Glossaire des notions
p. 373-386
Extrait
Anschluss ou Anschluß :
Annexion. Terme (de genre masculin) employé pour désigner les rattachements à l’Allemagne de l’Autriche et de la partie germanophone de la Tchécoslovaquie (dit « Pays sudète ») en 1938.
Bückeberg (ou Bueckeberg) : voir « Fête des récoltes ».
Commissaire du Reich : voir « Reichskommissar ».
Conseil d’État prussien : voir « Staatsrat ».
Coup d’État prussien (Preussenschlag) :
Le « coup d’État » de von Papen* en Prusse est l’exemple le plus extrême de la radicalisation de la vie politique, se traduisant par une forte dégradation des relations entre gouvernement fédéral et régions, à la fin de la République de Weimar. Lors des élections régionales du 24 avril 1932, les nazis étaient devenus la première force politique avec 37 % des suffrages, mais n’avaient pas atteint la majorité absolue. Les négociations en vue d’une coalition se révélèrent vaines, car aucune combinaison ne pouvait satisfaire les partis les plus forts (Zentrum, sociaux-démocrates et communistes). Pendant ce temps, la rue était le théâtre de violents affrontements entre les communistes et les formations nazies que le chancelier von Papen venait de ré-autoriser après une période d’interdiction ; le « dimanche sanglant » d’Altona (port de Hambourg) fit dix-huit victimes le 17 juillet. Avant qu’un successeur au chef de gouvernement socialiste Otto Braun ne soit nommé, comme prévu, le 31 juillet, von Papen proclama l’état de siège à Berlin et dans le Brandebourg, déposa le gouvernement en place par un décret-loi et prit la tête du Land alors même qu’il était chancelier (20-21 juillet). L’affaire est passée dans l’histoire sous le nom de « coup d’État » (Staatsstreich) ou « coup de Prusse » (Preußenschlag).
Deutsche Arbeitsfront (Front allemand du travail) :
Fondé en 1933 pour remplacer les syndicats désormais interdits, la DAF était l’organisation de masse nationale-socialiste pour les salariés allemands ; son affiliation était obligatoire. Son directeur, le Dr. Robert Ley* (1890-1945), ne cessa d’élargir ses compétences, limitées au départ à la propagande nazie dans la population active, pour en faire un quasi-syndicat dans la lignée du mouvement ouvrier allemand. Formation professionnelle, questions de logement, assurance sociale furent prises en charge par la DAF auquel appartenait, par exemple, l’organisation de loisirs « Kraft durch Freude » (« la force par la joie », fondée en novembre 1933). La DAF comptait 25,3 millions de membres en 1939 ; c’était une organisation riche, écornant les compétences des ministères de l’Économie et du Travail, dont le chef avait directement accès à Hitler.
Erbhofgesetz (loi sur le domaine héréditaire) :
Voulue par le ministre national-socialiste de l’Agriculture et Führer des paysans allemands, Walter Darré*, la loi sur le domaine héréditaire de 1933 entendait lutter contre l’endettement paysan, l’exode rural et la baisse de la natalité, en rendant inaliénables et indivisibles les exploitations agricoles en faire-valoir direct jusqu'à 125 hectares, dorénavant transmises à un seul héritier. Le terme de Bauer (paysan) devint un titre accordé selon des critères raciaux, nationaux et techniques. En 1938, les quatre cinquièmes des terres cultivées tombaient sous le coup de cette loi.
Fête des récoltes (Erntendankfest) :
Fête traditionnelle, célébrée par le Troisième Reich à Bückeberg près de Hamelin en y associant le culte nazi « du sang et du sol », devant une nombreuse assistance paysanne (1,2 million de personnes en 1937). Elle fut organisée seulement cinq fois, entre 1933 et 1937, et fut annulée ensuite après l’invasion de la Tchécoslovaquie en 1938 puis celle de la Pologne en 1939.
Gauleiter :
Responsable régional national-socialiste.
Gestapo :
Le bureau de la police secrète d’État (Geheimes Staatspolizeiamt, en abrégé « Gestapa », bientôt transformé en « Gestapo » par analogie avec des acronymes déjà en vigueur, tel « Kripo » pour « police criminelle ») fut fondé à partir de la police secrète de Prusse, réorganisée en février 1933 par Göring puis, à partir du 20 avril 1934, par Himmler, chef de la SS, qui lui adjoignit les polices secrètes des autres Länder. Reinhard Heydrich, chef du service de sécurité (Sicherheitsdienst) de la SS et, depuis le 22 avril 1934, chef de la « Gestapa », le seconda dans son effort pour nommer des SS à toutes les positions clefs. Après que Himmler avait été nommé chef de la police du Reich par Hitler, le 17 juin 1936, Heydrich fut également chargé de la police criminelle nationale. Le but de Heydrich et de Himmler était d’arriver à saisir l’ensemble de la population allemande dans des fichiers grâce à la surveillance policière et la dénonciation, afin d’en éliminer les éléments considérés comme nocifs.
La Gestapo agissait sans contrôle de la justice. Ses mandats de détention préventive étaient basés sur l’ordonnance de « protection du Reich et du peuple » prise après l’incendie du Reichstag le 28 février 1933. La Gestapo pouvait corriger les décisions de la justice si elle les jugeait trop laxistes. Elle pouvait interner directement les accusés en camp de concentration. En septembre 1939, la police criminelle, la Gestapo et le service de sécurité de la SS fusionnèrent au sein de l’Office central de sécurité du Reich (Reichssicherheitshauptamt). La Gestapo reçut le pouvoir d’exécuter des opposants ou des saboteurs sans jugement.
Gliederung (division, section) :
Pour le NSDAP : formation, organisation annexe. Voir chapitre 2.
Journée de Potsdam (Tag von Potsdam) :
Le 21 mars 1933, exactement soixante-deux ans après l’ouverture du parlement sous le Second Empire (1871-1918), le Reichstag se réunit à Potsdam près de Berlin. C’était sa première séance depuis l’arrivée de Hitler au pouvoir et l’incendie du bâtiment impérial le 27 février. Potsdam, résidence de Frédéric le Grand et symbole de l’histoire prussienne, avait été expressément choisie par les nazis pour accréditer l’idée de la continuité avec la monarchie qui avait fait l’unité allemande.
Dans la ville pavoisée des couleurs impériales (noir-blanc-rouge) et du drapeau à la croix gammée, les officiers de la Reichswehr côtoyaient les membres de la SA, les députés des partis de droite et du centre, des représentants de l’industrie et de la haute administration. Les sociaux-démocrates avaient renoncé à venir et le Parti communiste était interdit. Le sommet de la journée orchestrée par Goebbels, ministre de la Propagande, fut le moment où, sur les degrés de l’église de la Garnison, Adolf Hitler, en habit civil, s'inclina devant le vieux président Hindenburg, en grand uniforme de feld-maréchal. La cérémonie eut un fort retentissement en Allemagne et à l’étranger. Deux jours plus tard, Hitler se faisait accorder les pleins pouvoirs.
Ligne Siegfried :
Nom anglais et français, d’après les positions allemandes sur la Somme pendant la Première Guerre mondiale, du Mur de l’Ouest (Westwall), ligne fortifiée courant de la frontière suisse au nord d’Aix-la-Chapelle sur environ 630 km. Sa construction commença en mai 1938 (mais fut annoncée à l’opinion allemande seulement en octobre) et dura jusqu’en septembre 1939. Les 14 000 bunkers, qui avaient absorbé quelque 20 % de la production annuelle nationale de ciment, eurent un effet dissuasif en 1939-1940, mais se révélèrent incapables d’arrêter les Alliés en 1944-1945 : ils étaient souvent trop petits pour lutter contre les armes modernes et certains avaient été dégarnis d'une partie de leur équipement.
Maison brune :
La Maison brune de Munich, anciennement palais Barlow (bâtiment classique de 1829-1830), acquise en 1930 grâce aux subsides d’industriels, abritait la direction du Parti nazi depuis janvier 1931. Ce surnom lui fut donné d’après la couleur de l’uniforme national-socialiste et s’étendit à la plupart des sièges du NSDAP en Allemagne.
NSDAP (Parti national-socialiste) :
Le 24 février 1920, le Parti ouvrier allemand (Deutsche Arbeiterpartei ou DAP, fondé en 1919 à Munich, dont Hitler était membre depuis septembre 1919) se transformait en Parti ouvrier national-socialiste allemand (National-sozialistische Deutsche Arbeiterpartei ou NSDAP). Le programme d’extrême-droite, rédigé entre autres par Hitler, comprenait vingt-cinq points. Il est consultable dans : Ernst Deuerlein, Der Aufstieg der NSDAP [l’ascension du NSDAP], Munich, 1974, p. 108-112.
Hitler en devint le président (appelé Führer – chef, guide – à partir de 1922) en 1921. Après sa tentative de putsch les 8 et 9 novembre 1923, le NSDAP fut interdit et son chef fut condamné à cinq ans de prison dans la forteresse de Landsberg, période pendant laquelle il rédigea Mein Kampf [Mon combat]. Le 27 février 1925, Hitler fonda une seconde fois le Parti national-socialiste. Sa percée électorale se produisit aux élections du Reichstag de 1930 où il obtient 18,2 % des voix et, surtout, celles de juillet 1932 (37,4 % des suffrages). Son électorat, d’après le vote de 1930, était dispersé dans toute l’Allemagne et se recrutait particulièrement dans les classes moyennes (employés, artisans, petits fonctionnaires) mais trouva aussi l’adhésion notable des campagnes du nord et de l’est (Prusse Orientale et Poméranie).
Tout au long des années vingt, le NSDAP étoffa sa structure interne (citons entre autres la Direction de la propagande occupée par Joseph Goebbels depuis 1929 et le Bureau de politique étrangère d’Alfred Rosenberg) et son implantation géographique en Gaue, arrondissements (Kreise), groupes locaux, cellules et blocs, dont les dirigeants formaient le « corps des chefs politiques ». Le parti fonda plusieurs organisations paramilitaires : SA du capitaine Ernst Röhm en novembre 1921, SS (garde personnelle de Hitler) en mars 1925. En janvier 1933, au moment où Hitler est nommé chancelier, le Parti national-socialiste compte un million de membres ; seule formation autorisée depuis juillet 1933, il se fond avec l’État de par la loi « pour assurer l’unité du Parti et de l’État » du 1er décembre 1933. Le 10 octobre 1945, le NSDAP et ses organisations annexes sont interdits par la loi no 2 du Conseil de contrôle allié.
Oberpräsident : voir « Président suprême ».
Parti national-socialiste : voir « NSDAP ».
Plan quadriennal :
Le plan quadriennal fut élaboré par Hitler en août 1936 d’après les propositions du directeur d’IG-Farben, Carl Krauch, pour faire face au manque de main-d’œuvre depuis le début 1936 et aux difficultés d’approvisionnement, notamment en matières premières pour l’industrie militaire (essence, caoutchouc, minerais). Financé en majorité par l’État allemand (pour 5,9 milliards de Reichsmark sur un budget de 8,6), le plan quadriennal, mis en œuvre par Goering, prévoyait de centraliser l’extraction des minerais allemands dans les « établissements Hermann Göring » (ou Goering). Fin 1937, les réserves en matières premières du Reich étaient épuisées, les fonds de la Banque centrale couvraient à peine les dépenses courantes, le commerce extérieur avait considérablement diminué. Le régime se décida alors à passer à la phase de conquête (« protocole Hossbach » du 5 novembre 1937 sur l’annexion de l’Autriche et de la Tchécoslovaquie), plutôt que de donner la priorité aux exportations et à un emprunt auprès des puissances occidentales, comme les experts du groupe de Hjalmar Schacht le préconisaient. Malgré l’absorption de l’économie autrichienne en mars 1938, les difficultés d’approvisionnement et de financement reprirent dès août 1938.
Politique coloniale de Guillaume II :
Alors que Bismarck avait surtout conçu le rôle de l’Allemagne dans le cadre européen, l’empereur Guillaume II, à peine monté sur le trône en 1888, voulut doter son pays d’un empire colonial comparable à celui des autres puissances européennes. Sa « politique de présence mondiale » (Weltpolitik) encouragea les initiatives des marchands, des armateurs et des missionnaires ; par ailleurs, l’Allemagne s’implanta en Extrême-Orient (îles Samoa, port de Tsiang-Tao en Chine, îles du Pacifique) et en Afrique (Cameroun, Togo, Sud-Ouest et Sud-Est allemands, Rwanda-Ouroundi). L’empereur développa la flotte de guerre et chercha à gagner à ses vues le Maroc (crises de Tanger en 1905 et d’Agadir en 1911) et l’Empire ottoman. Ayant joui d’un véritable engouement auprès de l’opinion du tournant du siècle, cette politique fut sévèrement condamnée après 1918 ; ses résultats furent minimisés et il lui fut reproché d’avoir contribué à l’éloignement de la Grande-Bretagne. La Weltpolitik de Guillaume II est considérée comme l’une des causes de la Première Guerre mondiale.
Président suprême (Oberpräsident) :
Institution prussienne. La Prusse fut divisée sous la République de Weimar en douze provinces (auxquelles s’ajoutaient la ville de Berlin et l’ancienne principauté de Hohenzollern au sud du Wurtemberg), dirigées chacune par un « président suprême » (Oberpräsident), représentant du gouvernement prussien. La loi du 15 décembre 1933 centralisa en leurs mains toutes les compétences administratives. La loi sur la réorganisation de l’État allemand (Gesetz über den Neuaufbau des Reiches, deuxième ordonnance d’application du 27 novembre 1934), en fit les représentants du gouvernement central. Par ailleurs, le NSDAP superposa ses divisions territoriales ou Gaue aux provinces prussiennes. Désormais, chaque « président suprême » serait en même temps chef de Gau (Gauleiter).
Programme du NSDAP : voir « NSDAP ».
Reich :
« Empire ». Du xe siècle à 1806, le Saint Empire romain de nation germanique (ou Saint Empire romain germanique) fut le cadre dans lequel se développa la politique allemande. Entre 1871 et 1945, l’État allemand porta le nom d’« Empire allemand ». En effet, la fédération d’États allemands née en janvier 1871, où la Prusse jouait un rôle prépondérant, prit le nom de Deutsches Reich (Empire allemand) avec la loi constitutionnelle du 16 avril 1871. La constitution de la République de Weimar, le 11 août 1919, proclama dans son article premier que Das Deutsche Reich ist eine Republik. Die Staatsgewalt geht vom Volke aus, « L’Empire allemand est une République. La souveraineté prend sa source dans le peuple ». En d’autres termes, sous Weimar, l’État allemand continua d’être une fédération et de porter le nom d’Empire allemand. Cette dénomination fut conservée après janvier 1933, mais la fédération fut rapidement transformée en un État centralisé (voir la chronologie de la présente publication). En 1938, après l’unification avec l’Autriche (Anschluß), l’appellation officielle devint celle de « grand Empire allemand », Großdeutsches Reich.
L’expression de « Troisième Reich », bien qu’omniprésente de 1933 à 1945, n’est pas un terme constitutionnel. Elle a été forgée par Arthur Moeller van den Bruck en 1923 dans son ouvrage Das dritte Reich, traduit en français en 1938 sous le titre Le IIIe Reich1.
Selon le contexte, le mot de Reich a été traduit, dans cette édition, par « fédération », « Allemagne » ou « Empire ».
Reichskommissar (Commissaire d’empire) :
Chargé par le gouvernement ou le président de l’Allemagne de surveiller ou de prendre en main une ou plusieurs administrations régionales, ou bien de garantir les droits fédéraux dans certains domaines. La fonction de commissaire était prévue par la constitution weimarienne et fut conservée par le régime hitlérien. Ce fut l’un des instruments essentiels de la « mise au pas » des États allemands pour assurer la transition vers une administration nazie et centralisée. Pendant la guerre, certains territoires occupés furent administrés par des Reichskommissare (l’Alsace-Lorraine, l’Ukraine, par exemple).
Reichsrat :
Le Reichsrat (Conseil impérial) était la seconde chambre parlementaire allemande, où siégeaient les représentants des États allemands (Länder) depuis l’Empire (1871-1918). Sous la République de Weimar, ses soixante-six membres étaient chargés de défendre les intérêts régionaux sur le plan législatif et administratif ; ils contrôlaient le budget et les modifications apportées à la constitution. Ils pouvaient s’opposer aux lois proposées par le gouvernement ou la chambre des députés (Reichstag). Le Reichsrat perdit de son influence dès 1933 ; en janvier 1934, toutes les compétences souveraines des Länder furent transférées au Reich et la chambre fut supprimée le 14 février 1934.
Reichsstatthalter (gouverneur du Reich) :
Représentant du pouvoir central placé directement sous les ordres de Hitler dans les Länder après la réorganisation nationale-socialiste de ces derniers.
Reichswehr (armée impériale) : voir « Wehrmacht ».
Reichswirtschaftsrat, vorläufig (Conseil économique impérial provisoire) :
Né en même temps que les conseils d’ouvriers et de soldats, le Conseil économique impérial fut institutionnalisé par l’ordonnance présidentielle du 4 mai 1920. C’était l’une des institutions qui, dans la jeune République de Weimar, visaient à démocratiser l’économie allemande. Il était constitué de 326 délégués des organisations syndicales et patronales des différentes branches de l'activité économique.
Chargé d'examiner les projets de loi sociaux et politiques soumis au Reichstag, le Conseil eut, dès 1923, des difficultés à influencer cette assemblée ainsi que les ministères, peu habitués à travailler avec une telle structure. Il fut dissous le 31 mars 1934 et remplacé par les Chambres économiques régionales.
Staatsrat (Conseil d’État) :
Institution spécifiquement prussienne dont l’origine remonte à la Réforme et conçue comme une instance conseillant le roi, à laquelle certains projets de loi devaient être soumis (ordonnance de 1817). Elle perdit tout pouvoir réel après 1848 mais ne fut jamais supprimée.
La République de Weimar la ressuscita sur le modèle du Reichsrat. Elle était composée de représentants élus par les assemblées provinciales (Provinziallandtag – la Prusse étant divisée en douze provinces) à raison d’un délégué pour 500 000 habitants. Le Conseil d’État avait un droit de véto aux initiatives du parlement régional (Landtag) et devait contribuer à renforcer l’autonomie des provinces. Il ne joua toutefois pas un grand rôle. Après la prise de pouvoir des nazis, Goering le refondit entièrement (voir « L’État national-socialiste, fin »).
Stahlhelm :
Le Stahlhelm (« casque d’acier ») ou Ligue des soldats du front (Bund der Frontsoldaten), fondé en 1918 par Frank Seldte, était la plus grande organisation allemande d’anciens combattants. Son but premier était d’assurer l’ordre et la loi et d’aider à la reconstruction. Elle se radicalisa après mars 1920, lorsque de nombreux participants des corps-francs y entrèrent, les corps-francs ayant été supprimés conformément au traité de Versailles. Le Stahlhelm devint par la suite un mouvement politique qui comptait en novembre 1928 entre 450 000 et 500 000 participants en incluant sa branche pour les jeunes gens de dix-sept à vingt et un ans fondée en 1923 (Jungstahlhelm). Ayant rejoint le front de Harzburg en 1931, son chef Seldte devint ministre du Travail en 1933. Le Stahlhelm fut dissous début 1934 sous prétexte d’infiltration marxiste.
Tag von Potsdam : voir « Journée de Potsdam ».
Tribunaux d’honneur social :
Les « tribunaux d’honneur social » étaient destinés, avant 1933, à réguler les professions libérales (ordre des avocats, des médecins). Ils furent étendus à l’ensemble des professions en 1934. Leur plus haute sanction était l’exclusion du métier ; leur cour d’appel, le Tribunal d’honneur du Reich. Comme le Front du travail, la détention préventive par la Gestapo et les tribunaux spéciaux exerçaient par ailleurs un contrôle efficace sur la population, le nombre des affaires traitées par les tribunaux d’honneur resta modeste (142 en 1939). Leur rôle principal fut de convaincre le monde ouvrier que le pouvoir se souciait de justice sociale.
Volk :
« Peuple ». Ce substantif recouvre à la fois le sens du peuple politique (le demos grec) et du peuple partageant une origine commune ou supposé telle (l’ethnos).
Dans l’idée des penseurs allemands au tournant du xviiie et du xixe siècle, le peuple, idéalisé et transcendant, symbolisait l’unité tant désirée des Allemands. Il était constitué de l’union de ces derniers et d’une essence – nature, cosmos ou mythos – source de sa créativité, de ses sentiments spécifiques, de son individualité2. Cette union, qui se faisait en chaque individu, était partagée par tous les membres du groupe national. L’union par la nature, par exemple, suivait la conception romantique selon laquelle la nature, pleine de force vitale, est dotée d’une âme qui peut entrer en relation avec l’âme de l’homme. Ce dernier partage cette correspondance avec ses semblables, avec son peuple. La différence des peuples s’explique par la diversité des conditions naturelles : ce n’est pas la nature tout entière, mais ses manifestations locales – ses paysages – qui confèrent aux peuples qui les habitent « [leurs] caractéristiques, [leur] potentiel et [leur] unité »3.
Ces idées furent adoptées par le courant völkisch (voir ci-dessous). En ce qui concerne les juristes, beaucoup rejetèrent l’influence occidentale après 1918 (alors que les lois civiles de 1900 se rapprochaient du Code civil français, par exemple, ou que la constitution de Weimar était écrite sur le modèle de celles des démocraties libérales). Désormais, c'était le peuple qui devait être à l'origine et à la fin des normes juridiques. Sous le Troisième Reich, ces idées particulariste ou ethnicistes triomphèrent, qui visaient à défendre la gens contre l'humanitas. Les normes « gentilistes » remplacèrent celles accusées de « viser l’extinction [du peuple allemand] en tant que puissance politique, voire en tant que réalité biologique »4.
Voir, dans le présent ouvrage, les chapitres 5 (« L'idéologie nationale-socialiste ») et 6 (« Thomas Hobbes et le IIIe Reich »).
Völkisch ou völkische Gedanke :
L’adjectif völkisch, du substantif Volk, qui signifiait au début du xixe siècle « populaire, traditionnel », se confondit peu à peu avec « national », ou plutôt « ethno-national ». À la fin du xixe siècle, devant la crise économique de 1873 et les déceptions de l'unification allemande, un mouvement d'idée vaste et hétérogène dit völkisch, à la fois mode de pensée et attitude devant la vie, revint aux conceptions du peuple forgées au tournant du xviiie et du xixe siècle. Ses adeptes prônaient ad libitum le retour au terroir, l'expression d'émotions sincères dans l'art et l’éducation, le renforcement de la communauté nationale contre Slaves et Juifs, une réforme des habitudes de vie pour les rendre saines et naturelles… Les aspirations qui s’y faisaient jour étaient similaires à celles d'autres sociétés industrielles de l’époque, mais elles s'exprimaient en Allemagne en termes de spiritualité. Dans la pensée völkisch ou völkische Gedanke, le peuple fournissait le moyen de contenir la force de vie affluant du cosmos ; il formait un ensemble auquel l’homme pouvait se relier au quotidien, tout en étant en accord avec l’univers. En somme, le peuple était l’intermédiaire entre l’homme et la « réalité supérieure »5. La différence entre « culture » (dotée d'une âme) et « civilisation » (considérée comme l'état le plus extérieur, le plus artificiel de l'individu et des rapports sociaux) était fondamentale. Dans le domaine politique, la pensée völkisch établissait une opposition entre État et débat parlementaire d’un côté, peuple et accord intime avec les lois de l'univers de l’autre.
Ces idées fut reprises notamment par le Mouvement de jeunesse lancé vers 1900 par des lycéens qui, déçus par l’unification politique de 1871, inquiets des mutations sociales et environnementales entraînées par la révolution industrielle, cherchaient à réaliser une cohésion plus authentique du peuple au travers d’une révolution culturelle véritablement allemande. Ils étaient plus de cent mille après la défaite de 1918. Sous la République de Weimar, les idées völkisch reçurent une assise politique puissante dans une partie de la droite et dans l’extrême-droite. Le national-socialisme émergea dans ce contexte, alliant le rationalisme et l'idéalisme abstraits du mouvement völkisch à une discipline et une organisation politique efficace.
Le völkische Gedenke fut moqué, mais aussi revendiqué par la propagande nazie et pourrait se traduire par « pensée nationaliste et raciste » ou, pour ne pas réduire la polysémie de l’adjectif, par « pensée völkisch ».
Wehrmacht (forces de défense) :
Désignation des forces armées du IIIe Reich depuis la réorganisation de la Reichswehr par la loi du 16 mars 1935 (Gesetz für den Aufbau der Wehrmacht). Le Führer en avait le commandement suprême et l’exerça sans partage après le renvoi des généraux Fritsch et von Blomberg* en 1938.
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