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    Plan détaillé Texte intégral I. Origines des cimetières « protestants » II. L’intolérance religieuse et la destruction des cimetières protestants III. La réintégration protestante : révolution funéraire » napoléonienne et pluralisme IV. Qu’est-ce qu’un cimetière protestant ? Conclusion Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Le pluralisme religieux dans les cimetières en Europe

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    Table des matières

    Cimetières protestants ou cimetières des protestants ?

    Pierre-Yves Kirschleger

    p. 239-263

    Texte intégral I. Origines des cimetières « protestants » II. L’intolérance religieuse et la destruction des cimetières protestants III. La réintégration protestante : révolution funéraire » napoléonienne et pluralisme IV. Qu’est-ce qu’un cimetière protestant ? Conclusion Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Dans le panorama sur les cimetières considérés du point de vue des cultes, et en vis-à-vis du droit hébraïque, du droit canonique et du droit musulman, on attendrait une présentation du statut des cimetières en droit protestant. Malheureusement, il n’y a pas de droit protestant comparable1. On connaît la formule de Bossuet : Tout protestant est pape une bible à la main » : voilà qui ne facilite pas la tâche du chercheur, d’autant que le protestantisme ne se décline pas au singulier, mais au pluriel : protestantisme luthérien, protestantisme réformé, protestantismes évangéliques (au pluriel), sans parler des différences nationales puisque le protestantisme s’est constitué en Églises nationales… De là, à quelle source puiser pour saisir le point de vue protestant en la matière2 ?

    2Ni la Discipline3 de l’Église réformée de France, ni d’ailleurs le « Document d’administration légale et statutaire4 » que celle-ci a produit, ne disent mot à ce sujet : il n’est fait mention que des « services célébrés à la suite d’un décès » sans aucune précision de lieu5. Les Règlements de l’Église Évangélique Luthérienne de France6 sont moins laconiques, et indiquent que « le service funèbre comprend normalement trois moments liturgiques : la levée du corps, le culte principal célébré de préférence à l’église paroissiale, et l’inhumation au cimetière ou la crémation. […] Avant de procéder au service, le pasteur s’assure que le permis d’inhumer a été délivré par l’officier de l’état-civil7 ». Ces règlements s’intéressent au service liturgique, non au cimetière proprement dit.

    3Le Précis de législation des cultes à l’usage des Églises protestantes de France du procureur général Jean Vercier8 est plus prolixe, traitant en cinq pages de la « liberté des funérailles » et de la « laïcisation des cimetières », mais il s’agit bien de la législation commune, et non du droit ecclésiastique protestant. Si les Églises protestantes sont volontairement et obstinément muettes à propos des cimetières, faut-il en conclure que les cimetières protestants n’ont pas d’intérêt à leurs yeux ? Pourtant, les cimetières protestants existent et perdurent – comme si la pratique n’avait pas besoin de s’adosser à une théorie ou à une norme.

    4Pour saisir le point de vue protestant, il ne s’agit pas de mener une réflexion sur le droit, mais d’emprunter un détour par l’histoire pour cerner les origines, les évolutions et les enjeux des cimetières dits « protestants » en France.

    I. Origines des cimetières « protestants »

    5L’originalité de l’histoire de la Réforme en France est de n’avoir instauré ni un État-nation catholique (comme les pays latins, l’Autriche ou la Pologne) ni un État-nation protestant (comme l’Angleterre, l’Écosse, les États protestants d’Allemagne, la Hollande, les pays scandinaves) en vertu du principe cujus regio ejus religio9. À la différence d’autres pays, il n’y a pas, en France, de basculement complet vers l’une ou l’autre confession.

    6Pendant les premières années qui ont suivi l’établissement de la Réforme10, les adeptes de la nouvelle confession ont enterré leurs morts selon les habitudes familiales existantes, dans les mêmes cimetières que les catholiques11. Mais le sacré catholique étant ancré dans des lieux, le problème de l’inhumation des protestants s’est posé très tôt, dès que la Réforme a été considérée comme une hérésie par l’Église catholique : puisque les cimetières paroissiaux sont des « lieux saints » au statut canonique, l’inhumation d’un protestant constitue un cas de pollution du cimetière. Les hérétiques n’ont donc pas leur place en terre bénite, parmi les catholiques, quel que soit leur rang social : même les notables devenus protestants ne peuvent plus rejoindre leurs ancêtres dans la chapelle familiale ou dans le caveau de la nef de l’église.

    7Pour faire respecter le caractère sacré des cimetières, le clergé catholique demande aux gouverneurs des provinces d’interdire aux protestants l’usage des cimetières ordinaires. Aussi les protestants doivent-ils s’organiser autrement et créer des cimetières spécifiquement protestants. Un gentilhomme huguenot offre à la communauté un champ pour servir de lieu de sépulture : c’est l’origine des premiers cimetières protestants. À l’intérieur de ceux-ci, on ne trouve pas de tombeaux, pas de signe distinctif d’une inhumation, comme dans tous les cimetières du temps. Alors, simple duplication ou spécificité ?

    8La spécificité d’un cimetière protestant par rapport à un cimetière catholique est en réalité sans lien géographique avec le lieu de culte, puisque le lieu de sépulture a été acheté là où un terrain était à vendre. Il s’agit là d’une première rupture. Ce changement matériel qui pourrait sembler fortuit correspond cependant à une seconde rupture, d’ordre théologique. La mort catholique en effet se caractérise non seulement par un lieu consacré (le cimetière), mais aussi par des pratiques rituelles sacrées (prières pour les morts, fondation de messes anniversaires, oraison funèbre), et la fin du Moyen Âge, on le sait, a vécu dans la hantise de la mort : dans l’église de son château de Wittenberg, Frédéric le Sage avait ainsi accumulé plus de 17 000 reliques susceptibles de rapporter 128 000 années d’indulgences. Car la crise religieuse du xvie siècle n’est pas une crise de la foi, mais une crise du lien avec le sacré : on éprouve plus fortement l’angoisse de ne pas pouvoir tisser des liens sûrs avec Dieu. Or, c’est précisément à ce problème angoissant du salut que la Réforme protestante fournit une solution nouvelle12. Dans l’étude de la Bible, les réformateurs découvrent que Dieu donne sa grâce gratuitement, par amour pour sa création – et cela change tout : il n’est plus besoin d’escalader le ciel, le pardon est donné. Le chrétien justifié ne vivra désormais que par la foi – c’est l’explication de la formule « justification par la foi » : le chrétien n’a plus à faire son salut ni à prier pour le « repos des âmes », il ne craint plus ni la mort ni l’enfer.

    9Les funérailles protestantes ne sont dès lors plus comprises comme un rituel pour les morts : les messes privées sont abolies, la doctrine du purgatoire abandonnée – il y a une véritable « réformation de la mort », selon l’expression de l’historien Craig Koslofsky13. Jean Calvin explique ainsi que la sépulture est avant tout un signe, une aide destinée à conduire l’esprit du croyant vers le salut : C’est que par ce moyen, écrit-il, les yeux sont détournés du sépulcre qui engloutit et abolit toutes choses, vers un spectacle du renouvellement à venir. » L’ensevelissement mérite respect et révérence, non pas en lui-même, mais en tant qu’il renvoie à une réalité invisible et absente, qu’il est le présage de la vie future. Ce faisant, le monde des morts devient strictement séparé du monde des vivants, et à double titre : les cimetières sont expulsés hors des villes et les âmes sont désormais hors d’atteinte des suffrages de l’Église.

    10L’enterrement de Calvin lui-même est l’archétype de ces bouleversements : Je desire, avait mentionné Calvin dans son testament, que mon corps après mon decez, soit enseveli à la façon accoustumée, en attendant le jour de la resurrection bienheureuse14. » Depuis que Genève a adopté la Réforme en 1536, le conseil de la ville a décidé d’abandonner les ensevelissements dans la cathédrale Saint-Pierre ou dans les autres églises, pour ne les autoriser qu’au cimetière de Plainpalais. Pas d’exception pour le plus illustre des habitants de la cité15 : Calvin fut porté jusqu’au cimetière de Plainpalais, hors des murs de la ville, « suivi non seulement des Syndiques et Conseillers avec les pasteurs de l’Église et françoise et italienne, les professeurs publics et grand nombre d’escoliers, mais aussi de la pluspart de la ville, et d’hommes et de femmes, et de gens de tous estats », selon le récit des témoins16. Car à Genève, le cortège est la marque unique de l’enterrement réformé : pas de cloche, pas de liturgie au temple, pas de prière finale sur la fosse, pas d’oraison funèbre, pas de geste pour les pauvres. Pas de cérémonie, mais le dépouillement et le silence. Et au cimetière, pas de dalles individuelles, pas d’épitaphes, pas même de croix. Calvin fut inhumé dans une fosse individuelle17, mais anonyme, comme toutes les autres, ce qui explique l’anecdote rapportée par un contemporain six mois après la mort de Calvin : Certains escoliers estans venus de nouveau ici estudier se trouverent trompez un jour que ils allerent tout expres au cemetiere pour voir le sepulcre de Calvin, car ils pensoyent y voir quelque tombeau eslevé et magnifique, et il n’y a rien que la terre simplement non plus qu’aux autres18. » Si bien que la mémoire de l’emplacement exact de la tombe de Calvin s’est assez vite perdue et la tombe actuelle dite « de Calvin » n’est qu’une reconstitution tardive, un monument commémoratif et non une sépulture.

    11Si l’attitude protestante devant la mort constitue l’un des bouleversements majeurs de la Réforme, elle a été corrélativement une source d’étonnement, voire de scandale, pour les catholiques : on jette le mort « à la fosse sans rien dire ny faire aucune cérémonie, non plus que pour un chien ou cheval19 », s’indigne-t-on. Telle est de même la pratique protestante mise en place à Zurich, à Berne, en Suisse romande, puis dans les communautés réformées françaises, qui adoptent une discipline proche de celle de Genève : Les ministres ne feront aucunes prières à l’enterrement des morts, pour obvier à toute superstition », affirme le Synode national français de 156220, et « ceux qui accompagnent les corps seront exhortés de se comporter avec modestie durant le convoi, méditant, selon l’objet qui se présente, tant les misères et la brèveté de cette vie, que l’espérance de la vie bien-heureuse », précise le Synode national de 158321. Les travaux historiques sur les testaments de cette époque confirment le changement : les testateurs réformés, généralement, ne disent mot de leurs funérailles22.

    12On a ainsi pu dire que les réformés, abandonnant toutes les pratiques traditionnelles, avaient inventé des funérailles « laïques23 », et même doublement laïques : laïques dans le lieu (qui n’est plus terre consacrée) et laïques dans la forme (rituel minimal et décléricalisé).

    13Cette absence de rite ecclésiastique paradoxalement est appuyée en France par la législation royale du temps des guerres de religion, qui impose aux membres de la RPR (Religion prétendue réformée) des inhumations de nuit et en convoi limité24.

    II. L’intolérance religieuse et la destruction des cimetières protestants

    14Après trente ans de guerres de religion, la France tente un compromis : l’édit de Nantes de 1598 permet de « coexister dans l’intolérance25 ». L’édit de Nantes généralise la séparation dans la mort : une partition qui n’est pas discriminatoire, mais conçue comme un élément de paix civile –  séparés, mais égaux, en quelque sorte.

    15Localement pourtant, les protestants rencontrent parfois des difficultés à faire appliquer les édits. La communauté catholique expulse des cimetières ceux qu’elle perçoit comme rejetant les rites et les pratiques ancestrales. Bien des témoins ont décrit les exhumations et les profanations de cadavres protestants26.

    16À Bordeaux, la communauté se plaint qu’on lui ait proposé un terrain pour les enterrements protestants près d’une porte de la cité « où tous les bourriers et les immondicitees ont acoutume destre portez27 » ; un capitaine anglais ayant servi Henri IV est même exhumé de la chapelle des cartusiens traditionnellement destinée à l’enterrement des étrangers. Les protestants soulignent l’ignominie de la situation et se plaignent tout simplement au nom du « droit des gens » : le droit à la sépulture est nécessaire pour satisfaire « au dernier devoir que l’humanité requiert des hommes28 ».

    17Avec la mort du « bon roi » Henri IV, les violences repartent, et ses successeurs reprennent un par un les privilèges politiques accordés aux protestants. Les convois funèbres protestants ne peuvent plus se faire qu’à la pointe du jour ou à la tombée de la nuit, y compris pour des notabilités comme les peintres protestants de l’Académie royale des beaux-arts29, et dix personnes au plus sont autorisées à y assister, avant que l’édit de Fontainebleau de 1685 ne proscrive le protestantisme dans tout le royaume. Exclus des emplois publics, exclus de leurs temples qu’ils ont dû démolir, les protestants sont aussi exclus de leurs cimetières. Ceux qui abjurent, de gré ou de force, peuvent bien entendu se faire enterrer dans le cimetière catholique, mais qu’en est-il des autres ? La déclaration royale du 29 avril 1686 ordonne que « le procès sera fait aux cadavres ou à leur mémoire et ils seront traînés sur la claie, jetés à la voirie » : on connaît une centaine de cas en Normandie et en Picardie par exemple.

    18Le Conseil du roi donne des instructions claires : Sa Majesté ne veut pas qu’il y ait d’endroit marqué pour les enterrements de ceux de ladite religion et chacun pourra les faire enterrer où bon lui semblera30. » La seule exception autorisée31 sera la création de cimetières protestants dans tous les ports fréquentés par des étrangers – commerce oblige. Mais pour tous les autres, que faire des morts à qui la « sépulture ecclésiastique32 » est refusée ? Où pouvaient-ils être mieux que chez eux, à côté ou dans la maison qui les avait vus naître ? En conséquence, pendant un siècle, les protestants récalcitrants qui refusent de se convertir vont ensevelir leurs morts clandestinement « dans les terres ». Ce qui ne choque pas fondamentalement les protestants sur le plan spirituel, ce qui ne fait que confirmer le dégoût des catholiques vis-à-vis de cette « religion déformée » : les protestants « n’estiment aucune terre plus sainte l’une que l’autre, ne faisant point de distinction entre un temple ou un cimetière et un champ qu’on laboure, une vigne qu’on taille, un pré qu’on fauche, une forêt qu’on coupe ». Ainsi est née la tradition des « cimetières de famille » – qui s’est perpétuée par-delà la Révolution jusqu’à nos jours33, et qui suscite toujours la curiosité de la presse. Quelques tombes dans un jardin ou un pré, des espaces soustraits à la culture ou peu propices à la culture, enclos ou non par des murs : la formule de l’enclos est majoritaire, mais plus récente ou sommaire qu’on ne le croit. Les cimetières de plein champ éloignés des maisons paraissent avoir été clos dès leur création – pour protéger les tombes des chèvres – alors que ceux proches des demeures sont plus souvent ouverts. Ainsi s’explique cette marque de l’histoire dans le paysage des régions protestantes : les cyprès, plantés autour des tombes près des mas34. Inhumations en plein champ ou en bord de chemin, mais jamais dans les bois ou dans les landes : la tombe n’est pas repoussée dans les espaces sauvages, elle reste dans le monde des vivants. Et lorsque l’on ne dispose pas d’un terrain, l’inhumation a tout simplement lieu dans les caves35. Les régions à forte densité protestante sont littéralement truffées de tels cimetières, chaque famille ayant le sien : Cévennes, Drôme, Poitou…

    III. La réintégration protestante : révolution funéraire » napoléonienne et pluralisme

    19La Révolution a marqué la réintégration des protestants français dans la communauté nationale36, y compris dans le domaine funéraire. L’édit sur les non-catholiques de novembre 1787, appelé plus couramment édit de Tolérance, rend aux protestants le droit à des obsèques décentes, et prescrit que les villes et villages devront avoir « un terrain convenable et décent » pour l’inhumation de ceux auxquels la sépulture ecclésiastique est refusée. Plus encore, le décret du 23 prairial an XII établit l’existence légale des cimetières confessionnels dans son article 15 : Dans les communes où l’on professe plusieurs cultes, chaque culte doit avoir un lieu d’inhumation particulier ; et, dans le cas où il n’y aurait qu’un seul cimetière, on le partagera par des murs, haies ou fossés, en autant de parties qu’il y aura de cultes différents avec une entrée particulière pour chacune et en proportionnant cet espace au nombre d’habitants de chaque culte. » C’est la traduction, dans le domaine funéraire, de ce que le sociologue Jean Baubérot a appelé le premier seuil de laïcisation37 : la fois la reconnaissance de la légitimité sociale des religions et l’affirmation du pluralisme des cultes reconnus.

    20Mais dans le paysage religieux français du xixe siècle, monocolore, où les minorités représentent moins de 3 % de la population, le pluralisme fonctionne parfois assez mal. Le gouvernement se veut animé de dispositions bienveillantes envers les minorités religieuses38, mais les autorités administratives inférieures39 sont souvent méfiantes vis-à-vis de cultes qui dans les esprits restent des « cultes dissidents », des « sectes » : estimant que le pluralisme religieux est socialement nuisible, elles combattront par exemple l’évangélisation protestante. Le quasi-monopole du catholicisme amène certains à souhaiter une simple tolérance des minorités religieuses et non une véritable liberté religieuse. Si bien que l’article 15 du décret du 23 prairial an XII, dans une société pluriconfessionnelle, crée en réalité autant de difficultés qu’il n’apaise la situation. Dans les villages à majorité protestante, ces dispositions ne soulèvent pas de problème, bien entendu. Dans toutes les localités où vit une minorité protestante importante, un cimetière protestant est créé ; mais créer un tel cimetière engendre des frais importants, que bien des édiles catholiques ne sont pas prêts à concéder. Aussi, c’est la translation du cimetière catholique qui a souvent été l’occasion de la mise en place d’un enclos protestant. Mais dans la plupart des villages, le seul cimetière existant et prévu est le cimetière catholique et la jurisprudence a posé le principe de ne créer des cimetières non catholiques que dans les communes où il y a profession publique d’autres cultes : Il est mort un protestant chez moi, écrit en 1845 le curé d’une paroisse catholique de Charente-Maritime. Je leur ai dit de l’encroter dans son jardin. Ce qu’on a fait40. » Ainsi, plusieurs incidents ont lieu à l’occasion d’inhumations dans des communes où, en l’absence de communauté protestante, le cimetière n’était pas divisé : le père de l’écrivain Félix Bungener, décédé brutalement au cours d’un voyage entre Marseille et Genève, lors d’une étape à Chambéry, fut enterré dans le quartier des suicidés parce qu’il était protestant.

    21Malgré la loi du 12 frimaire an II, qui attribue à la commune et non pas à la paroisse catholique la propriété du cimetière, le curé a souvent béni l’ensemble du cimetière, réservant une partie pour les enfants morts sans baptême ou pour les suicidés ; les non-catholiques sont donc inhumés dans cette partie, regardée par tous comme infamante41.

    22En 1844, à Renansart dans l’Aisne, l’enterrement d’un protestant fut interrompu par la population du village qui s’opposa violemment au cortège, débordant même la volonté du curé. En octobre 1853, à Chelles dans l’Oise, où habitait la famille Andru, une famille de fermiers qui s’était convertie au protestantisme sous l’influence d’un évangéliste42, l’aïeul, François Andru, vint à décéder : les enfants achetèrent une place au cimetière où il fut enterré par le pasteur réformé de la région, après autorisation de la préfecture de Compiègne. Mais le curé fit exhumer le corps et le fit réenterrer dans le coin maudit du cimetière. La famille Andru réclama et eut beaucoup de peine à faire remettre le corps à l’emplacement acheté. L’exhumation décidée par le curé est arbitraire, mais les autorités publiques sont bien embarrassées pour réagir : certes le décret du 23 prairial an XII n’avalise pas les obligations et interdits posés par le droit canon, mais il reconnaît le caractère confessionnel de l’enclos ; la famille a acheté en bonne et due forme une concession délivrée par l’autorité municipale, mais s’en trouve privée par la décision du curé et la passivité des pouvoirs publics.

    23On pourrait citer d’autres incidents au cours du siècle, mais terminons par l’affaire qui, si elle ne fut pas la plus médiatique, prit un tour politique retentissant. Le 24 décembre 1869 décédait à Ville-d’Avray une jeune fille britannique, Mlle Tamelier, de confession protestante. Son frère, Gustave Tamelier, demanda la concession d’un terrain dans le cimetière communal, mais le curé refusa son inhumation dans le cimetière catholique et imposa le carré des suicidés. Gustave Tamelier en fit appel au préfet, le curé en appela à son évêque ; au terme de dix-huit jours de tractation pendant lesquels le cercueil de la jeune fille resta entreposé dans la cabane à outils des fossoyeurs, le corps fut finalement inhumé à Sèvres où un curé plus conciliant accepta l’ensevelissement.

    24En juin 1870, un député interpella le ministre de l’Intérieur sur cette affaire, citant d’autres cas semblables ou proches, comme celui de l’inhumation des couples religieusement mixtes, et conclut à la nécessité d’une modification du décret du 23 prairial an XII pour apaiser les problèmes de l’inhumation des morts appartenant aux différents cultes. En avril 1871, ce même député présentait une proposition de loi tendant à abroger le fameux article 15 du décret. De contre-proposition en commission d’initiative parlementaire, le débat allait durer dix ans, pour finalement aboutir à la loi du 14 novembre 1881 qui ne comprend qu’un seul article : L’article 15 du décret du 23 prairial an XII est expressément abrogé » – l’amendement autorisant la création de nouveaux cimetières confessionnels étant rejeté43. Il est désormais interdit « d’établir [dans les cimetières] des distinctions ou des prescriptions particulières à raison des croyances ou du culte du défunt ou des circonstances qui ont accompagné sa mort » (loi du 5 avril 1884). La loi du 15 novembre 1887 sur la liberté des funérailles étend le bénéfice des « honneurs funèbres » à tous et précise que chacun peut régler les conditions de ses obsèques et le caractère à donner à sa sépulture. Il semble qu’aucune circulaire d’application ne soit venue imposer la démolition des murs de séparation entre les enclos catholiques et protestants : certaines municipalités les firent abattre rapidement, comme Marseille dès le mois d’août 1882, d’autres plus tard, d’autres jamais. Ces dispositions législatives ne s’appliquent bien sûr pas aux départements d’Alsace-Moselle alors sous souveraineté allemande, ni aux cimetières protestants autonomes, propriétés des Églises, qui sont donc transférés lors de l’application de la loi de séparation du 9 décembre 1905 aux nouvelles associations cultuelles, comme le confirme le Conseil d’État à propos du cimetière protestant de Nîmes, objet d’un contentieux entre la municipalité et l’Église réformée locale44.

    25Étonnante loi de séparation, qui a confié de fait l’entretien des édifices religieux catholiques – mais non protestants – aux pouvoirs publics, et qui a assuré la pérennité des cimetières protestants quand les cimetières catholiques ont été laïcisés.

    IV. Qu’est-ce qu’un cimetière protestant ?

    26Quelle régulation le protestantisme fait-il de l’usage de ses cimetières qui ont traversé l’histoire ? Qui y est enterré ?

    27L’histoire raconte qu’un pasteur fut jadis troublé par l’ironie du curé de son village : J’ai tant d’estime pour vous, Monsieur le Pasteur, que cela me fait de la peine de vous voir enterrer tous mes laissés-pour-compte45. » Anciennement, des conseils presbytéraux avaient établi des règlements locaux aux termes desquels le pasteur devait refuser ses services aux « non rattachés » dont les familles ne consentiraient pas à verser, au préalable, un nombre déterminé d’annuités de la cotisation due à l’association cultuelle46.

    28Au-delà de ces anecdotes, les formulaires liturgiques47 définissent les contours du grand cercle des défunts protestants en dressant le tableau des situations prévues : 1. la plupart des cas, 2. l’enterrement d’un fidèle ayant pris une part importante à la vie de l’Église, 3. le décès dans des circonstances particulièrement douloureuses, 4. l’enterrement d’un enfant. Plus précis, certains traités de liturgie prévoient non seulement la distinction entre baptisés et non-baptisés48, l’enterrement de personnes indifférentes, sceptiques ou athées, mais également les cas « disciplinaires » (pécheurs notoires, suicides49, meurtres, condamnations) pour lesquels « la vérité et la franchise exigeront qu’on ne camoufle pas par des sentimentalités qui n’ont rien de charitable la manière de vivre ou de mourir de celui qu’on enterre, et qu’on avertisse l’auditoire que c’est une chose terrible que de tomber entre les mains du Dieu vivant50 ».

    29Mais alors, si tous les cas sont prévus par la liturgie, un pasteur peut-il refuser de présider un service funèbre ? Mettre des conditions touchant à la personne même du décédé, répond le théologien Bernard Reymond, « ce serait soit s’arroger une capacité et une compétence de jugement qui appartiennent à Dieu, soit tenir pour fort peu de choses la grâce miséricordieuse de Dieu, soit encore oublier que Jésus lui-même n’a pas posé de conditions à des femmes ou à des hommes qui, de son temps, étaient en proie à la réprobation publique51 ». Puisqu’il ne saurait être question de conditions, le cimetière protestant est donc ouvert à tous ceux qui s’affirment protestants, quelles que soient leurs mœurs, leur foi personnelle ou leur dénomination ecclésiale. « Toute personne née protestante ou ayant demandé que son inhumation soit présidée par un pasteur pourra être inhumée dans le cimetière protestant », dit l’article 1er du règlement du cimetière protestant de Montpellier en 1908, qui précise toutefois que « Les cérémonies du culte protestant auront seules lieu dans l’intérieur du cimetière » (article 3).

    30En quoi alors le cimetière est-il « protestant » ? Par ses défunts, d’abord et avant tout, dans cette définition large du « protestant ». Par la sobriété des tombes peut-être aussi, mais dès le xixe siècle on assiste à une monumentalisation des tombes protestantes dans les cimetières urbains. Par l’épigraphie, faite de citations bibliques en français, mais leur usage est loin d’être systématique52. Par l’iconographie utilisée bien sûr : absence du crucifix, et forte présence au xxe siècle de la croix huguenote. Mais ce ne sont là que des éléments secondaires ; ce sont surtout des usages qui, comme tous les usages, peuvent changer. Ainsi, l’exception de « funérailles laïques » qui caractérisait les enterrements protestants s’est peu à peu estompée au xixe siècle. Une liturgie funèbre protestante s’est progressivement imposée : en usage dès 1804 à Paris ou à Marseille, elle se diffuse surtout à partir des années 184053. La participation des pasteurs à la cérémonie funèbre devient un acte normal et non plus occasionnel et à la discrétion des familles. La prédication du pasteur ne se limite plus à quelques mots au bord de la fosse, mais s’étoffe. Les funérailles s’accompagnent même désormais d’une cérémonie au temple avant l’inhumation au cimetière, ce qui explique la construction, impensable jusque-là, de chapelles dans certains cimetières protestants54.

    31Est-ce à dire que les protestants français, après trois siècles de refus, ont finalement cédé aux tentations du monde, à la pression pour faire de l’enterrement protestant une manifestation visible comme tous les enterrements, et non pas un enterrement « honteux55 » ? Les comparaisons avec les pratiques protestantes d’autres régions ou pays montrent la naïveté de la question. Dès les années 1530, les Églises luthériennes ont remplacé les messes pour les morts par un service funèbre communautaire, destiné aux vivants, après ou avant l’enterrement ; au cours de ce nouveau rituel, s’est développée la pratique des Leichenpredigte, des sermons funèbres. Mais le refus de funérailles religieuses n’est pas pour autant typiquement réformé : les Églises calvinistes du Palatinat ont organisé dès 1563 ce que devait être une sépulture chrétienne et prévu la lecture d’un texte biblique et un sermon56. Les réformés francophones auraient-ils donc été les plus radicaux ? Peut-être un temps, mais même à Genève la pratique s’est vite assouplie. Lorsque le successeur de Calvin à la tête de l’Église réformée genevoise, Théodore de Bèze, meurt en 1605 à quatre-vingt-six ans, le conseil de la ville décide de rouvrir le cloître de la cathédrale pour y accueillir la dépouille des gens de qualité, nobles et pasteurs. Devant ce changement majeur après soixante-dix ans de désaffectation du cloître, la Compagnie des pasteurs proteste en vain, refusant « une regle distincte pour les qualités, afin que comme en la naissance des hommes il n’y a point de distinction, de mesmes il n’y en ait en la mort qui surprend esgalement les grands et les petits57 ». Théodore de Bèze sera le premier, mais non le dernier, et peu après c’est la cathédrale elle-même qui est ouverte aux inhumations, comme pour le duc Henry de Rohan en 1638. Pour autant, ce retour à la cathédrale Saint-Pierre est un retour profane, une pratique sociale relevant de la piété familiale ancestrale : il ne s’agit pas d’être enterré dans un lieu consacré ou dans une chapelle pour que le saint intercède pour le mort, mais d’un honneur que la société civile rend aux meilleurs de ses enfants. En développant peu à peu une pompe funèbre au xviie siècle, en rouvrant le cloître et la cathédrale aux grands hommes, Genève ne fait d’ailleurs que suivre une pratique que le canton de Vaud, que la haute société presbytérienne écossaise n’avaient pas abandonnée, même au xvie siècle.

    32Si les usages ont donc changé, si ce que l’ancienne Discipline réformée avait jalousement interdit est devenu la règle commune, est-ce à dire que le cimetière protestant s’est resacralisé ? L’analyse des pratiques des protestants issus des Églises évangéliques en plein essor depuis quarante ans montre qu’il n’en est rien pour eux : les protestants évangéliques n’attachent aucune importance, c’est-à-dire aucune valeur religieuse à leur sépulture, et ne se tournent donc pas, dans les villes où ils le pourraient, vers les cimetières protestants.

    33Mais plus encore, l’évidence même d’un cimetière protestant semble parfois s’estomper, comme l’illustre le cas de Montpellier. L’Église réformée locale, propriétaire d’un cimetière bicentenaire, a vendu en 2009 le jardin du cimetière, qui abritait l’ossuaire, la maison du jardinier-gardien et le parking. À l’occasion de cette vente, les autorités de l’Église locale ont annoncé vouloir étudier une cession totale du cimetière : considéré comme un lieu pour les morts et non pour les vivants, le cimetière est présenté comme un vestige patrimonial, une charge matérielle et administrative complexe, et c’est aux pouvoirs publics que l’on demande de « pérenniser le sens » d’un cimetière protestant dont la vocation semble avoir disparu des esprits58. Ce dernier exemple est intéressant, car il est probablement révélateur – à l’extrême – d’une certaine conception du protestantisme. Car le protestantisme a poussé loin le processus de désacralisation : désacralisation de l’institution ecclésiastique ; désacralisation du clergé ; désacralisation du culte ; désacralisation des pratiques ; désacralisation de l’espace, espace des temples et espace des cimetières… Le cimetière protestant est donc soluble dans la laïcisation – ce qui explique qu’il ait bien souvent disparu depuis 1881.

    34Pour autant, les cimetières protestants encore existants aujourd’hui sont-ils des survivances anachroniques ? L’historien a tendance à penser que « rien n’est “survécu” dans une culture, tout est vécu ou n’est pas59 ».

    35Certes, la disparition du culte des morts a entraîné le désintérêt général des protestants pour les cimetières et le refus de donner aux cimetières un statut théologique : il n’y a donc pas, à proprement parler, de cimetières « protestants ». Les cimetières des protestants sont donc historiquement déterminés, fruits de l’histoire religieuse compliquée de la France, et cette histoire mouvementée explique les trois catégories de cimetières protestants que l’on trouve aujourd’hui en France :

    361.Les grands cimetières protestants dans les régions à forte minorité protestante : Nîmes, Montpellier, Castres, Mazamet, Bordeaux, Royan… Propriétés des Églises ou transférés aux associations cultuelles lors des attributions de 1905, ces cimetières sont privés et n’ont donc pas été déconfessionnalisés ; 2.Les petits cimetières familiaux privés, en vertu du décret du 23 prairial an XII, dans les régions où les protestants étaient disséminés : Charente-Maritime, Deux-Sèvres, Vendée, Drôme, Cévennes, Luberon60… 3.Enfin les carrés protestants dans l’enceinte des cimetières communaux. Malgré la laïcisation de 1881, beaucoup de cimetières communaux n’ont pas appliqué de manière stricte la nouvelle législation ; les rapports entretenus entre catholiques et protestants, leur définition identitaire réciproque, ont sûrement contribué à maintenir la séparation des enclos en bien des endroits, et les familles protestantes ont conservé l’habitude de se faire inhumer dans ce quartier (et les exemples sont nombreux dans le Vaucluse, le Gard, l’Hérault…). L’Alsace-Moselle, bien sûr, entre dans cette dernière catégorie, ayant conservé l’organisation napoléonienne.

    Conclusion

    37Nés des hasards et des nécessités de l’histoire, ces cimetières ont été investis d’une fonction familiale, identitaire, communautaire, religieuse, par les familles et les Églises – ce qui explique leur fragilité évidente comme leur survie improbable, mais bien réelle dans le grand processus de la sécularisation.

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    Vercier Jean, Précis de législation des cultes à l’usage des Églises protestantes de France, Uzès, Ateliers Henri Peladan, 1968.

    Notes de bas de page

    1 Il existe certes des droits ecclésiastiques des Églises protestantes, mais la notion même de droit ecclésial est problématique dans le cadre de ces Églises, la réforme ayant, dès ses commencements, abrogé le droit canon. Il s’agit d’un droit interne, qui est « d’abord un instrument visant à organiser un groupement et à solutionner des problèmes concrets, à l’instar des modèles existants pour d’autres groupements intermédiaires dans la société », selon la définition de Francis Messner. Voir Messner Francis, Wydmusch Solange (dir.), Le Droit ecclésial protestant, Strasbourg, Oberlin, 2001 ; Reymond Bernard, Entre la grâce et la loi. Introduction au droit ecclésial protestant, Genève, Labor et Fides, 1992.

    2 Dans le cadre de cet article, nous n’examinerons que le cas français.

    3 La Discipline est le texte qui organise et règle les pouvoirs ecclésiastiques dans l’Église réformée, leur hiérarchie, le culte et les sacrements. La première Discipline fut adoptée en 1559 : proche des Ordonnances ecclésiastiques de Calvin qui régissaient l’Église de Genève, l’ancienne Discipline précisait l’organisation commune des Églises réformées et devait rester la règle commune des protestants réformés en France pendant 250 ans.

    4 Ce document, préparé en 2004 par le pasteur Claude Peuron, alors conseiller juridique (droit ecclésiastique) de l’Église réformée de France, actualise et complète « L’Église locale » de François Méjan, conseiller d’État, ancien chef du service des cultes et des associations au ministère de l’Intérieur (ronéotypé, Paris, 1974) : il donne des indications pratiques pour respecter la législation en vigueur comme la Discipline.

    5 Discipline de l’Église réformée de France (dernière version modifiée en 2003), titre 2, art. 10. Comme la plupart des articles, celui-ci est très court : S’adressant aux vivants, les services célébrés à la suite d’un décès ont pour but d’annoncer l’Évangile de la résurrection en vue de la consolation des affligés, de l’édification de l’Église et de l’évangélisation. § 2 – Ils doivent garder un caractère de simplicité et ne pas comporter de panégyrique. L’Église ne refuse jamais son assistance à ceux qui la demandent dans le deuil. Celui qui préside le service garde une entière liberté de prononcer une allocution ou de lire seulement les textes liturgiques. »

    6 Constitution, Règlements et Statuts de l’Église évangélique luthérienne de France, textes adoptés par le Synode général du 17 juin 2006, Paris, Église évangélique luthérienne de France, 2006.

    7 Constitution, Règlements et Statuts de l’Église évangélique luthérienne de France, titre 6 : La vie cultuelle, p. 76. On y lit encore : Au cours d’un service funèbre, l’Église annonce l’Évangile de la résurrection, remet le défunt entre les mains de Dieu et entoure sa famille et ses amis de sa sympathie et de ses prières » (p. 73). « La méditation est centrée sur la Parole de Dieu sans jamais prendre le caractère d’un panégyrique » (p. 76).

    8 Vercier Jean, Précis de législation des cultes à l’usage des Églises protestantes de France, Uzès, Ateliers Henri Peladan, 1968. La thèse de Jean-Claude Groshens ne traite de même que des rapports entre le protestantisme et l’État (Groshens Jean-Claude, Les Institutions et le régime juridique des cultes protestants, Paris, LGDJ, 1957).

    9 Delumeau Jean, Wanegffelen Thierry, Naissance et affirmation de la Réforme, 10e édition, Paris, PUF, « Nouvelle Clio », 2003.

    10 À partir des années 1520, les idées de Luther et de Zwingli pénètrent en France, favorisées par le climat de liberté intellectuelle de la Renaissance ; elles rencontrent même un certain succès dans l’entourage du roi François Ier. La première Église réformée est « dressée » à Meaux en 1546. Le premier Synode national des Églises réformées de France se réunit à Paris en 1559.

    11 C’est d’ailleurs ce que prévoient les premiers édits de pacification du temps des guerres de religion : l’édit d’Amboise de 1561, par exemple, confirme l’usage en commun des cimetières. Voir Thibaut-Payen Jacqueline, Les morts, l’Église et l’État dans le ressort du Parlement de Paris aux xviie et xviiie siècles, Paris, Fernand Lanore, 1977, p. 158-194 ; Simonin Michel, « L’ouverture de la terre », dans Les Funérailles à la Renaissance, actes du colloque de Bar-le-Duc de 1999 édités par Jean Balsamo, Genève, Droz, 2002, p. 28.

    12 Crété Liliane, Où va-t-on après la mort ? Le discours protestant sur l’au-delà, xvie-xviiie siècles, Genève, Labor et Fides, 2009.

    13 Koslofsky Craig M., The Reformation of the Dead. Death and ritual in early modern Germany, 1450-1700, Londres, Macmillan Press LTD, 2000.

    14 « Testament de Calvin », dans Johannis Calvini opera, vol. 20, no 4103 Braun-schweig, C.A. Schwetschke, 1879, col. 298-302.

    15 Engammare Max, « L’inhumation de Calvin et des pasteurs genevois de 1540 à 1620. Un dépouillement très prophétique et une pompe funèbre protestante qui se met en place », dans Les Funérailles à la Renaissance, actes du colloque de Bar-le-Duc de 1999 édités par Jean Balsamo, Genève, Droz, 2002, p. 271-293.

    16 Vie de Jean Calvin, revue et augmentée par Nicolas Colladon (1565), dans Johannis Calvini opera, op. cit., vol. 21, col. 105.

    17 Contrairement à l’affirmation encore souvent répétée selon laquelle le corps de Calvin aurait été jeté à la fosse commune.

    18 Vie de Calvin, revue et augmentée par Nicolas Colladon, dans Johannis Calvini opera, vol. 21, col. 106.

    19 Rapporté par de Félice Paul, Les Protestants d’autrefois. Les temples, les services religieux, les actes pastoraux, Paris, Fischbacher, 1896, p. 252.

    20 Synode national réformé d’Orléans, 1562 : faits généraux, art. 15 (Jean Aymon (dir.), Tous les synodes nationaux des Églises réformées de France, La Haye, 1710, t. I, p. 26).

    21 Synode national réformé de Vitré, 1583 : Discipline, chap. 10 (« Des exercices sacrés »), art. 5.

    22 Comme le relève Valérie Lafage-Leclerc dans sa thèse, Montpellier au temps des troubles de religion. Pratiques testamentaires et confessionnalisation (1554-1622), Paris, Honoré Champion, 2010, p. 339.

    23 Voir Carbonnier-Burkard Marianne, « Des funérailles laïques : l’exception réformée, du xvie au xviiie siècle », dans Picon Raphaël (dir.), La Mort, le Deuil, la Promesse. Sens et enjeux du service funèbre, Lyon, Olivétan, 2005, p. 79-89 ; Roussel Bernard, « “Ensevelir honnestement les corps”: Funeral Corteges and Huguenot Culture », dans Mentzer Raymond A., Spicer Andrew (dir.), Society and Culture in the Huguenot World, 1559-1685, Cambridge et New York, Cambridge University Press, 2002, p. 193-208.

    24 Tel l’édit d’Amboise de 1563 qui prévoit à Paris des enterrements protestants « de nuit, sans aucune suite ni compagnie », ou celui, plus conciliant, de Saint-Germain-en-Laye de 1570 qui prévoit, dans son article 13, que le fossoyeur de la paroisse devra « enlever le corps de nuict et le porter audit lieu à ce destiné, sans convoy plus grand que de dix personnes ».

    25 Coexister dans l’intolérance : l’Édit de Nantes (1598), études rassemblées par Michel Grandjean et Bernard Roussel, Bulletin de la Société de l’Histoire du Protestantisme Français, janvier-juin 1998, t. CXLIV.

    26 Lestringant Frank, « Anti-funérailles ou la guerre des cimetières (1594-1598) », dans Les Funérailles à la Renaissance, op. cit., p. 295-317.

    27 Lorimer Emma, « Les Assemblées générales des Églises réformées de France », Bulletin de la Société de l’Histoire du Protestantisme Français, janvier-mars 2008, t. CLIV, p. 470.

    28 Ibid.

    29 Raulet Lucien, « Les billets d’enterrement d’artistes huguenots de l’ancienne Académie royale de peinture et de sculpture (1653-1712) », Bulletin de la Société de l’Histoire du Protestantisme Français, 1907, t. LVI, p. 53-69 : alors que les enterrements des artistes catholiques ont lieu le plus souvent à dix heures du matin, ils se déroulent à quatre, cinq ou six heures du soir pour les artistes protestants.

    30 Archives nationales, O1 29, fo 477, cité par Douen Orentin, La Révocation de l’Édit de Nantes à Paris d’après des documents inédits, Paris, Fischbacher, t. II, 1894, p. 505. Voir Thibaut-Payen Jacqueline, Les morts, l’Église et l’État, op. cit., p. 178-192.

    31 En vertu d’un arrêt du Conseil royal du 24 mars 1726.

    32 Par « sépulture ecclésiastique », on entend les rites prescrits par l’Église catholique et l’enterrement dans l’enceinte d’un cimetière consacré.

    33 En vertu de l’art. 14 du décret du 23 prairial an XII qui autorise l’inhumation dans une propriété privée.

    34 Cette association cyprès-tombe est parfois plus imaginaire que réelle, surtout hors des Cévennes. Cet arbre a été associé dans le monde méditerranéen dès l’Antiquité à la symbolique funèbre (en raison de sa résine imputrescible, du feuillage persistant ? De sa silhouette évoquant une flamme, vue comme un trait d’union entre ce monde et le ciel, ou vue plus tard comme une image du Saint-Esprit ?). Il s’agit donc d’une pratique sans exclusivité protestante, même si dans l’esprit des propriétaires de cimetières, cette coutume est inscrite dans un passé intemporel. Voir Durand Jean-Yves, « Entre paisibles jardins et patrimoine culturel. Les cimetières familiaux des protestants du Diois », Terrain. Revue d’ethnologie de l’Europe, no 20, La mort, mars 1993, p. 119-134 ; Laurence Pierre, « Récit de la mort, récit des morts en Cévennes », dans Bertrand Régis, Carol Anne, Pelen Jean-Noël (dir.), Les Narrations de la mort, Aix-en-Provence, Publications de l’université de Provence, 2005, p. 279-292.

    35 Comme celle du célèbre pasteur Paul Rabaut de Nîmes : la maison (sise 2 rue Rabaut-Saint-Étienne) et la tombe sont classées monuments historiques depuis 2001.

    36 Encreve André, Les Protestants en France de 1800 à nos jours : histoire d’une réintégration, Paris, Stock, 1985.

    37 Bauberot Jean, Histoire de la laïcité française, Paris, PUF, « Que sais-je ? », 2000, p. 26-27.

    38 Lalouette Jacqueline, L’État et les cultes. 1789-1905-2005, Paris, La Découverte, « Repères », 2005, p. 12-14, 15-17.

    39 Particulièrement les préfets, fortement influencés par les évêques, a noté Sébastien Fath en étudiant l’histoire des baptistes français. Les édiles locaux sont par contre en général beaucoup plus conciliants, parce qu’ils connaissent de plus près les baptistes et découvrent en eux, derrière le spectre impersonnel du « dissident », du « sectaire », du « fanatique », des citoyens paisibles presque « comme les autres », à qui l’on peut serrer la main et avec qui l’on peut discuter. Voir Fath Sébastien, Une autre manière d’être chrétien en France. Socio-histoire de l’implantation baptiste (1810-1950), Genève, Labor et Fides, 2001, p. 1025.

    40 Champ Nicolas, La Religion dans l’espace public. Catholiques, protestants et anticléricaux en Charente-Inférieure au xixe siècle, Bordeaux, Fédération historique du Sud-Ouest, 2010, p. 230.

    41 « Les prêtres ne tiendraient pas tant à ce que les corps des protestants fussent relégués avec ceux des suicidés, s’ils n’avaient pas la conviction que c’est un moyen de déconsidérer les chrétiens et d’éloigner de la vérité un bon nombre d’âmes » : témoignage d’un évangéliste de la Société évangélique de Genève, 1852, cité par Encreve André, Protestants français au milieu du xixe siècle. Les réformés de 1848 à 1870, Genève, Labor et Fides, 1986, p. 331.

    42 Fath Sébastien, Une autre manière d’être chrétien en France, op. cit., p. 177-181.

    43 Bertrand Régis, « Limites d’une laïcisation de la mort », dans Chantin Jean-Pierre, Moulinet Daniel (dir.), La Séparation de 1905 : les hommes et les lieux, Paris, Éditions de l’Atelier, 2005, p. 39-40. Sur la loi du 14 novembre 1881, voir aussi, dans ce même volume, Fornerod Anne, « Le pluralisme religieux dans les cimetières en régime français de laïcité ».

    44 Paschoud-Gallier Anne-Christine, « Le cimetière protestant de Nîmes en conflit avec la ville en 1910 », dans Bulletin de la Société de l’Histoire du Protestantisme Français, t. CXLI, janvier-mars 1995, p. 113-119.

    45 Rimbault Lucien, « Des services funèbres », dans Études Théologiques et Religieuses, no 3, Montpellier, 1964, p. 27.

    46 Rimbault Lucien, « Des services funèbres », art. cité, p. 20.

    47 Voir par exemple Services funèbres. Liturgie de l’Église réformée de France, Saverne, imprimerie savernoise, sans date (années 1950).

    48 Par exemple Von Allmen Jean-Jacques, Prophétisme sacramentel : neuf études pour le renouveau et l’unité de l’Église, Neuchâtel/Paris, Delachaux et Niestlé, 1964, chap. 7. Allmen parle de « la nécessité de cette distinction, pour les services funèbres, entre ceux qui meurent dans le Seigneur et ceux qui se sont écartés de lui » (p. 225).

    49 Voir par exemple Paquier Richard, Traité de liturgique : essai sur le fondement et la structure du culte, Neuchâtel/Paris, Delachaux et Niestlé, 1954, qui suggère une liturgie particulière pour les suicidés.

    50 Von Allmen Jean-Jacques, Liturgique. Cours donné par le professeur von Allmen à l’Université de Neuchâtel, ronéotypé, Neuchâtel, 1961, p. 244.

    51 Reymond Bernard, « Une pastorale des brèves rencontres », dans Picon Raphaël (dir.), La Mort, le deuil, la promesse, p. 151 ; La Discipline de l’Église réformée de France précise d’ailleurs : L’Église ne refuse jamais son assistance à ceux qui la demandent dans le deuil » (titre 2, art. 10).

    52 Voir par exemple l’étude de Jean-Pierre Bost, Hubert Bost, « Pratiques funèbres et discours biblique des tombes en Béarn protestant au xixe siècle », Bulletin de la Société de l’Histoire du Protestantisme français, t. CXLII, octobre-décembre 1996, p. 831-851.

    53 Champ Nicolas, « L’invention d’une liturgie de funérailles dans les Églises réformées de la Charente-Inférieure au xixe siècle », communication présentée lors du colloque international Liturgie et les pratiques cultuelles de l’Antiquité à nos jours, organisé par la Commission internationale d’histoire et d’études du christianisme (Paris, 5-7 juillet 2007). Nous remercions Nicolas Champ de nous avoir communiqué ce texte.

    54 Les raisons invoquées pour l’introduction de ces changements sont à la fois pratiques et ecclésiales. Pratiques : jusque-là les enterrements avaient lieu en plein air et l’on insiste sur les inconvénients de cet usage, aussi bien l’ardeur des rayons du soleil que le froid et les intempéries. On insiste aussi sur les avantages d’une cérémonie au temple : recueillement, gravité, cachet religieux.

    55 Une idée qu’exprime avec un peu de provocation Richard Paquier dans son Traité de liturgique, op. cit., p. 200 :On ensevelissait des créatures humaines, et de plus baptisées dans le Christ, tout comme on enfouissait un animal. »

    56 Vogler Bernard, « Attitudes devant la mort et cérémonies funèbres dans les Églises protestantes rhénanes vers 1660 », Archives de Sciences sociales des Religions, no 39, 1975, p. 139-146.

    57 Engammare Max, « L’inhumation de Calvin et des pasteurs genevois de 1540 à 1620 », art. cité, p. 283.

    58 Allocution du dimanche 25 octobre 2009, lors du « culte de la Cité », du président du Conseil presbytéral de l’Association cultuelle de l’Église réformée de Montpellier, Jacques Guin : « Puisque nous évoquons le Patrimoine, vous savez notre inquiétude pour un autre bien : le cimetière protestant de la route de Palavas. Trois villes seulement en France [sic] conservent une telle trace historique, et les journées du Patrimoine sont chaque année l’occasion de mettre en valeur des sépultures de personnalités éminentes de l’histoire locale et parfois bien au-delà. Mais, et comment ne pas s’en réjouir, la gestion d’un cimetière de cette importance peut de moins en moins être affaire placée en marge de l’administration publique et de ses règles fort heureusement de plus en plus sérieuses, réclamant le savoir-faire de professionnels. C’est pourquoi, dans l’intérêt de tous, et particulièrement de la conservation de ce patrimoine, nous souhaitons, non plus seulement évoquer, mais étudier avec vous [le préfet] les modalités possibles d’une remise de ce bien à l’une des collectivités qui saura en pérenniser le sens et en sauvegarder les monuments. »

    59 Schmitt Jean-Claude, « Religion populaire et culture folklorique », dans Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, vol. 31, 1976, p. 946.

    60 Voir par exemple Les Cimetières familiaux protestants de Vendée. Actes des 7e Assises départementales du patrimoine funéraire, Monsireigne, éditions du Musée de la France protestante de l’Ouest, 2010 ; Anton Christian, Les Cimetières protestants des Cévennes. Recensement et répartition géographique des cimetières protestants dans les vallées des Gardons cévenols, mémoire préparé en vue du diplôme de l’EHESS, sous la direction de Daniel Fabre, 1997.

    Auteur

    • Pierre-Yves Kirschleger

      Maître de conférences à l’université Paul-Valéry Montpellier III.

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    2002

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    2004

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    1 Il existe certes des droits ecclésiastiques des Églises protestantes, mais la notion même de droit ecclésial est problématique dans le cadre de ces Églises, la réforme ayant, dès ses commencements, abrogé le droit canon. Il s’agit d’un droit interne, qui est « d’abord un instrument visant à organiser un groupement et à solutionner des problèmes concrets, à l’instar des modèles existants pour d’autres groupements intermédiaires dans la société », selon la définition de Francis Messner. Voir Messner Francis, Wydmusch Solange (dir.), Le Droit ecclésial protestant, Strasbourg, Oberlin, 2001 ; Reymond Bernard, Entre la grâce et la loi. Introduction au droit ecclésial protestant, Genève, Labor et Fides, 1992.

    2 Dans le cadre de cet article, nous n’examinerons que le cas français.

    3 La Discipline est le texte qui organise et règle les pouvoirs ecclésiastiques dans l’Église réformée, leur hiérarchie, le culte et les sacrements. La première Discipline fut adoptée en 1559 : proche des Ordonnances ecclésiastiques de Calvin qui régissaient l’Église de Genève, l’ancienne Discipline précisait l’organisation commune des Églises réformées et devait rester la règle commune des protestants réformés en France pendant 250 ans.

    4 Ce document, préparé en 2004 par le pasteur Claude Peuron, alors conseiller juridique (droit ecclésiastique) de l’Église réformée de France, actualise et complète « L’Église locale » de François Méjan, conseiller d’État, ancien chef du service des cultes et des associations au ministère de l’Intérieur (ronéotypé, Paris, 1974) : il donne des indications pratiques pour respecter la législation en vigueur comme la Discipline.

    5 Discipline de l’Église réformée de France (dernière version modifiée en 2003), titre 2, art. 10. Comme la plupart des articles, celui-ci est très court : S’adressant aux vivants, les services célébrés à la suite d’un décès ont pour but d’annoncer l’Évangile de la résurrection en vue de la consolation des affligés, de l’édification de l’Église et de l’évangélisation. § 2 – Ils doivent garder un caractère de simplicité et ne pas comporter de panégyrique. L’Église ne refuse jamais son assistance à ceux qui la demandent dans le deuil. Celui qui préside le service garde une entière liberté de prononcer une allocution ou de lire seulement les textes liturgiques. »

    6 Constitution, Règlements et Statuts de l’Église évangélique luthérienne de France, textes adoptés par le Synode général du 17 juin 2006, Paris, Église évangélique luthérienne de France, 2006.

    7 Constitution, Règlements et Statuts de l’Église évangélique luthérienne de France, titre 6 : La vie cultuelle, p. 76. On y lit encore : Au cours d’un service funèbre, l’Église annonce l’Évangile de la résurrection, remet le défunt entre les mains de Dieu et entoure sa famille et ses amis de sa sympathie et de ses prières » (p. 73). « La méditation est centrée sur la Parole de Dieu sans jamais prendre le caractère d’un panégyrique » (p. 76).

    8 Vercier Jean, Précis de législation des cultes à l’usage des Églises protestantes de France, Uzès, Ateliers Henri Peladan, 1968. La thèse de Jean-Claude Groshens ne traite de même que des rapports entre le protestantisme et l’État (Groshens Jean-Claude, Les Institutions et le régime juridique des cultes protestants, Paris, LGDJ, 1957).

    9 Delumeau Jean, Wanegffelen Thierry, Naissance et affirmation de la Réforme, 10e édition, Paris, PUF, « Nouvelle Clio », 2003.

    10 À partir des années 1520, les idées de Luther et de Zwingli pénètrent en France, favorisées par le climat de liberté intellectuelle de la Renaissance ; elles rencontrent même un certain succès dans l’entourage du roi François Ier. La première Église réformée est « dressée » à Meaux en 1546. Le premier Synode national des Églises réformées de France se réunit à Paris en 1559.

    11 C’est d’ailleurs ce que prévoient les premiers édits de pacification du temps des guerres de religion : l’édit d’Amboise de 1561, par exemple, confirme l’usage en commun des cimetières. Voir Thibaut-Payen Jacqueline, Les morts, l’Église et l’État dans le ressort du Parlement de Paris aux xviie et xviiie siècles, Paris, Fernand Lanore, 1977, p. 158-194 ; Simonin Michel, « L’ouverture de la terre », dans Les Funérailles à la Renaissance, actes du colloque de Bar-le-Duc de 1999 édités par Jean Balsamo, Genève, Droz, 2002, p. 28.

    12 Crété Liliane, Où va-t-on après la mort ? Le discours protestant sur l’au-delà, xvie-xviiie siècles, Genève, Labor et Fides, 2009.

    13 Koslofsky Craig M., The Reformation of the Dead. Death and ritual in early modern Germany, 1450-1700, Londres, Macmillan Press LTD, 2000.

    14 « Testament de Calvin », dans Johannis Calvini opera, vol. 20, no 4103 Braun-schweig, C.A. Schwetschke, 1879, col. 298-302.

    15 Engammare Max, « L’inhumation de Calvin et des pasteurs genevois de 1540 à 1620. Un dépouillement très prophétique et une pompe funèbre protestante qui se met en place », dans Les Funérailles à la Renaissance, actes du colloque de Bar-le-Duc de 1999 édités par Jean Balsamo, Genève, Droz, 2002, p. 271-293.

    16 Vie de Jean Calvin, revue et augmentée par Nicolas Colladon (1565), dans Johannis Calvini opera, op. cit., vol. 21, col. 105.

    17 Contrairement à l’affirmation encore souvent répétée selon laquelle le corps de Calvin aurait été jeté à la fosse commune.

    18 Vie de Calvin, revue et augmentée par Nicolas Colladon, dans Johannis Calvini opera, vol. 21, col. 106.

    19 Rapporté par de Félice Paul, Les Protestants d’autrefois. Les temples, les services religieux, les actes pastoraux, Paris, Fischbacher, 1896, p. 252.

    20 Synode national réformé d’Orléans, 1562 : faits généraux, art. 15 (Jean Aymon (dir.), Tous les synodes nationaux des Églises réformées de France, La Haye, 1710, t. I, p. 26).

    21 Synode national réformé de Vitré, 1583 : Discipline, chap. 10 (« Des exercices sacrés »), art. 5.

    22 Comme le relève Valérie Lafage-Leclerc dans sa thèse, Montpellier au temps des troubles de religion. Pratiques testamentaires et confessionnalisation (1554-1622), Paris, Honoré Champion, 2010, p. 339.

    23 Voir Carbonnier-Burkard Marianne, « Des funérailles laïques : l’exception réformée, du xvie au xviiie siècle », dans Picon Raphaël (dir.), La Mort, le Deuil, la Promesse. Sens et enjeux du service funèbre, Lyon, Olivétan, 2005, p. 79-89 ; Roussel Bernard, « “Ensevelir honnestement les corps”: Funeral Corteges and Huguenot Culture », dans Mentzer Raymond A., Spicer Andrew (dir.), Society and Culture in the Huguenot World, 1559-1685, Cambridge et New York, Cambridge University Press, 2002, p. 193-208.

    24 Tel l’édit d’Amboise de 1563 qui prévoit à Paris des enterrements protestants « de nuit, sans aucune suite ni compagnie », ou celui, plus conciliant, de Saint-Germain-en-Laye de 1570 qui prévoit, dans son article 13, que le fossoyeur de la paroisse devra « enlever le corps de nuict et le porter audit lieu à ce destiné, sans convoy plus grand que de dix personnes ».

    25 Coexister dans l’intolérance : l’Édit de Nantes (1598), études rassemblées par Michel Grandjean et Bernard Roussel, Bulletin de la Société de l’Histoire du Protestantisme Français, janvier-juin 1998, t. CXLIV.

    26 Lestringant Frank, « Anti-funérailles ou la guerre des cimetières (1594-1598) », dans Les Funérailles à la Renaissance, op. cit., p. 295-317.

    27 Lorimer Emma, « Les Assemblées générales des Églises réformées de France », Bulletin de la Société de l’Histoire du Protestantisme Français, janvier-mars 2008, t. CLIV, p. 470.

    28 Ibid.

    29 Raulet Lucien, « Les billets d’enterrement d’artistes huguenots de l’ancienne Académie royale de peinture et de sculpture (1653-1712) », Bulletin de la Société de l’Histoire du Protestantisme Français, 1907, t. LVI, p. 53-69 : alors que les enterrements des artistes catholiques ont lieu le plus souvent à dix heures du matin, ils se déroulent à quatre, cinq ou six heures du soir pour les artistes protestants.

    30 Archives nationales, O1 29, fo 477, cité par Douen Orentin, La Révocation de l’Édit de Nantes à Paris d’après des documents inédits, Paris, Fischbacher, t. II, 1894, p. 505. Voir Thibaut-Payen Jacqueline, Les morts, l’Église et l’État, op. cit., p. 178-192.

    31 En vertu d’un arrêt du Conseil royal du 24 mars 1726.

    32 Par « sépulture ecclésiastique », on entend les rites prescrits par l’Église catholique et l’enterrement dans l’enceinte d’un cimetière consacré.

    33 En vertu de l’art. 14 du décret du 23 prairial an XII qui autorise l’inhumation dans une propriété privée.

    34 Cette association cyprès-tombe est parfois plus imaginaire que réelle, surtout hors des Cévennes. Cet arbre a été associé dans le monde méditerranéen dès l’Antiquité à la symbolique funèbre (en raison de sa résine imputrescible, du feuillage persistant ? De sa silhouette évoquant une flamme, vue comme un trait d’union entre ce monde et le ciel, ou vue plus tard comme une image du Saint-Esprit ?). Il s’agit donc d’une pratique sans exclusivité protestante, même si dans l’esprit des propriétaires de cimetières, cette coutume est inscrite dans un passé intemporel. Voir Durand Jean-Yves, « Entre paisibles jardins et patrimoine culturel. Les cimetières familiaux des protestants du Diois », Terrain. Revue d’ethnologie de l’Europe, no 20, La mort, mars 1993, p. 119-134 ; Laurence Pierre, « Récit de la mort, récit des morts en Cévennes », dans Bertrand Régis, Carol Anne, Pelen Jean-Noël (dir.), Les Narrations de la mort, Aix-en-Provence, Publications de l’université de Provence, 2005, p. 279-292.

    35 Comme celle du célèbre pasteur Paul Rabaut de Nîmes : la maison (sise 2 rue Rabaut-Saint-Étienne) et la tombe sont classées monuments historiques depuis 2001.

    36 Encreve André, Les Protestants en France de 1800 à nos jours : histoire d’une réintégration, Paris, Stock, 1985.

    37 Bauberot Jean, Histoire de la laïcité française, Paris, PUF, « Que sais-je ? », 2000, p. 26-27.

    38 Lalouette Jacqueline, L’État et les cultes. 1789-1905-2005, Paris, La Découverte, « Repères », 2005, p. 12-14, 15-17.

    39 Particulièrement les préfets, fortement influencés par les évêques, a noté Sébastien Fath en étudiant l’histoire des baptistes français. Les édiles locaux sont par contre en général beaucoup plus conciliants, parce qu’ils connaissent de plus près les baptistes et découvrent en eux, derrière le spectre impersonnel du « dissident », du « sectaire », du « fanatique », des citoyens paisibles presque « comme les autres », à qui l’on peut serrer la main et avec qui l’on peut discuter. Voir Fath Sébastien, Une autre manière d’être chrétien en France. Socio-histoire de l’implantation baptiste (1810-1950), Genève, Labor et Fides, 2001, p. 1025.

    40 Champ Nicolas, La Religion dans l’espace public. Catholiques, protestants et anticléricaux en Charente-Inférieure au xixe siècle, Bordeaux, Fédération historique du Sud-Ouest, 2010, p. 230.

    41 « Les prêtres ne tiendraient pas tant à ce que les corps des protestants fussent relégués avec ceux des suicidés, s’ils n’avaient pas la conviction que c’est un moyen de déconsidérer les chrétiens et d’éloigner de la vérité un bon nombre d’âmes » : témoignage d’un évangéliste de la Société évangélique de Genève, 1852, cité par Encreve André, Protestants français au milieu du xixe siècle. Les réformés de 1848 à 1870, Genève, Labor et Fides, 1986, p. 331.

    42 Fath Sébastien, Une autre manière d’être chrétien en France, op. cit., p. 177-181.

    43 Bertrand Régis, « Limites d’une laïcisation de la mort », dans Chantin Jean-Pierre, Moulinet Daniel (dir.), La Séparation de 1905 : les hommes et les lieux, Paris, Éditions de l’Atelier, 2005, p. 39-40. Sur la loi du 14 novembre 1881, voir aussi, dans ce même volume, Fornerod Anne, « Le pluralisme religieux dans les cimetières en régime français de laïcité ».

    44 Paschoud-Gallier Anne-Christine, « Le cimetière protestant de Nîmes en conflit avec la ville en 1910 », dans Bulletin de la Société de l’Histoire du Protestantisme Français, t. CXLI, janvier-mars 1995, p. 113-119.

    45 Rimbault Lucien, « Des services funèbres », dans Études Théologiques et Religieuses, no 3, Montpellier, 1964, p. 27.

    46 Rimbault Lucien, « Des services funèbres », art. cité, p. 20.

    47 Voir par exemple Services funèbres. Liturgie de l’Église réformée de France, Saverne, imprimerie savernoise, sans date (années 1950).

    48 Par exemple Von Allmen Jean-Jacques, Prophétisme sacramentel : neuf études pour le renouveau et l’unité de l’Église, Neuchâtel/Paris, Delachaux et Niestlé, 1964, chap. 7. Allmen parle de « la nécessité de cette distinction, pour les services funèbres, entre ceux qui meurent dans le Seigneur et ceux qui se sont écartés de lui » (p. 225).

    49 Voir par exemple Paquier Richard, Traité de liturgique : essai sur le fondement et la structure du culte, Neuchâtel/Paris, Delachaux et Niestlé, 1954, qui suggère une liturgie particulière pour les suicidés.

    50 Von Allmen Jean-Jacques, Liturgique. Cours donné par le professeur von Allmen à l’Université de Neuchâtel, ronéotypé, Neuchâtel, 1961, p. 244.

    51 Reymond Bernard, « Une pastorale des brèves rencontres », dans Picon Raphaël (dir.), La Mort, le deuil, la promesse, p. 151 ; La Discipline de l’Église réformée de France précise d’ailleurs : L’Église ne refuse jamais son assistance à ceux qui la demandent dans le deuil » (titre 2, art. 10).

    52 Voir par exemple l’étude de Jean-Pierre Bost, Hubert Bost, « Pratiques funèbres et discours biblique des tombes en Béarn protestant au xixe siècle », Bulletin de la Société de l’Histoire du Protestantisme français, t. CXLII, octobre-décembre 1996, p. 831-851.

    53 Champ Nicolas, « L’invention d’une liturgie de funérailles dans les Églises réformées de la Charente-Inférieure au xixe siècle », communication présentée lors du colloque international Liturgie et les pratiques cultuelles de l’Antiquité à nos jours, organisé par la Commission internationale d’histoire et d’études du christianisme (Paris, 5-7 juillet 2007). Nous remercions Nicolas Champ de nous avoir communiqué ce texte.

    54 Les raisons invoquées pour l’introduction de ces changements sont à la fois pratiques et ecclésiales. Pratiques : jusque-là les enterrements avaient lieu en plein air et l’on insiste sur les inconvénients de cet usage, aussi bien l’ardeur des rayons du soleil que le froid et les intempéries. On insiste aussi sur les avantages d’une cérémonie au temple : recueillement, gravité, cachet religieux.

    55 Une idée qu’exprime avec un peu de provocation Richard Paquier dans son Traité de liturgique, op. cit., p. 200 :On ensevelissait des créatures humaines, et de plus baptisées dans le Christ, tout comme on enfouissait un animal. »

    56 Vogler Bernard, « Attitudes devant la mort et cérémonies funèbres dans les Églises protestantes rhénanes vers 1660 », Archives de Sciences sociales des Religions, no 39, 1975, p. 139-146.

    57 Engammare Max, « L’inhumation de Calvin et des pasteurs genevois de 1540 à 1620 », art. cité, p. 283.

    58 Allocution du dimanche 25 octobre 2009, lors du « culte de la Cité », du président du Conseil presbytéral de l’Association cultuelle de l’Église réformée de Montpellier, Jacques Guin : « Puisque nous évoquons le Patrimoine, vous savez notre inquiétude pour un autre bien : le cimetière protestant de la route de Palavas. Trois villes seulement en France [sic] conservent une telle trace historique, et les journées du Patrimoine sont chaque année l’occasion de mettre en valeur des sépultures de personnalités éminentes de l’histoire locale et parfois bien au-delà. Mais, et comment ne pas s’en réjouir, la gestion d’un cimetière de cette importance peut de moins en moins être affaire placée en marge de l’administration publique et de ses règles fort heureusement de plus en plus sérieuses, réclamant le savoir-faire de professionnels. C’est pourquoi, dans l’intérêt de tous, et particulièrement de la conservation de ce patrimoine, nous souhaitons, non plus seulement évoquer, mais étudier avec vous [le préfet] les modalités possibles d’une remise de ce bien à l’une des collectivités qui saura en pérenniser le sens et en sauvegarder les monuments. »

    59 Schmitt Jean-Claude, « Religion populaire et culture folklorique », dans Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, vol. 31, 1976, p. 946.

    60 Voir par exemple Les Cimetières familiaux protestants de Vendée. Actes des 7e Assises départementales du patrimoine funéraire, Monsireigne, éditions du Musée de la France protestante de l’Ouest, 2010 ; Anton Christian, Les Cimetières protestants des Cévennes. Recensement et répartition géographique des cimetières protestants dans les vallées des Gardons cévenols, mémoire préparé en vue du diplôme de l’EHESS, sous la direction de Daniel Fabre, 1997.

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    Kirschleger, P.-Y. (2019). Cimetières protestants ou cimetières des protestants ?. In A. Fornerod (éd.), Le pluralisme religieux dans les cimetières en Europe. Strasbourg: Presses universitaires de Strasbourg. https://doi.org/10.4000/books.pus.16012
    Kirschleger, Pierre-Yves. « Cimetières protestants ou cimetières des protestants ? ». In Le pluralisme religieux dans les cimetières en Europe, édité par Anne Fornerod. Strasbourg: Presses universitaires de Strasbourg, 2019. doi:10.4000/books.pus.16012.
    Kirschleger, Pierre-Yves. « Cimetières protestants ou cimetières des protestants ? ». Le pluralisme religieux dans les cimetières en Europe, édité par Anne Fornerod, Presses universitaires de Strasbourg, 2019, https://doi.org/10.4000/books.pus.16012.

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    Fornerod, A. (éd.). (2019). Le pluralisme religieux dans les cimetières en Europe. Strasbourg: Presses universitaires de Strasbourg. https://doi.org/10.4000/books.pus.15943
    Fornerod, Anne, éd. Le pluralisme religieux dans les cimetières en Europe. Strasbourg: Presses universitaires de Strasbourg, 2019. doi:10.4000/books.pus.15943.
    Fornerod, Anne, éditeur. Le pluralisme religieux dans les cimetières en Europe. Presses universitaires de Strasbourg, 2019, https://doi.org/10.4000/books.pus.15943.
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