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    Plan détaillé Texte intégral Au début du siècle, des élites de la naissance et de la fortune Les élites du savoir pratique dans la seconde moitié du XIXe siècle Comment ces élites agissent-elles ? The Élite and Agricultural Progress in 19th Century France Notes de bas de page Auteur

    Élites et progrès agricole

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Le rôle des élites françaises en faveur du progrès agricole au XIXe siècle. Réalités et construction d’une image

    Nadine Vivier

    p. 187-205

    Texte intégral Au début du siècle, des élites de la naissance et de la fortune Les élites siégeant dans les sociétés d’agriculture : une majorité de bourgeois urbains L’aura des légitimistes et leur souci de publicité Les élites du savoir pratique dans la seconde moitié du XIXe siècle Une élite issue de la formation professionnelle : petite mais influente Le stimulant des concours : comices et primes d’honneur Comment ces élites agissent-elles ? The Élite and Agricultural Progress in 19th Century France Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Selon la vision qui s’est imposée à l’ère des Lumières, l’humanité doit aller vers le « Progrès », matériel et spirituel, et elle ne peut le faire que grâce à une élite cultivée qui éclaire et guide les masses. Ce concept de Progrès comme idéal domine tout le XIXe siècle. Elle s’applique tout particulièrement aux sociétés rurales puisque les contemporains attribuaient aux paysans une résistance acharnée à tout changement. Elle est encore plus prégnante en France qu’ailleurs car la centralisation y est réputée très forte : la notion d’un Progrès venant d’en haut, de l’État, de son administration et des élites, s’est imposée. Les romans de Balzac illustrent cette appréciation à laquelle ils ont contribué. Les paysans y sont certes rusés pour défendre leurs propres intérêts mais toujours bornés et attachés à leurs habitudes ancestrales, tandis que les notables tentent d’améliorer par des innovations. Dans le Curé de campagne, Madame Graslin, aidée du polytechnicien Gérard, projette ses propriétés de Montégnac en Limousin dans une ère d’opulence. Cette vision persiste jusqu’à nos jours et influence les historiens.

    2L’historiographie concernant les élites en France et en Europe est assez abondante. Leur rôle culturel, leurs réseaux sociaux ont été bien évalués. En revanche, leur rôle économique dans les campagnes en reste à des idées reçues qu’il conviendrait d’examiner attentivement.

    3Le présent essai a donc pour but de s’interroger sur les élites qui font avancer le progrès en agriculture au cours du XIXe siècle : qui les constitue ? Guy Chaussinand-Nogaret définit l’élite comme « la fraction de la population où se concentrent puissance, autorité et influence. Elles sont fondées sur la naissance, le savoir ou l’argent1 ». Au cours du XIXe siècle, en France, les critères de la naissance, du savoir ou de l’argent définissent bien l’origine des élites influentes en milieu rural ; mais par un glissement progressif du savoir « classique » au savoir technique, nécessaire au progrès agricole, les élites se sont renouvelées. Aux élites de la naissance et du savoir fondé sur les humanités, s’ajoute ou succède dans la seconde moitié du siècle, une élite du savoir agricole, sorte d’élite intermédiaire de bons agriculteurs au savoir pratique.

    Au début du siècle, des élites de la naissance et de la fortune

    4En 1970, dans l’Histoire de la France rurale, Gabriel Désert écrivit un paragraphe destiné à une grande audience :

    « La floraison des Sociétés agricoles au lendemain de la révolution de Juillet n’est pas purement accidentelle. Il faut y voir l’influence qu’exercent alors les nobles et les notables légitimistes. [...] Dégagés des obligations politiques, administratives ou simplement mondaines, qui étaient les leurs auparavant, les “émigrés” sont désormais libres de leur temps. Disposant de capitaux, d’autant plus que leurs dépenses somptuaires se réduisent, ils vont les utiliser, efficacement, dans l’amélioration et la mise en valeur de leurs biens fonciers ou, au moins, de leurs “réserves”. Par les expériences qu’ils effectuent, par les nouvelles méthodes qu’ils emploient, par le matériel perfectionné qu’ils utilisent, ils servent d’exemples à la masse paysanne. Il remplissent le rôle de catalyseurs, de diffuseurs de l’agriculture moderne2 »

    5Ainsi s’est répandue chez les historiens français l’idée d’un rôle essentiel des nobles, surtout légitimistes. Elle mérite d’être auscultée attentivement. Quels furent les rôles respectifs des nobles et des bourgeois ? Les légitimistes furent-ils plus actifs que les autres ? Par quels moyens encourageaient-ils le Progrès ?

    Les élites siégeant dans les sociétés d’agriculture : une majorité de bourgeois urbains

    6Les sociétés d’agriculture se développent à partir des années 1760. À l’exception de la société de Rennes née de l’initiative bretonne, elles sont issues des encouragements du contrôleur général des finances, Henri-Léonard Bertin. Il imagine une structure hiérarchique : la société, créée au siège de la généralité, est relayée par des bureaux dans les subdélégations, bureaux parfois nommés comices. Bertin prévoit aussi un comité central d’agriculture qui centraliserait à Paris les résultats des travaux de toutes les sociétés. Ces sociétés ne vivent que des subventions de l’État. Encouragements et subventions diminuant après 1774, la plupart des sociétés périclitent. Interdites durant la révolution, elles renaissent par la volonté des ministres de l’Intérieur, François de Neufchâteau sous le Directoire, Chaptal sous le Consulat. Puis les préfets ont pour mission de stimuler à nouveau leur création et leur activité dans chaque département. Entrées en léthargie après 1813, pour la plupart, avec quelques sursauts entre 1820-22, elles ne connaissent un essor réel qu’après 1833-36. A ce moment, le gouvernement a d’autres conceptions, celles de « sociétés libres, volontaires, non fondées administrativement3 ». Ce sont donc des associations libres de propriétaires et de fermiers qui doivent payer une cotisation afin d’assurer l’autonomie financière et ils choisissent leur président sans intervention de l’administration, autonomie remarquable en un temps où la liberté de réunion n’existe pas.

    7Il y a donc bien eu deux périodes pour ces sociétés : de 1760 à 1830, une existence par éclipses de sociétés qui ne vivent que par la volonté de l’État, puis après 1833, l’essor de sociétés plus libres. En conséquence, leur composition s’en est ressentie. Nicolas Rago étudie, dans le chapitre précédent, la société d’agriculture d’Alençon à la fin du XVIIIe siècle, assez représentative des sociétés par sa composition. Toutes sont dominées par des membres de l’élite traditionnelle, soucieux de maintenir leur rang, n’entendant pas grand-chose à l’agriculture, et ils s’opposent farouchement à l’entrée de fermiers ou cultivateurs qualifiés. Cette situation change progressivement après 1833.

    8Qu’enseignent les dénombrements des adhérents ? Le modèle le plus courant est celui d’une société d’agriculture départementale qui réunit un nombre limité de membres. La carte ci-dessous (p. 196) traduit la situation un peu postérieure, en 1866, mais aucun bouleversement ne s’est produit entre temps. En dehors de quelques exceptions comme le Calvados animé par l’Association Normande ou le Pas-de-Calais, seule la Société Royale d’Agriculture de Paris rayonne sur le pays car elle ajoute à ses membres un bon nombre de correspondants en province.

    9Les adhérents des sociétés sont les notables urbains qui prédominent encore sous la monarchie de Juillet ; ils possèdent des terres et exercent une profession principale : médecins, notaires, hommes de loi, négociants. Leur proportion diminue sous le second Empire parce que les effectifs des sociétaires se gonflent et un plus grand nombre de cultivateurs participent alors à leurs travaux. Quelques exemples situés dans la France du Nord-Ouest le montrent. L’Association Normande accentue la proportion : 70 % de citadins en 1835, parce qu’elle fait appel à des érudits afin de favoriser la recherche agronomique et d’en diffuser les résultats auprès des propriétaires rassemblés dans les sociétés. « Les agronomes distingués de l’Association Normande ne sont ni des aristocrates ni des propriétaires, mais des bourgeois et des scientifiques4 ».

    10La participation des nobles est faible, excepté dans deux cas connus : dans le Calvados, où Gabriel Désert compte 51 nobles sur 312 membres (soit 16 %), et à Autun où les grandes familles nobles donnent un tiers des adhérents, les autres étant des bourgeois très riches promus par la Révolution et surtout par l’Empire (fonctions administratives ou carrière militaire)5. En 1864, les quatre cinquièmes des sociétaires sont encore de grands propriétaires terriens. Mais ces deux exemples semblent isolés, aussi bien pour le Morvan au sein de la Bourgogne6, que pour le Calvados dans les régions de l’Ouest, pourtant à forte densité nobiliaire : en Ille-et-Vilaine, la société créée en 1833 compte un seul noble7

    11Même s’ils sont souvent élus au bureau à cause de leur notoriété sociale, les nobles n’exercent qu’une influence modeste. Il convient de nuancer, ainsi que le fait Gabriel Désert lui-même dans sa thèse :

    « Cette œuvre de régénération de l’agriculture ne fut pas seulement le fait de la noblesse locale. Son importance numérique réduite rendait nécessaire la collaboration de la bourgeoisie. »

    12Et il note la « présence parmi les agromanes d’une majorité de bourgeois exerçant les professions les plus diverses : médecins, pharmaciens, vétérinaires, membres de l’enseignement, avocats, notaires, magistrats qui possèdent des terres8 »

    13Et Philippe Vigier aboutit à la même conclusion :

    « Mais la grande propriété bourgeoise dispute à la noblesse de vieille souche la direction du mouvement agricole. Dans le département de l’Isère, les techniques nouvelles sont souvent diffusées par des magistrats, des membres des professions libérales ou des négociants. Même dans le Vaucluse, beaucoup plus riche en vieilles familles, l’agronome le plus célèbre, le comte Adrien de Gasparin, doit à l’Empire ses titres nobiliaires. Enfin, c’est un roturier, Eugène Robert, riche propriétaire de Saint-Tulle (canton de Manosque) qui domine l’agriculture des Basses-Alpes9 »

    14La participation des nobles et des bourgeois aux sociétés d’agriculture s’explique aisément car leurs motivations sont d’abord sociales. Être membre et surtout élu au bureau est avant tout une consécration sociale, même si quelques-uns sont mus par une « foi scientiste », comme Cornet d’Hunval dans l’arrondissement de St Omer10 ou les chimistes de l’Association Normande. Leurs motivations économiques sont fortes aussi, ce sont des propriétaires fonciers, résidant en ville, qui défendent leur revenu et même souhaitent l’améliorer grâce à des innovations techniques.

    L’aura des légitimistes et leur souci de publicité

    15Malgré la faible place qu’ils occupent, les nobles légitimistes sont parés d’une véritable aura. Il est temps de discuter cette idée qui a acquis une grande force depuis que Gabriel Désert l’a affirmée dans l’Histoire de la France rurale. Elle a un fondement incontestable : les nobles légitimistes de l’Ouest11 (de la Manche, la Mayenne et le Calvados) jouent un rôle dans les sociétés d’agriculture à partir de 1835. Mais cette situation n’est pas généralisable à toute la France car les exemples de la discrétion des légitimistes sont nombreux : aucun rôle dirigeant à l’Association Normande12 ; dans les Pyrénées-Orientales, fief des légitimistes au début du siècle, les sociétés d’agriculture n’ont qu’un rôle minime13. En Franche-Comté, Claude-Isabelle Brelot met en scène des nobles confrontés à une paysannerie qui s’émancipe, favorisée par la spécialisation pastorale et soucieuse de se maintenir hors de l’influence du château. Ils suivent les paysans plutôt qu’ils ne les précèdent dans ces progrès de l’élevage14.

    16Les légitimistes au pouvoir, de 1820 à 1828, ont délaissé l’agriculture, laissant tomber dans l’oubli toutes les mesures prises sous Napoléon puis sous Louis XVIII et son ministre Decazes. Leur vocation d’agronomes ne se découvre donc que sous la monarchie de Juillet. à ce moment, ils modernisent leurs domaines par nécessité économique et politique. La rente foncière étant leur principal revenu, il faut l’améliorer. De plus, leur perte de pouvoir, leur repli en province puisqu’ils boudent le pouvoir de Louis-Philippe, les incite à trouver une compensation. Il faut qu’ils confortent leur position sociale en s’attirant la reconnaissance des paysans. C’est pourquoi ceux qui s’intéressent aux découvertes agronomiques et ont des revenus suffisants pour prendre des risques tentent des expériences.

    17Il est normal, dans une étude centrée sur la noblesse de l’Ouest, de mettre en valeur cette nouvelle vocation des légitimistes dans les années 1840, puisqu’elle est un élément de leur stratégie politique. Il est remarquable que cette attitude ne vaille que pour l’Ouest où elle permet d’asseoir un légitimisme rural. Dans le Midi où le légitimisme populaire des années 30 est urbain, avant de disparaître en 1848, les seigneurs ne se sont pas donné cette peine15. Si l’on se place du point de vue du mouvement général de modernisation agricole, leur rôle est à relativiser. Ils ont certes été actifs, mais pas plus que les autres grands propriétaires, nobles ou bourgeois. Pourquoi ne pas insister sur les notaires, par exemple ? Et pourquoi n’a-t-on pas mis les projecteurs sur la noblesse bonapartiste ou orléaniste ? Natalie Petiteau décrit dans sa thèse sur la noblesse impériale la grande activité de ces hommes pour introduire des techniques nouvelles, créer des fermes modèles, zèle qui s’accentue après 181516 En Bourgogne, Pierre Lévêque remarque leurs initiatives sous la Restauration, celle du comte de Rambuteau, du général comte Heudelot, et du maréchal Marmont, grands propriétaires agronomes17 La noblesse orléaniste après 1848 a le même comportement. Teisserenc met en valeur son domaine de Bort en attendant de reprendre une carrière politique et devenir ministre de l’Agriculture18

    18Alors, pourquoi avoir privilégié les légitimistes, comment expliquer que se soit construite cette image ? Une hypothèse vraisemblable peut être avancée, celle d’une image du monde rural imposée par les agrariens de la fin du XIXe siècle. À partir de 1867, les conservateurs adhèrent massivement à la Société des Agriculteurs de France, puis après la victoire des Républicains en 1879, ces conservateurs irréductiblement hostiles à la République se replient sur les sociétés d’agriculture et bientôt dans les syndicats qu’ils dominent19 Ils façonnent alors cette image flatteuse de notables exerçant une influence très bénéfique pour le progrès agricole. Et cette image peut d’autant mieux s’imposer qu’elle s’appuie déjà sur une première image que les légitimistes des années 1830 ont commencé à forger20 Leur volonté étant de conquérir les suffrages des paysans, ils doivent montrer tous leurs atouts en regard des défauts des Orléanistes au pouvoir. Révélateur est cet article du Journal d’agriculture pratique de 1843 qui attaque le peu d’intérêt des fils de Louis-Philippe pour l’agriculture. Ils n’ont pas même rendu visite à Mathieu de Dombasle, alors que le duc de Bordeaux en voyage en Écosse, a visité les fermes les plus importantes du pays. « Sans doute le jeune prince voulait ainsi donner un témoignage public de l’intérêt qu’il porte à l’agriculture21 ». Recherche évidente d’un tremplin électoral, nécessaire pour un courant à l’idéologie agrarienne. Enfin cette image est facile à accréditer auprès d’un large public puisque très souvent les présidents des sociétés d’agriculture portent des noms à particule : nobles ou roturiers ajoutant le nom de leur propriété par vanité territoriale et souci de notoriété. Illustrant cette pratique, Flaubert, dans sa célèbre description du comice, nomme le président du jury du comice M. Derozerays de la Panville22

    Les élites du savoir pratique dans la seconde moitié du XIXe siècle

    19Vers le milieu du XIXe siècle s’opère un renversement. Au savoir théorique hautement prisé depuis le XVIIIe siècle s’ajoute peu à peu la nécessité de l’expérience, de la mise en œuvre pratique des théories pour prouver leur validité. Les agronomes doivent justifier leurs affirmations en s’appuyant sur des expériences réussies, qui puissent être reproduites23. Cette nécessité de disposer d’un savoir pratique encourage à diffuser les connaissances de base auprès des cultivateurs. Aussi l’élite des hommes impliqués dans le Progrès s’élargit, à la fois réellement par le nombre accru de gens touchés par la formation, et en apparence car les autorités prennent maintenant conscience des actions menées par les paysans eux-mêmes et les valorisent par les concours et primes.

    Une élite issue de la formation professionnelle : petite mais influente

    20Le 3 octobre 1848, l’assemblée vote le décret sur l’enseignement agricole défendu par le ministre de l’agriculture Tourret. Ce projet a été l’objet de débats difficiles et on peut penser qu’en 1848, la crédibilité de Tourret, agronome reconnu et homme politique modéré, est décisive pour son adoption. En effet, il a été préparé au cours des années 1840 et a suscité un débat animé. Voté en 1848, il prévoit une structure de l’enseignement agricole à trois niveaux. Des fermes-écoles d’abord sont destinées à former des ouvriers agricoles pour les grandes exploitations, des « travailleurs habiles ». Elles dispensent un enseignement pratique. Au deuxième niveau, les écoles régionales associent théorie et pratique, elles forment des chefs d’exploitation, propriétaires ou fermiers. Enfin, l’édifice est couronné par un Institut national agronomique (INA), destiné à être une école normale d’agriculture24.

    21La mise en œuvre du décret bute d’abord sur des problèmes financiers. La création de l’INA à Versailles s’avère très dispendieuse et, dès 1850, les détracteurs sont plus nombreux que les défenseurs ; en septembre 1852, le président de la République Louis-Napoléon Bonaparte le supprime. Les écoles régionales restent au nombre de trois à cause des dotations financières réduites accordées par les députés (écoles de Grignon près de Paris, Grand-Jouan en Bretagne et la Saulsaie dans l’Ain). Elles forment des agronomes compétents qui diffusent leurs connaissances, parfois en tenant une ferme modèle. Les fermes-écoles ont vu leur nombre se réduire, faute de candidats en nombre suffisant. On peut se demander si elles répondent bien aux besoins. Destinées à fournir de bons ouvriers pour les grandes exploitations, elles ne prennent pas suffisamment en compte la part croissante des petites exploitations indépendantes. Elles ont pourtant introduit des agents de changement. Ainsi, M. Cudennec, ancien élève et ancien chef de culture à la ferme-école de Trévarez dans le Finistère est récompensé pour la valeur du travail qu’il fournit sur son exploitation de 23 ha en métayage25.

    22Alors qu’il a été longtemps dit que les résultats décevants de la loi de 1848 incombaient à Napoléon III, une étude approfondie des débats de l’époque, de la presse générale et spécialisée ainsi que des débats au sein des conseils généraux, montre, qu’en fait, les notables restent très partagés face à l’enseignement agricole. Ce sont leurs résistances qui entravent l’application du décret de 1848. Ils craignent les dépenses, ils doutent de l’utilité d’un enseignement professionnel, ils craignent même les effets de l’instruction dispensée aux masses rurales qui risque de diminuer leur influence et d’inciter les jeunes à partir vers la ville. Ces réticences sont clairement affichées chez les notables conservateurs mais il faut se garder de tout manichéisme et bien souligner le fait que ces idées sont très largement répandues26

    23Napoléon III favorise l’enseignement de l’agriculture dans les écoles primaires, politique renforcée par Victor Duruy après 1863. L’école normale doit former les instituteurs qui, ensuite, enseignent quelques rudiments aux élèves, dans le jardin de l’école. Un nouveau pas est fait pour améliorer la formation avec la création des écoles pratiques d’agriculture en 1875 et celle des professeurs départementaux en 1879. Ceux-ci, en général sortis des écoles régionales d’agriculture, sont chargés des leçons à l’école normale primaire et des conférences agricoles destinées aux agriculteurs adultes, prononcées dans les communes du département. En 1885, ces professeurs départementaux sont invités à organiser des champs de démonstration. Il ne s’agit nullement de champs d’expérience, destinés à des tentatives, mais il s’agit de « faire voir les applications des découvertes faites, vérifiées et contrôlées dans les champs d’expérience et de recherche ; c’est-à-dire vulgariser les faits reconnus et parfaitement acquis27. »

    24Au total la formation professionnelle ne touche que très peu de jeunes. En 1853, le nombre des fermes-écoles est à son maximum avec environ un millier d’apprentis. Après 1872, ces chiffres sont en diminution régulière : 10 fermes-écoles en 1910 accueillant 260 apprentis, auxquels s’ajoutent à cette date environ 1200 élèves dans les écoles pratiques. Ces chiffres annuels sont insignifiants si on les rapporte au nombre d’exploitants (5 millions de chefs d’exploitation en 1891, avec 3 millions de salariés et 7 millions d’aides familiaux).

    25Mais les rudiments donnés à tous les jeunes par les instituteurs, la formation dispensée aux adultes par les conférences et les champs de démonstration, les exemples offerts par les fermes-modèles qui ouvrent leurs portes au public, tout ceci touche un bien plus grand nombre de gens. Ces aides se multiplient et se renforcent dans les années 1880 alors que les agriculteurs s’intéressent depuis longtemps aux innovations. Dès les années 1835-40, d’autres stimulants sont mis en place.

    Comices et sociétés d’agriculture en 1870

    Image

    Carte dressée à l’aide des documents recueillis par la Direction de la Statistique au Ministère de l’Agriculture et du Commerce, cités par La France Agricole, Atlas, par Gustave Heuzé, Paris, Imprimerie nationale, 1875.

    Le stimulant des concours : comices et primes d’honneur

    26Les comices ont eu des détracteurs qui les ont ridiculisés en accentuant leur caractère officiel, en ne voulant y voir que l’expression politique monopolisée par le gouvernement. Leurs aspects positifs doivent aussi être mis en valeur. Les concours organisés récompensent les meilleures techniques, stimulent les agriculteurs du village en leur montrant quels sont les instruments les mieux adaptés, les techniques de labour, les animaux les plus performants. Les primes récompensent les élites du savoir pratique. Ces réunions des comices ont un pouvoir d’attraction considérable, elles drainent la foule du canton, voire de l’arrondissement. Elles peuvent ainsi jouer un rôle important dans la diffusion des exemples.

    27La distribution géographique des comices révèle des conceptions fort différentes à travers la France. La carte reprend les données fournies essentiellement par l’enquête agricole de 1866. Au sud d’une ligne La Rochelle-Genève, rares sont les départements où le nombre d’adhérents aux comices atteint le millier. Il n’existe qu’un seul comice départemental ou bien deux ou trois comices d’arrondissement ; ils dépendent en général assez étroitement de la société d’agriculture car ils sont issus de la volonté conjointe de cette société et du préfet qui accorde les subventions. Quelques départements du centre du bassin parisien se rattachent à ce modèle : Oise, Seine-et-Marne, Aube, ainsi que ceux de Normandie. Le modèle inverse est celui de la Bretagne et ses marges, l’Anjou, le Maine ; il se retrouve, atténué dans le nord-est (Aisne et Marne, Haute-Marne et Vosges), le Poitou, le Limousin et le Cantal. Là, ce sont des comices « cantonaux ». Ils se sont multipliés par la volonté des habitants : recherche du progrès agricole, ou bien recherche de sociabilité, désir de chaque canton d’obtenir une manifestation qui lui confère prestige et attractivité économique. Ce sont tous ces arguments qui sont avancés pour convaincre le préfet d’autoriser la création de ces comices. Pour tenter d’expliquer les différences entre ces deux modèles, il faudrait explorer plusieurs pistes : les modes de diffusion des innovations, les modes de sociabilité ; on peut songer en particulier à une comparaison avec la répartition des foires et marchés à la même époque. Les municipalités de l’Ouest ont aussi été friandes des marchés28

    28Le nombre et la qualité des adhérents des comices se ressentent beaucoup de ces différences de conceptions. Dans le cas de comices d’arrondissements, la composition du bureau et de l’ensemble des membres est analogue à celle des sociétés d’agriculture avec la présence importante d’une bourgeoisie urbaine. Dans le Pas-de-Calais, les 5 comices ne vivent que par les 5 sociétés d’agriculture, leurs membres sont les mêmes. Cultivateurs et propriétaires (dont beaucoup résident en ville) constituent environ les 2/3 du total sous le Second Empire, le reste étant composé de membres des professions libérales et de marchands ou fabricants29 Parmi les comices d’arrondissement de la Somme en 1846, celui de Montdidier ne compte que 14 propriétaires et 19 cultivateurs sur un total de 179 adhérents (soit 18 %). Cette proportion s’accroît ensuite. Celui de Doullens en compte 54 % en 185530.À Ancenis en Loire-Inférieure, le comice de l’arrondissement regroupe 62 membres dont 13 sont cultivateurs et 18 propriétaires non exploitants, en grande majorité membres de la bourgeoisie. « C’est la bourgeoisie rurale, propriétaires fonciers ou membres des professions très liées à la terre et aux biens immobiliers (notaires, professions juridiques en général) ou aux sciences naturelles (médecins, vétérinaires) qui domine largement31. »

    29Le recrutement est beaucoup plus large dans les comices de Bretagne et du Maine. Chacun de ces petits comices cantonaux regroupe de 100 à 500 adhérents. Il comprend d’abord le noyau de ceux qui animent le comice et préparent les manifestations : députés, conseillers généraux, grands propriétaires, industriels et médecins, auxquels se joignent progressivement les cultivateurs. Au-delà de ce noyau des organisateurs du comice, le nombre des adhérents et participants au concours est élevé, et ce sont des cultivateurs réellement motivés par les innovations agricoles. Les comices de la Sarthe sont actifs pour acquérir des animaux et du matériel destinés à être prêtés aux cultivateurs. Donc un large nombre de cultivateurs peut être touché et s’impliquer dans les nouvelles techniques.

    30Le nombre et la qualité des primés diffère aussi en fonction de ces deux conceptions. Quelques comices sont un cénacle fermé de notables alors que d’autres au contraire font participer largement les cultivateurs. Dans les départements où il y a moins de 5 comices, les primés sont majoritairement de grands propriétaires ou leurs fermiers qui ont pu venir jusqu’au chef-lieu (ex. les agriculteurs d’Eure-et-Loir32). En revanche, les comices cantonaux qui couvrent un territoire réduit, sont plus ouverts, tous les paysans peuvent y participer, petits et grands. Tel est le cas des comices d’Ille-et-Vilaine, où Yann Lagadec met en lumière une élite de l’innovation qui n’est pas forcément celle des propriétaires-cultivateurs, ni des plus gros exploitants33 Il en va de même en Sarthe. Une étude des actes notariés donnant des indices sur la fortune des primés du comice du Mans sous le Second Empire montre qu’un tiers d’entre eux sont de petits cultivateurs ayant un capital inférieur à 5 000 francs34 Les comices dans l’Ouest ont joué un rôle important d’émulation pour le Progrès agricole, de façon différente selon les moments. Sous le Second Empire, c’est l’intérêt pour les nouveautés agricoles qui semble primer dans ces réunions, journées dédiées à l’agriculture et non à la politique, après le discours inaugural du sous-préfet qui vante les mérites du régime. Ensuite, sous la Troisième République, les réunions des comices deviennent plus des moments de fête et de réunions politiques. Les rivalités politiques se sont infiltrées et ont envahi les comices, jusqu’à provoquer la scission du comice de Mamers en deux organismes rivaux35 Mais c’est en leur sein que prennent naissance les syndicats qui aideront à la diffusion des instruments de progrès.

    31Une autre forme de concours est celle des primes d’honneur décernées par des jurys composés de notables, agronomes et primés de l’an passé. Leur objectif est de récompenser des cultivateurs qui ont innové, en s’adaptant le mieux possible aux conditions locales ; une grande attention est portée à leur gestion technique et financière, il faut que leur exploitation dégage un profit. Les exploitations auxquelles sont décernées les primes font l’objet de descriptions précises : assolements, cheptel. Si la prime d’honneur récompense une exploitation exemplaire, et c’est le plus souvent un grand domaine, il existe aussi des prix spéciaux pour une seule innovation, pour laquelle des exploitations plus modestes sont distinguées : elles ont pu adopter une bonne méthode de production ou construire un système d’irrigation, un bâtiment bien étudié pour accroître l’hygiène des étables, la conservation des récoltes ou la productivité du travail. Ainsi, en Sarthe, Pellier sur ses 90 ha à Yvré-le-Pôlin, a « des bâtiments neufs, bien aérés, centralisés au moulin afin d’en tirer la force motrice pour les besoins de la ferme ». Villepin, à la Pilletière (144 ha), est récompensé pour la machinerie agricole mise en place dans un bâtiment long d’une quarantaine de mètres et large de 13 mètres, qui comporte trois étages36. La plupart du temps, les distinctions récompensent de grands domaines. En petit nombre, de petits cultivateurs sont aussi distingués : Mme Labatteux, à Sargé près du Mans, locataire depuis 23 ans d’une ferme de 13 ha, a créé une fromagerie et livre ses produits au Mans deux fois par semaine37

    32La participation aux comices et aux conférences des professeurs départementaux est la manifestation du désir des paysans de changer leurs méthodes. Les motivations des paysans sont les mêmes que dans tous les corps de métier, amour-propre et espoir de gains. Émile Guillaumin décrit bien cette satisfaction ressentie par une élite locale de cultivateurs fiers de leur bon travail. Certes, le but de Guillaumin est bien de présenter une version dans laquelle les progrès agricoles sont dus aux paysans et non aux notables. S’il faut avoir un recul critique face à ses descriptions des interventions des propriétaires, on peut se fier, ici, à sa description de la fierté du métayer :

    « La satisfaction intime que j’éprouvais de mon œuvre était à coup sûr le meilleur de mes plaisirs, et le plus sain. Il ne faut pas croire que je visais uniquement le résultat pratique, le bénéfice légitime qui m’en devait revenir : non ! Une part de mes efforts tendait à cet orgueil de me pouvoir dire : “Mes blés, mes avoines vont être remarqués. Quand je sortirai mes bêtes à la foire, elles auront des admirateurs. Ceux de la Baluftière, ceux de Praulière, ceux du Plat-Mizot vont être jaloux de constater que mes bœufs sont plus gras que les leurs, et mes génisses meilleures”38 »

    Comment ces élites agissent-elles ?

    33Quels sont les liens entre les membres de ces « élites agricoles » en voie d’élargissement ? Comment agissent-ils ? de concert ou bien selon des voies séparées ? L’historien s’appuie souvent sur les travaux des sociétés d’agriculture. Les débats théoriques qui ont lieu dans leurs enceintes ne nous renseignent guère sur leurs effets réels et ils nous incitent à faire la part belle aux élites intellectuelles. Comment appréhender la réalité de l’action de ces hommes sur le terrain ? Deux indices peuvent être révélateurs, les baux passés entre les propriétaires et leurs fermiers, et les investissements réalisés.

    34Les baux pourraient certainement être une source pour mesurer la part d’innovation des propriétaires ou leur routine. Il faut pourtant être conscient des limites de cette source que sont les baux. Un propriétaire peut se réserver une part de ses terres pour en faire une exploitation modèle dans laquelle il investirait, ayant conscience de la valeur de l’exemple ; il peut aussi essayer d’influencer les méthodes de son fermier sans que cela soit indiqué dans le bail. Il faudrait en outre suivre l’évolution du montant des baux pour voir si une exploitation peut fournir une rente en accroissement.

    35Malgré toutes ces réserves, les baux sont un élément d’appréciation. Prenons deux exemples qui offrent deux visions différentes. Martine Cocaud a étudié pour l’Ille-et-Vilaine de la première moitié du XIXe siècle, 400 baux environ, choisis parmi ceux qui portent les sommes les plus élevées. Par les contraintes imposées au preneur, le propriétaire peut l’inciter à de nouvelles cultures (fourrages) et de nouvelles méthodes (amendement des terres, drainage ou irrigation, élaboration du compost, du fumier, etc.), ou au contraire, il peut lui interdire de modifier les assolements, l’obliger à des livraisons traditionnelles. Or Martine Cocaud constate que les baux « progressistes » sont très rares. Au milieu de contrats stéréotypés, ceux rédigés par Louis de Lorgeril pour sa ferme de la Petite Motte, sont exceptionnels. Lorgeril fixe le nombre de bestiaux, les règles pour obtenir le plus possible de fumier par l’utilisation de toutes les pailles, bruyères et ajoncs. Il fixe aussi les méthodes culturales et recommande les amendements du sol39 Et Martine Cocaud en conclut que le plus grand nombre des propriétaires d’Ille-et-Vilaine ne s’intéressent pas aux productions et signent un bail stéréotypé. Ce premier exemple illustre l’idée d’une toute petite élite de propriétaires actifs.

    36La lecture des distinctions décernées à des agriculteurs sous le Second Empire conforte cette idée : elles signalent parfois des baux novateurs, semblant les trouver exceptionnels. M. Cudennec, métayer de M. de Kerjégu dans la commune de Plabennec, Finistère, est ancien chef de culture de la ferme-école de Trévarez. Il jouit d’un bail plus long que de coutume, 12 à 15 ans, selon sa volonté. « Le bailleur s’engage à dépenser, pour l’amélioration foncière des prés et des terres labourables, une somme de 4,000 francs, à condition que le preneur y contribuera pour un huitième en main-d’œuvre, en prenant pour base 1 franc 25 cents comme prix de journée. Enfin, à l’époque de sa sortie, le preneur aura droit à la moitié de la plus-value du domaine, comme il supportera la moitié de la moins-value si elle est constatée. Tous les produits sont partagés par moitié ». Le jury conclut en qualifiant ainsi ce contrat : « c’est l’association dans l’acception élevée du mot40 ». Association effectivement de deux volontés et deux compétences, élite traditionnelle et élite du savoir-faire. On peut imaginer que ces associations se sont multipliées : l’élite traditionnelle des propriétaires fournit des capitaux et s’appuie sur la nouvelle élite du savoir-faire qui fournit le travail et les compétences pour la mise en valeur. Manifestement, la question des capitaux est essentielle.

    37Les investissements peuvent être connus, soit à grande échelle par une étude des emprunts ; soit par des monographies d’exploitation. Le Crédit Foncier, dans les années qui suivent sa création, distribue ses prêts essentiellement à de grands propriétaires. « En reprenant les prêts sur gages ruraux et sur gages mixtes que réalise cet organisme de 1853 à 1869, on voit en effet que les sommes prêtées vont à des propriétaires qui peuvent donner en garantie plus de 100 ha de terre41 ». Sur l’ensemble du territoire français, les nobles obtiennent 44 % des sommes empruntées. Gilles Postel-Vinay a étudié 1/10e des prêts accordés en échange de gages supérieurs à 100 ha pour la période 1853 à 1869, soit 92 prêts dont 72 à des nobles. De cet échantillon, il ressort que le tiers des emprunts ne servent pas à l’investissement mais à régler des transactions lors des héritages. à peine plus de la moitié des sommes empruntées a servi à améliorer le domaine : il s’agit surtout d’investissements lourds, en particulier la construction de bâtiments de ferme (encore 15 d’entre eux construisent-ils un château) et à l’achat de terres. Un quart des sommes empruntées vont aux investissements sur l’exploitation : drainage ou irrigation, fours à chaux, bâtiments industriels (moulins, huileries).

    38L’étude des registres hypothécaires dans le département de la Sarthe confirme l’évolution. Les emprunts contractés servent de façon croissante aux investissements agricoles à partir des années 1840. La période 1840-1870 est celle d’une intense modernisation. Toutefois, on constate aussi que les grands propriétaires absorbent l’épargne à leur profit, ils mobilisent les réseaux de crédit, en particulier celui des notaires. Ils prélèvent donc l’essentiel des ressources disponibles et leurs fermiers n’obtiennent que de faibles sommes qu’ils utilisent pour l’achat de terres, la construction de bâtiments ou l’achat de cheptel. Leur situation est variable selon les régions. Si les fermiers de la Beauce n’ont qu’un faible capital d’exploitation qui ne permet que des transformations modestes, ceux de l’Artois bénéficient de prêts des banques régionales et de ceux des notaires pour construire des sucreries. Car dans les années 1850-60 se développe, en plus du réseau des notaires, celui des banques. Les prêts bancaires se font souvent à court ou moyen terme, servant aux activités d’élevage ou aux opérations d’amendement (fours à chaux)42 On voit ainsi que les grands propriétaires sont ceux qui drainent l’essentiel des capitaux disponibles. Mais là encore, seule une minorité d’entre eux se préoccupe du progrès agricole. Cependant, l’évolution est nette, ils ont peu à peu consacré une partie croissante des sommes empruntées aux investissements agricoles.

    39Les monographies d’exploitations agricoles présentées dans les recueils des Primes d’honneur nous renseignent sur les investissements réalisés mais non sur les sources de financement. Les petites exploitations récompensées le sont, en majorité pour des procédés de fabrication, des assainissements ou construction de bâtiments de taille modeste. Beaucoup investissent essentiellement du travail. Les jurys tiennent à honorer ceux qui réussissent grâce à l’autofinancement. Deux exemples, pris dans des régions de moyennes exploitations, l’illustrent. En 1868, M. Belbéoc’h obtient la prime d’honneur pour le Finistère. Son père possédait à Kerven, sur la commune de Pouldergat, 150 ha de mauvaises terres louées à des métayers (27 ha de terres labourables, 7 de prairies naturelles, 10 de bois et 108 ha de landes). à la mort de son père, en 1853, M. Belbéoc’h hérite de 60 ares de verger et 15 ha de terres incultes. Progressivement, il obtient de ses frères d’affermer leurs terres et il reprend les autres terres louées. « Les améliorations de toute sorte étaient entièrement à sa charge. Il possédait alors en matériel agricole et en argent, une somme de 4 000 francs. Aussi fut-il forcé de demander simultanément au temps et au crédit l’augmentation de son capital d’exploitation. [...] Jusqu’en 1866, les bénéfices de la culture et le revenu des métairies ont été entièrement employés à augmenter le matériel et à solder les dépenses occasionnées par les améliorations foncières. Il en a été de même des sommes empruntées43. »

    40Le second exemple est celui de M. P. Martin fermier d’une exploitation isolée des Hautes-Alpes sur un plateau élevé, enneigé en hiver, à Puy-de-Manse. Sa famille loue à ferme la même exploitation depuis 300 ans, n’a pas de capital à engager et le propriétaire ne fait aucun investissement, les bâtiments d’habitation sont en fort mauvais état. Seul le travail acharné et intelligent de cette famille a permis des progrès, en particulier par l’épierrage et le drainage des terres. Grâce à ce travail, il a pu acquérir en propre 27 ha de terres proches. « Le profit ressort des faits même accomplis, c’est-à-dire de l’éducation d’une famille nombreuse, de l’existence d’un bétail important et bien nourri, de magnifiques récoltes sur pied, et surtout des améliorations foncières réalisées44. »

    41Ces exemples renforcent les constatations précédentes. Certes, les riches propriétaires avaient les capacités financières de mettre en œuvre des innovations. Mais dès le milieu du XIXe siècle, de nombreux petits exploitants réussissaient à dégager des profits. Le savoir-faire et surtout le travail patient et acharné leur permettent de palier, en partie, le manque de capitaux. Quelques décennies plus tard, lorsque le crédit devient plus aisé à obtenir, grâce au crédit agricole et à la constitution de caisses mutuelles liées aux syndicats, les petits ont accès au crédit. Cette accumulation de petits progrès a été plus efficace pour dégager des profits que les opérations sur les grands domaines à la pointe du progrès, si l’on se réfère à l’exemple donné par le domaine des princes de Wagram à Grosbois près de Paris. Leur beau domaine, leur bétail primé dans les concours, ne dégagent pourtant pas de bénéfice. Les investissements sont supérieurs aux profits pendant presque tout le XIXe siècle45

    42Les quelques éclairages donnés ici conduisent à réviser les idées reçues. Des paysans passifs et routiniers, il en existe certes, dans une proportion peut être équivalente à celle des propriétaires routiniers. Les acteurs du progrès agricole, désireux d’introduire les innovations, sont une petite minorité. Nous voyons au cours du XIXe siècle se superposer deux élites. Une élite de la fortune – ne regroupant qu’une minorité des propriétaires fonciers aisés – préside aux destinées des sociétés d’agriculture et met parfois en œuvre de nouvelles techniques. Son influence sociale est large mais son influence sur les techniques agricoles n’est que très localisée, aux alentours de ses domaines. L’élite du savoir pratique qui sait rendre les domaines productifs lui est peu à peu associée. Les deux ont besoin de s’entendre et coopérer, d’après nos derniers exemples : l’une apporte capitaux et savoir théorique, l’autre le travail et les capacités d’adaptation aux réalités locales. Cette élite de cultivateurs affermit peu à peu ses positions, y compris politiques en conquérant même le pouvoir municipal à partir du Second Empire.

    The Élite and Agricultural Progress in 19th Century France

    43The notion of “Progress” be it material or spiritual, was a constant and key idea all through the 19th century. Only through the guidance of a cultivated elite could the masses – especially the peasants, who were seen as backward − be expected to see the light. This chapter will look into the composition of the elite instrumental in introducing agricultural advance and progress.

    44In the first half of the nineteenth century, it was for the most part the bourgeoisie working in the professions who had a seat in the Agricultural Societies. Agronomy was becoming more and more fashionable and they wanted to increase the revenues their land brought them. The role played by nobility was a limited one. Only in western France did the legitimists show any interest to what was happening in the countryside, widely advertising their own action seeing it as a springboard for their political careers.

    45Starting from the nineteenth century, the need for practical knowledge increased in importance and the question was whether or not the farmers had access to it. Professional training introduced by the 1848 law was still very marginal. Badly adapted to real needs it concerned very few young people. On the other hand practical demonstrations and lectures given by departmental professors of agriculture corresponded to demands expressed by the farmers. The latter showed an increasing awareness of new techniques acquired through the agricultural shows, by copying award winning farms. The initiatives carried out by the small farmers and the timid steps taken towards more productive methods, while a far cry from utopian projects, began to bear fruit.

    46A study of loans indicates that the wealthy landowners appear to have tapped most of the available capital, sometimes for work carried out on their farms, more often for prestigious works such as the construction of a castle. The main resources for small and middle-sized farms came from self-financing.

    47This chapter throws light on the need to re-examine certain generally accepted ideas. Whether they were landowners or farmers, those who actually participated in agricultural progress and wanted to introduce innovation turn out to be a small minority. The nineteenth century saw the emergence of two distinct groups of elite − at the beginning of the century, a wealthy elite made up exclusively of a minority of wealthy landowners who presided over the fate of the Agricultural Societies and who occasionally put into practice new techniques. Its social influence was widespread but its influence over agricultural techniques was localised, restricted to the area in close vicinity to his estate. The other group of elite – those who possessed the practical knowledge and the know-how to render the estates productive − gradually emerged in mid-century. Mutual understanding and cooperation between the two groups was necessary, the one bringing the necessary capital and theoretical knowledge, the other the work and the capacity to adapt to local reality.

    Notes de bas de page

    1 Guy Chaussinand-Nogaret, Une histoire des élites en France du XVIe au XXe siècle : l’honneur, le mérite, l’argent, Paris, 1971.

    2 Georges Duby et Armand Wallon (dir.), Histoire de la France rurale, tome 3, p. 116-117.

    3 Circulaire ministérielle d’Adolphe Thiers, 1833.

    4 Jean-Paul Bourdon, Les Agronomes distingués de l’Association Normande, 1835-1890. Techniques et pratiques de « l’industrie » agricole d’après les Annuaires Normands, thèse, Caen, 1992, pages 20-30. Voir aussi François Guillet, Naissance de la Normandie : genèse et épanouissement d’une image régionale en France, 1750-1850, Caen : Annales de Normandie : Fédération des sociétés historiques et archéologiques de Normandie, 2000.

    5 Marcel Vigreux, Paysans et notables du Morvan au XIXe siècle, Château-Chinon, 1987, p. 23.

    6 Pierre Lévêque, Une société en crise : la Bourgogne au milieu du XIXe siècle, 1846-1852, EHESS, 1983, p. 144.

    7 Martine Cocaud, « Les cadres de la rénovation agricole en Ille-et-Vilaine dans la première moitié du XIXe siècle », Revue d’Histoire Moderne et Contemporaine, 1996-3, p. 486.

    8 Gabriel Désert, Une Société rurale au XIXe siècle, les paysans du Calvados, 1815-1895., Lille, 1975, (Réédition, Caen, CRHQ, 2007), p. 344.

    9 . Philippe Vigier, La Seconde République dans la région alpine, PUF 1963, p. 34.

    10 Ronald Hubscher, L’Agriculture et la société rurale dans le Pas-de-Calais : du milieu du XIXe siècle à 1914, Arras, 1980, pages 200, 201, 259.

    11 Ceci a été montré par René Musset, Le Bas-Maine, 1917, repris par A-J. Tudesq dans les Grands notables en France, 1840-1849. Les thèses plus récentes sur la Manche, la Mayenne (M. Denis) et le Calvados (G. Désert) le montrent aussi.

    12 J-P. Bourdon, op. cit., p. 473. Ajoutons que si les légitimistes acceptent de participer à l’Association Bretonne, créée à l’initiative de Rieffel et non du préfet, ils refusent de créer des comices dans la Loire-Inférieure en 1833, pour ne pas faire le jeu de cette monarchie illégitime à leurs yeux (René Bourrigaud, Le développement agricole au XIXe siècle en Loire-Atlantique, Nantes, 1994, p. 393).

    13 Cf. Geneviève Gavignaud, Propriétaires-viticulteurs en Roussillon : structures, conjonctures, société, XVIIIe -XXe siècles, Paris, 1983, passim et Peter McPhee, Les semailles de la République dans les Pyrénées Orientales, Perpignan, 1995.

    14 CIaude-I. Brelot, La noblesse réinventée, les nobles de Franche-Comté de 1814 à 1870. Thèse Paris X Nanterre, 1990, deuxième partie, chapitre IV, éd. Besançon – Paris 1992.

    15 Cette interprétation est personnelle, mais je remarque que André-Jean Tudesq, dans sa thèse, ne parle du rôle des grands notables légitimistes en faveur de la modernisation agricole que dans l’Ouest, et pas ailleurs. Je me demande même si on ne pourrait pas inverser les hypothèses. Les légitimistes, au lieu d’être à l’origine des progrès agricoles n’ont-ils pas été les utilisateurs habiles d’un mouvement qui avait déjà commencé ? (page 132 et suivantes).

    16 Natalie Petiteau, Élites et mobilité : la noblesse d’Empire au XIXe siècle, 1808-1814, Paris, la Boutique de l’histoire, 1997.

    17 P. Lévêque, op. cit., p. 138.

    18 Alain Corbin, Archaïsme et modernité en Limousin au XIXe siècle, p. 439. C’est aussi Teisserenc qui fonde l’Institut national agronomique en 1876.

    19 R. Bourrigaud op. cit., p. 462, L’ère des « marquis », et André Vercherand, Un siècle de syndicalisme agricole : la vie locale et nationale vue à travers le cas du département de la Loire, Saint-Étienne, 1994, p. 32 qui montre que les responsables sont des dirigeants du mouvement royaliste.

    20 C’est ce que Michel Denis voit dans la Mayenne : « Du fait de leur nombre, du fait des loisirs dont ils disposent et compte tenu aussi de leur sens charitable, ils apparaissent très vite comme les sauveurs des campagnes, tandis que la bourgeoisie libérale doit d’abord faire oublier son âpreté au gain et sa réputation d’exploiteur méprisant des basses classes » (Les royalistes de la Mayenne et le monde moderne, XIXe-XXe siècle, Paris, Klincksieck., 1977, p. 248).

    21 Journal d’agriculture pratique, Décembre 1843, deuxième série, T. 1 p. 275.

    22 Madame Bovary, édition Le Livre de poche, 1967, p. 162.

    23 Cf. Nadine Vivier, « European agricultural networks 1750-1850 : a view from France », Agricultural History Review, à paraître en 2009.

    24 Michel Boulet, Anne-Marie Lelorrain et Nadine Vivier, 1848, Le printemps de l’enseignement agricole, Éducagri éditions, Dijon, 1998.

    25 Les Primes d’honneur et les médailles de spécialités décernées dans les concours régionaux, Paris, 1865 à 1871. Année 1869, p. 179. (Disponibles sur CD-Rom, Educagri éditions, 2002 : La terre récompensée).

    26 N. Vivier, « L’enseignement agricole sous le Second Empire. L’application du décret du 3 octobre 1848 », dans Les enjeux de la formation des acteurs de l’agriculture, 1760-1945. M. Boulet (dir.), Dijon, Educagri, 2000, p. 145-152.

    27 Circulaire du ministre de l’Agriculture du 19 décembre 1885 aux professeurs départementaux d’agriculture.

    28 Voir pour la fin de l’ancien régime, D. Margairaz, Foires et marchés dans la France préindustrielle, éd. EHESS, 1988 ; Sarah Akbaraly, Les foires et marchés en Gironde au XIXe siècle ; thèse Bordeaux, 2006.

    29 Ronald Hubscher, op. cit, p. 259.

    30 Décomptes faits à partir des données des Bulletins des comices agricoles de la Somme, et du Cultivateur de la Somme.

    31 René Bourrigaud op. cit., p. 418-419.

    32 Christophe Bordier, Les comices d’Eure-et-Loir au XIXe siècle, université du Maine, 2001, (N. Vivier, dir.).

    33 Yann Lagadec, « Quelles élites pour le progrès agricole au XIXe siècle ? L’exemple des comices agricoles bretons », in Élites et notables de l’Ouest, F. Pitou (dir.), PUR, 2003, p. 105-120.

    34 Mémoire de Vincent Launay, Le comice agricole du canton du Mans, 1848 à 1868. Université du Maine, 2000 (direction N. Vivier).

    35 Séverine Briand, Le comice de Mamers au XIXe siècle, Mémoire de Master, université du Maine (N. Vivier, dir.), 2007. Voir aussi, pour illustrer les tonalités politiques des discours de sous-préfets, l’article intitulé « Les préfets et les comices », publié par le Journal d’Agriculture pratique de septembre 1871, p. 882-83 : après avoir critique le Second Empire (« les comices agricoles étaient des comices politiques fonctionnant le plus souvent au profit des candidatures officielles »), Lecouteux cite le discours du sous-préfet présidant le comice de Chatillon-sur-Loire ; ce discours est purement politique, appelant au soutien envers Thiers.

    36 Les Primes d’honneur, Sarthe, concours de 1871-72, p. 132 à 170. Un ingénieux système mu par l’énergie acheminée depuis la rivière en contrebas, active les chariots qui transportent les produits, distribuent les fourrages dans les étables.

    37 Ces distinctions accordées à des « petits » sont souvent au nombre d’une ou deux par département : par exemple dans le Jura, concours de 1868, p. 299 ou le Bas-Rhin, concours de 1866, p. 197.

    38 Émile Guillaumin, La vie d’un simple, éd. Livre de poche, 1995, p. 178.

    39 Article cité, p. 494.

    40 Primes d’honneur, 1869, Finistère, p. 179.

    41 Gilles Postel-Vinay, La terre et l’argent : l’agriculture et le crédit en France du XVIIIe au début du XXe siècle, Paris, 1997, p. 219-224. L’étude porte sur 92 prêts (dont 74 à des nobles), soit un dixième des prêts accordés aux propriétaires de gages de plus de cent ha. Les pourcentages sont supérieurs à 100 % car un prêt peut cumuler plusieurs utilisations.

    42 Postel-Vinay, op. cit., 1997, p. 228.

    43 Primes d’honneur, année 1869, Finistère, p. 157-170.

    44 Primes d’honneur, année 1869, Hautes-Alpes, p. 446-450.

    45 François Lalliard, « Propriété aristocratique et innovation agronomique en Ile-de-France au XIXe siècle. La gestion des Berthier à Grosbois (1808-1912) », Histoire et Sociétés rurales, no 13, 2000-1, p. 67-92.

    Auteur

    • Nadine Vivier
      Professeur d’histoire contemporaine, Université du Maine, CERHIO.
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    Les communaux, patrimoine du pauvre. Un discours sur les sociétés rurales

    Nadine Vivier

    Les élites dans les communes rurales de la Sarthe au xixe siècle

    Nadine Vivier

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    Marie-Danielle Demélas et Nadine Vivier

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    D’une mission sociale au conte pour enfant : le devenir des romans champêtres de George Sand

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    La foi dans le siècle. Présentation des contributions offertes en hommage

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    Brigitte Waché à l’université du Maine

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    Les biens communaux en France

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    1 Guy Chaussinand-Nogaret, Une histoire des élites en France du XVIe au XXe siècle : l’honneur, le mérite, l’argent, Paris, 1971.

    2 Georges Duby et Armand Wallon (dir.), Histoire de la France rurale, tome 3, p. 116-117.

    3 Circulaire ministérielle d’Adolphe Thiers, 1833.

    4 Jean-Paul Bourdon, Les Agronomes distingués de l’Association Normande, 1835-1890. Techniques et pratiques de « l’industrie » agricole d’après les Annuaires Normands, thèse, Caen, 1992, pages 20-30. Voir aussi François Guillet, Naissance de la Normandie : genèse et épanouissement d’une image régionale en France, 1750-1850, Caen : Annales de Normandie : Fédération des sociétés historiques et archéologiques de Normandie, 2000.

    5 Marcel Vigreux, Paysans et notables du Morvan au XIXe siècle, Château-Chinon, 1987, p. 23.

    6 Pierre Lévêque, Une société en crise : la Bourgogne au milieu du XIXe siècle, 1846-1852, EHESS, 1983, p. 144.

    7 Martine Cocaud, « Les cadres de la rénovation agricole en Ille-et-Vilaine dans la première moitié du XIXe siècle », Revue d’Histoire Moderne et Contemporaine, 1996-3, p. 486.

    8 Gabriel Désert, Une Société rurale au XIXe siècle, les paysans du Calvados, 1815-1895., Lille, 1975, (Réédition, Caen, CRHQ, 2007), p. 344.

    9 . Philippe Vigier, La Seconde République dans la région alpine, PUF 1963, p. 34.

    10 Ronald Hubscher, L’Agriculture et la société rurale dans le Pas-de-Calais : du milieu du XIXe siècle à 1914, Arras, 1980, pages 200, 201, 259.

    11 Ceci a été montré par René Musset, Le Bas-Maine, 1917, repris par A-J. Tudesq dans les Grands notables en France, 1840-1849. Les thèses plus récentes sur la Manche, la Mayenne (M. Denis) et le Calvados (G. Désert) le montrent aussi.

    12 J-P. Bourdon, op. cit., p. 473. Ajoutons que si les légitimistes acceptent de participer à l’Association Bretonne, créée à l’initiative de Rieffel et non du préfet, ils refusent de créer des comices dans la Loire-Inférieure en 1833, pour ne pas faire le jeu de cette monarchie illégitime à leurs yeux (René Bourrigaud, Le développement agricole au XIXe siècle en Loire-Atlantique, Nantes, 1994, p. 393).

    13 Cf. Geneviève Gavignaud, Propriétaires-viticulteurs en Roussillon : structures, conjonctures, société, XVIIIe -XXe siècles, Paris, 1983, passim et Peter McPhee, Les semailles de la République dans les Pyrénées Orientales, Perpignan, 1995.

    14 CIaude-I. Brelot, La noblesse réinventée, les nobles de Franche-Comté de 1814 à 1870. Thèse Paris X Nanterre, 1990, deuxième partie, chapitre IV, éd. Besançon – Paris 1992.

    15 Cette interprétation est personnelle, mais je remarque que André-Jean Tudesq, dans sa thèse, ne parle du rôle des grands notables légitimistes en faveur de la modernisation agricole que dans l’Ouest, et pas ailleurs. Je me demande même si on ne pourrait pas inverser les hypothèses. Les légitimistes, au lieu d’être à l’origine des progrès agricoles n’ont-ils pas été les utilisateurs habiles d’un mouvement qui avait déjà commencé ? (page 132 et suivantes).

    16 Natalie Petiteau, Élites et mobilité : la noblesse d’Empire au XIXe siècle, 1808-1814, Paris, la Boutique de l’histoire, 1997.

    17 P. Lévêque, op. cit., p. 138.

    18 Alain Corbin, Archaïsme et modernité en Limousin au XIXe siècle, p. 439. C’est aussi Teisserenc qui fonde l’Institut national agronomique en 1876.

    19 R. Bourrigaud op. cit., p. 462, L’ère des « marquis », et André Vercherand, Un siècle de syndicalisme agricole : la vie locale et nationale vue à travers le cas du département de la Loire, Saint-Étienne, 1994, p. 32 qui montre que les responsables sont des dirigeants du mouvement royaliste.

    20 C’est ce que Michel Denis voit dans la Mayenne : « Du fait de leur nombre, du fait des loisirs dont ils disposent et compte tenu aussi de leur sens charitable, ils apparaissent très vite comme les sauveurs des campagnes, tandis que la bourgeoisie libérale doit d’abord faire oublier son âpreté au gain et sa réputation d’exploiteur méprisant des basses classes » (Les royalistes de la Mayenne et le monde moderne, XIXe-XXe siècle, Paris, Klincksieck., 1977, p. 248).

    21 Journal d’agriculture pratique, Décembre 1843, deuxième série, T. 1 p. 275.

    22 Madame Bovary, édition Le Livre de poche, 1967, p. 162.

    23 Cf. Nadine Vivier, « European agricultural networks 1750-1850 : a view from France », Agricultural History Review, à paraître en 2009.

    24 Michel Boulet, Anne-Marie Lelorrain et Nadine Vivier, 1848, Le printemps de l’enseignement agricole, Éducagri éditions, Dijon, 1998.

    25 Les Primes d’honneur et les médailles de spécialités décernées dans les concours régionaux, Paris, 1865 à 1871. Année 1869, p. 179. (Disponibles sur CD-Rom, Educagri éditions, 2002 : La terre récompensée).

    26 N. Vivier, « L’enseignement agricole sous le Second Empire. L’application du décret du 3 octobre 1848 », dans Les enjeux de la formation des acteurs de l’agriculture, 1760-1945. M. Boulet (dir.), Dijon, Educagri, 2000, p. 145-152.

    27 Circulaire du ministre de l’Agriculture du 19 décembre 1885 aux professeurs départementaux d’agriculture.

    28 Voir pour la fin de l’ancien régime, D. Margairaz, Foires et marchés dans la France préindustrielle, éd. EHESS, 1988 ; Sarah Akbaraly, Les foires et marchés en Gironde au XIXe siècle ; thèse Bordeaux, 2006.

    29 Ronald Hubscher, op. cit, p. 259.

    30 Décomptes faits à partir des données des Bulletins des comices agricoles de la Somme, et du Cultivateur de la Somme.

    31 René Bourrigaud op. cit., p. 418-419.

    32 Christophe Bordier, Les comices d’Eure-et-Loir au XIXe siècle, université du Maine, 2001, (N. Vivier, dir.).

    33 Yann Lagadec, « Quelles élites pour le progrès agricole au XIXe siècle ? L’exemple des comices agricoles bretons », in Élites et notables de l’Ouest, F. Pitou (dir.), PUR, 2003, p. 105-120.

    34 Mémoire de Vincent Launay, Le comice agricole du canton du Mans, 1848 à 1868. Université du Maine, 2000 (direction N. Vivier).

    35 Séverine Briand, Le comice de Mamers au XIXe siècle, Mémoire de Master, université du Maine (N. Vivier, dir.), 2007. Voir aussi, pour illustrer les tonalités politiques des discours de sous-préfets, l’article intitulé « Les préfets et les comices », publié par le Journal d’Agriculture pratique de septembre 1871, p. 882-83 : après avoir critique le Second Empire (« les comices agricoles étaient des comices politiques fonctionnant le plus souvent au profit des candidatures officielles »), Lecouteux cite le discours du sous-préfet présidant le comice de Chatillon-sur-Loire ; ce discours est purement politique, appelant au soutien envers Thiers.

    36 Les Primes d’honneur, Sarthe, concours de 1871-72, p. 132 à 170. Un ingénieux système mu par l’énergie acheminée depuis la rivière en contrebas, active les chariots qui transportent les produits, distribuent les fourrages dans les étables.

    37 Ces distinctions accordées à des « petits » sont souvent au nombre d’une ou deux par département : par exemple dans le Jura, concours de 1868, p. 299 ou le Bas-Rhin, concours de 1866, p. 197.

    38 Émile Guillaumin, La vie d’un simple, éd. Livre de poche, 1995, p. 178.

    39 Article cité, p. 494.

    40 Primes d’honneur, 1869, Finistère, p. 179.

    41 Gilles Postel-Vinay, La terre et l’argent : l’agriculture et le crédit en France du XVIIIe au début du XXe siècle, Paris, 1997, p. 219-224. L’étude porte sur 92 prêts (dont 74 à des nobles), soit un dixième des prêts accordés aux propriétaires de gages de plus de cent ha. Les pourcentages sont supérieurs à 100 % car un prêt peut cumuler plusieurs utilisations.

    42 Postel-Vinay, op. cit., 1997, p. 228.

    43 Primes d’honneur, année 1869, Finistère, p. 157-170.

    44 Primes d’honneur, année 1869, Hautes-Alpes, p. 446-450.

    45 François Lalliard, « Propriété aristocratique et innovation agronomique en Ile-de-France au XIXe siècle. La gestion des Berthier à Grosbois (1808-1912) », Histoire et Sociétés rurales, no 13, 2000-1, p. 67-92.

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    • Sintès, Quentin. (2025) La submersion des vignes et la crise du phylloxéra dans le Midi viticole (1870-1885). Histoire & Sociétés Rurales, Vol. 63. DOI: 10.3917/hsr.063.0111

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