Le départ en exil de Victorine Brocher (1872)
p. 111-117
Texte intégral
1Victorine Rouchy-Brocher est contrainte à l’exil après la chute de la Commune de Paris. Cette femme d’une trentaine d’années a déjà un passé de révolutionnaire. Elle-même fille de deux protagonistes du Printemps des peuples de 1848, elle adhère à l’Association internationale des travailleurs (AIT) en 1867, ce qui la fait devenir l’une des premières femmes membres de l’Internationale française. Elle y amène d’ailleurs son mari, Jean Charles Rouchy, pour l’éloigner de l’alcoolisme. Elle y fait connaissance d’Internationaux de premier plan à l’image de Léo Frankel et Charles Delescluze, participe à la création de coopératives – dont une boulangerie et un groupe d’études sociales1. Alors que la perte de son premier enfant l’éloigne temporairement de l’AIT, elle reprend ses activités militantes durant le siège de Paris de septembre 1870, intégrant un service d’ambulancières avant d’être admise à la garde nationale à un poste de combat2.
2Lorsque la Commune est proclamée le 18 mars 1871, elle intègre le bataillon « Les Défenseurs de la République », où elle s’occupe principalement des soins aux blessés et de la cantine3. Cette période est particulièrement difficile pour Victorine Rouchy, qui perd en 1871 son deuxième enfant. Durant la courte durée de la Commune, elle reste loin des activités de l’Internationale et affirme n’appartenir à aucun groupe politique. Selon elle, la lutte communarde consiste en l’affirmation de la république : l’idéal à atteindre est de voir Paris libre dans une France libre4. Lors des derniers jours de la Commune, elle raconte avoir croisé Louise Michel qui lui aurait proposé de faire partie de son groupe5. Victorine Rouchy refuse, notant dans ses souvenirs : « Cette personne était Louise Michel, je ne la connaissais pas. Je ne connaissais pas davantage le mouvement féminin, je n’avais jamais mis les pieds dans une réunion publique6 ». Après l’entrée des troupes versaillaises dans la capitale, des milliers de Parisiens sont tués au combat sur les barricades ou exécutés. Au cours de la Semaine sanglante, la répression est féroce et Victorine Rouchy n’y échappe pas. Comme de nombreuses autres communardes, elle est considérée comme une « pétroleuse7 » particulièrement dangereuse. Elle est condamnée à mort, par contumace, par le conseil de guerre du 7e secteur sous le chef d’inculpation d’incendie volontaire de la Cour des Comptes8. Sa mère ayant cru reconnaître son cadavre, Victorine Rouchy est considérée comme morte, ce qui lui permet de rester cachée. C’est dans ces conditions qu’elle apprend que son mari, qu’elle croyait mort, est en fait emprisonné9. Elle décide néanmoins de prendre la fuite l’année suivante, en 1872, s’exilant à Genève10.
3Le récit des Mémoires de Victorine Rouchy, publiées sous le titre de Souvenirs d’une morte vivante en 1909 sous les auspices de l’écrivain libertaire Lucien Descaves, s’étale du Printemps des peuples à son départ en exil. L’autrice choisit de conférer à ses Mémoires une dimension presque anonyme : l’ouvrage raconte ses souvenirs avec le recours au pronom personnel « je », mais son nom n’est jamais mentionné et elle garde une certaine distance émotionnelle par rapport à sa propre histoire. La Préface de Descaves explique, à ce propos, que Victorine Rouchy ne voulait pas être mise en pleine lumière et préférait rester obscure et anonyme au même rang que les autres communardes11. Son récit sort néanmoins de l’ordinaire, les Mémoires publiées par les communardes étant rares et se bornant aux figures les plus connues à l’image de Louise Michel12. Plus encore, du fait qu’« une grande majorité d’entre-elles appartenaient au mouvement ouvrier, milieu dans lequel le rapport à l’écrit est moins fréquent, […] nous avons peu de chance de trouver des journaux intimes, de grandes correspondances. Ce n’est souvent que par les rapports de police et les correspondances échangées entre les responsables de l’AIT que nous trouverons des bribes d’éléments nous permettant de retracer le contexte et les conditions de l’exil13 ».
4Les Souvenirs de Victorine Rouchy constituent, à l’inverse, une publication intégrale des Mémoires d’une quasi-inconnue de l’historiographie, où elle peut détailler son enfance et son mariage, ses deuils, ses activités quotidiennes et militantes. Les dernières pages des Souvenirs sont consacrées à son départ en exil, alors même qu’un tel récit détaillé est plutôt rare dans les Mémoires d’autres communardes. Il est aussi marquant qu’elle parte seule en exil14, qu’elle réalise le trajet en train15 et que cette fuite soit motivée uniquement par le danger de mort qui pèse sur elle et non pas sur un membre de sa famille16, à la suite de la condamnation du conseil de guerre et aux recherches entreprises par les autorités de police pour le retrouver.
Six mois se passèrent17, nous étions relativement tranquilles18. Un soir à 10 heures, nous entendîmes des pas lourds dans l’escalier ; depuis que nous habitions dans cette maison, excepté une demoiselle Lefèvre, personne n’avait pénétré dans notre chambre.
Ce soir-là un murmure inaccoutumé se fit entendre. Ma mère me dit :
— C’est la police, cache toi, je t’en prie !
— Où voulez-vous que je me cache, sous le lit ? et je me mis à rire de l’idée. Jamais de la vie ! si ce sont eux, tant pis.
Au même moment ma propriétaire à laquelle j’avais tout dit, pousse discrètement la porte de notre chambre : « C’est la police ; que Madame Victorine entre vite dans ma chambre. » Je suivis cette dame, Mlle Lefèvre m’accompagne emportant un petit paquet à sa main, c’était des lettres de mon mari et de quelques amis.
La porte de l’appartement de ma propriétaire refermée, on frappa à notre porte ; ce sont alors deux gaillards, le commissaire de police et un agent de la secrète :
— Où est la nommée V. R.19, votre fille ? Nous savons qu’elle habite avec vous dans cette chambre.
— Eh bien, cherchez ! leur répondit ma mère.
Ils fouillèrent. La chambre n’étant pas grande, la visite fut vite finie.
Comme le sang-froid m’avait déjà sauvée plus d’une fois, je voulus renouveler l’expérience à mes risques et périls.
J’étais toujours habillée en noir, je fis part de mon idée à ma propriétaire ; elle me prêta un grand voile de deuil et un châle de cachemire, dit châle en quatre, Mlle Lefèvres et moi nous descendîmes les escaliers. La porte assez étroite de la maison était gardée par trois agents de la police secrète, ils eurent la complaisance de s’effacer pour nous laisser passer. Pendant qu’on perquisitionnait chez moi, j’ai pu remarquer que la maison d’en face était aussi gardée.
Ces gens-là se font une idée si étrange des personnages qu’ils poursuivent. Ils me supposaient grande, forte, un colosse avec des griffes, des flammes jaillissants de mes yeux, un monstre enfin, aussi légendaire que les pétroleuses que je n’ai jamais rencontrées20. J’étais et je suis encore petite, simplette ; j’avais l’air comme il faut ! je prétends l’être et l’avoir été, comme il faut !
Avec mon amie, nous partîmes sans nous précipiter, nous remontâmes ainsi la rue St-Martin jusqu’à la rue Réaumur, dans laquelle nous nous sommes engagées, mais dès que nous fûmes hors des regards indiscrets, nous nous sommes dépêchées de gagner le numéro 15, où nous montâmes. Nous étions sûres de n’avoir pas été suivies. J’étais donc sauvée.
M. et Mme Vaillant étaient fabricants de chaussures. Nous leur dîmes ce qui venait d’arriver, ils me reçurent très bien. « Maintenant, me dirent-ils, vous ne pouvez plus rester à Paris21. »
Voilà quinze mois et demi que les événements sont passés, on arrête et condamne toujours, il n’y rien à espérer ; il vaut mieux que vous alliez à l’étranger.
— Mais où aller ? et maman, je ne peux pas la laisser ainsi.
— Ne vous inquiétez pas de votre mère, nous en aurons soin […]
— Mais où aller ? en Angleterre il faut connaître la langue.
Je me suis souvenue qu’à Genève22 il y avait un jeune peintre décorateur, Corfus, de notre bataillon qui avait été sur les pontons avec mon mari, fut acquitté, mais expulsé de Paris et de France. Je lui écrivis, peu de jours après il me fit une réponse dans laquelle il m’indiquait le chemin le plus favorable pour quitter la France ; la voie ferrée par Bâle était encore sous la direction des Prussiens, il serait moins dangereux de passer par là que par Bellegarde. Mme Vaillant me prêta ses papiers, et deux semaines plus tard, je quittai ma mère.
Avant de quitter mon cher Paris, auquel j’ai tout sacrifié et pour lequel j’avais lutté, je voulus encore une fois visiter les tombes de mes enfants.
Au cimetière de la Chapelle, où mon fils aîné était enterré rien n’était en désordre. Le lendemain je suis allé au cimetière de Montparnasse, quel désastre ! La terre était labourée, les tombes arrachées, piétinées ; le porte-couronne de la tombe de mon dernier fils était tordu et percé de plusieurs balles. J’ai retiré une couronne en perles à moitié brisée ; c’est tout ce qui me restait de ce que j’avais possédé, triste épave du passé. […]
Enfin le jour de mon départ arriva ; je fis mes adieux aux personnes qui avaient été bonnes pour moi, et le cœur meurtri, j’embrassais ma mère, laquelle pleurait amèrement.
Par prudence mes amis ne voulurent pas qu’elle m’accompagnât à la gare. Mlle Lefèvres et moi nous montâmes dans un fiacre et nous nous dirigeâmes vers la gare de l’Est où je devais prendre le train en partance pour Bâle. Mon amie s’installa dans un compartiment, elle me quitta au signal du départ. Quelques instants encore, elle me fit des signes amicaux, Paris disparut au loin ; bientôt il n’est plus qu’un point presque imperceptible.
Ce trajet me parut long et pénible, il y avait des arrêts continuels ; l’inquiétude de l’issue de mon voyage me hantait. Je me blottis dans un coin du compartiment ; je voulus lire sans y parvenir, la nuit me parut sans fin. Lorsque vint le jour, j’étais plus triste encore ; dès que je mettais la tête à la portière, je voyais à toutes les stations des soldats allemands, l’arme au bras sur les quais, faisant circuler les voyageurs.
J’avoue que j’ai peu observé le paysage, mon esprit était trop préoccupé. Cependant quelqu’un me fit remarquer une colline assez élevée, au sommet de laquelle, il y a une chapelle. Nous étions à Vesoul.
Nous roulons encore deux heures et nous arrivons à Belfort. Il y avait une grande animation. C’était le jour où les Alsaciens et les Lorrains qui avaient opté pour la France devaient quitter leur pays (1er octobre 1872)23. Ce spectacle ne manquait pas de grandeur patriotique. De bonnes vieilles grand’mères, en costume alsacien, sur leur coiffe un immense nœud en crêpe noir, en signe de deuil, accompagnées de jeunes enfants filles et garçons, se tenaient en rangs devant la barrière qui séparait le quai de la voie. Au moment où le coup de sifflet du départ retentit, il y eut une touchante manifestation en l’honneur des jeunes Lorrains qui, pour rester Français, quittaient leur famille. Tous les assistants chantèrent le refrain patriotique (l’Alsace et la Lorraine).
Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine
Et malgré vous nous resterons Français
Vous avez pu germaniser la plaine
Mais notre cœur, vous ne l’aurez jamais.
Les bonnes grand’mères elles-mêmes et les enfants répétaient en chœur ce refrain.
Notre train continua sa route. Lorsque nous arrivâmes à Petit-Croix, dernière station avant la frontière, j’eus une émotion. On ouvrit les portières et des soldats allemands accompagnés d’un gendarme français vinrent demander aux voyageurs leurs papiers ; je donnai la patente24 que m’avait confiée Mme Vaillant.
Le gendarme parcourut le papier et me dit : « Êtes-vous bien Madame Vaillant. »
— Oui
— Bien, passez.
Ce fut tout25. Cependant je n’étais pas encore complètement rassurée. Après la visite des papiers nous continuâmes notre route jusqu’à Mulhouse et de là à Bâle où tous les voyageurs descendirent. Je fus fort déçue, j’avais espéré continuer ma route jusqu’à Genève où j’étais attendue. Mais en Suisse, les trains ne voyageaient pas la nuit en ce temps-là. Je fus obligée de coucher à l’hôtel.
Enfin, j’étais sur la terre d’exil !
Voilà comment la France d’alors récompensa ses défenseurs.
FIN DES SOUVENIRS D’UNE MORTE VIVANTE
Ce volume pourra être suivi d’un autre26 racontant la vie intime, la proscription de l’auteur et son activité politique après l’amnistie jusqu’au Congrès de Londres en 188127.Brocher Victorine, Souvenirs d’une morte vivante, Lausanne, A. Lapie, 1909, p. 305-310.
Notes de bas de page
1 Brocher Victorine, Souvenirs d’une morte vivante. Une femme du peuple dans la Commune de 1871, Paris, Libertalia, 2017, p. 69-72.
2 Ibid., p. 99-151.
3 Enckell Marianne, « Brocher Victorine », Le Maitron. Dictionnaire des anarchistes, 2014, https://maitron.fr/spip.php?article154273 (consulté le 5 janvier 2021).
4 Brocher Victorine, Souvenirs d’une morte vivante. Une femme du peuple dans la Commune de 1871, op cit., p. 160-161.
5 Louise Michel faisant partie en même temps de plusieurs organisations de femmes de la Commune, dont l’Union des femmes pour la défense de Paris et le soin aux blessés ainsi que le comité de vigilance de Montmartre.
6 Brocher Victorine, Souvenirs d’une morte vivante. Une femme du peuple dans la Commune de 1871, op cit., p. 190.
7 Voir Thomas Edith, Les « pétroleuses », Paris, Gallimard, 1963.
8 Brocher Victorine, Souvenirs d’une morte vivante. Une femme du peuple dans la Commune de 1871, op. cit., p. 244.
9 Ibid., p. 288-291.
10 Ibid., p. 310.
11 Ibid., p. 1.
12 Michel Louise, La Commune, Paris, La Découverte, 2015 ; Michel Louise, Mémoires, Paris, Maspero, 1976.
13 Loriaux Florence, Femmes et exil durant la Première Internationale, Bruxelles, CARHOP, 2008, p. 2. Voir aussi l’évocation de la trajectoire et des mémoires de Victorine Brocher dans le roman graphique de Meyssan Raphaël, Les damnés de la Commune, Paris, Delcourt, 2017-2019.
14 Le plus souvent, les jours qui suivent la Semaine sanglante, ce sont des groupes de communardes qui prennent la fuite ensemble, comme c’est le cas par exemple d’Elizabeth Dmitrieff : « Bonne nouvelle, notre chère sœur Élise est sauvée : elle a quitté Paris au milieu de toutes sortes d’obstacles et à travers les obus et les balles ; c’est un miracle qu’elle soit sauvée, nous l’avons à Genève et nous la gardons précieusement ; elle a pu s’échapper avec quelques amis et amies de cette terrible tuerie », voir International Institute of Social History, Amsterdam, fonds Jung, 899, Lettre de Henri Perret à Hermann Jung, 4 juin 1871.
15 Le trajet en train est un privilège que la plupart des proscrits ne peuvent se permettre, surtout dans les jours immédiatement après la Semaine sanglante, où la surveillance aux frontières est à son paroxysme : « Un certain nombre [de proscrits] avaient dû gagner la Suisse à pied, à travers les montagnes, une simple valise sur le dos. Leur physionomie se ressentait de la fatigue et des misères du voyage : des bottes éculées, des habits troués, la barbe et le visage couverts de la poussière du chemin », Claris Aristide Jean, La proscription française en Suisse, 1871-1872, Genève, Imprimerie Vve Blanchard, 1872, p. 8-9.
16 Florence Loriaux remarque à ce propos que « la grande majorité des femmes qui arrivent ou transitent par la Belgique sont des épouses, des compagnes ou des mères de réfugiés politiques venant rejoindre leur mari ou leur fils, pour la plupart partis seuls et sans aucune ressource », voir Loriaux Florence, Femmes et exil durant la Première Internationale, op. cit., p. 2.
17 Environ un an après la chute de la Commune de Paris : les faits se déroulent en 1872.
18 Même après la Semaine sanglante, la répression continue et la police recherche activement les communards, contraints à la clandestinité ou à l’exil. Victorine Brocher, encore en clandestinité, se cache dans une petite chambre que loue sa mère, rue Saint-Martin à Paris.
19 Victorine Brocher reste anonyme dans ses propres souvenirs. Lorsqu’elle se réfère à elle-même à la troisième personne, elle recourt à l’acronyme V. R.
20 Les représentations iconographiques des « pétroleuses », ces communardes qui auraient incendié la capitale durant les derniers jours de la Commune à l’aide de bidons d’essence, sont mythifiées : elles montrent des femmes aux traits animaliers et monstrueux, physiquement difformes et au regard sadique, voir Thomas Edith, Les « pétroleuses », op. cit. ; Gullickson Gay L., Unruly Women of Paris. Images of the Paris Commune, New York, Cornell University Press, 1996.
21 Les communards qui ne sont pas arrêtés durant la Semaine sanglante doivent partir pour l’exil, surtout si leur nom était connu et si les conseils de guerre les avaient déjà condamnés par contumace (la peine était souvent la déportation). Les exilés choisissent pour la plupart la Belgique, la Grande-Bretagne et la Suisse, cette dernière en particulier jouissant d’une certaine renommée comme ayant une longue et réputée tradition de garantie du droit d’asile politique. Voir Claris Aristide Jean, La proscription française en Suisse, 1871-1872, op. cit., p. 7.
22 Le choix de Genève n’est pas anodin. Outre la connaissance évoquée par Victorine Brocher dans l’extrait, se trouvent déjà en exil à Genève, en 1871-1872, des figures de premier plan de l’Internationale française et russe, de la Commune de Paris et des diverses communes de province, notamment Jules Guesde, Eugène Razoua, Maxime Vuillaume, Alphonse Humbert, Eugène Vermersch, Benoît Malon, Alphonse Clémence, Jean-Baptiste Chardon, Edmond Bazire, Arthur Arnould, Jules Montels, Camille Camet, Jean-Baptiste Dumay, Nikolaï Joukowsky, Marguerite Tinayre, André Léo, Paule Mink, Olga Levachoff. Voir Zévaès Alexandre, Jules Guesde, 1845-1922, Paris, Rivière, 1929, p. 15-16. Elisabeth Dmitrieff se trouve elle aussi en exil à Genève jusqu’en octobre 1871, voir Vuilleumier Marc, « La Suisse », International Review of Social History, vol. 17, no 1, 1972, p. 293.
23 Les citoyens de nationalité française habitant le territoire d’Alsace-Lorraine, annexé à l’Allemagne depuis le traité de paix de Francfort du 10 mai 1871, devaient avoir transféré leur domicile du côté français de la nouvelle frontière avant le 1er octobre 1872, sous peine de devenir des sujets allemands à part entière.
24 Synonyme de passeport.
25 Cette procédure de vérification d’identité expédiée en quelques minutes n’est pas anodine. Elle révèle une certaine facilité dont jouissent les femmes militantes pour s’exiler par rapports à leurs homologues masculins. Une moindre attention est en effet portée par la police des frontières à l’égard des femmes, considérées comme étant moins dangereuses et minoritaires au sein des organisations révolutionnaires.
26 Aucun autre volume des Souvenirs n’est publié après celui de 1909. Des fragments manuscrits de Victorine Brocher sont néanmoins conservés à l’Institut international d’histoire sociale d’Amsterdam, destinés probablement à un second volume des mémoires.
27 Congrès anarchiste international tenu à Londres du 14 au 20 juillet 1881. Il s’agit d’une première tentative de reconstituer l’Internationale anti-autoritaire (d’orientation bakouniniste) depuis sa dissolution lors du congrès international de Verviers en septembre 1877. Il constitue également une réponse directe au congrès international organisé par les socialistes suisses et belges à Coire, en octobre 1881, censé reconstituer sur les bases du seul marxisme l’Association internationale des travailleurs (AIT), dissoute depuis juillet 1876 à la suite du congrès international de Philadelphie. Victorine Brocher participe au congrès de Londres à l’instar d’autres figures de proue du mouvement libertaire, tels Pierre Kropotkine, Louise Michel, Errico Malatesta et Francesco Saverio Merlino. Le congrès est néanmoins peu concluant : le réseau anarchiste transnational affirme sa propre existence mais ne parvient à se doter d’aucune institution assurant sa pérennisation, voir Rehcorb G. (pseud. Brocher Gustave), Bulletin du congrès de Londres, Verviers, Impimerie Émile Piette, 1881. Voir aussi Bantman Constance, « “Anarchistes de la bombe, anarchistes de l’idée” : les anarchistes français à Londres, 1880-1895 », Le mouvement social, vol. 246, no 1, 2014, p. 47-61.
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