Note sur le texte, son établissement et sur la datation des lettres
p. 7-10
Texte intégral
1Composé par le prince d’origine roumaine Georges Greciano (1906-1976) dans les mois qui suivirent la mort de Cocteau en octobre 1963, Cocteau, l’opium aux trousses avait pour but de présenter l’origine, le développement et la brutale interruption d’une amitié épistolaire qui l’avait lié, l’espace d’une année, de septembre 1928 au début septembre 1929, avec le poète français. Établi à Bucarest, puis à Bratislava, il avait alors 22 ans, tandis que Cocteau atteignait une quarantaine douloureuse et féconde, marquée tout ensemble par une longue cure de désintoxication et par la rédaction, fébrile et exaltante, d’Opium et des Enfants terribles. De cette période résulte une correspondance d’intérêt exceptionnel, constituée de dix-neuf lettres inédites du poète, parfois illustrées, et de quelques réponses conservées de son lointain correspondant – les unes comme les autres parfaitement intégrées au récit qu’un Georges Greciano âgé de 58 ans désira faire de son aventure de jeunesse. Mais son auteur s’éteignit en 1976 sans avoir porté son manuscrit à un éditeur. Il revint à son fils, Rodolphe Greciano, cardiologue retraité, de le reprendre au printemps 2020 et de chercher à lui offrir une publication scientifique et commentée.
Un manuscrit perdu, une dactylographie conservée
2Le texte original de Georges Greciano se présentait en 1963-1964 sous la forme d’un manuscrit autographe au stylo à bille bleu, qui indiquait très précisément les points d’insertion des lettres de Cocteau et des autres documents échangés avec le poète. Après la mort de son auteur en 1976, ce manuscrit fut confié par son fils à une dactylographe qui le transcrivit et lui donna la forme d’un texte de 177 pages. Le manuscrit autographe fut ensuite égaré.
3Notre transcription de Cocteau, l’opium aux trousses se fonde sur cette dactylographie truffée des lettres originales échangées entre Cocteau et Greciano. Elle respecte l’ordre voulu par ce dernier, qui n’est pas toujours rigoureusement chronologique. Seules ont été corrigées dans son texte quelques manifestes erreurs orthographiques ou quelques bizarreries typographiques présentes dans la dactylographie posthume. Les règles typographiques en vigueur aux Presses universitaires de Strasbourg ont été appliquées au texte de Georges Greciano.
Transcription des lettres
4Notre édition a pour principe de faire voir à son lecteur, en fac-similé, toutes les lettres de Cocteau. C’est pourquoi, dans leur version transcrite, nous nous sommes autorisé à en rétablir la ponctuation, souvent très négligée ou idiosyncrasique (absence de traits d’union, usage étendu du tiret, points finaux manquants). Il s’agit de faciliter la lecture contemporaine, et d’éviter une surabondance de « sic » qui l’aurait entravée. Pour mesurer les usages exacts de Cocteau et les singularités orthographiques du poète, il suffira au lecteur de se pencher sur la photographie des lettres manuscrites.
Appareil critique
5L’auteur de Cocteau, l’opium aux trousses avait prévu certaines notes de bas de page. Elles sont systématiquement indiquées entre parenthèses : « (note de Georges Greciano) ». Toutes les autres annotations sont de Guy Ducrey, y compris dans la postface de Rodolphe Greciano.
Une datation triplement problématique
6Comme l’ont constaté maints éditeurs des correspondances de Cocteau, la datation de ses lettres est toujours délicate. L’écrivain, en effet, ne date que très rarement ses envois, ou alors avec imprécision (parfois l’année seule est indiquée, ou le mois en cours, bien plus rarement le jour). Mais dans le cas des lettres à Georges Greciano, ces difficultés notoires se compliquent de trois facteurs.
7Le premier tient à la disparition, entre la mort de Georges Greciano et notre édition, des enveloppes affranchies de la correspondance : une seule a été conservée. Le recours au cachet postal est donc impossible, alors même qu’une liste des cachets postaux avait été établie par l’auteur de Cocteau, l’opium aux trousses ; en l’absence des enveloppes, cette liste est impossible à vérifier rigoureusement aujourd’hui.
8La seconde difficulté est évoquée par Georges Greciano et Jean Cocteau eux-mêmes dans leur correspondance. Les lettres qu’ils s’échangent subissent de terribles aléas postaux : retards, changements d’adresse ou adresses incomplètes, suivi incertain du courrier à travers l’Europe… Bucarest, Czernowitz (aujourd’hui Tchernivtsi), Bratislava, Villefranche-sur-Mer, une clinique de Saint-Cloud, Paris : autant de destinations trop éloignées et surtout trop précaires (les correspondants ne cessent de déménager) pour ne pas égarer les postiers (et même la valise diplomatique). Lorsque les lettres finissent par miraculeusement arriver, elles ont tant erré qu’elles accusent parfois plusieurs semaines, voire plusieurs mois de retard. Certaines ont même été rattrapées par d’autres missives parties plus tard. Quelques indices le montrent dans son récit ; il n’est pas sûr que Georges Greciano, à qui parvenaient ces lettres non datées, ait lui-même pu toujours rétablir leur ordre chronologique d’expédition.
9D’autant (troisième facteur de complexité significative) qu’il s’est écoulé trente-quatre ou trente-cinq ans entre l’échange de ce précieux courrier et le moment où, après la mort du poète, il décide de le reprendre pour composer le récit de cette amitié interrompue. Il faut l’imaginer, dans les années soixante, face à cet ensemble de documents anciens, non datés ou aux cachets postaux peu lisibles : entre ces lettres, comment se rappeler exactement lesquelles avaient été les premières ? ou les dernières ? et celles qui, parties les premières, avaient vagabondé durant des mois pour lui parvenir peut-être les dernières ? Il choisit pour son récit un ordre, que nous nous sommes refusé à modifier : le lecteur le trouvera tel que Georges Greciano l’avait prévu.
10Nous proposons néanmoins en note, pour chacune des dix-neuf lettres, des dates conjecturales d’expédition : les unes sont très assurées (lorsque par exemple Cocteau écrit « Noël »), d’autres sont fort plausibles (elles peuvent être induites du récit même de Georges Greciano ou d’un détail évoqué par le correspondant, et parfois même d’un croisement avec les biographies de référence de Cocteau, ou du croisement avec des lettres qu’il adressait à d’autres correspondants de la même époque) ; d’autres encore demeurent largement hypothétiques. Il n’est pas exclu que l’apparition d’autres documents permette à l’avenir de préciser certaines dates d’expédition de cette étonnante correspondance à travers une Europe disparue.
Auteur
Le texte seul est utilisable sous licence Creative Commons - Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International - CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.
La cuisine de l’œuvre au xixe siècle
Regards d’artistes et d’écrivains
Bertrand Marquer et Éléonore Reverzy (dir.)
2013
Renaissances du Mystère en Europe
Fin xixe siècle - début xxie siècle
Anne Ducrey et Tatiana Victoroff (dir.)
2015
Les Fables du politique des Lumières à nos jours
Éléonore Reverzy, Pierre Hartmann et Romuald Fonkoua (dir.)
2012
