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    Plan détaillé Texte intégral Définition des élites du progrès agricole et de leurs motivations Les méthodes des élites Quels furent les résultats obtenus ? The Elite and Progress in Agriculture: A Comparative View Members of the Elite – Who were they and what were their motivations? The Methods of the Elite – Paving the Way to Progress Which were the results? Notes de bas de page Auteur

    Élites et progrès agricole

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Conclusion

    Nadine Vivier

    p. 317-343

    Texte intégral Définition des élites du progrès agricole et de leurs motivations Aux XVIe et XVIIe siècle, le prestige d’une minorité parmi les princes, gentilshommes et fermiers 1750-1850, l’extension à une élite intellectuelle 1850-1940 : l’élite des cultivateurs expérimentés Les méthodes des élites Ouvrages théoriques et expériences Innovations techniques Les innovations structurelles Quels furent les résultats obtenus ? Une diffusion croissante des innovations : des échanges secrets à une volonté de diffusion universelle Les élites traditionnelles ont-elles joué un rôle positif ? Rôle des élites ou rôle du marché ? The Elite and Progress in Agriculture: A Comparative View Members of the Elite – Who were they and what were their motivations? The Sixteenth and Seventeenth Centuries – Among Princes, Noblemen and Farmers, Only a Minority The elite progressively included intellectuals: 1750-1850 Circa 1850-20th century: knowledge progressively accessible to all working farmers The Methods of the Elite – Paving the Way to Progress Essays and experimentation Technical innovations Structural innovations Which were the results? From secret exchanges to innovation for all Did the traditional elite play a positive role? The influence of the Elite versus market influence Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Le texte présenté en conclusion du volume tente de mettre en relief quelques acquis des études réunies ici. Il essaie de définir d’abord ces élites du progrès, dont le nombre s’accroît progressivement au fil des siècles : qui les composaient, quelle proportion de la société représentaient-elles ? Et quelles étaient leurs motivations ? Puis l’interrogation se porte, dans un deuxième temps, sur les types d’actions privilégiés par les élites : ouvrages et expériences, innovations techniques et structurelles. Enfin, se pose la question la plus débattue, la plus difficile à apprécier : quels furent l’impact de ces actions et les résultats obtenus par les élites ?

    Définition des élites du progrès agricole et de leurs motivations

    2La composition des élites impliquées dans le changement agricole s’est progressivement élargie du XVIe siècle à nos jours. Bien que leurs motivations gardent des constantes (impératifs économiques, impact de la morale chrétienne...), chaque époque garde ses spécificités. C’est pourquoi, trois périodes sont nettement individualisées ici, au risque de répétitions dans ce texte de présentation. Les deux dates majeures de césures sont tout d’abord le milieu du XVIIIe siècle avec l’apparition des sociétés d’agriculture qui introduisent la volonté d’une réflexion collective sur les moyens du progrès agricole ; puis le milieu du XIXe siècle qui veut élargir la diffusion de ces idées au public le plus large.

    Aux XVIe et XVIIe siècle, le prestige d’une minorité parmi les princes, gentilshommes et fermiers

    3Les élites impliquées dans l’agriculture constituent un large éventail social, du prince régnant et des membres de la haute noblesse qui possèdent de nombreux domaines jusqu’aux petits nobles établis dans un seul village et aux fermiers des grands domaines, en passant par les membres de la gentry anglaise ou bien de la « noblesse seconde » en France1. Parmi eux figurent aussi les membres du clergé, le plus souvent issus de ces milieux aisés et urbains. On sait aussi que les pasteurs anglais appartenaient en général à la gentry. Malgré le rôle certain joué par le clergé, ses membres n’apparaissent pas dans cette partie du livre, et un autre livre récent leur est consacré2. Les quatre études sur les XVIe et XVIIe siècles réunies ici présentent des individus qui ont manifesté une réelle volonté d’améliorer la production : des plus grands propriétaires, les princes de Saxe, aux petits gentilshommes anglais ou français et à leurs fermiers en Beauce. Pour autant, il est clair qu’il ne s’agit pas d’une attitude qui touche tous les membres de la noblesse ; il est même probable qu’ils ne représentent qu’une minorité parmi les nobles.

    4Qu’aucune ambigüité ne subsiste sur le thème de notre réflexion : il s’agit bien de tous ceux qui s’impliquent dans ce progrès et non pas seulement des élites traditionnelles face au progrès agricole. Mais en fait, pour cette époque, l’élite du progrès est restreinte à une petite partie de l’élite de la fortune, du moins en l’état actuel des connaissances.

    5Leurs motivations sont bien entendu économiques. Richard Hoyle y voit même la raison déterminante. Certes, le revenu de leurs terres est le fondement de leur richesse et ils aspirent encore à l’enrichissement. Au-delà de cette évidence, la bonne tenue et l’abondante production du domaine prend une signification morale. L’approvisionnement de la maison, du domaine ou de la cour princière apporte la preuve de cette réussite. Il y va donc du prestige de la famille qui veut être un modèle. Leurs motivations peuvent aller des obligations scientifiques (cour princière de Dresde) aux contributions plus modestes au progrès chez la gentry anglaise ou encore à la fierté du fermier qui réussit. Pour un prince régnant comme le prince électeur de Saxe, l’enjeu est encore plus important. La réussite économique est considérée comme une preuve de la capacité à régner : pour lui, la réforme des domaines seigneuriaux va de pair avec l’intensification de la présence de l’État.

    6À une échelle proportionnelle à leur rang social, ceux qui appartiennent à la noblesse peuvent investir l’agriculture comme domaine où leur réussite justifie leur rôle social, comme d’autres peuvent choisir de protéger les arts. Tous les nobles ont en commun, en Grande-Bretagne, en Saxe ou en France, de vouloir préserver leur légitimité sociale. Ceux qui ont acheté les terres des monastères lors de la réforme en Saxe, veulent prouver qu’ils sont des héritiers dignes, qu’ils gèrent aussi bien que les moines (Ursula Schlude3). Les nobles français qui bénéficient de privilèges veulent aussi les justifier par leur rôle de modèle. Laurent Bourquin rappelle l’éthique qui les habite. Une seigneurie est conçue comme le microcosme de l’ordre idéal voulu par Dieu. L’exploitation raisonnée d’une terre est adossée à la restauration de la morale chrétienne dans les campagnes. L’agronomie telle que la conçoit Olivier de Serres s’inscrit dans cette perspective religieuse. Au XVIIIe siècle, la dimension morale subsiste car le progrès agricole garde pour objectif essentiel de réduire la mendicité. Le travail est une valeur morale hautement appréciée : l’exemple des nobles beaucerons le montre, à travers les railleries des citadins dont le théâtre se fait l’écho (Jean-Marie Constant).

    1750-1850, l’extension à une élite intellectuelle

    7La création des sociétés d’agriculture, vers le milieu du XVIIIe siècle, change la nature de la démarche4. Individuelle jusqu’ici, elle s’inscrit maintenant dans une volonté collective. Les théoriciens de l’économie voient dans la terre l’une des principales sources de richesse (Adam Smith, les Caméralistes, les Illustrados espagnols ; François Quesnay et les physiocrates voient même en elle la seule source de richesse). De là naît une grande vogue de l’intérêt pour l’agriculture. Reprise par les gouvernements à travers l’Europe, cette idée fait naître l’agronomie et la volonté de diffuser le plus possible les nouvelles connaissances. Elles ne seront plus l’apanage des nobles et de leurs fermiers.

    8Pour atteindre ce but, la création de sociétés d’agriculture sur le modèle anglais est encouragée par les gouvernements, tant en Europe que dans les colonies d’Amérique du Nord. Elles réunissent en leur sein un assez large éventail social, de gentilshommes, bourgeois et curés. En France, l’intendant d’Alençon a tant de mal à recruter les membres qu’il choisit des lettrés et parmi eux, fort peu de gens concernés par l’agriculture (Nicolas Rago). Au Canada, le marchand John Young a façonné les sociétés d’agriculture selon le modèle britannique imaginé par John Sainclair, celui de sociétés d’initiative privée, soutenues par l’État. Elles sont dominées dans les colonies anglaises du Canada par les négociants et les hommes politiques. Elles réussissent à toucher les élites locales (Daniel Samson). Aux États-Unis, les hommes d’influence y côtoient les pasteurs, médecins, rédacteurs de journaux agricoles, exploitants ou maîtres de poste (Lucienne Néraud).

    9Ces sociétés tendent à ressembler à des clubs de gentlemen. Le fait qu’elles regroupent grands et petits propriétaires montre que leur intérêt n’est pas seulement économique, l’idéal de progrès les touche sincèrement. On peut même penser que la période 1750-1800 est celle où les hommes sont le plus passionnés par l’espoir de réaliser le progrès, époque romantique oblige !

    10Outre cet idéal de progrès qui conquiert les élites intellectuelles s’ajoutent d’autres notions morales, dans la continuité de celles des siècles passés. La notion d’honneur du XVIe siècle est relayée par la recherche du prestige que constitue la nomination dans ces sociétés puisqu’elle est censée être attribuée au mérite. La valeur du travail prend une nouvelle ampleur ; les innovateurs considèrent leur action comme une rédemption. Daniel Samson évoque, pour le Canada, le rôle central dévolu à l’agriculture, moralement supérieure à toute autre occupation. Elle est vue comme une école de tempérance. C’est dans le cadre de telles activités que peut se développer la volonté d’améliorer les comportements ordinaires : respect de la stabilité politique, d’une conduite réglée et sobre. Il s’y ajoute enfin une nouvelle préoccupation : une agriculture prospère peut retenir à la terre une abondante population et lui éviter d’émigrer. Les gouvernements craignent l’émigration vers les villes où les masses peuvent être remuantes, c’est le cas en France dès la seconde moitié du XVIIIe siècle. Les enjeux sont encore plus forts aux États-Unis. En effet, les Américains craignent l’émigration des anciens états de l’est vers les nouveaux états de l’ouest, aux terres vierges. Cela aurait de fâcheuses conséquences politiques pour ces états anciens : une perte de population signifierait une perte de poids économique et politique par la diminution du nombre de représentants au Congrès (L. Néraud).

    11Dès cette époque, la volonté de progrès agricole est une valeur largement partagée, mais elle recouvre deux courants idéologiques opposés. Le premier, conservateur, veut une société agraire qui devienne ² plus productive afin de faire vivre la société rurale traditionnelle, sans en modifier les structures. L’autre courant, qualifié au XIXe siècle de libéral, inscrit le développement de l’agriculture dans un contexte global de développement économique, à parité avec l’industrialisation, ce qui doit entraîner des bouleversements sociaux. Ces positions sont bien mises en lumière dans l’étude de Lucienne Néraud sur les États-Unis. Il en va de même en France où les légitimistes tentent, après 1830, de regagner un rôle politique (Nadine Vivier). Alors que dans le Midi, le légitimisme s’implante en milieu urbain et se préoccupe très peu de progrès agricole, un légitimisme rural s’implante dans l’ouest de la France ; il a besoin d’une implication dans l’innovation agricole pour enraciner son action, et il s’appuie souvent sur l’aide active du clergé.

    1850-1940 : l’élite des cultivateurs expérimentés

    12Vers le milieu du siècle est franchi un nouveau pas. Les cercles intellectuels des sociétés d’agriculture ne sont plus considérés comme suffisants pour la diffusion du progrès agricole. Les administrations et gouvernements ont l’ambition de toucher plus de monde. Trois méthodes de diffusion des progrès agricoles sont privilégiées : les journaux agricoles, l’instruction et la pédagogie par l’exemple.

    13Certains journaux agricoles émanent des sociétés d’agriculture, d’autres sont dirigés par des agronomes : ils s’adressent à un public de propriétaires et grands fermiers. Mais les almanachs agricoles qui sont très largement diffusés en France au début du XIXe siècle donnent aussi des conseils de méthodes agricoles, de tenue de la ferme et de conduite morale. Leur rôle est difficile à mesurer, mais il est certainement important grâce à la lecture lors des veillées.

    14Partout en Europe est apparue vers 1800 l’idée d’une nécessaire formation. Les écoles destinées à former des régisseurs de grandes exploitations et des valets de ferme se développent en France, en Italie, et de façon générale en Europe, à l’exception de l’Espagne qui commence un peu plus tard. En Hongrie, le comte Festetics crée dès 1797 une première école « scientifique », le Georgikon situé sur son domaine de la région du lac Balaton ; il complète ceci par la création d’écoles spécialisées pour les forêts, l’horticulture, les chevaux (1805-08)5. Deux autres instituts sont ensuite créés : à Hofwyl en Suisse par Emanuel Fellenberg en 1804 et à Möglin près de Berlin par Albrecht von Thaer in 1806. Les deux expériences majeures suivantes s’en inspirent, ce sont celles de Mathieu de Dombasle, à Roville près de Nancy, en 1822 et celle de Cosimo Ridolfià Meleto en Toscane en 1834. Elles exercent elles-mêmes une grande influence car les échanges intellectuels en ce domaine sont extrêmement denses. Si les premières expériences sont le fait de riches notables, des associations ou des groupes de propriétaires agronomes ont vite pris le relais. Ils ont recherché le soutien moral et financier de l’État, qui peu à peu s’est investi dans cette formation professionnelle.

    15Ces écoles forment des régisseurs ou intendants de grands domaines qui jouent un rôle fondamental. L’exemple de la Hongrie le démontre (András Vári). Ils étaient considérés à l’égal de l’aristocratie et leur position s’est renforcée grâce au développement de techniques agricoles scientifiques à partir des années 1850-60. Malgré tout, leur statut restait précaire et ils se sont battus pour obtenir la reconnaissance d’un statut professionnel. Ils y ont réussi en 1900, tirant profit des difficultés de l’aristocratie foncière affrontée à la crise agricole des années 1880.

    16À côté de ces écoles qui forment des régisseurs qualifiés, à un niveau analogue à celui des ingénieurs, il existe des fermes-écoles qui forment des valets de ferme. Leur nombre n’a jamais été considérable. En France, le nombre des fermes-écoles et de leurs élèves croît de 1845 à 1860 puis décline lentement jusqu’à la fin du siècle. En fait, ce modèle est mal adapté aux besoins de l’agriculture française. Une moitié des exploitations est de petite taille, en faire-valoir direct ; le cultivateur a besoin de connaître et exécuter toutes les tâches, y compris la gestion. Donc la formation par les fermes-écoles est insuffisante. L’autre moitié, composée de grandes exploitations, repose sur des régisseurs commandant une main-d’œuvre de journaliers agricoles ; certains propriétaires préfèrent une main-d’œuvre peu qualifiée, moins chère. Aussi, un troisième moyen est-il employé pour améliorer la formation des jeunes ruraux : des cours d’agriculture dispensés par l’instituteur à l’école primaire6.

    17L’autre méthode encouragée par les gouvernements et utilisée par les élites traditionnelles est la pédagogie par l’exemple grâce aux foires et aux concours des comices. Ainsi, chaque village est touché par la démonstration des nouvelles pratiques. Ceux qui y ont participé dispersent leur exemple. Les motivations des nombreux soldats de cette armée du progrès résident à la fois dans leur intérêt économique et dans la fierté de bien réussir (N. Vivier). Quant aux grands propriétaires, ils continuent à être animés de motivations analogues à celles du XVIIIe siècle, associant intérêt scientifique, économique et recherche du prestige. Les formes évoluent toutefois avec l’introduction du machinisme. Dans les pays de latifundia, comme en Hongrie ou en Espagne et au Mexique, les grands propriétaires veulent maintenir leur emprise sociale sur les prolétaires. Acheter des machines modernes sur les haciendas mexicaines, c’est donner l’exemple du progrès, c’est aussi une façon de modérer les prétentions des journaliers (A. Tortlero)

    18La valeur morale du travail agricole, qui n’a jamais disparu, a été mise en exergue aux XIXe et XXe siècles. La valeur rédemptrice du travail de la terre et de la vie saine à la campagne justifie la création de colonies agricoles pour accueillir des hommes, jeunes ou vieux, non insérés dans la société. A partir des premières expériences (en Hollande), on généralise ces colonies qui accueillent de jeunes détenus (70 établissements en France créés entre 1838 et 1885). Rentables économiquement, ces colonies ont pour but de remettre les enfants dans le droit chemin en leur inculquant à la fois les valeurs morales et les méthodes de travail ; elles veulent résoudre la question sociale en soustrayant ces jeunes au milieu urbain. Yvan Jablonka met en relief le côté paradoxal de ce projet : d’une part il s’inscrit dans la perspective réactionnaire d’un retour à la terre par refus d’un univers industriel et urbain, et d’autre part il fait le pari de la modernité des techniques agricoles.

    19L’idée chrétienne de la dignité particulière du travail agricole trouve un nouvel essor lorsque s’aggrave la crainte devant la désagrégation de la société rurale sous l’influence des idées modernes. L’Œuvre des cercles catholiques d’ouvriers, créée en 1872 par Albert de Mun, vise à la promotion d’un ordre social d’inspiration chrétienne. Ce projet contre-révolutionnaire qui mise sur l’association, sous forme de corporation à caractère religieux, va de pair avec la modernisation des techniques. Peu à peu se différencient les confréries agricoles et les syndicats. Les cercles catholiques servent de relais au départ, puis l’Association catholique de la jeunesse française (ACJF) créée en 1886 donne l’impulsion. Si les notables des cercles visent à l’immobilisme social pour maintenir leur emprise, les groupes de l’ACJF jouent au contraire un rôle pionnier dans le domaine social. Le virage s’accentue au XXe siècle avec la Jeunesse agricole catholique (JAC) : la morale chrétienne devient la base d’une transformation des campagnes, aussi bien sociale que technologique.

    20Cette étude de Brigitte Waché illustre bien l’élargissement progressif des élites concernées par le progrès agricole. Des années 1870 à 1940, trois étapes essentielles se succèdent. La première correspond à l’ère des notables appelés à jouer un rôle de « paternité sociale », c’est ce qui se retrouve dans le cadre de l’Œuvre des cercles catholiques d’ouvriers aussi bien que chez les fondateurs des colonies pénitentiaires. Une deuxième phase est le fruit de la formation donnée à la jeunesse au sein des cercles d’études de l’ACJF et correspond à une période intermédiaire durant laquelle les notables jouent un rôle de relais auprès des jeunes ruraux pour les stimuler dans leurs prises de responsabilités. Cette période intermédiaire débouche, dans l’entre-deux-guerres et surtout après la seconde guerre mondiale, sur la promotion de nouvelles élites rurales formées au sein de la JAC, composées de petits agriculteurs. À travers cette étude particulière, nous pouvons aussi discerner le rôle joué par les prêtres qui, à partir du XIXe siècle, se sont rapprochés des paysans car ils sont le plus souvent issus du monde rural : ils ont pu être des expérimentateurs ou des innovateurs, se sont investis dans l’enseignement agricole et ont collecté des capitaux7.

    21L’élargissement des élites ne concerne-t-il que les hommes ? La place des femmes semble bien faible. Ceci est-il le reflet de la réalité ou bien de notre ignorance ? La princesse Anna de Saxe fut-elle un cas isolé, révélé par un manuscrit à travers lequel on découvre son rôle à la fois scientifique et de gestionnaire. Alors que bien des veuves dirigent des exploitations, parfois même de grandes fermes, il est rare que se dégage la figure d’une femme, même à l’époque des Lumières où pourtant des femmes sont impliquées dans le mouvement philosophique (telle Émilie du Châtelet qui traduit Newton). Au XIXe siècle, les abondantes publications sont majoritairement le fait des hommes, toutefois quelques femmes contribuent à la réflexion comme Mme Marie-Sincère Romieu, qui écrit sous ce pseudonyme : Des Paysans et de l’agriculture en France au XIXe siècle : intérêts, mœurs, institutions (Paris, Vve Bouchard-Huzard, 1865). Il s’agit de Marie Dubreuil de Saint-Germain, qui devenue veuve du préfet Auguste Romieu, livre ses réflexions8. On peut aussi penser aux femmes qui à la fin du siècle mettent sur pied l’enseignement professionnel pour les jeunes filles, en particulier les écoles de laiterie.

    22Il est pourtant un moment où le rôle des femmes dans la modernisation agricole est reconnu en France, discrètement mais incontestablement : au sein de la JAC puis surtout après la seconde guerre mondiale, elles deviennent des agents essentiels de la transformation, en obligeant leur famille à moderniser. Nul doute, ce champ de recherche devrait être exploré9.

    Les méthodes des élites

    23Les élites ont utilisé tout un éventail de méthodes pour faire évoluer les pratiques agricoles. Au fil des siècles, réflexion théorique et expériences sont toujours les éléments essentiels. Elles ont été complétées par l’introduction d’innovations techniques et structurelles.

    Ouvrages théoriques et expériences

    24Tout commence, à toutes les époques, par la publication d’ouvrages théoriques. Au début de l’époque moderne, les ouvrages, œuvres individuelles, recopient parfois en partie des ouvrages antérieurs. Les ouvrages les plus originaux sont ceux qui incluent une réflexion fondée sur l’adaptation aux conditions locales des pratiques d’autres régions. On voit ainsi que le manuscrit de la princesse Anna de Saxe reprend des thèmes traditionnels mais elle y ajoute une réflexion personnelle fondée sur l’observation des résultats obtenus dans ses exploitations domaniales (U. Schlude).

    25Ces ouvrages personnels continuent à fleurir, oscillant entre traité d’agronomie et réflexion morale sur les tâches agricoles. Au XVIIIe siècle, les sociétés d’agriculture lancent des concours sur un sujet imposé, souvent une question touchant l’ensemble de la société rurale. Ces mémoires sont encore, certes, des œuvres individuelles mais ils sont discutés lors des réunions des membres des sociétés et les meilleurs font l’objet de publications par la société elle-même. Gagner le concours implique non seulement une qualité de la forme mais surtout la présentation d’idées qui agréent à la majorité des membres de la société.

    26Peu à peu le nombre des publications grandit. Aux livres des notables s’ajoutent les nombreux journaux d’agriculture, en Europe aussi bien qu’en Amérique du Nord. De plus les almanachs, très largement répandus dans les campagnes, diffusent des conseils agronomiques ainsi que des conseils moraux, tels dans la première moitié du XIXe siècle l’Almanach du Père Bujault, très répandu dans l’Ouest ou le Messager boiteux dans l’Est, tous deux ayant de multiples éditions à plus de 30 000 exemplaires.

    27À côté des ouvrages théoriques, les expériences acquièrent une importance croissante. Elles touchent d’abord le secteur de l’horticulture, occupation respectable et de prestige. Dès le XVIe siècle, c’est une activité très prisée de la noblesse et des communautés religieuses. Elle est aussi encouragée par la réforme post-tridentine : les traités de bienséance ecclésiastique recommandent aux curés d’entretenir un jardin, pour leur récréation et pour la bonne économie domestique10. L’intérêt pour l’horticulture s’accentue encore au XIXe siècle où elle attire des citadins au sein des sociétés d’horticulture. L’introduction et l’acclimatation de variétés exotiques sont très en vogue, elles sont faites par des amateurs fortunés et par des pépiniéristes comme Vilmorin-Andrieux ou Clause ainsi que par le Muséum créé en 1793. Les plants venus du monde entier et les expériences de culture sont très activement échangés entre les pays européens. Le Jardin d’Acclimatation, témoin français de cette passion, est créé à Paris sous le Second Empire. Les pépiniéristes sont aussi grainetiers et s’adonnent à la sélection de nouvelles plantes. La lignée des Vilmorin s’y consacre pendant tout le XIXe siècle : amélioration des plantes fourragères, des betteraves puis du blé. Vilmorin-Andrieux publie en 1880, Les Meilleurs blés (Paris, 1880).

    28L’élevage a une image contrastée. L’entretien des bêtes n’est pas considéré comme une tâche digne d’un noble français : le sire de Gouberville se contente de surveiller leur nombre. La princesse de Saxe se préoccupe de l’adéquation entre la surface des prairies et le nombre de bêtes. En revanche, les lords anglais trouvent l’élevage gratifiant dès le XVIe siècle. Cette importance du modèle anglais aux yeux des gens du continent se conjugue au XVIIIe siècle avec l’importance de la question des engrais, et ceci confère à l’élevage priorité et prestige. La sélection et le croisement des races devient un sujet digne des élites, voire même une passion lorsqu’il s’agit des chevaux. L’intérêt pour les bovins et ovins s’affiche aussi. Les sociétés d’agriculture de Nouvelle-Écosse concentrent leurs efforts sur ce sujet. Plus rare est l’intérêt porté à la pisciculture comme le fait la princesse Anna. La plupart des étangs étaient entre les mains du clergé11.

    Innovations techniques

    29Les plus marquantes des innovations techniques sont l’introduction de machines et nouveaux instruments agraires d’une part et irrigation et drainage d’autre part, deux types d’opérations qui nécessitent d’importants investissements.

    30Les instruments agraires doivent être adaptés aux conditions naturelles locales. C’est d’ailleurs l’un des buts des foires et comices. On y organise des concours ou des démonstrations de labourage, hersage, etc. Ainsi se révèlent les instruments les plus performants et les mieux adaptés au terroir. Les exploitants des fermes-modèles se livrent eux aussi à ces essais. À partir de là, les meilleurs instruments sont acquis sur les grandes exploitations, parfois achetés par les comices ou sociétés d’agriculture qui les prêtent à leurs adhérents. Les premières machines agricoles, à partir du milieu du XIXe siècle, restent l’apanage des grandes exploitations. Elles acquièrent une importante signification : symbole de progrès, mais aussi de richesse et donc de prestige. Elles peuvent aussi être un élément de la stratégie des grandes exploitations. Alejandro Tortolero montre comment ces machines sont un substitut d’une main-d’œuvre insuffisante, et elles peuvent aussi être un moyen de pression pour limiter les revendications d’une main-d’œuvre peu docile sur les haciendas.

    31La réflexion sur l’agencement des bâtiments se développe. Elle fait partie des projets de propriétaires anglais, comme Vaugham en Herefordshire au début du XVIIe siècle. Les grandes exploitations essaient de rationaliser le travail, parfois de trouver des sources d’énergie pour l’alléger. Ceci se traduit par la construction de bâtiments neufs dont l’agencement intérieur est très étudié. L’extérieur peut être conçu par des architectes et utiliser les matériaux modernes (tel le fer, le verre) pour des constructions de prestige : c’est le choix de certains lords anglais ; d’autres se contentent de bâtiments discrets et d’aspect extérieur traditionnel, comme bien des exploitants français récompensés par les primes décernées chaque année. Parmi toutes ces innovations destinées à rendre le travail plus efficace, certains ont pu introduire le chemin de fer pour acheminer les productions (exemple des haciendas mexicaines)12.

    32L’autre grand souci est l’amélioration des terres par l’irrigation et le drainage, entreprise très hasardeuse tant que les moyens techniques et financiers restent insuffisants. à l’époque moderne, on ne trouve guère de cas de drainage réussi dans la région anglaise des Fens. Les rares exemples découverts par Richard Hoyle se soldent par de grosses difficultés financières (cas du duc de Bedford) ou même des faillites. La situation est analogue en France. Jusqu’en 1789, aux difficultés techniques s’ajoutent les complexités du droit de propriété13. Au XIXe siècle la nouvelle législation simplifie le droit de propriété et diminue les litiges, et d’autre part, le progrès technique permet le succès des entreprises. Toutefois, pour les opérations de grande ampleur, l’aide de l’État est nécessaire. Les lois sur la Sologne (juin 1852) et les Landes de Gascogne (juin 1857) ont permis le drainage et la mise en valeur de ces deux régions grâce à l’action coercitive de l’État et à ses subventions.

    33L’irrigation devient un sujet essentiel dans les zones méditerranéennes. Préoccupation ancienne de toutes les zones sèches, y compris les montagnes, elle devient une priorité au XIXe siècle lorsque les moyens techniques s’améliorent. Les promoteurs en sont soit des individus fortunés, soit des associations qui recherchent des subventions de l’État (Espagne, Mexique14).

    Les innovations structurelles

    34Dès le XVIe siècle, la réflexion sur les structures d’exploitation est au cœur de la stratégie des grands propriétaires. Trois aspects transparaissent ici. Ils s’attachent à réformer la gestion des domaines, à rechercher des capitaux et améliorer la formation de la main-d’œuvre.

    35La gestion du domaine est évidemment la première préoccupation. Le propriétaire absentéiste délègue le travail à un régisseur ou bien loue à des fermiers. Les plus attentifs surveillent le régisseur. La princesse Anna de Saxe modifie la gestion afin de passer à une exploitation directe qui lui semble plus efficace et elle surveille étroitement l’intendant des domaines. Ce même souci se retrouve dans la Hongrie du XIXe siècle : les seigneurs se contentent ici de bien choisir une équipe d’intendants qualifiés (András Vári). En revanche, les seigneurs anglais du XVIIe siècle ont une préférence marquée pour la location de leurs terres par des baux à long terme. Ceci préserve le seigneur des risques conjoncturels de l’agriculture, mais présente l’inconvénient de le placer à la merci de ses fermiers. Il arrive qu’en période de dépression, il faille aider le fermier, réduire le montant de son fermage ou encore accepter de prendre en charge certains frais d’entretien des bâtiments (R. Hoyle). Des exemples comparables se retrouvent en Beauce (J-M. Constant). L’aristocratie espagnole du XIXe siècle préfère elle aussi laisser majoritairement ses terres à bail.

    36Les enclosures constituent une innovation structurelle majeure qui affecte d’abord l’Angleterre. Traditionnellement vues comme le résultat de la volonté des seigneurs, elles se révèlent plus complexes. Les historiens montrent aujourd’hui que l’initiative ne provient pas seulement des élites, ce sont parfois les fermiers qui les réclament. De plus, alors qu’elles ont été longtemps considérées comme le point de départ indispensable des transformations agricoles, on se rend compte que d’autres changements structurels intervenus à la même époque ont été tout aussi déterminants : la suppression du régime de copyhold et son remplacement par des baux15. Plus globalement, les élites ont pu jouer un rôle déterminant dans les changements du droit de propriété car ce sont elles qui sont nommées (ou élues) dans les assemblées délibérantes : ces réformes bouleversent les structures à partir de 1750, à des rythmes variés selon les pays.

    37Le mode de capitalisation est un autre domaine essentiel où interviennent les élites. La faculté de mobiliser les capitaux nécessaires aux transformations peut être considérée comme une des caractéristiques des élites. Dans les périodes de prospérité économique, les grands propriétaires ou leurs fermiers accumulent des capitaux pour investir. Les fermiers de la Beauce étudiés par J-M. Constant ont patiemment accumulé et cette stratégie leur a permis de grimper l’échelle sociale.

    38Faut-il forcément une grande exploitation pour réussir à mobiliser des capitaux ? Les colonies agricoles qui ont un souci de progrès technique se construisent avec cet objectif (I. Jablonka). Juan Carmona montre que, en ce domaine, les grands propriétaires prouvent leur efficacité. Ils ont le moyen d’obtenir des capitaux moins onéreux, garantis par une hypothèque sur leurs terres. De plus, ils sont, grâce à leur meilleure éducation et leurs relations, mieux informés sur les possibilités de crédit. Ces avantages sont d’autant plus importants aux périodes où le marché des capitaux est insuffisant et cher.

    39Les besoins en capitaux s’accroissent à partir du milieu du XIXe siècle. Les investissements sont nettement plus onéreux mais les exploitants peuvent trouver soit des prêts financiers (création de banques mutuelles, de crédit agricole soutenu par l’État), soit des tarifs avantageux pour leurs achats auprès des syndicats. Aussi les handicaps des petites exploitations face au marché des capitaux s’atténuent. Elles s’associent au sein de coopératives, ou associations comme la JAC.

    40La formation des acteurs est une autre importante intervention structurelle longtemps laissée à l’initiative des élites. Jusqu’au XVIIIe siècle, les seigneurs se sont parfois préoccupés individuellement d’améliorer les méthodes de leurs employés, mais ce n’est qu’à ce moment qu’apparaît l’idée d’une formation en écoles. Les premières créations ont déjà été évoquées ci-dessus : destinées à former des intendants de grands domaines, elles sont complétées par l’organisation de fermes-écoles destinées aux valets de ferme. Elles ont pour but de fournir des cadres moraux tout autant que des connaissances techniques. L’État s’est peu à peu décidé à intervenir, plus ou moins tardivement selon les pays, et a mis sur pied des écoles de différents niveaux, tant en Europe qu’en Amérique16.

    41La plupart des méthodes novatrices introduites par les élites demandent savoir et capitaux. C’est bien pourquoi leur acquisition est réservée à une élite du savoir et de la fortune jusqu’à ce que l’éducation et l’accès au crédit se généralisent. Ce changement intervient dans la seconde moitié du XIXe siècle ou plus tard, selon les pays. Ceci conforte l’évolution de la composition des élites déjà exposée dans la première partie.

    Quels furent les résultats obtenus ?

    42Les nouvelles recherches présentées ici abandonnent les idées reçues, elles présentent des résultats nuancés, ce qui a toute chance de mieux approcher la réalité. Mais ceci rend d’autant plus difficile l’appréciation des résultats obtenus par les élites en place. Essayons de faire le bilan des acquis, bien plus sous forme de débat que d’affirmations.

    Une diffusion croissante des innovations : des échanges secrets à une volonté de diffusion universelle

    43La princesse Anna de Saxe échange des savoir-faire en secret, par l’intermédiaire de personnes sûres ; elle souhaite que les modalités de sa réforme des domaines princiers ne soient pas diffusées. Et cette discrétion est une attitude partagée par les autres cours allemandes du temps. Même si les études sur la France et l’Angleterre ne mentionnent rien de tel, ce comportement semble cohérent. La noblesse doit prouver, par la réussite de son agriculture, son aptitude à gérer qui fonde sa légitimité et son rôle de modèle. Les seigneurs tentent de montrer à leurs fermiers comment faire mieux, mais la diffusion des savoir-faire est strictement limitée puisque ces hommes ne quittent pas l’exploitation qui garde ainsi ses secrets et sa supériorité. Tout au plus, les seigneurs et grands fermiers échangent-ils des informations avec des congénères qu’ils ont sélectionnés.

    44Le premier virage advient lors de la création des sociétés d’agriculture : une élite réfléchit collectivement, et surtout les membres doivent échanger entre eux les informations. Ces élites traditionnelles de la fortune poursuivent deux buts : l’un est traditionnel, servir de modèle et en recueillir le prestige, et l’autre nouveau, contribuer à l’idéal d’un développement économique pour le bien de l’humanité. C’est un véritable réseau international qui se met en place à travers les correspondances entre les sociétés d’agriculture des pays européens et d’Amérique du Nord.

    45La véritable volonté de diffusion universelle des nouvelles méthodes n’intervient que vers le milieu du XIXe siècle. Le but est alors, par les publications, les foires et comices, de toucher toutes les catégories d’agriculteurs. Ceci se réalise peu à peu, d’abord grâce à l’enseignement agricole et aux efforts des États pour mettre en place une formation des adultes par les conférences, les champs d’expérience (ex : France, Allemagne), grâce aux efforts des syndicats et des coopératives créées à l’initiative des cultivateurs, puis grâce à la publicité, aux démarches des entreprises privées de vente du matériel agricole. La démarche d’innovation comme élément de distinction d’une élite s’est peu à peu muée en une volonté d’innovation à la portée de tous, pourvu qu’ils en aient le courage et les capitaux. Au XXe siècle, et surtout après 1945, le rôle des élites traditionnelles est remplacé par celui de l’État qui encourage et subventionne les innovations. Ceci transforme la notion d’élite : à l’élite de la fortune se substitue une élite du savoir puis une élite du savoir-faire. On aboutit ainsi à une atténuation, voire même à la disparition de la notion d’élite. L’élite du progrès agricole est aujourd’hui constituée des cultivateurs les plus dynamiques qui savent le mieux s’adapter au marché en maîtrisant les avancées technologiques. Ceci transforme aussi la représentation de l’agriculteur : du paysan indécrottable et arriéré, on passe à un paysan qui sait s’adapter dès qu’il en a les moyens (savoirs et capitaux).

    Les élites traditionnelles ont-elles joué un rôle positif ?

    46Les élites traditionnelles des grands propriétaires ont-elles joué un rôle positif dans leur propre exploitation et en dehors ? Pour l’époque moderne, les seigneurs n’essaiment leurs expériences que de façon très sélective. C’est donc pour le XIXe siècle que cette question est la plus pertinente, au moment où ils ont le rôle de diffusion du progrès agricole par leur action au sein des sociétés d’agriculture et par leur participation à l’administration locale, leurs mandats électifs dans les assemblées législatives. À travers les études réunies ici, la réponse est très difficile, hésitante.

    47L’idée dominante jusqu’ici donnait une réponse très positive. Cela n’a rien d’étonnant puisque ce sont les élites, et elles seules, qui ont laissé des écrits. Elles ont besoin de soigner leur réputation, d’autant que souvent elles essaient de briguer des mandats politiques : elles amplifient ou magnifient leur rôle. Face à elles, les témoignages de paysans sont rares. Les romans-témoignages écrits en France vers 1900, tel celui d’Émile Guillaumin, dénoncent les conseils théoriques donnés par les propriétaires citadins, conseils qui ne résistent pas à la pratique17. Mais Guillaumin, à la tête du syndicat des métayers du Bourbonnais, veut démontrer le mérite des métayers et souligner les entraves apportées par certains propriétaires. Comment l’historien peut-il faire la part des influences ? Les archives donnent aussi des exemples d’aristocrates qui se ruinent à introduire des races nouvelles d’animaux, des méthodes de culture. Ce sont des cas de propriétaires citadins qui essaient d’introduire à la campagne leurs valeurs bourgeoises, ou des aristocrates férus de progrès qui supportent les coûts des adaptations. Les Berthier, princes de Wagram, dans leur domaine de Grosbois, près de Paris, ont une exploitation modèle, mais le bilan financier n’est quasiment jamais en équilibre durant près d’un siècle18. Il en va de même du domaine de Moya possédé par l’impératrice Eugénie, comtesse de Montijo : cette ferme modèle ne lui procure aucun revenu de 1867 à 1897 (J. Carmona).

    48Les recherches actuelles, après avoir nuancé, font généralement pencher légèrement la balance vers une influence positive des élites. Par leur rôle d’éclaireurs, les élites ont sensibilisé l’opinion. Le point sur lequel leur influence semble la plus nette est celui de la création des écoles d’agriculture laissées dans un premier temps à l’initiative privée. Toutefois, il faut être bien conscient qu’une fraction de ces mêmes élites qui siègent au parlement s’oppose à la formation des paysans ; elle freine ou torpille les projets d’intervention de l’État19. Un autre point sur lequel leur intervention a été positive est leur faculté à mobiliser des capitaux. L’aristocratie foncière de Hongrie ou d’Espagne a peu agi en faveur du progrès agricole. Et pourtant, son appui a aidé les fermiers à obtenir des emprunts à des taux moins défavorables et ils ont pu prodiguer des conseils en période de crise, comme celle du phylloxera (Carmona).

    49Les sociétés d’agriculture étaient-elles à la pointe du progrès ou bien suivaient-elles ? À travers les exemples qu’il choisit, Daniel Samson soulève cette question. Il révèle que dans les années 1860, les sociétés de Nouvelle-Écosse n’ont pas préconisé la fabrication du beurre alors que ce secteur s’est révélé être le plus porteur. Erreur d’appréciation, ou bien manque d’intérêt d’une société d’hommes pour une production qui était essentiellement entre les mains des femmes ? Sans qu’intervienne le travail des femmes, à un niveau général, Claude-Isabelle Brelot posait déjà cette question : la noblesse de Franche-Comté suivait les progrès plus qu’elle les introduisait20.

    50Globalement, l’idée qui prévaut dans ce volume est celle d’une action des élites qui ne peut obtenir un résultat positif qu’à partir du moment où elle associe réellement tous les acteurs. Les cercles de réflexion des sociétés d’agriculture ne peuvent avoir qu’une influence très limitée tant qu’ils restent des cercles fermés, dans lesquels ils sont parfois prisonniers d’un schéma politique inadapté21. Ce n’est que lorsque leurs membres participent à la vie de l’ensemble des acteurs de l’agriculture qu’ils peuvent être efficaces22. Le contexte du XIXe siècle y est favorable. Partout, les pouvoirs locaux s’affirment et les élites qui y siègent peuvent, par leurs règlements, favoriser l’adoption de nouvelles méthodes.

    Rôle des élites ou rôle du marché ?

    51Si les historiens hésitent tant sur les résultats obtenus par les élites, c’est aussi parce qu’ils se demandent quelle est leur part et celle du marché, auquel est souvent attribué un rôle essentiel. Certains y voient des contraintes prédominantes, que ce soit au XVIe siècle, (R. Hoyle), au XVIIIe siècle (L. Néraud) ou encore plus, au XXe siècle.

    52Soyons bien conscients du fait qu’extraire un élément de tout un faisceau de causes et de son contexte est profondément anti-historique, comme le rappelle Richard Hoyle dans son texte. C’est pourquoi nous ne pourrons jamais faire la part de chacun des facteurs. Mais le rôle joué par le marché est indéniable, il détermine les résultats des exploitations. Les propriétaires autant que les paysans étaient prisonniers des possibilités qu’il dictait. Incontestablement, les producteurs recherchaient leur propre intérêt, mais ils répondaient inégalement aux sollicitations du marché selon leur courage, leur intelligence et leurs capacités financières. L’image de paysans étrangers au marché est à bannir comme éminemment fausse, c’est leur repli conjoncturel vers l’autarcie dû à la crise des années 1930 qui a durablement marqué les esprits. Ceci étant, gardons-nous de tomber dans l’excès inverse, bien des producteurs n’avaient qu’un accès très modeste au marché.

    53Ces remarques nous ramènent à l’image du paysan qui a tant influencé l’historiographie rurale. Considérés par les élites propriétaires comme illettrés, paresseux et routiniers, les paysans ont été mis sous tutelle comme des mineurs. Les élites du savoir et de la fortune, dans leur ensemble, se sont donc attribué la mission d’introduire le progrès, déniant aux paysans toute capacité spontanée à s’adapter aux transformations économiques et sociales. Pour conforter leur prestige social et pour étayer leurs ambitions politiques, les élites ont magnifié leur rôle, ceci est manifeste en France. Mais seule une minorité des propriétaires fonciers qui les composaient se sont impliqués activement dans le progrès agricole. Misogynes au XIXe siècle, ils ont d’autant plus minimisé les capacités des femmes agricultrices. Si ces membres des élites traditionnelles ont incontestablement joué un rôle en faveur des innovations, tout une autre part des progrès agricoles revient aux agriculteurs qui peuvent eux aussi être sensibles aux injonctions du marché et même à l’idée de progrès.

    The Elite and Progress in Agriculture: A Comparative View

    54This conclusive paper aims at presenting the main achievements of the studies gathered in this volume. It also aims at giving a definition. The thirteen studies about different areas and periods from 16th to 20th centuries lead to a dynamic definition of the elites involved in agricultural progress23. Three main points that run like a leitmotif throughout this collection will be dealt with: 1. Who were the people who actually made up this active elite and what was their motivation? 2. What were their methods? 3. Did their endeavours actually lead to progress?

    Members of the Elite – Who were they and what were their motivations?

    55Although there are many common features in what motivated the elite throughout the centuries, chronology reveals one important development: the members of the elite involved in agricultural progress increased in number. Three distinct periods can be noted.

    The Sixteenth and Seventeenth Centuries – Among Princes, Noblemen and Farmers, Only a Minority

    56The landed elite in the sixteenth century was comprised of a wide range of individuals, from landlords of high nobility, princes who possessed many estates and operated through an administration of stewards, to members of the gentry having interests in one village; an intermediate class situated between the high nobility and the gentry, called the noblesse seconde in France and lastly farmers because landlords often preferred renting out land. The clergymen were mainly issued from those wealthy families and could act just like landlords24. There is evidence that the farmers’attitude in the Beauce was similar to that of the gentlemen (J.-M. Constant). All the landowners and farmers presented in the following papers were involved in agricultural improvement. But their behaviour obviously cannot be considered as representative of that of a whole class. They are more likely than not to have been a minority among their peers.

    57Their first motivation was economic. Land was their main and safest revenue. Gentlemen wanted to provide good food for their household and for the people living on their estate. The Prince and Princess of Saxony needed the produce from their estate to supply their court (U. Schlude). However the reason was not a purely economic one; it also had moral grounds. A landlord’s or prince’s management was subject to the judgement of others. Thus, what was at stake was the prestige of the landowner, or the pride of the farmer. In France, in one way or another, nobles were expected to be leaders in order to preserve their social legitimacy. Their belonging to a social order granted them privileges; some of them chose to contribute to innovation in agriculture, whereas others chose different domains like the arts. The wealthy who purchased land from the monasteries at the time of Reform in Saxony wanted to prove that they could respectably insure continuity. Of course, the higher the status, the greater the stakes. For the Saxony monarchs, economic success was held as proof of their capacity to rule the State. Princess Anna took the estates in hand and exerted a direct control on the steward. The management reform of the Crown estates went hand in hand with an intensification of administrative presence. According to their social status, all gentlemen were entitled to become involved in agriculture with the hope that their achievements would comfort their social role.

    58Furthermore, mention might also be made of the ethics of the French nobility. The seigniory/manor was conceived as a microcosm of the social order created by God. Good farming implied the restoration of Christian morals in the countryside (L. Bourquin). Olivier de Serres’conception of agronomy is particularly well suited to this religious perspective. And the Beauce gentlemen highly praised the moral value of work, an attitude which was caricatured in a seventeenth century comedy.

    The elite progressively included intellectuals: 1750-1850

    59The creation of agricultural societies changed the process of the involvement25. of the elite Up to the mid-eighteenth century it was an individual choice; but starting from then it became part of a collective choice. The major economists at the time considered land as one of the main sources of wealth (Adam Smith, the Cameralists, and the Illustrados, etc. Quesnay and the Physiocrates even assessed it as being the only source of wealth). Hence, agronomy became very fashionable. Governments throughout Europe and North America wanted the spread of new knowledge to be extended beyond the reach of just gentlemen and their farmers. The agricultural societies looked to England for their model. The merchant, John Young, modelled the Nova Scotia societies directly on John Sainclair’s British model of State supported voluntary societies and he reached out to the local elite. Set up in each country through government incentive, the members of the agricultural societies nonetheless came from a wide range of social categories (i. e. gentlemen, the middle classes, and parish priests). In France, a provincial example, Alençon in Normandy, shows that it was sometimes difficult to find willing members; the intendant appointed well read people, among whom few were concerned with agriculture (Nicolas Rago). In Canada, the predominant members were merchants and the political elite, while in the United Sates men of influence mixed with physicians, farmers and journalists who wrote for agricultural journals (D. Samson).

    60The alliance of these different social categories is an indication that their motivation was not solely an economic one and that they were concerned with the ideal of Progress, with the faith that efficient farming was absolutely necessary to the well being of the country. We must also keep in mind that this was the Romantic period and progress did not only mean material prosperity, but also included daily moral behaviour. Labour, effort and temperance were highly praised virtues. “Correct thinking, regular conduct, political stability, and of course sobriety underlay successful market participation” (Samson). “Agriculture was also morally superior to other occupations, as cultivation of the soil put farmers in direct and constant contact with nature, and through nature God” (L. Néraud).

    61At the beginning of the nineteenth century, agricultural development revealed two opposing conceptions of the way society was changing. On the one hand, conservative politicians dreamed of a productive agriculture in order to maintain the traditional agrarian society dominated by the nobility. The second theory, on the other hand, envisioned the development of agriculture on the same level as industry in that of a global economic one, inducing radical social transformations. These two conceptions can be clearly seen in the studies devoted to the United States and France. In western France, rural legitimism required the involvement in agricultural innovation as a basis to justify its political commitment (N. Vivier).

    62Another concern was brought to light in that some governments feared migration from the countryside. They were thus very keen on developing agricultural activities to keep people in the villages. This was the case in France where politicians worried about migration to the towns and the unrest of the masses. In the older eastern and southern American states, a change in agricultural methods was seen as a means of limiting the mobility of the farmers who were leaving their infertile land for a new life on the frontier. The emigration westwards would be an economic as well as a political disaster because a decreasing population meant reduced state representation in Congress.

    Circa 1850-20th century: knowledge progressively accessible to all working farmers

    63Around the mid nineteenth century agricultural societies were no longer considered to be sufficient means for spreading knowledge. Governments and administrations looked for methods to provide all farmers with new knowledge. In many countries they encouraged the organisation of fairs (in America), contests (the best animals, the most efficient tools. etc.). In France agricultural shows were organized. Members of the elite involved in modernization were convinced of the necessity of professional training. Private initiative was always at the origin of agricultural training. The first successful setting up of an agricultural college was Count Festetics’Georgikon in Hungary (1797)26. Two other institutes were then established, one in Hofwyl Switzerland by Emanuel Fellenberg in 1804, and another in Möglin near Berlin by Albrecht von Thaer in 1806. They were source of inspiration to the following experiences: Mathieu de Dombasle in Roville near Nancy in 1822 and Cosimo Ridolfiin Meleto (Tuscany) in 1834. The exchange of experience was intense all through Europe and America. Initiative initially came from wealthy individuals. Some years later, initiative was taken by various associations or groups of gentlemen agronomists. The founders of these groups looked to the state for support. Progressively education came to be partially financed by state funding.

    64The concern of the upper classes for promoting new techniques was ambivalent. Although to all appearance it seemed like progress, the inspiration was predominantly conservative. On the one hand, large landowners continued on in their search for prestige, as was the case in Hun gary (A. Vári). Moreover, they often tried to maintain their social hegemony. Buying machines was, for the Mexican hacienda owners, a means to moderate the day-workers’demands (Tortolero). The notables of the French Cercles Catholiques aimed at preserving their political and social position when they created the unions (Waché). On the other hand, the Christian ideal of the particular dignity inherent in agricultural labour and the redemptive value therein took on a greater importance at the end of the nineteenth century when agricultural colonies were set up for the integration of social misfits – orphans, old men and beggars. These first experiences led to the subsequent taking in within the colonies of young convicts. Once removed from their prisons and the urban context they were expected to recover through the learning of moral values and work methods. There was something illogical about this project, however. For though the farming techniques employed were modern, the fear of the urban industrial world was also an incentive to what was a reactionary “return to the land” policy (Jablonka).

    65A shift took place in the twentieth century. At this time, Christian morals, which had long been an incentive to conservative projects, served on the contrary, as an impetus to change in the countryside, thanks to the JAC (Catholic Agricultural Youth) whose young farmers hoped for a revival of the peasantry.

    66The gradual increase in the number of people actively involved in agricultural progress – from the upper classes down to the small farmers − was primarily restricted to the male population. Women do not appear to have played an important role. It is however difficult to ascertain whether this was really the case or whether it is simply that we still remain in the dark in regards to their actual role. Was Princess Anna of Saxony an isolated case? Her scientific activity and the responsibility she took on in regards to management have been newly documented thanks to a recently studied manuscript. Although many widows managed farms, their work is seldom highlighted despite the fact that some of them could be involved in the scientific movement27, but, as for example, in dairy production, they remained discreet and modest. Women did however play a dominant role in the changes affecting rural life, taking an active behind the scenes role by participating first in the JAC movement, and then later, after 1945, giving incentive to changes that would affect both the economy and the family28.

    The Methods of the Elite – Paving the Way to Progress

    67The elite used a wide range of methods to change agricultural practices. Over the centuries, the basic approach had always been an association of theoretical thought and experimentation on production. Both technical and structural innovations were also gradually introduced.

    Essays and experimentation

    68It was first and foremost through essays on agronomy that new agricultural methods were primarily introduced. In the early modern period, these essays were written by individuals who often simply copied ideas from earlier books. The more original ones, however, included genuine reflection and encouraged the adaptation of foreign practices. A good example of this was Princess Anna’s manuscript.

    69Lots of writers often mixed agronomic advice with moral thought. These writers grew in number in the 18th and 19th centuries when the agricultural societies launched competitions on a specifically defined theme. The essays, which were still the works of individual authors, were nonetheless discussed, and only the best among them were published − “the best” meaning those whose contents were pleasing to the Society. Progressively, the number of publications rose. Besides books written by prominent citizens, many agricultural Journals were published in Europe as well as in Northern America. Moreover, Almanacs, with29 articles giving advice to farmers found a large readership in the countryside.

    70The essays usually gave accounts of local experimentation. Experimentation became more and more prominent. It concerned first the domain of horticulture – an activity held in great esteem and deemed worthy of a gentleman or a clergyman, and it included the exchange of seedlings for gardens. Animal breeding was less prestigious and not considered a worthy occupation for a gentleman in the early modern period. The sole preoccupation of sire de Gouberville in Normandy was the number of animals. Princess Anna wanted to evaluate pasture acreage and the number of animals. In the eighteenth century, manure became an important matter of concern and cattle breeding was developed as a result of this. Thoroughbred herd breeding and the improvement of native livestock through crossbreeding thus came to be worthy occupations for a gentleman. From the nineteenth century on, experiments on new crops − from individual testing to systematic testing on fields conducted either by public technicians or by unions − were noticeably on the rise.

    Technical innovations

    71The two predominant innovations were those regarding tools and farm machinery on the one hand, and those regarding irrigation and drainage, on the other. Tools needed to be adapted to local conditions. This was one of the goals of fairs and agricultural shows (comices), where demonstrations and ploughing competitions were organized. Next the most efficient farmers, both on model farms or large estates, introduced machines and improved the farm buildings so that work could be carried out in a more rational way30. In the case of the Mexican haciendas, innovation could include the introduction of railways to the estates.

    72Irrigation and drainage were another concern of the elite. In the early modern period there is no evidence of successful drainage of the English Fens. The few examples found by Richard Hoyle ended in near bankruptcy or great financial difficulty (i. e. Duke of Bedford). The situation was similar in France until 1789. Afterwards, new legislation simplified property rights and diminished litigation; moreover technical progress made drainage possible31.

    73Irrigation became an important concern in dry areas. The initiators were individuals or associations which looked to the State for support in Spain (Carmona) or Mexico (Tortolero).

    Structural innovations

    74As early as the sixteenth century, structural innovation including estate management, capitalisation as well as the education of the workforce, played an important role in landowner strategy.

    75Management was the landowner’s basic concern. Absentee landlords used to delegate management to stewards or rent out the land to farmers. The wisest among them chose their stewards according to their humane qualities and professional qualifications and tried to take them under their wing (Vári). Princess Anna, who was involved in direct farming, had her steward under close surveillance (Schlude). English lords in the seventeenth century on the contrary, preferred to rent out their land in extended term leases. This preference for renting out freed the lords from the immediate risk of agricultural failure but placed them at the mercy of their tenants. In some cases, in periods of depression, they had to hang onto their tenants and reduce rents or accept responsibility for repairs (Hoyle) Similar evidence can be found in the Beauce (Constant).

    76Another main structural change was enclosure. In contrast with traditional historiography, R. Hoyle shows that enclosures were not only sponsored by the landed elite, they were also due to initiatives on the part of the tenants; innovation came about as much from the suppression of copyholds and the increase in the number of leases as from enclosures.

    77In periods of buoyancy, lords or their farmers might very well hoard money for future investments. It is in this way that Beauce farmers found a strategy for social mobility. The question of finding financing took a new turn in the twentieth century when small farmers gained access to both capital and machinery thanks to union loans.

    78Professional training, the initiative of which also came from the elite, was another important innovation. Instruction was aimed not only at technical knowledge, but also at the edification of the individual through moral training32.

    Which were the results?

    79The research presented here has discarded a Manichean perspective in favour of a more moderate view. This renders any final evaluation of what the elite ultimately brought in the way of agricultural process a difficult task.

    From secret exchanges to innovation for all

    80The exchange of seeds and knowledge between Princess Anna and the other courts was carried on, but it was carried on secretly with the help of men and women whom the Princess could rely on. The same was true in other German courts, as it was for peach growers outside Paris in the seventeenth century. Although such secrecy was not always the case, it does seem to be coherent with the times. It was through success in agriculture that the nobility could prove themselves competent rulers and role models. Thus landowners wanted to teach new methods, but only to their own farmers. The spirit of the first agricultural societies was similar. They aimed at exchanging knowledge among their members, while at the same time becoming models for others.

    81A major shift occurred in the nineteenth century when governments asserted the goal of a universal extension of agricultural reform. The French government encouraged private initiative in this way from 1835 on and the other countries did it either at the same time or later. This goal could be reached firstly through publications and competition opened to every small farmer, secondly through fields of experimentation and lectures in villages, and lastly through advertising and information by agricultural equipment manufacturers.

    82Innovation was initially considered an element of distinction for the elite. In the twentieth century, it became a goal within the reach of every enterprising man or woman who could raise money. And this subsequently led to the reduction and even the suppression of the traditional role of the elite. The twentieth century elite can be defined as the most dynamic persons among large and small farmers.

    Did the traditional elite play a positive role?

    83The question of the role played by the traditional elite is a much debated one and the present studies provide no clear-cut answer. On their latifundia, the influence on agriculture wielded by the nobles was quite limited (Hungary and Spain). At the most, they were able to facilitate the obtaining of loans for their farms, and they gave out knowledgeable advice. In Spain, they wrote about the vineyards after the phylloxera crisis (Carmona). But the positive extent of this advice remains questionable. Émile Guillaumin, a sharecropper union leader in central France, wrote a novel in which he ridiculed landowners because of their unrealistic ideas taken only out of books. But to what extent can this be considered the full picture? Guillaumin’s aim was to illustrate the sharecroppers’personal abilities, and show how they were sometimes hindered by the landowner33.

    84Though the historians often reach positive conclusions, and though the elite involved in agriculture did introduce true innovation, it was in limited areas. They may have had informed opinion, but since they always were a minority of the ruling elite, it must not be forgotten that another part of the ruling elite could oppose the proposals presented in Parliament by those involved in agricultural progress.

    85One of the questions asked by some of the authors of this collection is whether or not large landowners and agricultural societies were instigators of progress or simply followers of a trend. In the 1860’s, the Nova Scotia societies rarely encouraged dairying. At that time, the development of the cheese and butter industry was the result of increasingly large numbers of isolated farm women producing a surplus for the market; hence it was not worth consideration from the societies members. The idea prevailing in several papers is that the action of the elite could have positive results only when all of its members were associated in the process. As long as the societies remained closed clubs, there was nothing preventing their members from maintaining unrealistic views or being held hostage to maladjusted political schemes (ex: reformatory settlements or legitimist views). The propitious context of the nineteenth century witnessed the strengthening of local powers (Canada, France). Local councils might through their by-laws, favour the adoption of innovations, for example structural innovation by new rules for collective use rights.

    86In the long run, the role of the elite within an entire country has to be distinguished from the influence it might wield locally. Research mainly concludes that local influence was usually limited to one area. On a national level, scepticism about the intervention of the elite may be compared to a similar scepticism concerning the intervention of the state34. The domain where the elite probably wielded the most influence was in a vote for legislation introducing structural change (i. e. the cashing in of seigniorial bonds, suppression of common rights and market regulation).

    The influence of the Elite versus market influence

    87The question of the influence of the elite often leads to the general view that market constraints were predominant, not only in the twentieth century but the in the sixteenth century (Hoyle), and the seventeenth and eighteenth centuries as well (Néraud).

    88“Of course, to take one element out of the equation is deeply unhistorical, [...] but the outcomes were determined by the market, and both landlords and their tenants were equally prisoners of what was, and was not, possible”. (Hoyle). Undoubtedly, producers looked for their own interest but their answer to market demand varied according to their courage, intelligence and financial capacities.

    89These remarks draw us back to the image of the “small” illiterate peasants. Because peasants were viewed as lazy, prone to routine and immature, they were considered in need of constant guardianship. Hence, the elite entrusted themselves to the task of taking the peasants under their wing thus depriving the rural masses of any innate ability to adapt to social and economic change. For the misogynous elite of the 19th century this was even more the case in regards to women. For reasons pertaining to social prestige as well as for political goals, the 19th century elite extolled their own role. They undoubtedly did play a role in agricultural progress, but not to take into consideration the role also played by the peasants would be a serious error.

    Notes de bas de page

    1 Voir la définition de ce concept créé par Jean Marie Constant et Laurent Bourquin dans leurs articles.

    2 Aucune étude particulière ne leur est ici consacrée, mais ils sont bien présents dans les textes de Nicolas Rago et de Brigitte Waché. Un colloque s’est tenu sur ce thème dont les actes ont été publiés : Florent Quellier et Georges Provost, Du Ciel à la terre. Clergé et agriculture, XVIe-XIXe siècle, PUR, 2008.

    3 Nous renvoyons aux chapitres du présent ouvrage par une simple mention du nom d’auteur. Cette conclusion s’appuie essentiellement sur les treize études précédentes ; par souci d’alléger, elle répète peu ces renvois.

    4 Contributions de L. Neraud, N. Rago, D. Samson, N. Vivier.

    5 Kurucz G., “The first Hungarian college of farming, 1797-1848”, in N. Vivier (ed.), State and Rural Societies: Policy and Education, 1750-2000, Brepols, 2008, p. 195-214.

    6 Voir le témoignage d’un petit paysan breton, Jean-Marie Deguignet, Mémoires d’un paysan breton, An Here, 2000. Voir aussi Michel Boulet, Les enjeux de la formation des acteurs de l’agriculture, Educagri, Dijon, 2000, p. 25.

    7 Voir F. Quellier et G. Provost, Du Ciel à la terre, op. cit., p. 351-55.

    8 Elle épouse ensuite Philarète Chasles.

    9 Voir CNJA (Cercle national des jeunes agriculteurs de France), Comment s’organiser (Brochure réalisée par Marguerite Planchenault, Marie Catherine Becouarn et Suzanne Stackler), Paris, Institut d’organisation scientifique du travail en agriculture, 1961. Marie-Catherine Becouarn, L’Évolution des techniques en agriculture et le travail des femmes, CNRS, Centre d’études sociologiques et Comité d’organisation des recherches appliquées sur le développement économique et social ; Paris : C.O.R.D.E.S., 1973.

    10 Florent Quellier, « Le jardinage, une signature du bon prêtre tridentin, XVIIe-XVIIIe siècle », in Du ciel à la terre, op. cit., p. 27-39.

    11 Chapitres de L. Bourquin, U. Schlude, D. Samson et R. Hoyle. Voir l’ouvrage de Reynald Abad, Le grand marché : l’approvisionnement alimentaire de Paris sous l’Ancien régime, Fayard, 2002

    12 Références aux chapitres de R. Hoyle et A. Totolero, et aux ouvrages suivants : Susanna Wade Martins, The English Model Farm. Building the agricultural ideal, 1700-1914, Windgather, 2002. Les Primes d’honneur et les médailles de spécialités décernées dans les concours régionaux, Paris, 1865 à 1871. Disponibles sur CD-Rom, Educagri éditions, 2002 : La terre récompensée.

    13 Jean-Laurent Rosenthal, The Fruits of the Revolution. Property rights, Litigation and French Agriculture, 1700-1860, Cambridge University Press, 1992. Jean-Michel Derex présente une autre interprétation qui valorise nettement plus les drainages réalisés sous l’ancien régime (L’histoire des zones humides françaises du XVIIIe au XXIe siècle, HDR, Paris IV, 2008)

    14 Cf. chapitres de J. Carmona et A. Tortolero.

    15 Copyhold : le contrat d’occupation de la terre est transcrit sur les registres de la cour manoriale (court rolls) et le tenancier en conserve une copie. Le copyholder est donc un tenancier dont le contrat est régi par la coutume du manoir. Cette forme de contrat est progressivement remplacée par des baux : dans le système du freehold, le tenancier est libre car c’est la loi commune à l’ensemble du royaume qui la régit (common law). Il peut vendre, hypothéquer et léguer.

    16 Alejandro Tortolero décrit le développement des services agronomiques et d’enseignement dans le Mexique porfiriste. Cf. la comparaison entre les pays européens donnée dans N. Vivier (ed.), State and Rural Societies. Policy and Education in Europe, 1750-200, Brepols, 2008, p. 11-34.

    17 Émile Guillaumin, La vie d’un simple, Paris, Nelson, 1904, nombreuses rééditions.

    18 François Lalliard, « Propriété aristocratique et innovation agronomique en Ile-de-France au XIXe siècle. La gestion des Berthier à Grosbois, 1808-1912) », Histoire et Sociétés Rurales, no 13, 2000, p. 67-92.

    19 Exemple donné par le cas de la Suède : Anders Nilsson et Lars Pettersson, « Gouvernment policies and popular movements in education and training in 19th c. Swedish agriculture » dans le volume State and rural societies, op. cit., p. 215-230.

    20 C.-I. Brelot, La noblesse réinventée : nobles de Franche-Comté de 1814 à 1870, Paris, Belles-Lettres, 1992.

    21 Cf. les légitimistes (N. Vivier) ou les conservateurs des colonies pénitentiaires (I. Jablonka).

    22 Voir les exemples donnés par D. Samson, A. Tortolero, et B. Waché.

    23 This conclusion is a kind of summary of the conclusion written in French. The reader might refer to the latter for more details and for the footnotes. The authors’names mentioned in the text refer to the chapters of the present book.

    24 In the present volume, no chapter is devoted to clergymen (although, clergy appears in Rago and Waché’s papers). A recent meeting dealt with this theme and a book was published: Florent Quellier et Georges Provost, Du Ciel à la terre. Clergé et agriculture, XVIe-XIXe siècle, PUR, 2008.

    25 Papers by L. Neraud, N. Rago, D. Samson, N. Vivier.

    26 Cf. Kurucz G., “The first Hungarian college of farming, 1797-1848”, in State and Rural Societies: Policy and Education, 1750-2000, N. Vivier (ed.), Brepols, 2009, p. 195-214.

    27 Madame du Châtelet, a friend to Voltaire, translated Newton into French.

    28 Cf CNJA (Cercle national des jeunes agriculteurs de France), Comment s’organiser, Brochure réalisée par Marguerite Planchenault, Marie Catherine Becouarn et Suzanne Stackler, Paris, Institut d’organisation scientifique du travail en agriculture, 1961. Marie-Catherine Becouarn, L’Évolution des techniques en agriculture et le travail des femmes, CNRS, Centre d’études sociologiques et C.O.R.D.E.S. (Comité d’organisation des recherches appliquées sur le développement économique et social) Paris : C.O.R.D.E.S., 1973.

    29 For example, L’Almanach du père Bujeault was very widely read in the western part of France. Bujeault presented himself as a farmer expounding both technical and moral advice in his book.

    30 Susanna Wade Martins, The English Model Farm. Building the agricultural ideal, 1700-1914, Windgather, 2002. Les Primes d’honneur et les médailles de spécialités décernées dans les concours régionaux, Paris, 1865 à 1871. Available on CD-Rom, Educagri éditions, 2002 : La terre récompensée. (innovative farms received grants)

    31 Jean-Laurent Rosenthal, The Fruits of the Revolution. Property rights, Litigation and French Agriculture, 1700-1860, Cambridge University Press, 1992. Jean-Michel Derex is much more positive about drainages in the ancient regime France (L’histoire des zones humides françaises du XVIIIe au XXIe siècle. HDR, Paris IV, 2008)

    32 See the description given in the chapter by Alejandro Tortolero about the development of agronomic knowledge in Mexico in the time of Porfiro Diaz. Cf. the comparison with European countries given in N. Vivier (ed.), State and Rural Societies. Policy and Education in Europe, 1750-2000, Brepols, 2009.

    33 Émile Guillaumin, La vie d’un simple, Paris, Nelson, 1904.

    34 Cf. State and rural societies, ed. by N. Vivier, op. cit.

    Auteur

    • Nadine Vivier
      Professeur d’histoire contemporaine, Université du Maine, CERHIO.
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    Le rôle des élites françaises en faveur du progrès agricole au XIXe siècle. Réalités et construction d’une image

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    Les biens communaux en France

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    Nadine Vivier

    Les communaux, patrimoine du pauvre. Un discours sur les sociétés rurales

    Nadine Vivier

    Les élites dans les communes rurales de la Sarthe au xixe siècle

    Nadine Vivier

    Avant-propos

    Marie-Danielle Demélas et Nadine Vivier

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    En guise de conclusion

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    1 Voir la définition de ce concept créé par Jean Marie Constant et Laurent Bourquin dans leurs articles.

    2 Aucune étude particulière ne leur est ici consacrée, mais ils sont bien présents dans les textes de Nicolas Rago et de Brigitte Waché. Un colloque s’est tenu sur ce thème dont les actes ont été publiés : Florent Quellier et Georges Provost, Du Ciel à la terre. Clergé et agriculture, XVIe-XIXe siècle, PUR, 2008.

    3 Nous renvoyons aux chapitres du présent ouvrage par une simple mention du nom d’auteur. Cette conclusion s’appuie essentiellement sur les treize études précédentes ; par souci d’alléger, elle répète peu ces renvois.

    4 Contributions de L. Neraud, N. Rago, D. Samson, N. Vivier.

    5 Kurucz G., “The first Hungarian college of farming, 1797-1848”, in N. Vivier (ed.), State and Rural Societies: Policy and Education, 1750-2000, Brepols, 2008, p. 195-214.

    6 Voir le témoignage d’un petit paysan breton, Jean-Marie Deguignet, Mémoires d’un paysan breton, An Here, 2000. Voir aussi Michel Boulet, Les enjeux de la formation des acteurs de l’agriculture, Educagri, Dijon, 2000, p. 25.

    7 Voir F. Quellier et G. Provost, Du Ciel à la terre, op. cit., p. 351-55.

    8 Elle épouse ensuite Philarète Chasles.

    9 Voir CNJA (Cercle national des jeunes agriculteurs de France), Comment s’organiser (Brochure réalisée par Marguerite Planchenault, Marie Catherine Becouarn et Suzanne Stackler), Paris, Institut d’organisation scientifique du travail en agriculture, 1961. Marie-Catherine Becouarn, L’Évolution des techniques en agriculture et le travail des femmes, CNRS, Centre d’études sociologiques et Comité d’organisation des recherches appliquées sur le développement économique et social ; Paris : C.O.R.D.E.S., 1973.

    10 Florent Quellier, « Le jardinage, une signature du bon prêtre tridentin, XVIIe-XVIIIe siècle », in Du ciel à la terre, op. cit., p. 27-39.

    11 Chapitres de L. Bourquin, U. Schlude, D. Samson et R. Hoyle. Voir l’ouvrage de Reynald Abad, Le grand marché : l’approvisionnement alimentaire de Paris sous l’Ancien régime, Fayard, 2002

    12 Références aux chapitres de R. Hoyle et A. Totolero, et aux ouvrages suivants : Susanna Wade Martins, The English Model Farm. Building the agricultural ideal, 1700-1914, Windgather, 2002. Les Primes d’honneur et les médailles de spécialités décernées dans les concours régionaux, Paris, 1865 à 1871. Disponibles sur CD-Rom, Educagri éditions, 2002 : La terre récompensée.

    13 Jean-Laurent Rosenthal, The Fruits of the Revolution. Property rights, Litigation and French Agriculture, 1700-1860, Cambridge University Press, 1992. Jean-Michel Derex présente une autre interprétation qui valorise nettement plus les drainages réalisés sous l’ancien régime (L’histoire des zones humides françaises du XVIIIe au XXIe siècle, HDR, Paris IV, 2008)

    14 Cf. chapitres de J. Carmona et A. Tortolero.

    15 Copyhold : le contrat d’occupation de la terre est transcrit sur les registres de la cour manoriale (court rolls) et le tenancier en conserve une copie. Le copyholder est donc un tenancier dont le contrat est régi par la coutume du manoir. Cette forme de contrat est progressivement remplacée par des baux : dans le système du freehold, le tenancier est libre car c’est la loi commune à l’ensemble du royaume qui la régit (common law). Il peut vendre, hypothéquer et léguer.

    16 Alejandro Tortolero décrit le développement des services agronomiques et d’enseignement dans le Mexique porfiriste. Cf. la comparaison entre les pays européens donnée dans N. Vivier (ed.), State and Rural Societies. Policy and Education in Europe, 1750-200, Brepols, 2008, p. 11-34.

    17 Émile Guillaumin, La vie d’un simple, Paris, Nelson, 1904, nombreuses rééditions.

    18 François Lalliard, « Propriété aristocratique et innovation agronomique en Ile-de-France au XIXe siècle. La gestion des Berthier à Grosbois, 1808-1912) », Histoire et Sociétés Rurales, no 13, 2000, p. 67-92.

    19 Exemple donné par le cas de la Suède : Anders Nilsson et Lars Pettersson, « Gouvernment policies and popular movements in education and training in 19th c. Swedish agriculture » dans le volume State and rural societies, op. cit., p. 215-230.

    20 C.-I. Brelot, La noblesse réinventée : nobles de Franche-Comté de 1814 à 1870, Paris, Belles-Lettres, 1992.

    21 Cf. les légitimistes (N. Vivier) ou les conservateurs des colonies pénitentiaires (I. Jablonka).

    22 Voir les exemples donnés par D. Samson, A. Tortolero, et B. Waché.

    23 This conclusion is a kind of summary of the conclusion written in French. The reader might refer to the latter for more details and for the footnotes. The authors’names mentioned in the text refer to the chapters of the present book.

    24 In the present volume, no chapter is devoted to clergymen (although, clergy appears in Rago and Waché’s papers). A recent meeting dealt with this theme and a book was published: Florent Quellier et Georges Provost, Du Ciel à la terre. Clergé et agriculture, XVIe-XIXe siècle, PUR, 2008.

    25 Papers by L. Neraud, N. Rago, D. Samson, N. Vivier.

    26 Cf. Kurucz G., “The first Hungarian college of farming, 1797-1848”, in State and Rural Societies: Policy and Education, 1750-2000, N. Vivier (ed.), Brepols, 2009, p. 195-214.

    27 Madame du Châtelet, a friend to Voltaire, translated Newton into French.

    28 Cf CNJA (Cercle national des jeunes agriculteurs de France), Comment s’organiser, Brochure réalisée par Marguerite Planchenault, Marie Catherine Becouarn et Suzanne Stackler, Paris, Institut d’organisation scientifique du travail en agriculture, 1961. Marie-Catherine Becouarn, L’Évolution des techniques en agriculture et le travail des femmes, CNRS, Centre d’études sociologiques et C.O.R.D.E.S. (Comité d’organisation des recherches appliquées sur le développement économique et social) Paris : C.O.R.D.E.S., 1973.

    29 For example, L’Almanach du père Bujeault was very widely read in the western part of France. Bujeault presented himself as a farmer expounding both technical and moral advice in his book.

    30 Susanna Wade Martins, The English Model Farm. Building the agricultural ideal, 1700-1914, Windgather, 2002. Les Primes d’honneur et les médailles de spécialités décernées dans les concours régionaux, Paris, 1865 à 1871. Available on CD-Rom, Educagri éditions, 2002 : La terre récompensée. (innovative farms received grants)

    31 Jean-Laurent Rosenthal, The Fruits of the Revolution. Property rights, Litigation and French Agriculture, 1700-1860, Cambridge University Press, 1992. Jean-Michel Derex is much more positive about drainages in the ancient regime France (L’histoire des zones humides françaises du XVIIIe au XXIe siècle. HDR, Paris IV, 2008)

    32 See the description given in the chapter by Alejandro Tortolero about the development of agronomic knowledge in Mexico in the time of Porfiro Diaz. Cf. the comparison with European countries given in N. Vivier (ed.), State and Rural Societies. Policy and Education in Europe, 1750-2000, Brepols, 2009.

    33 Émile Guillaumin, La vie d’un simple, Paris, Nelson, 1904.

    34 Cf. State and rural societies, ed. by N. Vivier, op. cit.

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