En quoi l’esclavage est-il menacé ?
p. 265-286
Texte intégral
1Droit commun, mêmes droits, mêmes devoirs que sur le territoire de la Métropole. Le terme englobant les structures administratives, représentatives, religieuses, militaires, et la réforme de la société autour des idéaux de liberté et d’égalité, isoler un élément ne se justifie que pour la commodité de l’exposé. Ainsi, l’esclavage étant le fondement du « système colonial », toute action qui sort du cadre du bienfait pour passer dans celui du droit est une menace.
2Il en est de même pour le contexte national et international que nous évoquerons brièvement pour centrer sur les Antilles françaises et surtout la Martinique. Les événements extérieurs étant communs, reste l’évolution de chaque colonie et la nécessité de dépasser le confort des certitudes pour énoncer des faits, en préciser le sens et les contradictions. Pourquoi les propriétaires martiniquais : blancs et de couleur, sont-ils les plus stigmatisés ? Devons-nous nous en tenir au discours qui présente des blancs, les colons, seuls propriétaires d’esclaves, arc-boutés contre l’émancipation, et des gens de couleur libres, confinés dans l’égoïsme.
3Entre la proclamation du principe de l’émancipation en 1833, et son application, en 1838, les Britanniques ont inséré une période d’apprentissage qui suit : l’abolition de la traite et des réformes concernant les libres de couleur et le travail des esclaves. À l’opposé, les espérances de rupture et de régénération par la révolution n’occultent-elles pas la transition à la française ?
4L’esclavage est-il moribond, condamné par l’évolution démographique, économique, et les résistances des esclaves qui se libèrent eux-mêmes à la Martinique et à la Guadeloupe ? Comment expliquer l’arrêté martiniquais du 23 mai 1848 et celui du 27 à la Guadeloupe, alors que la Guyane, la Réunion, Saint-Louis et Gorée, attendent l’arrivée des décrets du 27 avril, et respectent les deux mois prévus entre la promulgation et l’émancipation ?
Liberté et égalité. Les contradictions des gens de couleur libres
5Plus les libres de couleur se révèlent des antiesclavagistes militants, plus ils ont d’esclaves et surtout de grosses troupes d’esclaves. Peut-on pour cela les accuser de duplicité ? Que dire de l’accusation classique d’égoïsme lorsqu’ils réclament l’égalité ?
Au-delà des chiffres : les effets pervers de l’égalité
6Vers 1789, à la Martinique, au nombre d’un peu plus de 5000, les libres de couleur possèdent environ 5 % des esclaves, libres de fait inclus, soit environ 4 000. Au Robert, en 17991, ils en détiennent 132 sur 1998, soit 6,6 %. En 18362, dans la même paroisse, sur 3 307 esclaves, ils en ont 585, soit 17,6 %. L’ordonnance du 1er mars 1831 qui simplifie les formalités et supprime la taxe, a entraîné la multiplication des libres reconnus. Les 29 015 libres de couleur de 1836 sont près de six fois plus nombreux qu’en 1789. Leurs 13 585 esclaves, environ un pour deux, et 17,3 % du total, indique une multiplication par trois ou quatre alors qu’ils ont obtenu la reconnaissance de la liberté de leurs proches. En 18473, ils possèdent encore 12 878 esclaves, soit 17,6 % du groupe.
7La contrebande est tarie. Les actes notariés ne révèlent guère d’achats. À la première cause d’inflation : l’augmentation numérique, s’ajoute un effet pervers de l’égalité : la pleine jouissance des droits civils. Le 21 septembre 1830, le gouvernement a ordonné l’abrogation des règlements inégalitaires. Après la publication des arrêtés du 11 novembre 1830 à la Guadeloupe et du 12 à la Martinique, renforcés par l’ordonnance royale du 24 février 1831, les blancs peuvent épouser des femmes de couleur, reconnaître leurs enfants ou simplement leur léguer leurs biens.
8Protagoniste de la révolte de la milice de couleur de Grand’Anse en décembre 1833, à 27 ans, Auguste Eugénie, dit Havre, a vu sa liberté reconnue le 20 mai 1831 pour services dans la milice. Deux ans après, il est marié, possède les 30 000 F en biens fonds et esclaves exigés pour être électeur. Sous-officier, le gouverneur envisage d’en faire un officier. Les libres de couleur ne penseraient alors qu’à l’égalité. Or, le plus riche de la paroisse crie aux esclaves de l’habitation Montferrier : « C’est pour vous que nous combattons. Vive la liberté universelle4 ! » D’autres se retrouvent à la tête d’une sucrerie comportant une centaine d’esclaves. Le nombre des électeurs et des éligibles de couleur progressant principalement à la faveur de transferts provenant de blancs, nous passons de 30 éligibles – possédant au moins 60 000 F de biens – et 96 électeurs en 18335, à 44 éligibles et 128 électeurs en 18356.
9Schœlcher, qui admet qu’un propriétaire blanc soit abolitionniste, ne tolère pas cette contradiction chez les libres : « Ce qu’ils ont à faire avant tout maintenant c’est de prendre part à la croisade contre l’esclavage, en s’interdisant de posséder des esclaves7. » Le premier effet pervers de cette injonction à libérer leurs frères aurait empêché le rachat de la famille. En outre, peut-on leur reprocher de ne pas opérer un suicide politique après leur avoir imposé la prise en compte des esclaves dans le cens, qu’ils refusaient ? Schœlcher, qui n’en est pas à une contradiction près, démontre quelques pages avant son injonction que, sans esclaves, les droits politiques des libres, déjà réduits par un cens plus élevé que celui de la métropole, deviennent illusoires : « Sur cinq cent sept éligibles de la Martinique il n’y en eut, en 1835, que quarante-quatre appartenant à leur classe ; sur huit cent dix-neuf électeurs, que cent vingt-huit […] Sur les soixante-dix-huit mille soixante-seize esclaves de la colonie, treize mille cinq cent quatre-vingt-cinq seulement sont à eux8. »
10Avec l’égalité, sauf cas de révolte, les antiesclavagistes de couleur peuvent s’exprimer sans crainte. S’ils avaient eu plus d’esclaves, leur opinion aurait eu plus de poids. En effet, pour appuyer son projet d’émancipation de juillet 1835, Bissette a demandé à ses mandants d’adresser des pétitions à la Chambre des Pairs et à la Chambre des Députés. Datée du 1er octobre 1835, une pétition signée dans la région de Saint-Pierre, et envoyée le 10 avril 1836 par Fabien au duc de Broglie, est présentée à la Chambre des Pairs par le baron Lallemand à l’occasion des importants débats de mai 18369. Son insistance sur la qualité des signataires rappelle que seuls les propriétaires d’esclaves ruraux sont vraiment écoutés :
« Sur les cent cinquante-neuf […] dont les noms suivent la pétition […] quarante-trois ont signé comme électeurs ou éligibles […] vérifications faites […] vingt seulement sont portés sur ces listes ; que, de ces vingt électeurs, seize sont arrivés à l’électorat par la possession d’esclaves ; que sur ces seize possesseurs d’esclaves, six seulement sont propriétaires ruraux ; les autres exercent dans les villes […] Le résultat ne sera pas d’annuler la pétition […] mais de vous mettre à même de l’apprécier. »
11Les signataires sont surtout des gens du premier collège : Saint-Pierre, Prêcheur et Carbet. Rares sont ceux du second collège : Basse-Pointe, Macouba, Grand’Anse, Marigot et Sainte-Marie. En 1833, selon Fabien, le premier collège avait 8 éligibles et 18 électeurs, le second : 4 éligibles et 5 électeurs, soit un total de 35. Les électeurs et éligibles sont plus nombreux en 1835, mais comme tout concourt pour démontrer que la pétition a été signée dans la ville de Saint-Pierre, nous en déduisons que ceux qui s’y trouvaient vers le 1er octobre ont peut-être tous signé. Cette attitude n’est pas nouvelle. Le 14 septembre 1815, le gouverneur Vaugiraud constatait que si les miliciens de couleur s’étaient toujours mieux conduits que partout ailleurs, ils n’étaient pas « inaccessibles à la philanthropie10 ».
Liberté et Egalité : antinomie ou interdépendance ?
12La dissociation entre les revendications de liberté et d’égalité, parfois tactique, ne résiste pas à l’interdépendance exprimée dans les instructions de 1776 pour Saint-Domingue, et 1777 pour les Petites Antilles. La société étant divisée en deux « classes » : les blancs et, tous ceux qui ont une ascendance africaine, l’égalité est réputée incompatible avec l’esclavage. C’est ce texte que Dessalles recopie en 1786 :
« Les gens de couleur sont libres ou esclaves, les libres sont des affranchis, ou des descendants d’affranchis ; à quelque distance qu’ils soient de leur origine, ils conservent toujours la tache de l’esclavage […]. On ne saurait imprimer aux nègres trop de respect […]. Cette distinction, rigoureusement observée, même après la liberté, est le principal lien de subordination de l’esclave par l’opinion qui en résulte que sa couleur est vouée à la servitude et que rien ne peut le rendre égal à son maître11. »
13Outre la liberté, l’émancipation de 1794 avait apporté l’égalité. Ressasser qu’en mai 1802, Bonaparte a rétabli l’esclavage occulte l’inégalité. En se battant contre l’esclavage, Delgrès défend l’égalité. Lutter pour l’égalité, c’est remettre l’esclavage en cause. S’en tenir à la lettre de l’arrêté du 17 juillet 1802 pourrait faire croire que Richepance n’a rétabli que l’inégalité.
14Les liens familiaux sont ignorés. Pourtant, en décembre 1823, les commissaires commandants qui déclenchent l’affaire Bissette, reprennent un leitmotiv lorsqu’ils proclament : « les blancs ne consentiront jamais à se voir les égaux d’hommes qui, comme la plus grande partie des mulâtres et de ceux d’entre eux qui font le plus de bruit, ont des parents nés proches dans nos ateliers12 ». En 1848, Saturnin, fils naturel de Pierre Dessalles, affranchi en 1844, fait partie de la bourgeoisie de couleur de Sainte-Marie. Sa mère est encore esclave.
15De plus, séparer le libre et l’esclave n’est pas toujours facile à cause d’une marge d’incertitude entre liberté et esclavage. À la théorie des deux classes se superpose celle, plus juridique, des trois classes : les blancs, les libres de couleur, les esclaves. Néanmoins, au XVIIIe siècle, une quatrième émerge, celle des libres de fait. En effet, à la Martinique, affranchir étant jugé dangereux, l’ordonnance du 15 août 1711, approuvée par le roi le 24 octobre 1713, a rendu obligatoire la sanction de la volonté des maîtres par l’administration. La Guadeloupe, la Guyane et Saint-Domingue suivent. La taxe instituée en 1711 ayant été interdite en 1713, cette ressource est placée hors budget, et utilisée sans contrôle.
16Les maîtres continuant d’affranchir, l’administration tire profit de cette marge indécise entre la liberté et l’esclavage. Que les affranchissements soient dits limités ou interdits, au nom du bienfait et des besoins d’argent, les autorités vendent des libertés. Périodiquement, depuis 1772, des vérifications de titres rapportent des sommes considérables sans résoudre la question de fond : l’existence de catégories diversifiées entre le libre et l’esclave.
17En droit, chaque année, le libre de fait est assujetti à la capitation des esclaves, plus lourde que celle des libres. Porteurs de libertés étrangères – c’est-à-dire reconnues contre une légère taxe dans une colonie étrangère –, ils côtoient les libres Rochambeau, car l’annulation, en droit, des libertés accordées par ce gouverneur après la conquête de l’île par les Anglais et leurs alliés royalistes en 1794, n’a pas empêché la reconnaissance de la position particulière de ces affranchis et de leurs descendants. S’y ajoutent des corps à soi – individus qui ont acheté ou reçu leur corps –, des libres de savane ou des gens qui ont reçu un billet pour se chercher un maître, difficiles à démêler de ceux qui, dits à loyer, se contentent souvent de rapporter une redevance, et sont réputés marrons quand ils s’en dispensent.
18Souvent évoquée dans la correspondance, l’existence des libres de fait est exceptionnelle dans un recensement. C’est le cas en 1816 lorsque à la rubrique : gens de couleur libres : 9 389, s’ajoute : gens de couleur non patentés régulièrement : 998, chiffre qui concerne une minorité13. Les plus favorisés sont, en effet, propriétaires de biens fonds et d’esclaves, qu’ils déclarent sur une feuille de dénombrement comme les libres reconnus et paient la taxe des libres. Dans la milice, corvéables à merci, y compris pour la chasse aux marrons, d’autres servent pour la reconnaissance officielle de leur liberté.
19À l’interdiction juridique de posséder, aux pressions fiscales et militaires, s’ajoute la pression judiciaire. À celui qui ne peut présenter une patente officielle de liberté, le juge demande : « comment s’appelle votre maître ? » et applique les châtiments réservés aux esclaves. Ceux qui ne sont pas inscrits sur la feuille de dénombrement d’un patron peuvent être vendus comme épaves. Pratique exceptionnelle interdite par la dépêche du 5 juin 1829.
20Si la répression est facilitée, l’insatisfaction est cause de troubles. Juridiquement, les révoltés du Carbet en 1822, et de Saint-Pierre en 1831, sont esclaves. Mais, en 1822, la révolte est le fait de gens à loyer. En 1831, même si ce sont principalement des esclaves qui sont suppliciés à Saint-Pierre pour avoir exécuté trop rudement les ordres du géreur et refusé l’entrée de leur habitation aux forces de l’ordre, les vrais émeutiers étaient plutôt des « prolétaires14 » qui craignaient de voir repousser leur affranchissement officiel parce que l’administration faisait une sélection fondée sur les moyens d’existence. Quelques mois ou années plus tard, les mêmes personnes recevront leur patente de liberté à la demande d’un maître ou d’un patron, dit aussi bienveillant.
21À compter de 1830, l’égalité est conçue et vécue par tous les acteurs comme un élément de la transition vers l’émancipation. La fraternisation entre libres et esclaves, évoquée lors d’un enterrement de 1829, pouvait cacher des liens familiaux15. Il ne peut en être de même à l’annonce de la Révolution de juillet 1830 et du retour du drapeau tricolore, symbole de liberté et d’égalité. Ainsi, à Saint-Pierre, le 26 septembre, lors des fêtes organisées pour célébrer le changement de régime dont la nouvelle vient d’arriver, au moins un des groupes qui parcourt les rues drapeau tricolore en tête, crie : « Vive la Liberté, vive l’Égalité, à bas l’esclavage16 ! » Les « vociférateurs » sont des libres de couleur et des esclaves. Parmi ces derniers se trouvent nombre de ces libres de fait responsables des émeutes de février 1831.
22La Guadeloupe s’agite aussi. Selon Lacour : « Aussitôt après la révolution de Juillet, on avait répandu le bruit dans les ateliers de la venue prochaine de l’émancipation. Les esclaves y crurent, ils exclamaient dans des chansons, leur joie et leur espérance17. » Mais, la qualité de la langue de celle qu’il cite fait penser à une rédaction par un lettré :
« Résignez-vous doux colons,
Plus d’espoir pour les Bourbons […]
Cette liberté chérie
Que nous avons tant désirée
À présent elle est ici […] »
23À la Guyane, le 16 novembre 1830, le gouverneur Jubelin annonce que les gens de couleur ont « parfaitement suivi tout ce qu’offre de favorable pour eux la révolution qui vient de s’accomplir ». Toutefois, « dans les campagnes, le bruit s’est répandu qu’avec le drapeau tricolore était arrivé l’ordre de proclamer la liberté générale et, sur trois ou quatre habitations, quelques esclaves, des commandeurs mêmes, ont refusé le travail ». Il n’y aurait pas eu de lien avec les libres, et les ateliers n’auraient pas suivi leurs commandeurs. Pourtant, en octobre, lors d’un banquet organisé à Cayenne pour fêter le nouveau régime, si les « Vive le roi, vive la charte » des convives sont sans équivoque, les « cris insensés » poussés sur la place du gouvernement font penser à ceux des « vociférateurs » de Saint-Pierre18 ?
24Effet de la libéralisation plus important à la Martinique que dans les autres colonies, le développement du mouvement associatif accroît leur détermination et gomme les réticences individuelles : d’abord la Société littéraire, mélange de culture, de secours mutuel, et organisme de coordination politique, en attendant la loge de l’Union.
25Lorsque à Paris, en décembre 1832, Bissette et ses amis demandent l’amélioration du sort des esclaves tout en laissant les Chambres maîtresses de la date de l’émancipation, les libres approuvent ou anticipent puisque, selon Lamartine, dès la fin de 1832, près de six cents Guadeloupéens de couleur ont signé une pétition en faveur de l’émancipation19. À la Martinique, le gouverneur Dupotet ayant voulu leur faire signer un désaveu, Pierre Dessalles écrit le 7 janvier 1833 :
« Les plus huppés du Fort-Royal tous parents et amis de Bissette […] ont refusé leurs signatures. Un d’eux a même déclaré que loin de protester contre les actes de Bissette, auxquels ils devaient toutes les concessions qui leur avaient été faites, il était prêt à sacrifier les esclaves qu’il avait […] pour se venger de toutes les humiliations qu’on lui avait fait éprouver […]. Les esclaves […] ont fait des chansons et disent que les blancs s’opposent à leur affranchissement que les hommes de couleur demandent avec insistance20. »
26Le 10 novembre 1846, en décrivant les conséquences des lois Mackau, le gouverneur Mathieu évoque la résistance de quelques maîtres et le « danger » provenant des libres :
« À côté d’eux se trouve un parti qui les exècre et qui ne reculera devant aucun sacrifice pour les ruiner. C’est celui qui s’est formé dans la classe de couleur […], jeter le trouble dans les ateliers […], arrêter le travail, tel est son programme. Il reçoit d’ailleurs de Paris les instructions nécessaires […], aussi des agents ne cessent-ils de parcourir les campagnes pour se mettre en rapport avec les ateliers, pour leur communiquer les pamphlets et les journaux où le gouverneur et les autorités sont insultés de la manière la plus grossière. Le journal la Réforme, envoyé de Paris à moi et à tous les chefs d’administration, répandu dans toute la colonie par les soins des membres de l’ancienne loge de l’Union, ne prouve que trop ces tristes vérités21. »
27Passée du nombre à l’action antiesclavagiste, la menace s’est déplacée.
Du bienfait à la notion de droit
28Le bienfait, aux contours imprécis et favorable à la sélectivité, est un des piliers du « système colonial ». Applicable de façon systématique et impersonnelle, le droit est perçu comme subversif.
La Restauration : immobilisme ou transition ?
29Outre la négation de l’efficacité des réformes, des simplifications abusives font croire que la réforme de l’esclavage a été seulement l’œuvre de la Monarchie de Juillet. De fait, le mouvement est amorcé sous la Restauration en matière d’empoisonnement, de marronnage, de moralisation, d’associations, d’affranchissement, de revendications, de plaintes d’esclaves contre leurs maîtres : en un mot, de reconnaissance d’une personnalité. Beaucoup de contradictions proviennent de la notion de danger haïtien. En 1825, l’indépendance d’Haiti est reconnue. Comme par enchantement, la menace disparaît.
30En 1822, les réformes administratives et judiciaires, complétées par l’interdiction des déportations extrajudiciaires, la fin légale de la traite, la première saisie d’un négrier, l’Amélie de Saint-Pierre, la moralisation par la religion, la crise économique, l’attraction exercée par Haïti sous l’impulsion du président Boyer, les mouvements incontrôlables de mercenaires et autres alliés de Bolivar, interfèrent avec les revendications des esclaves, et les débats locaux, nationaux et internationaux concernant la liberté et l’égalité.
31Pour l’esclave, outre l’utopie de l’émancipation, l’espoir prend la forme d’une revendication concrète : les trois jours. Depuis au moins septembre 1789, avant ses autres traces dans les Antilles, les esclaves de la Martinique les considèrent comme un droit dont ils sont privés par la malice des maîtres22. En octobre 1822, l’administration en fait une des motivations de la révolte du Carbet car le bruit courait que le roi leur avait accordé les trois jours et que les propriétaires refusaient d’appliquer cette réforme. Étant à loyer, les révoltés espéraient peut-être une diminution de leur redevance.
32Le gouverneur de Bouillé franchit une étape lorsqu’il accueille des plaintes d’esclaves contre leurs maîtres. Ainsi, au Carbet, où l’agitation a persisté dans les ateliers depuis 1822, le 13 août 1827, une quinzaine d’esclaves du commissaire commandant, sont venus le trouver dans le but de réclamer « les concessions qu’ils croyaient avoir obtenues de Sa Majesté et à l’exécution desquels seuls les colons s’opposaient. La principale de ces concessions était l’abandon à profit de trois jours par semaine23 ». Des libres de couleur seraient compromis mais Bouillé a préféré étouffer sans éclat. Depuis 1789, la revendication était une menace réprimée. En 1827, les plaignants sont reçus, écoutés, et leur démarche : grève, délégation, « cahier » de revendications, prend l’allure des futures manifestations syndicales. En 1830, la revendication resurgit à la Martinique et à la Guadeloupe.
33Fantasme très Martiniquais, la question des empoisonnements est inséparable de la répression politique. En 1822 et en 1823, l’accroissement de la mortalité, estimé à un millier de personnes la seconde année, est attribué au poison. De fait, les effets de la crise économique sur les importations, aggravées par une mauvaise récolte de manioc, ont accompagné l’expression de mécontentements classiques dans une pareille conjoncture. Faute de preuves, la justice est impuissante. Les déportations extrajudiciaires étant interdites, le 27 août, la répression est confiée à une cour prévôtale, juridiction exceptionnelle et itinérante, théoriquement réservée aux esclaves, qui juge sans appel sur des présomptions fournies par la torture et ou des devins.
34Le 8 septembre 1822, Pierre Dessalles met les trois jours en cause : « Tous les nègres empoisonneurs, qu’on arrête, déclarent qu’ils ne faisaient du mal à leurs maîtres que parce que ces maîtres n’avaient pas voulu donner trois jours, comme le désirait M. de la Mardelle24. » L’année suivante, il incrimine les réformes en matière de christianisation. La politique d’évangélisation, et la perception qu’en ont aussi bien les dirigeants, que les gens de couleur libres ou esclaves, est en effet une source d’incompréhensions que l’on trouve déjà à Saint-Domingue lors de l’affaire Mackendal.
35À la Martinique, en 1822, le préfet apostolique : l’abbé Carrand, amorce ce qui s’appellera sous Louis-Philippe, une politique de moralisation, donc de transition, qui favorise l’accession à d’autres sacrements que le baptême, alors que depuis plus d’un siècle, la communion et le mariage sont des signes égalitaires réservés à une élite, et surtout aux blancs. Le 15 juillet 1822, Pierre Dessalles est heureux d’annoncer cinq mariages sur son habitation. Le 4 juillet 1823, il estime que, selon la Cour prévôtale, même pour des libres, mariage et communion incitent à l’empoisonnement : « l’abbé Brizard […] a donné la communion à 6 gens libres du François, tous riches. Ces mêmes individus ont été confirmés ; huit jours après, la cour prévôtale s’est rendue au François […], les 6 gens libres ont été compromis, reconnus pour empoisonneurs et ont dû avoir la tête tranchée. Quelle horreur ! Cette facilité à […] prodiguer les sacrements est dangereuse25 ». Après l’interdiction des cours prévôtales, en dépit de quelques séquelles sur les habitations, le poison, perçu comme un danger obsessionnel, et son corollaire : la répression par les autorités, disparaissent.
36La protestation par le marronnage est incontestable. Après l’indépendance d’Haïti, en dépit de son ampleur croissante, la protection accordée aux marrons par les Britanniques ne suscite pas de craintes. Ceux qui sont repris sont châtiés sans commune mesure avec le passé.
37Le 1er novembre 1815, le gouverneur Vaugiraud accuse « des émissaires secrets, arrivés de Saint-Domingue », de concerter les désertions26. Le 18 décembre, pris en essayant de rejoindre une goélette anglaise, dix esclaves de la Martinique, sont condamnés à la pendaison, et un aux galères perpétuelles pour « avoir voulu soustraire à leurs maîtres le prix de leur valeur27 ». Deux autres sont déclarés noyés.
38Le 10 janvier 1847, Schœlcher s’exclame :
« Neuf esclaves ont été arrêtés à la Case Pilote (Martinique) pendant qu’ils poussaient un grand canot à la mer pour se rendre à Sainte-Lucie. On les a conduits à la geôle de Saint-Pierre, où ils ont dû rester jusqu’aux assises […], la cour […] a condamné, le 26 décembre, Jacques et Marc à recevoir quinze coups de fouet par la main du bourreau […] Tobie, Achille, Dombeil, Nelson, Siméon et Raphaël à dix coups de fouet, plus les uns et les autres à trois mois, deux mois et dix jours de prison. Nous inscrivons les noms de ces pauvres gens comme ceux de martyrs de la liberté28. »
39Les temps ont changé !
40La survie dans les bois des Petites Antilles n’étant possible que pour des individus ou de très petits groupes, alors que les chasseurs de montagne sont seulement 38 à la Martinique en 1844, Schœlcher accrédite un fantasme délirant :
« Encore aujourd’hui on fait monter pour la Guadeloupe à quinze cents et pour la Martinique à deux mille le nombre des esclaves que l’on sait dans les grands bois. Séparés en petits camps de quatre-vingt, cent, cent cinquante, rarement plus de deux cents, ils mènent sous un chef plus ou moins despote une vie de sauvages avec femmes et enfants […], ils se contentent de […] chasser, pêcher […] cultiver quelques racines […] voler dans leurs expéditions nocturnes29. »
41Cherchons les marrons dans les agglomérations, surtout à Saint-Pierre, sur les habitations, et en dehors des îles françaises. Le 30 janvier 185030, à l’occasion de l’application de la loi d’indemnité, l’administration estime qu’il y avait quelques 400 marrons dispersés à la Martinique et 2 340 évadés.
42La Dominique n’attire guère. Un accord entre les gouverneurs de cette colonie et celui de la Martinique ayant débouché sur l’expédition des évadés en Sierra Leone, le mouvement s’est orienté vers Sainte-Lucie. De 47 le 25 juin 1830, ils passent à une centaine le 11 août31. Le gouverneur de cette île refusant de les exiler en Sierra Leone, les négociations entreprises pour les récupérer échouent car les Britanniques exigent l’amnistie et des preuves de pleine volonté de retour. Aussi, c’est à juste titre que vers 1840 Schœlcher estime qu’ils sont 600 à Sainte-Lucie32. Ceux de la Guadeloupe vont plutôt à Antigue.
43Autre signe de transition, l’officialisation de la tolérance pour les associations d’esclaves au début de 1830. Interdites en droit, connues depuis le début du XVIIIe siècle, ces associations « secrètes » sont si bien connues et tolérées qu’elles n’apparaissent qu’à travers les rares exemples de répression. Réjouissances, pains bénis, maladies, enterrements, rassemblent des groupes bien structurés avec leurs insignes distinctifs. Qu’elles soient dites d’esclaves ou de libres, ces associations incluent des libres de fait.
44En période de crise, la violation des lignes de démarcation étant perçue comme un danger, en janvier 1830, le Conseil privé de la Martinique incrimine ces sociétés « secrètes » qui pourraient servir de base à une « agression ouverte » parce qu’une association de libres a participé à un enterrement avec ses rubans distinctifs et admis des nègres et des mulâtres patronnés. Ce mélange a inquiété parce que, en cette année très agitée, la manifestation a pris une allure revendicative. En d’autres temps, l’affaire aurait entraîné au moins un rappel des interdictions. En 1830, la majorité opine pour le statu quo, la tolérance, pour éviter la clandestinité33. La reconnaissance tacite de l’usage crée le droit.
45Les plaintes pour sévices touchent un domaine plus sensible. En 1822, le marquis de Sainte-Croix, beau-frère de Jaham du Haumont, soulève l’affaire du demi-frère de ce dernier, le mulâtre Jaham dit Raimond, un des évadés de 1815 que l’on avait cru noyé. Loin de rejoindre Haïti, il s’est réfugié chez une parente blanche aux États-Unis. Innovation, une enquête est ordonnée pour vérifier les accusations de mauvais traitement, d’excès de travail et d’insuffisance de nourriture qui auraient provoqué de nombreux décès dans l’atelier34.
46Après cette alerte, la révolte du Carbet en octobre 1822, et l’affaire Bissette, qui commence en décembre 1823, occultent le reste. En 1828, un degré supplémentaire est franchi : la Veuve Marlet, née Dubuc de Rivery, est condamnée pour sévices. Une plainte déposée par des propriétaires voisins sous le gouverneur Donzelot n’avait pas abouti. D’autres suivent en 1827, et les jugements de 1828 montrent que la justice a tenu compte des réactions de l’atelier. En appel, l’intéressée s’en tire avec trois ans de bannissement et l’interdiction de posséder des esclaves dans la colonie. C’est une révolution car il y a eu jugements, condamnations et, avant le jugement en première instance, la dame, dont la noblesse est reconnue, a été emprisonnée35. Signe de continuité, sur l’habitation Spoutourne, dans la paroisse de Trinité, une autre affaire se poursuit sous la Monarchie de Juillet36.
47Les affranchissements étant perçus comme un danger, en théorie, depuis l’affaire Bissette, les autorités n’accordent plus de libertés. De fait, dès 1825, à la veille de son départ, Donzelot en a vendu un grand nombre. Et, en 1829, Freycinet trouve que son prédécesseur, Bouillé, en accord avec le Conseil Privé, a prévu d’accorder, à l’occasion de la fête du roi, la saint Charles, le 4 novembre, 25 patentes de liberté taxées en moyenne à 1 500 F, mais gratuites pour des miliciens justifiant de 16 années de services. Libéralité pour les premiers, reconnaissance partielle d’un droit pour les miliciens37.
48Freycinet aurait pu ajouter que le 1er et le 5 juin, le Conseil privé a affranchi 5 miliciens. Le 7 juillet, tout en refusant la reconnaissance des libertés Rochambeau, le Conseil accepte discrètement une liste de 54 noms. D’autres suivent le 5 août, le 5 octobre et le 7 novembre, ce qui donne 99 miliciens et sapeurs-pompiers. 30 autres personnes profitent de la fête du roi, dont 21 femmes. Le mouvement se poursuivant en 1830, nous aboutissons à un total de 159 libertés au lieu des 25 annoncées. Le cordon a été desserré, mais le 12 juin 1828, pour ne citer que les sapeurs-pompiers, sur 410, 368 avaient déjà plus de 16 ans de service38.
49Ces faits permettent d’entrevoir une des raisons de la mauvaise réputation des propriétaires de la Martinique. En lutte avec le pouvoir central sur la réforme de la justice et la question de couleur, leur façade intraitable masque leurs réformes et entraîne un décalage entre ce qu’ils annoncent et ce qu’ils font. Surtout, le droit reste tempéré par le bienfait.
La Monarchie de Juillet : faire mieux que l’Angleterre
50Subtilités de vocabulaire. Hésitations entre affranchissement progressif ou « immédiat » : comprenons sans distinction et sans apprentissage. Moralisation pour éviter de dire apprentissage, certes. Néanmoins, en matière de reconstruction d’une personnalité, les changements d’échelle, de contenus, et de perception, sont considérables.
51À compter de 1830, la Monarchie de Juillet développe une politique de transition entre l’esclavage et l’émancipation fondée sur l’égalité et la multiplication des affranchissements. Le 10 février 1838, à la veille de la fin de l’apprentissage dans les colonies britanniques, les députés examinent le projet d’Hippolyte Passy. En 1839, il ressort des débats que l’esclavage est condamné mais que, pour faire mieux, il faut étudier les effets de l’émancipation britannique et, en attendant les résultats, développer la campagne de moralisation-civilisation initiée en 1 838. La transition prenant le nom de moralisation : construction de chapelles, communion et mariage perdent leur dangerosité.
52Instituée le 26 mai 1840, la commission confiée au duc de Broglie rend ses conclusions en 1 843. Plusieurs options sont proposées. La future loi d’émancipation étant datée du 1er janvier 1853, reste à assurer une transition de 10 ans39. Gouverneur de la Martinique de mars 1836 à janvier 1838, puis Ministre de la Marine et des Colonies à compter de juillet 1843, Mackau fait un pas significatif. Le 14 mai 1844, il présente un projet destiné à modifier le régime législatif des colonies. La loi du 18 juillet 1845 prévoit qu’il sera statué par ordonnances sur le régime disciplinaire des ateliers et l’instruction élémentaire des esclaves. Dès 1845, des ordonnances introduisent la notion de droit : par exemple le droit au rachat. Celle du 18 mai 1846 concerne l’instruction religieuse et son corollaire : l’instruction élémentaire. Celle du 4 juin, plus importante encore, a trait au régime disciplinaire. Le 5 juin, il est question de la nourriture et de l’habillement.
53À la Martinique, le gouverneur Mathieu publie ces ordonnances les 1er et 2 octobre 1846. Les maîtres ne conservent le droit de police et de discipline qu’en cas de refus de travail, de désobéissance, injures, rixes, ivresse et larcin dans la maison. L’emploi des fers, chaînes et liens est prohibé. Seules les entraves peuvent être utilisées, à charge d’en rendre compte dans les 24 heures. Le fouet est maintenu pour les esclaves assujettis au travail, mais il est interdit de donner plus de 15 coups par semaine et il faut tenir un registre de punitions. Sur l’habitation, les peines d’emprisonnement, dans une salle de police contrôlée par les autorités, et dont les dimensions sont précisées, ne peuvent excéder 15 jours consécutifs. Toute peine supérieure devra être subie dans un local disciplinaire relevant du canton, vite surnommé « mackauline ». Les craintes de subversion entraînées par cette perte de pouvoir s’estompent rapidement.
Réformes et société
54En 1847, sur 129 109 habitants, il reste environ 87 752 esclaves à la Guadeloupe, 72 859 à la Martinique sur 121 130, et 60 260 à La Réunion pour 103 280 habitants. La Guyane en a 16 500 sur 19 375 habitants. Or, de 1830 à 1847, les Martiniquais, qui ont environ 30 % des esclaves, s’adjugent plus de 51 % des 50 504 affranchissements40. La Réunion, qui avait moins de libres de fait que la Guyane, se contente de 12 %. De 1830 à 1840, la Martinique a reconnu la liberté de 15 174 libres de fait et affranchi 5 252 esclaves. Ensuite, un nombre équivalent d’esclaves jusqu’en 1848. Tout en renforçant le poids des libres dans la société, quatre pour un blanc, et les liens entre les libres et les ateliers, l’accès des libres de fait à la liberté officielle a, à la fois, privé l’administration d’un moyen de pression et supprimé une cause de troubles. Les réformes ont modifié les structures sociales. Est-il vrai que l’administration et la classe dirigeante n’ont pas évolué ?
Résistance ou anticipation ?
55Pour l’administration, Schœlcher souligne que seuls les esclavagistes s’exprimaient dans la presse. La censure ayant été allégée, le Courrier de la Guadeloupe commence à paraître en 1833, mais la rédaction rappelle que : « l’insertion de toutes matières qui porteraient atteinte à la religion, à l’autorité du gouvernement, au système colonial actuel, pourra motiver la suppression du journal. » La censure interdisant de polémiquer, les antagonismes s’expriment dans des libelles. On recopie aussi des extraits de la presse nationale et étrangère.
56Dans le Journal officiel de la Martinique, jusqu’en 1844, la partie officielle s’allonge : séances de la Chambre des députés concernant les colonies, affranchissements, procès-verbaux du Conseil colonial. Des lettres de lecteurs s’y ajoutent. Mathieu, qui prend ses fonctions le 22 décembre, supprime cette amorce de débats. Mais c’est son prédécesseur : Du Valdailly qui a commencé en faisant saisir des caisses de publications reçues par Agnès, négociant de couleur, à Saint-Pierre, en novembre41.
57Comme le conseil colonial de la Martinique, Mathieu mène une politique aux aspects contradictoires : une face alarmiste, qui donne le sentiment d’une volonté de freinage, lui a valu une réputation d’esclavagiste tandis que ses homologues de la Guadeloupe, de la Guyane et de la Réunion ont bonne presse. Il y a aussi ce qu’il dit : le 11 mars 1846, à propos d’un procès pour sévices, Pierre Dessalles écrit qu’il répond à un de ses amis qui l’incitait à étouffer l’affaire : « Qu’il veillerait à ce que les choses se passassent bien, mais que les habitants feraient bien d’aller au-devant de l’émancipation en libérant eux-mêmes leurs esclaves42. » Il s’agissait alors plus de rachat que d’émancipation.
58Il y a aussi ce qu’il fait. Le revirement commence au début de 1845. La publication des actes officiels place le Journal et le Bulletin officiels au premier rang de l’abolitionnisme. Le 14 mai, le discours de Mackau à la Chambre des Pairs, qui annonce que la vieille législation sur l’esclavage ne suffit plus, est reproduit. Le 17, le projet de loi annonçant les ordonnances suit. Le 6 août, c’est le tour du discours de Mathieu au Conseil colonial du 4. Le 24 septembre voit la publication de la loi du 18 juillet. Du 5 novembre au 10 décembre, le Journal officiel détaille « les améliorations apportées à la condition des esclaves dans les colonies danoises », etc.
59Nous ne savons toujours pas ce qui se passe au Conseil colonial de la Martinique, mais le 28 avril 1847, le Journal officiel reproduit une adresse de celui de Bourbon au gouverneur. Le scandale soulevé à la Chambre des députés en avril 1847 est évoqué sans qu’il soit question des pétitions. Les 22 et 26 mai, le compte rendu au roi de Mackau du 24 mars sur l’exécution des lois des 18 et 19 juillet 1845 est publié. Le 19 juin, le Conseil colonial est cité car, le 17, Mathieu y a évoqué le scandale. Le 7 juillet, l’administration insère l’arrêté du Conseil colonial de la Guadeloupe du 17 juin qui demande l’émancipation contre indemnité. L’arrêté martiniquais du 5 août, qui interdit les châtiments corporels infligés à la geôle sur la demande des maîtres, donc interdit le fouet, suit. Le 2 février 1848, la reprise d’un article du Courrier du Havre, tiré d’une lettre du 25 novembre, révèle que la Guyane a formulé une demande proche de celle de la Guadeloupe.
60Par rapport aux dispositions de l’ordonnance du 19 septembre 1841, l’ensemble des lois Mackau n’est pas toujours original. La société ayant évolué, elles sont mieux appliquées. On a voulu faire croire que plus il y avait de procès moins la loi était appliquée, alors que la multiplicité des procès prouve l’application. Par rapport à ce qui a édicté en 1841 ou qui se faisait avant cette date, la différence vient du fait que jusque-là, la justice n’avait eu à connaître que des affaires de marronnage ou ayant entraîné la mort.
61En 1831, le commissaire de police du Fort-Royal est renvoyé pour avoir emprisonné une esclave enceinte et lui avoir fait administrer 15 coups de fouet pour des propos qui auraient dû être d’abord sanctionnés par la justice43. En 1833, un scandale est particulièrement intéressant à cause de la publicité qui lui a été donnée et des fantasmes qu’il suscite encore. Ainsi, le Journal de la marine, des colonies, des ports et des voyages, de mars 1834 proclame : « La cour d’assises de la Martinique […] a condamné […] un habitant de la commune des Anses d’Arlets, appartenant à la classe blanche, à la peine d’une année de prison et de 1 200 francs d’amende, pour avoir fait mourir un de ses esclaves en l’enfermant dans une futaille à sucre ! » Pour l’époque, la peine est d’autant plus lourde que, retenu au lit par la maladie, le propriétaire avait donné l’ordre de l’empêcher de divaguer la nuit. Faute de local disciplinaire, l’intéressé avait choisi le boucaut plutôt que des entraves. Dimanche oblige, ses camarades l’avaient oublié. Le soleil avait fait le reste.
62À compter du mois d’août 1845, à la Martinique, les plaintes des esclaves sont reçues même pour de petites infractions : châtiment illégal, menaces de châtiment, port du fouet sur le lieu de travail, mise aux entraves sans avoir prévenu le juge de paix, défaut de soins, de nourriture, de logement, travail excessif, privation du samedi…
63Certaines plaintes sont classées sans suite. En décembre 1845, la cour d’assises acquitte les frères Jaham accusés de mutilations et autres sévices. En février et mars 1846, Schœlcher donne une grande publicité à cette affaire dans L’Abolitionniste français et dans la Réforme. Il donne un tel éclat à l’affaire Havre, acquitté par la cour d’assises en 1847, que nous pourrions croire la répression inefficace. Pourtant, en correctionnelle, un nombre croissant de maîtres et de cadres de toutes couleurs est condamné à des amendes et à de courtes peines de prison. Par exemple, en mars 1847, 1 mois de prison et 25 F d’amende pour mise aux fers d’un esclave et défaut de soins.
64Autre facteur aggravant, la publicité donnée aux condamnations dans le Journal officiel de la Martinique à compter du 6 février 1847. Dès le 4 mai, Schœlcher recopie ce premier exemple en changeant une partie de la graphie et en ajoutant un commentaire :
« Par arrêt contradictoire du 3, Montgaillard de Percin, âgé de trente ans, géreur d’habitation, né et demeurant à la Case-Pilote, de condition libre, déclaré coupable, 1° de la contravention du port, par le commandeur de l’habitation, de l’instrument de fustigation sur le lieu de travail ; 2° Du DELIT DE VOIES DE FAIT exercées sur un esclave en dehors des limites du pouvoir disciplinaire, MAIS AVEC DES CIRCONSTANCES ATTENUANTES QUANT À CE, a été condamné, savoir : pour la contravention : 15 francs d’amende, et, pour le délit, à 100 francs de la même peine ; et, en outre, aux frais du procès.
Donc, les maîtres, pour la somme de 15 francs, peuvent se donner le plaisir, malgré la loi et les ordonnances, de faire encore conduire leurs esclaves au travail à coups de fouet, et pour 100 francs, ils peuvent leur ouvrir le crâne à coups de bâton44 ! »
65L’esclave, un commandeur, tournait la loi en conduisant le travail avec le fouet, insigne de commandement, enroulé sur un bâton. À la suite d’un différent, le géreur lui arrache ou ramasse son bâton, et l’en frappe. Le scandale est grand car, pour un noble, remplacer Monsieur par « de condition libre », terme naguère appliqué aux gens de couleur, est infamant. De surcroît, les listes mélangent voleurs esclaves et maîtres accusés de sévices.
66Comme la Martinique sanctionne avec une grande publicité, la réprobation tombe sur cette colonie : 15 plaintes pendant les cinq derniers mois de 1845. 83 en 1846, soit près de 7 par mois. 155 en 1847, soit près de 13 par mois45. À la fin de 1846, à un moment où la Martinique comptabilisait 72 plaintes, dont 32 avaient donné lieu à des procédures, au besoin pour des faits antérieurs à la loi de 1845, mais déjà punissables en 1841, 18 condamnations avaient été prononcées. La Guadeloupe, où il y avait 13 000 esclaves de plus, s’était contentée de 8 condamnations pour 29 procédures. La Guyane et la Réunion ne poursuivent que les affaires relevant de la cour d’assises. Quatre acquittements dans la première colonie, trois dans la seconde qui a pourtant cinq fois plus d’esclaves46. Rien n’est dit du Sénégal où l’on fouette même après la publication des décrets du 27 avril 1848.
67Pourtant, l’image donnée par les « colons » de la Martinique est la plus négative. En partie à cause de l’indemnité et de la loi sur les sucres, ils en font eux-mêmes la promotion. Leur résistance masque une évolution profonde de la société puisque les réformes locales dépassent la lettre des textes. L’émancipation britannique a provoqué une évolution dont Schœlcher est témoin en 1840. Il cite le plan d’association du juge Boyer, qui prouve une réflexion sur le travail post-esclavagiste. Il évoque la suppression du fouet sur l’habitation Clay, à la Martinique et ailleurs en Guadeloupe, au moins deux ans avant l’article 15 de l’ordonnance du 19 septembre 184147. Il aurait pu citer aussi le plan d’émancipation de Vitalis, de 1836, et celui du juge de Laval en 1 838. Clay avait remplacé le fouet par des paquets d’herbes supplémentaires. Depuis, les lois Mackau ont cette pratique illégale.
68Alors que les gouverneurs estiment à la fin de 1847 que le paroxysme de la crise est passé, un nombre croissant de propriétaires est écœuré. Ceux de la Martinique protestent mais anticipent : certains maires font des mariages civils d’esclaves. La plus grande partie des pouvoirs disciplinaires des maîtres est transférée aux autorités municipales, c’est-à-dire en des mains étrangères. Les mackaulines font disparaître ou empêchent l’établissement des salles de police préconisées par la loi. Psychologiquement, pour tous, la suppression du fouet est encore plus importante. La Guadeloupe s’y résigne huit mois plus tard, en avril 1848, après la publication du décret du 4 mars. La Guyane, la Réunion et le Sénégal, qui n’anticipent pas, et fouettent, sont tranquilles. Les réformes et la pression morale poussent ceux de la Guadeloupe et de la Guyane à joindre leurs vœux à ceux des antiesclavagistes. À la fois discrète et publique, une politique efficace place la Martinique en tête de l’évolution.
Menace démographique, économique ou psychologique ?
69Les lois Mackau ont-elles rendu les esclaves ingouvernables ? Le choc ne serait-il pas plus marqué chez les maîtres ? Autrement dit : résistance esclave ou découragement des maîtres ? Y a-t-il eu crise de main-d’œuvre et ébranlement de l’économie sucrière ?
70Si nous opposons les chiffres concernant les esclaves sucriers de 1846 et de 1847 : 43173 et 40429 : oui. Si nous reprenons l’évolution depuis 1830, sur près de 26 000 affranchis, environ 16 000 n’avaient rien à voir avec le sucre. 84 991 esclaves et libres de fait en 1829, 72559 en 1847, plus au moins 2400 évadés, donnent près de 77000 esclaves, soit seulement 8000 de moins48 et non plus de 10 000. Quelle que soit la marge d’incertitude, sans une démographie positive, la différence aurait été plus considérable. En outre, de 1843 à 1846, les fluctuations sont anormales. La main-d’œuvre rurale passant de 54 296 en 1842 à 66 339 en 1844 et 58 342 en 1847, retenons plutôt les 34 667 esclaves sucriers de 1843, proches des chiffres d’avant 1842, et les 40429 de 1847.
71La main-d’œuvre des sucreries ne cesse d’augmenter sous l’effet de trois facteurs : la reprise démographique, l’essor des petites sucreries lié au déclin des cultures arbustives et la traite dans les mornes, achat des esclaves des habitations ruinées, qui contribue à leur déclin. En 1820, 30 809 esclaves sucriers de tous âges pour les 371 sucreries donnent une moyenne de 83 par unité49. L’essor des petites sucreries entraîne une diminution de la moyenne : 32 719 en 1832 pour 466, soit 70 par sucrerie, puis en 1837, 32043 pour 505 sucreries, soit 63 par unité. Vient ensuite une remontée : 37 067 en 1842 pour 498, soit 74 par unité, 40 429 en 1847 pour 498, soit 81 par habitation. Autre paramètre, l’augmentation du nombre de bras par hectare. En 1820 : 30809 esclaves sucriers, soit 1,8 par ha en cannes, 32 719 en 1832, 1,6 par ha. 40 429 en 1847, soit 2 par ha. 9 620 esclaves sucriers de plus, soit 31 % de plus.
72Ces chiffres doivent être partiellement corrigés à cause de la démographie. En effet, tout en ayant en mémoire qu’en 182650 au moins 17 % des 81 142 esclaves recensés sont des libres de fait, nous pouvons tirer des enseignements concernant la reprise démographique à partir de l’évolution des groupes d’âges. La véritable force de travail est constituée par les esclaves de 14 à 60 ans : 52 481 en 1826, 48 833 en 1835, 44 931 en 1847. Les pourcentages passent de 64 à 62 et 61 %. Les moins de 14 ans sont 23 218 en 1826, 23 232 en 1836, 23 505 en 1847. Le total est stable. Passée de 28 à 29 puis 32 %, leur place relative a augmenté de 4 %. À cause des affranchissements, les vieillards et infirmes passent de 5 413, soit 6,6 %, en 1826, à 4 422, soit 6 %, en 1847. Moins d’esclaves travaillant. Un pourcentage supérieur d’enfants. Un pourcentage à peu près stable de vieillards et infirmes. Pour les propriétaires, la charge augmente, mais la démographie favorise la survie de l’esclavage.
73La main-d’œuvre a été en partie transférée des cultures arbustives aux sucreries. Le nombre d’hectares consacrés à la canne à sucre a augmenté. Le nombre de bras par hectares aussi. Reste le travail effectif. Après la publication des lois Mackau un cri s’élève : le travail a diminué. Le gouverneur Mathieu insiste à plusieurs reprises sur la résistance opposée par les esclaves. Résistance passive, force d’inertie, d’autant plus difficile à réprimer, qu’elle offre peu de prise. Le 25 octobre 1845, il fait état de troubles dans plusieurs ateliers où « les uns avaient refusé l’ordinaire, les autres le travail de nuit, égarés qu’ils étaient par les suggestions de meneurs qui leur assuraient qu’on leur cachait le véritable esprit et les termes de la loi du 17 juillet qui était positivement l’émancipation immédiate51 ». Le 10 novembre 1846, il revient sur les désordres52. À quoi les devons-nous ? À des interprétations erronées ou au non respect des lois ? Le refus de la ration suggère la revendication d’un salaire.
74La revendication concernant le nombre de jours travaillés semble absente. Les trois jours reparaîtront après l’émancipation. De 1845 à 1848, le débat se focalise sur les horaires. La loi a réduit le travail journalier à 9 heures et demie. Le 7 octobre 1845, à la Martinique, le 7 novembre, à la Guadeloupe, des textes ont été promulgués sur la rétribution des heures supplémentaires. Pour le travail de nuit, la non-exécution de ces dispositions ne s’ajoute-t-elle pas à la question de l’interprétation des textes ? Ainsi, Dessales, qui est en France, apprend le 24 septembre 1846 que ses esclaves « ont arrêté le moulin à sept heures au lieu de huit que prescrit l’ordonnance53 ». Le 8 janvier 1848 Mathieu estime la diminution du travail fourni entre le quart et le tiers54.
75Schnakenbourg met l’accent sur une crise marquée par la diminution du nombre des sucreries, des superficies cultivées en cannes et de la production55. La diminution en nombre ne touche pas les grosses sucreries et les chiffres des Tableaux sont plus optimistes56 :

76En dépit de la baisse des prix, ce constat est confirmé par le produit des exportations de plus en plus dominées par le sucre. Des chiffres allant de 1843 à 1847 permettent de mieux interpréter les effets des lois Mackau57 :

77Chemin-Dupontès est encore plus optimiste58. En 1847 : plus de 19 millions pour la Martinique. Plus de 24 pour la Guadeloupe.
78Le nombre d’heures travaillées semble bien avoir diminué. Par contre, le seul paramètre objectif qui soit à notre disposition : la production, fait apparaître de sérieuses contradictions avec le discours officiel. La crise est indéniable en 1846. Mais, contre toute attente, en dépit du renforcement de la législation en faveur des esclaves, les exportations retrouvent en 1847 un niveau supérieur à celui de 1845 et, encore plus, de 1843.
79Ainsi, à la Martinique, 1847 rapporte environ 14 % de plus que 1846 à un moment où les prix ont encore chuté. Avec 16,1 million, 1846, année de crise, a rapporté plus que 1843. À la Guadeloupe, les courbes suivent un mouvement comparable : une hausse en 1845, une forte baisse en 1846. En 1847, une forte remontée donne 18 % de revenus de plus que 1841. Aussi, sans oublier que les progrès dus à l’industrialisation accentuent le mouvement en Guadeloupe, alors que la Martinique n’a que l’usine de la Pointe Simon, en faillite, faute de pouvoir mesurer les aléas climatiques, nous ne pouvons expliquer le rebond de 1847 que par des gains de productivité.
80Qu’est-ce qui menace l’esclavage en 1848 ? L’avilissement du prix du sucre n’est pas responsable du désarroi des propriétaires même si la reprise démographique et les réformes accroissent les coûts. La répression prouve que le temps où, en matière de châtiments, le maître ne relevait que de Dieu et de sa conscience, est révolu. Les sévices – qui peuvent se résumer à un défaut de vêtements – n’ont pas disparu. Mais, à la Martinique, les plaintes pleuvent, sont reçues, marquent une étape dans le passage du bienfait au droit, et ébranlent l’édifice.
81Les marrons réfugiés à Sainte-Lucie ou à Antigue n’ont jamais été perçus comme une menace, et la perte de travail a été en partie compensée par l’émigration des fortes têtes. Par contre, depuis 1833, l’accès à l’état civil pour les naissances et les décès a apporté une reconnaissance partielle de la personnalité de l’esclave qui, en droit, n’a pas encore accès au mariage civil. Les pratiques judiciaires locales ont évolué et l’esclave peut d’aller en Cassation. Bien renseigné par les libres de couleur, les réformes lui ont donné une forte conscience de ses droits. L’esclave conteste et revendique d’autant plus ouvertement que le maître n’a plus que des droits de plus en plus décriés sur sa personne et son travail. On s’en accommode puisqu’on supprime le fouet, car au niveau des ateliers, si la tête conteste, si la bouche proteste, si le marronnage s’amplifie à cause de la proximité des zones extérieures de refuge, les résultats suggèrent que les bras qui restent travaillent mieux.
82Avec l’augmentation du nombre des libres de couleur, devenus quatre fois plus nombreux que les blancs, le danger numérique a disparu. L’égalité civique est tempérée par un cens plus élevé que dans la métropole. Mais, grâce à des organisations fortement structurées, ces libres participent à la vie publique et militent en faveur de l’abolition.
83Le 25 mars 1848, la Martinique apprend : la Révolution de Février, la demande d’abolition contre indemnité formulée par des propriétaires présents à Paris et déjà convaincus depuis 184759, l’approbation d’Arago et la lettre de Perrinon qui proclame que ce sont des citoyens nouveaux que la République va donner à la France. Le mouvement d’anticipation s’accélère car avec le suffrage universel, le poids politique des nouveaux libres sera déterminant. Arrivé le 10 avril, le décret du 4 mars qui énonce « que nulle terre française ne peut plus porter d’esclaves », étant interprété comme apportant l’émancipation « en droit », le marronnage et toutes les peines spécifiques à l’esclavage disparaissent. Après les troubles politiques des jours saints, le rétablissement de la mackauline par le Directeur de l’Intérieur, alors que le gouverneur s’abstient, est perçu par les esclaves, les libres de couleur et des blancs, comme un rétablissement de l’esclavage. De là, les manifestations de la matinée du 22 mai. Pour hâter la reprise du travail, des négociants de Saint-Pierre réclament un arrêté local d’émancipation que les abolitionnistes refusent pour ne pas nuire à Perrinon, attendu avec les décrets60.
84Le sang qui coule dans l’après-midi et la nuit du 22 mai masque un mouvement plus dangereux : la revendication de la propriété de la case et du jardin par des travailleurs qui se considèrent comme libres et sont en grève depuis une semaine, au moins à Case-Pïlote et au Robert, pour réclamer ces signes tangibles de la liberté. Fondé sur le décret du 4 mars, l’arrêté d’émancipation du 23, est proclamé le 25 dans la région de Fort-de-France. Le respect de la propriété, énoncé dans l’amnistie, provoque dans le sud et le centre une révolte conduite par d’anciens libres qui soutiennent les revendications agraires des nouveaux libres. Mais, les 3 000 soldats de la garnison, et des volontaires, qui se seraient peu souciés de la conservation des « propriétés pensantes », volent au secours de la propriété matérielle.
Notes de bas de page
1 Registres paroissiaux recopiés par l’abbé Rennard.
2 Centre des Archives d’Outre-Mer d’Aix-en-Provence [CAOM] : Martinique. Carton 9, dossier 16.
3 CAOM : Tableaux de population, de culture […].
4 CAOM : Martinique. Carton 46, dossier 374.
5 Fabien Louis, Examen de deux projets de loi relatifs aux colonies, Paris, Desauche, 1833, p. 14.
6 Schœlcher Victor, Des colonies françaises. Abolition immédiate de l’esclavage, Pagnerre, Paris, 1842,. 188.
7 Ibidem, p. 236 et 203.
8 Ibid., p. 188.
9 Arch. Nat. : C 455.
10 CAOM : Colonies C8A 120, f° 164 et suiv.
11 Dessalles Pierre François Régis, Annales du conseil souverain de la Martinique, Bergerac, 1786, t. 2, p. 329.
12 CAOM : Martinique, carton 51, dossier 409.
13 CAOM : Correspondance générale, Martinique, no 40.
14 Terme en usage dans la correspondance.
15 Conseil privé de la Martinique. Séance du 8 janvier 1830.
16 CAOM : carton 76, dossier 810.
17 Lacour Auguste, Histoire de la Guadeloupe, Basse-Terre, 1979, t. 5, p. 98.
18 CAOM : SOM, Guyane, A 10 (12).
19 Revue des colonies, no 11, mai 1836, p. 504.
20 Fremont Henri de, La vie d’un colon, Correspondance de Pierre Dessalles, 1804-1834, La Haye-du-Puits, 1980, p. 186.
21 CAOM : Martinique, carton 11, dossier 105.
22 Arch. Nat. : Colonies, C8A 89, f° 62.
23 CAOM : Correspondance générale, Martinique, no 62.
24 Fremont Henri de, op. cit., p. 69.
25 Ibidem, p. 60 pour 1822 et 91 pour 1823.
26 Arch. Nat. : Colonies, C8A 120, f° 195.
27 Arch. Nat. : Colonies, C8A 120, f° 208.
28 Schœlcher Victor, Histoire de l’esclavage pendant les deux dernières années, Paris, 1847, t. 1, p. 450.
29 Ibidem, p. 107.
30 Journal officiel de la Martinique du 2 février 1850.
31 CAOM : Correspondance, Martinique, no 67.
32 Schœlcher Victor, Des colonies… op. cit., p. 117.
33 Conseil privé de la Martinique. Séance du 8 janvier 1830.
34 CAOM : Martinique, carton 33, dossier 281 et Correspondance générale no 64.
35 CAOM : Martinique, carton 33, dossier 285.
36 CAOM : Martinique, carton 18, dossier 160.
37 CAOM : Martinique, Correspondance, no 65.
38 CAOM, Martinique, Correspondance, no 63.
39 Rapport fait au ministre… Paris, imp. Royale, mars 1843. p. 253 et suiv.
40 CAOM, Tableaux… op. cit.
41 CAOM, Martinique, carton 122, dossier 1 088.
42 Fremont Henri de et Elisabeth Léo, La vie d’un colon à la Martinique au XIXe siècle. Journal de Pierre Dessalles 1842-1847, Mayenne, 1985. Il s’agit alors du rachat subventionné.
43 Lettre du gouverneur Dupotet du 21 mars 1831. Collection privée.
44 Schœlcher Victor, L’esclavage, op. cit., p. 190. Article paru d’abord dans le Courrier français.
45 CAOM : Martinique, carton 53, dossier 285.
46 Compte rendu au roi… Paris, Imp. Royale, mars 1847, p. 263 et suiv.
47 Schoelcher Victor, Des colonies, op. cit, p. 91 et suiv.
48 CAOM : Martinique, carton 52, dossier 432, pour 1829. À compter des années trente, les chiffres sont tirés des Tableaux, op. cit.
49 Renouard Félix, marquis de Sainte-Croix, Statistique de la Martinique, Paris, 1822.
50 CAOM : Martinique, carton 52, dossier 432.
51 CAOM : Martinique, carton 4, dossier 50.
52 CAOM : Martinique, carton 11, dossier 105.
53 Fremont Henri de et Elisabeth Léo, op. cit.
54 CAOM : Martinique, carton 11, dossier 106.
55 Schnakenbourg Christian, La crise du système esclavagiste 1835-1847, L’Harmattan, 1980, p. 142. Les chiffres que nous trouvons ne sont pas identiques.
56 CAOM, Tableaux… op. cit.
57 Cochin Augustin, L’abolition de l’esclavage, 1861, p. 196.
58 Chemin-Dupontes Paul, Les Petites Antilles, Paris, 1908, p. 211.
59 Fremont Henri et Elisabeth Léo, op. cit., du 27 avril au 10 mai 1847.
60 La Liberté du 9 janvier 1851. Voir Elisabeth Léo, L’abolition de l’esclavage à la Martinique, Mémoire de la Société d’histoire de la Martinique, no 5, 1983, p. 72.
Auteur
-
Léo Elisabeth
Docteur d’État en histoire, inspecteur pédagogique régional en retraite, président de la Société d’Histoire de la Martinique. Son dernier ouvrage Les relations entre les Petites Antilles françaises et Saint-Domingue : 1789-1803 va paraître dans les Annales des Antilles.
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