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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral Cadre géographique et pédologique La ferme indigène d’époque gauloise Organisation spatiale de l’établissement gaulois Une nécropole à incinération Les activités exercées au sein de l’établissement gaulois La ferme gallo-romaine précoce Une forte romanisation à partir de l’époque flavienne Production et artisanat gallo-romain Un mobilier riche et varié Déclin et abandon du site au IVe siècle Bibliographie Notes de bas de page Auteurs

    Journées archéologiques de Haute-Normandie. Rouen, 3-5 avril 2009

    Ce livre est recensé par

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    L’occupation protohistorique et antique de Parville (Eure). Les résultats d’une fouille préventive menée au « Bois de Parville » en 2006

    The protohistorical and ancient settlement of Parville (Eure Department): Results of preventive excavations at the ‘Bois de Parville’ site in 2006

    Dagmar Lukas et Elisabeth Lecler-Huby

    p. 131-138

    Résumés

    Le site du « Bois de Parville » est occupé en continu du IIe siècle av. J.-C. au IVe après. S’y succèdent un vaste établissement agricole gaulois, avec nécropole à incinération, puis une ferme gallo-romaine, fortement romanisée à partir de l’époque flavienne. Cette exploitation prospère est particulièrement riche en vestiges et outils agricoles (dont un pressoir à levier) et en mobilier (objets de parure et monnaies).

    The impressive site of ‘Bois de Parville’ was occupied continuously between the IInd century B.C. and the IVth century A.D. It includes a large Gaul agricultural settlement with a cremation necropolis, followed by a Gallo-Roman farm, which was heavily Romanised during the Flavian Period. That prosperous establishment is particularly rich in farm equipment (e.g., lever press) and artefacts (jewellery and coins).

    Texte intégral Cadre géographique et pédologique La ferme indigène d’époque gauloise Organisation spatiale de l’établissement gaulois Une nécropole à incinération Les activités exercées au sein de l’établissement gaulois La ferme gallo-romaine précoce Une forte romanisation à partir de l’époque flavienne Production et artisanat gallo-romain Un mobilier riche et varié Déclin et abandon du site au IVe siècle Bibliographie Bibliographie Notes de bas de page Auteurs

    Texte intégral

    Cadre géographique et pédologique

    1L’opération archéologique du « Bois de Parville » a été menée lors des travaux d’aménagement du contournement sud-ouest d’Évreux, sur la commune de Parville en 2006. Elle a permis d’étudier près de 3 ha d’un vaste site occupé en continu du IIe siècle av. J.-C. au IVe après. Celui-ci se trouve à faible distance de l’agglomération ébroïcienne et de la vallée de l’Iton, sur le rebord sud-est du plateau du Neubourg, à 135 m d’altitude (fig. 1). Le plateau est ici encadré par deux thalwegs qui débouchent sur la vallée de Piton et délimitent un éperon naturel à l’extrémité duquel le site domine l’ouverture vers la vallée. Le noyau central de l’occupation se trouve sur une portion plane ; la périphérie sud-est du site occupe l’amorce d’un versant qui descend en pente douce en direction du sud-est. Cette situation topographique privilégiée, qui offre un accès facile à la vallée de Piton, et la présence, au nord et à l’ouest, de terrains propices à l’agriculture ont assurément joué un rôle primordial pour fixer les hommes sur ce rebord de plateau durant une période de près de six cents ans. De plus, la proximité du chef-lieu de cité antique Mediolanum-Aulercorum (Évreux), desservi par un important réseau routier, a visiblement contribué à la prospérité du site durant le Haut-Empire et à sa pérennité jusqu’au Bas-Empire.

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    Fig 1. Vue aérienne du site de Parville avec l’enclos proto historique en cours de fouille ; on distingue à droite le fossé occidental curé et au milieu le comblement organique foncé de son tronçon sud (cliché H.-P. Paitier, INRAP).

    La ferme indigène d’époque gauloise

    2Les vestiges témoignant d’une présence humaine avant l’époque gauloise se résument à quelques fosses isolées ayant livré peu de mobilier. Ils attestent néanmoins d’occupations humaines ponctuelles au Paléolithique moyen, à l’Holocène, pendant l’âge du Bronze et à la période charnière entre le premier et le second âge du Fer. Dès le milieu du IIe siècle avant notre ère, ce promontoire naturel est occupé par un vaste établissement agricole dont la conception architecturale est bien connue pour l’époque gauloise (fig. 2). Il se développe ainsi à partir d’un imposant enclos domestique qui couvre une superficie de près de 9 000m2 et qui dessine un pentagone irrégulier. Un fossé large de 3 m, à profil en « V », et profond de 1,40 m en moyenne, délimite cet espace clos (fig. 3). L’analyse des différentes séquences de son comblement a révélé qu’il était probablement bordé, à l’intérieur

    3de l’enclos, par un talus en terre. L’accès principal à l’enclos se trouvait probablement sur sa façade orientale, hors emprise de fouille, en avant de la rupture de pente et à l’amorce du thalweg qui permet de rejoindre la vallée de l’Iton.

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    Fig. 2. Plan du site à l’époque de La Tène finale (DAO D. Lépinay, D. Lukas, INRAP).

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    Fig. 3. Fossé d’enclos en cours de fouille (cliché D. Lépinay, LNRAP).

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    Fig. 4. Aperçu de la densité de construction au sein de l’enclos protohistorique (cliché D. Lépinay, INRAP).

    Organisation spatiale de l’établissement gaulois

    4Au sein de l’enclos, on distingue deux parcelles de dimensions inégales, séparées par un fossé central. De nombreuses structures en creux témoignent de part et d’autre de cet axe d’une trentaine de constructions en matériaux légers. Leur concentration est plus importante dans la parcelle orientale, la parcelle occidentale abritant pour sa part surtout des fosses reconverties en dépotoirs et des silos enterrés. Les constructions en bois reposent sur quatre, six, huit ou neuf poteaux et possèdent un plan rectangulaire ou carré (fig. 4). Aucun niveau de sol n’étant conservé, il est hasardeux d’attribuer une fonction spécifique à ces bâtisses qui étaient probablement vouées aux diverses activités domestiques, agricoles et artisanales exercées au sein de cet établissement. L’étude architecturale permet d’identifier toutefois quelques greniers. L’analyse spatiale révèle que ces bâtiments sont regroupés autour de petites cours, sans aucune orientation prédominante. Soulignons qu’il n’est pas certain que toutes ces constructions aient fonctionné ensemble au cours des 150 ans de l’occupation gauloise.

    5Cet enclos constitue le centre d’un complexe agricole plus vaste qui comprend en périphérie des parcelles réservées aux animaux et aux cultures diverses, quelques-unes accueillant aussi des petits bâtiments. Certaines d’entre elles communiquent directement avec l’enclos domestique. L’ensemble des parcelles appartient visiblement à un réseau parcellaire plus étendu dont d’autres traces ont été mises en évidence sur le plateau plus au nord.

    Une nécropole à incinération

    6Des sépultures à crémation datées de La Tène D ont été mises au jour à une dizaine de mètres au sud-est de l’enclos domestique, en limite d’emprise (fig. 5). De ce fait, un faible nombre d’entre elles seulement a pu faire l’objet d’une étude. Celle-ci met en évidence le soin apporté à la crémation des défunts. Parmi les objets de parure déposés dans les sépultures on compte notamment plusieurs fragments de fibules et un bracelet en lignite en bon état de conservation.

    Les activités exercées au sein de l’établissement gaulois

    7L’agriculture a visiblement joué un rôle primordial puisque parmi les vestiges se trouvent plusieurs greniers et silos attestant de deux modes de stockage complémentaires. L’analyse des macrorestes issus des silos a révélé la présence de grains d’orge vêtue et de froment.

    8Plusieurs fragments de meules en poudingue témoignent d’activités de mouture (fig. 6). Quelques pesons en terre cuite attestent de la pratique du tissage et de nombreux déchets métallurgiques prouvent, quant à eux, que les occupants disposaient d’une forge pour fabriquer et entretenir leurs outils.

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    Fig. 5. Vases trouvés dans une sépulture à incinération (cliché Y Deslandes, CG76, Musées départementaux).

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    Fig. 6. Eléments de meules protohistoriques en poudingue (cliché D. Lukas, INRAP).

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    Fig. 7. Ensemble des vestiges de l’époque Ier - IVe siècle (DAO D. Lépinay, D. Lukas, INRAP).

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    Fig. 8. Plan du bâtiment I doté d’un hypocauste (DAO D. Lépinay, D. Lukas, INRAP).

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    Fig. 9. Cave construite en rognons de silex et mœllons calcaires.
    On observe dans le mur occidental (à droite de l’entrée) l’emplacement d’un soupirail (cliché D. Lépinay, INRAP).

    9Ces habitants, d’un statut social probablement élevé, étaient également acteurs d’un commerce interrégional qui se traduit non seulement par la présence d’amphores à vin d’Italie, mais aussi par un lot de neuf monnaies en bronze et en argent, datées pour l’essentiel de la seconde moitié du Ier siècle avant notre ère. Ces pièces sont attribuables aux Aulerques Eburovices comme à d’autres peuples gaulois (Aedui, Coriosolites...).

    La ferme gallo-romaine précoce

    10Sur le plan morphologique la ferme gallo-romaine précoce qui couvre la fourchette chronologique s’étendant de la fin de l’âge du fer jusqu’à l’époque flavienne, ne se distingue pas fondamentalement de son ancêtre gauloise. Elle adopte un schéma architectural préétabli qui traduit le lien étroit avec la ferme indigène. De fait, l’habitat s’inscrit encore dans l’aire clôturée d’origine laténienne, même si l’enclos protohistorique ne perdure que partiellement et sous forme réduite. On observe également un léger déplacement spatial de l’occupation vers l’ouest, le secteur est de l’enclos gaulois paraissant largement abandonné.

    Une forte romanisation à partir de l’époque flavienne

    11Ce n’est qu’à partir de l’époque flavienne qu’on assiste à un changement radical dans l’organisation spatiale de l’établissement, à savoir l’abandon définitif du système d’enclos d’origine gauloise et l’installation d’un établissement fortement romanisé (fig. 7). Un nouveau découpage parcellaire entraine la création d’une vaste cour quadrangulaire qui accueille durant le Haut-Empire des édifices aussi bien en bois qu’en pierre. Ces derniers illustrent la romanisation de cet établissement qui prospère durant les trois premiers siècles de notre ère avant d’être abandonné dans la seconde moitié du IVe siècle.

    12Parmi les quatre constructions sur fondation en pierre figure un bâtiment doté d’un hypocauste (fig. 8). Implanté durant la première moitié du IIe siècle dans la parcelle quadrangulaire, cet édifice couvre une superficie de 74 m2. Il possède trois pièces dont une chauffée par le sol. De nombreux éléments architecturaux retrouvés dans les remblais de démolition illustrent la richesse du décor de cette salle : sol orné d’une mosaïque composée de tesselles blanches et noires, parois couvertes d’enduits peints polychromes et revêtements en marbre et autres pierres colorées témoignant du riche décor pariétal de cette pièce.

    13Il pourrait être tentant d’identifier ce petit édifice comme balnéaire du fait de la présence d’un hypocauste. La salle chauffée serait ainsi un caldarium. Mais l’absence de vestiges relatifs aux conduites d’eau et à un bassin incite à la prudence : on ne peut pas exclure une fonction domestique. Rénovée à plusieurs reprises, cette bâtisse est abandonnée durant la seconde moitié du IIIe siècle, époque qui marque un premier déclin de l’établissement. À une dizaine de mètres de l’édifice précédent, est construite une cave utilisée jusqu’à l’abandon définitif de l’établissement au IVe siècle (fig. 9). Encaissée dans le substrat argileux, elle est maçonnée en silex et calcaire et couvre une surface de 22 m2. L’accès est aménagé côté nord, sans doute par un escalier en bois, protégé par un auvent, dont subsiste encore l’ancrage de deux montants. Les murs épais d’une soixantaine de centimètres sont composés de rognons de silex grossièrement taillés et disposés en assises régulières. En revanche, des mœllons calcaires, couverts de traces de taille, ont été privilégiés pour former les angles internes, l’encadrement des deux soupiraux et des piédroits de l’entrée. Un enduit de mortier couvre les interstices et souligne les joints. Utilisée comme dépotoir à plusieurs reprises, cette cave a livré, dans son comblement hétérogène, de nombreux éléments de construction, dont un élément de serrure et une clé ainsi que quelques outils en fer dont une grande lame de faucille et un ciseau à bois.

    Production et artisanat gallo-romain

    14Les données archéologiques et paléoenvironnementales renseignant sur les activités agricoles et artisanales de cet établissement gallo-romain sont variées. La présence de lieux de stockage (greniers, grange), de macrorestes et de vestiges mobiliers spécifiques plaide ainsi pour l’existence de cultures céréalières et fourragères, la pratique de la métallurgie, du travail de l’os et du tissage. Tandis que toutes ces activités sont courantes au sein de ce type d’établissement, l’étude du site a également permis de mettre en évidence les vestiges d’une installation plus rarement rencontrée, surtout dans le Nord de la Gaule. Il s’agit d’un pressoir à levier, vraisemblablement dédié à l’activité viticole (fig. 10).

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    Fig. 10. Proposition de restitution du pressoir antique de Parville (restitution : S. Le Maho, INRAP).

    15Il n’en subsiste, malheureusement, que les creusements au sol qui ont permis d’ancrer les éléments en bois formant l’ossature de l’installation. Ces vestiges comprennent principalement trois grandes fosses alignées sur une dizaine de mètres. Chacune d’entre elles possède des aménagements caractéristiques : la grande fosse au nord accueille deux importants points d’ancrage, profonds de 1,45 m. Ces deux trous sont dotés d’un important dispositif de calage en rognons de silex qui permettait de loger et fixer deux montants en bois de section rectangulaire. En avant de cette première fosse, un deuxième creusement de dimensions plus réduites est également pourvu de deux points d’ancrage soigneusement aménagés, mais moins profonds. À nouveau, on observe de nombreux silex de calage sur les pourtours des trous de poteaux et sur toute leur hauteur enterrée. Un troisième creusement complète, au sud, ces aménagements en sous-sol qui accueillent les éléments porteurs du pressoir. Cette fosse est pourvue d’un chemisage cylindrique central, maçonné en silex et calcaire, et profond de 1,20 m.

    16La confrontation de ces vestiges avec ceux de pressoirs antiques déjà étudiés a permis de comprendre le fonctionnement général de celui de Parville, même si quelques aspects restent encore incompris. Par ailleurs, les auteurs antiques Caton l’Ancien1, Vitruve2 et Héron3, décrivent, souvent en détail, les pressoirs de leurs époques (IIC s. av. -Ier s. apr. J.-C.) et apportent ainsi de nombreuses précisions.

    17Le fonctionnement du pressoir repose sur l’action du levier, l’élément central, fixé d’un côté et abaissé de l’autre par un système composé d’un contrepoids attaché à un treuil ou une vis. Le levier – formé d’une poutre unique ou d’un assemblage de poutres en bois – était engagé à l’extrémité et horizontalement, entre deux montants en bois ou jumelles. Ceux-ci étaient logés dans les deux creusements de la première fosse décrite. Pour ces montants, Caton l’Ancien (234-149 av. J.-C.) préconise des fondations de 5 pieds, soit 1,48 m ; dans le cas de Parville leur profondeur conservée s’élève à 1,45 m.

    18Ces jumelles possédaient une section rectangulaire et étaient reliées par des éléments en bois placés horizontalement afin de limiter les poussées latérales et assurer une liaison horizontale. Elles étaient sans doute percées d’ouvertures latérales pour fixer et régler, à l’aide de cales de bois, la hauteur du levier dont la tête était enserrée entre les deux montants. La longueur du levier peut être évaluée à environ 30 pieds romains, c’est-à-dire à 8,80 m, et sa largeur à 0,40 m. En avant des jumelles et au niveau de la deuxième fosse, il était enjambé par une seconde paire de montants ancrés moins profondément que la première. L’extrémité était attachée à un contrepoids en pierre qui s’abaissait lors du fonctionnement du pressoir dans le creusement circulaire aménagé dans la troisième fosse. Il reste à déterminer si le levier était actionné par une vis ou un treuil. Plusieurs indices plaident ici pour la présence d’une vis.

    19Les raisins à presser étaient placés sur une maie dont le fond était situé au-dessus du niveau du sol et placé probablement en avant de la tête du pressoir, soit entre les jumelles et la seconde paire de montants. Deux petits trous de poteau constituent les seuls vestiges d’un aménagement à cet endroit. Les sédiments de Parville n’ont pas conservé de macrorestes prouvant l’existence de raisins. Néanmoins, la présence de deux petites serpettes pouvant servir à couper les grappes, plaide également en faveur d’une activité viticole à Parville. L’ensemble des activités agricoles et artisanales pratiquées au sein de cet établissement démontre un important degré d’autosuffisance. Celle-ci n’est toutefois pas totale et va visiblement de pair avec une importante activité d’échange, sans doute facilitée par la proximité de la ville antique d’Évreux. De fait, les habitants de l’établissement de Parville se fournissaient sur des marchés locaux et régionaux, notamment pour la vaisselle en céramique et en verre et divers matériaux de construction. Plus encore, quelques biens mobiliers démontrent un approvisionnement lointain (meules du Massif Central, bijou en or et camée provenant probablement du bassin méditerranéen).

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    Fig. 11. Balance en alliage cuivreux (cliché H.-P. Paitier, INRAP).

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    Fig. 12. Camée en onyx de Parville montrant la déesse Minerve debout sur un char (cliché Y. Deslandes, CG76, Musées départementaux).

    Un mobilier riche et varié

    20L’établissement antique de Parville a livré un important lot de mobilier parmi lequel figure une balance en alliage cuivreux retrouvée en parfait état de conservation dans la salle sur hypocauste (fig. 11). Il s’agit d’une balance asymétrique de type statera dotée d’un fléau gradué d’une longueur totale de 20 cm. À l’extrémité du bras court est fixé un système à deux crochets auxquels on suspendait l’objet à peser. Un contrepoids coulisse le long du bras long afin d’obtenir l’équilibre du fléau et réaliser la pesée. Cette statera, dite à deux portées, possède deux anses de suspension accrochées au fléau et plus ou moins proches de l’extrémité supportant la charge à peser. Ceci permet, par retournement du fléau, d’augmenter l’amplitude de mesure en utilisant deux échelles différentes. L’une autorise le pesage de charges lourdes (jusqu’à 13,5 livres romaines, soit environ 4,5 kg) ; l’autre donne pour les charges plus légères (jusqu’à 4,5 livres romaines, soit environ 1,5 kg) une précision supérieure. Le fléau possède pour cela un double système de graduations.

    21Parmi les objets de parure figurent en particulier un élément de collier en or et un grand camée en onyx retrouvé dans un remblai de démolition dans la salle sur hypocauste (fig. 12). Le camée est de forme ovale et mesure 70 mm par 50 mm. Ce chef-d’œuvre de la gravure romaine a été sculpté dans un onyx à deux couches superposées blanc-gris-ocre et bleu-noir. Il témoigne de la grande maîtrise de l’artisan qui a su intégrer dans son travail de manière très subtile les teintes naturelles de la pierre afin d’accentuer l’effet de relief de son œuvre. Le camée est légèrement bombé dans le sens de la longueur suivant l’inclinaison naturelle des différentes couches de l’onyx. Une analyse microscopique a révélé d’infimes traces de dorure sur les bords de la pierre, résultant visiblement d’une monture en or. N’étant visiblement pas destinée à la vue, la face arrière du camée n’a fait l’objet que d’une taille extrêmement sommaire.

    22La scène représentée couvre la quasi-totalité de la surface du camée de manière à équilibrer la composition. On distingue à droite, la déesse Minerve, debout sur un char tiré par deux chevaux au galop : leurs pattes avant sont relevées, leurs pattes arrière ramenées sous le ventre. La déesse porte un casque corinthien. La tête est de profil, le torse de trois quart face. Elle porte un long peplos qui s’évase un peu en bas. La position du vêtement, ramené vers l’arrière, crée une impression de vent due à la vitesse du char. Elle tient les rênes de la main droite et, de l’autre, une lance disposée en oblique devant elle. Le bouclier rond qu’elle porte au bras est décoré d’une tête de méduse.

    23Les représentations de Minerve en camée sont rares. Un exemple en sardonyx très proche de notre exemplaire est conservé au British Museum (Richter, 1971). Sur ces rares représentations de Minerve sur un char, on constate que la déesse se substitue à Victoria.

    24La datation de cet objet reste imprécise. L’analyse stylistique et la présence d’un coulant de collier en or dans le même niveau suggèrent que ce camée a été fabriqué, porté et admiré dans le courant du 11e siècle.

    25Aucun élément ne nous permet, en l’état actuel de l’étude, d’attribuer cette pièce à un atelier de fabrication précis. Objet de luxe facile à transporter, il est tout à fait possible que ce camée ait voyagé sur une longue distance et que son origine se trouve dans le bassin méditerranéen où de nombreux ateliers fonctionnaient à cette époque. Cette pièce suggère, sans aucun doute, la présence ou le passage de quelque haut personnage à Parville. Il illustre également le degré de prospérité de cet établissement durant le Haut-Empire.

    26Caché dans un fossé parcellaire vers 270 après J.-C., lors d’un premier déclin de l’établissement gallo-romain, un trésor de 101 bronzes vient compléter le corpus monétaire du site antique qui comprend un total de 127 pièces. Ce dépôt se compose de 22 sesterces du Haut-Empire émis entre 81 et 183, et de 79 doubles sesterces à l’effigie radiée de l’empereur « gallo-romain » Posthume (260-269). Ces dernières se répartissent en cinq frappes officielles de Trêves (fig. 13) et 74 imitations, obtenues par coulage dans des moules en argile ou par frappe. Parmi les 46 imitations attribuables à la plus importante officine de faussaires de l’époque, « l’atelier II », quatre sont des bronzes du Haut-Empire, surfrappés avec des coins de double sesterce.

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    Fig. 13. Droit d’un double sesterce à l’effigie de Postume frappé à Trêves en 261 (cliché H.-P. Paitier, INRAP).

    Déclin et abandon du site au IVe siècle

    27Malgré les bouleversements profonds qui touchent l’établissement antique dans la seconde moitié du IIIe siècle et dont témoigne notamment le dépôt monétaire, le lieu n’est pas abandonné définitivement. L’occupation perdure ainsi sans interruption jusqu’au courant du IVe siècle mais dans un cadre plus réduit. Se dessine alors l’image d’un établissement profondément transformé qui ne comprend plus qu’un faible nombre d’installations et dont les activités ont également diminué. Ces changements structurels et spatiaux sont notamment visibles au niveau des fossés parcellaires dans la mesure où les délimitations antérieures semblent largement désaffectées et de nouveaux tracés apparaissent. Le bâtiment sur hypocauste est également abandonné. En revanche, la cave est toujours utilisée de même que quelques secteurs qui livrent encore des preuves d’une activité artisanale. C’est en particulier le cas de celui qui abrite les vestiges du pressoir dont l’abandon peut être daté vers le milieu, voire le troisième quart du IVe siècle – simultanément avec l’abandon définitif des lieux qui ne font l’objet d’aucune réoccupation avant le siècle dernier4.

    Bibliographie

    Bibliographie

    Richter G. M. A. (1971) – The Engraved Gems of the Greeks, Etruscans and Romans. Part II. Engraved Gems of the Romans: a supplement to the History of Roman Art. Londres, Phaidon, no 101.

    Brun J.-P. (1986) – L’oléiculture antique en Provence. Les huileries du département du Var, Supplément à la Revue archéologique de Narbonnaise, 15, Paris, Editions du CNRS, 307 p.

    — (2005) – Archéologie du vin et de l’huile en Gaule romaine, Paris, Errance, 271 p.

    Notes de bas de page

    1 Caton, De agricultura, 18 et 19.

    2 Vitruve, De architectural VI, 6, 3.

    3 Héron, Mechanica, III (d’après une traduction arabe du IXe siècle éditée et traduite par Carra de Vaux).

    4 Merci à Hélène Guiraud, professeur émérite d’histoire de l’art antique de l’université de Toulouse-Le Mirail, pour l’étude stylistique et iconographique du camée, et à Fabien Pilon, UMR 7041, Archéologie et sciences de l’Antiquité, pour l’étude numismatique.

    Auteurs

    • Dagmar Lukas
    • Elisabeth Lecler-Huby

      INRAP

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    1 Caton, De agricultura, 18 et 19.

    2 Vitruve, De architectural VI, 6, 3.

    3 Héron, Mechanica, III (d’après une traduction arabe du IXe siècle éditée et traduite par Carra de Vaux).

    4 Merci à Hélène Guiraud, professeur émérite d’histoire de l’art antique de l’université de Toulouse-Le Mirail, pour l’étude stylistique et iconographique du camée, et à Fabien Pilon, UMR 7041, Archéologie et sciences de l’Antiquité, pour l’étude numismatique.

    Journées archéologiques de Haute-Normandie. Rouen, 3-5 avril 2009

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    Lukas, D., & Lecler-Huby, E. (2010). L’occupation protohistorique et antique de Parville (Eure). Les résultats d’une fouille préventive menée au « Bois de Parville » en 2006. In M.-C. Lequoy, M. Legris, & F. Erlenbach (éds.), Journées archéologiques de Haute-Normandie. Rouen, 3-5 avril 2009. Mont-Saint-Aignan: Presses universitaires de Rouen et du Havre. https://doi.org/10.4000/books.purh.6868
    Lukas, Dagmar, et Elisabeth Lecler-Huby. « L’occupation protohistorique et antique de Parville (Eure). Les résultats d’une fouille préventive menée au “Bois de Parville” en 2006 ». In Journées archéologiques de Haute-Normandie. Rouen, 3-5 avril 2009, édité par Marie-Clotilde Lequoy, Muriel Legris, et François Erlenbach. Mont-Saint-Aignan: Presses universitaires de Rouen et du Havre, 2010. doi:10.4000/books.purh.6868.
    Lukas, Dagmar, et Elisabeth Lecler-Huby. « L’occupation protohistorique et antique de Parville (Eure). Les résultats d’une fouille préventive menée au “Bois de Parville” en 2006 ». Journées archéologiques de Haute-Normandie. Rouen, 3-5 avril 2009, édité par Marie-Clotilde Lequoy et al., Presses universitaires de Rouen et du Havre, 2010, https://doi.org/10.4000/books.purh.6868.

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    Format

    Lequoy, M.-C., Legris, M., & Erlenbach, F. (éds.). (2010). Journées archéologiques de Haute-Normandie. Rouen, 3-5 avril 2009. Mont-Saint-Aignan: Presses universitaires de Rouen et du Havre. https://doi.org/10.4000/books.purh.6841
    Lequoy, Marie-Clotilde, Muriel Legris, et François Erlenbach, éd. Journées archéologiques de Haute-Normandie. Rouen, 3-5 avril 2009. Mont-Saint-Aignan: Presses universitaires de Rouen et du Havre, 2010. doi:10.4000/books.purh.6841.
    Lequoy, Marie-Clotilde, et al., éditeurs. Journées archéologiques de Haute-Normandie. Rouen, 3-5 avril 2009. Presses universitaires de Rouen et du Havre, 2010, https://doi.org/10.4000/books.purh.6841.
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