Rouen, 29-35 rue aux Ours (Seine-Maritime). Premiers résultats des fouilles préventives
Rouen, 29-35 Rue aux Ours (Seine-Maritime). Preventive excavations in 2009
p. 85-88
Résumés
En 2009 a eu lieu une opération d’archéologie préventive de l’INRAP rue aux Ours à Rouen. Elle a permis de mettre au jour des structures installées sur le terrain naturel aux alentours de notre ère et donc liées à l’origine de la cité. Des habitats associés à des fosses et des foyers se succèdent jusqu’à la seconde moitié du IIIe siècle. Au-dessus ont été dégagées de nombreuses fosses dépotoirs allant du VIIe siècle au XIVe siècle.
Preventive excavations were undertaken by INRAP (the French national institute for preventive archaeology) on the Rue aux Ours, Rouen, in 2009. The excavations uncovered structures on natural ground from around 2,000 years ago, and thus linked to the origins of the city. Dwellings with pits and hearths were constructed successively until the second half of the 3rd century. Many middens from the 7th to the 14th centuries have been uncovered.
Entrées d’index
Mots-clés : habitat, fosse dépotoir, cave maçonnée, hypocauste
Texte intégral
1Cet article présente les premiers résultats de la fouille d’archéologie préventive réalisée par l’INRAP en 2009 aux 29-35 rue aux Ours à Rouen sur environ 900 m2. La fouille a permis de mettre au jour des structures installées sur le terrain naturel au début de la période antique et donc liées à l’origine de la cité. Le travail de post-fouille est en cours, il s’agit donc de résultats provisoires en attendant la fin des études céramique, numismatique, archéozoologique et du petit mobilier.
2Les premières occupations de la ville gallo-romaine de Rouen se répartissent en foyers, trous de poteaux et fosses creusés directement dans la terrasse alluviale composée de grave puis recouverte de limon loessique. Quelques céramiques de facture protohistoriques ont été mises au jour mais toujours associées à des fragments antiques. Il faut noter la présence d’une grande fosse rectangulaire, à parois droite et fond plat (fig. 1). Le mobilier recueilli se compose pour la majorité de faune, os long et mandibules essentiellement, et surtout d’un amas d’objets en fer retrouvés contre la paroi nord. Ces objets sont en cours de traitement mais la radio permet déjà d’observer des cerclages de roues, des renforts de cofFres et divers outils. Le mobilier céramique comprend des fragments d’amphores et de dolia, associé à des tessons de céramique non tournée, ce qui permet de dater cette fosse de l’horizon augustéen, soit aux alentours du début de notre ère. L’étude de la faune et des objets en fer (en cours de traitement) donnera des indications sur la destination de cette fosse. Un niveau plus ou moins organique recouvre le site avant une occupation plus structurée de l’espace comportant des bâtiments en matériaux légers (fig. 2) et deux caves maçonnées. Signalons la découverte, dans un niveau de circulation en graviers, peut-être une cour, d’un statère en or à l’astre des Ambiani (région d’Amiens) (fig. 3). Le mobilier céramique remonte aux premières décennies du Ier siècle. Les deux caves possèdent un plan semblable : un escalier permet d’accéder à une salle rectangulaire d’au moins deux mètres de hauteur, dont un des murs possèdent des soupiraux (fig. 4 et 5).

Fig. 1. Vue de la fosse augustéenne en cours de fouille ; en bas, amas d'objets en fer (cliché : S. Le Maho, INRAP).

Fig. 2. Vue d'un habitat composé de sablières basses et de sols en terre battue ou en calcaire (cliché : S. Le Maho, LNRAP).

Fig 3. Statère en or à l'astre des Ambiani retrouvé dans un sol en graviers (cliché : H. Paitier, IN RAP).

Fig. 4. Vue d'ensemble de la cave au nord-est (les piliers en béton appartiennent aux constructions des années 1950 et 2009) (cliché : B. Guillot,INRAP).

Fig. 5. Cave sud-ouest avec son escalier et le départ du mur gouttereau comportant un soupirail (cliché : B. Guillot, INRAP).

Fig. 6. Tête en terre cuite, probablement une partie d'un antéfixe, retrouvé dans le comblement de la cave nord-est (cliché : B. Guillot, INRAP).

Fig. 7. Partie d'un habitat antique construit en moellons calcaires ; le sol en calcaire a été percé durant les VIIe – VIIIe siècles par plusieurs latrines circulaires (cliché : B. Guillot, INRAP).

Fig. 8. Détail de la partie inférieure d'un hypocauste avec son sol en mortier sur lequel repose des pilettes en terre cuite (cliché : D. Jouneau, INRAP).

Fig. 9. Détail de l'effondrement des pilettes de l'hypocauste installé au-dessus de l'ancienne cave sud-ouest comblée (cliché : B. Guillot, INRAP).
3À la fin du Ier siècle, on note un réaménagement de la parcelle : des fosses percent le terrain et les deux caves sont comblés. Celle du nord sert de dépotoir (fig. 6) alors qu’au sud, la cave est plus soigneusement remblayée avec l’apport d’un épais niveau d’argile. Cette différence dans le soin apporté au comblement des deux structures s’explique par une distinction dans la nature de l’occupation de la parcelle : au nord un habitat en matériaux légers et au sud un ensemble plus imposant construit en petits moellons calcaires liés au mortier (fig. 7). Dans un dernier temps, une partie du bâtiment est détruit, le terrain rehaussé par l’apport d’un épais niveau de rognons de silex, puis calcaires servant de lit de pose à des salles chauffées par hypocauste (fig. 8). Les murs sont composés uniquement de mammatae liées au mortier hydraulique. Les constructions s’échelonnent jusqu’à la seconde moitié du siècle, datation des niveaux d’abandon des habitats au sud. Cet abandon est dû en partie à l’effondrement des salles chaudes installées au-dessus de l’ancienne cave remblayée (fig. 9).
4Les travaux des années 1960 ont détruit toute l’occupation postérieure, mais il faut signaler la présence de 37 fosses dépotoirs datant de l’époque médiévale. La plupart des structures atteignent le terrain naturel avec une profondeur minimale compris entre 2,50 m et 3,50 m. Leur comblement est semblable avec une alternance de gravats, de niveaux détritiques et organiques. Ces derniers permettent d’identifier la majorité de ces fosses à des latrines.
5Une première étude céramique permet de distinguer plusieurs phases :
aux VIIe – VIIIe siècles, une dizaine de structures circulaires sont creusées surtout au sud de la parcelle (fig. 7) ;
les huit fosses des IXe – Xe siècles sont plus disséminées et possèdent des formes circulaires, oblongues ou rectangulaires ;
deux fosses remontent au xIe siècle (fig. 10) ;
aux XIIIe – XIVe siècles, dix-sept fosses sont aménagées, quelques-unes sont de forme circulaire (fig. 11 et 12) mais la plupart possèdent une superficie beaucoup plus importante (creusement de 2 m voire 3 m de côté).

Fig. 10. Vue d’une fosse du XIe siècle perçant les niveaux antiques jusqu’au terrain naturel (cliché : L. Didier).

Fig. 11. Vue des latrines du XIIIe siècle en cours de fouille (cliché : D. Jouneau, INRAP).

Fig. 12. Détail d’un pichet très décoré rouennais en cours de fouille dans une fosse du XIIIe siècle (cliché : M. Drieu).
6A la période moderne, des puits sont creusés ainsi que de nouvelles latrines. Il semble donc que l’on soit en présence d’une ou plusieurs cours enserrées en coeur d’îlot depuis le début de la période médiévale jusqu’au XVIIIe siècle.
7Cette fouille a donc permis de suivre l’évolution de ce secteur du centre-ville de Rouen depuis ses origines (aux environs de notre ère) jusqu’à aujourd’hui, avec en particulier diverses phases d’habitats durant la période antique. Ceci conforte l’hypothèse d’une création à l’époque augustéenne et complète nos connaissances sur le début et l’évolution de cette cité. Il faut également noter la présence de vestiges de la période médiévale sous forme de fosses dépotoir très riches en mobilier, dont l’étude permettra de mieux connaître les habitants de ce quartier de la ville proche à la fois de la cathédrale et du port.
Auteur
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Bénédicte Guillot
INRAP Grand-Ouest, UMR 6273
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