec tant d'autorité par MM. les inspecteurs Firmery et Hovelaque », RU, 1903, t. 2, p. 290.
8Auguste Wolfromm : Annuaire de l'enseignement des langues vivantes, 1891 ; l'ouvrage de Caplat et al. : Les inspecteurs généraux de l'instruction publique. Dictionnaire biographique 1802-1914. INRP-CNRS, 1986, ainsi que les ouvrages publiés par Michel Espagne et/ou Michael Werner sur la germanistique française, fournissent ici l'essentiel de nos sources. Nous avons consulté aux archives le dossier personnel de Firmery : A.N. Fl7/22163.
9A.N., F17/22163. Egalement cité par Espagne : Le paradigme de l'étranger, p. 222.
10Cité par Espagne & Werner : Les études germaniques en France, p. 53, et par Espagne (cf. note 9), p. 222.
11Espagne & Werner (cf. note 10), p. 366. La thèse principale de Firmery (1886) portait sur Jean-Paul.
12M. Espagne (cf. note 9), p. 285 et p. 292.
13Pour cette citation, et les suivantes : Hovelaque, décembre 1902, in RELV, n° 10, 1902, p. 435 sqq.
14J. Firmery : « La première période de l'enseignement des langues vivantes d'après les nouveaux programmes », in : RU, n° 9, 1902, t. 2, p. 329 sqq.
15Qui est derrière ce collectif, les inspecteurs généraux, les méthodologues directs ?
16Hovelaque : « L'enseignement des langues vivantes dans le Deuxième Cycle », in : RELV, n° 5, 1910, p. 269 sqq. Citation p. 270.
17Puren : Histoire des méthodologies, p. 212 sqq.
18RU, 1902, t. 2, p. 448, note 2, et ibid., pp. 522-523.
19Nous citons les textes officiels d'après RU, 1902, t. 2, p. 264 sqq.
20Firmery (cf. note 14), p. 336.
21RU, 1902, t. 2, p. 271.
22RELV, 1902, p. 442. Il s'agit du compte rendu d'une conférence pédagogique à la Faculté des lettres de Nancy le 27 novembre 1902, où Firmery s'est contenté de conclure après les exposés de Henri Lichtenberger et de deux professeurs de l'enseignement secondaire, Camerlynck et Godart.
23Cf. ci-dessus, ch. 2, Halbwachs in RELV, vol. 4, 1887-88, pp. 56-62.
24Deutsches Lesebuch, publié par un groupe de professeurs sous la direction de Auguste Wolfromm, classes supérieures, Paris, A. Laisney éd., s. d. (probablement 1894).
25Wolfromm (cf. note 24), préface.
26Bréal : De l'enseignement des langues vivantes, p. 21.
27Eglin, in : RELV, 1892-93, p. 348.
28Bulletin de l'association des professeurs de langues vivantes (qui prendra le titre Langues modernes), 1903, n° 3, p. 66 sqq. Schweitzer répond aux reproches faits habituellement à la méthode directe.
29Nous citons d'après les Langues modernes, janvier-février 1905, p. 11 sqq ; il s'agit d'un résumé de sa conférence, par Hovelaque lui-même.
32Les auteurs d'ouvrages de ce genre privilégiaient la forme du voyage ; c'est le cas par exemple de Joseph Dresch : Rundreise durch Deutschland und Österreich. L'Allemagne : sa vie, ses mœurs, sa géographie, ses monuments, son commerce et son industrie. Ses arts et sa littérature, Paris,Delalain, 1903.
33Langues modernes, janvier-février 1905, p. 22.
34Monique Mombert : « L'objectif introuvable », in : Langues modernes, n° 3/1995, pp. 37-53, repris dans Ela (Etudes de linguistique appliquée), n° 111, pp. 287-302.
35Hovelaque : « L'enseignement des langues vivantes dans de deuxième cycle », in : RELV, 1910, n° 5, p. 269 sqq ; n° 8,p. 461 sqq ; n° 9-10, p. 525 sqq.
38Langues modernes, janvier-février 1905, p. 27.
39Notre source est RELV, mai 1910, n° 5, p. 269 ; le texte est emprunté à la RU du 15 avril 1910. La conférence avait eu lieu le 15 octobre 1909.
40Hovelaque utilise ce terme à plusieurs reprises, dans le sens où l'on utiliserait aujourd'hui « stock », de lexique, de connaissances, etc.
42RELV, 1910, n° 8, p. 462.
44Cf. également Puren : Histoire des méthodologies, p. 188.
45Potel : « Trois ans de méthode directe. Expériences et résultats. », in : Bulletin (Langues modernes) décembre 1905, p. 406 sqq. L'assemblée générale se réunit le 30 novembre 1905 à la Sorbonne.
47Langues modernes, août-octobre 1905, p. 333.
48Alliance franco-russe oblige...
49Puren cite des prises de parole lors d'une table ronde sur « L'enseignement littéraire dans les classes du second cycle », le 2 mai 1907 ; ainsi Godart : « Il est arrivé que la leçon de choses a envahi le second cycle. La leçon de choses usuelles est devenue la leçon de choses géographiques ou techniques et l'on ne voit pas bien ce que la culture des élèves et leur savoir actif a gagné à ce verbalisme trop purement descriptif et verbal. Il faut remettre les « Realien », dont on a abusé, à leur vraie place. [...] », Puren (cf. note 17), p. 179.
50Dans une circulaire du 24 avril 1912 à ses collègues, à l'occasion des élections au Conseil supérieur de l'Instruction publique, il évoque la conférence qui nous occupe en ces termes : « Malgré le grand talent et la subtile dialectique de l'orateur qui nous démontra que la version de langues vivantes est tout autre chose que la version latine, et presque le contraire, on eut l'impression très nette que tout le monde, élèves, maîtres, inspecteurs, se sentait gêné par les barrières, les défenses et les pièges à loup dont le labyrinthe de nos programmes et instructions est hérissé. Le malaise est évident et n'est plus contesté par personne ». Nous empruntons la citation à Puren, Histoire des méthodologies, pp. 187-188.
51Pour les évolutions de la méthodologie des langues vivantes au delà de la période qui nous occupe, nous renvoyons à Paul Lévy : La langue allemande en France, qui en étudie le parcours jusqu'en 1944, et à l'Histoire des méthodologies de Puren, qui termine par le bilan de la méthode audiovisuelle, au milieu des années 1970.
52Pierre Nora : « Lavisse,instituteur national », in : P. Nora (dir.), Les lieux de mémoire, vol. 1, pp. 239-275, ici p. 249.
53Werner : « La Germanie de Tacite et l'originalité allemande », in : Le Débat, n° 78, janvier-février 1994, pp. 42-61.
54Espagne & Werner (dir.) : Les études germaniques en France, p. 523.
55Claude Digeon : La crise allemande de la pensée française (1870-1914).
56RELV, 1910, n° 8, pp. 471-472.
57Principe selon lequel les enseignants (formateurs, éducateurs, etc.) reproduisent spontanément les procédures selon lesquels ils ont eux-mêmes été enseignés et formés.
58Nous recourons à ce terme en usage dans les années 1880, quand les enseignants appelaient de leurs vœux une « doctrine », cf. supra.
59Hélène Barbey-Say : Le voyage de France en Allemagne de 1871 à 1914, p. 143.
60Lévy (cf. note 51), t. 2, p. 162.
61Bulletin (Langues modernes), 1905, n° 23-25, p. 416.
62RU, 1908, t. 1, p. 342.
63Michel Bréal : De l'enseignement des langues vivantes. Conférences aux étudiants en lettres de la Sorbonne, 1900, p. 14.
65RU, 1897, t. 2, p. 29. Rappelons que Hartmann publia à la suite de ce voyage ses impressions, observations et analyses : Reiseeindrücke und Beobachtungen eines deutsches Neuphilologen in der Schweiz und in Frankreich.
67RU, 1902, t. 2, p. 300.
68En 1897, Mielle demande aux professeurs d'être très vigilants à ce qui s'écrit dans le cadre de la correspondance franco-allemande et leur recommande de veiller aux « convenances » et au « tact », insistant sur le fait que le courrier était lu par les professeurs, voire les chefs d'établissement. RU, 1897, t. 2, p. 491.
69Bulletin (Langues modernes), 1903, n° 4, p. 124.
70Le comité était présidé par Louis Liard et Jacques Siegfried, président du Comité des conseillers du commerce extérieur. Cf. A. Pinloche, « Rapport sur la première colonie française de vacances en Allemagne (14 juillet-15 septembre 1907) », RU, 1908, t. 1, pp. 400-406.
71Il serait intéressant de connaître les motivations et les modes de financement de ces comités locaux, mais notre corpus n'en dit rien.
72Rapport du député Couyba au Parlement rapporté dans RELV, 1912, p. 20.
74Dans son rapport, Couyba en parle comme d'une chose connue, sans plus de détails. RELV, 1912, p. 20.
75RELV, 1912, p. 437. Parmi les « hautes personnalités », sont nommés Paul Doumer, Liard, d'Arsonval, Lavisse. La notice qui annonce cette création n'indique rien de précis : ni le prix, ni les conditions du voyage.
76La plus grande prudence s'impose évidemment dans le cas de ces rapports, qui devaient présenter les choses sous un certain jour pour convaincre les destinataires au ministère que les fonds publics seraient, le cas échéant, bien utilisés.
77Pinloche : « Rapport sur la sixième colonie française de vacances en Allemagne (1912) », in : RU, 1913, t. 1, p. 323.
78RU, 1908, t. 1, p. 400 sqq.
80Couyba n'est pas un inconnu ; rappelons son rôle dans le cadre de l'Enquête parlementaire de 1899, cf. ci-dessus.
81RU, 1913, t. 1, p. 321.
82Sur ce qu'il appelle « le choc des impérialismes : 1905-1911 », cf. Raymond Poidevin : Les relations franco-allemandes, p. 170 sqq.
83L'enquête parue dans L'Opinion a été reproduite sous le pseudonyme Agathon en 1912. Cf. Digeon (cf. note 55), p. 496 sqq.
84RU, 1913, t. 1, p. 325.
85Cité par Digeon (cf. note 55), p. 497, n. 1.
87Couyba du moins se réfère explicitement à Pinloche et à ses rapports, mais pour évoquer seulement des aspects matériels.
88Puren (cf. note 17), p.193.
89RU, 1902, t. 2, p. 347.
91D'après Lévy (cf. note 51), p. 174, les établissements privés, et les établissements non-secondaires (Ecoles primaires supérieures, Ecoles normales d'instituteurs) montrent la tendance inverse à celle de l'enseignement secondaire de garçons : on y privilégie depuis toujours l'anglais.
92RU, 1913, t. 1, p. 12-17 ; Gaston Varenne, professeur d'allemand au lycée Condorcet, apporte des arguments pour l'allemand en seconde langue, en réponse à Hauvette, dans l'Action et le Siècle, qui prônait au nom de la facilité l'italien et l'espagnol en seconde langue. La réponse de Hauvette, qui est professeur de langues méridionales à la Sorbonne, in : RU ,t. 1, pp. 131-134.
93Ibid., p. 41 : arguments pour le thème latin au baccalauréat.
94La loi de 1901 sur les associations permet aux groupes sociaux d'exprimer leurs aspirations et de mettre en place des stratégies pour les faire aboutir.
95RU, 1913, t. 1, p. 417 : après la rentrée de Pâques 1913, la Commission consacrerait une séance hebdomadaire spéciale à cette enquête.
96RU, 1913, t. 1, p. 420.
98Formule utilisée par Crouzet, professeur de Première au Collège Rollin, qui commente le questionnaire et les réponses publiées dans différents organes ; « L'enquête parlementaire sur la réforme de 1902 », in : RU, 1913, t. 2, pp. 15-29.
101RU, 1913, t. 2, p. 20.
104RU, 1913, t. 2, pp. 108-115.
107Allusion au Bas-Empire, ou archaïsme pour « empirisme bas » ?